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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 11:49

Toury4

 

Une fois n’est pas coutume, je vais déborder au delà des limites de l’ancien diocèse de Bourges pour vous présenter un monument funéraire médiéval d’un intérêt certain.
L’été dernier, à l’invitation de la compagnie de reconstitution médiévale “Les Compagnons du Sarment d’Hypocras”*, nous avons eu l’opportunité de visiter le château de Toury, au sud-est de Moulins, dans l’Allier.
Le propriétaire de la forteresse nous a présenté une curieuse dalle funéraire de provenance incertaine, amenée il y a de nombreuses années dans la cour du château et mise à l’abri des intempéries sous un auvent discret.

 

Toury1

 

Cette plate-tombe a été taillée dans un calcaire coquiller assez rugueux. L’épitaphe est incomplète, mais situe le défunt dans la lignée des propriétaires du château (en fait, un certain Guioz, arrière-grand-père de T{hibaud?} de Toury), ce qui explique qu’elle y ait été apportée. L’ouvrage date de 1291 ou 1391 (lacune dans l’angle supérieur droit).

 

Toury3

 

Elle présente des similitudes avec ses homologues berrichonnes: défunt représenté de face, en robe, épée à ses cotés; présence d’un chien et d’anges porteurs d’encensoirs. Des différences sont aussi à noter. La silhouette chevaleresque occupe un espace réduit et latéral, la croix séparant la plaque en quatre tableaux. Le chien n’est pas sous les pieds de son maître; l’épée n’est pas à la ceinture du chevalier.
Les modifications postérieures apportées à la surface de la dalle permettent d’imaginer une partie de son histoire.

 

Toury2

 

On remarque à la fois une découpe rectangulaire et des croix de consécration aux angles de la pierre. La dalle funéraire de Toury a servi de pierre d’autel. Constatant la présence dans les environ d’une abbaye cistercienne, à savoir Sept Fonds, on peut présumer que Guioz de Toury fut inhumé dans son cloître ou son abbatiale. Comme en Berry, le monastère a été délesté d’une partie de ses pierres tombales, converties en autels pour les églises paroissiales des alentours.
Ces pierres, d’un style particulier, ont été à leur tour retirées au profit de monuments plus sobres. Quelqu’un a eu à ce moment là l’excellente idée de l’amener celle-ci à Toury, la sauvant ainsi d’un destin plus qu’incertain. N’étant pas moderniste, j’ignore complètement la chronologie des ces dernières manipulations, mais l’ampleur du phénomène a peut-être laissé des traces dans certains registres paroissiaux.

 

Toury5

 

*Les lecteurs fidèles de ce blog connaissent ma plus extrême méfiance pour les troupes dites “médiévales”, souvent ramassis de joyeux fêtards auto proclamés chevaliers de ceci ou sires de cela. Les Compagnons du Sarment d’Hypocras ont un profil qui les distingue de ces groupes aux prétentions plus étendues que leurs compétences. Ils sont de ces très rares associations que je me permets de recommander.

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 08:23

Robert-d'Arbrissel1

 

Les personnes qui s’intéressent à l’histoire du Berry connaissent la part qu’occupe la personnalité du bienheureux Robert d’Arbrissel dans l’architecture spirituelle de la région au début du XIIe siècle.
Appelé par un des grand féodaux du Boischaut, Adalard Guillebaud, pour établir sur ses terres un monastère de son Ordre, l’ermite breton vint fonder le prieuré d’Orsan dans lequel il mourut lors d’un ultime voyage en Berry. Embaumé sur place dans l’attente de pouvoir ramener sa dépouille dans la maison-mère de sa communauté à Fontevraud, il demeura à Orsan le cœur du vieil homme, qui devint miraculeux quelques siècles plus tard.
S’il m’est arrivé assez souvent de parler de cette relique dans mes articles et mes conférences, je ne m’étais jamais vraiment posé la question de ce qui advint du corps de Robert, une fois revenu dans son monastère de la région de Saumur. Visitant Fontevraud avec, comme objectif principal de ramener des photos des quatre gisants royaux exposés dans l’abbatiale, c’est presque par hasard que j’ai pu prendre quelques clichés de la sépulture de dom Robert, comme nos paysans le désignaient sous l’Ancien régime, tant elle est simple et peu spectaculaire.
Au ras du sol, près du maître-autel est visible, sous une vitre, l’intérieur du sarcophage de Robert d’Arbrissel. Le sépulcre est vide et la pierre tombale disparue, aussi peu des visiteurs présents se sont attardés autour de ce petit tombeau guère différent de ces sarcophages anonymes que les archéologues relèvent parfois autour des édifices religieux.

