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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 10:38

bœufs cathédrale

 

Voici une question d'économie rurale et d'aménagement de l'espace tout à fait intéressante qui est révélée par l'étude des lettres de rémission accordées à des Berrichons en cette fin de Moyen-âge. En environ un siècle et demi, ce sont plus de 20 affaires de meurtres qui sont absoutes par la justice royale, ayant toutes trait à des questions de divagation d'animaux ou de destruction de haies, donc de problèmes de clôtures. Considérant les lettres de rémission comme des procédures assez rares, on peut imaginer que les affaires de violences liées à la contention des animaux de ferme devaient être très courantes dans la région.
Le cas le plus fréquent concerne des bovins ayant dévasté des parcelles en culture, champs d'avoine, prés ou vignes dans le Sancerrois. Le cultivateur découvre les bêtes de son voisin sur ses terres et le tue par colère ou en représailles. Un fois, à Néret, vers la Châtre, ce sont les bœufs qui font les frais de l'accès de violence et c'est leur maître qui exerce une forme de talion contre le voisin meurtrier de ses animaux. Ailleurs, vers Dun-sur-Auron,c'est une chambrière qui est tuée par son maître pour avoir mal gardé ses chèvres.
Un autre motif de grogne est révélé par des problèmes de clôtures et de droits de passage, surtout vers la fin du XVe. Des paysans tuent parce que quelqu'un à détruit leur haie pour faire un chemin afin d'accéder à ses terres, ou arrache une clôture pour le même motif. Ces cas sont éclairés par des affaires plus anciennes, comme la violation d'une coutume du Berry consistant à laisser paître des bêtes dans des prés privés après la coupe du foin ou une querelle née autour d'un droit de pâture collective dans les prés du bord de l'Indre à Buzançais.
Il semble que la racine de toute cette violence soit à rechercher dans l'existence d'un micro-élevage rendu possible par des droits d'usage collectifs et un paysage ouvert. De simples laboureurs possèdent quelques têtes de bétail ou quelques chèvres mais n'ont pas les terres en rapport avec leur entretien. Les animaux se nourrissent au long de transhumances quotidiennes, sous la garde de bergers pas toujours attentifs ou sans gardiens du tout. Fatalement, ces bêtes visitent des parcelles cultivées avec soin, générant des conflits qui vont jusqu'à l'homicide. Il pourrait y avoir là une forme d'opposition entre des paysans propriétaires et une population de petits journaliers qu'on n'hésite pas à maltraiter, jusqu'au meurtre.
La fixation de haies bocagères, destinées autant à empêcher ses propres animaux de vagabonder que ceux des voisins de venir dévaster ses terres est-elle une réponse à cette anarchie pastorale? C'est possible, mais il faudrait des études beaucoup plus fines pour l'affirmer. Ce qui semble par contre établi, c'est que la plantation de haies et la pose de clôtures se fait de manière tout aussi anarchique, sans concertation pour les droits de passage, ce qui prive certains agriculteurs d'accès direct à leur bien et contribue à augmenter la violence qui règne dans le monde rural.

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Published by Olivier Trotignon - dans économie
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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 14:32

Crozant

 

