Jeudi 9 juillet 2009

C’est vers Drevant, village de la vallée du Cher, que je fais une fois de plus un détour pour aller à la rencontre d’un petit édifice mérovingien assez méconnu quoique très facile d’accès et surtout bien mis en valeur par une réhabilitation récente du site qui l’abrite.

 

Les habitués de ce blog se souviendront des articles décrivant le patrimoine local de l’époque féodale à savoir le prieuré roman et sa nécropole, et la grosse forteresse construite à partir des structures remaniées de l’ancien amphithéâtre antique, qui attestent une importante activité humaine à partir du XIe siècle dans ce grand champ de ruines gallo-romaines que je ne veux pas appeler ville, au vu de la faiblesse du tissu urbain repéré sur place. 

Nous sondons aujourd’hui un puits beaucoup plus obscur, car presque vierge en témoignages archéologiques et encore plus documentaires, à savoir la longue période qui sépare la fin de l’Empire romain du premier âge féodal, sois presque cinq siècles d’incertitudes, grâce à une découverte faite il y a une vingtaine d’années lors de travaux de déblaiement des structures de l’ancien conciliabulum, appelé à tort forum, à l’ouest de l’amphithéâtre.

Dans un des angles du conciliabulum apparurent en effet les restes d’une cuve baptismale octogonale montée en petit appareil de grès, bâtie à l’intérieur d’une des salles de l’ancien lieu de culte gallo-romain. Contrairement à d’autres monuments dans lesquels la cuve est construite au centre d’un édifice de section polylobée, comme c’est le cas à la cathédrale Saint-Cyr de Nevers, entre autres, les constructeurs de celle de Drevant semblent avoir fait le choix de s’installer au sein même de l’ancien sanctuaire indigène.

 

Je crois utile d’insister sur la rareté d’une telle découverte. En règle générale, les baptistères du haut-Moyen-âge sont plutôt signalés en milieu urbain, dans des cités où s’expriment les valeurs du Christianisme primitif par une présence ecclésiastique organisée autour de grandes églises et d’abbayes. Dans le cas de Drevant, nous sommes directement situés dans l’enceinte d’un sanctuaire dont les origines remontent très certainement à la période antérieure à la romanisation du pays des Bituriges, à plus de 50 kms de Bourges, centre du diocèse. Drevant se trouve dans une région faiblement urbanisée, séparé de la voie Bourges-Néris par le Cher et paraît  être un lieu de pèlerinage saisonnier des populations rurales locales rassemblées autour d’un panthéon indigène encore anonyme. 

Qu’est-ce qui a pu faire de ce temple une priorité pour le clergé berrichon d’alors? Probablement la nécessité pour les autorités religieuses de combattre dans un de ses bastions les anciens cultes polythéistes, qui devaient être très puissants à Drevant si on en juge l’importance des structures bâties prévues pour les accueillir - amphithéâtre pour la représentation de mystères, sanctuaire des eaux alimenté par des aqueducs et conciliabulum aux centre duquel s’élevaient deux fana jumeaux. On peut penser que Drevant fut choisi comme lieu de conversion et de baptême parce que l’atmosphère qui y régnait alors était toute empreinte de piété, fut-elle d’essence païenne.

 


Rappelons que Drevant n’est pas un cas unique en Gaule. Un baptistère est connu à Lanleff, dans les Côtes-d’armor, sur les bases d’un ancien temple gallo-romain. 



Les dimensions de la cuve baptismale de Drevant sont assez réduites: les murs mesurent un mètre de coté et la cuve circulaire a un diamètre d’un mètre quarante. Je n’ai pu trouver les cotes du baptistère de Saint-Cyr de Nevers pour les comparer à celle du sujet de cet article, mais les deux dispositifs sont de taille assez proches.

