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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 09:32

prieuré-Vernais

 

Plusieurs fois, à l’occasion de conférences ou par courrier, des auditeurs et lecteurs m’ont demandé si je savais quand et pourquoi le prieuré de leur ville ou de leur village avait disparu. Ayant au début jugé anecdotique ce genre d’interrogation, il est peu à peu apparu que la question se posait pratiquement partout, à part dans de très rares exceptions comme le village de Drevant, dans le Cher, qui aligne sur un espace réduit une église paroissiale et une chapelle prieurale. Cet édifice, dont j’ai parlé ici plusieurs fois, est en plus un bâtiment à façade romane remarquable, d’où la frustration de certains de ne plus posséder le même patrimoine au cœur de leur village. Ce sentiment est encore appuyé par ces quelques jolis prieurés romans qu’on trouve parfois en campagne.
Pour avancer une réponse, il est nécessaire de revenir sur la nature des prieurés dont les actes médiévaux évoquent l’existence.
Il n’est pas rare qu’on me parle de ces anciens lieux de prière avec une sorte d’admiration respectueuse, comme s’ils avaient été des pôles de spiritualité à l’égal des abbayes.
Certes, certains prieurés berrichons ont été des monastères aussi, sinon plus peuplés et puissants que bien des petits couvents ruraux, mais il s’agit là d’exceptions. L’immense majorité des cellules prieurales résulte de dons accordés par des chevaliers à des abbayes, parfois situées à des distances considérables. Ces dons constituent un outil économique que les communautés monastiques ne peuvent ni négliger ni exploiter directement. Elles délèguent donc à un ou plusieurs frères le soin d’aller gérer au mieux ces biens dispersés et d’inégale importance. Ces moines détachés ont besoin d’un lieu de prière, et c’est là que l’affaire se complique.
En campagne, les choses sont claires: les prieurés se dotent de chapelles. En milieu urbain - villes ou petits villages - ces prieurales ont disparu du paysage, au même titre que la plupart des anciens lieux hospitaliers - hôtels-Dieu, léproseries, hôpitaux de filles-Dieu.. Les sondages archéologiques retrouvent parfois les traces de ces derniers, mais pas des prieurés.

 

prieuré-de-Soye

 

La solution m’a été soufflée par m. Grare, actuel propriétaire du prieuré de Drevant. Vivant dans les murs et observateur de multiples contradictions qui échappent à une visite sommaire du site, il m’a fait remarquer avec pertinence que l’église paroissiale était bien moins typée que son prieuré et que, débarrassée de son autel et des quelques ornements maladroitement placés dans la maçonnerie, elle prenait l’aspect d’un bâtiment ordinaire, médiéval, mais pas spécialement cultuel. Son hypothèse, iconoclaste mais, je le rappelle, pertinente, est de proposer de ramener cette église à sa première fonction de grange ordinaire ayant  appartenu aux moines, ce que nous appelons aujourd’hui “prieuré de Drevant” étant l’ancienne église paroissiale. Celle-ci, sans doute devenue trop petite à la suite de la poussée démographique enregistrée à la fin de la période médiévale, ayant été abandonnée pour consacrer un sanctuaire plus vaste, l’ancienne grange transformée en chapelle.

 

acrotère-Drevant

Ornement gallo-romain rapporté, unique pièce décorative de la façade de l'église de Drevant

 

 

Ainsi s’explique la disparition de nos prieurés urbains. Les textes sont sur ce point sans ambiguïté: les seigneurs donnent aux abbayes des églises parfois accompagnées de rentes et/ou de terres. Les églises existent avant la fondation des prieurés, puis sont partagées entre le prêtre, qui dépend de l’évêque, et le prieur, qui obéit à son abbé. Les prieurés urbains se réduisent donc à un volume plus ou moins important de bâtiments d’exploitation et de stockage, complétés dans de rares cas par des cloîtres et des dortoirs monastiques. Beaucoup de prieurés ne sont peut-être même pas habités en permanence, les moines chargés de leur fonctionnement retournant vivre dans leur communauté les mois d’inactivité agricole.
Ainsi, grâce à cette exception devenue artificiellement généralité qu’est Drevant s’éclaire toute une part mal connue de l’histoire de nos bourgs.

