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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 10:10


Constatant un nombre élevé de recherches d’informations sur l’ancienne forteresse de Montrond, sise à Saint-Amand-Montrond, dans le sud du Cher, il m’a semblé intéressant de remonter quelques années en arrière et de publier le contenu du rapport de fouilles que j’avais produit en 1982 à la suite d’une campagne de fouilles menée au pied de la ruine de l’ancien donjon médiéval, et qui reste à ma connaissance le seul écrit permettant d’esquisser l’évolution de cet ouvrage au cours des trois premiers siècles de son existence.

Historique
La campagne de fouilles a été conduite du 01 juillet au 03 août 1982, après l’autorisation délivrée par M. Ferdière, directeur des Antiquités historiques en région Centre. Le périmètre étudié a été choisi suite à un carottage manuel exécuté en avril 1982 grâce au matériel prêté par l’équipe de recherches sur le tracé de la future autoroute A 71. Une couche archéologique prometteuse avait été détectée dans un secteur recouvert au XIXe siècle par un remblais stérile décapé en 1979.

Occupation préhistorique
Le substratum calcaire recelait quelques lambeaux de terre rouge contenant quelques fragments de silex taillés. Il s’agissait probablement des derniers restes d’un habitat préhistorique complètement décapé par les bâtisseurs du XIIIe siècle. Avec quelques découvertes fortuites d’armatures de flèches dans les allées du parc, il s’agit là d’une preuve de l’occupation de la butte de Montrond par les populations préhistoriques, probablement au néolithique.

L’évolution du donjon
Le donjon était la pièce-maîtresse de la première forteresse bâtie sur les ordres de Renaud, seigneur de Montfaucon et Charenton. Comme dans d’autres châteaux de la région (Culan, Huriel, la Roche-Guillebaud...) la construction d’un donjon est entreprise lorsqu’un chevalier passe du grade de miles à celui de dominus. Renaud de Montfaucon, devenu seigneur de Charenton par mariage avec l’héritière de la vieille lignée des Ebe des Charenton, marque peut-être par cette initiative le symbole de son nouveau pouvoir. Après déblaiement du substrat calcaire dont la solidité assure l’inutilité d’une fondation, une couche de sable roux recouverte de gravier et remblais damés est épandue jusqu’à hauteur du premier rang de pierre de la tour. On pense bien entendu à un sol de travail permettant aux ouvriers de circuler sur un plan horizontal et d’y stabiliser leurs échafaudages. Cette couche était presque complètement stérile. Du XIIIe au XVe siècle, la zone fouillée se transforme en dépotoir classique (monnaies, céramiques, os de cuisine, charbons de bois, petits objets métalliques). C’est au dessus de ce dépotoir que se trouvait une couche très intéressante car témoignant d’une rénovation du donjon, probablement contemporaine de l’agrandissement du château primitif par la famille d’Albret. On y a relevé entre autres des fragments d’enduits intérieurs, de foyers ou de cheminées, des moulures brisées et surtout ce niveau se terminait par une forte concentration de clous de charpente ou de bardeaux de bois mélangés à des morceaux de tuile, preuve d’un remaniement de la toiture du donjon à la fin du Moyen-âge, passant du bardeau à la tuile (aucune trace en effet d’un dépotoir de démolition où on aurait pu s’attendre à trouver les tuiles d’un couverture primitive). L’absence de tuile dans les niveaux plus profonds peut confirmer le choix d’un bardage de bois au moment de la construction du donjon.

Conclusion
On se prend à regretter la disparition d’un énorme ouvrage féodal en plein Saint-Amand (certaines sources modernes évaluent la hauteur de la grosse tour à une quarantaine de mètres) dont la valeur symbolique pour Renaud de Montfaucon était au moins égale à la valeur défensive. Transformé en carrière de pierres de taille par la population locale, l’ouvrage a été tellement pillé qu’au moment du déblaiement de son assise, seuls une petite partie du parement intérieur et quelques fragments du parement extérieur étaient encore exploitables pour le calcul des mensurations de l’édifice. Malheureusement, seule la photographie aérienne peut aujourd’hui donner une juste mesure de ce que fut à l’époque féodale l’énorme donjon de Montrond.
Petit clin d’œil à tous les bénévoles qui ont participé à la campagne de fouilles 1982 -qui fut la dernière pour moi sur ce site- et un grand merci pour leur dévouement et leur patience. Venus d’Angleterre, des USA, de Finlande, de Turquie et du Ghana prêter main forte à l’équipe, leur courage et leur bonne humeur reste pour nous un souvenir impérissable.