 

baptistère de la cathédrale Saint-Cyr de Nevers (58) 
Par Olivier Trotignon - Publié dans : patrimoine religieux - Communauté : Vieilles Pierres
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Dimanche 5 juillet 2009



Jean Chaumeau, historien du Berry, fit, au XVIe siècle, de la forteresse du Châtelet-en-Berry, la description suivante:

“un chasteau cloz et fermé de murailles fort hautes et enrichy de tournelles dans lequel il y a une grosse tour quarrée assise sur une haute motte, estant toute faicte de groz cartiers de pierre de taille de la hauteur de soixante et douze piedz (env. 25m.), de largeur quarante sept (soit 15 m.) et de l’espesseur de quinze piedz (5 m.) couverte de tuyle”.

On cherchera aujourd’hui en vain dans le paysage bocager trace de ce grand donjon sur motte qui dominait, il y a quelques siècles, les domaines orientaux de la seigneurie de Déols. Comme tant d’autres, le château du Châtelet a été exploité comme carrière de matériaux de construction et n’est plus que l’ombre de lui-même  mais mérite, à défaut d’un détour sur un circuit touristique, toute l’attention de l’historien.


Arrêtons nous un instant sur le toponyme “Châtelet”, qui présente la particularité d’être ici attaché à une forteresse et une ville, alors qu’on le trouve en général associé à des sites fortifiés très rustiques, de taille variable, qui semblent plus correspondre à des habitats ruraux palissadés qu’à des châteaux primitifs. On émettra l’hypothèse que le lieu était occupé par un ouvrage défensif de terre et de bois avant que les Déols ne le fasse évoluer au XIe siècle en aménageant sur le sommet d’une petite colline dominant le Portefeuille une motte castrale servant d’assise à une tour carrée, probablement de bois, remplacée au XIIe siècle par le gros donjon décrit par Chaumeau et visible sur plusieurs documents iconographiques. On supposera que le reste du périmètre accueillait la basse-cour du château.

Cette forteresse s’étend, sur une période qui ne peut être déterminée que par l’archéologie sur l’ensemble de la butte, dont la hauteur très moyenne est soulignée par le creusement de très profonds fossés qui donnent à l’espace défensif un dénivelé respectable. Un rempart garni d’une dizaine de tours délimite une aire assez étendue dans laquelle s’élèvent les espaces résidentiels. Une chapelle est visible à l’emplacement de l’actuelle église moderne, à l’extérieur du complexe fortifié, occupant certainement la fonction de chapelle castrale hors les murs. Sans avoir eu le temps de prendre sur place de mesures précises, il apparaît que l’ancien château du Châtelet était plus étendu, dont potentiellement plus puissant, que ses voisins de Culan ou de Montrond, par exemple.

Qu’est-ce qui justifie la présence d’une telle fortification dans une région qui ne semble pas présenter d’enjeu stratégique ou économique majeur? On serait tenté de répondre: la géopolitique. Le Châtelet-en-Berry est en effet une possession propre des seigneurs de Déols, qui la font garder par leurs officiers, mais qui ne l’accorde jamais en fief à un de leurs vassaux locaux ni en apanage à un des leurs cadets, comme c’était le cas à Châteaumeillant. Cette forteresse se trouve située juste au centre d’un grand territoire carré délimité naturellement à l’Ouest par la vallée de la Sinaise, et au Nord et à l’Est par la vallée de l’Arnon. Aucun autre seigneur important ne possède de biens sur ce territoire, et tous les féodaux qui l’occupent rendent hommage aux Déols. Le Châtelet se trouve donc au centre d’un territoire qui sert de glacis défensif aux terres déoloises. Une première ligne de défense apparaît sur la Sinaise, avec des forteresses comme Châteaumeillant et Rezay. Une seconde ligne fortifiée par des mottes et des maisons-fortes suit le cours de l’Arnon. Le Châtelet est le symbole matériel de l’autorité des seigneurs de Déols sur cette partie du Berry du Sud. Ces seigneurs et leurs vassaux participent à la fondation et protègent le prieuré d’Orsan et le chapitre augustin de Puyferrant.

 

L’intérêt touristique du Châtelet.

Disons le franchement, le château du Châtelet-en-Berry ne mérite pas à lui seul le détour, mais il peut-être une étape intéressante sur un circuit de découverte des alentours incluant le prieuré d’Orsan, l’abbaye de Puyferrant, les églises de Châteaumeillant et Saint-Jeanvrin et, dans un registre plus artistique, le village de potiers des Archers où œuvrent mes amis Delmotte, céramistes et créateurs d’épis de faîtage.