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 09:47

casque1

 

Voici un objet qui intéressera tous les spécialistes -et ils sont nombreux - de l'armement médiéval. Je possède assez peu d'informations sur son compte et ignore si sa découverte a été publiée. Il est visible dans la petite vitrine dédiée à la période médiévale au musée Saint-Vic de Saint-Amand-Montrond dans le Cher.
Il s'agit d'un grand fragment de casque en fer identifié, lors de sa restauration, comme une pièce d'équipement de soldat anglais datée de la Guerre de cent ans. L'originalité de cette découverte tient à la présence d'un crâne humain soudé par la rouille au fond du casque. L'ensemble provient d'une gravière exploitant les sédiments du Cher à Bruère-Allichamps, en aval de Saint-Amand-Montrond. Les granulats étant criblés pour séparer le sable du gravier et des cailloux, quelqu'un eut la chance de récupérer l'objet et de le confier au musée le plus proche.
Il ne serait pas sérieux d'imaginer un scénario expliquant la présence de ce vestige insolite dans les sables du Cher, mais l'observation du contexte historique contemporain de la mort du soldat fournit quelques pistes qu'il convient d'explorer.
L'objet n'est pas daté formellement. Arraché par une drague aquatique au lit de la rivière, il est impossible de l'associer à un niveau archéologique quelconque. La forme du casque a orienté les gens qui l'ont eu en main vers un équipement de soldat "anglais". Si cette identification est valable, il peut s'agir des restes d'un soudard anglais ou gascon venu combattre en Saint-Amandois dans les premières années de la Guerre de 100 ans. La région a été le théâtre de plusieurs épisodes guerriers où se sont affrontés des corps de troupes obéissant aux ordres de chefs fidèles aux rois de France et d'Angleterre. La Chronique du bon duc Loys de Bourbon, par Jean d'Orronville, cite, entre autres, la reprise de Saint-Amand et du château de Montrond par des capitaines bourbonnais en 1367-68. Notre inconnu était peut-être un de ceux que les épées françaises firent alors passer de vie à trépas.

 

casque-2

 

Comment cet homme est-il mort? Les restes osseux sont trop incomplets pour le savoir. Mort au combat, noyade accidentelle, noyade par représailles - les lettres de rémission de l'époque citent des cas de paysans berrichons et orléannais noyant des prisonniers anglais dans des rivières ou même des mares- il est impossible de se prononcer. Nous remarquerons juste que mort ou vif, la victime est tombée dans le Cher toute équipée. S'il s'agissait d'une tombe de fortune éventrée par une crue de la rivière, on aurait délesté le mort de ses armes avant d'ensevelir sa dépouille.

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 14:41

La-Crête2

 

Il existe, sur la commune d'Audes, dans l'Allier, une ruine méconnue et pourtant fort intéressante d'une forteresse médiévale, connue sous le nom de château de la Crête, ou de la Creste. Ce site, d'accès compliqué, n'a rien de touristique et est une propriété privée, aussi n'ai-je pu l'approcher qu'à distance. La récolte d'informations donne néanmoins des résultats intéressants.
La Crête se présente comme un éperon rocheux isolé du plateau qui l'environne par le travail de l'érosion. La mise en eau d'un étang artificiel ne permet pas d'évaluer la profondeur de la vallée ni la topographie initiale, mais ce lieu était un site défensif naturel favorable à l'établissement d'un retranchement. Par certains cotés, il présente des points communs avec le château de la Roche-Guillebaud, dans la vallée de l'Arnon.
Sur place, on observe une plate-forme consolidée par un parement de pierre sèche, portant des vestiges d'au moins deux époques distinctes. Les premiers, des tours rondes, peuvent dater du XIIIe siècle. Les seconds, le reste d'un grand corps de logis flanqué de tours carrées dotées de meurtrières à armes à feu, semble du XIVe ou du XVe siècle. A la jumelle, on remarque que les archères qui équipaient les tours rondes ont été remplacées par des ouvertures compatibles avec des couleuvrines. On aperçoit quelques saillies de latrines. L'ensemble présente un profil caractéristique de ces vieilles forteresses féodales réaménagées à l'époque de la guerre de 100 ans pour devenir autant des résidences confortables que des forts capables de résister à un siège.

