Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 11:38

Ouvert exceptionnellement par son propriétaire lors des Journées du Patrimoine 2017, le château de Bommiers, dans l’Indre, est un lieu d’intérêt majeur pour qui s’intéresse au patrimoine militaire des pays du Centre. Cette immense ruine de plus de quatre hectares forme un ensemble beaucoup trop complexe pour être examinée dans un simple article, aussi nous contenterons nous d’observer l’élément particulier que forme la motte castrale primitive à l’origine de ce vaste ensemble fortifié.

 

 

La motte de Bommiers peut-être qualifiée de féodale. Contrairement à d’autres de ses homologues régionales, elle matérialisait le siège d’une des plus importantes seigneuries du diocèse berrichon. Assez éloignée du centre du bourg, la première résidence des seigneurs du lieu s’élève dans un environnement humide propice à l’alimentation permanente de ses fossés. Sa basse cour, distante de plusieurs dizaines de mètres, occupait peut-être toute la superficie de l’actuelle haute cour entourée de murailles postérieures, mais aucune fouille sérieuse ne permet d’étayer ou d’infirmer cette supposition.

 

 

Outre son volume qui fait d’elle un des plus gros ouvrages de terre des environs, la motte de Bommiers conserve la trace de plusieurs aménagements successifs souvent disparus ailleurs.A l’emplacement du donjon quadrangulaire primitif élevé par les premiers chevaliers de Bommiers a été bâti en moellons calcaire un second donjon, de section circulaire, dont la base est encore visible. Cette tour, de réalisation moins soignée que la chemise qui l’entoure, peut avoir été construite au cours des dernières décennies du XIIeme siècle.

 

Très impressionnante autant par sa taille que par l’élaboration de son plan interne, la chemise extérieure, encore en partie dissimulée sous le lierre, s’inscrit dans un vaste programme de fortification observé dans de nombreux châteaux et villes de la région. Flanquée de tours à plusieurs étages avec peut-être des salles basses, équipée de grandes archères, la chemise et son donjon forment alors un élément autonome pouvant tenir un siège même en cas de perte du reste de la forteresse.

 

 

Les archives régionales et extra-régionales nous livrent un certain nombre d’informations sur la famille qui possédait cette place forte, connue dès 1046 par un acte de l’abbaye bénédictine de Saint-Sulpice de Bourges. Mes dépouillements me permettent de la suivre régulièrement jusqu’au moins en 1269, date à laquelle se manifeste pour la dernière fois un Robert de Bommiers, héritier d’une longue tradition patronymique respectée depuis le milieu du XIème.

Entre temps, les Bommiers se dépouillent au profit de nombreux monastères, parfois très éloignés du cœur de leur fief : la Chapelle-d’Angillon, Orsan, Chezal-Benoît, Fontmorigny, Beauvoir, jusqu’à Bénévent, dans la Marche.

Leur influence grandit -ce qui est compatible avec l’importance de leur château- jusqu’à devenir seigneurs d’Huriel (1252) et Montfaucon (1254).

Les plus fidèles lecteurs de ce blog se souviendront peut-être d’un ancien article à la mémoire d’une dame de Bommiers, victime d’empoisonnement et partie quérir sa guérison auprès de médecins du Languedoc, au XIVème siècle.

L’ensemble fortifié de Bommiers, situé au lieu-dit « les Minimes », est une propriété privée dont les propriétaires ne souhaitent pas être importunés par des visites intempestives, en partie pour des questions de sécurité, ce qui se conçoit aisément. Je recommande de suivre les programmes des futures Journées du Patrimoine, qui devraient être l’occasion de découvrir la forteresse de manière encadrée et sécurisée.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 19:46

Les amateurs de patrimoine militaire médiéval savent que le lierre peut parfois dissimuler des vestiges dont la présence échappe à la vue du plus grand nombre. Il faut avoir une certaine habitude pour remarquer, jouxtant la ferme de La Forêt, sur la commune de Courçais, dans le nord-ouest de l’Allier, le volumineux massif végétal qui dissimule les ruines d’une petite forteresse dont le nom d’origine, la Forêt-Mauvoisin, plonge ses racines 950 ans en arrière.

