Dimanche 27 mai 2012
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Lorsque l’on évoque les lieux qui ont inspiré Alain Fournier pour l’écriture de son roman Le grand Maulnes, il en est un qui retient tout particulièrement
l’attention des passionnés du patrimoine culturel régional, par la beauté et la simplicité du site qu’il occupe. Située à quelques kilomètres du bourg de Saint-Désiré, dans l’Allier, au sommet
d’une colline qui se détache de très loin dans le paysage, s’élève une petite chapelle connue sous le vocable de Sainte-Agathe.
L’amateur de belles pierres médiévales, surtout s’il s’est arrêté visiter la remarquable église romane de Saint-Désiré avant de venir, sera peut-être déçu par le
monument, rénové de façon si vigoureuse qu’on se prend à douter de ses origines médiévales, pourtant bien marquées dans l’abside et les absidioles du chevet. La façade et le clocheton, en
revanche, ne portent pas les même traces de passage du temps constatées sur les monuments religieux du même périmètre, ce qui semblerait indiquer une reprise des maçonneries à un moment ou un
autre.
La destination de cette chapelle, construite dans un secteur qui, quoique peu peuplé, n’était pas à l’écart de la civilisation - l’abbaye cistercienne de
Bussière, qui est à deux pas, le prouve - pourrait se révéler plus intéressante que le monument lui-même.
Sainte-Agathe, lieu de procession est aussi, si l’on en croit les folkloristes qui ont travaillé sur les traditions populaires, un emplacement qui a généré des
légendes en relation avec la sorcellerie et les superstitions populaires. Sa position éminente dans le paysage peut suffire à expliquer que l’imagination des ruraux qui l’apercevaient
quotidiennement ait été attisée par sa silhouette sombre sur son sommet de colline.
D’autres hasardent le fait que l’endroit aurait été parfait pour un lieu de culte antérieur au Christianisme, qu’un toponyme : le Mont Lubin, ayant peut être une
racine commune avec le nom du dieu gaulois Lug, est attaché à ce lieu, que l’emplacement de la chapelle serait idéal pour communiquer à l’aide de signaux lumineux jusqu’à une grande distance...
tout ceci est bien entendu, dans l’état, difficile à vérifier. Seul un indice, l’existence d’un très grand site antique tout près de Sainte-Agathe, pourrait, à la rigueur, donner un peu de
consistance à ces interprétations.
Notons que l’Eglise a peut-être tout simplement voulu imposer symboliquement sa présence en la matérialisant par un petit édifice visible à des lieues à la ronde
sans forcement avoir voulu contrer des pratiques païennes ancestrales.
Pas toujours évidente à trouver pour qui ne dispose pas d’une carte à petite échelle, Sainte-Agathe doit être visitée par temps clair. De la plate-forme sur
laquelle se dresse le monument, tout un paysage se développe jusqu’aux monts d’Auvergne et à la Marche, offrant un point de vue idéal sur une région peu marquée par les verrues inesthétiques du
modernisme.
Par Olivier Trotignon
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Mercredi 23 mai 2012
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Voici une information qui devrait satisfaire les amateurs éclairés de petit patrimoine ancien: un de mes correspondants m’a signalé, voici peu, l’évolution de la
situation de la pierre à la dîme de l’ancien prieuré de Souages, dont nous avons parlé à plusieurs reprise dans ces pages.
Cette très rare pierre de capacité, mal datée (médiévale ou post-médiévale), était en effet dans une position délicate: sise sur une propriété privée, sans
protection particulière, ses bassins à mesurer le grain étaient exposés à tous vents, et menacés par la pluie et le gel.
Plusieurs personnes s’étaient émues de cette situation de péril. Le Berry Républicain avait même, il y a plusieurs mois, consacré un grand article à ce
vestige.
L’excellente nouvelle que m’a rapportée mon contact est la mise hors d’eau de la pierre. Quelqu’un s’est en effet chargé d’aménager un petit abri métallique qui
isole l’objet de la rigueur des éléments.
