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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 00:40

Certains d’entre vous savent que je travaille depuis plus de vingt ans sur l’anthroponymie médiévale berrichonne. C’est en visitant l’abbatiale auvergnate de Mozac, guidé par les membres du Cercle Historique Mozacois, que je salue très cordialement, que m’est venue, en détaillant l’extraordinaire châsse en émaux limousins conservée sur place, l’idée de comparer les noms des évangélistes et des apôtres à mes listes de patronymes constituées au cours de mes recherches.

Dans une région dominée de manière écrasante par les noms d’origine germanique depuis la période carolingienne (avant, les sources sont presque inexistantes), les noms puisés dans la tradition judaïque et chrétienne côtoient des noms latins, romans, puis plus modernes à la fin de la période. Parmi eux, les anthroponymes hérités des évangélistes connaissent des sorts très divers. Jean, qui domine toute la période médiévale n’apparaît qu’à partir de 950, Matthieu, connu sous sa forme Mathias, se fixe vers 1050 alors qu’il faut attendre la Renaissance pour que Luc se signale. Quand à Marc, il est totalement inconnu en Berry pendant les sept siècles que couvre mon étude.

Les noms d’apôtres sont aussi très lents à se diffuser. Seul André (à partir de 800) est en usage avant la période féodale, qui voit peu à peu s’installer Pierre et Tadon (qui semble une forme locale de Thaddée) vers l’an 1000, puis, un demi-siècle plus tard Bartholomé, Thomas et Simon s’ajoutent à Mathieu. Il faut attendre le milieu du XIIe siècle pour rencontrer Philippe et encore deux siècles supplémentaires pour voir les Berrichons employer le nom Jacques. Aucune source ne cite Judas ou encore Nathanaël.

Le lecteur aura noté l’importance des années 1050, qui correspondent à l’épanouissement de la Réforme grégorienne en Berry et à la généralisation de nouvelles règles dans la désignation des individus (de plus en plus de noms sont complétés par un surnom, ancêtre de nos noms de famille). Vraisemblablement, une culture plus biblique fait son chemin dans la société d’alors. L’absence de certains noms, comme Marc, n’a pas trouvé d’explication.

 

 

 

 

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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 09:01

Bruyère1

 

Presque noyées dans le bocage bourbonnais, les ruines du château de la Bruyère-l'Aubespin, près de Cérilly, dans l'Allier, n'ont rien de spectaculaire. Comme moult autres vestiges médiévaux de forteresses de petites dimensions, leur notoriété, même locale, est très faible. Pourtant, c'est bien là que s'est joué un épisode tragique de la Guerre de 100 ans. Parler de crime de guerre, quand on connaît les valeurs de l'époque, n'aurait pas grand sens, mais les faits qui s'y sont déroulés au cours de l'été ou de l'automne 1369 furent particulièrement effroyables.
L'été 1369 fut marqué en Bourbonnais par une chevauchée partie du Poitou et commandée par deux capitaines anglais, Ciquot de la Saigne et Ortingo d'Ortenie. Outre les ravages que durent subir les populations vivant le long de l'itinéraire emprunté par les Anglais, que les chroniqueurs ne perdent pas de temps à détailler, la région fut marquée par la prise, par la ruse, du château de Belleperche, à Bagneux, dans l'Allier.
Dans cette place de nos jours disparue résidait la duchesse de Bourbon, Isabeau de Valois, mère du duc Louis II de Bourbon, qui fut faite prisonnière. Cet épisode guerrier fut doublé d'un moins connu, qui conduisit la même chevauchée à s'emparer du château de la Bruyère.

