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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 09:31

Issoudun-aerien1

 

 

Même si cet article n’a pas la prétention de rajouter quoi que ce soit à la connaissance de l’histoire de la ville d’Issoudun, dans le département de l’Indre, il n’est pas superflu de rappeler brièvement le contexte dans lequel ce terroir a évolué depuis l’installation sur place de ses premiers seigneurs.

D’après Louis Raynal, Issoudun aurait été confié dès 1018 par le seigneur de Déols à un de ses fils selon la règle de l’apanage. Cette disposition particulière, qui permettait d’accorder l’usufruit d’un bien non transmissible à ses héritiers à un individu pour la durée de sa vie ne se confirme pas dans les décennies suivantes, où il apparaît clairement qu’Issoudun devient le fief d’une branche cadette des seigneurs de Déols. Cette famille  occupe le site jusqu’à sa disparition au milieu du XIIIe siècle et compte parmi les acteurs les plus dynamiques de la féodalité régionale. Son pouvoir s’étend sur la vallée du Cher, avec ses possessions à Châteauneuf et sur le Boischaut du Sud, dans la région du prieuré d’Orsan. Ses seigneurs dotent les plus grands monastères berrichons, partent et parfois meurent en croisade, et foulent même le sol du Languedoc en participant aux expéditions contre les hérétiques albigeois.

La famille des Déols d’Issoudun prospère donc dans une période où le Berry bénéficie de la hausse générale de la démographie occidentale avant les grandes crises du XIVe siècle. La conquête du sol, indispensable pour répondre aux besoins vitaux d’une population qui augmente lentement mais régulièrement, laisse des traces dans la toponymie, où les essarts et villes neuves ne sont pas rares, mais aussi dans l’organisation des parcellaires dont la photographie aérienne et les cadastres sont des outils indispensables pour en apprécier la rigueur.

Nous avions, dans un billet précédent, survolé la ville royale de Dun-sur-Auron, dans le Cher, autour de laquelle apparaît un beau parcellaire “en toile d’araignée”. 

Celui d’Issoudun est absolument exemplaire. Son exploration est accessible à tous grâce aux banques de photographies satellites disponible sur internet. Curieusement, l’affinement des outils photographiques nuit à la considération du phénomène vu dans son ensemble et des clichés plus anciens que ceux auxquels on a accès aujourd’hui donnent parfois moins de détails mais plus d’informations sur les paléo-paysages.

 

Issoudun-aerien2

Disons tout d’abord que tout le monde n’est pas d’accord sur l’interprétation donnée à ces grandes structures radioconcentriques. Certains archéologues doutent par exemple de la capacité des hommes du Moyen-âge à appliquer à la gestion du sol des principes géométriques proches de ceux que les aménageurs des grandes métropoles du Nouveau monde programment pour préparer l’extension des périphéries urbaines.

Nous nous contenterons de décrire le modèle observé à Issoudun et à Dun-sur-Auron, deux villes de nature comparable (période de croissance, population, topographie environnante). Bourges pourrait avoir été au centre d’une dynamique comparable, mais la forte croissance des quartiers extérieurs à l’époque de la première Révolution industrielle a bouleversé le paysage.

Au centre de la “toile” se trouve le château primitif, dont la Tour blanche d’Issoudun demeure le témoin le plus visible. De ce château, ou de la ville qu’il protège partent des voies droites, tant que la tomographie ou l’hydrographie ne font pas dévier leur trajectoire. Ces chemins, ou routes, bornent des parcelles de superficie assez régulière, mais  il faudrait disposer d’études statistiques sur le sujet. 

Issoudun-tour


Certains admettent que nous sommes en présence de paysages fossiles hérités des périodes de grands défrichements corollaires de la hausse de la population aux XIIe et XIIIe siècle. Une partie des anneaux concentriques les plus proches du centre pourrait correspondre à la réserve seigneuriale, les parcelles plus excentriques pouvant avoir été le siège des tenures paysannes, ce qui nous éloigne beaucoup de l’image périmée d’une sorte d’anarchie féodale généralisée, fondée sur la brutalité et l’incompétence des élites de l’époque. Le conditionnel est bien entendu de rigueur car ce modèle simplifié ne prend pas en compte les autres grands propriétaires terriens que sont les abbayes et hôtels-Dieu installés dans le tissu urbain.

