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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 17:27

l'Ombrée

 

Sis au lieu-dit l’Ombrée, sur la commune d’Orval, se trouve un domaine qui ne manque pas de caractère. A à peine quelques dizaines de mètres du cours de la rivière s’élèvent les bâtiments de ce qui fut en son temps une grange de l’abbaye cistercienne de Noirlac.. L’originalité du site tient à sa grande proximité avec l’abbaye -tout au plus un kilomètre- et la complexité de son accès: alors que Noirlac a été fondée sur la rive droite de la rivière, son domaine de l’Ombrée était établi sur la rive gauche, sur une autre paroisse, avec le Cher comme obstacle majeur aux communications.
Si la distance entre les deux sites n’a bien entendu jamais varié, il n’en est pas de même du cours du Cher. Plusieurs anciens méandres se distinguent dans les prés environnants, si bien qu’il est impossible de savoir à quel endroit se situait le gué ou le bac prévu pour la circulation des hommes et des marchandises.
Rappelons que ces granges étaient un des poumons économiques des abbayes cisterciennes rurales, qui devaient compter en grande partie sur le produit de leurs terres pour leur survie. Les moines de Noirlac craignaient tellement la concurrence d’autres monastères de leur Ordre qu’ils réussirent à imposer, vers 1188, dans la charte de fondation du monastère féminin voisin de Bussière, l’interdiction pour les moniales de fonder leurs propres granges à moins de deux lieues de celles de Noirlac

 

 248px-Antipub.svg Les publicités ridicules qui encadrent cette page me sont imposées par l'hébergeur Overblog. Je suis désolé que de telles imbécilités soient visibles en marge de mon travail.

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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 20:07

Thaumiers-vendangeurs

 

Souvent représentées sur les enluminures et calendriers médiévaux, les scènes de vendanges ont aussi inspiré les sculpteurs romans. Au sud de Dun-sur-Auron, dans le Cher, sur l'abside de l'église de Thaumiers, est visible sur un chapiteau un résumé de cette pratique essentielle à l'économie rurale, mais aussi à la liturgie.
Le sens de lecture est identique à celui de l'écriture.

 

Thaumiers-vendange

 

A gauche, un personnage cueille le raisin recueilli dans un panier. Malgré la faiblesse des performances de l'appareil avec lequel j'ai pris ces clichés, on observe la trame du panier, en osier, saule ou écorce de châtaignier.
Au centre, deux hommes soulèvent un cuveau cerclé, garantissant une moindre perte de jus de raisin pendant le transport vers la cuve à presser. Deux lumières ont été ménagées pour passer une perche qui porte sur l'épaule des ouvriers.

 

Thaumiers-foulage

 

La dernière scène est, en toute logique, le foulage aux pieds de la récolte, dans une cuve cerclée, selon les principes de la tonnellerie.
Cette lecture appelle une ou deux remarques. D'abord, tous les gens qui ont un jour visité un musée de la vigne auront reconnu un outil qui servait encore dans les vignes il y a quelques décennies, le cuveau à porter les grappes, dont le modèle n'a pas du connaître d'évolution significative depuis l'époque romane, et peut-être même bien avant.
On voit aussi que les pressoirs, connus par quelques textes dont la charte de franchise de Vesdun, étaient encore d'une technologie trop complexe, et peut-être aussi trop onéreuse, pour des paroisses sans seigneur clairement identifié comme Thaumiers.

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 10:38

bœufs cathédrale

 