 

Bruyère3

 

La réaction de Louis de Bourbon fut immédiate. Le "bon duc" fit mettre le siège devant les deux places. Belleperche résista plusieurs semaines. Le sort des Anglais de la Bruyère fut beaucoup plus vite réglé.
Jean d'Orronville, dit Cabaret, auteur de la Chronique du bon duc Loys de Bourbon, n'est guère bavard sur l'affaire, mais son récit livre l'essentiel.
C'est un berrichon, le comte de Sancerre, qui se chargea du sort de la Bruyère. Ses hommes reçurent le soutien de milices bourbonnaises. Les Français procédèrent d'abord à la rupture des fossés, pour les assécher. L'endroit étant, on l'imagine, impraticable à cause de la vase, le fossé vide fut rempli de fagots, qui permirent aux sapeurs de creuser une mine dans la muraille. Il ne restait qu' à mettre le feu à l'ensemble. comme prévu, le mur d'enceinte s'effondra au dessus de la sape, sonnant la fin de la résistance anglaise.
Cabaret précise dans son récit que deux capitaines, Richard Mauverdin et Jacques Sadellier, sans doute plus Poitevins qu'Anglais, furent pris et très certainement rançonnés ultérieurement.

 

Bruyère 2

 

Le sort des simples soldats prisonniers, sans valeur marchande, fut réglé de manière totalement inhumaine: "on les livra aux communes, qui en firent de grosses charbonnées".
Souvent noyés dans les étangs ou pendus à la première branche venue, les prisonniers anglais payaient souvent de leur vie les exactions commises par les leurs ou leurs semblables. Peut-être inspirés par la forêt de Tronçais toute proche, les recrues bourbonnaises préférèrent, cette fois ci, le bûcher pour envoyer leurs ennemis en Enfer.

 

 

 

 

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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 08:58

meeting2

 

La reprise des cours et la préparation de plusieurs animations dans les prochaines semaines m’ont laissé peu de temps pour la recherche documentaire. Ne m’en veuillez donc pas si le sujet qui suit n’a qu’un lointain rapport avec l’histoire médiévale du Berry, mais je n’ai pu résister au plaisir d’exploiter une réserve iconographique insolite.
Je reste attentif à tout ce qui concerne le château du Vernet, déconstruit juste après la Guerre de 14, qui a été l’objet de ma dernière conférence à Saint-Amand-Montrond. Il existe certainement des cartes postales rares, absentes des collections publiques - je ne suis pas moi-même collectionneur - ou des photographies privées qui pourrait révéler des détails intéressants sur cette ancienne bâtisse.

 

meeting1

 

C’est tout à fait par hasard, en consultant des sources complètement étrangères aux affaires médiévales, à savoir les avions qui évoluaient dans le ciel berrichon au début du XXe siècle, pour illustrer un article sur un autre blog, que j’ai retrouvé des traces inattendues du manoir du Vernet.
L’événement se situe avant la Grande guerre. Saint-Amand organise un meeting aérien, qui attire les photographes locaux. Ceux-ci saisissent en plein vol les avions qui évoluent au dessus du terrain d’aviation, où sont montées des tribunes pour le confort des spectateurs. Sur leurs prises de vue, discret, mais bien présent, le château du Vernet apparaît à l’arrière plan, au delà des stands et hangars.

 

meeting3

 

Anecdotiques, ces photographies ne nous apprennent pas grand chose, mais complètent le dossier qui permettra peut-être un jour de disposer de nouvelles voies d’investigation pour situer les éléments architecturaux soustraits à la vieille demeure avant sa démolition.

 


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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 08:54

Charenton

 