La famille Mauvoisin, éponyme du lieu-dit, apparaît dans le cartulaire du prieuré dionysien de La Chapelaude en 1060 lorsqu’un de ses membres participe, avec d’autres guerriers du château d’Epineuil, au pillage de la maison d’un moine. Au cours des siècles suivants, nous trouvons des membres de la maison de Mauvoisin associés aux seigneurs politiquement les plus actifs de son voisinage : Huriel, Vallon, la Roche-Guillebaud et même Lignières, plus éloignée. Plusieurs filles de cette petite seigneurie se font moniales dans l’abbaye cistercienne voisine de Bussière. Au gré de mes dépouillements, j’ai pu rassembler des sources jusqu’en 1507, période à laquelle est probablement déjà bâti le château dont nous ne trouvons plus aujourd’hui que des ruines.

 

La singularité de ce site apparaît lorsqu’on cherche, sur d’anciennes photographies du début du XXe siècle, l’état d’alors de l’ensemble. Tout porte à croire que le château était encore en  partie habitable, même si le lierre avait déjà commencé à s’étaler sur les murailles. La ruine de la Forêt-Mauvoisin a donc été rapide et irréparable. Les toitures se sont effondrées, scellant l’abandon de ce lieu chargé d’un passé presque millénaire.

 

 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 21:15

Bussy 1

 

Situé non loin de Dun-sur-Auron, dans le Cher, le village de Bussy est connu pour être le siège d'une très belle demeure post-médiévale taillée dans ce qui semble avoir été un ancien donjon quadrangulaire contemporain de la Guerre de 100 ans. Le hasard m'y a fait approcher une structure défensive antérieure, peu visible, mais parfaitement lisible quand on a une petite expérience du patrimoine défensif du premier âge féodal régional.
Non loin du bourg existent en effet les vestiges de ce qui semble être le terre-plein fossoyé d'une ancienne maison-forte de petite dimension. Comme dans plusieurs autres sites, le relief de la plate-forme n'est souligné que par des fossés en eau -le secteur est proche d'un gros ruisseau et par le produit du creusement des dits fossés, rejeté à l'extérieur de l'ensemble sous forme d'un bourrelet de terre, sans doute fort diminué et encore parfaitement visible.

 

Bussy 2

 

Contrairement aux mottes castrales qui demandaient un fort apport de remblais, ces sites défensifs qui pouvaient accueillir des petites structures fortifiées essentiellement bâties en bois, demandaient des efforts de terrassement assez réduits.
De l'emplacement où se situe cette fortification, on voit le donjon de pierre de Bussy, distant de quelques centaines de mètres à peine. Il est donc probable qu'il s'agisse d'un glissement de site, comme on en observe par exemple à Cuffy ou à Vorly, la forteresse antérieure, peu pratique et militairement dépassée, étant abandonnée au profit d'un château plus en accord avec les exigences de la société féodale des XIVe et XVe siècles.

 

Bussy 3

 

Ne connaissant pas le propriétaire du terrain, je suis resté sur la voie publique. Il existe peut-être des vestiges au sol invisibles de la route. Les photographies satellites ne m'ont donné aucune information supplémentaire.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 18:46

Brosse1

 

Les ruines de la forteresse médiévale de Brosse, dans la région de Saint-Benoît-du-Sault, offrent une large palette de modes défensifs adoptés à différentes périodes par la féodalité berrichonne pour assoir son autorité sur les territoires qu'elles contrôlait.

 

Brosse3

 

Une forte motte féodale lenticulaire, siège d'un ancien donjon de bois, sert d'assise à l'un des plus gros donjons circulaires encore visibles dans les pays du Centre, malheureusement en partie éventré. Les fossés, taillés à même la roche, ont servi de carrière pour fournir les matériaux indispensables à la réalisation d'une enceinte en partie défendue par des tours rondes, qui peuvent dater du XIIIe siècle, comme le donjon. Ces tours ont été munies de meurtrières prévues pour de la petite artillerie au moment de la Guerre de 100 ans.
Une poterne monumentale permettait d'accéder à un vaste espace intérieur fermé au public.
La forteresse de Brosse est vieille de plus d'un millénaire. La plus ancienne date dont je dispose la concernant est 974, date à laquelle elle existait déjà, et fut l'objet d'une guerre entre Berrichons et Marchois, qui en convoitaient la possession.

