Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 19:37

massay1

 

Les Journées du Patrimoine qui s'annoncent seront peut-être pour vous l'occasion de venir découvrir, ou revoir, un site abbatial très intéressant du nord-ouest du département du Cher, Massay.
Bien moins connue que d'autres lieux historiques du département, cette abbaye, hélas incomplète, propose la découverte de beaux vestiges romans mis en valeur avec soin, parmi lesquels se distingue la salle capitulaire, visible de la rue.
Une des particularités de cet édifice est de mélanger dans ses voûtes des calcaires clairs et des roches chargés de minerai de fer, plus sombres et rugueuses, donnant au bâtiment soutenant l'ancien dortoir (intact mais fermé à la visite) une esthétique inhabituelle.

 

massay3

 

Bel endroit, l'abbaye de Massay est une entité monacale décevante pour les médiévistes par la pauvreté de ses archives, détruites pendant la Guerre de 100 ans. Devant la grande détresse de cette situation, la justice royale fut même contrainte en 1361 de réaffirmer d'anciens privilèges des bénédictins vivant sur place. Avec la perte de son ancien chartrier, sans doute fort riche, ont été effacées les traces des relations entre les moines et la société féodale locale, généralement riches en enseignements politiques et économiques.

 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article
24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 07:18

Prébenoît-mur

 

Voici un site que mes confrères marchois et limousins ne m’en voudront pas, je crois, de leur emprunter le temps d’un article. Si la petite abbaye cistercienne de Prébenoît dans la Creuse, est bien située dans le diocèse de Limoges, elle fait partie de ces monastères qui ont livré des informations de grande utilité pour mes recherches doctorales.
Je ne connaissais en fait de Prébenoît que la cote H 528 des Archives départementales de la Creuse et les actes antérieurs au XIVe siècle que j’avais dépouillé pour mon enquête anthroponymique. J’ai eu l’occasion, cet automne, de profiter d’un bel après-midi pour aller découvrir les ruines de cette ancienne abbaye de moines blancs.
Je n’ai pas tenu compte des donateurs marchois qui ont constitué le temporel de Prébenoît, pour me concentrer sur une grande famille berrichonne ayant compté parmi ses principaux bienfaiteurs aux XIIe et XIIIe siècle.

 

Prébenoît-chapelle

 

Dès 1140, la puissante maison de Déols, première seigneurie berrichonne de l’époque par son étendue territoriale, participe à la fondation du monastère. D’autres établissements religieux du diocèse limousin profitent de leurs libéralités. Très vite, c’est une branche cadette de la seigneurie de Châteauroux, la maison de Boussac et Châteaumeillant, qui assure, avec d’autres familles féodales locales, la protection des Cisterciens de Prébenoît. Il n’est pas interdit de supposer que quelques uns de ses membres ont pu être inhumés sur place.

 

Prébenoît-extérieur

 

La visite du site, en grande partie ruiné, mais qui reste largement lisible, montre que Prébenoît fut un cloître comparable aux établissements cisterciens du sud du diocèse de Bourges (Bussière, les Pierres, la Colombe, Varennes). De taille moyenne, cette fondation est en harmonie, comme ces consœurs citées précédemment, avec un terroir faiblement peuplé et une petite féodalité rurale incapable de lui fournir les fonds nécessaires pour la construction d’un sanctuaire qui puisse rivaliser avec Noirlac, La Prée, Bellaigue ou Obazine. La modicité des infrastructures n’était pas synonyme d’un manque de rayonnement spirituel, que je laisse à mes collègues marchois le soin d’évaluer en fonction de leur connaissance du terrain.

 

Prébenoît-réemplois

 

Sur place, on retrouve facilement plusieurs époques de construction, comme dans d’autres abbayes cisterciennes du grand Centre: ruines de l’abbatiale romane, vestiges de fortifications tardives contemporaines de la Guerre de 100 ans, hôtel abbatial post-médiéval, en partie construit avec des pierres de réemploi du cloître disparu et des dalles funéraires.
Prébenoît, sauf erreur de ma part, est un bien communal qui appartient à la municipalité de Betête. Contrairement à d’autres sites médiévaux, l’endroit est visitable tout au long de l’année, grâce à des rendez-vous mensuels proposés par des affichettes disposées sur place, une initiative rare et bienvenue qu’il convient de saluer et de promouvoir!

