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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 23:17

Boisd'Habert-1

 

Quand on fait la liste des abbayes cisterciennes de l’ancien diocèse de Bourges, on compte en tout quatorze monastères, répartis sur cinq départements. Certains sont encore mal connus, faute d’étudiants motivés par ce sujet, mais la plupart bénéficient d’une bibliographie suffisante pour se faire une bonne idée de leur histoire.
Or, il semble bien qu’un quinzième établissement ait existé au XIIe siècle. L’abbaye de Bois d’Habert, sur la commune de Morlac, dans le département du Cher, est presque inconnue du grand public. Les quelques notes qui suivent n’ont pas la prétention de remplir le vide qui pèse sur le passé de  cette fondation. Juste effleureront-elles quelques pistes de réflexion sur ce sujet fort méconnu.

 

Boisd'Habert-mur

 

L’abbaye de Bois d’Habert est un curieux monastère: pas de charte de fondation, pas d’archives, pas de noms d’abbés, pas de filiation, pas de fondateur ou de protecteur connu, juste quelques rares mentions documentaires antérieures au XIIIe siècle, et des ruines.
Le bilan archivistique est squelettique. Tout juste sait-on que l’abbaye existait aux alentours de 1150, avant son rattachement, par décision du pape Eugène III, au couvent cistercien de La Prée, non loin de Chârost, dans l’Indre. Le lieu n’est pas abandonné, car on retrouve le nom de Bois d’Habert  associé à une grange, preuve que La Prée a continué à exploiter les terres du domaine primitif. Le site évolue même en une très belle demeure légèrement fortifiée qui existe toujours. Dans cet ensemble de constructions, dont je n’ai pas voulu produire de photographie pour respecter la tranquillité des propriétaires est encore visible le vestige d’un mur garni de départs de voûtes, dernier témoin de l’existence d’une chapelle abbatiale. On ne sait rien de plus sur la question.

 

Bois-d'habert-aérien

Bois d'Habert

 

Quelles preuves a t-on de l’identité cistercienne du site, outre un ou deux mots dans une bulle pontificale? La photographie satellite livre des éléments très intéressants. Passant par un site internet de cartographie couplée à des fonds photographiques, j’ai comparé le site de Bois d’Habert vu du ciel à quatre abbayes de l’ordre de Cîteaux citées dans divers articles de ce blog: Noirlac, Fontmorigny, Bussière et Varennes. La symétrie est parfaite. Les cinq couvents sont construits avec la même orientation et suivant les mêmes proportions générales. La chapelle de Bois d’Habert est placée dans le même angle nord-est que les quatre autres abbatiales. Invisible ou presque du sol, le plan cistercien est perceptible en vue verticale. La présomption d’être face à un ancien monastère de moines blancs est donc très forte.

 

Bussière-aérien

Bussière

 

L’environnement est-il compatible avec les aspirations cisterciennes? Par comparaison avec d’autres abbayes du diocèse, Bois d’Habert n’est ni mieux ni plus mal placée qu’une autre. Les bourgs les plus proches sont assez éloignés pour garantir à des moines un minimum de distraction dans leurs prières.

 

Noirlac-aérien

Noirlac

 

Qui peut avoir pris l’initiative d’attirer des religieux dans ce périmètre? Sachant que toutes les fondations cisterciennes de la région étaient liées à la moyenne féodalité régionale, seuls les seigneurs de Lignières, à ma connaissance, avaient les moyens de lancer une telle initiative. Le fief le plus proche, celui de Morlac, est un candidat possible mais ses moyens étaient plus limités que ceux de la grande seigneurie de la vallée de l’Arnon.
Pourquoi aucune filiation n’est elle connue? Dans ce domaine, comme j’ai eu l’occasion de le démontrer à plusieurs reprises, les abbayes cisterciennes du Berry du Sud se distinguent par des profils atypiques et à Bussière et aux Pierres, il y a de forts soupçons pour que des les monastères “officiels” aient succédé à des fondations pré-cisterciennes spontanées. En fait, on aurait fait comme les Cisterciens, mais avant les Cisterciens, les filiations venant pérenniser un état de fait antérieur. Rien n’exclue que Bois d’Habert soit né sur des principes similaires. Peut-être s’agit-il aussi d’une filiale de La Prée, comme Le Landais qui avait fondé Barzelle, mais qui a échoué.