Est-ce là l’aménagement le plus adapté qu’on aurait pu souhaiter pour la pierre à la dîme? Peu importe. Il faut, sincèrement, saluer l’initiateur de ce sauvetage et
l’assurer de toute la gratitude d’un public attentif à la protection du patrimoine historique et archéologique régional.
Un bel objet à découvrir.
Par Olivier Trotignon
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Dimanche 13 mai 2012
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09:16
Copyright Metropolitan Museum of Art
Tout dernièrement, un de mes correspondants a attiré mon attention sur l'existence, au musée new-yorkais des Cloisters, annexe du Metropolitan Museum of Art, d'un
portail de chapelle provenant du prieuré auvergnat de Reugny. La question, vite résolue, portait sur l'identification du lieu d'origine du monument.
En effet, en vallée du Cher, à une quinzaine de kilomètres au nord de Montluçon se trouve un prieuré, auquel j'avais consacré il y a un ou deux ans un billet sur ce
blog, dans un village du nom de Reugny. S'il existe bien, sur le mur septentrional de la chapelle priorale, une ouverture moderne qui aurait pu, à la rigueur, passer pour la cicatrice de
l'extraction de la porte exposée à Manhattan, la modicité de l'ensemble s'accordait mal avec la richesse du portail présenté aux Cloisters. L'affaire fut vite classée quand il apparut que le
Reugny voisin de Montluçon avait un homonyme beaucoup plus au sud dans le département de l'Allier, sur la commune de Laféline, site d'origine du monument qui nous intéresse.
Cette petite recherche a surtout assombri mes derniers espoirs de voir un jour réapparaître les pierres du petit manoir du Vernet, dont on est à
Saint-Amand-Montrond sans nouvelles depuis 1919. La biographie du donateur du portail de Reugny au MMA m'a plongé dans l'effroi, jugez-en plutôt.
George Blumenthal était un homme bien. Riche homme d'affaire américain, humaniste et grand collectionneur d'Art, il visite le Bourbonnais dans les années 20 en
quête de belles pierres à acquérir. On ne dispose pas de la liste exacte de ses acquisitions, mais certaines de celles ci partent orner des résidences que le sieur Blumenthal fait construire à
Paris, sur la Côte d'Azur et à New York. La porte de Reugny, par exemple, passe quelques années à Paris comme entrée d'une des salles de la maison du collectionneur américain, avant d'être à
nouveau déposée et de partir pour New York, où elle est offerte au musée des Cloisters. George Blumenthal n'est pas un prédateur du patrimoine. Il donne aussi une partie de sa collection au musée
du Louvre. Décédé aux USA en 1941, sa résidence new-yorkaise ne lui survit pas et est à son tour démantelée, une partie des collections s'y trouvant intégrant les réserves du MMA. Il semble
qu'une partie des acquisitions réalisées en France ai été négociée par des antiquaires parisiens.
En résumé, et c'est bien ça qui alimente mon pessimisme sur nos chances d'écouter un jour parler à nouveau des vestiges du manoir du Vernet, G. Blumenthal a
beaucoup fait voyager les œuvres d'Art acquises dans notre région, les a incorporées dans des constructions contemporaines aujourd'hui disparues et n'a certainement pas tout donné aux grands
musées qui ont référencé les origines des donations. Cet esthète est connu grâce à sa générosité envers les musées publics, mais plein d'autres acheteurs sont restés dans l'anonymat, faute d'une
recherche précise dans archives notariales. Je crains qu'au moment où nous avons, mes ami(e)s journalistes du Berry républicain et moi, relancé la recherche pour retrouver le petit château
médiéval berrichon, nous n'ayons pas sondé l'exacte profondeur de la tâche qui nous attendait!
Par Olivier Trotignon
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Dimanche 6 mai 2012
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Le problème de la mesure des volumes des denrées agricoles est un aspect souvent méconnu de la vie quotidienne au Moyen-âge. Loin de notre système métrique
uniformisé, les anciennes populations du Berry avaient à leur disposition des unités de mesure locales qui faisaient référence dans les échanges du quotidien, qu'il s'agisse de vente, de don ou
de taxation par l'autorité seigneuriale des marchandises en vrac.
