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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 12:51

Prune-au-Pot

 

Il me paraît légitime de réserver mon premier billet de l’année 2013 à un monument qu’on m’a fait découvrir l’été dernier. J’ai pu, à l’invitation des membres de l’association pour la sauvegarde du château de la Prune-au-Pot, faire le tour de la belle forteresse dont ils s’occupent.
Le site de la Prune a la particularité d’être situé à flanc d’un coteau en pente douce, sans intérêt stratégique particulier. Les fossés humides se remplissaient par ruissellement et par porosité de la nappe phréatique, comme on peut l’observer sur de nombreuses mottes castrales ou maisons-fortes construites à l’écart des sommets du relief. La puissance des travaux de construction qui ont abouti à la mise en service de la forteresse ont effacé toutes traces au sol de cet éventuel passé du site, qui n’est pas éclairci à l’heure actuelle, faute d’une documentation suffisante.
La Prune-au-Pot se présente sous l’aspect d’un beau château fort ruiné organisé sur un plan quadrangulaire. Trois des quatre tours initiales sont encore visibles. On note un intéressant système d’accès par pont-levis reposant sur des piliers encore visibles.
Aux dires des membres de l’association (je n’ai pu, pour des raisons de sécurité, visiter l’intérieur de la place), une fontaine située dans la cave de la plus grande tour fournissait aux occupants une eau toujours abondante et certainement d’excellente qualité, ce qui était un avantage appréciable en cas de siège.

 

Prune-au-Pot-mur

 

Des parties souterraines demeurent inexplorées. Une ouverture en soupirail n’éclaire aucune pièce connue et des mouvements du sol de la cour ont trahi le tassement de probables voûtes de salles basses dont les entrées n’ont pas encore été localisées. L’histoire ancienne du site elle-même est sujette à conjectures. Si la tranche chronologique couvrant une période allant de la Guerre de 100 ans à l’ancien régime est bien renseignée grâce à une documentation suffisante, la période féodale est moins bavarde. L’absence d’abbaye disposant de gros chartriers dans les environs, et l’incertitude sur les premiers propriétaires (qui n’étaient peut-être pas seigneurs résidants et à ce titre n’ont pas produit d’actes locaux) sont des handicaps difficiles à résoudre pour un historien.
Un indice cependant: la Prune est construite sur la rive gauche de la Creuse, en vis-à-vis des domaines appartenant à la large mouvance des seigneurs de Déols. Ce château pourrait avoir des origines politiques plus aquitaines que berrichonnes.
Quelques recommandations, si ce billet vous inspire l’envie de venir faire le tour du site, me semblent utiles à souligner. La Prune-au-Pot est une propriété privée, en ruine et donc potentiellement à risque. Le propriétaire a accepté qu’un chemin de visite soit aménagé autour de son bien, pour faciliter l’accès du public. Cette bonne volonté n’est pas la règle en Berry, soyez donc vigilants à ne pas passer les clôtures même si, et ça se comprend dans un tel site, on a toujours un peu envie d’en voir plus. A proximité de Céaulmont se trouvent Argenton, Gargilesse, Cluis et l’abbaye de Varennes. Le château de la Prune peut être une étape dans un petit circuit de grande qualité qui embrasse une variété rare d’expressions artistiques du Moyen-âge régional.

 

Prune-au-Pot-porte

 

L’association pour la sauvegarde du château de la Prune-au-Pot mérite d’être soutenue dans sa vaste entreprise de restauration du site. Elle est joignable sur son blog.