 

La-Crête1

 

Plus au-delà, sur le plateau, sont visibles plusieurs grands murs qui closent des parcelles dont une accueille un château plus récent. En l'absence d'autorisation, je ne me suis pas permis d'aller plus loin que les chemins vicinaux, mais on peut penser à des restes de basse-cour ou de garenne.
L'une des curiosité de la Crête est d'avoir laissé très peu de traces dans les archives. Une des seules occurrences relevées date de 1128 et témoigne de la présence d'un chapelain sur place, peut-être desservant de la chapelle attachée au premier château. Un acte non daté mais produit dans un contexte qui se rapproche du XIIe siècle nous informe de l'existence d'un prévôt à la Crête, tout à fait compatible avec la déclaration d'un seigneur de Culan qui, en 1245, parle de sa maison (domo nostra de Crista) de la Crête.
Cela ne doit pas nous dispenser de chercher d'autres sources, mais ces deux dernières mentions suffisent à expliquer le mutisme documentaire qui entoure cette forteresse. Construite par les Culan, elle était tenue par un officier seigneurial qui en garantissait la garde. Il n'existait donc pas de seigneurs de la Crête qui pourraient être identifiés comme tels dans les chartes médiévales.

 

La-Crête3

 

D'autres historiens ont écrit la suite de l'histoire de cette place, beaucoup plus documentée à partir de la Renaissance. Il ne m'appartient pas de m'approprier leurs conclusions.
La Crête, je l'ai dit, est une propriété privée. Il est tout de même possible, avec une bonne carte et une solide paire de chaussures de marche, sans déranger plus que quelques chevreuils, d'avoir un beau point de vue sur une partie de ce château.

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 18:12

sortie-musée

 

“Olivier, maintenant, c’est sûr: je terminerai à l’Hospice!”

C’est par ces quelques mots que j’ai réalisé que la dernière heure de Marie-Christine Planchart, future ex-conservatrice du musée municipal de Saint-Amand-Montrond, dans le Cher, allait bientôt sonner.

Enfin, penseront les uns.

Enfin! penseront les autres.

Concernant Marie-Christine, il y a deux clans. Ceux qui rêvaient de la voir à l’hospice, et ceux qui se réjouissent, et pour certains le mot est un euphémisme, de la savoir à l’Hospice. Et la nuance entre minuscule et majuscule est à elle seule le meilleur résumé de ses années passées à la tête du musée Saint-Vic.

Minuscules, les moyens mis à sa disposition pour accomplir sa mission: manque de personnel, manque de place dans les réserves, manque de site internet, manque d’autonomie, manque de soutien hiérarchique, manque de reconnaissance par cette même hiérarchie.

Minuscule, le plaisir sournois et étriqué de chercher à lui nuire, par une cabale de dénigrement public, par des pressions morales, lettres et gestes d’insultes, tracasseries et sanctions administratives, surveillance stalinienne de chacun de ses faits et gestes.

Minuscule, l’envergure de ses détracteurs, microcosme de laquais veules et flatteurs juste capables de faire mal pour le plaisir, comme ces volées de morveux cruels et irresponsables qui s’acharnent contre le plus faible sous un préau de cour de récréation.

Minuscule et inquiétant pour l’avenir, cet état d’esprit qui veut que tout ce qui n’est pas local et soigneusement calibré selon des normes immuables depuis l’après-guerre, et qui pourrait venir diluer un peu cette consanguinité intellectuelle, doit être conspué et réduit à néant comme un métastase.