Il semble que dans la majorité des cas ces mesures étaient calculées à partir de pierres calibrées disposées dans des lieux publics. La plupart d'entre elles a
disparu, sans doute brisées ou réemployées, mais il pourrait être intéressant, quoique fastidieux, de mesurer et de comparer le volume de certaines cuvettes, parfois décrites sous forme de bases
de croix ou de bénitiers primitifs, qu'on voit parfois à proximité des églises de la région. Le fait d'avoir plusieurs étalons de référence en Berry ne signifie pas qu'il y ait eu de grandes
différences entre les seigneuries, mais exprime les besoins de chaque micro-région de se baser sur des outils de mesure de proximité, reconnus par tous les acteurs économiques du cru.
Voici, à titre documentaire, une liste de mesures que j'ai relevées lors de mes dépouillements de sources médiévales aux Archives départementales du Cher. Ce
catalogue est loin d'être complet, n'ayant pas travaillé sur l'ouest de la région, mais peut donner une idée de la variété des situations observées à partir du XIIe siècle, un même lieu pouvant
être servi par plusieurs mesures différentes.
mesure de Bourges
en usage à Marmagne- 1210
mesure de Sancerre
1264
mesure de Saint-Gondon
1227
mesure de la Chapelle-d'Angilon
1212
mesure de Montfaucon
en usage à Bercy- 1336
mesure de la Charité (sur-Loire)
en usage à Bercy- 1336
mesure d'Epineuil (le-Fleuriel)
en usage à Saulzais (le-Potier)- 1234
mesure de Saint-Amand (Montrond)
en usage à Saulzais, Colombiers, La Tourate- 1202 à 1343
mesure d'Hérisson
en usage à Vallon (en-Sully)- 1248
mesure de Châteauneuf (sur-Cher)
en usage à Chambon et Plassigny- 1243 à 1247
mesure de Saint-Désiré
lieu non identifié- 1320
mesure de la Roche-Guillebaud
en usage à Mesples- 1292
mesure de Blet
en usage à Chalivoy-Milon- 1194
mesure du Chatelet
en usage à Touchay- 1265 à 1287
mesure de Lignières
en usage à Noant (?)- 1205
mesure de Sainte-Sévère
en usage dans la seigneurie de Brosse- 1315
D'autres références pourront ultérieurement venir compléter cette liste qui, je le rappelle, n'a pas de prétention encyclopédique.
Par Olivier Trotignon
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Jeudi 26 avril 2012
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J’ai le plaisir de vous faire part du programme de ma prochaine conférence publique prévue le samedi 26 mai 2012 aux caves du Prieuré, à Saint-Céols, dans le
Cher.
Invité par l’Association Saint Céolaise, que je remercie pour la confiance qu’elle m’a accordée pour l’organisation de cette animation, je viendrai présenter ma
conférence sur la médecine, les saints guérisseurs et les miracles en Berry de la période médiévale au XVIIe siècle.
Nous aurons la chance d’être accueillis à 17h chez m. Pierre Jacolin, viticulteur et producteur de Menetou-Salon, qui tiendra à disposition des auditeurs les
produits de son domaine. Pour les amateurs d’Art religieux, l’Association Saint Céolaise se charge d’ouvrir l’église de Saint-Céols à 16h pour permettre de venir y découvrir le bénitier de fonte
conservé en ses murs, daté de la fin du Moyen-âge, élément rare du petit patrimoine régional que ne n’ai jamais eu le loisir d’observer.
Les droits d'accès sont fixés à 6 € (4 € pour les adhérents).
L’exposé devrait durer 1h30 sans compter les questions.
Je rappelle, mais les habitués du blog connaissent déjà cette profession de foi, que cette conférence s’inscrit sous le signe de la Laïcité et du respect scrupuleux
des valeurs de la science. Inutile donc d’y venir pour y puiser des arguments idéologiques en faveur ou au détriment de la religion, ou y chercher des remèdes miracles.
L’intervenant sera en plus très sensible au fait que les téléphones portables soient muets pendant la conférence!
Au plaisir de vous y rencontrer ou vous y retrouver...
