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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 10:51

 

groupe-cathédrale

 

Afin de permettre à un plus grand nombre d’être avertis des nouvelles publications sur ce blog, ainsi que quelques autres ayant rapport avec le Moyen-âge sur mes blogs secondaires, j’ai ouvert une page facebook sur laquelle je copierai les liens de chaque article.
Vous êtes déjà une soixantaine à vous être abonnés à la newsletter de Berry médiéval. Avec cette page facebook, je m’adresse en particulier aux lecteurs qui consultent épisodiquement leurs boites aux lettres et préfèrent ce réseau social pour s’informer rapidement.
A terme, cette page me permettra de faire la promotion de publications sur des blogs amis, pour une meilleure perception de la grande variété du fait médiéval dans les pays du Centre.
Pour vous inscrire, il suffit de chercher Berry médiéval sur facebook (https://www.facebook.com/#!/BerryMedieval) et de cocher la mention “j’aime”.
Je suis bien entendu à l’écoute de toutes les bonnes suggestions pour améliorer ce nouvel espace de contact, qui sera régulièrement purgé des contributions indésirables.

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 13:12

clypeata

 

J'attire votre attention sur un phénomène botanique insignifiant à l'échelle de l'histoire du Berry mais qui a marqué l'imaginaire des anciens historiens de la région.
J'avais le souvenir d'une légende locale dont je n'arrivais pas à préciser l'élément principal jusqu'à ce qu'un lecteur de ce blog trouve la solution et m'indique l'existence d'une espèce florale rare, la Farsetia clypeata, qui se trouve au centre d'une intéressante série d'observations savantes remontant au début du XIXe siècle. Je n'ai jamais vu cette fleur, sorte de petite giroflée, et, comme aucune des personnes que j'ai sollicitées pour utiliser une de leurs photos en ligne ne m'a répondu, je laisserai le soin au lecteur d'aller découvrir par ses propres moyens l'aspect de cette curiosité.
Au début du XIXe siècle, les botanistes qui inventoriaient les espèces végétales endémiques sur le sol français ont identifié, dans les ruines du château de Montrond, dans le Cher, une petite fleur d'une grande rareté poussant sur la colline où se trouvent les vestiges de l'ancienne forteresse. Un autre site, la ville médiévale de Dun-sur-Auron, fut un peu plus tard repéré. Dans les deux cas, une partie des vestiges date du XIIIe siècle.
Les noms français de la Farsetia clypeata: Herbe de Jérusalem ou encore Herbe des croisades ont peut-être favorisé l'invention d'une histoire, devenue à la longue légende, d'un chevalier berrichon ayant participé aux croisades, revenu avec une graine de cette fleur coincée sous le sabot de son cheval. Cette petite fable locale était encore racontée dans les années 70, quand j'étais bénévole sur le chantier de Montrond.
L'époque à laquelle s'est forgée cette histoire était féconde en récits inspirés par la culture chrétienne de la majorité de la population d'alors, et les livres d'histoire locale ne sont pas avares de ce genre d'anecdotes étrangères à la rigueur de la recherche historique. Avec un certain angélisme, moines et chevaliers vertueux apparaissaient à chaque occasion, ou presque, de parler du passé médiéval d'un terroir.
La thèse de la plante ramenée des croisades est fragile. Le château de Montrond a été élevé dans le premier tiers du XIIIe siècle, son initiateur n'a pas participé aux expéditions en Orient et la préoccupation des chevaliers de l'époque n'était pas la botanique. L'idée de la graine restée sous le pied d'un cheval est plaisante pour un conte pour enfant, mais les conditions de voyage de l'époque excluent totalement qu'un noble berrichon ait pu faire tout ce chemin avec le même cheval chaussé des mêmes fers.
Reste que cette plante a bien été introduite en Berry sur deux sites au moins, peut-être à des époques différentes, à partir de souches proche-orientales ou caucasiennes. Nous savons que la fin du Moyen-âge fut une période où les riches seigneurs aimaient s'entourer de curiosités animales et végétales. La giroflée est peut-être arrivée à Montrond et à Dun à l'époque où les d'Albret séjournaient parfois en Saint-amandois? Il serait sans doute intéressant de pousser les investigations dans d'autres localités de la régions, pour voir s'il ne reste pas de traces de cette espèce, pour affiner l'évaluation du phénomène.
Reste que la petite plante a disparu, victime de son succès et de sa rareté. Les botanistes venaient en arracher des plants pour leurs herbiers et ont fini par éradiquer involontairement ce curieux vestige du passé.
Elle aurait été réintroduite à Dun, ce qui est une fausse bonne idée, car il ne sera plus jamais possible de distinguer les anciennes clypeatae des nouvelles si les graines venaient à migrer dans des sites médiévaux dont la flore n'a pas été encore correctement inventoriée.