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article
12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 13:06

St-Benoît-nocturne

 

En parcourant les chartes de la célèbre abbaye ligérienne de Saint-Benoît-sur-Loire, qu’il est inutile de présenter ici, on remarque plusieurs textes relatifs au possessions que ce monastère sis dans le diocèse d’Orléans entretenait dans celui de Bourges. Plusieurs documents, datés d’entre 1110 et 1125, détaillent trois ensembles distincts d’églises dépendant des Bénédictins des bords de Loire.
Le plus éloigné de tous est le prieuré du Sault, à l’origine de la ville de Saint-Benoît-du-Sault, dans le sud de l’Indre. Les archives de son abbaye-mère y font assez souvent référence, et permettent d’en mesurer l’importance à l’aune de la liste de ses protecteurs, tant berrichons qu’aquitains ou limousins.
Le groupe le plus nombreux est aussi le plus proche en distance de Saint-Benoît, dont le prestige attirait naturellement les donateurs locaux: Saint-Martin près de Saint-Satur (Sancerre, en fait), Saint-Maurice de Châtillon-sur-Loire, Notre-Dame de Saint-Brisson, Saint-Martin de Vailly, Saint-Pierre de Poilly et Saint-Martin de Menétréol-sur-Sauldre sont reconnues par l’archevêque berruyer Léger comme légitimes propriétés de ses frères de Saint-Benoît.
Un troisième ensemble attire l’attention. Plusieurs églises, proches de Châteauneuf-sur-Cher, constituaient une part de la nébuleuse foncière des Bénédictins. Saint-Pierre de Châteauneuf, Saint-Martin de Corquoy, Saint-Pierre de Venesmes, avec la chapelle Saint-Jean, Saint-Baudel et Saint-Julien-le-pauvre (peut-être Saint-Julien, entre Chambon et Saint-Symphorien) forment un groupe homogène dont on peine à fixer l’origine. Si on repère sans difficulté les moments et les circonstances qui ont permis une augmentation de ce patrimoine (ajout des églises de Corquoy et Venesmes suite à des accords entre Saint-Benoît et le chapitre Saint-Étienne de Bourges ou même l’archevêque Vulgrin), la donation initiale n’a pas été conservée. Le récit de la bataille de Châteauneuf (première moitié du XIe siècle) rapporté dans la chronique de l’abbaye de Fleury, autre nom de Saint-Benoît, montre que cette donation ou vente, quelqu’en soit l’auteur, remonterait à une époque proche de l’an 1000.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article
5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 11:10

Fontmorigny

 

Il y a un certain intérêt à se pencher sur un phénomène mal connu et certainement occulté par des élans spirituels plus médiatisés comme les migrations de pèlerins vers Compostelle et les autres sanctuaires exposant des reliques de saint Jacques. Quelques faits-divers, à priori ordinaires, éclairent une pratique peu étudiée à ma connaissance: les pèlerinages de proximité ayant pour but la vénération de reliques ou d’objets miraculeux conservés dans des abbayes régionales.
Au hasard des analyses de lettres de rémission datant de la fin de la période médiévale se remarquent plusieurs faits tendant à prouver que deux monastères cisterciens, Loroy et Fontmorigny, attiraient sur leurs domaines des croyants étrangers à la sphère bernardine.
En 1415, un habitant de la paroisse du Gravier, près de la Guerche, tue lors d’une rixe un sergent du duc de Bourbon revenant d’un pèlerinage à Fontmorigny. En 1477, c’est un habitant de Menetou-Couture qui fait subir le même sort à un pèlerin en route pour le même sanctuaire.
En 1478, un accident malheureux met fin aux jours de Jean Rabillon, tué par une jument emballée alors qu’elle ramenait chez lui Pierre Gantère, habitant de Sainte-Montaine, de retour d’un pèlerinage à Loroy.
Si nous ignorons l’origine de la deuxième victime, les incidents de 1415 et 1478 présentent un profil parallèle. Dans le premier cas, le meurtre est commis sur la route du Sud, alors que le sergent ducal rentrait chez lui. Quelque soit l’endroit du Bourbonnais où il était en poste, cet homme n’était pas un étranger à la région. Dans la troisième affaire, le propriétaire de la jument n’était qu’à quelques heures de chez lui.
Ces pèlerinages de proximité sont forts intéressants, même si les détails manquent pour évaluer le mode de réception des visiteurs sur les sites cisterciens, en principe soumis à la stricte discipline de la clôture. Dans quelle partie de l’abbaye étaient exposés les objets de la piété populaire? La clôture était-elle assouplie? Quels bénéfices les moines tiraient-ils des inévitables offrandes? Ces questions mériteraient un examen attentif par des historiens rompus à l’étude des dernières décennies de la période médiévale.
Cette pratique est-elle née des difficultés à circuler paisiblement sur de longues distances pendant la guerre de 100 ans? Plusieurs cas de pèlerins anglais, pourtant munis de sauf-conduits en règle et dépouillés ou brutalisés sur les routes de la région pourraient le laisser penser. On ne doit pas écarter non plus le simple aspect pratique de ces pèlerinages de proximité. Le sergent du duc et le cavalier venus de Sainte-Montaine étaient sans doute de petites gens trop modestes et trop peu mobiles pour partir en voyage vers des sanctuaires lointains. On n’écartera pas non plus l’hypothèse de reliques réputées efficaces pour une prière précise, en relation avec la santé du suppliant, comme à Saint-Menoux, Saint-Phalier ou encore la Celle-Bruère.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article
9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 09:44