Comme d’autres ruines, le Châtelet disparaît derrière la végétation du printemps à la chute des feuilles et il est difficile d’en apprécier les proportions. Le fait que le site soit vivant et accueille des jeunes pour des stages à caractère culturel et archéologique ne facilite pas l’accès à l’intérieur des remparts.


A la recherche d’un étudiant

Je profite de cet article pour relayer une offre qui tarde à trouver preneur. La presse locale se faisait en janvier 2008 l’écho de la proposition de l’Aremc (association qui gère le pôle d’initiation à l’archéologie et à la découverte du patrimoine) d’offrir d’exceptionnelles facilités de recherche à un étudiant en archéologie pour réaliser une monographie sur la forteresse. Début juin 2009, personne ne s’était encore manifesté auprès des responsables du site. J’invite donc mes lecteurs à faire connaître autour d’eux cette initiative qui aurait pour vertus de permettre une approche scientifique de l’histoire du château et d’aider un étudiant à réaliser son master d’archéologie médiévale.

Contact: m. Hubert Robin au 02 48 56 32 38

 

Par Olivier Trotignon - Publié dans : patrimoine militaire - Communauté : Vieilles Pierres
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Lundi 29 juin 2009



Dans le sud de l’actuel département de l’Indre, près de l’ancien prieuré bénédictin de Saint-Benoît-du-Sault, se déroula vers 1282 une étrange affaire qui fut portée devant la justice royale, et qui est particulièrement instructive sur l’évolution des pratiques d’élevage dans les campagnes berrichonnes.

Plainte est ainsi déposée par les moines du prieuré de Saint-Benoit contre le vicomte Hugues, seigneur de la puissante châtellenie voisine de Brosse, pour le rapt d’un bélier d’origine espagnole -quendam arietem qui venerat d'Espane- et la détention de celui-ci par les hommes du vicomte.  La colère des moines fut en plus décuplée  par l’évidente mauvaise volonté du vicomte à restituer ce mouton à ses légitimes propriétaires, ce qui fut fait finalement au bout d’un certain temps.

L’animal n’ayant pas été passé à la broche, comme on aurait pu s’y attendre dans de pareilles circonstances, on comprend que les intentions des malfaiteurs étaient parfaitement préméditées et que l’origine ibérique du bélier n’est pas indifférente dans le déclenchement de cette affaire. 

De toute évidence, les bénédictins du Sault savent en cette fin de XIIIe siècle qu’il existe ailleurs des races ovines différentes des souches élevées par leurs paysans sur les domaines du prieuré et que ces ces moutons étrangers peuvent, par croisement, améliorer la productivité de leurs troupeaux. On peut alors supposer que le prieur de Saint-Benoît-du-Sault choisit d’investir dans un animal de type mérinos de façon à augmenter la production de laine issue de son cheptel. Que l’animal vienne d’au delà des Pyrénées ou ait été acquis quelque part dans le Sud de la France ne change pas les données du problème: l’objectif est économique et on comprend la fureur des moines quand ils découvrent que leur précieux animal a été subtilisé par leur puissant voisin laïc, qui prend tout son temps avant de restituer le reproducteur, le temps que celui-ci couvre les brebis du vicomte, comme on peut s’en douter. D’un certaine manière, Hugues de Brosse invente une forme de piraterie génétique, faisant saillir ses ouailles à bon compte avant de se séparer de son hôte ibérique à quatre pattes.

Cette histoire illustre de façon originale l’évolution générale des techniques agricoles observées dans l’ensemble de l’Occident à partir du XIIe siècle et ajoute un volet zootechnique supplémentaire à un vaste mouvement d’adaptation des races animales aux besoins d’une agriculture qui se perfectionne. On se souviendra des chevaux frisons importés en Poitou à la même époque, ancêtre des Traits mulassiers. Le Berry n’est pas resté en marge du progrès et il est intéressant de noter la part occupée par les bénédictins dans la genèse de cette évolution.