Issoudun est un exemple particulièrement didactique d’une situation archéologique et historique remarquable et fragile, qui mériterait une étude élargie à d’autres régions. J’invite mes lecteurs métropolitains à aller chercher eux mêmes autour de leur lieu de résidence d’autres traces de ces anciens parcellaires arachnéens qu’on découvre parfois un peu par hasard autour de petits villages d’origine médiévale.

 

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 19:32

Lurcy-anes1

Les visiteurs fidèles de ce blog voudront bien excuser le relâchement dont fait preuve son auteur depuis quelques temps. Tiraillé entre les tâches administratives dévolues aux enseignants en cette période d’examens et de conseils de classe, et l’appel irrésistible de l’humus de mon potager, je manque du temps nécessaire pour aller sur le terrain recherche de nouveaux thèmes d’articles sur le patrimoine historique du Berry.
C’est pour ces raisons que je me contenterai aujourd’hui d’un simple survol du curieux bestiaire sculpté sur les chapiteaux intérieurs d’une jolie église bourbonnaise au centre de la petite ville de Lurçy-Lévis, dans le département de l’Allier.
Ce sanctuaire contient, curieusement, des représentations d’animaux assez rarement représentés dans l’art roman régional mais qui appartenaient à la faune locale à l’époque de l’édification de l’église. 
Commençons par un des hôtes les plus emblématiques des grands massifs forestiers qui bordent le canton de Lurçy, le cerf. Très facile à identifier, il est une des très rares représentation de cet animal observable dans les régions du Centre.

Lurcy-cerf


L’animal suivant a aujourd’hui disparu, éradiqué par la chasse, de nos campagnes, mais était un des concurrents de l’homme lorsque l’église a été bâtie. Cette silhouette de loup est aussi une des rares évocations locales d’un prédateur dont les derniers représentants ont succombé aux tirs des chasseurs vers 1914.

Lurcy-loup


Moins certaine est l’identification d’un aigle, qui a lui aussi disparu de nos contrées, mais qui daigne encore apparaître quelquefois au dessus de nos cours d’eau en période de migration printanière.

Lurcy-aigle


Le dernier animal remarquable figuré par les bâtisseurs de l’église de Lurçy est l’âne, vieux compagnon des populations régionales, traité sous la curieuse forme de deux individus embrassés. Sur le même chapiteau, deux sujets sont affrontés. Hormis les représentations d’animaux musiciens assez courantes dans l’expression artistique médiévale, l’âne est souvent associé au Christ. Les sculptures de Lurçy-Lévis figurant cet animal dans des attitudes échappant à ces standards se distinguent particulièrement.

Lurcy-anes2


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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 18:33

 

bleron-pignon

Nous avions, au début de l’existence de ce blog, consacré un billet à la Chartreuse de Bléron, en forêt d’Allogny, au nord de Bourges. Ce petit établissement monastique ayant accueilli une communauté de frères chartreux, n’existe plus dans le paysage forestier du Haut-Berry que sous la forme de bâtiments de la fin du Moyen-âge dégradés par des actes de vandalisme et abandonnés à leur sort. 

Visitant le site en 2005, nous avions constaté le mauvais état général de la chapelle dont le toit commençait à présenter des signes inquiétants de délabrement de la surface couverte, la charpente étant encore, à ce moment, hors d’eau.

Bleron-charpente


Le quotidien local le Berry républicain a révélé cette semaine le glissement d’une partie de la toiture de cette chapelle, faute d’entretien. Tout un pan de tuiles a glissé entre deux rangs de chevrons, mettant à nu une charpente qui risque de s’abîmer très vite si aucun travail de réfection n’est entrepris avant que l’humidité ne corrompe les poutres.

Comme sur des centaines d’autres toitures posées sur du chêne, le tanin du bois a rongé les clous fixant les liteaux sur lesquels sont posées les tuiles. Cette maladie des couvertures ne peut être guérie que par la dépose de toute la toiture, la réfection du lattage avec des clous en fer galvanisé et le remplacement des tuiles corrompues par le gel.

