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17 novembre 2013 7 17 /11 /novembre /2013 09:02

Sully-château

 

Pour beaucoup, lorsqu’on évoque le mot “Sully”, se forme l’image d’une sorte de sage barbu le cou enserré par une fraise à la mode du temps d’Henri IV, fidèle à la culture héritée du patient travail nos anciens instituteurs. Pour un historien du Berry, ce nom propre éclaire une partie du passé de sa région, à une époque où le paysage féodal était en passe de se composer.

Sully est une seigneurie ligérienne proche de l’Orléannais, qui a su dès l’aube du XIe siècle, se fixer dans le nord de l’actuel département du Cher, aux Aix et à la Chapelle. Ces deux bourgs sont associés au cours du XIIe siècle au patronyme d’un de leurs seigneurs, Gile, ou Gilon de Sully. Ils deviennent ainsi les Aix et la Chapelle du sire Gilon, dominus Gilo, en latin, et dam Gilon, en langage de l’époque. Ainsi se forme les toponymes encore en usage aujourd’hui. 

Ces premiers pas en Berry s’accompagnent de l’édification de mottes castrales autant pour garantir la sécurité des nouveaux arrivants que d’affirmer leur souveraineté sur leurs terres et ceux qui les cultivent. L’une d’elle, entourée de haies pour renforcer son efficacité, comme c’est le cas ailleurs dans la région (les textes citent une haie du seigneur de Lignières près de Chezal-Benoît, au XIIe siècle), donne son nom à la ville des Aix-d’Angilon: Haia domini Giloni, la haie du seigneur Gilon.

Très vite, se pose la question des cadets de famille, qui n’héritent pas du pouvoir de leurs aînés, mais qui réclament une terre pour y vivre. Les deux villages,  les Aix et la Chapelle, sont accordés comme apanages à certains d’entre eux. A Sens-Beaujeu, en Sancerrois, c’est une branche des Sully qui reçoit la terre en fief, et qui y prospère. On peut admirer l’effigie d’un de ses seigneurs sur une dalle funéraire conservée dans l’église de Méry-es-Bois, objet d’un billet sur ce blog il y a quelques années. Sur le territoire de cette commune se rencontrent les vestiges d’une “motte-Seuly”.

L’emprise des Sully ne se limite pas au Haut-Berry. Au cours du XIIIe siècle, cette famille réussit son implantation en Boischaut, profitant du démembrement de l’ancienne seigneurie de Charenton, tombée en quenouille. Bruère-Allichamps, Orval, Epineuil entrent dans l’orbite de la grande seigneurie ligérienne, qui devient protectrice des moines de Noirlac, succédant ainsi aux anciens Charenton. Tout près d’Epineuil, la petite cité fortifiée de Vallon-en-Sully porte leur nom.

Bourges accueille aussi des fils de cette famille, mais sur son siège archiépiscopal, cette fois. Sully donne quatre archevêques à la ville: Henri de Sully. 1183-1199, Simon. 1218-1232, Jean. 1261-1272 et Guy. 1276-1280. C’est au temps du premier d’entre-eux que commencent les travaux qui donnent le jour à l’actuelle cathédrale.

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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 11:30

église-incendiée

 