Par Olivier Trotignon - Publié dans : économie - Communauté : Le Moyen Age
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Samedi 27 juin 2009



Comme plusieurs lecteurs ont manifesté de l’intérêt pour le thème des animaux musiciens, voici, particulièrement à leur intention, une intéressante variante croquée sous la forme d’un reptile, serpent ou lézard, joueur de rote.

Ce modillon est visible sur le mur nord du prieuré roman de Soye-l’église, dépendant du chapitre augustin du Châtelet-en-Berry, qui avait été le sujet d’un article voici quelque mois. Le mauvais éclairage et les limites de mon apn expliquent la médiocrité des clichés, mais on distingue malgré tout la double rangée de cordes de l’instrument. Habituellement, ce sont des équidés -ânes ou chevaux- qui jouent de la harpe ou de la rote sur les églises des régions du Centre, ce qui souligne la rareté de ce reptile.

 

Le visiteur voudra bien excuser ma neutralité en matière d’interprétation de cette iconographie particulière, laissant la symbolique romane aux spécialistes de la question.

 

Par Olivier Trotignon - Publié dans : patrimoine religieux - Communauté : Vieilles Pierres
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Mardi 23 juin 2009


Les ruines du château de Bois-Sir-Amé, sur la commune de Vorly, dans le Cher, sont exceptionnelles à plus d’un titre et on ne peut s’empêcher de regretter qu’un tel monument ait été gagné par la ruine. Bois-Sir-Amé est en effet l’un des derniers châteaux-forts construit en Berry, bien après la grande vaque d’édification de forteresses féodales du XIIe et XIIIe siècle. 
Un acte royal situe précisément le début de l’entreprise (ce qui ne signifie pas que le chantier débute cette année là) en 1396, quand la chancellerie royale autorise Jacques Trousseau, maître d’hôtel du duc de Berry, à fortifier une place acquise auprès du chevalier Louis de Vigny. En résulte l’édification d’une puissante place forte, entourée de fossés très profonds, entourant un grand corps de logis dont les murs et pignons sont encore visibles à des kilomètres dans la plaine champenoise. La “petite” histoire en fait un des lieux de villégiature favoris de la belle Agnes Sorel.


 
Le caractère romantique de l’endroit tient presque autant à la taille des ses tours et murailles émergeant de la végétation qu’au nom très particulier du site, qu’une ancienne légende situait, au prix de quelques contorsions narratives, dans la bouche d’une belle femme du temps jadis portant une coupe de nectar aux lèvres de son bien-aimé chevalier par ces mots: “Bois, sire aimé!”.
L’historien a sur ce sujet une toute autre lecture, qui s’appuie sur l’existence à quelques centaines de mètres du château-fort, en lisière de taillis, d’un complexe défensif du XIIe siècle, formé d’une motte castrale, d’une basse-cour et d’une enceinte, dont la masse considérable des remblais a découragé les agriculteurs de mettre le site en culture, si bien que l’on voit parfaitement sur les photographies aériennes la saille semi-circulaire que la fortification dessine en limite de forêt et de champs de céréales. La motte présente la particularité d’être évidée à son sommet, ce qui laisse imaginer l’existence d’une cave formant le sous-sol de l’ancien donjon. Le nombre de pierres et de morceaux de tuiles visibles au sol permettent de supposer que la tour seigneuriale a pu être construite, au moins partiellement, en dur. Un croisement avec les sources documentaires locales permet de nommer cet endroit, connu pour la première fois en 1150 sous la forme de “nemus Amelii de Charentone” -le bois d’Ameil de Charenton, devenu en 1380 “Bois Sir Amel”, forme originelle du “Bois-Sire-Amé” actuel. Ce seigneur des origines est bien identifié dans la société féodale locale grâce à 17 mentions documentaires. Descendant d’une branche cadette probable de la famille de Charenton, il compose avec les grands féodaux de son temps - comte de Nevers, seigneurs de Graçay, Chârost, Vèvre ou Charenton et possède des domaines jusque vers Menetou-Couture. On note que le château actuel ne réoccupe pas l’emplacement de la motte primitive mais s’en éloigne peu, peut-être parce que celle ci demeurait plusieurs siècles après son édification le symbole de l’autorité féodale à laquelle la noblesse de la fin du Moyen-âge restait très attachée.