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 10:01

basse-cour-fossé

 

Il y a longtemps que je comptais présenter ici un site archéologique d'une nature particulière, dont l'observation permet de nuancer certaines idées reçues sur les mottes féodales. J'ai profité ces derniers jours de conditions d'ensoleillement favorables pour aller prendre quelques photos d'un ensemble sur lequel je tiens à rester discret. Même si nul n'est propriétaire de l'Histoire, le bois dans lequel je me suis introduit est la propriété de quelqu'un de peu conciliant, qui nous avait interdit, il y a quelques années, par lettre recommandée, d'accéder à son bien pour les journées du Patrimoine, lorsque je coopérais avec l'Office de tourisme de Vesdun. L'autre crainte est d'y attirer les prospecteurs clandestins qui épluchent régulièrement ces lignes, si j'en juge la formulation des requêtes qui permettent d'accéder à ce blog.
J'appellerai donc cet endroit "le Bois", ce qui n'est pas très original mais bien suffisant pour ce qui nous intéresse.
Le Bois, donc, se trouve situé dans le tiers sud du département du Cher, non loin d'une voie antique sur laquelle le trafic s'est poursuivi pendant toute la période médiévale et même au delà. Il n'est pas complètement isolé, au moins deux châteaux et deux maisons-fortes se trouvant dans un rayon de cinq kilomètres de ses fossés.
Les photographies que j'en ai ramené manquent de relief à cause du faible contraste dû à la végétation, et seul, il n'est pas facile de prendre des mesures et de faire un croquis de situation, mais au sol, on perçoit des vestiges très curieux. Le site s'organise comme un ensemble classique motte et basse-cour, à la nuance près que le retranchement seigneurial n'est pas une motte, mais une sorte d'enceinte trapézoïdale en partie cratériforme. Des fossés délimitent ce retranchement, mais, à part la terre issue de leur terrassement disposée en anneau autour de terre-plein central, aucun apport significatif de remblais extérieur, comme sur les grosses mottes castrales de la région, n'a eu lieu.

 

basse-cour-mur

 

 

A quelques mètres, avec juste le fossé entre les deux s'étend ce qui peut être vu comme une basse-cour de plusieurs centaines de mètres-carrés conçue sur le même principe (fossé défensif et bourrelet de terre intérieur) mais avec plus de détails apparents. On relève par exemple des reste de murs d'enceinte en pierre sèche, des formes géométriques sur le sol (maisons? silos? chapelle?) et le reste d'un puits de pierre sèche assez bien conservé. A quelques pas se trouve une petite carrière de pierre qui est peut-être le lieu d'où ont été extraits les matériaux de construction. D'autres formes régulières, d'anciens fossés, apparemment, sont visibles plus loin dans le sous-bois mais seul, il n'est pas possible de faire un balisage efficace du périmètre.

 

basse-cour-puits

 

Le site du Bois n'a jamais été fouillé et ne peut être daté avec précision. Toutes les apparences le rattachent au premier âge féodal, qui domine le XIe siècle et je n'ai trouvé aucune trace de son existence dans les quelques archives dont on dispose, ce qui laisserait penser qu'il avait été abandonné au XIIIe siècle, mais les arguments sont très approximatifs. Des micro-forteresses de terre et de bois conçues sur les mêmes principes existent encore à la guerre de 100 ans. L'absence de motte peut être interprétée comme l'indice que ce village n'était pas aux mains d'un chevalier, ce qui complique encore son identification dans les textes médiévaux. Rien n'explique son abandon. L'étude des cadastres et des photographies aériennes montre que beaucoup de bourgs actuels se sont développés à partir d'une base défensive comparable aux vestiges du Bois. Dans le cas qui nous intéresse, le bourgeon initial n'a pas évolué, ce qui rend d'autant plus précieux ce genre de vestige car, bien fouillé, il pourrait nous documenter sur des structures paléo-urbaines bouleversées presque partout ailleurs.
Les gens du Bois ont-ils été victimes d'événements malheureux ou tout simplement ont-ils émigré vers un village plus prometteur? Disons juste que le lieu où ils ont vécu reste plein de promesses pour leurs (lointains) descendants.

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 09:56

Villentrois-1

 

Le château de Villentrois, dans le nord du département de l’Indre, compte parmi les plus belles ruines qui témoignent du passé féodal de la région. Même s’il est une propriété privée, il est possible de l’approcher d’assez près à partir de la voie publique pour observer la majorité des structures en élévation.