 

Brosse2

 

Le titre de vicomte, attribué à son légitime seigneur, montre l'importance politique de la famille qui en assurait la garde. La motte est contemporaine de ce premier événement. Ce titre vicomtal, porté au cours des siècles suivant, sert d'identifiant dynastique unique à la famille qui occupe les lieux jusqu'à ce qu'un seigneur de Chauvigny, descendant d'une famille qui avait succédé aux Déols à la tête de la seigneurie de Châteauroux, se signale en 1330. On remarque, au dessus de la poterne, une pierre blasonnée portant l'écusson à six fusées des Chauvigny, dont on a un autre exemple sur l'église de Morlac dans le Cher.

 

Brosse4

 

Ce château, qui peut s'inscrire aux beaux jours dans un programme de découverte de ce sud de l'Indre très riche en monuments médiévaux, mérite vraiment qu'on s'y arrête.

 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 10:59

Cuffy1

 

La nature de mes recherches -l'étude des codes sociaux attachés aux noms propres du Xe au XIIIe - ne m'avait pas incité à aller visiter le site féodal de Cuffy, situé sur un plateau de la rive gauche de l'Allier dominant la région de Nevers. En effet, en plus de vingt ans de recherches et de lecture de probablement tout ce que la féodalité a produit comme écrits encore accessibles, je n'ai trouvé de seigneurs dits "de Cuffy". Quelques photographies aux proportions trompeuses signalaient l'existence d'un donjon en ruine à l'attention du public des journées du Patrimoine, rien de nature donc à mettre cet endroit dans la liste de mes priorités.
Ce lieu a attiré mon attention de manière tout à fait indirecte lors de la rédaction d'une synthèse sur une famille féodale du secteur de la Guerche, les Troussebois, connus depuis l'an 1000 et, à ce jour, dont je n'ai pas encore situé le fief principal. L'évaluation du potentiel militaire du site de Cuffy trouvait, dans cette optique, un sens. A peine sur place, l'hypothèse Troussebois passa, si j'ose dire, aux oubliettes.
Le site de Cuffy se présente en effet comme un couple défensif constitué d'une petite forteresse paléo-féodale et d'un château massif, probablement XIVe, à quelques dizaine de mètres de la défense primitive. Cette disposition rappelle d'autres ensembles castraux régionaux dont Bois-Sir-Amé, en Champagne berrichonne, dont l'organisation se rapproche de Cuffy.
Contrairement à ce qu'annonce la signalétique locale, il n'y a pas de motte castrale à Cuffy, mais une remarquable enceinte circulaire entourée de fossés humides, d'un diamètre d'une cinquantaine de mètres, semble t-il. En Bourbonnais et Berry, ce genre de défense porte souvent le nom de Châtelet, conservé dans les toponymes en Châtelux, Châteloy et autres Chatelais.

 

Cuffy2

 

Les photographies satellite montrent que cette fortification commandait un double système défensif beaucoup plus étendu, qui comprenait certainement une basse-cour à l'origine du village.
Le château monumental qui s'élève à proximité est une bâtisse très dégradée, mais qui conserve des ruines qui permettent d'en saisir l'importance passée. On est frappé par la profondeur et la largeur des fossés, semblables à ceux de Bois-Sir-Amé ou du Châtelet-en-Berry. Un grand donjon éventré, de forme carrée, occupe un des angles de la forteresse polygonale. Une autre tour carrée, ainsi que plusieurs tours circulaires, dotées de meurtrières pour armes à feu, assuraient la protection de la partie habitée.
L'absence de seigneurs de Cuffy trouve son explication dans la puissance de l'ouvrage et la proximité de Nevers. Le cartulaire du prieuré clunisien de la Charité-sur-Loire indique qu'un comte de Nevers possédait un grenier sur place en 1190 et des sources postérieures situent la forteresse dans la mouvance de cette importante maison féodale.