Noirlac-réfectoire

Je voudrais dédier ces lignes à tous les lecteurs fidèles de ce blog qui ne pourront être présents demain à l’après-midi conférences sur l’Ordre cistercien en Berry, à Mehun-sur-Yèvre. J’ai prévu d’y développer une hypothèse inédite sur l’origine d’une des plus célèbres abbayes cisterciennes des régions du Centre: le monastère de Noirlac.
L’histoire de la fondation de Noirlac n’a plus de secrets pour nous. Plutôt que d’en produire un mauvais résumé, je vous encourage vivement à vous procurer l’excellent article de mon confrère Pierre-Gilles Girault: “Robert de Châtillon, saint Bernard et les débuts de l’abbaye de Noirlac” paru dans les actes du colloque L’Ordre cistercien et le Berry, Cahiers d’Archéologie et d’Histoire du Berry, décembre 1998
Pierre-Gilles y détaille, de manière très fouillée, les premiers pas des Cisterciens dans cette partie de la vallée du Cher et, à moins d’une révélation documentaire inédite, on voit mal ce qui pourrait remettre en cause ses conclusions.
Pour ma part, je me suis intéressé à certains détails curieux et non résolus de l’histoire  primitive de Noirlac.
Le site, tout d’abord, choisi par saint Bernard pour y installer des frères de son ordre: l’abbaye n’est pas là où on aurait pu l’attendre. Noirlac est riveraine de la route qui conduisait de Bourges à Saint-Amand-Montrond. Des voyageurs frôlaient sa clôture peut-être quotidiennement. Les sons d’au moins deux ou trois clochers venaient troubler son silence les jours de temps calme: l’église et le village de Nozières sont visibles du site et Saint-Amand et Orval sont à à peine une heure à pied. Plusieurs auteurs se sont efforcés de justifier que ce lieu était propice à la prière. Par comparaison avec les autres monastères de moines blancs berrichons, Noirlac est dans une situation clairement marginale.
Le nom même de l’abbaye pose problème. Le toponyme Noirlac est tardif (Narlac en 1218) et correspond au nom du site, qui n’est pas éponyme aux débuts du couvent. Le nom retenu par les moines est Domus-Dei super Carum, que tout le monde traduit, par habitude, en Maison-Dieu-sur-Cher. Or, Noirlac n’est pas à proprement parler sur le Cher, mais sur un de ses bras. En plus, si on confie la traduction à n’importe quel latiniste qui ne connaît pas le contexte culturel régional, il restituera le nom médiéval en Hôtel-Dieu-sur-Cher, ce qui n’a plus du tout la même connotation.