Voici une question d'économie rurale et d'aménagement de l'espace tout à fait intéressante qui est révélée par l'étude des lettres de rémission accordées à des Berrichons en cette fin de Moyen-âge. En environ un siècle et demi, ce sont plus de 20 affaires de meurtres qui sont absoutes par la justice royale, ayant toutes trait à des questions de divagation d'animaux ou de destruction de haies, donc de problèmes de clôtures. Considérant les lettres de rémission comme des procédures assez rares, on peut imaginer que les affaires de violences liées à la contention des animaux de ferme devaient être très courantes dans la région.
Le cas le plus fréquent concerne des bovins ayant dévasté des parcelles en culture, champs d'avoine, prés ou vignes dans le Sancerrois. Le cultivateur découvre les bêtes de son voisin sur ses terres et le tue par colère ou en représailles. Un fois, à Néret, vers la Châtre, ce sont les bœufs qui font les frais de l'accès de violence et c'est leur maître qui exerce une forme de talion contre le voisin meurtrier de ses animaux. Ailleurs, vers Dun-sur-Auron,c'est une chambrière qui est tuée par son maître pour avoir mal gardé ses chèvres.
Un autre motif de grogne est révélé par des problèmes de clôtures et de droits de passage, surtout vers la fin du XVe. Des paysans tuent parce que quelqu'un à détruit leur haie pour faire un chemin afin d'accéder à ses terres, ou arrache une clôture pour le même motif. Ces cas sont éclairés par des affaires plus anciennes, comme la violation d'une coutume du Berry consistant à laisser paître des bêtes dans des prés privés après la coupe du foin ou une querelle née autour d'un droit de pâture collective dans les prés du bord de l'Indre à Buzançais.
Il semble que la racine de toute cette violence soit à rechercher dans l'existence d'un micro-élevage rendu possible par des droits d'usage collectifs et un paysage ouvert. De simples laboureurs possèdent quelques têtes de bétail ou quelques chèvres mais n'ont pas les terres en rapport avec leur entretien. Les animaux se nourrissent au long de transhumances quotidiennes, sous la garde de bergers pas toujours attentifs ou sans gardiens du tout. Fatalement, ces bêtes visitent des parcelles cultivées avec soin, générant des conflits qui vont jusqu'à l'homicide. Il pourrait y avoir là une forme d'opposition entre des paysans propriétaires et une population de petits journaliers qu'on n'hésite pas à maltraiter, jusqu'au meurtre.
La fixation de haies bocagères, destinées autant à empêcher ses propres animaux de vagabonder que ceux des voisins de venir dévaster ses terres est-elle une réponse à cette anarchie pastorale? C'est possible, mais il faudrait des études beaucoup plus fines pour l'affirmer. Ce qui semble par contre établi, c'est que la plantation de haies et la pose de clôtures se fait de manière tout aussi anarchique, sans concertation pour les droits de passage, ce qui prive certains agriculteurs d'accès direct à leur bien et contribue à augmenter la violence qui règne dans le monde rural.

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 09:35

Souages2

 

J'ignore les raisons qui poussent certains de mes lecteurs à s'intéresser depuis quelques jours à la pierre à la dîme, ou aux dîmes, de l'ancien prieuré bénédictin de Souages, en Boischaut, mais le hasard fait que je suis retourné la voir il y a quelques semaines pour mesurer la profondeur et le diamètre des alvéoles. J'avais comme projet de comparer cet instrument de mesure à un similaire photographié cet été dans le hameau de Prompsat, dans le Puy-de-Dôme.
N'étant pas très savant (et c'est un euphémisme) dans les sciences mathématiques, j'ai confié les calculs à un de mes correspondants médiévistes, Olivier du Berry, que je remercie pour sa diligence à traduire mes mesures en données publiables.
Nous supposons la pierre de Souages médiévale, sans autre repère que sa fonction. La perception des dîmes est une pratique fiscale qui remonte à la période paléomédiévale et qui s'est poursuivie bien après que Christophe Colomb ait traversé l'Atlantique. Ce monument peut être de tradition médiévale et avoir été taillé à l'époque moderne pour remplacer un dispositif plus vétuste.
La pierre de Prompsat (il en existe une autre dans Chatel-Guyon que je n'ai pas pu retrouver, hélas) est un bloc de lave creusé, comme celui de Souages, de cinq alvéoles. Son plus grand bassin a été tronqué, ce qui ne gène pas son étude.

 

Prompsat1

 

