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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 08:34

L'église de Chalivoy-Milon offre aux yeux de ses visiteurs le plus important ensemble de fresques médiévales de la moitié sud du département du Cher. L'essentiel remontant à l'époque romane a été complété par quelques peintures de facture différentes réalisées à la fin du Moyen-äge. Ces fresques sont, grâce à leur bon état de conservation général, tout à fait lisibles, et on apprécie l'excellente initiative de la municipalité de Chalivoy qui a mis à la disposition du public un dispositif d'éclairage temporaire qui facilite leur découverte.

Sans surprise, la majorité des scènes peintes illustrent des passages des Ecritures, et nous laisserons aux amateurs d'art roman le soin d'en explorer tous les détails pour nous arrêter sur la figuration du massacre des Saints Innocents. Sans surprise, le maître-peintre qui a orné les murs et le plafond du chœur de l'édifice ignorait tout des  équipements militaires du début de l'ère chrétienne et, plutôt que de laisser son imagination guider son trait, semble avoir choisi de s'inspirer de son quotidien pour représenter deux hommes d'armes exécutant les ordres du roi Hérode. C'est ainsi que nous disposons d'un rare témoignage iconographique sur la tenue de guerre des chevaliers (qu'on peut supposer locaux, mais il ne devait pas y avoir beaucoup de différences d'une région à l'autre), jusqu'à la forme de leurs épées et de leurs casques et la présence de détails comme des jambières. Cette fresque est d'autant plus intéressante pour l'historien qu'elle permet un très rare croisement de sources: les Archives départementales du Cher conservent dans leurs Titres scellés une charte de 1171 rédigée à l'abbaye de Saint-Sulpice de Bourges portant le sceau du seigneur Ebe de Charenton, dont les domaines étaient voisins de Chalivoy-Milon. Ce sceau équestre très bien conservé représente Ebe en tenue de combat sur son cheval, et les détails perceptibles dans la cire  recoupent l'essentiel des silhouettes peintes sur le mur de Chalivoy.

L'église est en général toujours ouverte dans la journée mais il nous est impossible de garantir cette information. Bien évidemment, une visite un jour de grande luminosité extérieure permettra une meilleure lecture des fresques.

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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 08:57

Il est utile de compléter l'observation faite à Ineuil par celle d'une cimetière médiéval complètement inséré dans le tissu urbain, celui de la place du Marché à Saint-Amand-Montrond. Contrairement à celui d'Ineuil, isolé à la périphérie du village ou de celui de Drevant, groupé autour de l'ancien prieuré, celui de Saint-Amand était assez éloigné de l'église paroissiale, en limite d'agglomération, mais a fixé comme dans d'autres endroits assez d'activités économiques ou artisanales pour devenir un champ de foire et fixer un habitat permanent au moins à la fin du Moyen-âge. Cette zone sépulcrale a été abandonnée au profit d'une place de marché bordée de demeures à vocation probablement marchande dès l'origine. 

On peut regretter que le site ait été bouleversé à maintes reprises par des aménagements successifs et qu'aucune fouille d'ensemble n'ait permis d'évaluer la fonction du site et la chronologie de son occupation. Lors des derniers travaux, dans les années 80, une certaine anarchie a régné autour du chantier, où se sont multipliés les vols de matériel funéraire et de crânes humains.

La bouteille à eau bénite présentée en illustration a été trouvée lors d'une campagne de travaux antérieure, peut-être dans les années 60. Elle présente l'intéressante particularité d'avoir été brisée à l'origine, certainement pour la transformer en brûle-encens. Plusieurs autres sont accessibles dans une vitrine du musée Saint-Vic, de Saint-Amand. On ignore leur lieu de fabrication.

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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 10:11

L'affaire commence tout à fait par hasard en 1982. Lors d'une conversation avec un agriculteur résidant sur la commune d'Ineuil, dans le Cher, il apparaît que des ossements auraient été mis au jour par des travaux de curage de fossés, au lieu-dit la Guillotterie, à quelques centaines de mètres à l'ouest de l'église au centre du bourg. Une vérification sur place permet de vérifier la présence de restes humains visiblement très anciens. Le maire de la commune prévenu pour les éventuelles constatations légale, une demande de sondage de sauvetage fut accordée par la direction des Antiquités historiques d'Orléans.