Sachant l’intérêt que beaucoup de gens portent aux manifestations concrètes de la société médiévale que sont les monuments historiques et les musées, j’ai tenté, depuis quelques mois, de parcourir toutes les collections publiques régionales pour me faire une idée de la richesse de leurs contenus. Après avoir franchi les portes des musées de Bourges, Moulins, Saint-Amand, Issoudun et Huriel, et en attendant de ma rendre à Mehun-sur-Yèvre et à La Châtre, je suis retourné voir le musée Bertrand de Châteauroux, espérant bien, cette fois ci, être autorisé à faire le tour des salles consacrées au Moyen-âge.
Une première visite, cet hiver, s’était conclue par un échec. La partie archéologique était fermée et devait ouvrir au printemps.
L’automne est arrivé et les salles des collections anciennes sont toujours inaccessibles.
Je n’irai pas médire sur ce musée, plutôt agréable. On y est bien accueilli, l’accès est gratuit, les photographies autorisées sans flash, le lieu organise des conférences et des expositions de qualité. Sous cet aspect, il serait difficile de se plaindre, c’est un fort bel endroit pour la Culture.
Ce qui chagrine le médiéviste que je suis, c’est que l’univers castelroussin n’avait rien d’anecdotique à la période qui nous intéresse. Déols a été l’une des principales seigneuries de la région, son abbaye a connu un développement rarement égalé dans les régions du centre, des souverains éminents sont passés sous ses portes. De ce passé, le visiteur occasionnel n’a presque aucune perspective. Dommage, vraiment, que le musée Bertrand n’ai pas mis cet aspect de l’histoire locale plus en valeur.
Je ne peux donc pas en conseiller la visite aux médiévistes à cause de ce point faible, mais je ne passerai pas sous silence non plus toutes ses autres qualités.

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Published by Olivier Trotignon - dans musées régionaux
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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 18:20

Genouilly-s.-capitulaire

 

Beaucoup moins connu des non-spécialistes que l’Ordre cistercien, qui lui est contemporain, l’Ordre limousin de Grandmont a laissé en Berry des traces remarquables. Une des mieux conservées de la douzaine de celles qu’a compté le diocèse de Bourges au Moyen-âge se trouve à une quinzaine de kilomètres de Vierzon, sur la commune de Genouilly. Baptisé Fontblanche, ce monastère a été, comme tant d’autres, abandonné aux activités agricoles après la Révolution, mais, contrairement à plusieurs maisons de l’Ordre fondées en Berry, celles-ci n’ont pas trop détérioré ses bâtiments. Il reste aujourd’hui environ les trois quarts des anciens murs monastiques, et les efforts de restauration entrepris par ses actuels propriétaires leur ont rendu leur aspect vénérable.

 

Genouilly-nef

 

Fontblanche ne réserve aucune surprise ou anomalie architecturale. Ses bâtisseurs se sont pliés aux règles voulues par l’Ordre. Chapelle, aile de la salle capitulaire et du dortoir et bâtiments fonctionnels sont aux dimensions et proportions qu’on observe ailleurs dans la région, à Corquoy et à Fontguedon, entre autres. Si les moellons qui occupent le plus gros des maçonneries sont quelconques, les encadrements d’ouvertures sont taillés dans une roche ocre qui donne un ton très chaud à l’ensemble.
Deux espaces ont fait l’objet de restaurations poussées: la chapelle prieurale et le dortoir des frères. La salle capitulaire est encore dans un état rustique, quoique quelques moulures aient été retaillées.

 

Genouilly-dortoir

 

La celle de Fontblanche n’est pas un endroit touristique. Bien que soigneusement entretenu et occupé toute l’année, le site est privé et ouvre rarement. C’est pourquoi je vous recommande vivement d’en prévoir la visite lors des prochaines journées du Patrimoine de septembre. La découverte de l’ensemble est assurée par les propriétaires et vaut largement le déplacement. Le public ne s’y est pas trompé: la fréquentation progresse régulièrement d’année en année et ne repose pas que sur une population de locaux curieux intéressés par le patrimoine de proximité. Fontblanche illustre la richesse patrimoniale de la région, quelquefois injustement occultée par quelques sites touristiques emblématiques qui focalisent l’attention des médias et des touristes. Le Moyen-âge berrichon, dans son aspect monumental, ne se résume pas à quelques cartes postales et quelques concepts historiques simplifiés.

 

Genouilly-chevet

 

En remontant fouiller dans les anciennes livraisons de Berry médiéval, vous retrouverez, avec l’outil de recherche en haut à droite de cette page, des informations sur la celle de Corquoy, elle aussi en cours de rénovation, et elle aussi ouverte pour les journées du Patrimoine. Les deux monastères sont si complémentaires qu’il est difficile de parler de l’un sans évoquer l’autre.