 

Villentrois-2

 

Je n’ai personnellement jamais travaillé sur ce fief, trop écarté de ma zone d’étude et surtout, inscrit dans la mouvance des comtes d’Anjou. Seule une ou deux notes prises au hasard de mes dépouillements d’actes antérieurs au XIVe siècle rappellent qu’un seigneur du nom de Foulques tenait la place en 1230 (cartulaire de Levroux). En 1260, c’est un simple damoiseau, Goffridus, qui se déclare seigneur de Villentrois et rend hommage à l’archevêque de Bourges, comme des dizaines d’autres féodaux dans l’ensemble du diocèse.
N’ayant pas pour habitude de m’approprier les conclusions de mes confères, je laisserai donc au lecteur le soin de se documenter par lui-même sur l’histoire de ce site qui, me semble t-il, et de mémoire, a joué un rôle important pendant les troubles de la Guerre de cent ans. C’est de cette époque que date l’actuelle forteresse, élevée comme beaucoup d’autres, dans de calcaire blanc de la zone ligérienne auquel nous sommes si peu habitués dans nos régions qui tutoient le Massif Central.

 

Villentrois-3

 

Si je n’ai pu me rendre sur le site, je me suis un peu attardé dans les rues avoisinantes, qui révèlent quelques beaux éléments d’architecture contemporains du château. Il existe en particulier une falaise percée de troglodytes d’apparence très ancienne.
Il est regrettable que ce joli monument soit si peu indiqué, à quelques minutes du château de Valençay. Puissent ces quelques lignes inciter les amateurs de belles constructions militaires à le noter sur leurs projets de voyages.

 

Villentrois-4

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 09:35

Cluis-poterne

 

Vieille, très vieille forteresse que celle de Cluis, dans le sud de l’Indre. je ne dispose pas de toute la documentation nécessaire pour en parler de manière plus approfondie, mais un acte des alentours de l’an 1000 témoigne de la participation du seigneur du château de Cluis au siège de Saint-Benoît-du-Sault, lors d’une de ces multiples petites guerres privées qui émaillent le premier âge féodal. Seigneur et château, dans ces temps éloignés, sont des indices de l’importance politique et militaire de la place, alors simplement concrétisée dans le paysage par une grosse motte castrale portant une tour de bois, plus tard remplacée par un donjon circulaire dont les ruines dominent encore la place.

 

Cluis-motte-et-donjon

 

Jusqu’au XIIIe siècle, période à laquelle je cesse mes recherches, les seigneurs de Cluis ont été présents à de nombreuses occasions à des événements importants ayant marqué l’histoire du diocèse: fondation de Neuvy-Saint-Sépulchre, dotation des abbayes de Noirlac, Aubepierre, du prieuré d’Orsan plus quelques actes de violence à l’encontre des monastères régionaux, comme bien d’autres féodaux.
Il demeure de cet ensemble fortifié des ruines impressionnantes, dont celles d’une forte poterne. Entourant une vaste place d’arme gardant la trace de la carrière qui a fourni une partie des pierres de construction, une longue enceinte garnie de tours vient buter sur le donjon. On peut y observer les restes de la chapelle castrale dans les murs et d’un logis seigneurial édifié, d’après la forme des encadrements de fenêtres, à la fin de la période médiévale.

 

Cluis,-cour-intérieure

 

Outre son intérêt historique et archéologique, le site de Cluis offre une ouverture pédagogique adaptée à la découverte du Moyen-âge pour des classes de primaire (avec un bon encadrement, l’endroit pouvant être dangereux pour des gosses turbulents). L’an dernier, lors de mon passage sur place, des travaux de consolidation des murs étaient en cours, avec un soucis réel de pratiquer des restaurations qui ne jurent pas avec les anciennes maçonneries, détail appréciable et apprécié.