Ceci évidement a un prix. Je ne céderai pas au rapprochement facile d’une comparaison du budget consommé par la remise en état de la toiture de la cathédrale de Bourges et les sommes nécessaires pour la mise hors d’eau du toit de la chapelle de Bléron mais j’espère, par ces lignes, plaider humblement la cause d’un petit patrimoine régional qui risque, comme tant d’autres, de ne pas voir l’aube du XXIIe siècle, et alerter, comme l’ont fait les journaliste du Berry républicain, un décideur capables de mettre en œuvre des solutions adaptées à l’urgence à laquelle ce site est confronté.

Les quelques photos qui illustrent cet article ont été prises un jour d’hiver 2005, dans des conditions de lumière difficiles, ce qui explique leur faible qualité.

Bleron-charpente2


 

 

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 19:44

 

dun-beffroi

 

C’est au milieu de la grande plaine céréalière de la Champagne berrichonne qu’émerge un des plus hauts témoins de l’activité humaine dans le Berry du Moyen-âge. Visible à des kilomètres à la ronde, le toit de l’immense beffroi de Dun-sur-Auron est le vestige emblématique de l’ancienne ville royale et fortifiée qui marqua longtemps la frontière entre le domaine capétien et les terres tenus par les féodaux du sud de la région.

Même si on n’en a pas la preuve formelle, la cité de Dun fit très certainement partie du lot de possessions cédées par le vicomte et futur croisé Eudes Arpin au roi de France Philippe Ier au début du XIIe siècle. Au toponyme originel est accolé le terme “le roi” noté dès 1166 dans une charte de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges. Jusqu’à la Révolution, la ville porte le nom de Dun-le-roi. 

 

dun-rempart

Le roi Philippe Auguste entreprend une vaste campagne de fortification de la petite cité. Une enceinte flanquée de tours garnies d’archères est élevée. Comme dans sa ville voisine de  Bourges, le souverain fait bâtir une “grosse tour”, à savoir un donjon circulaire qui domine les remparts. Cette équipement particulier fait écho aux autres constructions du même modèle entreprises par la féodalité locale: Renaud de Montfaucon à Montrond, les seigneurs de Culan et ceux d’Issoudun dans leurs forteresses respectives, pour ne citer que les plus célèbres, élèvent eux aussi de leur coté de hautes tours rondes qui symbolisent leur statut de grands seigneurs fonciers.

dun-aerien


Autour de la ville de Dun-le-roi, la campagne s’anime. Toute la plaine alentour est conquise par les paysans, qui rejoignent leurs pièces de terre cultivée en suivant les chemins qui rayonnent à partir de la petite cité, encore bien visibles par la photographie satellite qui permet de distinguer un intéressant plan géoconcentrique, comme à Issoudun. On peut supposer que cette gestion de l’espace agricole permet d’anticiper une éventuelle croissance à venir de la population, des besoins de celle-ci, et des terres qui devront être exploitées pour y faire face.

La période médiévale a laissé de nombreux vestiges à Dun. Le visiteur y découvre une variété monumentale très complète pour une ville de cette dimension: église romane remaniée à la fin du Moyen-âge, remparts appuyé sur des tours de section circulaire, beffroi monumental assurant la sécurité d’une des portes de la cité, assise lenticulaire de l’ancien donjon ayant probablement succédé à un ouvrage de bois antérieur, maisons à pans de bois. La Renaissance a aussi laissé son empreinte à Dun, en particulier par l’existence d’un très bel hôtel particulier dont la façade rappelle l’architecture de certaines demeures contemporaines visibles dans la vieille ville de Bourges.

dun-maison


La visite de Dun-sur-Auron sera complétée avec beaucoup de profit par une étape dans les villes proches de Bruère-Allichamps et à Ainay-le-Château pour avoir une vue d’ensemble du phénomène des fortifications urbaines dans le sud du Berry à l’époque féodale.


dun-gargouille


 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 10:03

 

Thizon-tour

 

C’est à nouveau un monument bien peu spectaculaire que je vous convie à redécouvrir, mais qui occupe une position stratégique assez remarquable. Situé au nord-est de Montluçon, le petit château du Thizon n’attire le regard que des spécialistes de la période. Envahies par des constructions récentes implantées sans aucun respect pour l’ancienneté du site, éventrées par une ruelle, les ruines de l’ancienne forteresse sont peu lisibles sans un examen approfondi du site. On reconnaît la base d’une grosse tour, l’assise d’une cour intérieure, et des murs de défense qui témoignent de la qualité militaire de cette ancienne place.