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 13:27

La-Prée

 

C'est toujours avec beaucoup de plaisir que j'annonce la date d'une de mes conférences. La prochaine s'insère dans un cycle particulier, celui des "rencontres du dernier mardi au CASA", collectif d'associations saint-amandoises qui œuvrent pour l'alphabétisation, l'acquisition du Français et l'aide aux devoirs avec un dévouement exemplaire et des moyens en constante réduction.
J'animerai donc, mardi 24 septembre, de 20h30 à 22h, salle L. Gallas, au lycée Jean-Moulin, à Saint-Amand-Montrond, une soirée consacrée à l'Ordre cistercien et le Berry du sud, à partir du produit de mes travaux sur la période XIe-XIIIe siècles.
La petite particularité de cette soirée est de s'organiser un jour compliqué pour l'enseignant que je suis, travaillant toute la journée et le lendemain matin. Je ne garantie donc pas que je sois efficace à 100%, aussi prévois-je de réduire le discours au profit de l'image, et de m'appuyer sur une base iconographique assez généreuse.
Aucun niveau de compétences ou connaissances n'est requis pour assister à cet exposé.
L'accès est libre et gratuit. Une corbeille sera à votre disposition à la sortie, pour permettre au CASA de récolter des dons nécessaires à sa mission.

Voici le communiqué qui a été envoyé aux adhérents et soutiens de ce collectif:

Les rencontres du dernier mardi au CASA


Mardi 24 septembre à 20h30



Olivier TROTIGNON nous présente :

L’ordre cistercien et le Berry du sud



Beaucoup d’idées reçues circulent sur les Cisterciens en général et en particulier sur l’abbaye de Noirlac. Ce monastère, souvent considéré comme l’illustration d’une pureté spirituelle incarnée par la qualité de son architecture, a eu une histoire qu’on ne peut détacher de son contexte économique, politique et religieux, souvent passés sous silence.

A partir d’une lecture des archives monastiques et féodales, de découvertes archéologiques et de l’observation de la société locale à l’époque des Croisades, l’exposé permettra aux auditeurs de replacer Noirlac et les autres communautés cisterciennes régionales dans leur environnement historique, de leur fondation à la Guerre de cent ans.



Au plaisir de vous retrouver le 24!

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Published by Olivier Trotignon - dans conférences
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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 19:16

sorciers

 

Dans un précédent billet, je constatai la quasi-absence d'affaires de sorcellerie dans les sources médiévales que j'avais eu l'occasion de consulter lors de mes différentes recherches sur documents. Deux procès, repérés récemment, viennent donner un peu plus d'épaisseur au dossier.
Aux portes du Sancerrois, dans la paroisse de Montigny, c'est un couple, Pierre Graisset et sa femme, qui est occis par Jean le Rasle, dit Poissy. Le mobile de ce meurtre est simple: le dit Poissy accusait Graisset d'être sorcier et responsable de la maladie de Poissy l'aîné, son père.
Plus au sud, entre Lignères et La Châtre, dans la paroisse de Saint-Christophe-en-Boucherie, c'est une femme mariée, Jacquette d'Orléans, qui est assassinée, après qu'on l'ait accusée d'être la sorcière coupable de la maladie de Françoise, fille de l'écuyer Gilles du Breuil et épouse de Philippe des Barres, son meurtrier, aidé de deux complices. 
Nous sommes loin des procès comme souvent la littérature, le cinéma ou la bande dessinée les ont fait entrer dans l'imaginaire de certains de nos contemporains. Ici, ni inquisiteur, ni aveux  sous la torture, ni bûcher purificateur. Juste des vendettas individuelles contre des gens ordinaires soupçonnés d'être à l'origine de longues maladies que la médecine d'alors ne savait ni diagnostiquer, ni soigner. Le désarroi des familiers des malades les pousse à faire justice eux même en assassinant des gens dénoncés par l'opinion que la société locale portait sur eux.
Ces deux cas sont intéressants car ils diffèrent peu, les meurtres mis à part, de nombreuses histoires populaires qui se racontaient en milieu rural jusqu'au milieu du XXe siècle, sur des empoisonneurs et jeteurs de sorts présumés, et qui servent encore de repère aux amateurs de mystères paranormaux et autres forces obscures...