 

 

The fortress of Cluis

Die Festung von Cluis

forteresse de Cluis

la fortezza di cluis

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 10:25

Culan-par-Chastillon

 

Sans doute l’un des lieux les plus photographiés du sud de la région, la silhouette du château médiéval de Culan est malheureusement privée de sa pièce maîtresse, son donjon, détruit après les guerres de la Fronde dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. Sous le pic des démolisseurs disparaissait un monument défensif qui manque aujourd’hui, avec plusieurs autres ayant subi le même sort, au patrimoine militaire berrichon.
Témoin de l’élévation dans la hiérarchie féodale de la famille de Culan, le château fut construit au XIIIe siècle sur l’emplacement d’une motte castrale antérieure élevée au XIe siècle, au moment où la famille de Déols installa un cadet de famille de ses vassaux de Lignières pour occuper la limite orientale de son territoire. Sans être d’une richesse exceptionnelle, les Culan trouvèrent néanmoins les ressources suffisantes pour élever une forteresse dotée d’un donjon, symbole du grade de seigneur obtenu par ces chevaliers quelques décennies auparavant.
Un captivant dessin de Claude Chastillon, qui a parcouru le Berry au temps du roi Henri IV, montre le château intact et permet, par comparaison avec les parties encore existantes, d’imaginer la grosse tour disparue.

 

Culan-détail

 

Comme tous les donjons de l’époque, et ce n’est pas une surprise, le donjon de Culan était cylindrique avec probablement un élargissement à sa bases comme on en observe sur les tours intactes. Si les proportions ont été respectées par le topographe, sa hauteur ne semble pas avoir été excessive et sa toiture dépasse, sans franchement le dominer, le reste de la citadelle. A l’époque de Chastillon, il semble que les toitures avaient été reprises car les détails que donne le dessin permettent de distinguer d’anciens mâchicoulis sur lesquels repose la base de la charpente du toit, lui même agrémenté d’un lanterneau d’allure fort peu médiévale. L’arrivée, comme partout ailleurs, des armes à poudre, a rendu obsolètes nombre d’aménagements défensifs prévus pour des armes blanches. Culan n’a pas échappé à cette évolution normale de ces grands châteaux médiévaux en demeures seigneuriales plus confortables et à l’apparence moins martiale, en sécurité derrière la gueule de leurs mousquets et de leurs couleuvrines.

 

Culan-vue-de-face

 

Privée de sa poterne et de son donjon, la forteresse de Culan n’est plus que l’ombre du puissant ouvrage que ses châtelains commandèrent à l’époque des Croisades. Les beaux restes qui s’élèvent sur les pentes de l’Arnon permettent, avec un peu d’imagination, de restituer les volumes disparus.

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 08:59

Huriel-général

 

La région de Montluçon possède un des rares témoignages encore presque intact d’une étape essentielle des arts militaires du premier âge féodal: le passage des donjons de bois aux premiers donjons de pierre. Le destin des donjons de bois juchés sur leurs mottes castrales a été très différents d’une seigneurie à l’autre. Rapidement devenues obsolètes face à la solidité éprouvée des constructions de pierre, les tours de bois, élevées par les premières familles dominant la région au XIe siècle, ont laissé la place à de nouvelles forteresses. Dans certains cas, la féodalité a abandonné les anciennes mottes pour construire des châteaux beaucoup plus vastes sur un autre emplacement, comme à Châteaumeillant ou à Bois-Sir-Amé, dans le Cher. Parfois, le terrassement castral a servi de soubassement à un grand donjon circulaire commandant une ville forte ou une forteresse, comme à Cluis dans l’Indre, Bourbon dans l’Allier ou encore Dun-sur-Auron dans le Cher. Dans de plus rares circonstances, dès le XIIe siècle, les chevaliers ont passé commande de grands donjons carrés, imitant la forme des anciennes tours de bois, pour remplacer les fortins hérités de leurs aïeux. La plupart ont été détruits (Le Châtelet, Drevant, Lignières...), ce qui rend encore plus précieuse la fortification d’Huriel. Haute de plusieurs étages, elle présente encore une partie de son aspect primitif, c’est à savoir de hauts murs seulement percés de petites ouvertures destinées à l’archerie.