 

Thizon-rue

Si les vestiges méritent à peine qu’on s’y arrête, l’environnement général, topographique et historique, est d’une toute autre qualité.

Le château du Thizon est construit au centre d’une vallée encaissée, bien marquée dans le paysage, vaste échancrure dans la muraille presque monolithique du plateau primaire que longe le Cher sur des dizaines de kilomètres. Ses murs dominent le lit du ruisseau éponyme qui assure une défense naturelle de tout le flanc nord du site. Si on cherche à faire abstraction des constructions modernes implantées dans les alentours du Thizon, on devine sans difficulté l’intérêt stratégique et économique que pouvait représenter la vallée qu’occupe le château, lien naturel entre la vallée du Cher, occupée de longue date, et les domaines de la seigneurie de Bourbon. C’est d’ailleurs dans un acte rédigé par la volonté d’Archambaud, dit le Jeune, qu’on trouve vers 1170 la plus ancienne mention connue de l’existence d’un chevalier résidant au Thizon. Par cet acte, le seigneur de Bourbon dote le prieuré de la Chapelaude de terres proches d’Estivareilles, à quelques kilomètres de là. Il n’est pas indifférent que relever que l’acte cite deux féodaux particuliers: le seigneur de Charenton, qui tient tout le nord de la vallée du Cher et le viguier d’Hérisson, forteresse des Bourbon verrouillant la profonde vallée de l’Aumance, autre axe de pénétration vers le cœur de leurs domaines.

Thizon-val


Cette comparaison permet de mieux apprécier la vocation stratégique du château du Thizon, pièce isolée d’un vaste système défensif chargé de contrôler la circulation des biens et des hommes, parfois belliqueux, entre une vallée charnière entre plusieurs régions politiques, religieuses et économiques et le grand ensemble territorial sur lequel Bourbon avait assis son influence.

Il est bien dommage que le Temps n’ait pas plus épargné cette petite place-forte dont rien ne semble permettre de stopper la lente dégradation. Le commentaire final reviendra à un habitant, rencontré dans la rue “du château”, au pied des ancien murs et qui concluait en ces termes: “Bof, tout ça, c’est plus qu’un tas de pierres...”.

Thizon-cour

 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 22:46

 

Souvigny-têtes

 

Parmi les multiples thèmes invitant à la découverte de la prieurale clunisienne de Souvigny, dans le département de l’Allier, celui des gisants conservés dans et autour de l’église mérite une attention toute particulière.

Nécropole privilégiée des seigneurs de Bourbon, qui avaient favorisé son développement en partie pour être certains qu’une communauté monastique prierait éternellement pour le remède de leurs âmes, Souvigny ne possède malheureusement plus aucune trace des sépultures de la première dynastie des Archambaud de Bourbon qui avait puissamment contribué à sa fondation. 

 

Souvigny-gisants

Les plus anciens gisants conservés sur place datent du XIIIe siècle et représentent les deux abbés saint Mayeul, mort à la fin du Xe siècle, et saint Odilon, décédé un demi-siècle plus tard. Ces deux statues placées côte-à-côte ont la particularité d’avoir été presque complètement détruites à la Révolution jusqu’à ce que des fouilles du sol du sanctuaire exhument leurs restes pulvérisés. Restaurés avec soin, les deux monuments sont à nouveau visibles à leur emplacement primitif, à l’aplomb d’un grand sarcophage-reliquaire contenant à l’origine les restes des deux abbés médiévaux. Ce lieu fut au Moyen-âge un lieu de pélerinage réputé autour des reliques de Mayeul et de son successeur.

