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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 18:00

Evaux-clocher

Evaux - clocher porche

 

Comme nous l’avons déjà souligné à plusieurs reprises dans ces pages, des liens étroits unissaient au Moyen-âge le sud du Berry à la région voisine de la Marche limousine. L’Histoire a entre autres retenu le nom de deux églises du Cher, celle de Saulzais-le-Potier et celle, proche de la première, située dans la paroisse d’Arcomps, qui appartenaient aux chanoines de la collégiale d’Evaux, aujourd’hui Evaux-les-Bains, dans la Creuse.
Si on ne connaît pas les circonstances dans lesquelles les religieux marchois acquirent l’église Saint-Georges d’Arcomps, signalée comme faisant partie de leur patrimoine en 1158 par un acte des Monumentia Pontificia Arverniæ, nous possédons la trace de la charte par laquelle Léger, archevêque de Bourges, donna l’église Saint-Austrille (qu’on peut orthographier sous les formes Saint-Aoustrille ou Saint-Austregesile, traductions possibles du latin Sancti Austregesili de Sauziaco) à la communauté d’Evaux en 1117. Le texte produit par les scribes de l’archevêché de Bourges ne donne pas la raison qui motiva la cession de ce bien.
Un détail, toutefois, peut nous permettre de formuler une hypothèse. Evaux fut, au Moyen-âge, un important lieu de pèlerinage où l’on vouait un culte aux reliques de saint Marien. Or, il existe, non loin de Saulzais-le-Potier un lieu dit “Saint-Marien”, entre les paroisses d’Epineuil et de Saint-Vitte, tout près du tracé de l’ancienne voie menant de Montluçon à Bourges. Cet endroit, qui n’accueille aujourd’hui plus que des corps de ferme tout à fait ordinaires recouvrirait, d’après le grand connaisseur des Saints berrichons que fut le père Villepelet*, l’ancien ermitage dans lequel Marien se serait retiré du monde. Les habitants de la contrée s’y déplaçaient pour invoquer l’intercession du thaumaturge pour soigner un mal difficile à classer dans la typologie médicale moderne, Marien étant souverain pour apaiser les enfants “rechignoux”. Je laisse au lecteur le soin d’apprécier la pertinence de ce diagnostic.
Nous n’avons bien entendu aucun moyen de vérifier les affirmations de Jean Villepelet, mais la coïncidence entre cette légende et le don que fit l’archevêque berruyer à ses frères marchois a une certaine cohérence. 
En l’absence d’autres indices, il serait périlleux d’être affirmatif sur la nature des biens que représentaient Saint-Georges d’Arcomps et Saint-Austrille de Saulzais. Ces églises contenaient-elles des reliques de Marien? L’ermitage faisait-il partie du patrimoine de l’une d’elle? Les chanoines ont-ils cherché à s’approprier toutes le formes connues de culte à leur saint tutélaire? L’église de Saulzais a t-elle été le point de départ d’un chemin de pèlerinage vers Evaux?
L’association de ces deux terroirs distants de près de soixante-dix kilomètres nous rappelle toute la richesse et la complexité de la spiritualité médiévale qu’on aurait trop souvent tendance à réduire à quelques pratiques emblématiques, et qui
foisonnait dans les régions rurales comme la notre.

 

Evaux-tympanEvaux- tympan intérieur

 

*Mgr J. Villepelet
Sur les traces des Saints en Berry
Bourges 1968 152 pages

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Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 07:57