 

Cuffy3

 

Probablement concepteurs de la première enceinte, les Nevers ont entretenu ce lieu hautement stratégique indispensable à leur intérêts sans jamais le confier à un de leurs vassaux, ce qui explique la transparence de cette forteresse dans les chartes médiévales.

 

Cuffy4

 

Un point mérite d'être souligné, pour m'avoir étonné. Alors que souvent on est mal reçus, voire interdits d'accès, sur des sites similaires, et/ou que la végétation anarchique dissuade de tenter de faire des photos, tout est fait à Cuffy pour rendre la visite pratique et agréable. Un parking à l'entrée de la propriété, des panneaux explicatifs, un sens de visite, un accès soigneusement entretenu font de cette forteresse un lieu à recommander bien plus parlant pour des enfants que la plupart des images qu'on trouve dans les manuels qui leur sont destinés.
A découvrir.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
2 août 2014 6 02 /08 /août /2014 09:33

Sainte-Sévère-porche

 

Quand on chemine dans les rues de Sainte-Sévère, dans le département de l'Indre, notre attention est attirée par la silhouette d'une haute tour aux deux tiers effondrée et de quelques beaux vestiges de fortifications urbaines. Si cette petite cité a décidé de fonder sa réputation sur le personnage du facteur du film "Jour de fête", de Jacques Tati, elle n'oublie pas complètement d'anciennes gloires guerrières qui vinrent, en 1372, au nom du roi de France, reprendre la ville aux Anglais.

 

Sainte-Sévère-porte

 

La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, par Jean d'Orronville, décrit la stratégie adoptée de l'armée française pour réduire la place.
Dans cette campagne qui visait la reconquête de la Guyenne, en passant pas Poitiers, la forteresse de Sainte-Sévère représentait un embarras certain pour les Français. Même si elle ne présentait pas un verrou infranchissable vers l'Ouest, cette cité abritait un contingent ennemi suffisamment solide pour mener à l'arrière des coups de main meurtriers. Sa prise fut donc jugée essentielle et confiée à trois grands capitaines: le connétable du Guesclin, Louis, duc de Bourbon et le comte Louis de Sancerre qui choisirent, explique la chronique, une tactique payante. Au lieu de forcer le rempart berrichon en un seul point par une attaque massive, chaque capitaine fit monter son contingent à l'assaut en trois points séparés, afin de diviser les forces de l'adversaire. Des échelles et du matériel de mine furent mis en œuvre. Fruit du hasard ou de la bravoure particulière des Bourbonnais, ce sont les hommes du duc de Bourbon qui accrochèrent le plus sévèrement l'Anglais et purent s'infiltrer les premiers dans la place. Dépassés, les défenseurs cherchèrent à résister dans la tour dont on voit aujourd'hui le tronc qui domine la campagne (la motte est même citée par le chroniqueur) avant de succomber. Seule une poignée d'hommes fut épargnée, les autres étant déterminés à combattre jusqu'à la mort.
Même si l'ancienne motte et le pied du donjon sont presque invisibles à cause de la végétation qui couvre le site, je pense que les personnes qui s'arrêteront à Sainte-Sévère ne perdront pas leur temps.

 

Sainte-Sévère-tour

 

note. Sainte-Sévère présente la curiosité d'avoir été choisie par Jacques Tati pour le tournage du film "Jour de fête". Les habitants ont su particulièrement bien valoriser cette richesse patrimoniale qui, même si elle n'a aucun rapport avec le Moyen-âge, mérite d'être vantée dans ce billet.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 09:47

casque1

 