Et il y a les majuscules.

Majuscule, sa résistance personnelle face à cette perfidie destinée à la pousser dans le vide. 

Majuscule, l’attitude de ses proches dans son travail, qui lui ont apporté un soutien entier et sans faille.

Majuscule, cette muraille qui s’est construite autour d’elle sans qu’aucun architecte n’en ait croqué les plans, et qui a rassemblé une nébuleuse de femmes et d’hommes mobilisés par sa situation, bien au delà de ce que, dans leur étroitesse d’esprit, ses tourmenteurs pouvaient se figurer: archéologues, préhistoriens, historiens, historiens de l’Art, conservateurs de musée, archivistes, artistes, journalistes, syndicalistes, présidents et membres d’associations, élus, confrères, collègues, amis et copains, toutes et tous mus par la même indignation, et qui ont fait toute la réclame nécessaire pour que la situation de leur amie conservatrice soit connue bien plus loin que les bornes de la ville.

Majuscule, l’attitude de m. Laignel, maire d’Issoudun, qui a tendu la main à Marie-Christine alors que d’autres édiles ne lui avaient tendu que le poing, et qui l’a accueillie dans son Hospice à lui, Saint-Roch, au sein d’un musée digne de ce nom, un des plus riches de toute la Région Centre.

A titre personnel, je tiens à remercier chaleureusement notre ancienne conservatrice pour la confiance qu’elle a su m’accorder, en me proposant l’identification d’une partie des collections archéologiques en cours de recollement, et m’avoir invité à présenter une animation sur le gisant du musée il y a tout juste deux ans. Que ses anciens patrons sachent au passage que je n’ai pas oublié mes deux autres interventions prévues, et censurées par leurs soins. Quand je vous parlais de minuscules...

Je tiens aussi à saluer chaleureusement, et confraternellement, tous ceux qui auront écrit, avec des lettres majuscules toute ou partie de cette histoire, qui se termine bien.

Bonne route à Marie-Christine Planchart, désormais conservatrice-adjointe au musée de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun et bonne chance au musée Saint-Vic .

Il en aura besoin.

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Published by Olivier Trotignon - dans musées régionaux
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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 15:32

Christ-Levroux

 

Les chroniqueurs médiévaux Rigord et Guillaume le Breton nous ont laissé de précieuses informations sur les faits et gestes du roi de France Philippe Auguste lors du long conflit qui l’opposa à son rival Henri Plantagenêt, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine. Le Berry occidental et méridional étant à la fin du XIIe siècle l’une des zones de contact entre les fiefs de ces deux souverains, il est normal que ces deux auteurs aient rapporté  quelques événements marquants s’étant produits sur le sol berrichon. Parmi eux, nous trouvons le récit d’un fait étrange que Rigord n’hésite pas à qualifier de miracle tant il servi les intérêts du roi de France.
1188. Henri d’Angleterre rompt une trêve avec les Français. En représailles, Philippe Auguste mène une chevauchée sur les terres des seigneurs de Châteauroux, vassaux d’Aquitaine. Châteauroux, Buzençais et Argenton sont prises, certainement assez facilement, car il n’y a aucune récit de bataille, et le siège est mis devant Levroux, qui résiste mieux. Rigord précise que cette opération dure peu de temps.
Si la situation militaire est clairement maîtrisée par les stratèges du roi Philippe, les circonstances climatiques sont en défaveur des Français. L’été est chaud et sec, et la Théols, qui arrose Levroux, est si à sec que hommes et chevaux souffrent des rigueurs de la soif, indice d’une campagne rapide et improvisée, dans laquelle l’intendance a été en partie laissée au hasard des circonstances. Dans le cas du siège de Levroux, l’armée du Capétien n’a trouvé ni puits ni source capable de lui procurer l’eau nécessaire à sa survie.
C’est là que, selon Rigord (Guillaume le Breton est plus prudent), survient le miracle. Sortie des profondeurs du sol, une onde abondante remplit le lit de la rivière, au point que les chevaux ont de l’eau jusqu’au ventre. L’armée se rafraîchit, les hommes et les animaux retrouvent des conditions de vie normales et la prise du château n’est plus qu’une question de jours. Sitôt la forteresse enlevée et le roi reparti, le flux s’interrompt et la Théols retrouve son étiage normal de plein été.
L’examen de la topographie exclut que cet événement ait été produit par un gros orage d’été. La source de la Théols est proche de Levroux, le relief insignifiant, un gros orage localisé comme il s’en produit parfois en plaine aurait été vu des assaillants. De plus, l’eau n’aurait pas coulé pendant plusieurs jours. La simultanéité des faits, l’eau arrive et repart avec le roi, montre que le phénomène est maîtrisé.
Il me semblerait intéressant de pouvoir prospecter le lit de la Théols en amont de Levroux pour y rechercher les vestiges d’une éventuelle digue d’étang, pêcherie ou bief de moulin, dont les pelles ont certainement été ouvertes par des fourriers de l’armée française partis courir les environs du siège pour y trouver des provisions. Il aurait été facile à des hommes expérimentés de laisser partir une quantité d’eau suffisante pour assurer l’approvisionnement de la troupe capétienne, quelqu’un, eux ou le propriétaire de l’étang, refermant la vanne une fois le danger passé pour sauver ce qui restait de la réserve d’eau.
Rigord, dont le récit fourmille de petits miracles, a trouvé là une preuve supplémentaire de la bienveillance de Dieu à l’égard du roi dont il contait les hauts faits.