Le sondage permit de relever une sépulture en cours de destruction, à une cinquantaine de centimètres de profondeur par rapport au sol actuel. Le squelette était déposé selon une orientation est/ouest et était accompagné à hauteur de la poitrine d'une bouteille à eau bénite en terre blanche tel qu'on en observe dans de nombreux cimetières médiévaux à partir du XIIe siècle. L'inhumation avait donc été réalisée avec soin, ce qui semble à priori exclure un événement exécuté dans l'urgence. Faute de moyens, et en présence d'une situation sur le terrain qui ne devait pas évoluer - les travaux étant terminés - il n'a pas été possible de sonder le jardin et le champ voisin pour mesurer l'importance de la zone funéraire. 

Cette sépulture n'était pas isolée, si on prend en compte les nombreux fragments d'ossements observés au sol et s'inscrit dans la tradition des champs funéraires périphériques aux communautés villageoises.

 

 

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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 07:21
Quelques détails permettront au lecteur d'apprécier la finesse de la gravure de la matrice de sceaux du duc Jean:

 pélican porteur de blason


L'ours (thème repris sur le gisant de son tombeau dans la cathédrale de Bourges)


Le contre-sceau. L'empreinte dans la cire est assez profonde pour avoir protégé les détails des chocs et de l'usure. 
 
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Published by Olivier Trotignon - dans politique-société civile
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25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 09:20


Ayant eu la chance d'accéder à une belle collection de sceaux médiévaux berrichons soustraits à leurs chartes d'origine, il me semble juste de partager avec les lecteurs le plaisir d'admirer de si beaux objets. Les deux pièces présentées en illustration sont des sceaux en cire verte, avec lacs de soie, du duc Jean de Berry.
L'accès à cette collection privée s'est fait sous condition de respect de l'anonymat des détenteurs de ce fonds, connu des Archives départementales du Cher et de l'Indre. 

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25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 08:36



L'abbaye cistercienne Notre-Dame des Pierres est située sur la commune de Sidiailles, dans le département du Cher. Elle est propriété privée et à ce titre n'est accessible qu'avec l'accord des propriétaires.

Pour mémoire, nous signalons un vestige associé, bien qu'inaccessible au public. L'une des plus ancienne cloche de France, datée du XIIIe siècle, est déposée dans le clocher de l'église de Sidiailles. Cette cloche a certainement été prise sur le site des Pierres au moment de son abandon.


Le site

Contrairement à la Roche-Guillebaud, dont la fondation a été déterminée par une particularité géologique unique dans la région, le choix du site des Pierres s’est fait sur des critères plus abstraits. Isolés dans une nature hostile, loins des routes et des villages, les premiers habitants du lieu sont venus s'y installer parce qu'aucune présence humaine ne pouvait perturber leur recueillement. Toutefois l'abbaye des Pierres n'est pas totalement isolée. Les châteaux de Culan et de la Roche, le village fortifié de Sidiailles et certainement plusieurs fermes n’étaient qu’à quelques heures de marche. Cet environnement humain réduisait, sans l’abolir totalement, le risque d’exactions de bandes armées ou de pillards attirés par les réserves des moines et par la facilité de réduire à merci une communauté contemplative incapable d'assurer sa sécurité par la force.

Comme dans les autres monastères dépendant de Cîteaux, la vie des moines était consacrée à la prière et à la méditation dans des structures qu’on peine à reconnaître dans les quelques ruines encore visibles. On sait qu’aux traditionnels cloître, logements des moines et convers et église abbatiale avait été ajoutée une forte tour carrée à quatre niveaux abritant la bibliothèque, les archives, l’infirmerie et les cuisines du couvent. Une partie de ces bâtiments était encore visible au XIXe siècle. Le faible intérêt des moellons de schiste employés dans les constructions a limité les pillages de matériaux mais l’ensemble s’est très fortement dégradé au cours du XXe siècle.