 

Fontmorigny-aérien

Fontmorigny

 

Comment peut-on expliquer l’échec d’une abbaye cistercienne? Les causes peuvent être multiples, mais une raison peut-être raisonnablement avancée: la surpopulation monastique. Le pays n’est pas très peuplé, la concurrence d’ abbayes et prieurés affiliés à d’autres ordres (Puyferrand, Orsan, Chezal-Benoît..) peut avoir privé Bois d’Habert de moyens mais surtout: la date du rattachement à La Prée coïncide avec l’ascension de Noirlac, à à peine 15 kms de là. Le grand monastère de la vallée du Cher peut avoir étouffé son frère par la seule dynamique de sa genèse. Le pape  aurait préféré mettre fin à la fondation de Bois d’Habert en unissant sa communauté avec celle de La Prée.

 

Varennes-aérien

Varennes

 

Il est évident que tout ceci ne tient que par la prise en compte d’un environnement historique cohérent, et que la vérité est peut-être tout à fait ailleurs, mais il ne me déplaît pas de penser qu’en ouvrant ce dossier, des collègues réuniront peut-être à partir de leurs propres notes de recherche des éléments inédits sur la question.

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 10:47

Corquoy-effraie

Nous sommes loin des pelouses impeccablement tondues, des haies bien taillées, des salles parfaitement entretenues et, pour certaines, bientôt généreusement chauffées de l’abbaye voisine de Noirlac.
Nous sommes ici en pleine nature, dans un vallon étroit, dans un site injustement beaucoup moins connu que sa voisine cistercienne. Ici, pas de luminaires “higth-tech”, pas de librairie, pas de chauffage par le sol, mais de la terre battue, des feuilles mortes, des rapaces nocturnes et des courants d’air glacés l’hiver.

 

Corquoy-extérieur

 

Pour qui veut s’ imprégner de spiritualité monastique médiévale, les ruines de l’ancienne celle grandmontaine de Corquoy sont un lieu à connaître, comme peut l’être une abbaye comme Fontmorigny, tant nous y sommes proches de la simplicité et de la rusticité qui étaient le quotidien de leurs premiers occupants.
Ces deux sites, que j’apprécie beaucoup, vous l’aurez compris, ont un point commun qui mérite d’être souligné. Fontmorigny et Corquoy appartiennent à des propriétaires privés, qui consacrent des efforts remarquables à leur valorisation et leur entretien.
Nous avons profité du soleil des journées du Patrimoine pour retourner à Corquoy et y découvrir une nouvelle étape de la rénovation de la petite abbatiale romane. Il y a peu, les ouvertures éclairant la nef étaient encore obstruées par des briques. Aujourd’hui, la lumière qui l’éclaire est filtrée par des vitraux réalisés par l’artiste-verrier Jean Mauret. Sans créer d’atmosphère artificielle à laquelle tant de mes contemporains sont sensibles au point de s’identifier avec les anachorètes médiévaux, ces verrières sobres et élégantes apportent un touche de douceur à la rigueur des pierres grandmontaines.

 

Corquoy-vitraux

 

Une visite de Corquoy est aussi un excellent prétexte pour approfondir ses connaissances sur le monachisme occidental. L’Ordre de Grandmont, né en Limousin, possédait une demi-douzaine de celles dans le diocèse de Bourges, pour à peine plus du double de monastères cisterciens. Si Cîteaux est une pièce majeure de l’architecture spirituelle de notre région au Moyen-âge, Grandmont a occupé une place qui n’a rien d’anecdotique dans cet édifice.

 

Corquoy-nef

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 19:58

Manzay-1

 