Comment mesurer la capacité de chaque cuvette? Les calculs sont approximatifs et ne peuvent avoir la précision qu'on aurait sur un contenant produit par l'industrie. Les pierres sont irrégulières et les évidements ne sont pas exactement cylindriques. J'ai utilisé une règle, un mètre à ruban et un pied à coulisse mais l'idéal serait de disposer d'un bon sac de graines à oiseaux, dont on se sert en paléo-anthropologie pour connaître le volume cérébral de nos ancêtres. Même chose pour des bidons d'eau et un verre mesureur, mais l'enjeu ne mérite pas un tel investissement en temps.
A quoi servaient ces pierres aux dîmes? Finie la vision naïve de ces paysans traînant leurs récoltes aux pieds d'un groupe de moines les toisant d'un œil sévère tout en les dépouillant au nom de Dieu d'un dixième de leur travail: cela n'a aucun sens en terme économique. La manutention et le transport de tonnes et de tonnes de céréales auraient occupé la population pendant des semaines et demandé une organisation inimaginable. Les pierres aux dîmes ont du voir passer par leurs cuvettes non pas des grains et des liquides, mais des pots, paniers et boisseaux que les collecteurs de dîmes emportaient avec eux dans les fermes pour leurs ponctions fiscales. En cas de contestation sur la quantité enlevée, les plaignants et les clercs pouvaient s'appuyer sur ces pierres, étalons de mesure reconnus.
On supposera que les dîmes sur le vins se mesuraient en tonneaux.
Quels sont les points communs entre Souages et Prompsat? Dans les deux cas, il y a cinq cuvettes, mais de capacités différentes:
- Prompsat: 56,75; 17,5; 2,3; 1,75 et 0,75 l
- Souages: 18,8; 5; 1,6; 0,65 et 0,3 l

Il y a de vagues ressemblances: Prompsat n°2 et Souages n°1;  P. n°4 et S. n°2; P. n°5 et S. n°4.
Quand on divise le volume le plus fort par les volumes les plus faibles on obtient:
Prompsat: 3,24; 24,6; 32,4, 75,5
Souages: 3,75, 12, 28,5, 63
A part les différences du deuxième rang, les proportions sont aussi vaguement comparables, en se souvenant que nous ne sommes pas dans la même région. Il semble que le clergé soit parti d'une capacité de départ et ait calculé les contenances inférieures par division. Il faut en plus imaginer les difficultés techniques à passer de l'abstraction mathématique à un résultat concret. Peut importe d'ailleurs les différences dans le détail. Prêtres et moines décidaient de l'abaque de division sur des proportions traditionnelles que nul n'aurait songé à contester. Les frictions ne pouvaient porter que sur la conformité des récipients de mesure des taxes.

 

Prompsat2

 

Je sais que mes relevés n'ont pas beaucoup de valeur mais comme les études sur le sujet ne sont pas faciles à se procurer, je n'ai rien d'autre à vous offrir que ces quelques calculs.
Il serait intéressant de se pencher, à l'occasion, sur le cas de ces bénitiers très simples qu'on trouve parfois à l'extérieur des églises, pour vérifier qu'il s'agit bien de cuves à eau bénite, et pas d'étalons de dîme sur l'usage desquels on se serait mépris.

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 10:25

moulin-site

 

Le lecteur trouvera dans ces lignes un des rares contenus pour lesquels j’ai demandé un accord avant publication. Je suis en effet étranger à l’équipe qui a mené la campagne de fouille sur ce site et ne m’exprime qu’en tant qu’invité des gens qui ont fait le travail de recherche qui a inspiré ce billet. Les travaux ont été réalisés par des archéologues du Service Régional d’Archéologie de la région Centre assistés par une équipe de la Fédération Française d’Etudes et de Sports Sous-Marins, habilitée à plonger sur des chantiers de fouilles intégrant des parties inondées.
Pour des raisons de confidentialité qui ne m’a pas été demandée, et même si l’endroit n’est accessible à pied qu’en période de très basses eaux sur la rivière, j’ai préféré ne pas indiquer le lieu exact du chantier de fouilles. La visite du lieu ne présente d’ailleurs aucun intérêt visuel.

 

moulin-pieux

 

La découverte du gisement s’est faite à la suite d’une simple prospection à vue. En période estivale, il est facile de suivre un cours d’eau et de noter des anomalies dans le lit d’une rivière. Là, il s’agit clairement de pieux émergeant du fond du Cher et de grandes pierres semi-circulaires qui ont éveillé l’attention des chercheurs. Une ancienne pièce de bois mortaisée complétait cet ensemble artificiel, probablement dégagé au cours des dernières décennies qui ont vu le lit du Cher s’abaisser à cause de l’extraction de granulats pour le bâtiment et les travaux publics. On note au passage des traces d’usure sur les bois, taillés en pointe de crayon par l’abrasion due au glissement du sable vers l’aval, un peu comme si des castors s’étaient chargés du travail. Des restes de meules, marqués par un trou central, sont visibles sur place.