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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 19:47

 

petit-vicieux

 

Saint-Amand-Montrond, dans le centre de la France, est une ville où l’on a des goûts choisis. On y aime le Tour de France, le pâté aux pommes de terre, les bustes de gens illustres, le feu d’artifice du 14 juillet, la musique militaire, les fleurs en jardinière, le golf, les présidents de la République (enfin, surtout les deux d’avant), les caméras de vidéo surveillance (et leurs antennes), les canards sur le canal et les tableaux religieux.
Saint-Amand-Montrond est surtout un endroit où on aime les effets comiques. Dans une période aussi morose, ça fait du bien de rire, et nos, enfin, les élus, nous offrent pour les fêtes une copieuse tranche de bonne humeur.
Ce billet est bien le moins que je puisse faire pour les en remercier.

Alors que ce blog vient d’être retenu comme ressource documentaire à l’usage des étudiants en histoire de l’université Paris I - Sorbonne, la mairie de Saint-Amand vient, pour la deuxième fois cette année, de m’interdire de prendre la parole dans l’enceinte du musée municipal, dit musée Saint-Vic.
Pour saisir tout le sel de la situation, imaginez vous une sorte de pièce de boulevard, avec des gentils, des méchants, des cocus, enfin, tout l’attirail indispensable pour que le public passe une bonne soirée.
Les personnages:

a) les gentils. Des radoteurs, jeunes ou vieux, qui osent l’imposture juste parce qu’ils ont lu quelques livres d’histoire locale qu’ils s’appliquent à réciter sans omettre une virgule de peur de devoir un jour mettre un orteil hors du cercle étroit de leur frileuse médiocrité. J’imagine qu’il en existe de la sorte dans toutes les petites villes où la culture passerait presque pour un gros mot. Ils ont l’échine souple et se plient facilement. Leur aptitude à étaler le cirage est universellement reconnue

b) les méchants. J’en fait partie, et ça ne se soigne pas: les historiens. Enfin, les vrais historiens, ceux qui ont été jugés tels par leurs pairs à l’issue de leurs années d’études, qui prennent le risque de publier le résultat de leurs recherches et d’aller face au public soutenir leurs conclusions. Leur raideur et leur incapacité à faire fonctionner correctement les brosses à reluire les font repérer tout de suite par les pions et les aspirants de carrière.

c) les cocus. Il s’agit de la partie obscure du scénario. Ils se découvrent au fil de l’histoire.

Le scénario, justement. En trois actes:

ACTE I
Scène 1
septembre 2010. Je propose de soutenir une association d’artistes locaux en leur offrant une conférence. Ce sont les journées du Patrimoine, le théâtre (tient, ça tombe bien) de la Carrosserie Mesnier offre de nous accueillir et invite même le soir Guillaume Ledoux, chanteur de Blankass (qui me prête ses chansons pour sonoriser ce blog).
Scène 2
L’équipe municipale programme in-extremis une animation savante juste à l’heure de ma conférence, à 50 m de là. On appelle ça un coup de théâtre. Les méchants sont prévenus, ça ne se passera pas comme ça!

ACTE II
Scène 1
mai 2012. Je propose une conférence vespérale pour la Nuit des musées, autour d’une plaque votive gallo-romaine.
Scène 2
L’équipe municipale juge sans intérêt mon offre. Les méchants perdent encore une bataille sans l’avoir livrée. Les gentils ricanent. Les cocus s’interrogent.