 

 
Doit-on conseiller à l’amateur de vieilles pierres de prévoir une promenade à Bois-Sir-Amé? Deux obstacles me font hésiter à recommander ce lieu. Tout d’abord, le site est privé et comme autour de tant d’anciennes ruines, la sécurité du visiteur peut être menacée, ce qui justifie les interdictions de pénétrer posées par le propriétaire. L’autre difficulté vient de la topographie particulière de l’endroit, complètement entouré de végétation, au point que de la pousse à la chute des feuilles des arbres qui ceinturent la forteresse, Bois-Sir-Amé est presque invisible de la petite route qui le longe. Nous réserverons donc ce château hors du commun pour nos flâneries hivernales
Par Olivier Trotignon - Publié dans : patrimoine militaire - Communauté : Vieilles Pierres
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Lundi 15 juin 2009



Le chartrier de l’abbaye cistercienne de Fontmorigny a conservé la copie du testament de la dernière dame de Charenton, épouse du seigneur Renaud de Montfaucon et mère au destin douloureux dont tous les enfants décédèrent. Cette femme, dernière héritière directe de la lignée des Ebe de Charenton, rédige en 1243 un testament par lequel elle dote un nombre important d’établissements religieux tant séculiers que réguliers. Les legs testamentaires sont principalement des rentes à prélever sur les activités économiques qui animaient la région de Charenton au XIIIe siècle, comme des foires, péages et revenus fonciers.

Ce testament doit être comparé à celui que Renaud de Montfaucon rédigea quelques années plus tard. La plupart des bénéficiaires des œuvres de son épouse sont cités, mais les deux actes ne sont pas complètement parallèles. Les termes employés par les scribes dans l’un et l’autre testament laissent un certain nombre de zones d’ombre sur le statut exact de plusieurs bénéficiaires, qualifiés d’églises ou de prieurés et le croisement des deux sources est insuffisant pour dresser une carte des possessions monastiques dans le sud du Berry.

Mathilde de Charenton couche sur son testament neuf abbayes, dont plus de la moitié accueillent des moniales: Charenton et Bussière (10 livres tournois), La Ferté (40 sous), Beauvoir et Orsan (20 sous). Bussière, Beauvoir et La Ferté sont cisterciennes, Charenton bénédictine et Orsan fontevriste.

Trois monastères de cisterciens sont cités: Fontmorigny et Noirlac (20 livres) et Loroy (20 sous) ainsi que les grandmontains de Fontguedon (20 sous).

Mathilde dote également deux prieurés, Allichamps et Epineuil (ou Epignol - les deux paroisses sont presque homonymes en latin) pour 20 sous.

L’Hôtel-Dieu de Bourges reçoit 100 sous tournois ainsi que les Frères mineurs (12 livres) et Frères prêcheurs (10 livres) de cette ville. C’est aussi l’église Saint-Étienne de Bourges qui reçoit la plus forte rente (60 sous) avec celles de Levroux et de Chalivoy-Milon. Suivent pour 20 sous la Celle-Bruère et pour 10 Sagonne, Neuilly-en-Dun, Drevant, Colombier, Saint-Amand, Orval, Arcomps, Vallenay, Le Veurdre et Saint-Augustin.

Les Templiers de la vallée du Cher - l’hôpital de Farges et la commanderie de Bruère-du-Temple - reçoivent 10 sous de rente par établissement.

Deux informations sont incertaines, et doivent être considérées avec prudence. L’église du Landois (60 sous) dont le nom rappelle l’abbaye cistercienne du Landais, dans l’Indre, qu’on peine à identifier et l’abbaye de la Ferté, dotée aussi par Renaud dans son testament, qui n’appartient pas au diocèse de Bourges et dont la localisation la plus logique serait en Saône-et-Loire où une abbaye fille de Cîteaux vit le jour au début du XIIe siècle. Or, le testament parle de moniales et le monastère de la Ferté était une communauté masculine. Il est possible qu’il s’agisse d’un couvent de cisterciennes placé sous l’autorité des Frères de la Ferté comme, en Berry, Bussière l’était avec les moines de Noirlac.