Il y a mille et une manières d’aborder cette période d’une grande richesse historique que fut la guerre de 100 ans. J’ai choisi de tester une source documentaire particulière, sur une durée limitée, pour évaluer les conséquences du début du conflit pour la population et l’économie régionale.
Quand j’étais étudiant en maîtrise à Tours, notre directeur de mémoire, le professeur Bernard Chevalier et son équipe universitaire, avait entrepris une tâche ambitieuse et passionnante: faire dépouiller par les étudiants en histoire médiévale les registres judiciaires du Parlement de Paris pour l’actuelle région Centre. La consigne était alors de lire des microfilms, d’isoler les actes intéressants et de les résumer. L’immense majorité de la collecte concernait des lettres de rémission, ces actes délivrés par la chancellerie royale permettant, contre argent, d’arrêter la machine judiciaire contre des criminels qui avouaient le détail de leurs fautes. La lettre de rémission n’était pas une absolution, juste une suspension définitive des procédures. Elle permettait aux anciens criminels de vivre librement, au roi d’améliorer l’état de ses finances et désormais sert aux historiens de mine d’informations.
Une précision: le Droit de l’époque était le reflet de son temps. Notre morale peut être heurtée par certaines affaires. Le patriotisme, la légitime défense ou le service de la Nation sont des concepts ignorés ou presque au Moyen-âge. Méfions nous, comme toujours, des jugements de valeur anachroniques.
La masse de documents collectés par les étudiants de Bernard Chevalier est proprement énorme. Je me suis contenté de les observer dans les 15 ou 20 années qui ont suivi l’expédition du Prince de Galles en Berry et la défaite de Poitiers. Pour la chronologie des événements et l’analyse du phénomène dans sa globalité, beaucoup de confrères ont écrit des lignes nettement plus documentées que ce qui suit, qui n’a pas la prétention d’être exhaustif
L’irruption de la guerre dans le quotidien des Berrichons n’a pas plongé la région dans l’anarchie, juste dans des désordres géographiquement limités. On le sait: les lettres de rémissions ne portent pas la parole des victimes, mais celle des bourreaux, et des populations ont subi des atrocités sur lesquelles la justice est muette. Néanmoins, on relève une fréquence d’actes dans des secteurs géographiques bien particuliers qui témoignent d’une forte activités des bandes qui ont sévit au sud de la Loire.
Globalement, le Berry a moins souffert que la Touraine, la vallée de la Loire, l’Orléannais et la Beauce. Les troupes étrangères, ou placées sous la bannière anglaise ont pris Aubigny-sur-Nère, la basse-cour du château de Valençay, Saint-Chartier, Châteaumeillant, Levroux, Le Blanc... De là sont organisées des expéditions de prédation, mais aussi du commerce régulier. On voit les Anglais voler du bétail, des chevaux, rançonner des habitants mais aussi vendre du cuir à Aubigny. Certains capitaines prennent la place des seigneurs légitimes, tel le célèbre Arnaud de Cervolles qui se déclare seigneur de Châteaumeillant. On suppose donc qu’ils prélèvent les droits et taxes, ce qui ne doit pas changer grand chose pour les habitants des fiefs soumis à l’impôt. Les dégâts qu’ils provoquent sont difficiles à évaluer. Léré est brûlé, les archives de l’abbaye de Massay détruites, la champagne berrichonne est dévastée. Les habitants de Dun-le-Roi se réfugient dans le château, trois moulins sur l’Yèvre sont détruits devant Bourges, qui entreprend des travaux de renforcement de ses défenses: les habitants obtiennent en 1359 le droit de pêche dans les fossés nouvellement creusés. En prévision des attaques, le prévôts de Concressault évalue ses forces et passe ses hommes en revue. Jean Rigaud, équipé en tenue de guerre, revient de ce rassemblement et se fait moquer de lui par un voisin.
La noblesse locale n’a pas d’attitude univoque. Certains féodaux meurent, ou sont fait prisonniers à Poitiers. Des chevaliers obéissent au roi de France et prélèvent des vivres dans la campagne pour approvisionner les citadelles Valois avec une zèle qui provoque des désordres: le chevalier Guillaume des Barres est attaqué près de Sancoins par une troupe de paysans mécontents (4 sont tués) et capture un convoi de vivres et de vêtements qu’il croyait destiné aux Anglais, ce qui provoque des plaintes devant la justice. D’autres servent l’Anglais, lui procurent vivres et assistance stratégique, commettent des crimes de guerre en son nom. Leurs biens sont confisqués par le roi de France qui distribue les bénéfices à ses chevaliers fidèles, en récompense de leur soutien.
On sait peu de choses sur la paysannerie à cette époque. Elle subit, et agit rarement, sauf pour venger des crimes ou son déshonneur. Un homme tue sa femme pour l’avoir quitté trois fois pour aller vivre avec les Bretons de Buzençais.  La noyade est, si j’ose dire, à la mode. On trouve quelques cas d’Anglais ou de pillards apparentés noyés dans des étangs ou des rivières, en représailles. Elle doit payer les rançons des seigneurs otages depuis le désastre de Poitiers, supporter le pillage de ses troupeaux,  le viol de ses filles et les rafles de supplétifs. Plusieurs jeunes, ou anciens jeunes gens racontent avoir été forcés de suivre les Anglais, routiers ou Bretons pour les servir et les accompagner dans leurs raids, parfois jusqu’en Bretagne ou en Auvergne. Il est difficile de savoir si les déclarants sont sincères ou s’ils ont suivi de leur plein gré les hommes d’armes, attirés par un mode de vie pour le moins aventureux. L’ennemi n’est pas seul à recruter des auxiliaires locaux: les Français pratiquent aussi ces enrôlements douteux.
Si on ajoute à toutes ces misères les crimes ordinaires, la circulation de fausse monnaie et les cas de peste, on admettra que la vie en Berry dans les années 1356-1370 nécessitait un certain courage au quotidien.