ACTE III
Scène 1
été 2012. Je propose de venir présenter en janvier 2013, dans le cadre de la série de conférences “une heure, une œuvre”, une étude sur un sujet emblématique: le manoir du Vernet. Mû par de folles pensées, j’intitule imprudemment mon projet: “un château dans les nuages, la disparition du manoir du Vernet”. Mais voyons donc! Alors qu’il y a tant de choses à raconter sur le pâté aux pommes de terre, les fleurs en pots et les canards du canal...
Scène 2
fin novembre. Je viens d’apprendre que mon projet avait été rejeté, et remplacé par quelque chose de beaucoup plus sérieux: les tableaux religieux. Je respire malgré tout: j’échappe aux représailles et j’évite la corvée de récurage des commodités du musée.
Scène 3
Deux autres méchants sont montrés du doigt par les gentils: un collègue historien moderniste et ancien archéologue et une historienne de l’Art, spécialiste du patrimoine religieux, sont envoyés me rejoindre au piquet où je pleure le temps perdu à préparer une communication qui ne se tiendra peut-être jamais.
Les gentils ont encore gagné. Les cocus commencent à comprendre.

Le rideau retombe et les braves gens s’endorment en paix, à l’abri derrière les cyclopes globuleux de vidéo surveillance urbaine.

Que faire?
Continuer, sans hésitation.
Qu’il y-a-t’il d’inacceptable dans des sujets tels la féodalité régionale, le fait religieux dans l’antiquité ou la dispersion des éléments architecturaux d’un manoir du XVe siècle, à part l’auteur même de ces sujets?
De telles tartufferies sont les plus belles invitations qu’on puisse me faire à poursuivre mon investissement pour la promotion d’une culture de qualité et populaire, en médiéviste indépendant. J’appelle de mes vœux le jour prochain où j’aurai enfin la chance de pouvoir travailler localement avec une équipe d’élus compétents et de bonne volonté sur des projets à la hauteur de la richesse culturelle et patrimoniale qu’offre cette région.

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Published by Olivier Trotignon - dans actualité
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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 11:31

Domerat1

 

Les habitués de ce blog savent qu’il existe en France de nombreux lieux susceptibles d’intéresser les médiévistes ou les historiens de l’art à coté desquels on passe faute d’information qui signale leur présence.
C’est, me semble t-il, le cas de la crypte romane de l’église de Domérat, dans le département de l’Allier, et dans l’ancien diocèse de Bourges, qui présente un intérêt certain.
Je suis passé moi-même assez souvent près de cette église qui n’avait pas spécialement retenu mon attention jusqu’à ce que cet été, à l’occasion des journées du Patrimoine, un de mes amis journaliste au quotidien La Montagne m’envoie la liste des sites ouverts dans le nord de l’Allier. Les photographies qui illustrent ce billet ont été prises à cette occasion.
Pour l’historien, Domérat est associé au nom d’une des seigneuries influentes de ce secteur du futur Bourbonnais dès le XIe siècle. Les chevaliers de cette maison, représentative de la toute petite féodalité rurale, sont cités dans les actes du cartulaire de la Chapelaude. Sans expression formelle de liens d’homme-à-homme, les sources placent cette famille comme vassale de la maison d’Huriel, située à une demi-douzaine de kilomètres. Le regretté Maurice Piboule y a localisé les vestiges d’une motte castrale.
La crypte de l’église a des dimensions intéressantes car, mesurées au pas, d’environ cinq mètres sur douze. Comme les autres cryptes de la région, ce sanctuaire souterrain est situé dans les soubassements du chevet, et est accessible par un court escalier. La municipalité, propriétaire du monument, a eu la bonne idée d’aménager un éclairage automatique, bien pratique.
De beaux chapiteaux sont visibles dans la nef. Un éclairage indépendant est toutefois nécessaire pour profiter pleinement de leur variété.

 

Domerat-2

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 09:54

cavalier-chapiteau

 