 

moulin-meule

 

Le moulin n’a pas été fouillé à proprement parler. Les pieux sont enfoncés dans le plancher de la rivière, stérile. Tout objet ayant pu être perdu par les ouvriers en charge du moulin est tombé dans l’eau et a été entraîné très en aval. Les archéologues ne s’attendent pas à trouver des céramiques, monnaies ou outils comme sur un site terrestre ou lacustre quand ils se penchent sur une rivière. Leur travail consiste à un balisage précis de la zone pour repérer la présence et l’orientation de tous les morceaux de bois anciens - c’est là que les plongeurs, équipés de leur matériel personnel de plusieurs dizaines de kilos, vont chercher les informations difficilement visibles à cause de la turbidité de l’eau.

 

moulin-poutre-mortaise

poutre avec mortaise

 

Des prélèvements sont faits sur les bois pour une datation soit au carbone 14 soit en dendrochronologie et sur les meules pour trouver, si l’information est disponible au moment de la fouille, la carrière dont elles proviennent (certaines, à l’époque antique, ont parcouru des distances considérables en dépit de leur poids). L’orientation des pieux peut révéler la présence d’un ancien bief prévu pour contrôler le débit de la rivière ou une modification du cours de celle ci. Dans le cas qui nous intéresse, les bois auraient donné des datations autour du XIe et XIIIe siècles.
Le constat général nous montre que nous sommes en présence d’une grosse minoterie, sans doute exploitée par un propriétaire riche, grosse seigneurie ou monastère. La situation d’un moulin sur une rivière comme le Cher a des avantages et surtout des inconvénients que seuls les volumes de grain traités peuvent compenser.
Les avantages sont la force et la permanence du courant. Même lors d’été très secs, le Cher a un débit minimum capable de faire tourner des meules.
Les inconvénients sont tout aussi évidents. Le Cher est une rivière à caractère torrentiel - un de mes voisins qui a longtemps vécu en Afrique du Nord le compare à un oued. Mon confrère médiéviste Olivier Troubat, membre de l’équipe de plongée qui a exploré un autre site à quelques kilomètres du moulin, a relevé des périodes d’embacles hivernales de plusieurs mois sur le Cher à la fin du Moyen-âge. Une forte crue ou la dérive de plaques de glace flottante de plusieurs centaines de kilos comme on en a vu pendant l’hiver 1984-85 étaient fatales pour un moulin fluvial. Seule une grosse entité économique avait la capacité de gérer les réparations ou la reconstruction d’une minoterie sur une grosse rivière. En règle générale, les petits cours d’eau, même les moins spectaculaires, étaient équipés pour faire de mouvoir des meules ou des pilons. Les machines tournaient avec moins de force, mais plus longtemps, que leurs homologues sur le Cher, la Loire ou la Creuse.

 

moulin-meule-ss-l'eau

meule sous l'eau

 

Mes correspondants archéologues ne m’ont pas invité avec des arrière-pensées de profit quelconque, mais je ne vous cacherai pas que, personnellement, j’ai l’espoir que ce billet puisse réveiller chez vous des souvenirs. Si vous pensez, lors d’une partie de pêche, d’une descente en canoë, ou d’une prospection à vue avoir observé des pièces de bois d’aspect artificiel dans le Cher ou une autre rivière de la région, il me semble intéressant de passer l’information aux services archéologiques régionaux ou départementaux, qui sont particulièrement mobilisés sur ce sujet.

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 10:11

Sagonne-tetu

 

Il arrive parfois qu’on remarque, sans y prêter plus d’attention, des marques récurrentes sur des monuments civils ou religieux médiévaux.
Visitant il y a peu le château de Sagonne, dans le sud-est du département du Cher, j’ai pris le temps de photographier trois figures visibles à hauteur d’homme sur les pierres de parement de son donjon daté du XIVe siècle. Disposées sans ordre précis dans les maçonneries, ces traces permettent de se faire une idée de l’organisation des grands chantiers qui se multiplient  en cette fin de période médiévale.
Les spécialistes ont depuis longtemps identifié ces marques comme étant celles, soit d’un tailleur de pierre, soit d’un atelier travaillant sous les ordres d’un maître, et destinées à assurer la comptabilité pour des gens le plus souvent illettrés.