 

Robert-d'Arbrissel2

 

Bien que d’un intérêt très réduit en regard des multiples œuvres qui se découvrent au fil de la visite de Fontevraud, la tombe de dom Robert peut être un bon élément de comparaison pour imaginer à quoi ont pu ressembler, à Orsan, les sépultures d’Adalard Guillebaud et de l’archevêque de Bourges Vulgrin, semble t-il l’une et l’autre très dépouillées, si on en croit quelques allusions dans différents textes faisant référence à leur existence.
Les siècles ont effacé à Orsan toute trace du sanctuaire primitif et seules les archives parlent encore de Robert d’Arbrissel et de ses commensaux berrichons. Flâner sous les voûtes de l’abbaye de Fontevraud peut être un bon moyen de se rapprocher, l’espace d’un instant, de cette période.

 

Robert-d'Arbrissel3

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 13:34

La-Prée-gisant1-

 

Mon attention a été attirée, au départ, par une mauvaise photographie en noir et blanc illustrant un essai de synthèse sur Cîteaux en Berry. A l’arrivée: la surprise de découvrir un gisant remarquable, très peu connu, élément majeur du patrimoine funéraire médiéval berrichon.
La première originalité de ce monument funéraire est d’être dans la situation opposée à  celle de presque tous ses contemporains: alors que, dans la grande majorité des cas, les abbatiales cisterciennes ont été débarrassées des dalles funéraires qui les encombraient, là, c’est l’abbatiale qui a disparu et le tombeau qui est resté.

 

La-Prée-dalle-

 

Ce bel élément est en effet visible dans un mur isolé du cloître de l’abbaye de La Prée, qui n’est autre qu’un vestige du transept gauche de l’ancienne église abbatiale, abattue au XIXe siècle. Même s’il est assez récent (1422), il donne une bonne idée de ce à quoi ont du ressembler beaucoup de lieux de prière cisterciens qu’on décrit souvent de manière imprudente comme vierges de toute décoration.
La seconde originalité est d’être orné des restes d’une danse macabre dont il ne reste apparent qu’un squelette, d’un style qui rappelle, mais c’est sans doute un hasard, celle de l’église de Condé, dans le Cher.

 

La danse macabre de l’église de Condé (18)

 

La-Prée-danse-macabre-

 

Le tombeau se compose donc des restes d’un gisant disposés sur une dalle anépigraphe elle même contenue dans un bel enfeu. Le tout a été taillé dans un calcaire fin de belle qualité. Le défunt, Gaucher de Passac, seigneur du fief voisin de la Croisette, est représenté allongé sur le dos, le chef reposant sur un coussin, les mains jointes et équipé d’une cuirasse. La partie inférieure de la statue a été brisé et manque, mais il reste tout de même le corps du lion ou du chien sur lequel reposaient les pieds.

 

 

La-Prée-chien

 

Ce genre de mutilation est caractéristique de la période révolutionnaire, qui s’est assez volontiers acharnée contre ce symbole de l’appartenance à l’ancien ordre féodal.