anniversaire-blog

Un récent article de la rue l’Histoire rappelait le désintérêt des hommes des temps médiévaux pour les dates anniversaires de naissance, qui leurs préféraient le souvenir du jour du trépas des individus.
Assumons donc notre modernité en évoquant les deux ans d’âge de ce blog et en dressant un rapide bilan de son fonctionnement.
Berry médiéval compte aujourd’hui des lecteurs, dont certains réguliers, sous toutes les latitudes et sur tous les continents. Outre l’ensemble de l’Europe jusqu’à la Russie (on me pardonnera mon incorrigible géocentrisme), le compteur de visites consultable au jour le jour sur le petit planisphère à droite de cette page montre que son contenu est affiché sur des écrans dans les départements et territoires d’Outre-mer, en Amérique du Nord avec une pensée particulière pour nos amis du Québec, en Amérique latine avec une fréquentation plus qu’anecdotique au sud de l’Equateur. Les pays du Golfe de Guinée et du Maghreb comptent des lecteurs fidèles, de même que ce monde asiatique qui fascinait tant les occidentaux d’avant la Renaissance, Chine, Japon, Vietnam, enregistre aussi quelques connexions régulières. 15 personnes se sont inscrites à la “newletter” et sont informées directement de la publication de chaque nouvelle contribution.
Au 23 juin 2010, ce blog a été ouvert plus de 23000 fois pour 63000 lectures d’articles.
285 commentaires, dont certains tout à fait passionnants et l’écrasante majorité très sympathiques, complètent le contenu des billets. Les lecteurs parviennent jusqu’ici en grande partie par le biais des moteurs de recherches mais aussi par des liens que certains d’entre vous m’ont fait l’amitié de bien vouloir inscrire sur leurs propres espaces internautes. Les recherches sont en général très ciblées -le château de Bois-Sir-Amé est le lieu qui mobilise le plus les érudits-, parfois déconcertantes -à quel ordre appartient l’abbaye cistercienne de Noirlac?, version “Berry médiéval” de la fameuse question sur la couleur du cheval blanc d’Henri IV- et quelquefois féroces -tel ce  ”Olivier Trotignon travestit l’histoire” qui m’a beaucoup amusé.
Merci donc à vous tous, amis, collègues, lectrices et lecteurs de tous les horizons pour votre soutien si fidèle. Un merci tout particulier à mon presque voisin du Haut-Berry, Sirius, dont le blog dédié au village de Veaugues est accessible en première place dans la rubrique “liens” à droite de cette page, pour la densité et la qualité de sa participation aux commentaires.
Je noublie pas l’aide précieuse des journalistes régionaux de la presse quotidienne, hebdomadaire et radiophonique à la promotion de ce site.
Berry médiéval poursuit sa route en compagnie de son blog associé “le livre de Meslon”, dont le lectorat est légèrement différent et est toujours accompagné par la cohorte d’ânes de mon troisième blog “Ânes Grand Noir du Berry”. Quelles que soient les thématiques abordées, votre visite est toujours fortement appréciée!

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 19:05

Louis-I

 

Je ne peux résister au plaisir d’inviter les lecteurs de l’édition du Cher de l’hebdomadaire l’Echo du Berry à lire en dernière page de l’édition du 17 au 23 juin le savoureux portrait dressé par Bernard Chansou de Louis Imbault, dit Petit Louis, figure pittoresque et terriblement attachante de la culture historique et archéologique locale.
Louis Imbault est un personnage inénarrable. Né dans un milieu d’agriculteurs, Il devint l’élève de mon maître Émile Hugoniot, professeur de latin au collège de Saint-amand-Montrond. C’est au contact des lettres latines que Louis se forgea une culture personnelle aussi surprenante qu’inattendue chez une personne d’apparence si simple. C’est en 1974 que je fis sa connaissance sur le chantier de fouilles néolithiques du Camp de César, à La Groutte. S’exprimant avec un accent berrichon authentique et un vocabulaire rabelaisien, Louis Imbault fit une énorme impression sur le gamin que j’étais encore à l’époque.
Son bâton de maréchal fut acquis lorsqu’il fut nommé à la dignité de guide officiel des Monuments Historiques (en uniforme avec casquette assortie) pour le site gallo-romain de Drevant.
Je mesurais l’immense gentillesse de cet “ami de trente ans” lorsque, à l’occasion d’un événement douloureux qui venait de frapper ma famille, il fit à presque 80 ans une soixantaine de kilomètres en vélomoteur sous le soleil d’été pour venir se recueillir à l’église de Saint-Amand.
Petit Louis fut un de mes plus fidèles auditeurs lors de mes conférences à Vesdun, village où il passe une retraite paisible, et aucune de ses interventions spontanées et parfois...débordantes, ne fut un obstacle au bon déroulement de mes exposés.
Que les dernières années de cet être étonnant soient douces, et chargées de belles histoires. Bonne lecture à tous ceux qui pourront se procurer cet article.