Les premiers moines

On a coutume de considérer que l’abbaye des Pierres fut fondée en 1149 par filiation de l’abbaye creusoise d’Aubepierre, elle même fille de Clairvaux comme Noirlac, la Prée, et Fontmorigny. On possède même une liste très précise des laïcs ayant contribué, par leur générosité, à la constitution du domaine de l’abbaye, afin de lui permettre de vivre des revenus de ses propriétés. L’étude attentive des noms des donateurs montre que tous ne sont pas contemporains et que certains, parmi lesquels Amblard Guillebaud, vivaient presque un demi-siècle avant la fondation. Cette discordance des dates est appuyée par un acte rédigé vers 1200 par le jeune seigneur Guillaume de la Roche (-Guillebaud) qui confirme les donations antérieures consenties aux religieux des Pierres par son père Guillaume, son grand-père Guillebaud et par son bisaïeul Amblard. Manifestement, une communauté monastique existait dès la fin du XIe siècle au lieu-dit les Pierres, bien avant que les cisterciens d’Aubepierre ne viennent y fonder leur filiale. Ce cas n’est pas unique. Le nom ancien de Noirlac “la Maison-Dieu-sur-Cher” montre qu’une petite communauté de frères soignants d’un hôtel-Dieu local avait précédé les moines de Clairvaux. Plus proche, le couvent de Bussière existait avant qu’il change d’implantation et soit affilié à l’Ordre de  Cîteaux en 1189.

Qui pouvaient être les premiers cénobites à s’être retirés dans la vallée de la Joyeuse? Peut-être des ermites ayant rassemblé quelques disciples en une structure monastique primitive suffisamment solide pour attirer les bienfaits de la noblesse locale. On peut aussi valider l’hypothèse d’une fondation pré-cistercienne autonome, conçue sur le modèle des préceptes de Saint Bernard, rattachée à l’Ordre en 1149 après avoir été visitée, évaluée et approuvée par les moines d’Aubepierre.


L’abbaye et la société

Si le site des Pierres est propice à la quête de dépouillement et de solitude des premiers moines blancs, il présente l’inconvénient de ne permettre aucun espoir de développement ultérieur de la communauté. La région est sous-peuplée, les rendements du sol sont faibles et la noblesse locale a des revenus limités. L’abbaye des Pierres, jusqu’à la dispersion de ses  derniers frères, demeure un petit monastère. Son domaine foncier est constitué par les dons des féodaux des environs: Culan, Guillebaud, Courçais, Saint-Désiré, Saint-Vitte, Vallon, Domérat mais aussi Déols, qui est seigneur des terres à l’ouest de l’Arnon. Il se situe logiquement entre Culan, Préveranges et Saint-Saturnin. Quelques granges plus éloignées complètent ce patrimoine modeste. L’un des attraits de l’abbaye consiste à accueillir des sépultures laïques. Les dépouilles des nobles sont inhumées dans les murs même du couvent, au plus près des messes et prières dites pour le repos des âmes. On peut supposer que  abbaye est peuplée de fils cadets de ces mêmes nobles, devenus moines à leur majorité, lorsque tout espoir d’hériter du fief paternel s’était évanoui.

On note chez les abbés des Pierres une autorité morale qui révèle un réel rayonnement de la communauté. A plusieurs reprises, nous les trouvons témoins ou conseillers dans des affaires temporels ou spirituelles, associés à d’autres supérieurs cisterciens et augustins, tels les abbés de Puyferrant, la Prée ou Varenne. Noirlac, en comparaison, est plus riche mais moins influente que les Pierres.


Les vestiges

L'abbaye primitive a presque disparu du paysage. Quelques pans de murs et voûtes en partie effondrées témoignent encore du passé du lieu. Pour respecter la volonté des propriétaires du site, qui seraient responsables en cas d'accident survenu sur leur propriété, nous déconseillons fortement aux amateurs de vieilles pierres de pénétrer dans les ruines de l'ancien monastère, pour des questions de sécurité assez évidentes au vu de l'état des maçonneries, et pour leur éviter la déception de n'avoir pu contempler que l'ombre d'un monument autrefois prestigieux.