 

La-Prée-gisant2-

 

Le visage a été abîmé mais reste lisible et présente les traits d’un homme âgé, tête nue.
Au premier contact, ce monument m’a donné une impression de “déjà vu”, confortée par la consultation de mes dossiers.
Le gisant de La Prée présente des similitudes flagrantes avec celui, contemporain à six années près, de l’ancienne collégiale Saint-Marin d’Huriel, dans l’Allier. Les proportion de la statue, la finesse du travail, des détails sur l’armure, les proportions de l’enfeu rappellent irrésistiblement le tombeau, aujourd’hui détruit mais connu par une gravure ancienne, du seigneur Louis de Brosse, signé par l’artiste berruyer Philippe Colombe, facteur de tombeaux et père du célèbre sculpteur Michel Colombe. L’expertise d’un confrère historien de l’Art serait utile pour confirmer ou infirmer cette constatation.

 

Le gisant de la collégiale Saint Martin d’Huriel (03)

 

La-Prée-enfeu-

 

Ce beau monument funéraire nous invite à découvrir, ou retourner visiter ce site prestigieux qu’est l’abbaye de La Prée, qui possède plusieurs autres pierres tombales médiévales que je n’ai pu encore photographier mais qui feront l’objet, dans les mois ou années à venir, de billets complémentaires.

 


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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 11:02

saint-Ludre1

 

Dans une des deux cryptes de l’église de Déols, aux portes de Châteauroux, dans l’Indre, se trouve un extraordinaire vestige qui nous permet de remonter aux racines les plus anciennes du Moyen-âge berrichon. Bien que n’étant pas historien du paleo-christianisme, je me permets néanmoins de signaler cette pièce d’un intérêt exceptionnel comme élément incontournable du patrimoine régional.
Il ne m’appartient pas de narrer ici l’histoire de saint Ludre. l’essentiel des renseignements dont on dispose est hagiographique, et est donc pertinent si on se place dans la tradition culturelle des lettrés des premiers siècles du Christianisme en Gaule. Je laisse donc aux érudits qui recopient les textes anciens sans lecture critique la responsabilité de leurs affirmations, pour m’intéresser au monument lui-même et à son importance pour l’histoire de la région.

 

saint-Ludre2

 

Le tombeau de saint Ludre est un monument funéraire comprenant comme élément principal un sarcophage de marbre blanc daté de l’Antiquité tardive (IVe siècle) produit, d’après les spécialistes de l’art antique, dans les ateliers du sud de la Gaule. Il est conservé dans une petite crypte construite autour de lui, à droite du chœur de l’église. A gauche se trouve une seconde crypte, bâtie selon le même principe, contenant le tombeau-reliquaire d’un autre saint local, Léocade, mais la cuve, d’un style beaucoup plus simple, présente beaucoup moins d’intérêt que sa voisine.
On constate tout d’abord que le sarcophage de saint Ludre n’est pas un monument chrétien. Aucun symbole de cette religion ne l’orne. On ignore complètement dans quelles circonstances s’est produit ce réemploi. La cuve a t-elle été commandée aux marbriers par un haut personnage païen converti tardivement au Christianisme? A-t-elle  contenu la dépouille d’un riche gallo-romain avant d’être réutilisée, et est-ce que le cimetière d’origine était proche de Déols? La seule certitude qu’on peut avoir sur le sujet, c’est que les contemporains de la mort de Ludre étaient sensibles à la beauté du travail des artistes romains, sans doute fidèles à leur culture et qu’ils ont choisi ce qui traduisait le mieux leur respect pour la dépouille qu’ils y déposèrent, comme le firent une multitude de leurs successeurs en faisant réaliser des châsses ou des reliquaires en métaux précieux pour vénérer les os des leurs saints. Le profond respect que ces gens vouaient à Ludre et à Léocade ne nécessitait pas de symboles extérieur de leur foi. La cuve de Léocade ne porte pas plus de signe de croyance chrétienne.