Lors de mes recherches aux Archives départementales du Cher et de la Creuse, il m’est arrivé de lire des actes souscrits à l’occasion de la croisade contre les Albigeois. Les sources sont de deux natures: narratives, à partir des chroniques monastiques et diplomatiques, à travers les dons accordés aux établissements religieux par les nobles déclarant leur intention de s’associer à ce grand événement.
S’il est inutile de résumer ce long conflit, sur lequel une foule d’auteurs ont publié, il me semble intéressant de rappeler quelques unes des coutumes qui accompagnaient le départ des Berrichons et de leurs voisins sur les routes de la Croisade, aussi bien en Albigeois que vers l’Orient.
Trois conditions matérielles doivent être réunies pour qu’un seigneur entreprenne son voyage:
- il lui faut réunir les fonds nécessaires à la couverture de ses dépenses;
- son fief doit être confié à une personne en mesure de se substituer à son autorité seigneuriale;
- il doit désigner un héritier pour lui succéder en cas de décès.
Spirituellement, le croisé s’assure que les communautés religieuses influentes diront des prières pour son salut. Les dons aux monastères et églises s’ajoutent aux frais de route.
Ces frais peuvent être multiples et augmentent avec la distance: nourriture, hébergement, maréchalerie, achat de chevaux, mulets ou ânes, remplacement d’équipements perdus et le pire, la rançon en cas de capture. Le revenu de l’impôt exceptionnel pour le départ en croisade étant insuffisant, beaucoup de seigneurs vendent des terres ou hypothèques des biens. Tous ont espoir de se rembourser sur d’hypothétiques butins.
Un seigneur, un vassal de confiance, un officier seigneurial, un parent proche et parfois sa propre épouse tiendront les terres en ordre, rendront la justice et expédieront l’ordinaire jusqu’au retour du croisé. Son fils aîné, un neveu ou un parent proche prendra sa succession en cas de malheur.
La décision de se croiser engage presque toute la société qui gravite autour de celui qui va partir, ce qui explique la relative abondance de mentions dans la documentation médiévale.
Deux chroniques régionales, au moins, font écho à des départs vers le Languedoc, celle de l’abbaye de Déols et celle de Vierzon.
Dans les archives consultées, plusieurs abbayes sont concernées par des dons seigneuriaux: Déols, Vierzon, Chalivoy et Bonlieu, dans la Creuse. Un seigneur de Vierzon dote 38 églises à l’occasion de son engagement.
Le sommet de la pyramide féodale régionale est impliqué dans cette croisade. Les seigneurs de Déols, Issoudun, Vierzon, Sancerre, Bourbon, Mehun participent à la guerre, de même que, plus au sud, un vicomte d’Aubusson. Ces personnages ne se déplaçant jamais seul, il faut ajouter un nombre indéterminé de combattants dans leur suite. A titre individuel, peu de petits chevaliers s’engagent, mais il n’est pas du tout  certain que les archives soient complètes. Je n’ai relevé le départ, ou l’intention de prendre la croix que du seigneur d’Epignol, vers Sancerre, celui de Mérinchal, aux sources du Cher, et un officier de l’entourage des Déols.
Comme conséquence directe du conflit, Guy Devailly nous apprend, dans sa thèse (p.375), que le seigneur d’Issoudun est mort à cette occasion.

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Published by Olivier Trotignon - dans politique-société civile
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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 10:47

Corquoy-effraie

Nous sommes loin des pelouses impeccablement tondues, des haies bien taillées, des salles parfaitement entretenues et, pour certaines, bientôt généreusement chauffées de l’abbaye voisine de Noirlac.
Nous sommes ici en pleine nature, dans un vallon étroit, dans un site injustement beaucoup moins connu que sa voisine cistercienne. Ici, pas de luminaires “higth-tech”, pas de librairie, pas de chauffage par le sol, mais de la terre battue, des feuilles mortes, des rapaces nocturnes et des courants d’air glacés l’hiver.

 

Corquoy-extérieur

 

Pour qui veut s’ imprégner de spiritualité monastique médiévale, les ruines de l’ancienne celle grandmontaine de Corquoy sont un lieu à connaître, comme peut l’être une abbaye comme Fontmorigny, tant nous y sommes proches de la simplicité et de la rusticité qui étaient le quotidien de leurs premiers occupants.
Ces deux sites, que j’apprécie beaucoup, vous l’aurez compris, ont un point commun qui mérite d’être souligné. Fontmorigny et Corquoy appartiennent à des propriétaires privés, qui consacrent des efforts remarquables à leur valorisation et leur entretien.
Nous avons profité du soleil des journées du Patrimoine pour retourner à Corquoy et y découvrir une nouvelle étape de la rénovation de la petite abbatiale romane. Il y a peu, les ouvertures éclairant la nef étaient encore obstruées par des briques. Aujourd’hui, la lumière qui l’éclaire est filtrée par des vitraux réalisés par l’artiste-verrier Jean Mauret. Sans créer d’atmosphère artificielle à laquelle tant de mes contemporains sont sensibles au point de s’identifier avec les anachorètes médiévaux, ces verrières sobres et élégantes apportent un touche de douceur à la rigueur des pierres grandmontaines.