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Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 09:40

Peu connu du grand public car isolé dans la campagne et sans balisage particulier, le prieuré roman de Soye, sur la commune de Saint-Georges-de-Poisieux est un monument à découvrir. D'un plan rectangulaire très simple, le bâtiment roman est  construit sur un léger tertre qu'on ne saurait affirmer naturel ou artificiel. Sa façade est sobre, plus dépouillée que celle du prieuré de Drevant, mais il conserve sur ses cotés latéraux deux lignes de modillons, alors que Drevant en est dépourvu. On remarque sur la façade la présence de chapiteaux en calcaire clair qui tranche sur la pierre de taille ocre de l'ensemble. L'intérieur conserve un chœur très simple encore occupé par un autel et divers anciens fonds baptismaux. 

L'originalité du lieu tient aussi à la présence de bâtiments attenants à la partie médiévale, héritiers de l'ancienne exploitation agricole complémentaire de l'activité religieuse. Outre quelques très beaux modillons, dont un curieux reptile joueur de harpe ou de rote, on remarque plusieurs restes de cadrans solaires, difficiles à dater.

Le prieuré de Soye donnait son nom au Moyen-âge à la Loubière, dite "Eau de Soye - aqua de Saia", petite rivière toute proche. Il était une dépendance de l'abbaye Notre-Dame de Puyferrand, proche du Châtelet-en-Berry, accueillant des chanoines de Saint-Augustin.

 



 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 09:11

(sceau médiéval - collection privée à Bourges)

Les archives municipales de Saint-Amand-Montrond, dépositaires des lambeaux du chartrier du couvent de Carmes (occupé aujourd'hui par l'hôtel de ville), ont conservé la narration d'un miracle attribué à une œuvre d'art aujourd'hui perdue, l'image de Notre-dame de recouvrance. Nous ignorons tout du support matériel de cette figure de la Vierge, tableau ou statue, mais on sait que sa notoriété était assez grande pour attirer vers Saint-Amand des pèlerins qui étaient entre autres hébergés à l'hôtel de l'Image - référence explicite à la Vierge - lors de leur séjour saint-amandois. Cette auberge changea de nom lorsqu'elle se transforma en relais de poste et fut alors connue en tant qu'hôtel de la Poste, qui conserve encore aujourd'hui une tradition hôtelière.

Les archives des Carmes perpétuent le souvenir de deux miracles attribués à l'Image. Le premier traduit plus une foi locale qu'une intervention directe de l'entité miraculeuse. Un ouvrier carrier, pris dans éboulement du front de carrière, est retrouvé sain et sauf par les sauveteurs persuadés de chercher un cadavre et non un rescapé. Le malheureux déclare devoir la vie à Notre-dame de recouvrance.

Le second récit est beaucoup plus précis et évoque une guérison miraculeuse. Sa transcription donne à quelques détails près ce qui suit:


"(...)  daté du vingt  troisième jour d’Aoust  mille cinq cent  trois, et ce qu’une femme nommée Andrée veuve de Jean Telin paroissienne de Taulmier native du village des Reynarts paroisse d’Orsan estant en necessité ... de sa personne ayant memoire de Dieu et de nostredame de recouvrance, fist sa requeste à la dite dame,  ... necessité qui estoit une maladie en forme de (catarce) en telle sorte qu’elle ne parloit ny ne mouvoit sauf du bras dextre  et fut depuis le vingthuitième de juillet jusqu’au douzième du mois d’aout lajusqu’au douzième du mois d’aout lensuivant save par le boire ny manger ny remuer un membre sauf que sondi bras dextre; pour laquelle affliction il luy vint en memoire de voüer et recommander a nostre dame de recouvrance en promettant a son createur la venir voir aussitot en son eglise et chapelle du couvent des Carmes en la ville de Saint Amand, et alors se fit ammener en ladite eglise et chapelle, portée devant l’image de notre dame de recouvrance, peu de temps après elle parla fort bien, fut guerie de sa maladie qu’elle avoit en son corps et puis se tourna et marchoit fort bien, comme le tout est plus amplement déclaré (...)"

 

Selon le texte, cette paroissienne de Thaumiers guérit de ce qui ressemble à une hémiplégie à la seule vue de l'image de la Vierge, rappelant le rôle de médiation de certains objets de culte entre la sphère divine et le monde des humains. L'image est l'intermédiaire entre la Vierge et le croyant et a valeur de relique d'autant plus nécessaire que la Bonne Dame, comme on l'appelait encore récemment en Berry, n'a laissé presque aucune trace matérielle de son séjour terrestre.