 

Sagonne-chevron

 

Contrairement à un certain nombre d’ouvriers journaliers dont le travail se mesurait par le temps (carriers, charretiers, maçons, tuiliers...), des corps de métiers spécifiques ne pouvaient être rémunérés qu’à la pièce, le volume de leur production variant selon les conditions climatiques, la longueur du jour, l’abondance de la matière première et surtout le savoir-faire de l’artisan.
Dans le cas de poutres maîtresses, d’encadrements de portes ou de linteaux de cheminées, l’identification de la provenance était facile. Pour des pierres de qualité travaillées selon des moyens identiques par plusieurs équipes dans la même carrière et transportées en vrac jusque sur le chantier, l’inventaire des produits à l’arrivée nécessitait une “traçabilité” efficace et infalsifiable. C’est pourquoi on suppose que sur le chantier d’extraction même chacun possédait sa marque qu’il gravait sur les pierres de taille sitôt celle-ci finies, avant de les livrer à disposition des charretiers assurant leur transport.
L’examen des murs du donjon de Sagonne permet de supposer qu’au moins dans un premier temps (je ne sais pas à quoi ressemblent les parements dans la partie supérieure de la construction) trois équipes distinctes se sont vues confier la tâche de réaliser les belles pierres apparentes du château. L’une avait choisi le chevron, l’autre la lunule et la troisième cet original têtu tracé à la pointe sèche. Chacune de ces signatures est si différente de sa concurrente que cela excluait le risque qu’un ouvrier malhonnête ajoute un signe pour falsifier les comptes de son collègue. La somme des pierres livrées permettait de payer aux ateliers le prix exact de leur travail.

 

Sagonne-lunule

 

Notons bien que le château de Sagonne n’est pas une originalité en la matière et que cet usage est facile à retrouver dans une quantité d’anciennes construction. Cela donne un intérêt supplémentaire à la visite d’abbayes et de forteresses et il existe des spécialistes du sujet qui étudient de très près ces reliefs de l’artisanat médiéval.

 

Sagonne-donjon

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 08:02

deniers-Vierzon

 

Beaucoup d’entre vous auront sans doute l’occasion de passer par Bourges pendant les mois d’été, aussi dois-je sans tarder vous recommander une exposition de grande qualité, ouverte jusqu’à la fin du mois de septembre.
Le Musée du Berry présente en effet au public une partie de sa collection numismatique comme support de l’exposition “Pile et face! Monnaies et jetons sortent des réserves...”, privilégiant, ce qui est logique, les espèces monétaires produites et ayant circulé dans la région. Le Moyen-âge, très bien représenté, n’est pas la seule époque étudiée: les vitrines offrent un panorama numismatique allant d’un quart de statère biturige à un euro émis pour le Printemps de Bourges, mais c’est bien dans le monnayage féodal que se trouvent, à mes yeux, les plus belles pièces de l’exposition.
J’avais, il y a quelques mois, choisi d’écrire un billet sur les monnaies produites par la féodalité berrichonne tout en déplorant avoir peu d’illustrations à proposer au lecteur, tant certaines monnaies sont rares. L’exposition de Bourges a de quoi combler les plus exigeants. On y trouve entre autres une série de deniers locaux, certains faciles à trouver sur les bourses aux collections, comme les monnayages de Déols, d’autres tout à fait rarissimes comme ceux de Charenton et de Châteaumeillant, que je voyais pour la première fois. Des ensembles de deniers d’Issoudun, Vierzon, Nevers ou Saint-Aignan laissent imaginer le contenu d’une bourse à l’époque des Croisades.