Rigord, chroniqueur du règne du roi de France Philippe Auguste, rapporte un fait curieux relatif à l'histoire de la seigneurie de Charenton, dans le sud de l'actuel département du Cher, dont la lecture mérite toute notre attention.
Nous ne prendrons pas le récit de Rigord au premier degré. Ce biographe du souverain capétien écrit longtemps après les faits. Dans sa mémoire, le nom que nous livrent les chartes contemporaines, Ebe de Charenton, s'est mué en "Hibon de Carentan en Berri". Son point de vue est, naturellement, subjectif, écrivant pour magnifier la mémoire du souverain. L'événement narré est, comme souvent, plus chargé d'interrogations que porteur de réponses, mais figure parmi les rares témoignages sur l'histoire d'une région sur laquelle les sources sont le plus souvent peu bavardes.
L'affaire se passe en 1179, à peine un mois après le couronnement de Philippe Auguste. Le roi de France n'a que 15 ans, et a besoin d'affirmer sa légitimité par des actes forts à la portée de ses capacités stratégiques. La plainte qui lui parvient tombe très opportunément pour une première mise en œuvre de sa politique.
Selon les clercs qui viennent implorer sa justice, le seigneur de Charenton se livrerait à des exactions contre les hommes de Dieu. La réponse du Capétien est brutale. Pour punir le fautif, il lance une chevauchée contre ses domaines, ravageant et pillant le pays jusqu'à ce qu'Ebe de Charenton se soumette à son autorité. Le chevalier berrichon, vaincu, implore la clémence du roi et jure de laisser désormais l'Eglise en paix.
Ne nous laissons pas abuser par le style de Rigord, lorsqu'il parle d'"armée formidable". Tout juste devons nous comprendre que le jeune roi a surpris ses contemporains en réunissant un ost important pour sa guerre contre Ebe. Se déplacer avec une immense armée pour punir un petit seigneur local n'aurait eu aucun sens. La chevauchée a pu paraître impressionnante aux yeux de témoins peu habitués aux lourds déplacements de forces sans pour autant engager des effectifs exceptionnels. Le récit semble souligner que la reddition du sire de Charenton n'a pas été immédiate, celui-ci s'étant certainement retranché dans sa ville ou, peut-être, dans son château-fort de Drevant, le seul, à l'époque, à être construit en pierre.
Ce court récit soulève bien des interrogations. Qui ont été les clercs lésés et à quelle occasion les violences se sont-elles produites? Le mot clerc est trop évasif pour qu'on sache s'il s'agissait de prêtres ou de moines. Les procès intentés à l'époque contre les violences chevaleresques au détriment des monastères ne sont pas rares et Ebe de Charenton, fils du fondateur de Noirlac et futur croisé, n'était pas plus vertueux que la moyenne de ses pairs.
La question principale qui reste sans réponse est la motivation des plaignants à avoir fait appel à la justice royale et pas à celle du seigneur de Bourbon, suzerain des Charenton. Deux pistes peuvent être envisagées:
- Bourbon, pour des raisons diverses, n'a pas pu, ou voulu, s'acquitter de ses obligations seigneuriales -absence, excommunication, refus de faire la guerre à un parent et vassal précieux...;
- les clercs, de leur propre initiative ou conseillés par des religieux proches du pouvoir capétien, se sont tournés vers un roi fraîchement oint qui avait besoin de marquer les esprits par une victoire militaire précoce -l'expédition de Charenton, nous l'avons vu, survient un mois après le couronnement de Philippe Auguste. Ce raid occupe une position-clé dans le programme politique du jeune souverain, qui affirme son rôle de protecteur de l'Eglise, se pose comme chef militaire, en revient auréolé du prestige des vainqueurs, et affermit l'autorité de la monarchie capétienne, établie à Bourges et à Dun-le-roi depuis Philippe Ier, sur un vaste périmètre situé au sud de ses domaines, entre la plaine de Bourges et la seigneurie de Bourbon.
Ebe de Charenton n'a certainement pas été le pire des hommes de son temps. Il a juste eu le tort de commettre ses coupables excès à un très mauvais moment. Ce qui aurait pu se régler par quelques dons pieux s'est mué, de façon inattendue, en instrument de la propagande capétienne.