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 11:25

tresor-Souvigny

trésor de Souvigny

 

Je ne connais aucun collègue, historien ou archéologue, qui n’ait, à un moment ou à  un autre de sa carrière, été confronté à une histoire de trésor. Ayant débuté très tôt dans ma vie cette activité qui me permet aujourd’hui de tenir cette chronique de l’histoire et du patrimoine médiéval en Berry, j’ai eu à plusieurs reprises l’occasion de recueillir un certain nombre de récits, allant du plus fantasmagorique au témoignage avéré de découvertes de caches monétaires.
Les histoires les plus invraisemblables circulaient, dans les années soixante-dix, autour des souterrains de la forteresse de Montrond, à Saint-amand, dans le Cher. Peut-être encouragés par la mode pour l’ésotérisme, les civilisations mystérieuses et autres dimensions fantastiques, les saint-amandois qui venaient visiter notre chantier de fouilles d’alors débordaient d’imagination. Les quelques galeries souterraines que nous exhumions devenaient l’antre de trésors qui eussent fait paraître Toutankhamon pour un brocanteur du dimanche. Tour à tour le Veau d’Or ramené d’Orient par les croisés, un crucifix en or de plusieurs tonnes et une représentation de la Cène, coulée dans le même métal, composée du Christ, de ses douze apôtres et de la table, le tout grandeur nature, étaient autant de promesses de n’être qu’à quelques coups de pioche de la fortune.
On pouvait même alors encore visiter la galerie forée au début du siècle par un ancien carrier saint-amandois dans le massif calcaire soutenant la tour dite de l’Emir en quête d’une de ces fabuleuses œuvres d’art.
Beaucoup plus raisonnable fut ce récit que je recueillis en 1977 pendant que j’étais au collège et qui me fut rapporté par une personne qui me fit alors promettre le silence sur l’inventeur et le lieu exact de la découverte, serment que je respecterai ici en taisant l’identité de l’artisan et des propriétaires qu’il spolia par son indélicatesse. Les faits rapportés me paraissent tout à fait dignes de foi. Ayant beaucoup fréquenté le monde de la maçonnerie et des travaux publics, j’ai entendu parler à plusieurs reprises de petites cachettes retrouvées dans des vieux bâtiments, lors de rénovations ou de démolitions, dont le contenu allait de quelques pièces et vieux billets en passant par des armes de chasse ou de guerre, soustraites à la vigilance des autorités pendant l’Occupation.
Car c’est un artisan maçon qui est au centre de cette histoire. Embauché pour faire le ravalement d’une maison médiévale située dans le centre historique de Saint-Amand, son premier travail consista à marteler les anciens enduits (intérieurs ou extérieurs, je n’ai jamais su) pour mettre les murs à nu. Une des cloisons rendit à un endroit précis un son plus sourd, et le maçon vit qu’une pierre manquait et était remplacée par un bouchon de mortier, ce qui n’a rien d’étonnant dans des vieilles constructions souvent réaménagées au gré des générations. C’est là que la pointe de son outil creva une mince cloison de plâtre, et que des pièces d’argent se mirent à couler de la cavité sur le sol jonché de gravats. Devant le volume des monnaies mises à jour, l’artisan eut l’idée toute simple de vider sa caisse à outils de son contenu, d’y cacher le trésor, et de le ramener chez lui à la pause de midi. Travaillant sans ouvriers, donc sans témoins, et les propriétaires n’ayant aucune méfiance à son égard, il put quitter le chantier sans éveiller le moindre soupçon.
Je n’ai pas vu personnellement ce trésor, gros de quelques centaines de pièces et surtout n’ai aucune idée de ce qu’il est devenu depuis la mort du maçon. La seule certitude, c’est que la personne qui m’a raconté cette anecdote a reconnu, quand je le lui ai montré, le même modèle de monnaies qui composaient un trésor découvert dans le quartier de l’église, dont deux pièces m’avaient été données alors par le regretté R. Soulat, numismate amateur. Le trésor volé pouvait dater du XVe siècle, ce qui correspond à d’autres trouvailles locales.
Un fait curieux vint, quelques années plus tard, réveiller ce vieux souvenir. Croisant le propriétaire de la maison au trésor, celui ci, avec une pédanterie tout à fait désagréable pour le simple étudiant que j’étais alors, se mit à expliquer son métier au “petit historien” qu’il estimait avoir face à lui, et entreprit de me démontrer que ses connaissances sur l’histoire de Saint-Amand-Montrond dépassaient de très loin la médiocrité de son savoir. J’ai savouré intérieurement ma revanche lorsqu’il m’affirma qu’une légende rapportait qu’un trésor se trouvait quelque part caché dans les murs de sa maison. Que pouvais-je faire d’autre que de l’encourager à poursuivre ses recherches?
Cette histoire a au moins le mérite de confirmer, comme nous l’avions déjà remarqué pour d’autres caches monétaires, comme celle étudiée par R. Soulat, que Saint-amand a connu, à la fin de la Guerre de cent ans, un épisode de thésaurisation spontanée qui indique soit une menace extérieure contre la cité, qui a poussé les bourgeois à cacher leurs valeurs, soit un épisode de dévaluation de la monnaie qui a incité les commerçants de la ville à mettre à l’abri du fisc des réserves d’argent fortement titré. Il est curieux que les sommes ainsi protégées n’aient jamais été récupérées par leurs propriétaires.