 

plan-Noirlac

 

Je proposerai donc demain une clé de résolution de ces anomalies en m’appuyant sur le contexte politique et économique de la région au XIIe siècle. J’ai modifié une carte IGN pour rendre plus lisible la situation.
Vers 1100, la région de Noirlac connaît des transformations engendrées par l’expansion de la seigneurie de Charenton. Saint-Amand devient une place économique active, à l’écart de l’ancienne voie antique qui franchissait le Cher au lieu-dit Allichamps, poursuivait par un itinéraire à préciser vers Orval (pointillés noirs) puis continuait vers le sud. Au XIe, ce vieux chemin perd de son intérêt. La route venant de Bourges se détourne par Bruère, Saint-Amand (trait plein noir) et retrouve son axe primitif entre Orval et Saint-Amand (trait rouge). Le gué d’Allichamps tombe en désuétude.
Je propose de calquer ce plan sur l’histoire des origines de Noirlac. Un hôtel-Dieu a pu être actif, comme beaucoup d’autres en France, au bord du Cher, au gué d’Allichamps. Voyant les voyageurs poursuivre leur route par un autre chemin, l’hôpital aurait été se fixer quelques kilomètres plus au sud, dans un lieu nommé Noirlac. Attentifs au message cistercien, ces frères hospitaliers se seraient réformés au cours du XIIe siècle, devenant les premiers moines blancs présents sur place vers 1135, assurant la charnière avec l’abbaye en gestation.
Ce schéma explique les anomalies sur le site, le nom, et est compatible avec ce que les sources nous apprennent sur les débuts de Noirlac.
Nous connaissons au moins deux établissements réformés dans le même ensemble géographique, et non des moindres: Bellaigue, en Combrailles (anomalies identiques à celles de Noirlac dans le paysage) et Fontmorigny, la plus grande abbaye cistercienne du diocèse, toutes deux anciens monastères bénédictins réformés.
Vos questions sur le sujet seront les bienvenues demain.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article
22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 10:42

Bouteille-extérieur

 

Voici un lieu emblématique pour tous les gens qui se reconnaissent plus dans les grandes futaies de chênes des forêts du nord de l’Allier que dans le bruit des villes et qui présente un intérêt certain pour la compréhension de l’environnement médiéval.
Le prieuré de la Bouteille tire sa réputation de sa situation géographique privilégiée et, il faut bien le reconnaître, de la pauvreté du patrimoine qui l’entoure. A part les quelques maisons du hameau voisin, la Bouteille s’élève au bord d’un plateau coupé par des ruisseaux encaissés complètement désert. Cela donne au site un attrait certain auquel beaucoup de visiteurs sont sensibles. Ce lieu tire aussi sa réputation de sa quasi unicité dans l’ensemble du massif de Tronçais, pauvre en patrimoine. Dans d’autres lieux, c’est un endroit qu’on regarderait à peine tant sont modestes les vestiges qui l’occupent.

 

Bouteille-intérieur

 

La bouteille se présente sous la forme d’une chapelle fortement tronquée et remaniée, déséquilibrée par la disparition de la moitié du bâti originel.  Le chevet plat avec le triplex qui l’éclaire rappelle l’architecture cistercienne mais est surtout le reflet de l’économie avec laquelle on a construit le prieuré. A l’intérieur, la seule voûte qui subsiste ne présente rien de remarquable.

 

Bouteille-clé-de-voute

 

Pour les inconditionnels de la forêt, ce lieu a un charme indéniable. Pour les amateurs de vieilles pierres, c’est une curiosité à découvrir. Pour l’historien, c’est un lieu exemplaire.
On ne connaît rien, ou presque, de l’histoire de ce prieuré, si bien que les légendes qui ont couru sur son compte ont parfois fait office de sources documentées.
On connaît le saint auquel était voué le minuscule monastère, placé sous le patronage de saint Mayeul. Naturellement, la thèse de sa dépendance vis-à-vis du prieuré clunisien de Souvigny s’impose. La forêt de Tronçais faisait partie de la seigneurie de Bourbon, très proche spirituellement de Souvigny et ses religieux qui possédaient d’autres bénéfices dans la région, comme à Vallon-en-Sully. Cette dépendance n’est pour autant pas prouvée, la Bouteille étant dans le patrimoine, ce qui est inattendu, de l’évêque de Metz à la Renaissance, lorsque le géographe Nicolas de Nicholay rédige sa description du Bourbonnais.
Certains ont voulu voir dans la Bouteille un ermitage. Le lieu est isolé dans les bois, quasi désert, proche d’une source: il s’accorde avec l’image classique des cénobites telle que l’époque romantique se les représentait.
Je porte un autre regard, moins poétique, sur le site de la Bouteille, que je reconnais comme une exception pour notre époque, mais surtout comme un site témoin de la période de la fondation présumée de cette petite cellule monastique (entre le XIe et le XIIIe siècle). Sachant que la région était en grande majorité envahie par des friches que les efforts conjoints de la féodalité, des communautés paysannes et de quelques groupes de religieux ont considérablement réduites à partir du XIe siècle, la Bouteille me parait une illustration assez réaliste des conditions de vie des petites communautés agricoles de l’époque. De simples clairières au milieu de la forêt, des zones cultivées réduites, un espace immense d’élevage, chasse et cueillette, des ruisseaux pour faire tourner des moulins et surtout, une densité humaine dérisoire. En somme, lorsqu’on couvre du regard les bois et les petits prés qui entourent le prieuré de la Bouteille, on peut se faire une idée acceptable de l’environnement quotidien des populations locales contemporaines de l’An 1000 et des premières cathédrales, sans présumer que les arbres de l’époque aient été aussi beaux que ceux d’aujourd’hui.