 

Corquoy-vitraux

 

Une visite de Corquoy est aussi un excellent prétexte pour approfondir ses connaissances sur le monachisme occidental. L’Ordre de Grandmont, né en Limousin, possédait une demi-douzaine de celles dans le diocèse de Bourges, pour à peine plus du double de monastères cisterciens. Si Cîteaux est une pièce majeure de l’architecture spirituelle de notre région au Moyen-âge, Grandmont a occupé une place qui n’a rien d’anecdotique dans cet édifice.

 

Corquoy-nef

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Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 17:03

Huriel-gisant-1

 

Une fois n’est pas coutume, mais face à l’adversité, force est d’adapter ses principes, j’illustrerai cette notice avec des clichés d’un objet parfaitement faux, une statue de résine de quelques kilogrammes tout au plus là où j’aurais aimé vous montrer quelques centaines de livres de belle roche sculptée.
Voilà l’affaire en deux mots. Il y a quelques mois, nous avions pris la route de Moulins, dans l’Allier, pour aller visiter le musée Anne de Beaujeu. Dans ma poche, mon appareil photo et dans l’esprit, l’espoir de ramener des clichés d’un des derniers gisants médiévaux berrichons qui m’échappait encore, représentant un des chevaliers de la famille de Brosse, naguère seigneurs des fiefs d’Huriel, Boussac et Sainte-Sévère. Sur place, le personnel du musée se montra intraitable. Médiéviste ou pas, les photos étaient interdites dans le musée. Plus lassé d’argumenter contre ces pesanteurs administratives d’un autre âge que respectueux du règlement, je décidai de rompre la lance et d’attendre des jours meilleurs, qui vinrent de manière assez inattendue, apportant une solution peu élégante quoique radicale à mon problème.
Depuis une foule d’années, j’attendais de pouvoir visiter un jour le donjon d’Huriel, haut lieu de la féodalité régionale tant primitive que tardive, quand l’occasion se présenta presque par hasard lors des journées du Patrimoine. La municipalité d’Huriel organisait des visites du donjon et du petit musée. Je profitai donc de l’aubaine de voir enfin à quoi ressemblait l’intérieur de la grosse tour médiévale, y découvrant, dans un espace muséographique fort bien agencé, un moulage du gisant du musée de Moulins sur lequel ne pèse aucune contrainte juridique de droit à l’image, d’exclusivité, de propriété intellectuelle ou autre règlement plaisant du même tonneau. Rien ne vous empêche donc d’aller admirer l’original, mais la copie gisant dans les murs même où vécurent les commanditaires de l’œuvre primitive, à quelques dizaines de mètres de l’église où on pouvait la contempler jusqu’à la Révolution ne manque pas de caractère.
Cette statue funéraire a un passé tourmenté. On ne sait en fait pas trop bien qui est l’homme sculpté couché la tête sur un coussin, les mains jointes dans un geste de prière et les pieds (disparus) posés sur un chien, selon l’usage du temps. Sa robe, qui est enfilée par dessus son armure, porte de très fines broderies qui reproduisent les armoiries de la famille de Brosse.

 

Huriel-gisant-2

 