 

Huriel-façade

 

Plus tard, un propriétaire a fait ouvrir de grandes croisées à meneaux pour faire rentrer le lumière, mais l’ensemble demeure très impressionnant. A la façon des tours de bois, l’accès se faisait par une petite porte ouverte en hauteur. Les seigneurs d’Huriel, nommes Humbaud ou Audebert, selon que ça soit l’aîné ou le cadet qui héritait de son père, sont bien connus grâce aux textes naguère conservés dans le cartulaire du prieuré bénédictin voisin de la Chapelle-Aude, ou Chapelaude. La rareté et l’unité de l’ensemble expliquent ma vive contrariété en découvrant, voici quelques semaines, que des bennes de remblais étaient en train d’être déversées dans ce qui reste des fossés de l’ancienne motte, comme si la municipalité avait décidé de les combler. Il ne s’agissait peut-être que d’un stockage provisoire de matériaux destinés à un autre usage que le remblais, mais ce genre de manœuvre dans un milieu aussi fragile que des restes de défenses du XIe siècle a toujours le don de me faire bondir. Si un lecteur ou une lectrice avait l’occasion de passer voir sur place où en est le chantier et pouvait nous renseigner par le canal de la rubrique “commentaires” au bas de cet article, il ou elle m’aiderait à dissiper mes craintes ou, au contraire, à les confirmer.

 

Huriel-fossés

 


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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 09:48

motte-Epineuil-pancarte

 

La période hivernale étant, avec son soleil bas et sa végétation dégarnie, propice à ce genre de visite, je suis retourné à Epineuil-le-Fleuriel, dans le sud du département du Cher, examiner le résultats des travaux de défrichement de la motte castrale du village.
L’excellente nouvelle était tombée l’été dernier. La motte, complètement délaissée par ses propriétaires, et envahie par une végétation qui rendait son terrassement indiscernable depuis la route, venait d’être acquise par la municipalité d’Epineuil. Dans d’autres lieux, une telle tractation n’aurait rien eu de rassurant, tant certaines équipes municipales restent hermétiques à tout principe de respect des vestiges archéologiques.

motte-Epineuil-fossés

 

A Epineuil, les choses vont autrement. L’achat par la Ville de la parcelle qui abrite l’ancienne forteresse est une étape dans un long processus de valorisation de cet élément patrimonial. Bien que presque invisible faute d’entretien, la motte était signalée depuis longtemps à l’entrée du village. Son acquisition va permettre de la débarrasser de la végétation qui a envahi ses flancs. Cette opération, qui prendrait à peine un ou deux jours de travail en terrain plat à une bonne équipe de bûcherons, va être réalisée en concertation avec les services régionaux d’archéologie afin de ne faire courir aucun risque aux niveaux anciens qui pourraient être encore en place malgré quelques fouilles anciennes assez musclées.
A l’heure actuelle, seuls les fossés et les premiers mètres du terrassement ont été nettoyés. Si des ormes morts ne posent pas de problèmes techniques pour être tronçonnés et éliminés, les gros arbres qui ont envahi la plate-forme vont devoir être traités avec prudence, tant leur abattage peut provoquer de dégâts.

motte-Epineuil-ensemble

 

Une question, à laquelle je suis bien incapable de répondre, se pose et j’aimerais bien avoir l’avis des lecteurs pour produire un avis pertinent. Il existe sur la plate-forme de la motte d’Epineuil un affreux petit cabanon en briques couvert de tuiles mécaniques, verrue qu’un premier réflexe condamnerait à une élimination sans appel. Pour l’instant, la végétation le dissimule à la vue des visiteurs mais tôt ou tard sa silhouette va être révélée. La question ne se poserait pas s’il s’agissait d’un abri de jardin ou d’un rendez-vous de chasse; or, dans le cas présent, la bicoque a une histoire. Sa construction date de 1939 ou 1940 et avait été ordonnée à l’initiative de la Défense passive. Des habitants  de la commune venaient y assurer une sentinelle régulière pour veiller, selon certains récits, à la sécurité des usines de Montluçon et lancer l’alerte en cas de raid aérien. Montluçon a bien été bombardé, mais par les Alliés, la guerre est finie et la masure est toujours là. Qu’en faire? La raser, au risque de faire disparaître un vestige qui intéresse l’Histoire du XXe siècle? La démonter et la reconstruire à coté? Cela n’aurait plus aucun sens. La conserver? Sur une des plus belles mottes castrales du Berry, l’effet visuel va être désastreux. La restaurer et y installer un petit espace d’information pour les futurs visiteurs? Cela donnerait une raison de la garder en état.
La question se pose à Epineuil. Je me pose aussi la question. Vos avis et remarques en la matière seront les bienvenus.