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 09:15

Située à la lisière sud de la forêt de Tronçais, à quelques kilomètres de Cérilly (03), la forteresse de la Bruyère est un monument qui attire l'attention par sa singularité. Au sol, on note la présence de vestiges d'une enceinte fortifiée flanquée de tours et protégée par un large et profond fossé humide. Le terre-plein central ne semble pas avoir accueilli de construction maçonnée. Cet ensemble n'a aucune particularité architecturale qui mérite un détour à des fins touristiques, mais le médiéviste, historien ou archéologue, en repérera immédiatement l'intérêt en observant l'organisation générale du parcellaire voisin. Les haies et les chemins adoptent des formes concentriques jusqu'à plusieurs centaines de mètres des murailles de l'ancien château. Un détour par les sites internet de photographies aériennes verticales révèle un vaste terroir radioconcentrique encore bien perceptible dans un paysage bocager qui, fort heureusement, n'a pas été saccagé comme tant d'autres par le remembrement.

On est naturellement tenté de voir dans ce schéma une illustration grandeur nature du principe féodal de la gestion des espaces agricoles: au centre, le château, dans un premier périmètre, la réserve seigneuriale puis les tenures paysannes occupant un espace rayonnant et distribué par des chemins d'exploitation conduisant au réduit défensif. D'autres lieux restent aujourd'hui significativement marqués par cette géométrie: Issoudun, dans l'Indre, et Dun-sur-Auron, dans le Cher, en sont les meilleurs exemples.

 

 

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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 10:38



motte de Venas (03)

Constatant d’assez nombreuses recherches spécifiques aux terrassements défensifs médiévaux sur ce blog, il m’a semblé pertinent de réunir quelques observations faites lors de sorties sur le terrain.

Tout d’abord, il faut inviter le lecteur à une certaine prudence dans son approche de certaines informations publiées par des érudits, toujours de bonne foi, qui pourraient citer des buttes naturelles comme des aménagements médiévaux. Une simple visite du site ne permet pas toujours de faire la part des choses et seules les approches historique ou archéologique peuvent déterminer l’origine exacte de certains reliefs. Inversement, il m’a longtemps paru évident d’une élévation sableuse sur la moyenne terrasse du Cher était une butte-témoin épargnée par l’érosion jusqu’à ce qu’un confrère, lors d’une conférence, démontre autour l’existence d’un parcellaire organisé. 

Pour brièvement résumer la situation, nous nous trouvons en présence d’un phénomène polymorphe et étalé sur plusieurs millénaires. Sont parfois confondus avec des ouvrages médiévaux, surtout dans les publications anciennes, des murs de terre néolithiques ou de belles garennes à lapins, particulièrement trompeuses. J’y reconnaîtrait plusieurs modèles à partir d’exemples pris dans ma zone de recherches:

- les châtelets, terrassements de dimensions et de formes très variables. Certains sont de simples murs de terre obstruant le passage jusqu’à une petite plate-forme juchée sur un éperon rocheux, d’autres assurent la même fonction sur des superficies de plusieurs hectares (le camp dit romain de Sidiailles en est la plus belle illustration), d’autres enfin, souvent confondus avec des camps romains tant leur forme carrée est régulière. Le châtelet de la forêt d’Arpheuilles ou le Tureau de Chatelus en forêt de Tronçais sont deux excellents exemples. On suppose que ces camps fortifiés ont été occupés jusqu’à une date assez récente pour que la toponymie porte de façon assez égale la trace de leur existence (Châtelus, Châtelux, Châtelet, Châtelais - à voir pour Chateloy vers Hérisson, site d’une grosse fortification gauloise). Nous ne savons pas quel type de population a pu trouver refuge dans ces lieux souvent isolés, communautés de paysans libres ou organisés par un pouvoir féodal mal identifié.


-Les mottes castrales, souvent imposantes et bien identifiées dans un contexte féodal. Elles matérialisent le pouvoir de grandes familles nobles en activité dès le XIe siècle. Elles s’insèrent dans un tissu urbain dont elles forment l’amorce avec leur chapelle castrale, souvent devenue église paroissiale et leur basse-cour fortifiée. Beaucoup ont disparu, comme à Ainay-le-Château ou à Vallon-en-Sully mais les cadastres ne laissent aucune ambiguïté sur leur présence aux temps médiévaux. Certaines servent encore d’assise à des donjons de pierre ayant succédé aux tours de bois primitives. Huriel, dans l’Allier ou Sainte-Sévère, dans l’Indre, en offrent de beaux exemples.


-Les maisons-fortes, de loin les plus nombreuses et régulièrement confondues avec des mottes, qu’on trouve assez facilement car souvent encore entourées de leurs fossés en eau, qui, d’après les archéologues, auraient été le lieu de vie de familles micro-féodales vivant dans des demeures assez rustiques. On trouve parfois des fermes en activité toute proches de ces retranchements dont les douves servent encore d’abreuvoir pour le bétail. Ces fortifications sont très simples: une plate-forme est isolée par des fossés en eau. La terre de déblais est rejetée en anneau à l’extérieur, fournissant une première ligne de défense palissadée.