A plusieurs reprises, j’avais emprunté cette route de la rive gauche du Cher qui conduit de Saint-Florent à Brinay et Vierzon, dans le Cher et remarqué un panneau indiquant un prieuré classé Monument historique. La semaine passée, j’ai eu, à l’occasion d’un déplacement professionnel, le loisir de faire une petit crochet par ce site dont j’ignorais tout et d’être, sans exagérer, stupéfait par ce qui se présentait face à moi.
Une splendide priorale gothique en grande partie intacte s’élève dans un environnement à la fois agricole et horticole, de très beaux jardins occupant une partie du lieu. D’une taille plus conforme à ce qu’on attendrait d’une abbaye que d’un simple prieuré, le bâtiment est d’une qualité rare. La faible luminosité matinale compliquée par un temps brouillé n’a pas permis de ramener de cette visite des photos très claires, mais on distingue cependant l’essentiel.
Manzay est un prieuré qui a laissé peu de traces de son activité dans les archives locales. Seule une liasse de l’abbaye Saint-Laurent de Bourges a conservé, à partir de la fin du XVe siècle, le rappel d’un accord entre les moines bénédictins de Saint-Laurent et le prieur de Manzay (Archives départementales du Cher 39 H 129).

 

Manzay-2

 

Fondé vers 1150 au profit de l’abbaye Notre-Dame d’Issoudun, ce monastère est acquis en 1340 par les religieux limousins de l’Artige, ordre monastique peu connu du grand public. A la Révolution française, c’est le collège des Jésuites de Limoges qui a la main sur cet établissement (d’après Dom Besse, Abbayes et prieurés de l’ancienne France, tome 5, province ecclésiastique de Bourges, p. 58, Ligugé 1912).
D’autres informations sont accessibles sur internet, particulièrement sur les possibilités de visite de ce lieu aujourd’hui dédié à la botanique.

 

Manzay-3

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 09:05

Varennes-1

 

Il m’est difficile d’évoquer le passé de l’abbaye Notre-Dame de Varennes, n’ayant jamais eu lors de mes recherches la chance de pouvoir travailler sur le contenu de son chartrier, mais je tiens tout de même à évoquer ici ce très intéressant ensemble monumental.
Moins connue que les grandes fondations de moines blancs de la moitié nord de la région, l’abbaye de Varennes compte parmi la quinzaine de monastères cisterciens établis dans l’ancien diocèse de Bourges. Aujourd’hui sise sur la  commune de Fougerolles, non loin de Neuvy-Saint-Sépulchre, elle occupe un site dont les caractéristiques sont identiques au modèle recherché par les Cisterciens -éloignement par rapport aux routes principales et aux centres paroissiaux, situation en fond de vallon, près d’un cours d’eau- mais c’est bien la réforme d’une communauté bénédictine antérieure qui lui a fait rejoindre l’Ordre de Cîteaux au milieu du XIIe siècle.
Comme beaucoup de sites comparables, Varennes a été abandonnée aux activités agricoles après le départ de ses derniers moines et a subi des dommages architecturaux heureusement limités. Elle se présente aujourd’hui sous les traits d’une abbatiale de petites dimensions proche de l’ancien bâtiment des convers. Un logis d’abbé complète la perspective sur le monastère.
Varennes, en cours de restauration, peut être visitée lors des journées du Patrimoine. La partie accessible toute l’année à partir de la route de Neuvy-La Châtre permet de se faire une bonne idée de l’agencement des structures de l’ancienne abbaye.

 

Varennes2

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 09:32

 

La-Chapelaude-ensemble

 

Considéré d’un point de vue monumental, le prieuré de La Chapelaude, dans le département de l’Allier, n’a rien de spectaculaire. Une petite église romane bâtie dans ce grès particulier à la région, fortement chargé en oxyde de fer et peu propice à la sculpture fine, se détache dans la partie haute du petit village. Ce sanctuaire, qui peut être ajouté à un itinéraire de découverte du patrimoine régional, mais qui ne présente aucune particularité remarquable, est la dernière partie visible d’une ancienne fondation monastique datée, dans la deuxième étape de son activité, des années 1060. Propriété de la grande abbaye bénédictine de Saint-Denis, aux portes de Paris, La Chapelaude se distingue historiquement des autres prieurés locaux par l’ existence d’un riche cartulaire, aujourd’hui perdu, mais qui fut l’objet de multiples copies par des savants parisiens du XIXe siècle qui ont sauvé l’essentiel de son contenu, complété par quelques rares archives isolées, et qui projette un éclairage variable sur son passé.
La première séquence de la vie de ce monastère se situe bien avant l’an mille, aux temps mérovingiens et carolingiens, et est illustrée par une série de diplômes recomposés au moment de la rédaction du cartulaire, et qui doivent être manipulés avec une prudence extrême. S’il est évident que les frères archivistes franciliens disposaient de sources très anciennes relatives à leur propriété berrichonne, délaissée au moment des dernières invasions, on peine à dresser une chronologie et une carte des possessions des anciens bénédictins dans ces confins du Berry, de la Marche et de l’Auvergne.