Sans surprise, on observe que l’essentiel du legs de Mathilde de Charenton intéresse un périmètre appartenant au patrimoine de sa famille, avec quelques exceptions telles Bourges, Levroux et peut-être le Landais et la Ferté. Il est intéressant de noter la part des congrégations féminines dans la liste des bénéficiaires, dont le prieuré fontevriste d’Orsan qui est oublié par Renaud de Montfaucon dans son propre testament.

 
Par Olivier Trotignon - Publié dans : sources/littérature - Communauté : Le Moyen Age
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Mercredi 10 juin 2009



Il est un ouvrage dont l’histoire n’a pas conservé grand trace, mais qui se signale comme une des forteresses les plus originales du Berry. Difficile d’imaginer, en effet, lorsqu’on visite l’ancien site cultuel gallo-romain de Drevant, voir se dresser un donjon médiéval au beau milieu de l’ancien théâtre antique. C’est pourtant ce lieu que choisirent les premiers seigneurs de la famille de Charenton pour fonder une curieuse forteresse aménagée dans les ruines encore imposantes de l’édifice primitif, réemployant les murs de l’amphithéâtre pour servir de chemise à un donjon de section carrée dont les fondations disparurent au XIXe siècle lors des travaux de déblaiement du site.
On comprendra aisément l’attrait que Drevant a exercé auprès des premiers chevaliers. Dans une région où les ressources naturelles étaient essentiellement forestières se dressaient les ruines d’un conciliabulum antique en majeure partie bâti en gros appareil de grès, facile à réemployer. Alors que la terre et le bois étaient les matières premières les plus facilement accessibles pour les bâtisseurs des premiers châteaux, l’opportunité de récupérer d’importants volumes de pierres de taille destinait le site à une fonction militaire dont la finalité n’est pas évidente, Drevant étant, comme tout site de ce type, légèrement à l’écart des voies antiques encore en fonction après l’an 1000. C’est ainsi que s’éleva dans le périmètre de l’ arène un donjon carré dont les dimensions au sol sont assez imprécises, une chapelle castrale encore visible sur une gravure de Claude Chastillon et que fut foré un puits dont la cheminée est encore apparente aujourd’hui, et qui disposait toujours d’une margelle au temps des  premières fouilles. Devant la taille du monument, et en comparaison avec la faible superficie de l’aire de la motte castrale de Charenton, il est permis de se demander si Drevant n’a pas servi de résidence principale aux premiers seigneurs de Charenton qui, comme j’ai tenté de le démontrer dans un article plus ancien, semblent avoir attiré sur place les moines marchois du Moûtier-d’Ahun pour fonder un prieuré dont l’extérieur des murs auraient pu accueillir leurs dépouilles mortelles, avant que Noirlac ne prenne le relais.
Nous relevons des traces objectives de cette étroite relation de Drevant avec la seigneurie de Charenton. Vers 1230, Robert de Drevant, prévôt d’Epineuil, confirme une donation de Renaud de Montfaucon, seigneur de Charenton. Début XVe, Guichard de Culan est reconnu comme seigneur de Drevant et de Changy et de la châtellenie de Saint-Amand, ancien fief des Charenton.
Il est possible que Drevant, avec ses hauts murs vieux de presque mille ans, ait été, avant que Saint-Amand ne s’impose économiquement, le centre de gravité de l’ancienne seigneurie de Charenton.
Par Olivier Trotignon - Publié dans : patrimoine militaire - Communauté : Vieilles Pierres
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Samedi 6 juin 2009



Les archives judiciaires sont une mine d’informations pour qui cherche à explorer le passé d’une région et révèle des situations assez inattendues. L’une d’elles a particulièrement retenu mon attention, même si les détails de l’affaire sont assez succincts.