 

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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 10:15

sceau-Bourges

 

Cette petite région que fut le diocèse de Bourges avant que soient tracées les limites entre les duchés de Berry et de Bourbonnais a t-elle eu une influence sur l’évolution globale de la société médiévale? A l’exception de Bourges, ville archiépiscopale vicomtale, puis royale, dont le nom revient le plus dans les chroniques d’époque, il semble que le reste de la région n’ai guère produit de phénomènes originaux propre à inspirer les grand esprits de ce temps.
A part quelques foyers de peuplement un peu plus denses, une grande partie du territoire régional survit dans un état de sous-population qui ne se corrige que lentement au cours des XIIe et XIIIe siècles. A part quelques mines et carrières, le sous-sol, pourtant riche en fer, est peu exploité. Aucun grand axe naturel de circulation n’égale la Loire, qui ne fait que frôler le pays, et les autres fleuves, sans être déserts, n’offrent que des possibilités navigables limités.
A part quelques rares féodaux qui inscrivent leurs noms sur des champs de batailles extérieurs, les seigneurs berrichons sont peu connus des historiens, à part lorsque les rois de France viennent, à leurs dépends, rétablir l’ordre sur leurs domaines.
Sur le plan monastique, la région adopte des modèles produits essentiellement en Bourgogne et Limousin (Cluny, Cîteaux, Grandmont...). Il faut attendre la fin de la période médiévale pour voir un Ordre féminin, l’Annonciade, au rayonnement limité, écrire sa propre règle sous l’inspiration de la duchesse Jeanne de France. Les quinze abbayes cisterciennes recensées dans le diocèse n’essaiment pas, ou peu. Seule Fontmorigny a autorité sur une filiale dans les régions du Nord, l’abbaye des Dunes. Les grands monastères de Déols et Saint-Sulpice de Bourges possèdent des dizaines de prieurés, dont plusieurs hors des limites du diocèse, mais elles ne sont pas connues pour avoir hébergé d’ateliers artistiques ou de lieux d’enseignement spirituel exceptionnels.
L’archevêché de Bourges se distingue donc dans un ensemble assez terne, mais la présence sur son siège de plusieurs prélats nés dans des familles régionales, comme Bourbon et Sully, prouve aussi qu’il a été assez peu convoité.

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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 09:29

Vernet-cheminée

 

 

L’affaire n’est pas nouvelle, et plusieurs billets de ce blog ont déjà exposé les détails de cette affaire: la région où j’habite, dans le sud du Cher, est orpheline d’un petit château fin Moyen-âge/début Renaissance, dit manoir ou château du Vernet, déconstruit dans les années 20 dans des circonstances mal éclaircies.
L’absence de recherches de la part de spécialistes de l’entre deux guerres explique qu’on ignore à peu près tout de l’endroit (ou des endroits) où sont partis les éléments d’architecture soustraits à cette bâtisse de la façon la plus légale qui soit. Sitôt vendu, dans l’immédiat après-guerre, le manoir a été pillé de toutes ses belles pierres, peut-être aussi de ses poutres et tuiles, par son nouveau propriétaire. La carcasse mutilée du bâtiment a été ensuite rasée.
Une rumeur persistante l’a donné pour reconstruit en Amérique (le rêve américain, sans doute), où il est introuvable, mais où ses pierres ont peut-être été dispersées. Une autre piste le maintiendrait dans l’hexagone, où il aurait servi à alimenter la mode des maisons de prestige bâties avec des caractères néo-médiévaux très affirmés, ou peut-être à restaurer des propriétés ravagées par le conflit avec l’Allemagne.
Bref, les belles pierres du château du Vernet sont peut-être quelque part anonymes, mais bien visibles et, à en juger du nombre de lecteurs de ces pages, il existe une petite chance pour que l’une ou l’un d’entre vous en ait déjà croisées lors de ses visites ou ses recherches.
Préparant pour la Croix-Rouge une animation sur ce thème, si tout va bien, fin juin (date encore incertaine), j’en appelle à vos souvenirs pour trouver la piste des pierres disparues. Si vous disposez d’informations sur leur réemploi, cela me permettrait d’enrichir l’argumentation de mon exposé et de dissiper une partie du mystère qui entoure ce dossier.
Un partage de cet article avec vos contacts multiplierait les chances de trouver une piste.
Voici les éléments dont nous disposons, à partir de photographies d’archives que je ne peux agrandir plus sous peine de rendre illisibles les détails sculptés.
En ouverture de ce texte, une cheminée dont le manteau était orné d’une pierre blasonnée, peu lisible, et peut-être martelée à la Révolution.