 

La-Chapelaude-detail

 

La deuxième époque, qui débute aux environs de 1060, est beaucoup mieux renseignée. Les moines parisiens profitent du dynamisme de la monarchie capétienne, et de la forte personnalité du roi Philippe Ier, qui ajoute le Berry à sa zone d’influence et, plus tard, au domaine royal. Leur retour dans leurs anciennes possessions s’accorde avec la volonté du souverain d’étendre son influence vers le Sud. Spirituellement, la féodalité locale est baignée par l’influence de la réforme grégorienne, et il n’est pas indifférent que le seigneur de Bourbon, très lié aux Clunisiens de Souvigny, appuie l’initiative de ses vassaux de la vallée du Cher de restituer à l’ Église des terres injustement détenues à la suite de la déliquescence du pouvoir carolingien.
La première étape de cette restitution est peut-être initiée par un personnage qui passe presque complètement inaperçu jusqu’au jour où une bande de voleurs vient piller sa maison. C’est suite à sa plainte qu’on apprend que cet homme, nommé Garnier, possédait une maison à Aude, à une dizaine de kilomètres à l’est de La Chapelaude, dans un bourg situé le long de la route qui se dirigeait vers Paris. Garnier était-il sur place mandaté par son abbé pour évaluer la situation patrimoniale des anciennes propriétés franciliennes où avait-il un rôle plus spirituel, de prédication auprès des féodaux? On constate que la situation évolue en faveur de Saint-Denis-en-France, qui récupère ses possessions, bâtit un nouveau prieuré, voit les vocations qu’on suppose locales assurer le recrutement des nouveaux frères et reçoit de multiples dons de la part des chevaliers du secteur. L’excellent état de conservation de beaucoup d’actes recopiés dans le cartulaire permet d’avoir une lecture très fine du maillage politique local, du seigneur de Bourbon jusqu’aux plus petits féodaux en passant par le seigneur d’Huriel, à la fois vassal et associé de Bourbon dans le mouvement initial de restitution des terres du prieuré.
Si La Chapelaude fait figure d’exception dans le paysage monastique régional et qu’il est impossible de généraliser son modèle à la multitude des prieurés détenus par diverses abbayes dans le sud du diocèse de Bourges, son exemple peut nous aider à comprendre les influences spirituelles qui baignaient nos régions à l’époque romane.

 

 

La-Chapelaude-tombepierre tombale sur la place de l'église

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 11:09

St-Pierre-le-Guillard

 

L’arrivée des Ordres mendiants dans le diocèse de Bourges au XIIIe siècle demeure un phénomène mal connu du grand public.
Rendus populaires par l’extrême simplicité de leurs habitudes de vie et de leurs prêches, ayant concouru à l’éradication de l’hérésie albigeoise là où les Cisterciens avaient échoué, ces religieux fondent leurs communautés en milieu urbain.
Les premières traces de leur activité sont perceptibles dans les sources contemporaines à partir de 1243. Bourges accueille ainsi une communauté de moines dominicains, et une de Franciscains, tandis que d’autres Dominicains s’établissent, hors du diocèse, à la même époque, à Nevers. Je ne dispose personnellement d’aucune information relative aux autres grandes villes de la région, comme Châteauroux, Issoudun ou Vierzon.
Beaucoup de choses restent à écrire sur ces religieux vivant de la charité publique parmi les gens du peuple, mais nous pouvons localement percevoir leur influence à travers les donations testamentaires conservées dans certains chartriers abbatiaux tels que celui de l’abbaye cistercienne de Fontmorigny. L’aristocratie régionale, des domini maîtres de grands territoires aux chevaliers d’un rand hiérarchique moindre, contribue par ses donations post-mortem, à l’exercice de la Foi des frères mineurs et prêcheurs. Renaud de Montfaucon, sa femme Mathilde de Charenton, Aliénor de Beaujeu, les chevaliers Gibaud d’Autry et Achard de Parçon couchent sur leurs testaments les communautés de Bourges et Nevers.
Une curieuse illustration de la présence de l’Ordre franciscain à Bourges peut être relevée sur les murs de l’église Saint-Pierre-le-Guillard, qui conservent une rare fresque datée de la fin du XIIIe siècle représentant saint François d’Assise et la Vierge.