 

Les pays de la Loire moyenne dans le Trésor des chartes - Berry, Blésois, Chartrain, Orléanais, Touraine - 1350-1502, (Archives nationales, JJ 80-235), édité par Bernard Chevalier, 1993

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 09:54

cavalier-chapiteau

 

Lors de mes recherches aux Archives départementales du Cher et de la Creuse, il m’est arrivé de lire des actes souscrits à l’occasion de la croisade contre les Albigeois. Les sources sont de deux natures: narratives, à partir des chroniques monastiques et diplomatiques, à travers les dons accordés aux établissements religieux par les nobles déclarant leur intention de s’associer à ce grand événement.
S’il est inutile de résumer ce long conflit, sur lequel une foule d’auteurs ont publié, il me semble intéressant de rappeler quelques unes des coutumes qui accompagnaient le départ des Berrichons et de leurs voisins sur les routes de la Croisade, aussi bien en Albigeois que vers l’Orient.
Trois conditions matérielles doivent être réunies pour qu’un seigneur entreprenne son voyage:
- il lui faut réunir les fonds nécessaires à la couverture de ses dépenses;
- son fief doit être confié à une personne en mesure de se substituer à son autorité seigneuriale;
- il doit désigner un héritier pour lui succéder en cas de décès.
Spirituellement, le croisé s’assure que les communautés religieuses influentes diront des prières pour son salut. Les dons aux monastères et églises s’ajoutent aux frais de route.
Ces frais peuvent être multiples et augmentent avec la distance: nourriture, hébergement, maréchalerie, achat de chevaux, mulets ou ânes, remplacement d’équipements perdus et le pire, la rançon en cas de capture. Le revenu de l’impôt exceptionnel pour le départ en croisade étant insuffisant, beaucoup de seigneurs vendent des terres ou hypothèques des biens. Tous ont espoir de se rembourser sur d’hypothétiques butins.
Un seigneur, un vassal de confiance, un officier seigneurial, un parent proche et parfois sa propre épouse tiendront les terres en ordre, rendront la justice et expédieront l’ordinaire jusqu’au retour du croisé. Son fils aîné, un neveu ou un parent proche prendra sa succession en cas de malheur.
La décision de se croiser engage presque toute la société qui gravite autour de celui qui va partir, ce qui explique la relative abondance de mentions dans la documentation médiévale.
Deux chroniques régionales, au moins, font écho à des départs vers le Languedoc, celle de l’abbaye de Déols et celle de Vierzon.
Dans les archives consultées, plusieurs abbayes sont concernées par des dons seigneuriaux: Déols, Vierzon, Chalivoy et Bonlieu, dans la Creuse. Un seigneur de Vierzon dote 38 églises à l’occasion de son engagement.
Le sommet de la pyramide féodale régionale est impliqué dans cette croisade. Les seigneurs de Déols, Issoudun, Vierzon, Sancerre, Bourbon, Mehun participent à la guerre, de même que, plus au sud, un vicomte d’Aubusson. Ces personnages ne se déplaçant jamais seul, il faut ajouter un nombre indéterminé de combattants dans leur suite. A titre individuel, peu de petits chevaliers s’engagent, mais il n’est pas du tout  certain que les archives soient complètes. Je n’ai relevé le départ, ou l’intention de prendre la croix que du seigneur d’Epignol, vers Sancerre, celui de Mérinchal, aux sources du Cher, et un officier de l’entourage des Déols.
Comme conséquence directe du conflit, Guy Devailly nous apprend, dans sa thèse (p.375), que le seigneur d’Issoudun est mort à cette occasion.

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 10:13

Hérisson

 

Cet épisode de l’histoire régionale n’est connu que par une très brève mention au bas d’une charte (n°108) recopiée dans le cartulaire de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges. L’acte est daté du mois où Raoul prit le castrum d’Hérisson. Si l’année n’est pas explicitement précisée, plusieurs indices temporels permettent de situer l’événement au milieu du XIe siècle.
Aucune difficulté pour identifier le Raoul cité dans le texte: contrairement à une idée reçue, largement propagée par la littérature et certains historiens peu regardants sur les anachronismes, plus on est élevé dans la hiérarchie féodale plus le nom est bref. Pour les contemporains, le nom de Raoul, sans mention de surnomination toponymique, ne peut désigner qu’un seul seigneur, Raoul, seigneur de Déols. Dans ce Berry féodal dont une grande partie de l’histoire nous échappe, la prise du château d’Hérisson dut avoir un retentissement considérable. Tout un pan de l’organisation géopolitique régionale venait d’être bousculé.
Voyons le contexte. Dans cet immense Berry du Sud, qui couvre un territoire s’étendant du Poitou à la Bourgogne et l’Auvergne, deux seigneuries principales construisent petit à petit leur espace politique. A l’ouest, les Déols, qui s’étendent lentement vers l’est et la vallée du Cher, et à l’est Bourbon, fixé sur un périmètre massif délimité par des accidents du relief ou des massifs forestiers. La frontière occidentale de cette ancienne seigneurie est matérialisée dans le paysage par une vaste barre rocheuse qui surplombe la rive droite du Cher sur plusieurs dizaines de kilomètres, percée par endroits par des vallées étroites qui sont les seuls axes de circulation pratiques entre la vallée du Cher et le cœur du domaine bourbonnais. Une de ces entrées, la vallée de l’Aumance, est verrouillée par une forteresse, Hérisson, tenue par un viguier de Bourbon, ce qui présente l’avantage de ne pas confier la place à un vassal, toujours susceptible de félonie.
C’est cette place forte qui tombe aux mains des berrichons pour quelques jours, mois ou années. Vers 1070, un nouveau viguier est en place, preuve que Bourbon est rentré en possession de son bien par rachat, négociation ou reconquête.
Cet épisode est difficile à analyser. Hérisson a t-il été pris par le seigneur de Châteauroux suite à un plan de conquête planifié, ou suite à un coup de main surprise à l’issue d’une chevauchée dans ces immenses landes peu peuplées qui occupaient le paysage en ce début d’ère féodale?
Du castrum primitif d’Hérisson il ne reste aucun vestige, la fortification de terre et de bois ayant été remplacée aux siècles suivants par une belle forteresse dont les ruines donnent à cette partie de la vallée un charme irrésistible. Un bel endroit à découvrir autant pour la densité de son passé que pour l’esthétique générale du lieu.

