Les habitués de ce blog se souviendront des articles décrivant le patrimoine local de l’époque féodale à savoir le prieuré roman et sa nécropole, et la grosse forteresse construite à partir des structures remaniées de l’ancien amphithéâtre antique, qui attestent une importante activité humaine à partir du XIe siècle dans ce grand champ de ruines gallo-romaines que je ne veux pas appeler ville, au vu de la faiblesse du tissu urbain repéré sur place.
Nous sondons aujourd’hui un puits beaucoup plus obscur, car presque vierge en témoignages archéologiques et encore plus documentaires, à savoir la longue période qui sépare la fin de l’Empire romain du premier âge féodal, sois presque cinq siècles d’incertitudes, grâce à une découverte faite il y a une vingtaine d’années lors de travaux de déblaiement des structures de l’ancien conciliabulum, appelé à tort forum, à l’ouest de l’amphithéâtre.
Dans un des angles du conciliabulum apparurent en effet les restes d’une cuve baptismale octogonale montée en petit appareil de grès, bâtie à l’intérieur d’une des
salles de l’ancien lieu de culte gallo-romain. Contrairement à d’autres monuments dans lesquels la cuve est construite au centre d’un édifice de section polylobée, comme c’est le cas à la
cathédrale Saint-Cyr de Nevers, entre autres, les constructeurs de celle de Drevant semblent avoir fait le choix de s’installer au sein même de l’ancien sanctuaire indigène.
Je crois utile d’insister sur la rareté d’une telle découverte. En règle générale, les baptistères du haut-Moyen-âge sont plutôt signalés en milieu urbain, dans des cités où s’expriment les valeurs du Christianisme primitif par une présence ecclésiastique organisée autour de grandes églises et d’abbayes. Dans le cas de Drevant, nous sommes directement situés dans l’enceinte d’un sanctuaire dont les origines remontent très certainement à la période antérieure à la romanisation du pays des Bituriges, à plus de 50 kms de Bourges, centre du diocèse. Drevant se trouve dans une région faiblement urbanisée, séparé de la voie Bourges-Néris par le Cher et paraît être un lieu de pèlerinage saisonnier des populations rurales locales rassemblées autour d’un panthéon indigène encore anonyme.
Qu’est-ce qui a pu faire de ce temple une priorité pour le clergé berrichon d’alors? Probablement la nécessité pour les autorités religieuses de combattre dans un
de ses bastions les anciens cultes polythéistes, qui devaient être très puissants à Drevant si on en juge l’importance des structures bâties prévues pour les accueillir - amphithéâtre pour la
représentation de mystères, sanctuaire des eaux alimenté par des aqueducs et conciliabulum aux centre duquel s’élevaient deux fana jumeaux. On peut penser que Drevant fut choisi comme lieu de
conversion et de baptême parce que l’atmosphère qui y régnait alors était toute empreinte de piété, fut-elle d’essence païenne.
Rappelons que Drevant n’est pas un cas unique en Gaule. Un baptistère est connu à Lanleff, dans les Côtes-d’armor, sur les bases d’un ancien temple gallo-romain.
Les dimensions de la cuve baptismale de Drevant sont assez réduites: les murs mesurent un mètre de coté et la cuve circulaire a un diamètre d’un mètre quarante. Je
n’ai pu trouver les cotes du baptistère de Saint-Cyr de Nevers pour les comparer à celle du sujet de cet article, mais les deux dispositifs sont de taille assez proches.
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