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 18:00

Evaux-clocher

Evaux - clocher porche

 

Comme nous l’avons déjà souligné à plusieurs reprises dans ces pages, des liens étroits unissaient au Moyen-âge le sud du Berry à la région voisine de la Marche limousine. L’Histoire a entre autres retenu le nom de deux églises du Cher, celle de Saulzais-le-Potier et celle, proche de la première, située dans la paroisse d’Arcomps, qui appartenaient aux chanoines de la collégiale d’Evaux, aujourd’hui Evaux-les-Bains, dans la Creuse.
Si on ne connaît pas les circonstances dans lesquelles les religieux marchois acquirent l’église Saint-Georges d’Arcomps, signalée comme faisant partie de leur patrimoine en 1158 par un acte des Monumentia Pontificia Arverniæ, nous possédons la trace de la charte par laquelle Léger, archevêque de Bourges, donna l’église Saint-Austrille (qu’on peut orthographier sous les formes Saint-Aoustrille ou Saint-Austregesile, traductions possibles du latin Sancti Austregesili de Sauziaco) à la communauté d’Evaux en 1117. Le texte produit par les scribes de l’archevêché de Bourges ne donne pas la raison qui motiva la cession de ce bien.
Un détail, toutefois, peut nous permettre de formuler une hypothèse. Evaux fut, au Moyen-âge, un important lieu de pèlerinage où l’on vouait un culte aux reliques de saint Marien. Or, il existe, non loin de Saulzais-le-Potier un lieu dit “Saint-Marien”, entre les paroisses d’Epineuil et de Saint-Vitte, tout près du tracé de l’ancienne voie menant de Montluçon à Bourges. Cet endroit, qui n’accueille aujourd’hui plus que des corps de ferme tout à fait ordinaires recouvrirait, d’après le grand connaisseur des Saints berrichons que fut le père Villepelet*, l’ancien ermitage dans lequel Marien se serait retiré du monde. Les habitants de la contrée s’y déplaçaient pour invoquer l’intercession du thaumaturge pour soigner un mal difficile à classer dans la typologie médicale moderne, Marien étant souverain pour apaiser les enfants “rechignoux”. Je laisse au lecteur le soin d’apprécier la pertinence de ce diagnostic.
Nous n’avons bien entendu aucun moyen de vérifier les affirmations de Jean Villepelet, mais la coïncidence entre cette légende et le don que fit l’archevêque berruyer à ses frères marchois a une certaine cohérence. 
En l’absence d’autres indices, il serait périlleux d’être affirmatif sur la nature des biens que représentaient Saint-Georges d’Arcomps et Saint-Austrille de Saulzais. Ces églises contenaient-elles des reliques de Marien? L’ermitage faisait-il partie du patrimoine de l’une d’elle? Les chanoines ont-ils cherché à s’approprier toutes le formes connues de culte à leur saint tutélaire? L’église de Saulzais a t-elle été le point de départ d’un chemin de pèlerinage vers Evaux?
L’association de ces deux terroirs distants de près de soixante-dix kilomètres nous rappelle toute la richesse et la complexité de la spiritualité médiévale qu’on aurait trop souvent tendance à réduire à quelques pratiques emblématiques, et qui
foisonnait dans les régions rurales comme la notre.

 

Evaux-tympanEvaux- tympan intérieur

 

*Mgr J. Villepelet
Sur les traces des Saints en Berry
Bourges 1968 152 pages

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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 10:10

Noirlac-haut
Voici un épisode assez peu connu de la vie de l’ancienne abbaye cistercienne de Noirlac qui mérite d’être rapporté. 

Il était de coutume dans le clergé régulier de se placer sous le patronage d’une puissance laïque capable de protéger les intérêts des abbayes, quelque soit l’ordre auquel elles étaient affiliées. Dans le cas des grands monastères fondés au haut Moyen-âge, c’était souvent au roi de France qu’incombait la tâche de garantir la sécurité des moines et de leurs domaines. La multiplication après l’an 1000 des fondations abbatiales sur des domaines féodaux échappant à la souveraineté capétienne conduisit de nombreux chevaliers à exercer un rôle de protecteur des cloîtres voisins de leurs fiefs, qu’ils avaient souvent contribué à fonder ou à doter. 