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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 09:14

reliquaire1

reliquaire (Corrèze)

 

J'ai, depuis plusieurs années, mis à contribution le public venu assister à ma conférence "Médecine, lieux de soins et miracles en Berry" pour identifier des reliques régionales méconnues. Quelques rares mais utiles réponses m'ont permis d'aborder la question mal connue des reliques privées, propriété de châtelains locaux ou de prêtres officiant dans les paroisses sous l'Ancien régime.
Le relevé qui suit représente la plus considérable masse d'informations sur le sujet collectée à ce jour à partir des inventaires des biens précieux appartenant au duc Jean de Berry, conservés dans plusieurs résidences ducales, dont le château de Mehun-sur-Yèvre et le donjon de Bourges, au début du XVe siècle.

 

Jean-de-Berry

 

Mon but initial était de chercher des détails sur les monstres de la Sainte chapelle de Bourges (voir les articles de ce blog sur le géant et le ranchier). En dépouillant les listes de biens précieux (statues, joyaux, mobilier, livres) propriétés du duc, j'ai pu noter un nombre considérable de reliques contenues dans le trésor du duc Jean.
Certaines ne semblent pas avoir fait l'objet d'un mode de conservation particulier (plusieurs étaient nouées dans de simples linges). Quelques unes étaient protégées dans de somptueux reliquaires faits de métaux précieux et de pierres et perles fines, semblables à ce qu'on trouve encore parfois dans certaines églises. Il est impossible de savoir comment le duc se les ait procurées. Ce grand collectionneur de choses précieuses ou étranges était client d'orfèvres tant en France que dans les pays voisins. Des souverains européens, des princes français lui ont fait des cadeaux. Les reliques amassées à Bourges et à Mehun peuvent venir de partout.
L'objet de cet article n'est pas de chercher à prouver ou à réfuter l'authenticité de tel ou tel objet (la présence de deux clous de la Vraie croix peut laisser songeur, surtout si l'on pense à tous les autres reliquaires un peu partout en Europe prétendant détenir le même contenu) mais de donner au lecteur un aperçu de la variété des pièces qui attiraient la piété des nobles et de leur peuple à la fin du Moyen-âge.
Commençons par les reliques attachées à la personne du Christ et de sa famille ainsi qu'à la Terre sainte. La taille et le volume des objets n'est pas connu.
Le duc possédait:
- 5 morceaux de la la Vraie croix, plus deux clous ornés de fil d'or;
- 3 morceaux de la tunique du Christ, ainsi que ses liens; des draps de son enfance; de sa table; de son suaire;
- du Saint sépulcre, du diadème de Jésus au tombeau, 2 morceaux de l'éponge; de la colonne où il fut lié;
- du linge ayant servi à essuyer les pieds des apôtres;
- une pierre que Jésus au désert mua en forme de pain;
- de la terre de Bethléem où la Vierge allaita;
- du figuier pharaon où la Sainte famille se cacha en Egypte;
- du tombeau de la Vierge de la vallée de Josaphat;
- une des ses dents de lait;
- du tombeau de ste Catherine du Mont Sinaï (2 morceaux + 1 relique );
- du bras de Marie-Madeleine;
- du chef st Jean baptiste;
- de l'habit de st Jean l'évangeliste;
- des saints innocents.