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 09:31

Issoudun-aerien1

 

 

Même si cet article n’a pas la prétention de rajouter quoi que ce soit à la connaissance de l’histoire de la ville d’Issoudun, dans le département de l’Indre, il n’est pas superflu de rappeler brièvement le contexte dans lequel ce terroir a évolué depuis l’installation sur place de ses premiers seigneurs.

D’après Louis Raynal, Issoudun aurait été confié dès 1018 par le seigneur de Déols à un de ses fils selon la règle de l’apanage. Cette disposition particulière, qui permettait d’accorder l’usufruit d’un bien non transmissible à ses héritiers à un individu pour la durée de sa vie ne se confirme pas dans les décennies suivantes, où il apparaît clairement qu’Issoudun devient le fief d’une branche cadette des seigneurs de Déols. Cette famille  occupe le site jusqu’à sa disparition au milieu du XIIIe siècle et compte parmi les acteurs les plus dynamiques de la féodalité régionale. Son pouvoir s’étend sur la vallée du Cher, avec ses possessions à Châteauneuf et sur le Boischaut du Sud, dans la région du prieuré d’Orsan. Ses seigneurs dotent les plus grands monastères berrichons, partent et parfois meurent en croisade, et foulent même le sol du Languedoc en participant aux expéditions contre les hérétiques albigeois.

La famille des Déols d’Issoudun prospère donc dans une période où le Berry bénéficie de la hausse générale de la démographie occidentale avant les grandes crises du XIVe siècle. La conquête du sol, indispensable pour répondre aux besoins vitaux d’une population qui augmente lentement mais régulièrement, laisse des traces dans la toponymie, où les essarts et villes neuves ne sont pas rares, mais aussi dans l’organisation des parcellaires dont la photographie aérienne et les cadastres sont des outils indispensables pour en apprécier la rigueur.

Nous avions, dans un billet précédent, survolé la ville royale de Dun-sur-Auron, dans le Cher, autour de laquelle apparaît un beau parcellaire “en toile d’araignée”. 

Celui d’Issoudun est absolument exemplaire. Son exploration est accessible à tous grâce aux banques de photographies satellites disponible sur internet. Curieusement, l’affinement des outils photographiques nuit à la considération du phénomène vu dans son ensemble et des clichés plus anciens que ceux auxquels on a accès aujourd’hui donnent parfois moins de détails mais plus d’informations sur les paléo-paysages.