 

saint-Ludre3

 

Un autre intérêt de ce monument s’exprime sous la plume de l’ancien évêque Grégoire de Tours qui parle, dans un de ses récits -je n’ai malheureusement pas pu me procurer ce texte, faute d’une bibliothèque correcte dans mon environnement de travail- de ce tombeau, dont la réputation avait donc très tôt franchi les limites de l’ancienne cité des Bituriges.
Tout porte à croire que dans une période plus récente, postérieure à la période carolingienne du moins, d’autres pièces de sculpture funéraire antique toutes aussi précieuses se rencontraient en Berry. L’historienne de l’art Nathalie le Luel, dans son article “Appuyer l’auctoritas par l’image: la fascination politique pour l’Antiquité au portail de la collégiale Saint-Ursin de Bourges”, Mélanges X. Barral, éditions Picard 2012, note la ressemblance des thèmes de chasse du portail roman de Saint-Ursin, à Bourges, avec des œuvres paleo-chrétiennes contemporaines du reliquaire de saint Ludre, et émet l’hypothèse qu’une telle pièce ait été conservée par les chanoines de Saint-Ursin pour accueillir les reliques de leur saint patron.
On pense aussi aux mystérieux tableaux sculptés sur la façade de l’église de la Celle, près de Saint-Amand-Montrond, dans le Cher, qui pourraient s’expliquer par la volonté de reproduire à l’extérieur du sanctuaire une partie de ce qui se trouvait à l’intérieur, dans le cas présent, un sarcophage découvert dans la nécropole romaine d’Allichamps, et aujourd’hui disparu, pouvant avoir contenu des reliques.
Je vous recommande vivement, si votre route vous conduit par Châteauroux, de faire une étape par l’église de Déols, proche des vestiges de l’ancienne abbaye. Bien entendu, l’endroit est protégé mais accessible. Il est conseillé de prendre contact avec l’Office de tourisme de Déols qui saura vous indiquer comment avoir accès à ces deux tombeaux remarquables.

 

saint-Ludre4


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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 17:03

Huriel-gisant-1

 

Une fois n’est pas coutume, mais face à l’adversité, force est d’adapter ses principes, j’illustrerai cette notice avec des clichés d’un objet parfaitement faux, une statue de résine de quelques kilogrammes tout au plus là où j’aurais aimé vous montrer quelques centaines de livres de belle roche sculptée.
Voilà l’affaire en deux mots. Il y a quelques mois, nous avions pris la route de Moulins, dans l’Allier, pour aller visiter le musée Anne de Beaujeu. Dans ma poche, mon appareil photo et dans l’esprit, l’espoir de ramener des clichés d’un des derniers gisants médiévaux berrichons qui m’échappait encore, représentant un des chevaliers de la famille de Brosse, naguère seigneurs des fiefs d’Huriel, Boussac et Sainte-Sévère. Sur place, le personnel du musée se montra intraitable. Médiéviste ou pas, les photos étaient interdites dans le musée. Plus lassé d’argumenter contre ces pesanteurs administratives d’un autre âge que respectueux du règlement, je décidai de rompre la lance et d’attendre des jours meilleurs, qui vinrent de manière assez inattendue, apportant une solution peu élégante quoique radicale à mon problème.
Depuis une foule d’années, j’attendais de pouvoir visiter un jour le donjon d’Huriel, haut lieu de la féodalité régionale tant primitive que tardive, quand l’occasion se présenta presque par hasard lors des journées du Patrimoine. La municipalité d’Huriel organisait des visites du donjon et du petit musée. Je profitai donc de l’aubaine de voir enfin à quoi ressemblait l’intérieur de la grosse tour médiévale, y découvrant, dans un espace muséographique fort bien agencé, un moulage du gisant du musée de Moulins sur lequel ne pèse aucune contrainte juridique de droit à l’image, d’exclusivité, de propriété intellectuelle ou autre règlement plaisant du même tonneau. Rien ne vous empêche donc d’aller admirer l’original, mais la copie gisant dans les murs même où vécurent les commanditaires de l’œuvre primitive, à quelques dizaines de mètres de l’église où on pouvait la contempler jusqu’à la Révolution ne manque pas de caractère.
Cette statue funéraire a un passé tourmenté. On ne sait en fait pas trop bien qui est l’homme sculpté couché la tête sur un coussin, les mains jointes dans un geste de prière et les pieds (disparus) posés sur un chien, selon l’usage du temps. Sa robe, qui est enfilée par dessus son armure, porte de très fines broderies qui reproduisent les armoiries de la famille de Brosse.