Par Olivier Trotignon
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Samedi 21 avril 2012
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09:48
J’ai eu dernièrement l’occasion de tenir en main un objet rare, bien que n’ayant probablement rien à voir avec l’histoire du Berry. Conservé dans lune vitrine du
musée Saint Vic de Saint-amand-Montrond, dans le Cher, il m’a quand même semblé utile de prendre quelques notes le concernant.
Ce beau coin monétaire de fer est de provenance inconnue. Il est entré dans les collections publiques comme élément d’un legs fondateur du musée de Saint-Amand.
Dans les années 30, un collectionneur, du nom d’Auclair, fit don à la municipalité d’une multitude de jolis objets, dont plusieurs médiévaux. Parmi les monnaies, coffrets, armes, pierres taillées
et probablement bien d’autres choses se trouvait ce beau coin dormant, datable de la fin du Moyen-âge ou de la Renaissance. Le relief du coin est trop corrodé pour pouvoir recouper le dessin avec
une monnaie recensée, mais il semble - simple avis - qu’il s’agisse d’un coin à jetons de commerce, comme de nombreuses villes en ont émis pour faciliter les transactions sur leurs foires et
marchés.
Il est possible, mais la possibilité est égale pour toutes les autres régions, y compris en dehors des limites du royaume, que ce coin ait servi à battre localement
des espèces.
On voit très bien la partie plus étroite qui était fixée dans un bloc de bois pour servir d’enclume. L’autre partie, qui faisait fonction de poinçon sur lequel
venait frapper la masse du forgeron, est perdue.
Par Olivier Trotignon
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Dimanche 15 avril 2012
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Voici un vieux dossier qu’il me tardait d’ouvrir, sans intérêt immédiat pour le Moyen-âge régional, mais riche en enseignements sur l’”Histoire parallèle”, celle
qui se fait aux frontières, souvent dépassées, de la légalité, et qui nous échappe le plus souvent.
Depuis une quinzaine d’années dormaient dans les réserves du musée de Saint-Amand-Montrond des mystérieux sachets d’objets métalliques en vrac, scellés du cachet de
cire de la Gendarmerie nationale. Par transparence, on reconnaissait par centaines des monnaies de toutes époques, des bijoux, des ferrailles de toutes sortes, inventoriés mais non identifiés.
Leur tour étant venu de rentrer dans les bases de données des collections publiques, leur étude est l’occasion de revenir sur une vieille affaire de prospection clandestine dont les conséquences
ont été assez exemplaires.
En 1997, la brigade de Gendarmerie de Saint-Amand a interpellé deux individus en flagrant délit de fouilles clandestines dans les cultures autour du prieuré
d’Allichamps, près de Bruère, dans le Cher. Curieuse idée qu’avaient eu ces deux prospecteurs: le site, archi-pillé depuis les années 70, en particulier par une bande organisée presque de façon
militaire, est visible de partout et surveillé. Les gendarmes n’ont d’ailleurs trouvé sur eux que des rebuts de métal. Les détecteurs ont été confisqués, et l’affaire (dont je ne connais pas les
détails) s’est compliquée d’une perquisition au domicile des contrevenants. C’est là qu’ont été saisis toutes sortes d’objets archéologiques, supposés issus de fouilles clandestines. Le tout a
été promptement emballé, mis sous scellés judiciaires et remis au musée le plus proche.
Tout dernièrement, le Procureur de la République a autorisé le bris des scellés -simple formalité mais qui a permis enfin de pouvoir étaler les objets à la lumière
et de commencer leur identification et leur classement. Un premier examen confirmerait une des conclusion de l’enquête: ces prospecteurs ne travaillaient pas pour le plaisir de la collection,
mais dans l’objectif d’arrondir leurs fins de mois. Sur les dizaines de monnaies romaines examinées, aucune n’a de valeur marchande et beaucoup sont de simples rondelles illisibles. Les monnaies
médiévales et post médiévales sont moins nombreuses, mais beaucoup plus lisibles et souvent dans un état de restauration remarquable - les clandestins avaient une méthode de nettoyage des pièces
d’argent que j’aimerais bien connaître - similaire à ce qu’on trouve sur les sites spécialisés en numismatique. Aucune fibule n’est intacte. De là à penser que les auteurs avaient vendus les plus
beaux objets antiques et s’apprêtaient à se séparer des pièces médiévales, il n’y a qu’un pas.