Voici un objet qui intéressera tous les spécialistes -et ils sont nombreux - de l'armement médiéval. Je possède assez peu d'informations sur son compte et ignore si sa découverte a été publiée. Il est visible dans la petite vitrine dédiée à la période médiévale au musée Saint-Vic de Saint-Amand-Montrond dans le Cher.
Il s'agit d'un grand fragment de casque en fer identifié, lors de sa restauration, comme une pièce d'équipement de soldat anglais datée de la Guerre de cent ans. L'originalité de cette découverte tient à la présence d'un crâne humain soudé par la rouille au fond du casque. L'ensemble provient d'une gravière exploitant les sédiments du Cher à Bruère-Allichamps, en aval de Saint-Amand-Montrond. Les granulats étant criblés pour séparer le sable du gravier et des cailloux, quelqu'un eut la chance de récupérer l'objet et de le confier au musée le plus proche.
Il ne serait pas sérieux d'imaginer un scénario expliquant la présence de ce vestige insolite dans les sables du Cher, mais l'observation du contexte historique contemporain de la mort du soldat fournit quelques pistes qu'il convient d'explorer.
L'objet n'est pas daté formellement. Arraché par une drague aquatique au lit de la rivière, il est impossible de l'associer à un niveau archéologique quelconque. La forme du casque a orienté les gens qui l'ont eu en main vers un équipement de soldat "anglais". Si cette identification est valable, il peut s'agir des restes d'un soudard anglais ou gascon venu combattre en Saint-Amandois dans les premières années de la Guerre de 100 ans. La région a été le théâtre de plusieurs épisodes guerriers où se sont affrontés des corps de troupes obéissant aux ordres de chefs fidèles aux rois de France et d'Angleterre. La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, par Jean d'Orronville, cite, entre autres, la reprise de Saint-Amand et du château de Montrond par des capitaines bourbonnais en 1367-68. Notre inconnu était peut-être un de ceux que les épées françaises firent alors passer de vie à trépas.

 

casque-2

 

Comment cet homme est-il mort? Les restes osseux sont trop incomplets pour le savoir. Mort au combat, noyade accidentelle, noyade par représailles - les lettres de rémission de l'époque citent des cas de paysans berrichons et orléannais noyant des prisonniers anglais dans des rivières ou même des mares- il est impossible de se prononcer. Nous remarquerons juste que mort ou vif, la victime est tombée dans le Cher toute équipée. S'il s'agissait d'une tombe de fortune éventrée par une crue de la rivière, on aurait délesté le mort de ses armes avant d'ensevelir sa dépouille.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 14:41

La-Crête2

 

Il existe, sur la commune d'Audes, dans l'Allier, une ruine méconnue et pourtant fort intéressante d'une forteresse médiévale, connue sous le nom de château de la Crête, ou de la Creste. Ce site, d'accès compliqué, n'a rien de touristique et est une propriété privée, aussi n'ai-je pu l'approcher qu'à distance. La récolte d'informations donne néanmoins des résultats intéressants.
La Crête se présente comme un éperon rocheux isolé du plateau qui l'environne par le travail de l'érosion. La mise en eau d'un étang artificiel ne permet pas d'évaluer la profondeur de la vallée ni la topographie initiale, mais ce lieu était un site défensif naturel favorable à l'établissement d'un retranchement. Par certains cotés, il présente des points communs avec le château de la Roche-Guillebaud, dans la vallée de l'Arnon.
Sur place, on observe une plate-forme consolidée par un parement de pierre sèche, portant des vestiges d'au moins deux époques distinctes. Les premiers, des tours rondes, peuvent dater du XIIIe siècle. Les seconds, le reste d'un grand corps de logis flanqué de tours carrées dotées de meurtrières à armes à feu, semble du XIVe ou du XVe siècle. A la jumelle, on remarque que les archères qui équipaient les tours rondes ont été remplacées par des ouvertures compatibles avec des couleuvrines. On aperçoit quelques saillies de latrines. L'ensemble présente un profil caractéristique de ces vieilles forteresses féodales réaménagées à l'époque de la guerre de 100 ans pour devenir autant des résidences confortables que des forts capables de résister à un siège.