Plusieurs notices historiques très complètes sont accessibles sur internet et vous donneront tous les renseignements que je me refuse à reproduire par respect envers le travail des chercheurs qui ont produit ces connaissances. Tout juste me bornerai-je à rappeler que cette dalle funéraire était l’élément central d’un magnifique tombeau de style gothique sur le modèle habituel du gisant sous enfeu, sculpté dans les premières années du XVe siècle. L’œuvre a été décrite avec soin avant sa destruction, ce qui permet d’apprendre qu’elle ne contenait pas seulement les restes d’un des maîtres de la place, mais d’une partie de la famille de Brosse contemporaine de la Guerre de cent ans. Les iconoclastes révolutionnaires prouvèrent une fois de plus la bêtise et l’intégrisme de leur haine du passé en mutilant le pauvre gisant dont seule la partie supérieure a été retrouvée par hasard au fond d’une mare.
Dans les divers rapports que j’ai lus sur le sujet, curieusement, personne ne s’est interrogé sur le sens de l’existence d’une nécropole chevaleresque dans une simple collégiale urbaine, l’église Saint Martin, aujourd’hui presque entièrement disparue mais dont l’emplacement est encore bien visible devant l’esplanade au pied du donjon, alors qu’à une poignée de kilomètres existait le prieuré bénédictin de la Chapelaude, refondé au XIe siècle par un des premiers seigneurs d’Huriel connus, Humbaud, qui en avait fait le lieu d’inhumation des membres de son lignage. L’affaire mériterait d’être observée de près, mais il est tout à fait possible qu’il s’agisse là d’un des multiples avatars de la perte de prestige des monastères ruraux depuis l’essort des villes au XIIIe siècle, qui a frappé de plein fouet les abbayes cisterciennes locales, les communautés urbaines de moines et, comme c’est le cas ici, de chanoines représentant un renouveau spirituel qui a attiré l’empathie nobiliaire.
Je recommande donc une visite du musée d’Huriel pour l’intérêt patrimonial réel qu’il représente et, je le souligne, l’absence d’erreurs historiques comme on en trouve encore trop souvent dans les panneaux d’exposition ou les propos des guides. Une partie d’exposition sur la vigne et le vin à l’époque contemporaine donne à la découverte  de l’ensemble un curieux caractère anachronique qui n’est pas, loin s’en faut, désagréable.

 

Huriel-collégialeemplacement de l'église Saint-Martin, vu de la plate-forme du donjon

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Published by Olivier Trotignon - dans art funéraire
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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 21:35

Noirlac-luminaires-1

Le cellier

 

L'une des finalités de ce blog est d'aider le plus grand nombre à découvrir et s'approprier la culture médiévale, en cherchant à trahir le moins possible l'esprit et la culture des gens qui nous ont précédé. Au contact du souvenir d'un passé qui, comme le chantait Alan Stivell, dans nos terroirs, "sourd au moindre coup de pioche", j'essaie dans la mesure du possible de m'effacer pour laisser aux vestiges et aux anciens textes le soin de vous parler eux-mêmes de la civilisation qui les a générés.
C'est pourquoi j'ai intérieurement hurlé en parcourant les salles de l'ancienne abbaye cistercienne de Noirlac.
Alerté par un article signé par la journaliste Anne-Lise Dupays, dans l'Echo du Berry de la semaine dernière, j'ai voulu me rendre compte par moi-même d'une nouvelle extravagance frappant l'antique monastère et ainsi sondé l'abyssale profondeur de la prétention de notre société moderne à l'égard de la culture médiévale.
Comment vous dire? Pour moi, une abbaye comme Noirlac se suffit à elle-même. La qualité des restaurations qui l'ont sauvée de la ruine nous la présente comme un espace en devenir, prêt à être occupé par les moines et leurs convers, il y a presque huit siècles. Pas comme un lieu de création prétendument inspirée pour artistes en mal de sensations. Pas comme un lieu de rendez-vous pour oisifs nourris d'idées révolutionnaires en matière de création et d'introspection égocentrique.
Noirlac est un lieu où celle et celui qui cherchent le passé doivent pouvoir s'émerveiller sans obstacle et sans fraude devant une branche de la spiritualité médiévale.
Alors, que vient faire dans ces lieux cette cacophonie de luminaires aussi gracieux que des obus de 75, ces lampions rétro-éclairés anti-panique qui polluent de leur timbre vert le cloître et ces œuvres prévues pour réveiller les sens des visiteurs, rendant du coup invisibles les lieux et inaccessibles les schémas de la pensée cistercienne?
Noirlac va mal. On cherche à en faire un lieu rentable, accessible comme une vulgaire bouche de métro, sans déférence aucune pour le siècle qui a dessiné ses plans et taillé ses pierres.
Personnellement, de ma position d'historien de la période médiévale, je réprouve cette attitude. Laissons les murs parler aux visiteurs sans artifice.
Pour vous forger votre propre opinion, voici un florilège subjectif assumé de l'esprit qui hantait le vieux monastère de moines blancs pendant les journées du Patrimoine 2012.