 

denier-Charenton

denier de Charenton, fin XIIIe

 

Le haut Moyen-âge est illustré par d’autres émissions rares, comme ce denier mérovingien de Bourges, élément du trésor trouvé à Fontemeurant, entre Coust et Charenton, dans le Cher, ou encore des deniers carolingiens frappés à Bourges. Quelques beaux écus d’or de la fin de la période et de la Renaissance attirent aussi l’attention.
Pour ceux d’entre vous qui auraient un faible, comme moi, pour les monnaies gauloises, les principales productions régionales, bituriges et carnutes, mériteraient à elles seules la visite.
On appréciera donc la pertinence du choix des objets illustrant l’exposition. Il n’y a pas que des fleurs de coin, et mettre des pièces usées ou fragmentées est un bon reflet du contenu des médaillers des collections publiques et, j’imagine, privées. Dans les arguments qui mettent en valeur le thème, la disposition de loupes partout où la vue ordinaire ne suffit pas à découvrir l’objet, la présence de documents, instruments de changeurs et coins monétaires, un catalogue très bien illustré et la gratuité du musée.
Un bémol technique: le local où est montée l’exposition est une crypte de béton à laquelle le conditionnement de l’air donne un caractère légèrement oppressant et l’éclairage est parfois insuffisant. Une petite lampe de poche peut s’avérer utile pour permettre au numismate de profiter des détails.
Ces détails mis à part, c’est une très belle initiative qu’a prise là la conservation du musée et que nous saluons à juste titre!

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 09:12

pierre aux dîmes.jpg

 

Le problème de la mesure des volumes des denrées agricoles est un aspect souvent méconnu de la vie quotidienne au Moyen-âge. Loin de notre système métrique uniformisé, les anciennes populations du Berry avaient à leur disposition des unités de mesure locales qui faisaient référence dans les échanges du quotidien, qu'il s'agisse de vente, de don ou de taxation par l'autorité seigneuriale des marchandises en vrac.
Il semble que dans la majorité des cas ces mesures étaient calculées à partir de pierres calibrées disposées dans des lieux publics. La plupart d'entre elles a disparu, sans doute brisées ou réemployées, mais il pourrait être intéressant, quoique fastidieux, de mesurer et de comparer le volume de certaines cuvettes, parfois décrites sous forme de bases de croix ou de bénitiers primitifs, qu'on voit parfois à proximité des églises de la région. Le fait d'avoir plusieurs étalons de référence en Berry ne signifie pas qu'il y ait eu de grandes différences entre les seigneuries, mais exprime les besoins de chaque micro-région de se baser sur des outils de mesure de proximité, reconnus par tous les acteurs économiques du cru.
Voici, à titre documentaire, une liste de mesures que j'ai relevées lors de mes dépouillements de sources médiévales aux Archives départementales du Cher. Ce catalogue est loin d'être complet, n'ayant pas travaillé sur l'ouest de la région, mais peut donner une idée de la variété des situations observées à partir du XIIe siècle, un même lieu pouvant être servi par plusieurs mesures différentes.

mesure de Bourges
en usage à Marmagne- 1210

mesure de Sancerre
1264

mesure de Saint-Gondon
1227

mesure de la Chapelle-d'Angilon
1212

mesure de Montfaucon
en usage à Bercy- 1336

mesure de la Charité (sur-Loire)
en usage à Bercy- 1336

mesure d'Epineuil (le-Fleuriel)
en usage à Saulzais (le-Potier)- 1234

mesure de Saint-Amand (Montrond)
en usage à Saulzais, Colombiers, La Tourate- 1202 à 1343

mesure d'Hérisson
en usage à Vallon (en-Sully)- 1248

mesure de Châteauneuf (sur-Cher)
en usage à Chambon et Plassigny- 1243 à 1247

mesure de Saint-Désiré
lieu non identifié- 1320

mesure de la Roche-Guillebaud
en usage à Mesples- 1292

mesure de Blet
en usage à Chalivoy-Milon- 1194

mesure du Chatelet
en usage à Touchay- 1265 à 1287

mesure de Lignières
en usage à Noant (?)- 1205

mesure de Sainte-Sévère
en usage dans la seigneurie de Brosse- 1315

D'autres références pourront ultérieurement venir compléter cette liste qui, je le rappelle, n'a pas de prétention encyclopédique.