 

reliquaire2

reliquaire (Corrèze)

 

des apôtres et évangélistes:
st Jude (4), Marc (2), Philippe (4), Symon (3) de la barbe de st Pierre;

des saints:
Allais, André (2), Benoît (2), Berthomier, Cariulphe, Claude, Cosme, Christophe, Chrysante, Cyr, Damien, Denis (2), Edmond, roi d'Angleterre (3), Eustache, Exupère, Firmin, Germain d'Auxerre, Hilaire(3) et un morceau de son habit, Jacques le majeur (2), Jacques le mineur (4),  Laurent (2), Liger,  Loup, évêque d'Angers,  Malachie, évêque, Maixent (2), Marcel, Marcouls, Martin, Sylvain(2), Symphorien, Théodore, Timothée, Thomas Becket, Vincent (2);
une relique d'un saint inconnu: st Roffec, évêque d'Avranches;

des pièces osseuses particulières:
- doigt de st Libori,  du chef et du bras de st Georges (2), bras de st Julien du Mans + 1/2 os, os de st Prothe et st Jacinte, du bras de st Oustrille, du chef de st Bernard + de sa robe, côtes de st Julien et st Ursin, machoire de st Guillaume, des chefs de st Blaise et st Just, disciple de st Ursin; 

des saintes:
Apre, Clothilde, reine de France, Darie, Elisabeth de Hongrie, Hilde, abbesse, Luce, Marie l'égyptienne (2), Marthe, Nathalie, Potencienne, et des pièces osseuses particulières: Marguerite, avec un anneau d'or avec saphyr, doigt de ste Appolinne avec anneau d'or et émeraude, épaule de ste Cécile, côte et bras de ste Radegonde de Poitiers;

des objets particuliers:
de la pierre dont st Etienne fut lapidé(2) et une cassette d'argent contenant son œil, morceaux d'habits de st François et autres saints, de la haire (vêtement de pénitence) de st Pierre célestin, un morceau de navire trouvé dans la châsse de st Julien du Mans, une petite croix de bois et d'argent, avec inscription en Grec, une petite fiole contenant l'huile distillée du corps de st Nicolas.

 

reliquaire3

 

Cette liste, composée à partir de l'inventaire daté de 1401, appelle quelques commentaires. Elle donne des informations sur les possessions du duc Jean à un moment déterminé. Certaines des reliques nommées peuvent avoir changé de mains ultérieurement, ou avoir été rejointes par de nouveaux éléments sacrés.
On remarque la variété des origines et des personnalités concernées par la collections du duc. Ainsi se côtoient dans les mêmes boites d'ivoire ou de bois précieux des reliques christiques et des os d'obscurs saints régionaux. Certaines pièces sont relativement récentes: os de Thomas Beckett, de saint Bernard, saint Guillaume; plusieurs  saints berrichons, ou ayant eu une forte influence sur la spiritualité régionale sont inscrits sur cette liste: st Guillaume, Oustrille, Ursin, Just ou encore Sylvain, objet de dévotion à Levroux ainsi qu'à la Celle-Bruère.
On peut raisonnablement admettre que ce trésor de reliques a constitué auprès des contemporains une des bases du prestige considérable attaché à la personne du duc Jean de Berry.

recherche menée à partir de l'ouvrage de Jules Guiffrey: Inventaires de Jean duc de Berry (1401-1416), tome 2, 467 pages, Paris 1896

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Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 10:39

prostituée

 