 

La-Crête1

 

Plus au-delà, sur le plateau, sont visibles plusieurs grands murs qui closent des parcelles dont une accueille un château plus récent. En l'absence d'autorisation, je ne me suis pas permis d'aller plus loin que les chemins vicinaux, mais on peut penser à des restes de basse-cour ou de garenne.
L'une des curiosité de la Crête est d'avoir laissé très peu de traces dans les archives. Une des seules occurrences relevées date de 1128 et témoigne de la présence d'un chapelain sur place, peut-être desservant de la chapelle attachée au premier château. Un acte non daté mais produit dans un contexte qui se rapproche du XIIe siècle nous informe de l'existence d'un prévôt à la Crête, tout à fait compatible avec la déclaration d'un seigneur de Culan qui, en 1245, parle de sa maison (domo nostra de Crista) de la Crête.
Cela ne doit pas nous dispenser de chercher d'autres sources, mais ces deux dernières mentions suffisent à expliquer le mutisme documentaire qui entoure cette forteresse. Construite par les Culan, elle était tenue par un officier seigneurial qui en garantissait la garde. Il n'existait donc pas de seigneurs de la Crête qui pourraient être identifiés comme tels dans les chartes médiévales.

 

La-Crête3

 

D'autres historiens ont écrit la suite de l'histoire de cette place, beaucoup plus documentée à partir de la Renaissance. Il ne m'appartient pas de m'approprier leurs conclusions.
La Crête, je l'ai dit, est une propriété privée. Il est tout de même possible, avec une bonne carte et une solide paire de chaussures de marche, sans déranger plus que quelques chevreuils, d'avoir un beau point de vue sur une partie de ce château.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 09:21

Ronnet2

 

Dans le sud de la région de Montluçon, non loin de la limite entre les diocèses de Bourges et de Clermont se trouve, dans le village de Ronnet, un monument injustement méconnu du grand public mais qui a attiré depuis longtemps l’attention des archéologues et des historiens.
Sur les vestiges d’une forte motte castrale s’élèvent les vestiges d’un donjon de pierre, tronqué sur une hauteur difficile à estimer, mais qui garde une élévation significative.
Si on s’appuie sur la forme de cette construction, la tour de Ronnet peut être datée de la fin du XIIe ou du XIIIe siècle, comme la majorité des donjons de la région. Celui ci doit son salut à la faible qualité de l’appareillage général, qui inclut peu de belles pierres de taille. Les gens du village n’ont vu aucun intérêt à le transformer en carrière, tout juste l’ont-il éventré à la base pour profiter de la basse-fosse pour ménager un abri pour les animaux domestiques.

 

Ronnet3

 

Le profil général de ce bâtiment témoigne d’un archaïsme rare qui fait tout l’intérêt de ce site. Ses constructeurs ont en fait remplacé un antique donjon de bois datant du premier âge féodal par une tour de même conception, mais imputrescible et insensible à l’incendie, gardant un faible diamètre à la base et un accès par rampe amovible à un étage élevé, comme on en voit encore sur le donjon d’Huriel ou comme il en existait, d’après les gravures modernes, au château de Montrond. Aucune meurtrière n’a été ménagée dans le tronc qui demeure, ce qui confirme le manque de modernisme de l’ensemble, prévu pour abriter un nombre réduit de combattants disposants d’armes défensives puissantes comme des arbalètes, employées à partir du sommet du donjon.

 

Ronnet-tour

 

Ronnet offre donc au visiteur un intéressant exemple du passage dans nos régions des châteaux de bois à leurs successeurs de pierre. Ici, manifestement, les ambitions des architectes ont été limitées à l’imitation d’un modèle symbolique et tactique primitif: symboliser, en conservant la motte comme assise, le caractère souverain et féodal de la tour et assurer la sauvegarde d’un petit nombre de guerriers en cas d’agression.
Ailleurs, les vielles bases féodales ont été soit laissées à l’abandon, soit recouvertes par de puissants châteaux-forts, ce qui donne au donjon de Ronnet un caractère exceptionnel.