 

Issoudun-aerien2

Disons tout d’abord que tout le monde n’est pas d’accord sur l’interprétation donnée à ces grandes structures radioconcentriques. Certains archéologues doutent par exemple de la capacité des hommes du Moyen-âge à appliquer à la gestion du sol des principes géométriques proches de ceux que les aménageurs des grandes métropoles du Nouveau monde programment pour préparer l’extension des périphéries urbaines.

Nous nous contenterons de décrire le modèle observé à Issoudun et à Dun-sur-Auron, deux villes de nature comparable (période de croissance, population, topographie environnante). Bourges pourrait avoir été au centre d’une dynamique comparable, mais la forte croissance des quartiers extérieurs à l’époque de la première Révolution industrielle a bouleversé le paysage.

Au centre de la “toile” se trouve le château primitif, dont la Tour blanche d’Issoudun demeure le témoin le plus visible. De ce château, ou de la ville qu’il protège partent des voies droites, tant que la tomographie ou l’hydrographie ne font pas dévier leur trajectoire. Ces chemins, ou routes, bornent des parcelles de superficie assez régulière, mais  il faudrait disposer d’études statistiques sur le sujet. 

Issoudun-tour


Certains admettent que nous sommes en présence de paysages fossiles hérités des périodes de grands défrichements corollaires de la hausse de la population aux XIIe et XIIIe siècle. Une partie des anneaux concentriques les plus proches du centre pourrait correspondre à la réserve seigneuriale, les parcelles plus excentriques pouvant avoir été le siège des tenures paysannes, ce qui nous éloigne beaucoup de l’image périmée d’une sorte d’anarchie féodale généralisée, fondée sur la brutalité et l’incompétence des élites de l’époque. Le conditionnel est bien entendu de rigueur car ce modèle simplifié ne prend pas en compte les autres grands propriétaires terriens que sont les abbayes et hôtels-Dieu installés dans le tissu urbain.

Issoudun est un exemple particulièrement didactique d’une situation archéologique et historique remarquable et fragile, qui mériterait une étude élargie à d’autres régions. J’invite mes lecteurs métropolitains à aller chercher eux mêmes autour de leur lieu de résidence d’autres traces de ces anciens parcellaires arachnéens qu’on découvre parfois un peu par hasard autour de petits villages d’origine médiévale.

 

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 19:32

Lurcy-anes1

Les visiteurs fidèles de ce blog voudront bien excuser le relâchement dont fait preuve son auteur depuis quelques temps. Tiraillé entre les tâches administratives dévolues aux enseignants en cette période d’examens et de conseils de classe, et l’appel irrésistible de l’humus de mon potager, je manque du temps nécessaire pour aller sur le terrain recherche de nouveaux thèmes d’articles sur le patrimoine historique du Berry.
C’est pour ces raisons que je me contenterai aujourd’hui d’un simple survol du curieux bestiaire sculpté sur les chapiteaux intérieurs d’une jolie église bourbonnaise au centre de la petite ville de Lurçy-Lévis, dans le département de l’Allier.
Ce sanctuaire contient, curieusement, des représentations d’animaux assez rarement représentés dans l’art roman régional mais qui appartenaient à la faune locale à l’époque de l’édification de l’église. 
Commençons par un des hôtes les plus emblématiques des grands massifs forestiers qui bordent le canton de Lurçy, le cerf. Très facile à identifier, il est une des très rares représentation de cet animal observable dans les régions du Centre.

Lurcy-cerf


L’animal suivant a aujourd’hui disparu, éradiqué par la chasse, de nos campagnes, mais était un des concurrents de l’homme lorsque l’église a été bâtie. Cette silhouette de loup est aussi une des rares évocations locales d’un prédateur dont les derniers représentants ont succombé aux tirs des chasseurs vers 1914.