 

Souvigny-LouisII

Dans la première moitié du XVe siècle sont élevés deux grands tombeaux de marbre destinés à servir de dernière demeure aux ducs de Bourbon Louis II et Charles Ier, ainsi qu’à leurs épouses.

Même si le maillet des révolutionnaires n’a pas épargné ces deux ensembles de sculptures, les statues des deux ducs et de leurs compagnes restent tout à fait lisibles.  Chaque gisant a la tête dominée par un dais, la nuque posée sur un coussin, et est figé mains jointes, dans l’attitude de la prière. Selon les habitudes du temps, les pieds reposent sur des chiens. Les deux ducs sont en armures et manteaux, l’épée au coté.

Chaque monument est déposé dans une chapelle fermée, ce qui rend difficile leur étude détaillée sans l’assistance d’un guide.

 

Souvigny-duchesse

Le dernier gisant visible à Souvigny est celui de la duchesse Marie de Hainaut, femme de Louis Ier de Bourbon, premier duc du nom, décédée au milieu du XIVe siècle. Retrouvée dans l’ancien cloître des cordeliers, à petite distance de la prieurale, la statue funéraire est conservée dans les collections lapidaires du musée local, qui indique que l’œuvre de marbre pourrait avoir été produite dans un atelier parisien avant d’être transportée en Bourbonnais. Plusieurs détails du costume méritent d’être examinés avec attention, même si ce gisant a connu lui aussi quelques déprédations à l’époque révolutionnaire.

Cette belle série de gisants médiévaux fait de Souvigny un lieu tout à fait privilégié pour l’étude de l’art funéraire de l’époque de la Guerre de cent ans qui mérite une visite approfondie de son très riche patrimoine.

 

 

 

 

 

 

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 09:57

 

Teillet-nef

 

Vous le savez, l’état du patrimoine religieux médiéval est très variable d’un endroit à l’autre et, si on prend plaisir à visiter des monuments soigneusement restaurés et entretenus, on ne doit pas se désintéresser de ces petites chapelles de campagne maltraitées par le temps et en un si mauvais état que les municipalités qui les possèdent ne disposent pas des budgets nécessaires pour en assurer la rénovation. Elles ne peuvent rivaliser avec leurs voisines prestigieuses, on s’y attarde rarement, nous avons trouvé l’une d’elles au sud de Montluçon, dans le bourg de Teillet-Argenty, et c’est sur elle que nous allons nous pencher aujourd’hui.

Teillet-Argenty,  c’est avant tout les vestiges d’une grande motte castrale parfaitement visible au centre du village. Aplanie à son sommet et amputée d’une partie de sa masse, elle laisse entrevoir l’importance des terrassements initiaux qui soutenaient la tour de bois bâtie à son sommet.

 

Teillet

A quelques dizaines de mètres de cette défense se trouvent les ruines de l’église Saint-Blaise qui s’élèvent à l’emplacement probable de l’ancienne chapelle castrale des premiers chevaliers ayant occupé le site. 

Au premier contact, l’édifice apparaît en mauvais état. La façade, dont le tympan a disparu, ne présente aucun trait remarquable, mais ne paraît pas menacée. La nef, en revanche, est complètement éventrée par un effondrement de ses voûtes qui n’a épargné que l’entrée du sanctuaire, reconvertie en étable, et le chevet, provisoirement stabilisé par des étais. Une brève intrusion dans la partie encore en place du chevet laisse entrevoir des traces de polychromie sur les plafonds -une fresque y aurait été déposée puis vendue- et confirme la destination agricole des aménagements intérieurs postérieurs à la vente de l’église au titre des biens nationaux. Dans cette partie du sanctuaire demeurent quelques belles traces d’architecture, dont il existe sans doute des milliers identiques un peu partout en France, mais qui semblent dans un état de conservation satisfaisant, ce qui donne un espoir de voir un jour l’église de Teillet attirer quelques crédits pour sa conservation.

 

Teillet-fenêtres

Celle ci n’est pas à l’abandon. Un panneau explicatif renseigne les visiteurs qui remarquent sa présence en traversant le village. Je ne peux inciter les curieux du patrimoine régional à faire le déplacement exprès pour la découvrir, mais l’église de Teillet-Argenty mérite un arrêt sur cette route entre le Bourbonnais et la Creuse, non loin des grandes collégiales d’Evaux et de Chambon, dont elle peut parfaitement compléter la visite.