 


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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 13:06

St-Benoît-nocturne

 

En parcourant les chartes de la célèbre abbaye ligérienne de Saint-Benoît-sur-Loire, qu’il est inutile de présenter ici, on remarque plusieurs textes relatifs au possessions que ce monastère sis dans le diocèse d’Orléans entretenait dans celui de Bourges. Plusieurs documents, datés d’entre 1110 et 1125, détaillent trois ensembles distincts d’églises dépendant des Bénédictins des bords de Loire.
Le plus éloigné de tous est le prieuré du Sault, à l’origine de la ville de Saint-Benoît-du-Sault, dans le sud de l’Indre. Les archives de son abbaye-mère y font assez souvent référence, et permettent d’en mesurer l’importance à l’aune de la liste de ses protecteurs, tant berrichons qu’aquitains ou limousins.
Le groupe le plus nombreux est aussi le plus proche en distance de Saint-Benoît, dont le prestige attirait naturellement les donateurs locaux: Saint-Martin près de Saint-Satur (Sancerre, en fait), Saint-Maurice de Châtillon-sur-Loire, Notre-Dame de Saint-Brisson, Saint-Martin de Vailly, Saint-Pierre de Poilly et Saint-Martin de Menétréol-sur-Sauldre sont reconnues par l’archevêque berruyer Léger comme légitimes propriétés de ses frères de Saint-Benoît.
Un troisième ensemble attire l’attention. Plusieurs églises, proches de Châteauneuf-sur-Cher, constituaient une part de la nébuleuse foncière des Bénédictins. Saint-Pierre de Châteauneuf, Saint-Martin de Corquoy, Saint-Pierre de Venesmes, avec la chapelle Saint-Jean, Saint-Baudel et Saint-Julien-le-pauvre (peut-être Saint-Julien, entre Chambon et Saint-Symphorien) forment un groupe homogène dont on peine à fixer l’origine. Si on repère sans difficulté les moments et les circonstances qui ont permis une augmentation de ce patrimoine (ajout des églises de Corquoy et Venesmes suite à des accords entre Saint-Benoît et le chapitre Saint-Étienne de Bourges ou même l’archevêque Vulgrin), la donation initiale n’a pas été conservée. Le récit de la bataille de Châteauneuf (première moitié du XIe siècle) rapporté dans la chronique de l’abbaye de Fleury, autre nom de Saint-Benoît, montre que cette donation ou vente, quelqu’en soit l’auteur, remonterait à une époque proche de l’an 1000.