Mes récentes recherches sur la maison close de Saint-Amand et la conférence qui les a conclues m'ont amené à m'interroger sur le phénomène de la prostitution en Berry à l'époque médiévale. Les lignes qui suivent n'ont pas la prétention de faire la somme des connaissances sur la question, juste de présenter quelques exemples qui échappent à l'anonymat documentaire.
Autant la pression réglementaire de la Troisième république avait codifié à l'extrême le commerce de la chair féminine, autant la prostitution médiévale semble générée par la mauvaise fortune des unes et des autres, selon les circonstances. Des filles sont livrées aux clients par leurs pères, des femmes par leurs conjoints, la misère, le passage d'hommes de troupe suscitent des vocations forcées. Les quelques exemples trouvés permettent tout de même d'ébaucher quelques grandes lignes directrices.
Je n'ai à ce jour trouvé aucune mention de maison de débauche organisée dans la région, ce qui ne signifie nullement qu'il n'en existait pas, juste que je n'ai pas ouvert les sources adéquates. De même ne semble t-il pas avoir eu en Berry d'hôpital des filles-Dieu, comme à Auxerre, établissement cité sur le testament de Renaud de Montfaucon et Charenton. Le métier s'exerçait sur les champs de foire, sur le bord des chemins, dans des auberges, dans les étuves des villes importantes, à domicile voire dans des églises, comme nous le verrons plus bas. Si elle n'est pas entendue comme une activité criminelle, la prostitution est criminogène, ce qui permet d'en identifier des occurrences dans des chroniques ou des actes judiciaires.
Les clients se reconnaissent dans trois catégories principales: manœuvriers et charretiers, hommes de guerre et ecclésiastiques.
Plusieurs cas de crimes commis sur les bords de route sont connus.
Jean  Coquerant, charretier, avec la complicité d'un ami, tue à Clémont, à la fête saint Hippolyte, un homme qui voulait l'empêcher d'enlever une prostituée qui tenait compagnie à un autre charretier. A la même époque, une rixe éclate chez Jean Guiot, tavernier à La Borne, au sujet d'une "femme de chemin". Durant, valet charretier, y perd la vie (avant 1486).
Les soudards, nombreux à la fin du Moyen-âge sont fréquemment impliqués dans les affaires criminelles concernant la fréquentation de filles de joie. Dès la fin du XIIe siècle, la bande des Brabançons, défaite vers Dun-sur-Auron, traînait dans son sillage des filles à soldats, vêtues de pièces de vêtements arrachées sur des ornements sacerdotaux. Avant 1443, Janac Carret, homme de guerre, en compagnie d'un complice, force de nuit la porte d'un habitant de Saint-Saturnin, dans le sud du Cher, pour lui reprendre une prostituée. Vers 1454, Gounin Le Bouc, homme d'arme du roi, est tué par deux valets de Menétréol-sous-Sancerre, pour avoir refusé de leur céder la prostituée qui était avec lui. Quelques années plus tard, le dit Gros Guillaume, archer de la compagnie du comte de Dammartin, tue un archer d'une autre compagnie, logé comme lui à Massay, dans une dispute à cause d'une femme de mauvaise vie. La vie d'errance, une solde permettant d'avoir sur soi de quoi s'offrir du bon temps, l'exercice des armes et de la violence favorisent les relations entre femmes vénales et hommes d'armes.
Moins conventionnels sont les rapports qu'entretiennent certains prêtres avec la sexualité en général et l'amour vénal en particulier. Le désordre spirituel qui règne dans certaines églises au début de la Renaissance franchit des seuils surprenants, même si des affaires plus anciennes sont connues, comme celle de cette proxénète bannie du Berry pour avoir tentée de livrer une fille à un chanoine, avant 1358. Juste un siècle plus tard, à Crevant, dans l'Indre, éclate une curieuse affaire. Sans doute lassé par l'immoralité de deux clercs de sa seigneurie, un écuyer, Jean de La Lande, organise l'assaut de la maison de deux prêtres de mauvaise vie et incorrigibles entretenant des prostituées chez eux. A Mehun-sur-Yèvre, c'est Thomas du Fo, dit Grosseteste, qui tue un prêtre en s'introduisant, de nuit et par ruse, chez lui, pour y enlever une prostituée (avant 1486). Plus circonstancié encore est le cas de Jean Melin, dit Le Pape, jeune fauconnier au service du seigneur de Bommiers, qui tue un cordonnier, frère d'un barbier d'Issoudun, qui refusait de lui laisser prendre la prostituée qu'il avait amenée à Issoudun pour un chanoine (avant 1490). A Bricy, un prêtre et sa concubine font "bourdeau", autrement dit bordel, dans l'église elle-même.
De simples clients à proxénètes, des hommes d'église dessinent de leur sacerdoce une image qui viendra, avec d'autres, ouvrir grandes les portes de la Réforme.
D'autres cas, plus banals, comme celui de ce meurtre au cours d'une dispute concernant une fille de joie à Sury-en-Vaux vers 1485 soulignent l'existence d'un commerce de la chair dans des bourgs ruraux éloignés des centres urbains dans lesquels la prostitution, peut-être mieux encadrée par les souteneurs qui en vivent, fait, au demeurant, un peu moins parler d'elle dans les archives judiciaires.