Dénonçant cette tradition, un abbé de Noirlac entreprit en 1250 des démarches judiciaires pour échapper à la sauvegarde du seigneur Henri de Sully, devenu par héritage maître d’une partie de l’ancienne terre de Charenton. Ce seigneur, à la mort de Mathilde de Charenton, dernière héritière en ligne directe des anciens sires de la vallée de la Marmande, avait ajouté à ses fiefs de la Chapelle et des Aix-d’Angillon les terres d’Orval, d’Epineuil et de Bruère, rattachées à la mouvance de Charenton et de Meillant. Noirlac étant située dans la paroisse de Bruère, Henri de Sully devint protecteur du monastère cistercien.

On ignore les arguments de l’abbé qui engagea en 1250 le processus de séparation avec le pouvoir féodal pour rechercher la protection royale, mais l’affaire semble ne pas avoir convaincu le Parlement de Paris qui refusa de trancher en faveur des cisterciens. L’affaire s’enlisa pendant des décennies jusqu’à ce qu’un nouveau supérieur, après consultation des archives du cloître, décide de renoncer en 1319 aux prétentions de son prédécesseur.

Cette anecdote illustre une réalité souvent ignorée par les admirateurs des univers cloîtrés médiévaux. Un monastère n’est jamais l’ univers théorique qu’on s’attendrait à trouver si on se limitait à la contemplation de ses bâtiments et à la lecture de sa règle commune. Les hommes et les femmes qui dirigeaient les moines et moniales avaient une vie intellectuelle propre qui pouvait influencer le destin communautaire. 

Les sources judiciaires sont muettes sur les raisons qui poussent le premier abbé à engager son monastère dans un conflit avec la première puissance politique régionale pendant presque deux générations. Alors que l’Ordre cistercien perdait de son ancienne influence après son échec à extirper l’hérésie des terres languedociennes, on constate un ralentissement des donations accordées aux maisons de Cîteaux en Berry. L’abbé de Noirlac jugea-t-il que le roi de France serait un bailleur de fonds providentiel pour soulager les comptes de son établissement? C’est possible. D’autres motivations, personnelles ou politiques (les moines cisterciens étaient recrutés parmi les familles nobles de la région) peuvent l’avoir influencé.

Il est intéressant de noter que son successeur eut la prudence de consulter les chartes de l’abbaye avant de poursuivre la procédure judiciaire. Qu’il ait jugé financièrement périlleux de se couper de la féodalité ou qu’il ait trouvé dans les anciens titres des motifs d’irrecevabilité de la controverse de 1250, cet homme pacifie un conflit vieux de 70 ans dont les conséquences mériteraient d’être étudiées en détail.

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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 20:04



La petite abbaye de Fontguedon, non loin de Thaumiers, dans le département du Cher est un des plus surprenants monuments qu'il m'ait été donne de découvrir au cours de mes recherches sur le Berry du Sud. Situé en pleine campagne, sur une propriété privée, ce remarquable petit édifice roman est le témoin d'une étape méconnue de la sensibilité religieuse de la première moitié du XIIIe siècle dans une région qui semble écrasée par le poids de l'Ordre cistercien. L'un des intérêts de Fontguedon est d'être une création de la famille qui fonda Noirlac au siècle précédent ce qui prouve que d'autres ordres contemplatifs avaient un rayonnement suffisant à l'écart des cisterciens pour drainer vers eux les fruits de la générosité nobiliaire.

Fontguedon est fortement liée à Mathilde -parfois appelée Mahaut- ultime représentante en ligne directe de la très ancienne famille de Charenton. Fille du dernier seigneur Ebe et épouse de Renaud de Montfaucon, Mathilde était dame de Charenton et à ce titre héritière d'un fief assez étendu et riche pour engendrer quelques libéralités en faveur du clergé tant séculier que régulier, en particulier dans le seconde moitié du XIIe siècle avec Noirlac, qui semblait la clé de voûte de la politique de générosité des Charenton à l'égard des églises et abbayes locales. Alors que les hôtels-Dieu et autres structures hospitalières attirent les dons en milieu urbain et que c'est aussi dans les villes que les futurs ordres monastiques vont bientôt s'implanter, Fontguedon se signale comme une des dernières fondations monastique en milieu rural du diocèse de Bourges.