Les événements se sont déroulés en 1270 à Sancoins, petite ville du sud-est de l’actuel département du Cher, près de la vallée de l’Allier, et seraient l’une des premières émeutes signalée en Berry. L’histoire commence de façon tout à fait banale par l’arrestation de deux hommes surpris à braconner dans les eaux d’un étang appartenant au seigneur du lieu. On ne connaît ni l’identité ni l’origine sociale des deux braconniers mais d’évidence leur capture émeut la population de Sancoins qui déclenche une émeute dont sont victimes le prévôt royal et les hommes du comte de Sancerre. L’identité des plaignants rappelle que depuis 1202 Sancoins, qui appartenait au prieuré de la Charité-sur-Loire, a été partagé avec le roi Philippe Auguste, et, ce qui est moins connu, avec le comté de Sancerre.

Nous n’avons pas de certitudes sur le déroulement de cette explosion de colère populaire. La foule s’est-elle seulement assemblée en proférant des menaces? Les coupables ont-ils été délivrés par la force? Y a t-il eu voie de fait sur la personne des officiers royaux et seigneuriaux? On mesure la gravité de la situation à la somme de l’amende imposée par la justice royale, soit 100 livres tournois à la ville de Sancoins, ce qui semble, par comparaison avec d’autres évocations contemporaines de sommes en numéraire -comme des donations testamentaires- une punition assez lourde.

Plusieurs explications peuvent être proposées pour expliquer un soulèvement urbain, la première, la plus simple, reposant sur la sympathie des villageois à l’égard des braconniers, certainement connus de tous. Il y aurait alors contestation de la justice seigneuriale par le peuple. On peut aussi se demander si cet événement n’est pas le symptôme d’une exaspération devant l’impôt, la fiscalité locale pouvant être alourdie par les perceptions de trois seigneurs différents, le roi, le comte de Sancerre et le prieur de la Charité. On n’exclura pas une troisième piste, celle d’une crise alimentaire due à des conditions climatiques ingrates, qui aurait pu pousser des villageois à aller pêcher dans un endroit interdit. Le siècle suivant a connu des situations similaires dans lesquelles les désordres saisonniers ont joué un grand rôle. Il y aurait dans l’affaire de Sancoins, mais c’est bien difficile à argumenter, l’indice d’une crise frumentaire dans un secteur du Berry assez peu étudié par les historiens.

Par Olivier Trotignon - Publié dans : politique/société civile - Communauté : Le Moyen Age
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Mercredi 27 mai 2009



La petite abbaye de Fontguedon, non loin de Thaumiers, dans le département du Cher est un des plus surprenants monuments qu'il m'ait été donne de découvrir au cours de mes recherches sur le Berry du Sud. Situé en pleine campagne, sur une propriété privée, ce remarquable petit édifice roman est le témoin d'une étape méconnue de la sensibilité religieuse de la première moitié du XIIIe siècle dans une région qui semble écrasée par le poids de l'Ordre cistercien. L'un des intérêts de Fontguedon est d'être une création de la famille qui fonda Noirlac au siècle précédent ce qui prouve que d'autres ordres contemplatifs avaient un rayonnement suffisant à l'écart des cisterciens pour drainer vers eux les fruits de la générosité nobiliaire.

Fontguedon est fortement liée à Mathilde -parfois appelée Mahaut- ultime représentante en ligne directe de la très ancienne famille de Charenton. Fille du dernier seigneur Ebe et épouse de Renaud de Montfaucon, Mathilde était dame de Charenton et à ce titre héritière d'un fief assez étendu et riche pour engendrer quelques libéralités en faveur du clergé tant séculier que régulier, en particulier dans le seconde moitié du XIIe siècle avec Noirlac, qui semblait la clé de voûte de la politique de générosité des Charenton à l'égard des églises et abbayes locales. Alors que les hôtels-Dieu et autres structures hospitalières attirent les dons en milieu urbain et que c'est aussi dans les villes que les futurs ordres monastiques vont bientôt s'implanter, Fontguedon se signale comme une des dernières fondations monastique en milieu rural du diocèse de Bourges.