 


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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 10:24

ASorel1

 

J'avais été, en 2006, invité par la Société Française de l'Histoire de la Médecine à présenter, lors de son colloque à Bourges, un court exposé sur les établissements hospitaliers en Berry à la période médiévale. Les participants avaient eu le privilège, lors de cette journée, d'assister à une remarquable présentation du docteur Philippe Charlier, coordinateur de l'équipe pluri-disciplinaire qui résolut, en 2005, l'énigme de la mort d'Agnès Sorelle. Voici un compte-rendu de son article:
Qui a tué la Dame de Beauté? Etude scientifique des restes d'Agnès Sorel (1422-1450), Histoire des Sciences Médicales, tome XL - n°3 - 2006
complété de quelques ajouts personnels.

 

Asorel2

 

Agnes Sorel ou Seurelle, comme on le voit gravé dans son épitaphe, n'est pas à proprement parler une figure du Moyen-âge berrichon. Celle qui porte sur son tombeau le titre de dame de beauté et de coquetterie n'a fait que résider dans la région en compagnie du roi Charles VII, dont elle était la maîtresse "officielle" mais son nom demeure attaché à des lieux prestigieux comme Mehun-sur-Yèvre, Bourges et Bois-Sir-Amé.
A l'occasion du retour de son monument funéraire et de ses cendres dans la collégiale Saint-Ours de Loches, en Touraine, une équipe de chercheur a pu se pencher sur les restes de cette femme morte dans des conditions mystérieuses en 1449, présentant les symptômes d'un empoisonnement. Après avoir confirmé l'identité du cadavre au moyen d'une reconstruction faciale informatique combinant les traits gravés dans le marbre blanc de son gisant et une portion de crâne retrouvée dans l'urne funéraire contenue dans la tombe, l'attention des chercheurs s'est portée sur un faisceau d'indices conduisant à un surdosage d'un traitement à base de fougère et de mercure destinée à combattre un des fléaux de l'époque, le vers intestinal.
L'une des plus belles femmes de son temps était, même si cela peut chagriner les esthètes, comme tous ses contemporains, habitée par toute une faune parasitaire dont l'ascaris était l'hôte privilégié, ce qui n'était pas sans conséquences sur son quotidien, y compris lors de ses transports amoureux avec son royal amant. Pour remédier à ces désagréments, et le lecteur comprendra ma discrétion naturelle à taire les détails, Agnès Sorel suivait un traitement à partir de fougère mâle, destinée à détendre les viscères, et de mercure, prévu pour en déloger les parasites. Les potards de l'époque dosaient au plus juste le remède, afin d'éviter les accidents. Pourtant, quelques jours avant son trépas, la belle Agnès fut prise, d'après une chronique de l'époque, de terribles douleurs abdominales, ce qu'on appelait alors un "flux de ventre". Son haleine se mit à empester si fort qu'elle comprit que la mort serait la seule issue à ses tourments. Après trois jours de souffrances, la belle s'éteignit, avec tous les symptômes d'un empoisonnement aigu.
Les recherches du docteur Charlier et de ses confrères ont mis en lumière la présence de 10.000 à 100.000 fois plus élevée que nécessaire de mercure dans l'organisme de l'infortunée jeune femme. Ce surdosage, peut-être accidentel, ressemble beaucoup aux conséquences d'un geste criminel.
Il ne reste d'elle aujourd'hui que quelques fragments de sa dépouille qui reposent sous un des plus beaux gisants de marbre blanc de toute la région Centre, un monument à ne surtout pas manquer si vous êtes de passage à Loches....

 

ASorel3

 

 

 

Śmierć Agnes Sorel

Der Tod der Agnes Sorel

La morte di Agnes Sorel

the death of Agnes Sorel

La muerte de Agnes Sorel

A morte de Agnes Sorel

 
 
 
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 14:55

gisant-Gargilesse-visage

 

Dans un état de conservation remarquable, le gisant du chevalier Guillaume de Naillac est une pièce incontournable du riche patrimoine du sud du département de l’Indre. Conservée dans l’église de Gargilesse, cette dalle funéraire a été réalisée dans la seconde moitié du XIIIe siècle pour sceller la tombe du seigneur du lieu, ancien croisé, décédé en 1266.