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 11:10

Fontmorigny

 

Il y a un certain intérêt à se pencher sur un phénomène mal connu et certainement occulté par des élans spirituels plus médiatisés comme les migrations de pèlerins vers Compostelle et les autres sanctuaires exposant des reliques de saint Jacques. Quelques faits-divers, à priori ordinaires, éclairent une pratique peu étudiée à ma connaissance: les pèlerinages de proximité ayant pour but la vénération de reliques ou d’objets miraculeux conservés dans des abbayes régionales.
Au hasard des analyses de lettres de rémission datant de la fin de la période médiévale se remarquent plusieurs faits tendant à prouver que deux monastères cisterciens, Loroy et Fontmorigny, attiraient sur leurs domaines des croyants étrangers à la sphère bernardine.
En 1415, un habitant de la paroisse du Gravier, près de la Guerche, tue lors d’une rixe un sergent du duc de Bourbon revenant d’un pèlerinage à Fontmorigny. En 1477, c’est un habitant de Menetou-Couture qui fait subir le même sort à un pèlerin en route pour le même sanctuaire.
En 1478, un accident malheureux met fin aux jours de Jean Rabillon, tué par une jument emballée alors qu’elle ramenait chez lui Pierre Gantère, habitant de Sainte-Montaine, de retour d’un pèlerinage à Loroy.
Si nous ignorons l’origine de la deuxième victime, les incidents de 1415 et 1478 présentent un profil parallèle. Dans le premier cas, le meurtre est commis sur la route du Sud, alors que le sergent ducal rentrait chez lui. Quelque soit l’endroit du Bourbonnais où il était en poste, cet homme n’était pas un étranger à la région. Dans la troisième affaire, le propriétaire de la jument n’était qu’à quelques heures de chez lui.
Ces pèlerinages de proximité sont forts intéressants, même si les détails manquent pour évaluer le mode de réception des visiteurs sur les sites cisterciens, en principe soumis à la stricte discipline de la clôture. Dans quelle partie de l’abbaye étaient exposés les objets de la piété populaire? La clôture était-elle assouplie? Quels bénéfices les moines tiraient-ils des inévitables offrandes? Ces questions mériteraient un examen attentif par des historiens rompus à l’étude des dernières décennies de la période médiévale.
Cette pratique est-elle née des difficultés à circuler paisiblement sur de longues distances pendant la guerre de 100 ans? Plusieurs cas de pèlerins anglais, pourtant munis de sauf-conduits en règle et dépouillés ou brutalisés sur les routes de la région pourraient le laisser penser. On ne doit pas écarter non plus le simple aspect pratique de ces pèlerinages de proximité. Le sergent du duc et le cavalier venus de Sainte-Montaine étaient sans doute de petites gens trop modestes et trop peu mobiles pour partir en voyage vers des sanctuaires lointains. On n’écartera pas non plus l’hypothèse de reliques réputées efficaces pour une prière précise, en relation avec la santé du suppliant, comme à Saint-Menoux, Saint-Phalier ou encore la Celle-Bruère.

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 12:38

Brinay-1

 

Un peu à l’écart des grands axes touristiques, mais très facile à découvrir pour celui qui ne fait que traverser la région, la petite église de Brinay, au sud de Vierzon, contient une des plus belles séries de fresques romanes du Berry, identiques ou supérieures en qualité à ce qu’on observe à Vic, Gargilesse ou encore Chalivoy-Milon.

Comme tant d’autres, elles ont été découvertes assez récemment, après que le badigeon qui les recouvrait ait été retiré, ce qui a préservé la densité des pigments d’origine.