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 21:38

grosse-tour-gravure

 

Ajoutée au domaine royal par le roi Philippe Ier à la fin du XIe siècle, Bourges devint, un siècle plus tard, à l’initiative du souverain Philippe Auguste, un immense chantier. En plus des travaux de construction de la cathédrale fut entreprise l’édification d’un énorme donjon, achevé vers 1189, dominant la ville de ses presque quarante mètres. Par cette tour, complétée par un système défensif autonome la distinguant tout en l’incorporant aux remparts défendant la cité, le roi de France affirmait sa suzeraineté sur la plaine de Bourges et surpassait, par l’ampleur de la bâtisse, tous les autres seigneurs berrichons.
Même s’il a presque complètement disparu et qu’on ne peut plus en vérifier l’élévation, le donjon royal de Bourges a longtemps été un élément majeur du paysage urbain et de l’histoire de la capitale du Berry. Plusieurs auteurs ont relevé ses cotes et des dessinateurs l’ont croqué, surtout à partir de la Renaissance et des troubles des Guerres de religion. Nous disposons donc, en plus des traces archéologiques, d’un matériel cohérent sur lequel s’appuyer pour évoquer le souvenir du plus gros monument militaire médiéval de ce type en Berry.

grosse-tour-coté-mairie

En convertissant les anciennes unités de mesure et on se basant sur le reste des fondations observées par les services d’archéologie, on admet en général que la grosse tour mesurait environ trente-huit mètres pour un diamètre de vingt-cinq. D’une construction très soignée, une partie du parement extérieur était garni de blocs de pierre taillés en pointe de diamant. Cet ornement apparaît clairement sur les gravures anciennes. On parvenait à son sommet par un escalier de 164 marches qui permettaient d’atteindre trois étages voûtés qui accueillaient des chambres, réserves et certainement communs. Ces pièces servirent par la suite de logement, prison, poudrière et autres usages permis par la fonction militaire de la place.
Plusieurs historiens se sont attachés à souligner l’importance de cette petite forteresse royale dans la défense d’une ville qui pouvait devenir la proie des adversaires anglais des rois capétiens. Si on élargit le point de vue sur la question, on constate que la grosse tour de Bourges s’inscrit dans un vaste mouvement amorcé au XIIe siècle qui voit la féodalité du Berry, comme celle d’autres régions du royaume, affirmer sa domination sur les campagnes par l’érection de grands donjons châtelains de base rectangulaire pour les premiers puis circulaire pour les plus récents, héritiers de l’époque des châteaux à donjons de bois. Vèvre, Le Châtelet-en-Berry, Lignières, Issoudun, Montrond et quelques autres, presque tous aujourd’hui abattus, dominent la campagne et rappellent l’indépendance dont tant de féodaux font preuve vis-à-vis de l’autorité de leur suzerain francilien. Avec l’édification de sa tour de Bourges et de son homologue, de plus petites dimensions, mais tout aussi symbolique, de Dun-sur-Auron, Philippe Auguste matérialise son pouvoir de seigneur et roi à l’aide de ces éléments architecturaux on ne peut plus concrets.
Le donjon royal demeura intact jusqu’au milieu du XVIIe siècle. Le Berry subit alors la guerre de la Fronde. En 1651, l’entrée des troupes royales dans la ville de Bourges évacuée par l’armée condéenne précipita la destruction de la tour médiévale. Que la décision de la faire raser fut motivée, ce qui est le plus vraisemblable, par des impératifs stratégiques ou que son éradication fut le gage de la fidélité des berruyers au pouvoir royal, ce qui n’est pas incompatible avec la précédente proposition, ses jours étaient comptés.
En novembre 1651, l’explosion d’une première mine ne put que fendre en deux l’édifice. Les stigmates de la torsion qui s’opéra alors sur les fondations sont encore visibles sur les vestiges du pied de la tour, conservés dans le deuxième sous-sol du parking souterrain situé sous la mairie de Bourges. Les pierres de parement ont été bousculées et arrachées de leur lit de maçonnerie.