 

Noirlac-luminaires-2

Le réfectoire

 

Noirlac-luminaires-3

L'abbatiale

 

Noirlac-luminaires-4Le cloître

 

 


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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 19:20

JdB-buste

 

Les journées du Patrimoine seront sans doute pour plusieurs d’entre vous l’occasion de venir admirer une des plus belles dalles funéraires médiévales du patrimoine régional, le gisant de Jean, naguère duc de Berry.
Primitivement élément central d’un tombeau ducal aujourd’hui détruit et dispersé, ce monument était visible dans l’ancienne Sainte Chapelle de Bourges. Sculptée dans un marbre blanc incrusté d’ inclusions de roche noire, la statue du vieux duc est d’une finesse d’exécution remarquable. L’homme, couronné, est représenté tenant un phylactère, mains croisées sur le buste. Le visage est traité de manière réaliste, les traits du prince étant tout à fait reconnaissables, et comparables à d’autres supports artistiques, sculptés ou dessinés.
Les pieds du duc de Berry reposent sur un ours endormi, la tête ceinte d’un licol marqué de la fleur de Lys. La titulature complète du défunt est gravée sur les bords de la dalle sur laquelle repose la statue.

 

Jean-de-Berry-ours

 

L’ours ducal a été au centre d’interprétations toutes plus folkloriques les unes que les autres et reposant la plupart du temps sur des propositions méconnaissant souvent la culture de ce haut personnage. Animal symbolique du duc, qui usait de la devise “Ursine, le temps venra”, il n’est, d’après Michel Pastoureau, que l’illustration d’un jeu de mots associant le nom anglais “bear” à la sonorité du mot “Berry” et aurait été imaginé par le duc lors de sa longue détention dans les geôles anglaises pendant la Guerre de 100 ans pour traduire sa lassitude d’être retenu loin de sa terre.
Ne quittez pas l’étage inférieur de la cathédrale de Bourges sans jeter un œil aux vitraux déposés des verrières de la Sainte Chapelle et remontés en cet endroit, même si la pâleur de leur style les fait paraître presque anecdotiques comparés aux vitraux plus anciens du niveau supérieur. Si le faste de l’époque de Jean de Berry s’est amenuisé au cours du temps et que Bourges ne conserve plus grand chose des réalisations de  cette figure majeure de son histoire dans son paysage urbain, les journées du Patrimoine peuvent être le bon moment pour aller à la recherche des traces du duc dans l’actuel hôtel du département et au musée du Berry.
Bonnes journées à vous toutes et tous!

 

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Published by Olivier Trotignon - dans art funéraire
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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 08:24

soulier-1

 

J'attire tout exprès votre attention sur un objet rare exposé dans une vitrine du musée du Berry, à Bourges,et qui n'est pas présenté, malgré l'époque de sa fabrication, avec les collections médiévales.
Visible à l'étage des Arts et traditions populaires, parmi une foule d'œuvres de grande qualité, cette pièce passe parfois inaperçue.
Il s'agit d'une sandale fabriquée pour un pied d'enfant que la tradition identifie comme ayant appartenu au garde-robe de l'ancienne duchesse de Berry Jeanne de France. Le couvent de l'Ordre de l'Annonciade, situé à Saint-Doulchard, aux portes de Bourges, possède l'autre chaussure, que les religieuses conservent précieusement en souvenir de la fondatrice de leur communauté au XVe siècle.
Faite de cuir sur une épaisse semelle de bois, cette sandale est d'une réalisation particulièrement soignée qui exclut complètement qu'il s'agisse d'un soulier ordinaire. Le cuir a subit un délicat travail de dorure au fer et présente quelques reliefs de polychromie. Seul le lacet, élément le plus fragile, est manquant. Le soin apporté à la réalisation de cette chaussure ne peut donc pas vraiment être pris comme une généralité s'appliquant à tout l'artisanat en produits chaussants de la fin de la période médiévale.
Cette sandale peut être un bon prétexte pour se pencher sur la biographie de ce personnage intéressant et, soyons juste, attachant, de l'histoire de France et du Berry que fut la duchesse Jeanne, qui vaut amplement d'autres figures de son temps.
N'ayant jamais travaillé sur ce sujet, je ne me permettrai pas de piller mes confrères pour développer cette biographie. Je recommande néanmoins la consultation des actes du colloque organisé par le Conseil général du Cher en septembre 2002, pour la variété et la qualité des thèmes débattus à propos de l'œuvre de Jeanne de France, devenue sainte Jeanne en 1950, en Berry.

 

soulier-2

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Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
  • Moyen-âge en Berry
  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
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conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Archives

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.