N’étant pas historien de l’Art, il ne m’appartient pas de commenter ni les méthodes qui ont été mise en œuvre pour leur réalisation, ni les scènes bibliques qui y sont représentées, mais il ne me paraît pas exagéré de prendre cette petite église de la vallée du Cher comme illustration fidèle de ce à quoi a pu ressembler une foule de sanctuaires contemporains.

 

Brinay2

 


Même si Vierzon, importante seigneurie du premier âge féodal berrichon n’est pas loin, l’église de Brinay ne trahit aucune richesse exagérée dans sa conception. Chapelle de campagne assez sobre, elle n’a rien d’exceptionnel, ce qui la rend d’autant plus intéressante, car elle peut servir d’exemple de l’environnement pictural dans lequel se déroulaient les cérémonies à la période médiévale. Loin du dépouillement minéral qui est devenu le lot commun d’une multitude d’églises, Brinay vient nous rappeler que ces bâtiments étaient une majorité à être ornés de fresques illustrant des passages des Évangiles, et que ces peintures ont été en grande majorité perdues au fil du temps.

Autre bonne surprise pour l’historien, mais qui fera l’objet d’un billet complémentaire dédié à ce thème précis, Brinay abrite un calendrier médiéval au moins aussi intéressant que ceux de Paulnay ou de Vernais.

 

Brinay3

 


Je ne voudrais pas vous encourager à découvrir ce gisement artistique remarquable sans vous inviter au préalable à vous renseigner sur l’accessibilité de l’intérieur de l’église. Les photographies qui illustrent ce propos ont été prises lors des journées du Patrimoine; il n’est pas sûr que les portes soient ouvertes en permanence.

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Published by Olivier Trotignon - dans art roman
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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 09:02

Sully-château

 

Pour beaucoup, lorsqu’on évoque le mot “Sully”, se forme l’image d’une sorte de sage barbu le cou enserré par une fraise à la mode du temps d’Henri IV, fidèle à la culture héritée du patient travail nos anciens instituteurs. Pour un historien du Berry, ce nom propre éclaire une partie du passé de sa région, à une époque où le paysage féodal était en passe de se composer.

Sully est une seigneurie ligérienne proche de l’Orléannais, qui a su dès l’aube du XIe siècle, se fixer dans le nord de l’actuel département du Cher, aux Aix et à la Chapelle. Ces deux bourgs sont associés au cours du XIIe siècle au patronyme d’un de leurs seigneurs, Gile, ou Gilon de Sully. Ils deviennent ainsi les Aix et la Chapelle du sire Gilon, dominus Gilo, en latin, et dam Gilon, en langage de l’époque. Ainsi se forme les toponymes encore en usage aujourd’hui. 

Ces premiers pas en Berry s’accompagnent de l’édification de mottes castrales autant pour garantir la sécurité des nouveaux arrivants que d’affirmer leur souveraineté sur leurs terres et ceux qui les cultivent. L’une d’elle, entourée de haies pour renforcer son efficacité, comme c’est le cas ailleurs dans la région (les textes citent une haie du seigneur de Lignières près de Chezal-Benoît, au XIIe siècle), donne son nom à la ville des Aix-d’Angilon: Haia domini Giloni, la haie du seigneur Gilon.

Très vite, se pose la question des cadets de famille, qui n’héritent pas du pouvoir de leurs aînés, mais qui réclament une terre pour y vivre. Les deux villages,  les Aix et la Chapelle, sont accordés comme apanages à certains d’entre eux. A Sens-Beaujeu, en Sancerrois, c’est une branche des Sully qui reçoit la terre en fief, et qui y prospère. On peut admirer l’effigie d’un de ses seigneurs sur une dalle funéraire conservée dans l’église de Méry-es-Bois, objet d’un billet sur ce blog il y a quelques années. Sur le territoire de cette commune se rencontrent les vestiges d’une “motte-Seuly”.