 

Que reste t-il de la celle de Fontguedon? Assurément rien qui puisse rivaliser en majesté avec les grands monuments religieux régionaux et, toutes proportions gardées, l'amateur d'Art médiéval trouvera plus son compte à faire le tour des églises voisines de Thaumiers et de Neuilly-en-Dun. La transformation de l'abbaye en domaine agricole a tristement amoindri ce qui a dû en son temps être une petite perle toute montée en pierre de taille légèrement ocrée, très sobre, sans ornementation sculpturale. Les bâtiments conventuels sont très incomplets et l'abbatiale a été amputée de son chevet arrondi dont les pierres ont été réemployées pour monter un pignon droit. L'intérieur est occupé par des remises à matériel et étables, et la plupart des ouvertures médiévales ont été aveuglées. Toutefois, le site n'a pas servi comme ailleurs de carrière de pierre et les altérations modernes ne sont pas parvenu à rompre son équilibre initial. Abstraction faite des quelques rajouts et soustractions architecturaux, Fontguedon présente un profil grandmontain plus complet qu'à la celle de Corquoy -dont l'abbatiale est mieux conservée- et mérite à ce titre le détour tout en appelant l'attention du lecteur sur la nécessité de respecter la quiétude des propriétaires de la ferme de Fontguedon, qui m'ont très gentiment laissé visiter leur domaine pour en rapporter les quelques photographies qui illustrent cet article. 

 

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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 11:38



Constatant l’intérêt que porte bon nombre de visiteurs de cet espace pour le monachisme cistercien, il m’a semblé opportun de consacrer quelques lignes à un aspect souvent méconnu du phénomène: la filiation des abbayes.

Le fonctionnement de l’Ordre de Cîteaux fut le suivant: toute abbaye pouvait détacher quelques uns de ses moines pour fonder un nouveau monastère. Cette fondation était considérée comme “filiale” de l’abbaye-mère, et devenait “abbaye-fille”. L’abbé de la maison-mère devait visiter un fois l’an sa filiale, afin d’y exercer son droit de correction. Les abbayes présentes sur le territoire du diocèse de Bourges s’inscrivent dans des traditions variées, dont le détail est le suivant:

Cîteaux fonde en 1114 Pontigny, dans l’Yonne, qui fonde Chalivoy (1133-1138) et une abbaye périgourdine, Dalon, qui fonde Aubignac;

Cîteaux fonde en 1115 Clairvaux, dont les moines vont être à l’origine de six monastères berrichons: La Prée en 1128, Fontmorigny en 1148, Noirlac en 1149,  Aubepierre, aussi en 1149, qui lui-même fonde l’abbaye des Pierres la même année.

De Cîteaux se détachent des frères pour fonder la Cour-Dieu, dans le Loiret, en 1119, qui fonde elle-même Loroy en 1135 et Olivet et 1144 puis Preuilly, en Seine-et-Marne, qui crée, par l’intermédiaire de sa filiale Vauluisant dans l’Yonne, Varennes, en 1155 et directement l’abbaye de La Colombe en 1146.

La dernière filiation d’abbayes masculines dans le diocèse de Bourges passe par l’abbaye de l’Aumône, créée dans le Loir-et-Cher en 1121, qui fonde Le Landais, en 1130, qui elle même fonde Barzelle, dans l’Indre, en 1137.

Deux abbayes féminines se distinguent dans la région:

Bussière, filiale depuis 1188 de l’abbaye auvergnate de l’Eclache, elle même dépendant du monastère du Tart, en Bourgogne, symétrique féminin de Cîteaux et Beauvoir, près de Mehun-sur-Yèvre, filiale en 1234 du Tart.

Ces dates “officielles” de fondation ne correspondent qu’à l’admission des monastères dans la nébuleuse cistercienne, certains ayant été fondés primitivement et par d’autres ordres religieux avant de rejoindre le giron de Cîteaux.

Rendons ici hommage aux travaux de Guy Devailly complétés par quelques recherches personnelles qui ont permis la rédaction de cet article.

 

 

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Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.