 

Vernet-jambage

 

Un jambage de cheminée avec corbeau sculpté d’un personnage naïf. L’autre jambage est aussi sculpté. Le linteau est absent.

 

Vernet-fenêtre

 

Une jolie fenêtre de style Renaissance, qui semble avoir perdu ses pinacles.
Merci pour votre aide!

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 09:23

couleuvrine

 

Vous savez, si vous êtes un(e) habitué(e) de ces lignes que ce blog a pour principe de se tenir à l'écart des sujets racoleurs tout juste bons à récolter des points d'audience. Vous ne trouverez ici ni "Jacques Cœur, cet inconnu" ou "le secret des Templiers bientôt dévoilé", mais je ne répugne pas à me pencher parfois sur des cas curieux, qui aujourd'hui feraient la "une" de nos journaux, juste pour le plaisir de restituer une microscopique partie de ce que fut le quotidien de tous ces gens qui étaient là avant nous.
Voici aujourd'hui une affaire fort curieuse qui endeuilla les rues de Bourges dans les années 1480. Guillaume Archambault, charron au bourg de Saint-Sulpice, dans l'aire urbaine de Bourges, fut reconnu coupable du meurtre d'Aubin Souppire, puis gracié par le roi après avoir acheté sa rémission. Cet homicide est sans doute le plus surprenant de tous ceux dont j'ai pris connaissance depuis toutes mes années passées à travailler sur le Berry.
Le dit Archambault tua en effet l'infortuné Souppire d'un coup de couleuvrine, alors que ce dernier était costumé en Lucifer et répétait un mystère!
Accident? Geste prémédité? Je n'ai pas pu avoir l'original du procès pour examiner les arguments de l'accusé, mais, outre l'hypothèse d'une mise à feu accidentelle d'une arme de gros calibre - le mot couleuvrine désigne un ancêtre du mousquet - il est probable que le tireur, peut-être aidé par l'excellent vin produit dans la région, a vraiment cru voir le Diable. Le temps de se saisir d'une flamme, l'homme a fait ce que tout bon chrétien aurait fait à sa place: renvoyer le démon d'où il venait.
Au delà de cette anecdote, il est à noter, en ce début de Renaissance, l'évocation de mystères destinés à être joués en public, lors de fêtes religieuses. Ce genre de spectacle ne laisse en général pas beaucoup de traces dans la documentation d'époque.

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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 15:32

Christ-Levroux

 