 

Bouteille-ravin

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article
9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 23:17

Boisd'Habert-1

 

Quand on fait la liste des abbayes cisterciennes de l’ancien diocèse de Bourges, on compte en tout quatorze monastères, répartis sur cinq départements. Certains sont encore mal connus, faute d’étudiants motivés par ce sujet, mais la plupart bénéficient d’une bibliographie suffisante pour se faire une bonne idée de leur histoire.
Or, il semble bien qu’un quinzième établissement ait existé au XIIe siècle. L’abbaye de Bois d’Habert, sur la commune de Morlac, dans le département du Cher, est presque inconnue du grand public. Les quelques notes qui suivent n’ont pas la prétention de remplir le vide qui pèse sur le passé de  cette fondation. Juste effleureront-elles quelques pistes de réflexion sur ce sujet fort méconnu.

 

Boisd'Habert-mur

 

L’abbaye de Bois d’Habert est un curieux monastère: pas de charte de fondation, pas d’archives, pas de noms d’abbés, pas de filiation, pas de fondateur ou de protecteur connu, juste quelques rares mentions documentaires antérieures au XIIIe siècle, et des ruines.
Le bilan archivistique est squelettique. Tout juste sait-on que l’abbaye existait aux alentours de 1150, avant son rattachement, par décision du pape Eugène III, au couvent cistercien de La Prée, non loin de Chârost, dans l’Indre. Le lieu n’est pas abandonné, car on retrouve le nom de Bois d’Habert  associé à une grange, preuve que La Prée a continué à exploiter les terres du domaine primitif. Le site évolue même en une très belle demeure légèrement fortifiée qui existe toujours. Dans cet ensemble de constructions, dont je n’ai pas voulu produire de photographie pour respecter la tranquillité des propriétaires est encore visible le vestige d’un mur garni de départs de voûtes, dernier témoin de l’existence d’une chapelle abbatiale. On ne sait rien de plus sur la question.

 

Bois-d'habert-aérien

Bois d'Habert

 

Quelles preuves a t-on de l’identité cistercienne du site, outre un ou deux mots dans une bulle pontificale? La photographie satellite livre des éléments très intéressants. Passant par un site internet de cartographie couplée à des fonds photographiques, j’ai comparé le site de Bois d’Habert vu du ciel à quatre abbayes de l’ordre de Cîteaux citées dans divers articles de ce blog: Noirlac, Fontmorigny, Bussière et Varennes. La symétrie est parfaite. Les cinq couvents sont construits avec la même orientation et suivant les mêmes proportions générales. La chapelle de Bois d’Habert est placée dans le même angle nord-est que les quatre autres abbatiales. Invisible ou presque du sol, le plan cistercien est perceptible en vue verticale. La présomption d’être face à un ancien monastère de moines blancs est donc très forte.

 

Bussière-aérien

Bussière

 

L’environnement est-il compatible avec les aspirations cisterciennes? Par comparaison avec d’autres abbayes du diocèse, Bois d’Habert n’est ni mieux ni plus mal placée qu’une autre. Les bourgs les plus proches sont assez éloignés pour garantir à des moines un minimum de distraction dans leurs prières.