 

gisant-Gargilesse-buste

Guillaume n’est pas inconnu de l’histoire régionale. Fils du chevalier Hugues de Naillac, lui même seigneur de Gargilesse, il se reconnaît vassal de Guillaume de Chauvigny, seigneur de Châteauroux en 1229. En 1254, accompagnant son seigneur, il participe à la chevauchée du comte d’Anjou en Hainaut. Ses armes - deux léopards d’argent sur fond d’azur - sont décrites dans l’armorial Bigot. En 1261, avec Pierre, son fils, lui aussi chevalier, il se déclare homme-lige de l’archevêque de Bourges, qui avait des droits sur Gargilesse. D’autres actes mineurs conservés aux archives départementales de l’Indre et du Cher, ont été souscrits à son initiative, ou le citent.
Membre d’une petite féodalité rurale solidement implantée dans le sud du Berry, Guillaume de Naillac a voulu laisser de son séjour terrestre l’image d’un noble de son temps, les pieds posés sur un chien, tête nue et longue chevelure, en robe de chevalier ceinte et fermée par une grande fibule. Son épée, au pommeau crucifère et à la poignée de corde, repose à son coté gauche, dans son fourreau. Une aumônière pend à sa ceinture.

 

gisant-Gargilesse-epee

L’épitaphe en latin n’a pas été sculptée à plat, mais verticalement sur le rebord extérieur de la dalle. Le lapicide, même s’il exécute un travail soigné, fait une faute dans la titulature de Guillaume en le qualifiant de “milles”, ce qui peut indiquer qu’il a obéit à une commande orale ou que celui qui lui a dessiné le modèle n’avait qu’une connaissance approximative du latin.

 

gisant-Gargilesse-epitaphe

Le gisant de Guillaume de Naillac, peut-être la plus belle représentation chevaleresque de tout le Berry, a connu une étrange postérité, en entrant, comme nous l’avions déjà évoqué dans un article précédent, dans les traditions populaires locales. Surnommé saint Greluchon, l’image de l’ancien seigneur du lieu, se vit, à une époque où la médecine n’était encore que balbutiante, reconnaître des pouvoirs de fertilité. Les dames venaient, d’après la légende, pratiquer des rites dont je laisse le détail à l’imagination des lecteurs et lectrices, dans l’espoir de connaître un jour les joies de la maternité. Plus sobrement, les visiteurs jettent aujourd’hui de l’argent au pied de la statue, peut-être animés par les mêmes espoirs?
Toute proche des sites de Crozant, de Cluis et de Saint-Marcel, l’église de Gargilesse doit impérativement figurer sur un programme de découverte du patrimoine médiéval de la région.

 

gisant-Gargilesse-chien

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 10:30

 

Châteaumeillant-motte

 

Les sources narratives régionales conservent la très brève mention d’un événement majeur qui bouleversa le sud du Berry au milieu du XIIe siècle: la guerre entre le roi de France Louis VII et le seigneur Ebbe de Déols. 

Les circonstances de ce conflit doivent être brièvement rappelées. La seigneurie de Déols était vassale du duché d’Aquitaine. Mariée avec le roi de France, sa duchesse, Aliénore d’Aquitaine, se sépara de son mari pour se marier au roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt. Respectant la logique féodale, Ebbe de Déols fit allégeance au roi Henri, son nouveau seigneur. L’étendue considérable du fief de Déols mis donc directement sous l’autorité vassalique du souverain anglais toute la partie du Berry occupée par l’essentiel de l’actuel département de l’Indre, le quart sud-ouest du département du Cher, plus quelques cantons de la Creuse et terroirs isolés de l’Allier, et mis au contact direct le domaine capétien de Bourges avec les terres relevant désormais de l’autorité Plantagenêt.

La guerre, dans ces circonstances, devint inévitable.

On ne connaît pas l’origine exacte du conflit -tentative de soumission d’Ebbes de Déols par le roi Louis VII ou expédition punitive au cœur du domaine castelroussin destinée à établir par la force la volonté capétienne sur cette partie du territoire? - mais on est bien renseigné, grâce à la chronique des moines de l’abbaye  de Déols, sur les objectifs visés par les belligérants. Le roi de France détruisit par le feu les forteresses de la Châtre et de Châteaumeillant, tandis qu’Ebbe faisait de même à Cluis, allié au roi de France. Louis VII remporta la victoire en incendiant la plus grande partie du château de Déols.

Intéressons nous plus particulièrement au cas de la forteresse de Châteaumeillant, éponyme partiel du nom encore en usage aujourd’hui. Petite mais très vieille cité située sur un axe économique et stratégique majeur, l’ancien Mediolano ne connaît pas de solution de continuité depuis l’époque romaine. Cité par Grégoire de Tours pour y avoir vu se livrer plusieurs batailles à l’époque mérovingienne, le Mediolanum de l’antiquité tardive conserve pendant tout le haut Moyen-âge une activité en rapport avec la voie qui le traverse. Cette position conduit les seigneurs de Déols à y accorder une attention particulière, en ne la confiant pas à un vassal, mais en y plaçant une de ses branches cadettes qui survit plusieurs décennies après la disparition de la souche seigneuriale primitive dans son fief historique de Châteauroux..