Lurcy-loup


Moins certaine est l’identification d’un aigle, qui a lui aussi disparu de nos contrées, mais qui daigne encore apparaître quelquefois au dessus de nos cours d’eau en période de migration printanière.

Lurcy-aigle


Le dernier animal remarquable figuré par les bâtisseurs de l’église de Lurçy est l’âne, vieux compagnon des populations régionales, traité sous la curieuse forme de deux individus embrassés. Sur le même chapiteau, deux sujets sont affrontés. Hormis les représentations d’animaux musiciens assez courantes dans l’expression artistique médiévale, l’âne est souvent associé au Christ. Les sculptures de Lurçy-Lévis figurant cet animal dans des attitudes échappant à ces standards se distinguent particulièrement.

Lurcy-anes2


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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 18:33

 

bleron-pignon

Nous avions, au début de l’existence de ce blog, consacré un billet à la Chartreuse de Bléron, en forêt d’Allogny, au nord de Bourges. Ce petit établissement monastique ayant accueilli une communauté de frères chartreux, n’existe plus dans le paysage forestier du Haut-Berry que sous la forme de bâtiments de la fin du Moyen-âge dégradés par des actes de vandalisme et abandonnés à leur sort. 

Visitant le site en 2005, nous avions constaté le mauvais état général de la chapelle dont le toit commençait à présenter des signes inquiétants de délabrement de la surface couverte, la charpente étant encore, à ce moment, hors d’eau.

Bleron-charpente


Le quotidien local le Berry républicain a révélé cette semaine le glissement d’une partie de la toiture de cette chapelle, faute d’entretien. Tout un pan de tuiles a glissé entre deux rangs de chevrons, mettant à nu une charpente qui risque de s’abîmer très vite si aucun travail de réfection n’est entrepris avant que l’humidité ne corrompe les poutres.

Comme sur des centaines d’autres toitures posées sur du chêne, le tanin du bois a rongé les clous fixant les liteaux sur lesquels sont posées les tuiles. Cette maladie des couvertures ne peut être guérie que par la dépose de toute la toiture, la réfection du lattage avec des clous en fer galvanisé et le remplacement des tuiles corrompues par le gel.

Ceci évidement a un prix. Je ne céderai pas au rapprochement facile d’une comparaison du budget consommé par la remise en état de la toiture de la cathédrale de Bourges et les sommes nécessaires pour la mise hors d’eau du toit de la chapelle de Bléron mais j’espère, par ces lignes, plaider humblement la cause d’un petit patrimoine régional qui risque, comme tant d’autres, de ne pas voir l’aube du XXIIe siècle, et alerter, comme l’ont fait les journaliste du Berry républicain, un décideur capables de mettre en œuvre des solutions adaptées à l’urgence à laquelle ce site est confronté.

Les quelques photos qui illustrent cet article ont été prises un jour d’hiver 2005, dans des conditions de lumière difficiles, ce qui explique leur faible qualité.

Bleron-charpente2


 

 

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 19:44

 

dun-beffroi

 

C’est au milieu de la grande plaine céréalière de la Champagne berrichonne qu’émerge un des plus hauts témoins de l’activité humaine dans le Berry du Moyen-âge. Visible à des kilomètres à la ronde, le toit de l’immense beffroi de Dun-sur-Auron est le vestige emblématique de l’ancienne ville royale et fortifiée qui marqua longtemps la frontière entre le domaine capétien et les terres tenus par les féodaux du sud de la région.

Même si on n’en a pas la preuve formelle, la cité de Dun fit très certainement partie du lot de possessions cédées par le vicomte et futur croisé Eudes Arpin au roi de France Philippe Ier au début du XIIe siècle. Au toponyme originel est accolé le terme “le roi” noté dès 1166 dans une charte de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges. Jusqu’à la Révolution, la ville porte le nom de Dun-le-roi. 