 

Noirlac-aérien

Noirlac

 

Qui peut avoir pris l’initiative d’attirer des religieux dans ce périmètre? Sachant que toutes les fondations cisterciennes de la région étaient liées à la moyenne féodalité régionale, seuls les seigneurs de Lignières, à ma connaissance, avaient les moyens de lancer une telle initiative. Le fief le plus proche, celui de Morlac, est un candidat possible mais ses moyens étaient plus limités que ceux de la grande seigneurie de la vallée de l’Arnon.
Pourquoi aucune filiation n’est elle connue? Dans ce domaine, comme j’ai eu l’occasion de le démontrer à plusieurs reprises, les abbayes cisterciennes du Berry du Sud se distinguent par des profils atypiques et à Bussière et aux Pierres, il y a de forts soupçons pour que des les monastères “officiels” aient succédé à des fondations pré-cisterciennes spontanées. En fait, on aurait fait comme les Cisterciens, mais avant les Cisterciens, les filiations venant pérenniser un état de fait antérieur. Rien n’exclue que Bois d’Habert soit né sur des principes similaires. Peut-être s’agit-il aussi d’une filiale de La Prée, comme Le Landais qui avait fondé Barzelle, mais qui a échoué.

 

Fontmorigny-aérien

Fontmorigny

 

Comment peut-on expliquer l’échec d’une abbaye cistercienne? Les causes peuvent être multiples, mais une raison peut-être raisonnablement avancée: la surpopulation monastique. Le pays n’est pas très peuplé, la concurrence d’ abbayes et prieurés affiliés à d’autres ordres (Puyferrand, Orsan, Chezal-Benoît..) peut avoir privé Bois d’Habert de moyens mais surtout: la date du rattachement à La Prée coïncide avec l’ascension de Noirlac, à à peine 15 kms de là. Le grand monastère de la vallée du Cher peut avoir étouffé son frère par la seule dynamique de sa genèse. Le pape  aurait préféré mettre fin à la fondation de Bois d’Habert en unissant sa communauté avec celle de La Prée.

 

Varennes-aérien

Varennes

 

Il est évident que tout ceci ne tient que par la prise en compte d’un environnement historique cohérent, et que la vérité est peut-être tout à fait ailleurs, mais il ne me déplaît pas de penser qu’en ouvrant ce dossier, des collègues réuniront peut-être à partir de leurs propres notes de recherche des éléments inédits sur la question.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article
14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 10:47

Corquoy-effraie

Nous sommes loin des pelouses impeccablement tondues, des haies bien taillées, des salles parfaitement entretenues et, pour certaines, bientôt généreusement chauffées de l’abbaye voisine de Noirlac.
Nous sommes ici en pleine nature, dans un vallon étroit, dans un site injustement beaucoup moins connu que sa voisine cistercienne. Ici, pas de luminaires “higth-tech”, pas de librairie, pas de chauffage par le sol, mais de la terre battue, des feuilles mortes, des rapaces nocturnes et des courants d’air glacés l’hiver.

 

Corquoy-extérieur

 

Pour qui veut s’ imprégner de spiritualité monastique médiévale, les ruines de l’ancienne celle grandmontaine de Corquoy sont un lieu à connaître, comme peut l’être une abbaye comme Fontmorigny, tant nous y sommes proches de la simplicité et de la rusticité qui étaient le quotidien de leurs premiers occupants.
Ces deux sites, que j’apprécie beaucoup, vous l’aurez compris, ont un point commun qui mérite d’être souligné. Fontmorigny et Corquoy appartiennent à des propriétaires privés, qui consacrent des efforts remarquables à leur valorisation et leur entretien.
Nous avons profité du soleil des journées du Patrimoine pour retourner à Corquoy et y découvrir une nouvelle étape de la rénovation de la petite abbatiale romane. Il y a peu, les ouvertures éclairant la nef étaient encore obstruées par des briques. Aujourd’hui, la lumière qui l’éclaire est filtrée par des vitraux réalisés par l’artiste-verrier Jean Mauret. Sans créer d’atmosphère artificielle à laquelle tant de mes contemporains sont sensibles au point de s’identifier avec les anachorètes médiévaux, ces verrières sobres et élégantes apportent un touche de douceur à la rigueur des pierres grandmontaines.