grosse-tour-fente

Une nouvelle tentative eut lieu en décembre de la même année. L’artificier provoqua une explosion mieux calculée que la précédente, si forte que la moitié du donjon s’effondra en tuant et blessant plusieurs dizaines de témoins, écrasés par les blocs de pierre propulsés par la mise à feu de la poudre. Les derniers vestiges du donjon furent prudemment laissés en état, et disparurent ultérieurement.
Outre les quelques gravures disponibles sur le sujet, rarement à l’échelle, il est possible de se faire une idée de la masse de la forteresse disparue grâce aux vestiges exhumés lors des fouilles exécutées sur le site au moment de la construction du nouvel hôtel de ville. On soulignera l’intérêt de cet aménagement spécialement dédié à l’ancien donjon: un marquage au sol permet de visualiser l’emplacement de la muraille de l’ancien édifice.

grosse-tour-surface

Le contraste sur le trottoir est suffisant pour que le diamètre soit perceptible sur les photographies aériennes verticales, ce qui donne une bonne mesure des proportions de l’ancien donjon royal de Bourges.

grosse-tour-aerien


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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 09:57

Mirebeau-1

Après avoir examiné les vastes dispositifs radio concentriques d’Issoudun et de Dun-sur-Auron, revenons à des ensemble de plus petite dimension mais tout aussi remarquables, tel le terroir circulaire du lieu-dit Mirebeau, sur la commune de Verneix, dans la vallée du Cher.
Sur le terrain, sans l’aide de la photographie aérienne, l’ensemble défensif de Mirebeau passerait presque totalement inaperçu s’il ne restait pas quelques menus vestiges des fossés humides qui ont protégé la très probable motte érigée en son centre. Comme dans de multiples endroits, le dôme de terre qui soutenait l’ancien ouvrage défensif en bois a été arasé et on a conservé des fossés que des mares destinées à abreuver les animaux de ferme.

 

Mirebeau-2Les reliefs de cet ensemble défensif médiéval sont perceptibles grâce à une simple carte topographique au 25.000e. Dans cette région de bocage encore épargnée par les ravages paysagers des remembrements, les haies vives qui fossilisent les anciens tracés sont reconnues par les logiciels cartographiques de l’I.G.N.
C’est bien entendu par le survol par avion, hors de mes moyens, du site et par les photographies satellites disponibles sur internet que l’endroit révèle le rigoureux ordonnancement des parcelles qui le composent. Le centre de l’aménagement est occupé par l’emplacement de l’ancien château. Deux cercles concentriques -750 m. de diamètre pour le plus grand - délimitent une surface qui peut correspondre au schéma traditionnel d’exploitation des sols à l’époque féodale, le premier cercle pouvant délimiter la réserve seigneuriale et le deuxième cercle les tenures paysannes, comme nous l’avions déjà suggéré pour le terroir radio concentrique voisin de la Bruyère-l’Aubespin.
Outre ce château de la Bruyère, lui aussi entouré d’une très belle structure en anneaux, je me permet d’attirer l’attention du lecteur sur l’existence d’un parcellaire similaire plus à l’est de la région, autour du bourg de Malicorne, proche de Commentry, dans un contexte plus urbanisé que les deux exemples précédents.