 

dun-rempart

Le roi Philippe Auguste entreprend une vaste campagne de fortification de la petite cité. Une enceinte flanquée de tours garnies d’archères est élevée. Comme dans sa ville voisine de  Bourges, le souverain fait bâtir une “grosse tour”, à savoir un donjon circulaire qui domine les remparts. Cette équipement particulier fait écho aux autres constructions du même modèle entreprises par la féodalité locale: Renaud de Montfaucon à Montrond, les seigneurs de Culan et ceux d’Issoudun dans leurs forteresses respectives, pour ne citer que les plus célèbres, élèvent eux aussi de leur coté de hautes tours rondes qui symbolisent leur statut de grands seigneurs fonciers.

dun-aerien


Autour de la ville de Dun-le-roi, la campagne s’anime. Toute la plaine alentour est conquise par les paysans, qui rejoignent leurs pièces de terre cultivée en suivant les chemins qui rayonnent à partir de la petite cité, encore bien visibles par la photographie satellite qui permet de distinguer un intéressant plan géoconcentrique, comme à Issoudun. On peut supposer que cette gestion de l’espace agricole permet d’anticiper une éventuelle croissance à venir de la population, des besoins de celle-ci, et des terres qui devront être exploitées pour y faire face.

La période médiévale a laissé de nombreux vestiges à Dun. Le visiteur y découvre une variété monumentale très complète pour une ville de cette dimension: église romane remaniée à la fin du Moyen-âge, remparts appuyé sur des tours de section circulaire, beffroi monumental assurant la sécurité d’une des portes de la cité, assise lenticulaire de l’ancien donjon ayant probablement succédé à un ouvrage de bois antérieur, maisons à pans de bois. La Renaissance a aussi laissé son empreinte à Dun, en particulier par l’existence d’un très bel hôtel particulier dont la façade rappelle l’architecture de certaines demeures contemporaines visibles dans la vieille ville de Bourges.

dun-maison


La visite de Dun-sur-Auron sera complétée avec beaucoup de profit par une étape dans les villes proches de Bruère-Allichamps et à Ainay-le-Château pour avoir une vue d’ensemble du phénomène des fortifications urbaines dans le sud du Berry à l’époque féodale.


dun-gargouille


 

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 10:03

 

Thizon-tour

 

C’est à nouveau un monument bien peu spectaculaire que je vous convie à redécouvrir, mais qui occupe une position stratégique assez remarquable. Situé au nord-est de Montluçon, le petit château du Thizon n’attire le regard que des spécialistes de la période. Envahies par des constructions récentes implantées sans aucun respect pour l’ancienneté du site, éventrées par une ruelle, les ruines de l’ancienne forteresse sont peu lisibles sans un examen approfondi du site. On reconnaît la base d’une grosse tour, l’assise d’une cour intérieure, et des murs de défense qui témoignent de la qualité militaire de cette ancienne place.

 

Thizon-rue

Si les vestiges méritent à peine qu’on s’y arrête, l’environnement général, topographique et historique, est d’une toute autre qualité.

Le château du Thizon est construit au centre d’une vallée encaissée, bien marquée dans le paysage, vaste échancrure dans la muraille presque monolithique du plateau primaire que longe le Cher sur des dizaines de kilomètres. Ses murs dominent le lit du ruisseau éponyme qui assure une défense naturelle de tout le flanc nord du site. Si on cherche à faire abstraction des constructions modernes implantées dans les alentours du Thizon, on devine sans difficulté l’intérêt stratégique et économique que pouvait représenter la vallée qu’occupe le château, lien naturel entre la vallée du Cher, occupée de longue date, et les domaines de la seigneurie de Bourbon. C’est d’ailleurs dans un acte rédigé par la volonté d’Archambaud, dit le Jeune, qu’on trouve vers 1170 la plus ancienne mention connue de l’existence d’un chevalier résidant au Thizon. Par cet acte, le seigneur de Bourbon dote le prieuré de la Chapelaude de terres proches d’Estivareilles, à quelques kilomètres de là. Il n’est pas indifférent que relever que l’acte cite deux féodaux particuliers: le seigneur de Charenton, qui tient tout le nord de la vallée du Cher et le viguier d’Hérisson, forteresse des Bourbon verrouillant la profonde vallée de l’Aumance, autre axe de pénétration vers le cœur de leurs domaines.