Il est bien entendu que l'historien n'a pas à se prononcer sur la véracité du contenu de ce récit - chacun juge ces événements selon sa propre appréciation du fait religieux ancien - mais qu'il dispose par ce type de témoignage d'informations irremplaçables sur l'univers mental dans lequel évoluaient les gens de la région à la fin du Moyen-âge.

 

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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 22:27


Il m'a semblé intéressant de consacrer quelques lignes à un curieux réemploi d'une sculpture médiévale d'origine inconnue, visible dans une propriété privée du canton de Charenton-du-Cher, sur laquelle le lecteur voudra bien, par respect envers les propriétaires, comprendre ma discrétion.
Cette tête fut initialement trouvée lors de la démolition d'une ancienne grange, et quelqu'un eut l'idée de s'en servir pour briser la monotonie d'un mur. Son originalité tient à l'incrustation de deux petits éclats de pierre noire pour figurer les pupilles du personnage couronné que représente l'objet. D'une trentaine de centimètres de hauteur, cette statue de calcaire type "la Celle" semble de facture gothique et rappelle certains culs-de-lampe comme on peut en observer dans des chapelles de la fin du Moyen-âge. 
On signale dans un périmètre étendu plusieurs bâtiments religieux partiellement ou totalement démolis qui pourraient être à l'origine de la récupération de cette pièce. L'abbaye Notre-Dame-de-Charenton et l'église de Saint-Pierre-les-Etieux ont été sérieusement malmenées par le passé et une fondation templière, située entre Saint-Amand et le Pondy, aurait été complètement détruite. 
L'aide d'un collègue historien de l'Art serait la bienvenue pour affiner la datation de ce vestige. 

 
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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 09:11


photo I.G.N.


Des outils logiciels très simples d'emploi et disponibles sur internet permettent un utile croisement des sources. Ainsi, par un simple passage en revue des images aériennes et satellites disponibles sur la région d'Ainay-le-Vieil, dans le Cher, il a été possible de localiser l'emplacement d'une ancienne maison forte de la fin du Moyen-âge, complètement arasée, mais bien visible sur le cadastre napoléonien de la commune de la Celette, à l'époque où celui-ci était encore détenu en mairie. Les prospections à vue sur le terrain n'ayant rien donné, c'est par les airs que nous pouvons retrouver la trace de cette ancienne micro-forteresse.

Rappelons que les maisons fortes sont parfois confondues avec les mottes castrales dans l'esprit du public averti. La motte castrale est le vestige d'un ancien château de bois construit à partir du XIe siècle principalement, sur un tertre assez élevé par des apports de remblais extérieur à l'ouvrage. Ces mottes, sièges d'un pouvoir féodal structuré à un niveau supérieur de la hiérarchie politique locale, sont assez peu nombreuses et sont souvent l'amorce d'un foyer urbain.

Construites par la petite aristocratie à la fin du Moyen-âge, les maisons fortes sont plus nombreuses en secteur rural. Constituées d'une douve séparant une plate-forme du relief ordinaire, elle accueillaient le plus souvent de grosses demeures fortifiées dont le bois était le matériau principal. Si beaucoup ont été abandonnées ou se sont transformées en de simples exploitations agricoles, quelques unes ont évolué en petits châteaux-forts ou hôtels particuliers à la période post-médiévale.

Le cas du château de la Lande est intéressant, car il traduit bien la fragilité de ce genre de petit patrimoine militaire. Préservé pendant des siècles dans un paysage de bocage à toutes petites parcelles, il est totalement arasé lors du remembrement qui défigure la commune de la Celette dans les années soixante-dix. Cette destruction est ignorée des archéologues de l'époque. Les photographies aériennes verticales permettent de retrouver la forme primitive des fossés comblés, au milieu des traces des bûchers du remembrement.

J'invite toute personne qui aurait pu avoir le loisir d'observer de tels vestiges par hasard ou par une prospection méthodique d'en communiquer les détails aux services d'archéologie départementale, pour favoriser la mise en œuvre de mesures de sauvegarde en cas de menace ultérieure.

 

 

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