Que vont devenir ces objets? Leur valeur scientifique est, pour l’heure, quasi nulle. Sortis de leur contexte archéologique, leur étude ne présente pas beaucoup
d’intérêt. Ils vont donc être identifiés, dans les limites de leur lisibilité, inventoriés, puis intégrés aux collections publiques. Peut-être serviront-ils un jour à compléter des études sur
l’origine des métaux employés pour les ateliers monétaires médiévaux, ou autre? Ils vont au moins permettre au médiéviste que je suis de se faire plaisir en parcourant des catalogues pour leur
trouver une identité, occasion assez rare pour un historien non archéologue qui travaille presque toujours sur archives de manipuler autre chose que du parchemin.
Merci au lieutenant Desfougères, de la Gendarmerie nationale, ancien commandant du PSIG de Saint-Amand-Montrond, dont les souvenirs et les conseils ont été précieux
pour nous aider à donner la place la plus juste dans les semaines à venir au mobilier à inventorier.
Par Olivier Trotignon
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Dimanche 8 avril 2012
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08:11
Documentation peu spectaculaire et, reconnaissons le, d’un intérêt limité pour l’historien, les monnaies féodales sont
rarement visibles dans les vitrines des musées locaux. Prisées par les collectionneurs, et atteignant parfois des prix sidérants sur internet, les frappes régionales sont un aspect méconnu de
l’histoire de la région.
Voici quelques repères dans une discipline qui intéresse les historiens, archéologues et numismates.
Le droit de frapper monnaie était à l’origine un droit régalien. L’affaiblissement du pouvoir royal à la fin de l’époque
carolingienne a, entre autres, provoqué une réduction du volume des pièces de monnaies émises sous l’autorité du souverain, donc une pénurie d’espèces, nuisible pour le commerce. Comme pour le
droit d’élever des forteresses, des nobles sont passés outre les lois du royaume pour frapper leurs propres pièces d’argent ou de billon (une formule mélangeant du cuivre à l’argent), qu’on
désigne sous le nom de deniers. On ne confondra pas les deniers médiévaux, petites rondelles de métal de faible épaisseur, avec les deniers romains, plus épais et donc plus lourds.
Si quelques pièces ont bien été battues à Bourges au nom du roi Lothaire et de ses successeurs avant l’an 1000, c’est
surtout lors du premier âge féodal qu’on trouve la plus grande variété de deniers. Les plus nombreux ont été frappés à Déols et Issoudun entre 1012 et 1270. On compte parmi eux plusieurs frappes
ordonnées par les rois Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion. Du même groupe politique, la seigneurie de Châteaumeillant, cadette de Déols, a produit quelques émissions. Les comtés de Gien et
de Sancerre ont eu eux aussi leurs monnaies, tout comme, dans la moitié nord de la région les seigneuries de Mehun-sur-Yèvre, Celles-sur-Cher, Saint-Aignan et Vierzon.
Dans le sud du Berry, quelques frappes ont eu lieu à Charenton et Huriel. Ces monnaies sont si rares que, depuis plus de
trente ans que je travaille sur ce secteur, je n’ai pas le souvenir d’en avoir vues ou touchées.
Un cas à part: la seigneurie de Bourbon qui, quoique deuxième force politique régionale après Déols et ses branches
cadettes, a très peu émis de pièces d’argent. Quelques modèles sont répertoriés à Bourbon même et à Montluçon, mais on est loin de la variété des espèces frappées dans l’espace déolois. A cette
situation une explication toute simple: le prieuré clunisien de Souvigny avait son propre atelier monétaire et sa production suffisait à couvrir les besoins locaux en numéraire. Un chapiteau de
la priorale illustre cette activité.