Thizon-val


Cette comparaison permet de mieux apprécier la vocation stratégique du château du Thizon, pièce isolée d’un vaste système défensif chargé de contrôler la circulation des biens et des hommes, parfois belliqueux, entre une vallée charnière entre plusieurs régions politiques, religieuses et économiques et le grand ensemble territorial sur lequel Bourbon avait assis son influence.

Il est bien dommage que le Temps n’ait pas plus épargné cette petite place-forte dont rien ne semble permettre de stopper la lente dégradation. Le commentaire final reviendra à un habitant, rencontré dans la rue “du château”, au pied des ancien murs et qui concluait en ces termes: “Bof, tout ça, c’est plus qu’un tas de pierres...”.

Thizon-cour

 

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 22:46

 

Souvigny-têtes

 

Parmi les multiples thèmes invitant à la découverte de la prieurale clunisienne de Souvigny, dans le département de l’Allier, celui des gisants conservés dans et autour de l’église mérite une attention toute particulière.

Nécropole privilégiée des seigneurs de Bourbon, qui avaient favorisé son développement en partie pour être certains qu’une communauté monastique prierait éternellement pour le remède de leurs âmes, Souvigny ne possède malheureusement plus aucune trace des sépultures de la première dynastie des Archambaud de Bourbon qui avait puissamment contribué à sa fondation. 

 

Souvigny-gisants

Les plus anciens gisants conservés sur place datent du XIIIe siècle et représentent les deux abbés saint Mayeul, mort à la fin du Xe siècle, et saint Odilon, décédé un demi-siècle plus tard. Ces deux statues placées côte-à-côte ont la particularité d’avoir été presque complètement détruites à la Révolution jusqu’à ce que des fouilles du sol du sanctuaire exhument leurs restes pulvérisés. Restaurés avec soin, les deux monuments sont à nouveau visibles à leur emplacement primitif, à l’aplomb d’un grand sarcophage-reliquaire contenant à l’origine les restes des deux abbés médiévaux. Ce lieu fut au Moyen-âge un lieu de pélerinage réputé autour des reliques de Mayeul et de son successeur.

 

Souvigny-LouisII

Dans la première moitié du XVe siècle sont élevés deux grands tombeaux de marbre destinés à servir de dernière demeure aux ducs de Bourbon Louis II et Charles Ier, ainsi qu’à leurs épouses.

Même si le maillet des révolutionnaires n’a pas épargné ces deux ensembles de sculptures, les statues des deux ducs et de leurs compagnes restent tout à fait lisibles.  Chaque gisant a la tête dominée par un dais, la nuque posée sur un coussin, et est figé mains jointes, dans l’attitude de la prière. Selon les habitudes du temps, les pieds reposent sur des chiens. Les deux ducs sont en armures et manteaux, l’épée au coté.

Chaque monument est déposé dans une chapelle fermée, ce qui rend difficile leur étude détaillée sans l’assistance d’un guide.

 

Souvigny-duchesse

Le dernier gisant visible à Souvigny est celui de la duchesse Marie de Hainaut, femme de Louis Ier de Bourbon, premier duc du nom, décédée au milieu du XIVe siècle. Retrouvée dans l’ancien cloître des cordeliers, à petite distance de la prieurale, la statue funéraire est conservée dans les collections lapidaires du musée local, qui indique que l’œuvre de marbre pourrait avoir été produite dans un atelier parisien avant d’être transportée en Bourbonnais. Plusieurs détails du costume méritent d’être examinés avec attention, même si ce gisant a connu lui aussi quelques déprédations à l’époque révolutionnaire.

Cette belle série de gisants médiévaux fait de Souvigny un lieu tout à fait privilégié pour l’étude de l’art funéraire de l’époque de la Guerre de cent ans qui mérite une visite approfondie de son très riche patrimoine.

 

 

 

 

 

 

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Published by Olivier Trotignon - dans art funéraire
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Conférences

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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

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Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

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J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.