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Published by Olivier Trotignon - dans vie quotidienne
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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 11:15

manoir-vernet.gif

 

Voici un document que je n'ai pas eu le loisir de lire dans sa version originale, mais dont l'analyse donne un bon aperçu du contenu. Il concerne le sujet d'une de mes conférences à venir en 2014: l'ancien manoir du Vernet, à Saint-Amand-Montrond.
Le texte se trouve aux Archives nationales et date de 1468. Sa nature, une lettre de rémission, rappelle une procédure judiciaire assez usitée à la fin du Moyen-âge. Le roi de France avait le pouvoir de gracier un criminel pour le soustraire à l'action de sa justice. Devant l'état calamiteux des finances publiques, l'habitude se prit de monnayer la clémence du souverain. Un criminel pouvait alors acheter une lettre de rémission, dont le prix était fixé par la cour compétente qui évaluait la gravité de la faute. Le coupable exposait l'affaire à un juge, minimisant au mieux sa responsabilité dans les faits, et repartait libre des forfaits avoués. Je n'ai pu me procurer l'original de la lettre de 1468, mais le peu dont je dispose donne une bonne idée du fond de l'affaire.
Celle ci c'est produite dans les années 50 ou 60 du XVe siècle (une rémission pouvait être accordée des décennies après le délit ou le crime qu'elle couvrait). Son auteur est l'écuyer Paul de la Châtre, demeurant à Saint-Amand, en Bourbonnais, à l'époque. Je ne connaissais pas cet individu, mais son nom est celui de la famille possédant le petit manoir du Vernet, porté disparu depuis la fin de la guerre de 14.
Ce chevalier reconnaît avoir torturé et assassiné le nommé Durant des Bois, qui pêchait dans sa rivière, braconnait dans sa garenne, et racontait avoir les faveurs de sa chambrière. Je ne me prononcerai pas sur la vertu de la femme de chambre du chevalier de la Châtre, mais le texte donne une information et en recoupe une autre. On apprend que la seigneurie du Vernet avait un droit de pêche sur une des deux rivières qui arrosent Saint-Amand et ses alentours, le Cher ou la Marmande. Cette dernière, suivant un cours plus long qu'aujourd'hui (elle aurait été détournée au moment du tracé de la ligne de chemin de fer économique au XIXe siècle) trouvait son confluent avec le Cher plus en aval, vers Noirlac. Le droit de pêche usurpé le fut-il par simple braconnage manuel ou à l'aide de nasses, ou fut-il plus grave (pillage d'une pêcherie sur le cours d'eau)? Seule la lecture du texte complet permettrait peut-être de le préciser.
Le braconnage d'une garenne est un délit assez classique dans les archives judiciaires médiévales. Les connils étaient si facile à attraper qu'ils excitaient bien des convoitises lorsque les tables étaient maigrement garnies. La garenne du Vernet a aujourd'hui disparu, mais le toponyme est encore clairement lisible sur les anciens cadastres de Saint-Amand. Son emplacement présumé, à quelques centaines de mètres des murs du manoir, rendait sa visite par des voleurs assez facile.
Tout ceci semble avoir exaspéré Paul de la Châtre au point de se livrer à des actes de torture sur le dit des Bois avant de l'achever. On peut présumer que le prix de la rémission royale a coûté à cet homme et à sa seigneurie bien plus que la valeur des quelques poissons et lapins dérobés par sa victime.