 

Teillet-linteau

 

 

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 09:35

-Saint-Jeanvrin-ouverture

 

 

Le bourg de Saint-Jeanvrin, dans le sud du département du Cher, semble chargé d’une atmosphère particulière qui me pousse à en recommander vivement la visite. Petit village situé au pied d’un relief ayant, il y a plus de 40.000 ans, vu se développer des ateliers de taille de silex néandertaliens, le site est jusqu’à ce jour préservé de l’anarchie pavillonnaire qui ruine l’esthétique générale d’un lieu et recèle deux vestiges médiévaux qui méritent absolument le détour. Les ruines de son château-fort, soulignées par la présence d’un étang, qui rappellent l’occupation féodale dans cette localité depuis au moins la fin du XIIe siècle, et une petite église romane d’une composition générale très équilibrée et qui conserve un surprenant patrimoine médiéval et moderne.

 

-Saint-Jeanvrin-château

L’église, construite avec un calcaire fin, est marquée par l’influence romane poitevine. Des extérieurs envahis de détails sculpturaux annoncent les monuments que l’on rencontre plus à l’ouest de notre région. L’intérieur est conforme à l’impression générale que dégage le premier contact avec le monument, avec des chapiteaux historiés et une belle cuve baptismale de facture d’apparence primitive. Jusque là, un beau sanctuaire, justifiant à lui seul un détour par Saint-Jeanvrin, village quelque peu à l’écart des circuits touristiques ordinaires.

 

-Saint-Jeanvrin-vitrail-1

Cet isolement relatif n’a pas découragé les artistes de la Renaissance de répondre à l’invitation des châtelains locaux, nés de cette noblesse qui manie désormais plus le mousquet que l’épée, à venir embellir, en le modifiant légèrement, ce sanctuaire. Les ouvertures romanes de l’abside sont retaillées pour laisser entrer plus de lumière, et sont garnies de vitraux d’une qualité surprenante pour un édifice d’aspect extérieur si modeste. Aux vitriers s’adjoignent les peintres, qui ornent les anciens murs de fresques exprimant des sujets héraldiques et bibliques. Outre la peinture des armes de la famille occupant la forteresse voisine peintes selon le goût du temps, une scène de crucifixion traitant une partie des acteurs, dont le Christ, avec des figures noires, attire particulièrement l’attention. L’art des peintres s’exprime aussi sur un beau retable, préservé dans une vitrine, mais difficile à photographier. 

 

-Saint-Jeanvrin-fresque

La sculpture, enfin, n’est pas en reste grâce à un enfeu d’une taille et d’une ornementation exceptionnelles qui accueillait un très probable gisant d’un des bienfaiteurs de l’église, aujourd’hui disparu, ce qui nous prive d’un ensemble capable de rivaliser avec certaines tombes visibles dans des contextes économiques et urbains beaucoup plus favorisés que ce petit terroir du Boischaut du Sud.

 

-Saint-Jeanvrin-enfeu

L’église de Saint-Jeanvrin, comme c’est le cas pour d’autres édifices cultuels régionaux, outre sa fonction paroissiale, servit de chapelle privée aux dépositaires locaux de l’autorité seigneuriale. La richesse des aménagements que les seigneurs du cru y firent réaliser, et leur excellent état de conservation, méritent vraiment le détour.

 

-Saint-Jeanvrin-vitrail-2


Je profite de ce passage par Saint-Jeanvrin pour pointer un détail curieux qui ravira les amateurs de phénomènes astronomiques, et qui prolonge d’une certaine manière l’article que j’avais consacré aux éclipses de soleil visibles du Berry dans les temps médiévaux. L’artiste qui a peint la crucifixion du mur de la nef a ajouté un détail très précis à sa composition: à droite  au dessus du Christ en croix se trouve une magnifique représentation d’une éclipse partielle fidèlement reproduite -l’ombre de la lune est correctement placée par rapport au diamètre du disque solaire- qui montre que l’artiste qui a réalisé cette scène avait certainement des souvenirs personnels, proches ou anciens, d’une éclipse, quand il est venu travailler dans l’église de Saint-Jeanvrin. Il s’agit là d’un des plus beaux soleils noirs -y a t-il un rapport avec la couleur de peau des personnages?- de l’Art régional.