 

Huriel-gisant-2

 

Plusieurs notices historiques très complètes sont accessibles sur internet et vous donneront tous les renseignements que je me refuse à reproduire par respect envers le travail des chercheurs qui ont produit ces connaissances. Tout juste me bornerai-je à rappeler que cette dalle funéraire était l’élément central d’un magnifique tombeau de style gothique sur le modèle habituel du gisant sous enfeu, sculpté dans les premières années du XVe siècle. L’œuvre a été décrite avec soin avant sa destruction, ce qui permet d’apprendre qu’elle ne contenait pas seulement les restes d’un des maîtres de la place, mais d’une partie de la famille de Brosse contemporaine de la Guerre de cent ans. Les iconoclastes révolutionnaires prouvèrent une fois de plus la bêtise et l’intégrisme de leur haine du passé en mutilant le pauvre gisant dont seule la partie supérieure a été retrouvée par hasard au fond d’une mare.
Dans les divers rapports que j’ai lus sur le sujet, curieusement, personne ne s’est interrogé sur le sens de l’existence d’une nécropole chevaleresque dans une simple collégiale urbaine, l’église Saint Martin, aujourd’hui presque entièrement disparue mais dont l’emplacement est encore bien visible devant l’esplanade au pied du donjon, alors qu’à une poignée de kilomètres existait le prieuré bénédictin de la Chapelaude, refondé au XIe siècle par un des premiers seigneurs d’Huriel connus, Humbaud, qui en avait fait le lieu d’inhumation des membres de son lignage. L’affaire mériterait d’être observée de près, mais il est tout à fait possible qu’il s’agisse là d’un des multiples avatars de la perte de prestige des monastères ruraux depuis l’essort des villes au XIIIe siècle, qui a frappé de plein fouet les abbayes cisterciennes locales, les communautés urbaines de moines et, comme c’est le cas ici, de chanoines représentant un renouveau spirituel qui a attiré l’empathie nobiliaire.
Je recommande donc une visite du musée d’Huriel pour l’intérêt patrimonial réel qu’il représente et, je le souligne, l’absence d’erreurs historiques comme on en trouve encore trop souvent dans les panneaux d’exposition ou les propos des guides. Une partie d’exposition sur la vigne et le vin à l’époque contemporaine donne à la découverte  de l’ensemble un curieux caractère anachronique qui n’est pas, loin s’en faut, désagréable.

 

Huriel-collégialeemplacement de l'église Saint-Martin, vu de la plate-forme du donjon

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 19:20

JdB-buste

 

Les journées du Patrimoine seront sans doute pour plusieurs d’entre vous l’occasion de venir admirer une des plus belles dalles funéraires médiévales du patrimoine régional, le gisant de Jean, naguère duc de Berry.
Primitivement élément central d’un tombeau ducal aujourd’hui détruit et dispersé, ce monument était visible dans l’ancienne Sainte Chapelle de Bourges. Sculptée dans un marbre blanc incrusté d’ inclusions de roche noire, la statue du vieux duc est d’une finesse d’exécution remarquable. L’homme, couronné, est représenté tenant un phylactère, mains croisées sur le buste. Le visage est traité de manière réaliste, les traits du prince étant tout à fait reconnaissables, et comparables à d’autres supports artistiques, sculptés ou dessinés.
Les pieds du duc de Berry reposent sur un ours endormi, la tête ceinte d’un licol marqué de la fleur de Lys. La titulature complète du défunt est gravée sur les bords de la dalle sur laquelle repose la statue.