Déjà fortifiée à l’époque gauloise, la petite cité de Châteaumeillant est dotée d’un château de bois construit sur une motte castrale de grande taille dont les vestiges sont apparents -quoique malaisés à photographier, ce qui explique la piètre qualité de l’illustration fournie ci dessus- au centre de la ville. C’est ce château, comme ses homologues de la Châtre, Cluis, et Déols, qui brûle -ce qui est confirmé par des sondages sur le site- en 1152. Vieux d’au moins un siècle, ces fortins n’étaient, de toute façon, plus vraiment adaptés aux impératifs architecturaux de ce XIIe siècle qui voit se multiplier les constructions de pierre.

 

Châteaumeillant

Le raid militaire du roi de France eut un effet dynamisant sur les équipements militaires régionaux car, sitôt éteints les brasiers ayant consumé ses anciennes tours de bois, Ebbe de Déols fit élever, en bordure de plateau, à quelques minutes de la motte castrale, une nouvelle forteresse incomparablement plus solide que l’ancien fortin de bois. Le nouveau château de Châteaumeillant a connu avec le temps beaucoup de modifications et d’amenuisement de sa structure défensive, mais on distingue encore aujourd’hui une poterne portant les traces d’un ancien pont-levis et des élévations de murailles qui démontrent l’importance militaire de la place. La visite de l’édifice est restreinte par son actuel fonction de caserne de la Gendarmerie nationale, ce qui empêche d’explorer plus avant les lieux.

Notons que toutes les autres places-fortes occupant une fonction stratégique majeure dans le dispositif défensif des fiefs de Déols abandonnèrent à la même époque le bois au profit de la pierre (le Châtelet-en-Berry, la Châtre, Culan, pour n’en citer que quelques unes). Les incendies allumés par les osts royaux ou seigneuriaux au sommet des vieilles mottes n’ont fait qu’accélérer un inévitable processus de modernisation des équipements militaires berrichons.

 

Châteaumeillant-poterne

 

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 10:17

philippe-1

A la fin du XIe siècle, le Berry, comme d’autres espaces du royaume de France, était plongé dans un état de semi-autonomie. La présence royale, bien que géographiquement proche en Orléanais, ne se manifestait plus autrement que par des raids armés punitifs, destinés à ramener à la raison certains seigneurs belliqueux. Après avoir ferraillé quelque temps dans les campagnes, incendié des châteaux et extorqué la contrition publique de rares féodaux contraints par les armes à la soumission, le souverain repartait sans avoir sensiblement modifié la situation sur le terrain. Même si cette politique “de la canonnière” reste efficiente jusqu’à Philippe Auguste, un de ses ancêtres, Philippe Ier, su saisir plusieurs occasions pour rapprocher le Berry du pouvoir capétien. L’évolution la plus connue est l’acquisition par la royauté, à la fin du XIe, du domaine vicomtal de Bourges et de Dun. Vieil héritage des temps carolingiens, les possessions du dernier vicomte de Bourges, Eudes Arpin, sont difficiles à évaluer avec précision. Guy Devailly admet que la ville de Dun, bientôt désignée sous la dénomination de Dun-le-Roi, faisait partie des propriétés mises en vente par le vicomte Eudes afin d’assurer ses frais de départ en croisade et, probablement, de réinstallation en Terre Sainte. Philippe Ier se saisit de l’occasion et ajouta à son domaine privé un bien de grande valeur spirituelle et stratégique. Siège d’un pouvoir archiépiscopal qui s’étendait, au moins en théorie, jusqu’aux Pyrénées, Bourges était aussi le cœur d’une région dominée par une petite féodalité aux attitudes princières mais totalement désunie, incapable de concurrencer le pouvoir capétien dans son entreprise d’expansion au sud de la vallée de la Loire. A part quelques crises ponctuelles d’essence plus criminelle que féodale, les successeurs de Philippe Ier n’eurent que peu de problèmes avec la chevalerie régionale. Plus symbolique et moins connue est cette réception organisée par le roi Philippe dans son palais parisien à l’occasion de la restitution des biens du prieuré de la Chapelaude à l’abbaye royale de Saint-Denis-en-France, datée de 1068. Convaincu par les arguments de la réforme grégorienne, un chevalier de la haute vallée du Cher, Jean de Saint-Caprais, craignant pour le salut de son âme, décida de rendre à Saint-Denis des terres qu’il possédait qui avaient naguère appartenues aux moines d’Île-de-France. Le très ancien prieuré de la Chapelaude, abandonné à la fin de la période carolingienne, était sur le point de renaître mais il fallait tout d’abord que l’acte de restitution des terres spoliées soit avalisé par la hiérarchie féodale souveraine dans la région de la Chapelaude. Les deux suzerains de Jean de Saint-Caprais, Humbaud d’Huriel et Archambaud de Bourbon, confirmèrent l’acte de leur vassal et entreprirent un long voyage pour Paris afin de remettre solennellement à l’abbé de Saint-Denis la charte scellant le renouveau de son ancien prieuré en Berry du Sud. Les deux chevaliers furent, arrivés sur place, les témoins et acteurs d’une cérémonie somptueuse organisée non pas dans l’abbatiale de Saint-Denis mais dans le palais royal où, en présence de Philippe Ier en personne et sous le regard d’ ”une multitude de personnes nobles, tant évêques, qu’abbés, que comtes” -selon l’avœu même d’Humbaud d’Huriel, visiblement impressionné par la pompe royale déployée pour marquer l’ événement. Cette intervention directe du roi dans les affaires temporelles d’une abbaye, fût-elle royale, montre l’intérêt qu’avait le pouvoir capétien à s’affirmer et à se faire reconnaître d’une chevalerie rurale et lointaine, presque étrangère -la langue d’Oc était couramment en usage en Berry du Sud à cette époque - comme son seul souverain. De symbolique en 1068, l’autorité royale sur le Berry devint effective trois décennies plus tard avec l’achat des terres du vicomte Eudes Arpin.