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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 09:48

coin-monétaire-2

 

J’ai eu dernièrement l’occasion de tenir en main un objet rare, bien que n’ayant probablement rien à voir avec l’histoire du Berry. Conservé dans lune vitrine du musée Saint Vic de Saint-amand-Montrond, dans le Cher, il m’a quand même semblé utile de prendre quelques notes le concernant.
Ce beau coin monétaire de fer est de provenance inconnue. Il est entré dans les collections publiques comme élément d’un legs fondateur du musée de Saint-Amand. Dans les années 30, un collectionneur, du nom d’Auclair, fit don à la municipalité d’une multitude de jolis objets, dont plusieurs médiévaux. Parmi les monnaies, coffrets, armes, pierres taillées et probablement bien d’autres choses se trouvait ce beau coin dormant, datable de la fin du Moyen-âge ou de la Renaissance. Le relief du coin est trop corrodé pour pouvoir recouper le dessin avec une monnaie recensée, mais il semble - simple avis - qu’il s’agisse d’un coin à jetons de commerce, comme de nombreuses villes en ont émis pour faciliter les transactions sur leurs foires et marchés.

 

coin-monétaire-1

 

Il est possible, mais la possibilité est égale pour toutes les autres régions, y compris en dehors des limites du royaume, que ce coin ait servi à battre localement des espèces.
On voit très bien la partie plus étroite qui était fixée dans un bloc de bois pour servir d’enclume. L’autre partie, qui faisait fonction de poinçon sur lequel venait frapper la masse du forgeron, est perdue.

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 08:11

deniers-Berry

 

Documentation peu spectaculaire et, reconnaissons le, d’un intérêt limité pour l’historien, les monnaies féodales sont rarement visibles dans les vitrines des musées locaux. Prisées par les collectionneurs, et atteignant parfois des prix sidérants sur internet, les frappes régionales sont un aspect méconnu de l’histoire de la région.
Voici quelques repères dans une discipline qui intéresse les historiens, archéologues et numismates.
Le droit de frapper monnaie était à l’origine un droit régalien. L’affaiblissement du pouvoir royal à la fin de l’époque carolingienne a, entre autres, provoqué une réduction du volume des pièces de monnaies émises sous l’autorité du souverain, donc une pénurie d’espèces, nuisible pour le commerce. Comme pour le droit d’élever des forteresses, des nobles sont passés outre les lois du royaume pour frapper leurs propres pièces d’argent ou de billon (une formule mélangeant du cuivre à l’argent), qu’on désigne sous le nom de deniers. On ne confondra pas les deniers médiévaux, petites rondelles de métal de faible épaisseur, avec les deniers romains, plus épais et donc plus lourds.
Si quelques pièces ont bien été battues à Bourges au nom du roi Lothaire et de ses successeurs avant l’an 1000, c’est surtout lors du premier âge féodal qu’on trouve la plus grande variété de deniers. Les plus nombreux ont été frappés à Déols et Issoudun entre 1012 et 1270. On compte parmi eux plusieurs frappes ordonnées par les rois Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion. Du même groupe politique, la seigneurie de Châteaumeillant, cadette de Déols, a produit quelques émissions. Les comtés de Gien et de Sancerre ont eu eux aussi leurs monnaies, tout comme, dans la moitié nord de la région les seigneuries de Mehun-sur-Yèvre, Celles-sur-Cher, Saint-Aignan et Vierzon.
Dans le sud du Berry, quelques frappes ont eu lieu à Charenton et Huriel. Ces monnaies sont si rares que, depuis plus de trente ans que je travaille sur ce secteur, je n’ai pas le souvenir d’en avoir vues ou touchées.
Un cas à part: la seigneurie de Bourbon qui, quoique deuxième force politique régionale après Déols et ses branches cadettes, a très peu émis de pièces d’argent. Quelques modèles sont répertoriés à Bourbon même et à Montluçon, mais on est loin de la variété des espèces frappées dans l’espace déolois. A cette situation une explication toute simple: le prieuré clunisien de Souvigny avait son propre atelier monétaire et sa production suffisait à couvrir les besoins locaux en numéraire. Un chapiteau de la priorale illustre cette activité.
Pour qui voudrait approfondir le sujet, il existe, dans les publications des sociétés historiques régionales, des bulletins numismatiques. Plus facile à trouver à partir d’un moteur de recherche ordinaire, quelques très belles pièces sont visibles sur des sites de vente en ligne. Les photographies, sous licence, ne sont pas reproductibles mais une copie à usage privé peut permettre de se composer une banque de données personnelle qui peut-être utile en cas de découverte fortuite.

 

 

feudal coins of  Berry

feudalen Münzen Berry

feudales monedas de Berry

monete feudali Berry

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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Archives

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.