 

Jean-de-Berry-ours

 

L’ours ducal a été au centre d’interprétations toutes plus folkloriques les unes que les autres et reposant la plupart du temps sur des propositions méconnaissant souvent la culture de ce haut personnage. Animal symbolique du duc, qui usait de la devise “Ursine, le temps venra”, il n’est, d’après Michel Pastoureau, que l’illustration d’un jeu de mots associant le nom anglais “bear” à la sonorité du mot “Berry” et aurait été imaginé par le duc lors de sa longue détention dans les geôles anglaises pendant la Guerre de 100 ans pour traduire sa lassitude d’être retenu loin de sa terre.
Ne quittez pas l’étage inférieur de la cathédrale de Bourges sans jeter un œil aux vitraux déposés des verrières de la Sainte Chapelle et remontés en cet endroit, même si la pâleur de leur style les fait paraître presque anecdotiques comparés aux vitraux plus anciens du niveau supérieur. Si le faste de l’époque de Jean de Berry s’est amenuisé au cours du temps et que Bourges ne conserve plus grand chose des réalisations de  cette figure majeure de son histoire dans son paysage urbain, les journées du Patrimoine peuvent être le bon moment pour aller à la recherche des traces du duc dans l’actuel hôtel du département et au musée du Berry.
Bonnes journées à vous toutes et tous!

 

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 14:07

Issoudun-gisant-1

 

Parmi les très riches collections publiques du musée de l’hospice Saint-Roch d’Issoudun, dans l’Indre se distingue une pièce particulièrement rare qui s’ajoute à la liste des dalles funéraires médiévales visibles en Berry.
A l’origine disposé dans la crypte de l’ancienne abbaye Notre-Dame, ce monument n’a pas, à ma connaissance, d’équivalent dans la région. Seule la basilique de Neuvy-Saint-Sépulchre conserve le gisant d’un autre ecclésiastique, de finition plus rustique, dont l’identité et la fonction nous échappent.

Le gisant polychrome de Neuvy-Saint-Sépulchre (36)

 

Issoudun-gisant-2

 

Si le gisant d’Issoudun est lui aussi anonyme, les vêtements et ornements sacerdotaux visibles sur la pierre, le contexte de la découverte et le contenu de la sépulture ne laissent aucun doute, même en absence d’épitaphe, sur sa qualité d’abbé de la communauté bénédictine implantée sur place. Sa tonsure, sa crosse abbatiale et ses vêtements sont autant de points de repère, d’autant plus que le travail du sculpteur, qui a choisi pour réaliser ce gisant un calcaire de grain fin, est très précis sur les détails. Traits soignés, figuration d’un léger collier de barbe, application à rendre le relief des broderies de la robe du moine, cette statue a par chance échappée aux négligences et malveillances qui ont si souvent défiguré des œuvres de même nature.

 

Issoudun-crosse-1

 

Un point, cependant, pose la question de l’authenticité des traits du disparu. Lors du dépôt de la pierre tombale, les chercheurs découvrirent dans la sépulture une très belle crosse en émaux cloisonnés, exposée dans la même salle que le gisant. D’autres témoignages de cette pratique consistant à inhumer un évêque ou un abbé avec sa crosse et parfois son anneau sont connus dans la région. Les religieuses d’Orsan possédaient, par exemple, la crosse et les quelques ornements trouvés dans la tombe de Léger, archevêque de Bourges, dont la sépulture se trouvait dans la chapelle prieurale.

 

Issoudun-crosse2

 

Ceci n’est qu’un détail, mais la crosse sculptée n’a pas la même forme que la pièce métallique découverte à l’ouverture de la tombe. Il est probable, comme on l’observe dans d’autres situations du même genre, que la sculpture ait été exécutée, non pas du vivant, mais après le décès et l’enterrement de l’abbé, détail sans importance pour les contemporains du défunt, l’essentiel étant spirituel et non pas bassement matériel.