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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 19:22

panneau-Cher

 

Une fois n’est pas coutume: pour faire la réclame de ma dernière livraison pour le trimestriel Berry magazine, j’ai choisi de ne pas reproduire la couverture du numéro d’été de cette revue. Non pas qu’elle soit mal composée, au contraire, mais le portrait de George Sand qu’elle met en valeur heurte mes goûts littéraires. Cette femme, encensée par des générations de lecteurs, donne à mes yeux du Berry une vision consternante de naïveté bien pensante. Je préfère mille fois notre voisin bourbonnais René Fallet, et sa vision d’une ruralité plus éthylique que romantique, pour parler du monde de la terre.

On ne se refait pas.
Berry et Bourbonnais sont d’ailleurs au cœur de cet article, dans lequel j’essaie de suivre, en bon frontalier que je suis, les fluctuations de l’assise territoriale des deux régions, des Bituriges à la Cinquième république, en passant par la période médiévale.
Berry magazine n°106, chez tous les bons marchands de journaux des départements du Centre.
La prochaine édition devrait proposer un travail sur les effets de la Guerre de 100 ans en Berry, suivant l’analyse de sources judiciaires contemporaines des troubles.
Bonne lecture!

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 07:32

Isoudun-gisant

 

Celles et ceux qui suivent ce blog savent que j’aime y partager des coups de cœur pour des lieux ou des initiatives propres à faire découvrir le Moyen-âge local sous ses formes les plus authentiques, et que j’élimine tout ce qui donnerait de cette époque une vision dénaturée, commerciale ou racoleuse.
C’est pourquoi, profitant de l’été et des migrations saisonnières qui conduisent tant d’entre vous sur les routes du Centre, j’attire votre attention sur un lieu d’exception.
Le musée de l’hospice Saint-Roch, dans le centre-ville d’Issoudun, s’est développé dans les murs de l’ancien hôpital de la petite cité de l’Indre, au passé médiéval particulièrement riche. Aux murs primitifs a été ajoutée une extension qui accueille des collections d’arts premiers océaniens et d’œuvres contemporaines, suivant une muséographie que je laisse au visiteur le plaisir de découvrir toutes les sensations qu’elle apporte.
Mais retournons dans la partie ancienne du musée, volontairement dépouillée, pour y retrouver l’un des plus beaux gisants d’abbé du Berry, trouvé dans la crypte de l’ancienne abbaye Notre-Dame et présenté parmi quelques autres monuments funéraires médiévaux. Près du gisant, dans une vitrine, se trouve une rare crosse en métal émaillé, découverte sous la dalle funéraire de l’abbé, pièce exceptionnelle pour la région.

 

Issoudun-crosse

 

En plus de ce patrimoine mobilier, la chapelle des malades contient un ensemble tout aussi exceptionnel de deux arbres de Jessé sculptés dans un calcaire très fin, qui nécessitent un long examen pour apprécier tous les détails des thèmes religieux.
Le musée d’Issoudun est gratuit, les photos y sont permises, l’accueil du public y est particulièrement soigné. Je ne voudrais pas faire preuve de sectarisme en vous encourageant à aller y visiter les salles médiévales, car l’importance du reste des collections est telle que le Moyen-âge n’est pas la période phare de cet espace: l’ensemble est passionnant, demande du temps (une visite éclair serait du gâchis) et présente du paléolithique à l’art nouveau une telle palette d’œuvres que tout le monde peut y trouver son bonheur.

 


Issoudun-arbre-Jessé

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Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
  • Moyen-âge en Berry
  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
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Conférences

conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Archives

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.