-Saint-Jeanvrin-eclipse

 

 

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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 08:35

grattages

Saint-Plaisir (03)

 

 

Il y a plusieurs mois, nous évoquions dans ces pages une pratique dont les origines demeurent énigmatiques: sur de nombreux édifices religieux périphériques du massif de Tronçais s’observent des stigmates de grattages si étendus et profonds qu’ils ont changé l’aspect extérieur de plusieurs monuments.

Profitant des possibilités d’interactivité rendues disponibles par les fonctions de ce blog, je sollicite l’aide des lecteurs fidèles ou simplement de passage dans cet espace pour essayer de mieux connaître l’étendu du phénomène. 

 

grattages-façade

Saint-Plaisir (03)


Voici les faits.

Un certain nombre d’églises situées dans la zone de contact entre les départements du Cher et de l’Allier présentent, sur les pierres de leurs murs extérieurs (façades, nefs ou chevets), des traces de grattages parfois très profondes. On observe une densité de marques très élevée sur les églises de Lurcy-Lévis, Ainay-le-Château, Couleuvre, Saint-Plaisir et Dun-surAuron. Des grattages, quoique plus discrets que dans les sites précédents, sont signalés dans de nombreuses églises de la région. La façade de l’ancienne abbaye de Puyferrand, près du Châtelet-en-Berry, ou les murs de l’église de Châteaumeillant, portent des marques similaires à celles relevées sur les lieux de culte du Bourbonnais. Il n'en existe pas, à ma connaissance, sur des ruines de bâtiments civils ou d'anciennes forteresses. Leur présence sur des sculptures de la fin du Moyen-âge ou post-médiévales donne une indication sur leur ancienneté.

Ces grattages demeurent une énigme. Nous avons balayé la thèse d’une destination fonctionnelle, comme celle de lieux d’affutage de lames de couteaux ou d’outils agricoles. Certaines pierres grattées sont en calcaire, une pierre trop tendre pour l’aiguisage, d’autres sont trop granuleuses pour espérer un résultat probant, certaines empreintes sont coniques, excluant une fonction utilitaire.

 

grattages-lurcy

Lurcy-Levis (03)


On s’orienterait donc plus volontiers vers une explication spirituelle d’une pratique dont la signification exacte nous échappe. Des pèlerins pourraient -le conditionnel est de rigueur- avoir cherché à se constituer des sortes de reliquaires personnels, ou de talismans, en prélevant à l’extérieur des églises citées de la poussière de roche.

Existait-il dans ces sanctuaires des reliques dont nous ne connaissons ni la nature ni l’identité qui auraient pu conduire des fidèles à chercher à s’ approprier le bénéfice de leur pouvoir?

C’est la thèse qui me semble, dans l’état de ce que j’observe, la plus recevable, mais j’aimerais avoir vos avis, spécialistes ou simples curieux du passé, pour m’aider à cerner l’étendue de cette pratique. Si vous avez relevé sur des églises proches de votre terroir ou simplement visitées au hasard d’une promenade, pourquoi pas à l’étranger?, de telles marques, je serais ravi de réunir vos expériences pour tenter de cerner un de ces micro-phénomènes qui interpellent l’attention de ces observateurs du passé que nous sommes tous.

 

grattages-lurcy-2

Lurcy-Levis (03)


En bas de cet article, la fonction “commentaires” vous permettra de faire profiter tous les autres lecteurs de vos témoignages.

 

 

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 10:30

 

Châteaumeillant-motte

 

Les sources narratives régionales conservent la très brève mention d’un événement majeur qui bouleversa le sud du Berry au milieu du XIIe siècle: la guerre entre le roi de France Louis VII et le seigneur Ebbe de Déols. 