 

Ronnet1

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 09:23

maison-forte2

 

Profitant des précipitations exceptionnelles de ces derniers mois, je suis passé prendre quelques vues de plusieurs restes d’anciennes forteresses de terre et de bois dans le sud du département du Cher, dans l’espoir que les pluies auraient gonflé leurs fossés et donné un peu de relief à des ensembles difficiles à photographier en temps ordinaire. Fidèle aux principes de ce blog, je ne donne aucun repère pour permettre de les localiser afin de ne pas encourager les visites malveillantes...
Le site n°1 se présente sous la forme d’un retranchement fossoyé sans élévation artificielle. Ses concepteurs ont creusé un fossé profond alimenté par un ruisseau qui collecte les eaux de ruissellement sur un périmètre extrêmement difficile à évaluer à cause des bois qui entourent le lieu. La terre retirée des douves a été déposée non pas à l’intérieur du dispositif pour élever sa plate-forme, comme pour une motte castrale, mais vers l’extérieur. Un bourrelet défensif, certainement palissadé à l’origine, constituait un premier obstacle.

 

maison-forte1

 

Le site n°2 est bâti sur le même principe, avec une nuance intéressante. Le lieu est très humide. Le choix a porté sur des fossés plus larges que profonds, remplis par un ruisseau permanent. Pour une raison inconnue, l’alimentation était interrompue cet hiver. Cet aménagement particulier produit une forme défensive étrange, où la superficie de l’aire habitée est de moitié inférieure à celle de ses douves. Là aussi, la terre excavée a été jetée à l’extérieur.
Visuellement, ces forteresses, de plain-pied avec les terrains alentours, sont peu spectaculaires et peuvent échapper à l’attention d’un chercheur passant à quelques dizaines de mètres.

 

maison-forte3

 

L’absence programmée de motte révèle un choix architectural particulier. Nous ne sommes pas sur les ruines d’anciens donjons féodaux, mais de maisons-fortes. En l’absence  de données archéologiques, il est très difficile d’estimer leur surface au sol et leur hauteur, mais la rareté des ruines et des tuiles oriente vers des constructions de bois avec couverture végétale possible (des bardeaux de chênes peuvent résister très longtemps à la pluie). Des fouilles menées sur d’autres sites ont permis de conclure que ces habitations n’étaient pas à proprement parler des châteaux, même si certains lieux ont pu évoluer avec le temps en véritables petites forteresses de pierre, mais des grosses maisons très solides, capables de résister à un coup de main hostile grâce à un armement adapté.
Si je n’ai rien trouvé de précis, à part une allusion au XVIe siècle concernant le site n°1, le site n°2 est mieux repéré dans la documentation régionale et plusieurs actes conservés aux archives du Cher montrent qu’il était la propriété d’une famille de chevaliers et damoiseaux au début du XIIIe siècle. Un testament de 1375 parle du “lieu et manoir de X”.

 

maison-forte4

 

Ces dates concordent avec ce qu’on observe ailleurs. Ces maisons-fortes semblent s’élever à la lisière des grandes seigneuries à un moment ou la croissance démographique permet une exploitation de l’ensemble des terres cultivables. Une petite féodalité rurale prend racine sur des domaines agricoles dont elle fortifie l’assise avec de grosses maisons de bois capables de garantir un minimum de sécurité contre des bandes de pillards toujours à craindre. Les propriétaires sont issus d’une chevalerie rurale probablement de faible extraction, ce qui ne les empêche pas d’avoir des rapports avec les abbayes locales, dont les archives ont conservé leurs noms.
Il est difficile de savoir comment et pourquoi elles ont disparu. On observe toutefois que si la fonction défensive s’est fondue dans le temps, il reste des signes de leur activité agricole primitive: des fermes sont encore exploitées à proximité des vestiges et aucune maison-forte n’est totalement isolée dans la nature.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article

Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
  • Moyen-âge en Berry
  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
  • Contact

géographie des visiteurs




A ce jour, cette espace a été visité
180102 fois.

405350 pages ont été lues.

Merci de l'intérêt que vous portez à l'histoire de la région.




Visitor Map
Create your own visitor map!
" class="CtreTexte" height="150" width="300" />

 

Rechercher

Conférences

conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.