philippe2

Gisant du roi Philippe Ier - abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire


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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 10:19

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Il reste pour nous autres historiens bien des forteresses à prendre et bien des batailles à gagner à en juger par la désarmante habitude qu’ont certains de nos contemporains à, tels de mauvais écoliers n’apprenant jamais leurs leçons, copier des bêtises par dessus le coude de leur voisin.

Mes lecteurs fidèles me pardonneront cet accès de mauvaise humeur matinal, mais je viens d’aller me “promener” sur le web autour de Charenton et de son histoire et j’en reviens avec l’impression cafardeuse que mes recherches demeurent, malgré vingt années de publications, de conférences publiques et l’existence de ce blog, illisibles ou transparentes aux yeux des professionnels de la Culture.

En  cause, cette incompréhensible série de notices dont les auteurs puisent leurs informations dans des sources qu’ils ne prennent pas la peine de vérifier, pratique déjà classique dans l’édition traditionnelle, mais qui prend une dimension nouvelle avec la multiplication des liens accessibles par internet.

Qu’il me soit donc permis d’ouvrir pour la xième fois le dossier de la seigneurie de Charenton et de rappeler quelques points fondamentaux qui s’appuient sur plus de deux siècles de documentation.

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La numérotation des seigneurs de Charenton

Il s’agit d’un anachronisme. La société féodale n’a jamais numéroté ses élites. Il s’agit de plus d’un contresens. Tous les seigneurs de Charenton sont nommés Ebe, comme leurs voisins et alliés de Bourbon sont connus par le nom Archambaud. Rien ne doit distinguer un père de son fils, ce qui est une manière de pérenniser ces micro-dynasties locales. Donner des numéros aux Charenton aurait été à l’opposé des usages du temps. Comme nous le soupçonnons pour Bourbon, où la généalogie des Archambaud suit un ordre de primogéniture suspect tellement il est parfait, les Charenton ont peut-être déplacé le nom de leurs héritiers sur la personne de leurs fils cadets en cas de mort de l’aîné. Ainsi, un Ebe succédait à un autre Ebe, sans garantie qu’il s’agisse à l’origine  de son nom de baptême.


Les Charenton ne sont pas des cadets de la famille de Déols, ni leurs vassaux

Observant au XIXe siècle que le nom Ebe était un nom rare, les anciens érudits ont proposé un rapprochement avec la famille de Déols. Dans cette dynastie, les seigneurs se nomment Raoul, Ebbe ou Eudes, selon leur ordre de naissance. Un Ebbe de Déols signifie que son frère aîné Raoul, auquel était destinée la succession de leur père, est décédé. C’est le survivant le mieux placé de la fratrie qui hérite donc du fief, et qui baptise lui même ses propres enfants Raoul, Ebbe et Eudes. Ce fonctionnement se transmet aux branches cadettes.

Nous n’en avons aucune trace à Charenton.

Par contre, une famille nivernaise, issue de la seigneurie de Champallement, franchit la Loire au XIe siècle et s’implante à la Guerche, puis à Charenton. Les seigneurs de Champallement se nomment Ebe de père en fils. Nos seigneurs de Charenton adoptent ce marqueur familial aisément reconnaissable.

Une fille d’un seigneur de Charenton se marie à la fin du XIIe siècle avec un seigneur de Déols. On peine à admettre qu’un mariage avec un si fort taux de consanguinité entre époux ait pu se conclure.

Les Charenton rendent hommage au comte de Nevers, au seigneur de Bourbon mais pas une seule fois au seigneur de Déols. Aucun acte n’exprime la moindre affinité politique entre les deux seigneuries. 