 

Issoudun-gisant3

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 11:25

Baugy-1

 

Poursuivant ma visite des monuments funéraires médiévaux de la région, j’ai eu la chance de pouvoir accéder à l’intérieur de l’église de Baugy grâce aux bons soins de bénévoles locaux, et d’y être accueilli avec beaucoup de gentillesse par une dame à qui, si elle venait à parcourir cette page, j’adresse mes plus sincères remerciements.
L’église de Baugy abrite en effet trois dalles funéraires datées du XVe siècle primitivement scellées au ras du sol du sanctuaire et désormais dressées sur un des murs de la chapelle sud de l’édifice.

 

Baugy-4

 

Tracées dans un calcaire tendre et à faible profondeur, les gravures ont subi, avec le temps, des dommages irréparables. L’une des dalles est presque lisse, les deux autres conservant juste assez de relief pour qu’on puisse imaginer les tombes dans leur état primitif. Les épitaphes, sans doute produits par un autre artisan, sont beaucoup mieux conservés et restent pour partie bien lisibles. On note dans une partie des lettres la présence d’un mortier de couleur ocre destiné à rehausser le contraste avec la surface claire de la tombe.

 

Baugy-2

 

La plus expressive des dalles représente la silhouette d’une femme portant une grande coiffe, en attitude de prière. Sur la seconde, on se contentera d’observer, comme souvent à partir de la fin du Moyen-âge, les seules armoiries du défunt.
Les plates-tombes de Baugy ne peuvent rivaliser avec la qualité des monuments préservés dans plusieurs chapelles de la région -on pense à Venesmes ou Méry-es-Bois, entre autres, mais la rareté générale de cet art funéraire commandé par une petite féodalité rurale leur confère un intérêt évident.

 

Baugy3

 

Leur caractère peu spectaculaire les réserve plus à un public de spécialistes qu’aux amateurs d’art médiéval. Toutefois, l’intérieur de l’église de Baugy conserve d’autres vestiges, dont  certains Renaissance, qui devraient intéresser ces derniers.

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 09:43

St-Aubin2

 

J’ai choisi de conclure mes publications de l’année 2010 par l’approche d’un élément de notre patrimoine régional parmi les plus méconnus: la dalle funéraire du chevalier Guillon de Gizay, mort en 1333, exposée dans l’église paroissiale du village de Saint-Aubin, entre Chezal-Benoît et Issoudun.
La dalle, présentée verticalement mesure 2,5 m de hauteur pour une largeur de 1,3 m. Épaisse de 20 cm, elle est taillée dans un calcaire fin. Trouvée près des vestiges de l’ancienne maison-forte de Gizay, sur la commune de Saint-Aubin, elle est dans un état de conservation tout à fait remarquable. Les traits sont gravés en creux sur une profondeur régulière de quelques millimètres. La légende est en Français et débute par la formule habituelle “ Cy gist feu Guilones de Gizes chevalier”.
La représentation du défunt est en tous points remarquable. L’homme est en armure, couverte d’un manteau où sont figurées ses armoiries, que l’on retrouve sur son bouclier. Mains jointes en position de prière, ses pieds reposent sur un chien, rappel de l’Ordre chevaleresque auquel il appartient. La gravure fourmille de détails instructifs sur l’équipement dans lequel sa dépouille fut sans doute exposée avant son inhumation. On remarque entre autre l’articulation de ses gantelets, la forme du pommeau de son épée ou encore ses éperons en pointe.

St-Aubin-details

 

Cette plate-tombe doit être comparée à celle, contemporaine, de l’église de Venesmes, dans le Cher, qui sort vraisemblablement du même atelier.

 

La plate-tombe chevaleresque de l’église de Venesmes (Cher)

L’armement d’un chevalier berrichon (début XIVe siècle)

 

Identité des formes des encensoirs et des anges de chaque coté de la tête, identité du nœud de ceinture, jusqu’aux chiens qui sont identiques. Le lapicide avait un style qui se retrouve sur les deux dalles, mais l’originalité des deux monuments funéraires est affirmée par la différence des visages, des vêtements, des épées et même des éperons -ceux de Venesmes portent une molette étoilée. Les deux commandes étaient donc bien personnalisées selon les vœux des seigneurs et sont à priori fidèles à leur image.