 

Corquoy-vitraux

 

Une visite de Corquoy est aussi un excellent prétexte pour approfondir ses connaissances sur le monachisme occidental. L’Ordre de Grandmont, né en Limousin, possédait une demi-douzaine de celles dans le diocèse de Bourges, pour à peine plus du double de monastères cisterciens. Si Cîteaux est une pièce majeure de l’architecture spirituelle de notre région au Moyen-âge, Grandmont a occupé une place qui n’a rien d’anecdotique dans cet édifice.

 

Corquoy-nef

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article
24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 19:58

Manzay-1

 

A plusieurs reprises, j’avais emprunté cette route de la rive gauche du Cher qui conduit de Saint-Florent à Brinay et Vierzon, dans le Cher et remarqué un panneau indiquant un prieuré classé Monument historique. La semaine passée, j’ai eu, à l’occasion d’un déplacement professionnel, le loisir de faire une petit crochet par ce site dont j’ignorais tout et d’être, sans exagérer, stupéfait par ce qui se présentait face à moi.
Une splendide priorale gothique en grande partie intacte s’élève dans un environnement à la fois agricole et horticole, de très beaux jardins occupant une partie du lieu. D’une taille plus conforme à ce qu’on attendrait d’une abbaye que d’un simple prieuré, le bâtiment est d’une qualité rare. La faible luminosité matinale compliquée par un temps brouillé n’a pas permis de ramener de cette visite des photos très claires, mais on distingue cependant l’essentiel.
Manzay est un prieuré qui a laissé peu de traces de son activité dans les archives locales. Seule une liasse de l’abbaye Saint-Laurent de Bourges a conservé, à partir de la fin du XVe siècle, le rappel d’un accord entre les moines bénédictins de Saint-Laurent et le prieur de Manzay (Archives départementales du Cher 39 H 129).

 

Manzay-2

 

Fondé vers 1150 au profit de l’abbaye Notre-Dame d’Issoudun, ce monastère est acquis en 1340 par les religieux limousins de l’Artige, ordre monastique peu connu du grand public. A la Révolution française, c’est le collège des Jésuites de Limoges qui a la main sur cet établissement (d’après Dom Besse, Abbayes et prieurés de l’ancienne France, tome 5, province ecclésiastique de Bourges, p. 58, Ligugé 1912).
D’autres informations sont accessibles sur internet, particulièrement sur les possibilités de visite de ce lieu aujourd’hui dédié à la botanique.

 

Manzay-3

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article
20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 09:05

Varennes-1

 

Il m’est difficile d’évoquer le passé de l’abbaye Notre-Dame de Varennes, n’ayant jamais eu lors de mes recherches la chance de pouvoir travailler sur le contenu de son chartrier, mais je tiens tout de même à évoquer ici ce très intéressant ensemble monumental.
Moins connue que les grandes fondations de moines blancs de la moitié nord de la région, l’abbaye de Varennes compte parmi la quinzaine de monastères cisterciens établis dans l’ancien diocèse de Bourges. Aujourd’hui sise sur la  commune de Fougerolles, non loin de Neuvy-Saint-Sépulchre, elle occupe un site dont les caractéristiques sont identiques au modèle recherché par les Cisterciens -éloignement par rapport aux routes principales et aux centres paroissiaux, situation en fond de vallon, près d’un cours d’eau- mais c’est bien la réforme d’une communauté bénédictine antérieure qui lui a fait rejoindre l’Ordre de Cîteaux au milieu du XIIe siècle.
Comme beaucoup de sites comparables, Varennes a été abandonnée aux activités agricoles après le départ de ses derniers moines et a subi des dommages architecturaux heureusement limités. Elle se présente aujourd’hui sous les traits d’une abbatiale de petites dimensions proche de l’ancien bâtiment des convers. Un logis d’abbé complète la perspective sur le monastère.
Varennes, en cours de restauration, peut être visitée lors des journées du Patrimoine. La partie accessible toute l’année à partir de la route de Neuvy-La Châtre permet de se faire une bonne idée de l’agencement des structures de l’ancienne abbaye.

 

Varennes2

 

 

 


Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article

Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
  • Moyen-âge en Berry
  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
  • Contact

géographie des visiteurs




A ce jour, cette espace a été visité
180102 fois.

405350 pages ont été lues.

Merci de l'intérêt que vous portez à l'histoire de la région.




Visitor Map
Create your own visitor map!
" class="CtreTexte" height="150" width="300" />

 

Rechercher

Conférences

conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Archives

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.