Pour qui voudrait approfondir le sujet, il existe, dans les publications des sociétés historiques régionales, des bulletins
numismatiques. Plus facile à trouver à partir d’un moteur de recherche ordinaire, quelques très belles pièces sont visibles sur des sites de vente en ligne. Les photographies, sous licence, ne
sont pas reproductibles mais une copie à usage privé peut permettre de se composer une banque de données personnelle qui peut-être utile en cas de découverte fortuite.
Par Olivier Trotignon
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Lundi 2 avril 2012
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21:56
Si l’étude du Moyen-âge représente presque 95% de mon activité non professionnelle de recherche, il ne me déplaît pas d’explorer des sentiers historiques
inhabituels pour un médiéviste. C’est ainsi que j’ai eu le loisir de consulter, puis d’étudier, un rare pièce d’archive conservée dans une collection particulière: le registre de contrôle de la
circulation des prostituées de l’ancienne maison close de Saint-Amand-Montrond, dans le Cher. Rien d’égrillard ou de sulfureux dans les fiches conservées dans ce dossier, juste le vertige que
procure cette plongée dans ce gouffre de misère humaine qui se creuse page après page, jusqu’au jour de la fermeture de l’établissement en 1946.
Ces informations, vous avez pu les découvrir succinctement sur mon autre blog “Le livre de Meslon”. Un dossier sur le sujet, beaucoup plus complet, est à parcourir
dans le numéro de Printemps du trimestriel Berry magazine.
Encore plus loin du Moyen-âge, mais tout aussi passionnante, pour moi, à écrire, le même numéro livre une exploration de la scène musicale régionale, à travers mes
souvenirs de concerts et mes rencontres avec des musiciens, parcourant un paysage électrique couvrant un large spectre de tendances artistiques, du Punk rock au Rap.
8€ chez tous les marchands de journaux sérieux et dans certaines grandes surfaces...
Bonne lecture!
Par Olivier Trotignon
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Dimanche 25 mars 2012
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08:34
Les habitués de ce blog et plus particulièrement les lecteurs du sud du département du Cher se souviennent peut-être de cette enquête, menée en collaboration avec
le journaliste Philippe Cros, du Berry républicain, sur le destin du manoir du Vernet, à Saint-Amand-Montrond (Cher).
Cette demeure seigneuriale de petite dimension avait été remarquée en 1917 par un soldat américain en garnison à Saint-Amand. Le même, suppose t-on, en avait fait
l'acquisition avec le projet de déposer ses plus beaux éléments et de les faire livrer aux USA. Le château a bien été démonté en 1919. Nous perdons sa trace ensuite. Tous les contacts pris en
Amérique par Philippe et moi-même se sont révélés infructueux: aucun indice sérieux n'incite à penser que les pierres saint-amandoises ont bien été chargées à Saint-Nazaire comme la rumeur le
prétendait.
J'ai décidé de relancer l'enquête pour le compte du trimestriel Berry magazine. L'hypothèse d'une vente élément par élément des belles pierres du Vernet pour la
restauration de bâtisses victimes des bombardements de la Grande guerre n'est pas à écarter. Les cheminées, encadrements de portes et fenêtres et escaliers sont peut-être toujours quelque part en
France, anonymes dans une propriété de caractére, et il existe une faible chance de les retrouver.
Je me permets de m'adresser à vous pour vous demander si vous disposeriez de photographies personnelles montrant le démontage du manoir et éventuellement des
détails des pierres sculptées, et si vous accepteriez de m'en communiquer une copie pour illustrer le papier qui est prévu pour l'été?
Il existe une dossier très intéressant sur la base Mérimée du ministère de la Culture, mais les clichés ne sont pas libres de droit. Des photographies sur le mode
de démontage pourrait permettre d'identifier les parties qui ont été soustraites de celles qui ont finies misérablement dans les remblais ou des réemplois occasionnels à Saint-Amand.
Une petite information pour finir: j'ai découvert dans la salle de sport ouverte dans l'ancienne grange du château une maçonnerie intérieure qui semble bien être la
base d'une des tourelles d'angle de l'ancienne enceinte protégeant la cour intérieure du Vernet. Il s'agirait du vestige le plus ancien qui reste de ce petit ensemble défensif médiéval.
Par Olivier Trotignon
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