Au contraire, les Charenton fortifient le glacis occidental de leur domaine, c’est à dire la partie des terres qui font face à Déols, le long de la vallée du Cher. Le château de Montrond en est la plus belle et ultime illustration. Il n’y a pas de schéma comparable aux contacts avec le Nivernais et les domaines de Bourbon.

Inversement, Déols élève et entretient de grandes places-fortes (Châteaumeillant, le Châtelet-en-Berry) et chase des vassaux sur l’Arnon (Lignières, Culan, la Roche-Guillebaud) face à Bourbon et Charenton.

Difficile de reconnaître dans ces éléments concrets des signes de liens familiaux entre les deux maisons.


Les Charenton n’ont pas été pires que les autres

On stigmatise à l’envie les misères endurées par les moines du secteur lorsque l’un ou l’autre Ebe se déchaînait contre leurs intérêts.

Il serait plus utile de chercher qui n’a pas brutalisé de religieux!

Sancerre, Culan, Huriel, Bourbon, Sully...de quelque coté qu’on se tourne, partout les mêmes plaintes d’abbés et de frères molestés par une chevalerie brutale et probablement souvent fortement avinée.


Noirlac ne tire pas son nom de la noyade d’un Ebe

Jolie légende venue tout droit de la période romantique. On sait, par une tradition orale reproduite par les moines de Noirlac, qu’un jeune Ebe, fils et héritier naturel du seigneur de Charenton parti en Croisade, est décédé de manière accidentelle près de l’abbaye, où son épitaphe était encore lisible avant la Révolution. Endeuillés par cette tragédie, les gens de l’époque auraient nommé le lieu de la noyade du garçon le “Lac Noir”, devenu Noirlac. Cette étymologie est plus que suspecte. Le toponyme est probablement plus ancien que la fondation du monastère, et s’est substitué avec le temps, par facilité lexicale, au nom de la communauté: “Maison-Dieu (ou Hôtel-Dieu)-sur-Cher” en latin Domus Dei super Carum.


Cet argumentaire, qui n’a pour autre but que de dépoussiérer une question d’histoire locale sur laquelle pèse une paresse intellectuelle incompatible avec une communication historique de qualité, est extrait d’une de mes conférences, dédiée à la seigneurie de Charenton du XIe au XIIIe siècle et programmable selon les conditions habituelles.

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Published by Olivier Trotignon - dans politique-société civile
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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 10:56

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Voici un petit serpent de mer qui resurgit périodiquement lorsque, pendant mes conférences, je qualifie de berrichonnes les contrées que traversent aujourd’hui les limites départementales entre le Cher et l’Allier, si bien qu’il m’est arrivé de me faire reprendre par certains auditeurs courroucés que j’occulte l’identité bourbonnaise de leur terroir natal.

Une petite leçon de géographie historique n’est donc pas superflue. Le Bourbonnais existait bien comme territoire distinct du Berry par la fiscalité qui s’y pratiquait et par l’hommage que ses habitants devaient à la seigneurie de Bourbon, mais seulement à partir de la Guerre de 100 ans. Selon Marcel Marion, dans son Histoire du Berry et du Bourbonnais, la création du duché de Bourbonnais remonterait  à Louis, dit le Grand (1279-1342), devenu duc en 1327. Avant cette date, rien ne permet de distinguer la seigneurie de Bourbon de ses voisines du Berry du sud. Fondée dans les limites de l’ancien pagus biturige, Bourbon appartient au diocèse de Bourges qui épouse le territoire de l’ancienne cité gallo-romaine. Pendant les premiers siècles de la féodalité, alors que se multiplient les écrits  sur lesquels l’historien peut s’appuyer pour fonder ses observations, les Bourbons se désignent eux-même comme seigneurs du Berry.

La confusion naît de la division départementale de la période révolutionnaire. On considère alors que, globalement, les départements du Cher et de l’Indre sont berrichons et l’Allier Bourbonnais. Or, quand on regarde la situation dans le détail, il est manifeste que le Saint-Amandois (dans le Cher), ancien fief des Charenton, vassaux de Bourbon, est de tradition bourbonnaise et qu’il existe des enclaves berrichonnes dans l’Allier et dans la Creuse.

Tout se complique un peu plus lorsque sont crées les régions. L’Allier est aggloméré à l’Auvergne, qui était totalement distincte en tant qu’ancien pagus des Arvernes et évêché de Clermont, du Berry. On comprend que certains peinent à s’y retrouver.

Aujourd’hui, Berry et Bourbonnais sont deux identités distinctes par d’infimes singularités comme leurs coiffes traditionnelles, leurs cornemuses, leurs races de poules et d’ânes et, m’a-t-on dit une fois, par le tempérament de leurs habitantes (je laisse à mon interlocuteur d’alors la responsabilité de ce dernier jugement). Pour la période médiévale, c’est la chronologie qui fait office de boussole.

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