 

Que reste t-il de la celle de Fontguedon? Assurément rien qui puisse rivaliser en majesté avec les grands monuments religieux régionaux et, toutes proportions gardées, l'amateur d'Art médiéval trouvera plus son compte à faire le tour des églises voisines de Thaumiers et de Neuilly-en-Dun. La transformation de l'abbaye en domaine agricole a tristement amoindri ce qui a dû en son temps être une petite perle toute montée en pierre de taille légèrement ocrée, très sobre, sans ornementation sculpturale. Les bâtiments conventuels sont très incomplets et l'abbatiale a été amputée de son chevet arrondi dont les pierres ont été réemployées pour monter un pignon droit. L'intérieur est occupé par des remises à matériel et étables, et la plupart des ouvertures médiévales ont été aveuglées. Toutefois, le site n'a pas servi comme ailleurs de carrière de pierre et les altérations modernes ne sont pas parvenu à rompre son équilibre initial. Abstraction faite des quelques rajouts et soustractions architecturaux, Fontguedon présente un profil grandmontain plus complet qu'à la celle de Corquoy -dont l'abbatiale est mieux conservée- et mérite à ce titre le détour tout en appelant l'attention du lecteur sur la nécessité de respecter la quiétude des propriétaires de la ferme de Fontguedon, qui m'ont très gentiment laissé visiter leur domaine pour en rapporter les quelques photographies qui illustrent cet article. 

 

Par Olivier Trotignon - Publié dans : monachisme/clergé régulier - Communauté : Vieilles Pierres
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Lundi 18 mai 2009



Située au nord du massif forestier de Tronçais, à la lisière septentrionale des anciens domaines des seigneurs de Bourbon, la ville d'Ainay-le-Château occupe une place discrète dans le paysage monumental des anciennes provinces du Centre. Certes, Ainay, sur le plan touristique, n'a pas les appâts indispensables pour attirer les foules mais a largement de quoi mobiliser l'intérêt de l'historien.

Fondée au XIe siècle autour d'une grande motte castrale encore perceptible dans le tracé urbain, la ville a évolué au XIIIe siècle en un solide ensemble fortifié flanqué de nombreuses tours semi-circulaires et d'un grand château dont elle porte encore le nom, malheureusement complètement disparu, sauf dans la toponymie et le nom d'une rue qui le situe assez précisément. 

Son église, souvent remaniée, a la particularité d'être très marquée par des grattages profonds et nombreux, en particulier dans le calcaire d'une de ses portes, ce qui laisse supposer qu'à une époque donnée ce lieu de culte a été une étape sur un pèlerinage important ou a contenu des reliques.

 

L'histoire d'Ainay-le-Château est difficile à saisir pour la période médiévale à cause du manque de sources écrites. Le fait que cette ville ait été une possession des seigneurs de Bourbon, qui s'y faisaient représenter par des officiers seigneuriaux administrant les biens de leurs maîtres, n'a pas favorisé la rédaction de chartes. Aucune grande personnalité locale n'avait le pouvoir de fonder d'abbaye proche de la cité, et c'est souvent dans cette relation intime entre la féodalité et le clergé régulier que se sont écrits la plupart des textes qui fondent nos connaissances sur la période.

Je crois utile d'inviter, même si, faut-il le répéter?, Ainay n'a pas les arguments monumentaux d'une bastide périgourdine, le lecteur à explorer cette petite ville étonnante. Une imposante porte de ville, qui n'a d'équivalent local qu'à Dun-sur-Auron, un rempart dont les murs qui dominent le lit de la Sologne gardent un bel alignement de tours, des maisons de ville XVe méritent amplement un détour par la petite cité bourbonnaise, à découvrir et à explorer...

 

Par Olivier Trotignon - Publié dans : patrimoine militaire - Communauté : Le Moyen Age
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Merci de l'intérêt que vous portez à l'histoire de la région et n'hésitez pas dans les commentaires à signaler des monuments méconnus, ou à nous communiquer des informations sur le travail de votre association.

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

blog animalier débutant



J'invite mes lecteurs à encourager par leurs visites un blog débutant consacrés à des animaux familiers.
A découvrir sur le lien qui suit:

NON aux éoliennes géantes


Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon, en particulier sur les communes de Saint-Bonnet-Tronçais, Braize, Charenton-du-Cher, Coust et l'Etelon et soutient  l'association "VENT DES CHÊNAIES"- La Martinière - 03360 Braize - 04 70 06 16 71, affiliée à la fédération nationale Vent de colère.

 
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