Les chroniqueurs médiévaux Rigord et Guillaume le Breton nous ont laissé de précieuses informations sur les faits et gestes du roi de France Philippe Auguste lors du long conflit qui l’opposa à son rival Henri Plantagenêt, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine. Le Berry occidental et méridional étant à la fin du XIIe siècle l’une des zones de contact entre les fiefs de ces deux souverains, il est normal que ces deux auteurs aient rapporté  quelques événements marquants s’étant produits sur le sol berrichon. Parmi eux, nous trouvons le récit d’un fait étrange que Rigord n’hésite pas à qualifier de miracle tant il servi les intérêts du roi de France.
1188. Henri d’Angleterre rompt une trêve avec les Français. En représailles, Philippe Auguste mène une chevauchée sur les terres des seigneurs de Châteauroux, vassaux d’Aquitaine. Châteauroux, Buzençais et Argenton sont prises, certainement assez facilement, car il n’y a aucune récit de bataille, et le siège est mis devant Levroux, qui résiste mieux. Rigord précise que cette opération dure peu de temps.
Si la situation militaire est clairement maîtrisée par les stratèges du roi Philippe, les circonstances climatiques sont en défaveur des Français. L’été est chaud et sec, et la Théols, qui arrose Levroux, est si à sec que hommes et chevaux souffrent des rigueurs de la soif, indice d’une campagne rapide et improvisée, dans laquelle l’intendance a été en partie laissée au hasard des circonstances. Dans le cas du siège de Levroux, l’armée du Capétien n’a trouvé ni puits ni source capable de lui procurer l’eau nécessaire à sa survie.
C’est là que, selon Rigord (Guillaume le Breton est plus prudent), survient le miracle. Sortie des profondeurs du sol, une onde abondante remplit le lit de la rivière, au point que les chevaux ont de l’eau jusqu’au ventre. L’armée se rafraîchit, les hommes et les animaux retrouvent des conditions de vie normales et la prise du château n’est plus qu’une question de jours. Sitôt la forteresse enlevée et le roi reparti, le flux s’interrompt et la Théols retrouve son étiage normal de plein été.
L’examen de la topographie exclut que cet événement ait été produit par un gros orage d’été. La source de la Théols est proche de Levroux, le relief insignifiant, un gros orage localisé comme il s’en produit parfois en plaine aurait été vu des assaillants. De plus, l’eau n’aurait pas coulé pendant plusieurs jours. La simultanéité des faits, l’eau arrive et repart avec le roi, montre que le phénomène est maîtrisé.
Il me semblerait intéressant de pouvoir prospecter le lit de la Théols en amont de Levroux pour y rechercher les vestiges d’une éventuelle digue d’étang, pêcherie ou bief de moulin, dont les pelles ont certainement été ouvertes par des fourriers de l’armée française partis courir les environs du siège pour y trouver des provisions. Il aurait été facile à des hommes expérimentés de laisser partir une quantité d’eau suffisante pour assurer l’approvisionnement de la troupe capétienne, quelqu’un, eux ou le propriétaire de l’étang, refermant la vanne une fois le danger passé pour sauver ce qui restait de la réserve d’eau.
Rigord, dont le récit fourmille de petits miracles, a trouvé là une preuve supplémentaire de la bienveillance de Dieu à l’égard du roi dont il contait les hauts faits.

 


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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 19:16

sorciers

 

Dans un précédent billet, je constatai la quasi-absence d'affaires de sorcellerie dans les sources médiévales que j'avais eu l'occasion de consulter lors de mes différentes recherches sur documents. Deux procès, repérés récemment, viennent donner un peu plus d'épaisseur au dossier.
Aux portes du Sancerrois, dans la paroisse de Montigny, c'est un couple, Pierre Graisset et sa femme, qui est occis par Jean le Rasle, dit Poissy. Le mobile de ce meurtre est simple: le dit Poissy accusait Graisset d'être sorcier et responsable de la maladie de Poissy l'aîné, son père.
Plus au sud, entre Lignères et La Châtre, dans la paroisse de Saint-Christophe-en-Boucherie, c'est une femme mariée, Jacquette d'Orléans, qui est assassinée, après qu'on l'ait accusée d'être la sorcière coupable de la maladie de Françoise, fille de l'écuyer Gilles du Breuil et épouse de Philippe des Barres, son meurtrier, aidé de deux complices. 
Nous sommes loin des procès comme souvent la littérature, le cinéma ou la bande dessinée les ont fait entrer dans l'imaginaire de certains de nos contemporains. Ici, ni inquisiteur, ni aveux  sous la torture, ni bûcher purificateur. Juste des vendettas individuelles contre des gens ordinaires soupçonnés d'être à l'origine de longues maladies que la médecine d'alors ne savait ni diagnostiquer, ni soigner. Le désarroi des familiers des malades les pousse à faire justice eux même en assassinant des gens dénoncés par l'opinion que la société locale portait sur eux.
Ces deux cas sont intéressants car ils diffèrent peu, les meurtres mis à part, de nombreuses histoires populaires qui se racontaient en milieu rural jusqu'au milieu du XXe siècle, sur des empoisonneurs et jeteurs de sorts présumés, et qui servent encore de repère aux amateurs de mystères paranormaux et autres forces obscures...