L’emprise des Sully ne se limite pas au Haut-Berry. Au cours du XIIIe siècle, cette famille réussit son implantation en Boischaut, profitant du démembrement de l’ancienne seigneurie de Charenton, tombée en quenouille. Bruère-Allichamps, Orval, Epineuil entrent dans l’orbite de la grande seigneurie ligérienne, qui devient protectrice des moines de Noirlac, succédant ainsi aux anciens Charenton. Tout près d’Epineuil, la petite cité fortifiée de Vallon-en-Sully porte leur nom.

Bourges accueille aussi des fils de cette famille, mais sur son siège archiépiscopal, cette fois. Sully donne quatre archevêques à la ville: Henri de Sully. 1183-1199, Simon. 1218-1232, Jean. 1261-1272 et Guy. 1276-1280. C’est au temps du premier d’entre-eux que commencent les travaux qui donnent le jour à l’actuelle cathédrale.

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Published by Olivier Trotignon - dans politique-société civile
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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 09:23

monnaie-

© Hôtel des ventes Jacques Cœur

 

 

Il me semble que, dans les lois françaises, existent des articles prévoyant une punition à infliger à ceux qui poussent leur prochain à commettre des délits.
Dans notre monde d’historiens, le pillage archéologique est une des pires plaies. Des individus munis de détecteurs de métaux profitent de l’absence de nos collègues archéologues de leurs chantiers de fouilles pour rafler tout ce que le sol peut contenir de métallique, sabotant le travail des professionnels et détruisant irrémédiablement des éléments irremplaçables d’identification et de datation des sites étudiés. A la fin de la nuit, dans la poche de ces irresponsables, peut-être de quoi s’offrir un jeu de batteries neuves pour leur détecteur, mais aussi de quoi comparaître devant la Justice, si les forces de l’ordre interviennent opportunément.
Que les choses soient bien claires: tous les “détectoristes” n’ont pas un profil de prédateur. Certains cultivent leur loisir dans des zones neutres, et n’ont rien à voir avec ces commandos de pilleurs qui se fichent totalement de la culture, poussés uniquement par l’appât de la collection ou du gain. J’ai eu des contacts avec plusieurs d’entre eux, et ils ne m’ont pas semblé plus nuisibles qu’une entreprise de travaux publics qui saccage sciemment des niveaux archéologiques en creusant tranchées ou fondations.
Vous comprendrez le malaise que j’ai ressenti à la lecture d’un petit catalogue d’objets vendus aux enchères dans un hôtel des ventes de Bourges. Au milieu des toiles, meubles et bijoux anciens figure une petite monnaie de la seigneurie de Châteaumeillant, dans le sud du Berry, mise à prix 2200 €..
Il s’agit d’une obole, soit quelques grammes de billon, sans doute très rare -je n’avais jamais entendu parler de cette émission- qui coûte un peu moins cher qu’un denier de la seigneurie d’Huriel, proposé à plus de 3000 €  il y a quelques années sur le site de vente en ligne d’un numismate parisien.
Ce prix m’a atterré. Si je tente une comparaison maladroite, cette obole vaut plus que le salaire mensuel d’un de mes collègues en début de carrière. Trois ou quatre d’entre elles représenteraient, entre autres, la valeur d’une berline neuve produite en Roumanie.
Si je peux faire ce calcul théorique, d’autres peuvent le faire, surtout en période de crise économique et en arriver à la conclusion que le pillage de sites peut-être une source de revenus confortables.
Certes, il n’est pas interdit de posséder, vendre ou acheter des monnaies anciennes, mais est-il opportun de faire de la réclame publique, en affichant les prix, pour le commerce de tels objets, sans aucune considération pour les dégâts sur le patrimoine qu’une telle publicité peut inciter à commettre?
Il me semblerait plus juste de faire comme dans certains grands restaurants où par élégance quand on y invite une dame, les prix ne sont pas portés sur le menu. Seuls les vrais connaisseurs, responsables de musées ou numismates avertis, seraient en mesure d’apprécier la rareté des objets archéologiques mis aux enchères.

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Published by Olivier Trotignon - dans polémique
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  • : Moyen-âge en Berry
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Conférences

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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

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Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.