 

St-Aubin-chien

La dalle funéraire du chevalier de Gizay n’est pas en accès libre mais n’est pas non plus cachée aux yeux des amateurs d’art médiéval par la mauvaise volonté ou la négligence de la municipalité ou du cercle paroissial local. J’ai, pour l’approcher, adressé une demande à la mairie de Saint-Aubin, qui m’a très gentiment facilité l’ouverture de l’église, et je tiens à remercier publiquement le maire du village et la secrétaire de mairie pour leur accueil.
Je conseillerai simplement aux visiteurs éventuels d’attendre les beaux jours pour prévoir une visite de la pierre tombale de Saint-Aubin. La faible profondeur de la gravure rend la photographie délicate et une bonne luminosité extérieure ne peut que favoriser la découverte du monument.

 

St-Aubin1

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 22:46

 

Souvigny-têtes

 

Parmi les multiples thèmes invitant à la découverte de la prieurale clunisienne de Souvigny, dans le département de l’Allier, celui des gisants conservés dans et autour de l’église mérite une attention toute particulière.

Nécropole privilégiée des seigneurs de Bourbon, qui avaient favorisé son développement en partie pour être certains qu’une communauté monastique prierait éternellement pour le remède de leurs âmes, Souvigny ne possède malheureusement plus aucune trace des sépultures de la première dynastie des Archambaud de Bourbon qui avait puissamment contribué à sa fondation. 

 

Souvigny-gisants

Les plus anciens gisants conservés sur place datent du XIIIe siècle et représentent les deux abbés saint Mayeul, mort à la fin du Xe siècle, et saint Odilon, décédé un demi-siècle plus tard. Ces deux statues placées côte-à-côte ont la particularité d’avoir été presque complètement détruites à la Révolution jusqu’à ce que des fouilles du sol du sanctuaire exhument leurs restes pulvérisés. Restaurés avec soin, les deux monuments sont à nouveau visibles à leur emplacement primitif, à l’aplomb d’un grand sarcophage-reliquaire contenant à l’origine les restes des deux abbés médiévaux. Ce lieu fut au Moyen-âge un lieu de pélerinage réputé autour des reliques de Mayeul et de son successeur.

 

Souvigny-LouisII

Dans la première moitié du XVe siècle sont élevés deux grands tombeaux de marbre destinés à servir de dernière demeure aux ducs de Bourbon Louis II et Charles Ier, ainsi qu’à leurs épouses.

Même si le maillet des révolutionnaires n’a pas épargné ces deux ensembles de sculptures, les statues des deux ducs et de leurs compagnes restent tout à fait lisibles.  Chaque gisant a la tête dominée par un dais, la nuque posée sur un coussin, et est figé mains jointes, dans l’attitude de la prière. Selon les habitudes du temps, les pieds reposent sur des chiens. Les deux ducs sont en armures et manteaux, l’épée au coté.

Chaque monument est déposé dans une chapelle fermée, ce qui rend difficile leur étude détaillée sans l’assistance d’un guide.

 

Souvigny-duchesse

Le dernier gisant visible à Souvigny est celui de la duchesse Marie de Hainaut, femme de Louis Ier de Bourbon, premier duc du nom, décédée au milieu du XIVe siècle. Retrouvée dans l’ancien cloître des cordeliers, à petite distance de la prieurale, la statue funéraire est conservée dans les collections lapidaires du musée local, qui indique que l’œuvre de marbre pourrait avoir été produite dans un atelier parisien avant d’être transportée en Bourbonnais. Plusieurs détails du costume méritent d’être examinés avec attention, même si ce gisant a connu lui aussi quelques déprédations à l’époque révolutionnaire.

Cette belle série de gisants médiévaux fait de Souvigny un lieu tout à fait privilégié pour l’étude de l’art funéraire de l’époque de la Guerre de cent ans qui mérite une visite approfondie de son très riche patrimoine.

 

 

 

 

 

 

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Published by Olivier Trotignon - dans art funéraire
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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
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- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
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Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

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Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

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J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.