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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 11:15

manoir-vernet.gif

 

Voici un document que je n'ai pas eu le loisir de lire dans sa version originale, mais dont l'analyse donne un bon aperçu du contenu. Il concerne le sujet d'une de mes conférences à venir en 2014: l'ancien manoir du Vernet, à Saint-Amand-Montrond.
Le texte se trouve aux Archives nationales et date de 1468. Sa nature, une lettre de rémission, rappelle une procédure judiciaire assez usitée à la fin du Moyen-âge. Le roi de France avait le pouvoir de gracier un criminel pour le soustraire à l'action de sa justice. Devant l'état calamiteux des finances publiques, l'habitude se prit de monnayer la clémence du souverain. Un criminel pouvait alors acheter une lettre de rémission, dont le prix était fixé par la cour compétente qui évaluait la gravité de la faute. Le coupable exposait l'affaire à un juge, minimisant au mieux sa responsabilité dans les faits, et repartait libre des forfaits avoués. Je n'ai pu me procurer l'original de la lettre de 1468, mais le peu dont je dispose donne une bonne idée du fond de l'affaire.
Celle ci c'est produite dans les années 50 ou 60 du XVe siècle (une rémission pouvait être accordée des décennies après le délit ou le crime qu'elle couvrait). Son auteur est l'écuyer Paul de la Châtre, demeurant à Saint-Amand, en Bourbonnais, à l'époque. Je ne connaissais pas cet individu, mais son nom est celui de la famille possédant le petit manoir du Vernet, porté disparu depuis la fin de la guerre de 14.
Ce chevalier reconnaît avoir torturé et assassiné le nommé Durant des Bois, qui pêchait dans sa rivière, braconnait dans sa garenne, et racontait avoir les faveurs de sa chambrière. Je ne me prononcerai pas sur la vertu de la femme de chambre du chevalier de la Châtre, mais le texte donne une information et en recoupe une autre. On apprend que la seigneurie du Vernet avait un droit de pêche sur une des deux rivières qui arrosent Saint-Amand et ses alentours, le Cher ou la Marmande. Cette dernière, suivant un cours plus long qu'aujourd'hui (elle aurait été détournée au moment du tracé de la ligne de chemin de fer économique au XIXe siècle) trouvait son confluent avec le Cher plus en aval, vers Noirlac. Le droit de pêche usurpé le fut-il par simple braconnage manuel ou à l'aide de nasses, ou fut-il plus grave (pillage d'une pêcherie sur le cours d'eau)? Seule la lecture du texte complet permettrait peut-être de le préciser.
Le braconnage d'une garenne est un délit assez classique dans les archives judiciaires médiévales. Les connils étaient si facile à attraper qu'ils excitaient bien des convoitises lorsque les tables étaient maigrement garnies. La garenne du Vernet a aujourd'hui disparu, mais le toponyme est encore clairement lisible sur les anciens cadastres de Saint-Amand. Son emplacement présumé, à quelques centaines de mètres des murs du manoir, rendait sa visite par des voleurs assez facile.
Tout ceci semble avoir exaspéré Paul de la Châtre au point de se livrer à des actes de torture sur le dit des Bois avant de l'achever. On peut présumer que le prix de la rémission royale a coûté à cet homme et à sa seigneurie bien plus que la valeur des quelques poissons et lapins dérobés par sa victime.

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  • : Moyen-âge en Berry
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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Archives

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.