Malicorne-2

Malicorne (03)

 

En l’absence de données archéologiques formelles, nous devons nous limiter à de simples observations pour tenter d’interpréter les raisons qui ont poussé les gens du Moyen-âge à organiser leur environnement sur un mode aussi géométrique. La première question qui se pose concerne la rareté de ces terroirs. S’agit-il d’exceptions, produits de la réflexion avisée de seigneurs plus clairvoyants que leurs voisins, ou s’agit-il de fossiles bien préservés d’un usage universel à l’époque, mais devenu rare à observer du fait des évolutions des paysages? S’agit-il d’une pratique dévolue à un modèle économique reposant sur l’exploitation différenciée des sols - espace cultivé pour les besoins du seigneur, espace cultivé pour les besoins élémentaires des paysans vivant sur place, le tout protégé des agressions extérieures par des grosses haies, forêt et friches alentours utilisées pour la pâture des animaux, la cueillette et la chasse? S’agissait-il de fondations militaires volontairement limitées dès leur création au strict nécessaire pour permettre aux occupants du lieu de survivre et ainsi contrôler les risque de développement de pouvoirs parallèles et forcément un jour concurrents de l’autorité qui les mettait en place?
Indépendamment du caractère relativement esthétique et harmonieux de ces traces au sol photographiées depuis l’espace, ces terroirs radio concentriques mériteraient une étude comparative spécifique qui pourrait aider à répondre aux questions qu’on se pose sur leurs origines.

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 19:44

 

dun-beffroi

 

C’est au milieu de la grande plaine céréalière de la Champagne berrichonne qu’émerge un des plus hauts témoins de l’activité humaine dans le Berry du Moyen-âge. Visible à des kilomètres à la ronde, le toit de l’immense beffroi de Dun-sur-Auron est le vestige emblématique de l’ancienne ville royale et fortifiée qui marqua longtemps la frontière entre le domaine capétien et les terres tenus par les féodaux du sud de la région.

Même si on n’en a pas la preuve formelle, la cité de Dun fit très certainement partie du lot de possessions cédées par le vicomte et futur croisé Eudes Arpin au roi de France Philippe Ier au début du XIIe siècle. Au toponyme originel est accolé le terme “le roi” noté dès 1166 dans une charte de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges. Jusqu’à la Révolution, la ville porte le nom de Dun-le-roi. 

 

dun-rempart

Le roi Philippe Auguste entreprend une vaste campagne de fortification de la petite cité. Une enceinte flanquée de tours garnies d’archères est élevée. Comme dans sa ville voisine de  Bourges, le souverain fait bâtir une “grosse tour”, à savoir un donjon circulaire qui domine les remparts. Cette équipement particulier fait écho aux autres constructions du même modèle entreprises par la féodalité locale: Renaud de Montfaucon à Montrond, les seigneurs de Culan et ceux d’Issoudun dans leurs forteresses respectives, pour ne citer que les plus célèbres, élèvent eux aussi de leur coté de hautes tours rondes qui symbolisent leur statut de grands seigneurs fonciers.

dun-aerien


Autour de la ville de Dun-le-roi, la campagne s’anime. Toute la plaine alentour est conquise par les paysans, qui rejoignent leurs pièces de terre cultivée en suivant les chemins qui rayonnent à partir de la petite cité, encore bien visibles par la photographie satellite qui permet de distinguer un intéressant plan géoconcentrique, comme à Issoudun. On peut supposer que cette gestion de l’espace agricole permet d’anticiper une éventuelle croissance à venir de la population, des besoins de celle-ci, et des terres qui devront être exploitées pour y faire face.

La période médiévale a laissé de nombreux vestiges à Dun. Le visiteur y découvre une variété monumentale très complète pour une ville de cette dimension: église romane remaniée à la fin du Moyen-âge, remparts appuyé sur des tours de section circulaire, beffroi monumental assurant la sécurité d’une des portes de la cité, assise lenticulaire de l’ancien donjon ayant probablement succédé à un ouvrage de bois antérieur, maisons à pans de bois. La Renaissance a aussi laissé son empreinte à Dun, en particulier par l’existence d’un très bel hôtel particulier dont la façade rappelle l’architecture de certaines demeures contemporaines visibles dans la vieille ville de Bourges.

dun-maison


La visite de Dun-sur-Auron sera complétée avec beaucoup de profit par une étape dans les villes proches de Bruère-Allichamps et à Ainay-le-Château pour avoir une vue d’ensemble du phénomène des fortifications urbaines dans le sud du Berry à l’époque féodale.


dun-gargouille


 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
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Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
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J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.