Les circonstances de ce conflit doivent être brièvement rappelées. La seigneurie de Déols était vassale du duché d’Aquitaine. Mariée avec le roi de France, sa duchesse, Aliénore d’Aquitaine, se sépara de son mari pour se marier au roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt. Respectant la logique féodale, Ebbe de Déols fit allégeance au roi Henri, son nouveau seigneur. L’étendue considérable du fief de Déols mis donc directement sous l’autorité vassalique du souverain anglais toute la partie du Berry occupée par l’essentiel de l’actuel département de l’Indre, le quart sud-ouest du département du Cher, plus quelques cantons de la Creuse et terroirs isolés de l’Allier, et mis au contact direct le domaine capétien de Bourges avec les terres relevant désormais de l’autorité Plantagenêt.

La guerre, dans ces circonstances, devint inévitable.

On ne connaît pas l’origine exacte du conflit -tentative de soumission d’Ebbes de Déols par le roi Louis VII ou expédition punitive au cœur du domaine castelroussin destinée à établir par la force la volonté capétienne sur cette partie du territoire? - mais on est bien renseigné, grâce à la chronique des moines de l’abbaye  de Déols, sur les objectifs visés par les belligérants. Le roi de France détruisit par le feu les forteresses de la Châtre et de Châteaumeillant, tandis qu’Ebbe faisait de même à Cluis, allié au roi de France. Louis VII remporta la victoire en incendiant la plus grande partie du château de Déols.

Intéressons nous plus particulièrement au cas de la forteresse de Châteaumeillant, éponyme partiel du nom encore en usage aujourd’hui. Petite mais très vieille cité située sur un axe économique et stratégique majeur, l’ancien Mediolano ne connaît pas de solution de continuité depuis l’époque romaine. Cité par Grégoire de Tours pour y avoir vu se livrer plusieurs batailles à l’époque mérovingienne, le Mediolanum de l’antiquité tardive conserve pendant tout le haut Moyen-âge une activité en rapport avec la voie qui le traverse. Cette position conduit les seigneurs de Déols à y accorder une attention particulière, en ne la confiant pas à un vassal, mais en y plaçant une de ses branches cadettes qui survit plusieurs décennies après la disparition de la souche seigneuriale primitive dans son fief historique de Châteauroux..

Déjà fortifiée à l’époque gauloise, la petite cité de Châteaumeillant est dotée d’un château de bois construit sur une motte castrale de grande taille dont les vestiges sont apparents -quoique malaisés à photographier, ce qui explique la piètre qualité de l’illustration fournie ci dessus- au centre de la ville. C’est ce château, comme ses homologues de la Châtre, Cluis, et Déols, qui brûle -ce qui est confirmé par des sondages sur le site- en 1152. Vieux d’au moins un siècle, ces fortins n’étaient, de toute façon, plus vraiment adaptés aux impératifs architecturaux de ce XIIe siècle qui voit se multiplier les constructions de pierre.

 

Châteaumeillant

Le raid militaire du roi de France eut un effet dynamisant sur les équipements militaires régionaux car, sitôt éteints les brasiers ayant consumé ses anciennes tours de bois, Ebbe de Déols fit élever, en bordure de plateau, à quelques minutes de la motte castrale, une nouvelle forteresse incomparablement plus solide que l’ancien fortin de bois. Le nouveau château de Châteaumeillant a connu avec le temps beaucoup de modifications et d’amenuisement de sa structure défensive, mais on distingue encore aujourd’hui une poterne portant les traces d’un ancien pont-levis et des élévations de murailles qui démontrent l’importance militaire de la place. La visite de l’édifice est restreinte par son actuel fonction de caserne de la Gendarmerie nationale, ce qui empêche d’explorer plus avant les lieux.

Notons que toutes les autres places-fortes occupant une fonction stratégique majeure dans le dispositif défensif des fiefs de Déols abandonnèrent à la même époque le bois au profit de la pierre (le Châtelet-en-Berry, la Châtre, Culan, pour n’en citer que quelques unes). Les incendies allumés par les osts royaux ou seigneuriaux au sommet des vieilles mottes n’ont fait qu’accélérer un inévitable processus de modernisation des équipements militaires berrichons.

 

Châteaumeillant-poterne

 

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Published by Olivier Trotignon - dans politique-société civile
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