-Les ouvrages inclassables, souvent appelés faute de mieux “mottes féodales” et pour lesquels la typologie est assez confuse. On relève au hasard des visites sur place:

-des petites mottes tronconiques, certaines isolées;

-des mottes d’assez grande surface, peu élevées, quelquefois sises dans des zones très humides, avec ou sans basse-cour;

-des enceintes construites sur le principe des maisons-fortes, mais semble-t-il beaucoup plus anciennes, complétées par des basses-cours de petites dimensions (un curieux exemple est visible dans un bois près de la Groutte, dans le Cher. Les formes des maisons sont encore apparentes de même qu’un puits en pierres sèches.);

-des ouvrages composites. Les prospections préalables au tracé de l’autoroute A71 ont permis de découvrir vers Saulzais-le-Potier (18) une motte isolée et évidée en son centre, comme une étape intermédiaire entre les enceintes et les mottes de plus grandes dimensions.

Tous les ouvrages défensifs médiévaux ne sont pas encore répertoriés. Il est de devoir de chaque historien ou amateur d’histoire ancienne de veiller à la conservation de ceux qui sont encore visibles en communiquant avec les propriétaires, les municipalités et éventuellement en appelant à l’aide, en cas de menace précise, les services archéologiques compétents.

 

motte près de Louroux-Bourbonnais (03) 
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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 19:09


ll y a peu d’intérêt à présenter ici la forteresse d’Ainay-le-Vieil.  Ce haut lieu touristique de la vallée du Cher bénéficie d’une promotion qui me dispense de m’attarder sur son cas.
Il me semble par contre intéressant de m’arrêter un instant sur une curiosité, ce toponyme, Ainay-LE-VIEIL, qui est connu depuis la fin du XIIe siècle, comme le prouve un parchemin du chartrier de l’abbaye de Bussière consignant une donation concédée aux cistercienne par P(ierre) Bergat, très probable propriétaire de la forteresse de Meslon, sur la rive droite du Cher, vers 1189. Dans la liste des témoins de l’acte figure une curiosité, le nom d’une femme, Aupais, prévôte d’Ainay-le-Vieil (preposita dainaico veteri).
Il est exceptionnel de trouver à cette époque une féminisation de charge d’officier seigneurial, mais il est bien difficile de savoir s’il s’agit d’une charge réelle ou de la féminisation de la charge du mari de la dite Aupais, sous une forme de “femme du prévôt d’Ainay”.
On profite de l’occasion pour noter qu’en 1189 Ainay n’est pas un fief indépendant, mais très certainement une possession de la seigneurie de Charenton, qui domine tout ce secteur de la vallée. Ainay est probablement devenu seigneurie après l’éclatement, en 1250, de la grande seigneurie de Charenton-Montfaucon et son démembrement au profit de la noblesse locale.
On remarque enfin qu’Ainay est déjà “vieux” à la fin du XIIe siècle, à une époque où les seigneurs de Bourbon fortifient une de leurs vieilles possessions, située au nord du massif de Tronçais, qui n’était protégée que par une motte castrale. Dotée d’une enceinte garnie de tours et d’une grosse forteresse aujourd’hui complètement arasée, la ville d’Ainay devient une pièce maîtresse du glacis défensif protégeant le Bourbonnais septentrional.  Si nous ne disposons, à cause des lacunes archivistiques,  que de très peu d’éléments sur la chronologie de cette fondation, on peut soumettre l’hypothèse que dans l’esprit des contemporains ce nouvel Ainay ait relégué celui de la vallée du Cher à la qualité d’ancien, donc de “vieil”.
 


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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 09:21

Il demeure assez peu de grandes mottes castrales du premier âge féodal dans le sud du Berry. La faiblesse de la population, l'absence de zone de conflit, des frontières de mouvances assez floues jusqu'au XIIIe siècle, les remaniements urbains expliquent qu'on trouve plus de petites mottes castrales ou d'enceintes fortifiées que de grands tertres ayant servi d'assise à des donjons de bois dans la région.
La motte d'Epineuil fait donc figure d'exception et mérite quelques commentaires. Cette motte de fort gabarit était au XIe siècle complétée par une basse-cour, comme le montre le cadastre, et par une chapelle devenue église paroissiale. L'ouvrage, très puissant, avait une importance stratégique qui ne peut s'expliquer que par le passage de la route Bourges-Montluçon aux pieds de l'ancien château. Cette route, héritière de la voie antique, coupait le Cher au lieu-dit Allichamps, puis suivait la rive gauche de la rivière en passant par quelques lieux importants comme Orval, Ainay-le-Vieil, la ville-franche de La Perche, Vallon avant d'arriver en vue de Montluçon. Il est à noter que la voie antique évitait, selon un usage constaté dans d'autres régions, le conciliabulum de Drevant, espace sacré qui n'était desservi à l'époque antique que par des voies secondaires.
Nous préférons parler de motte castrale plutôt que féodale, car manifestement Epineuil, qui a le titre de châtellenie au XIIIe siècle, n'a jamais été une seigneurie. Elevée par le(s) seigneur(s) de Charenton qui contrôlai(en)t tout cet espace, cette forteresse n'a jamais été donnée en fief à un vassal pour en garantir sa totale disposition, mais confiée à des officiers seigneuriaux dont la fonction n'était pas héréditaire. Est-ce l'un d'eux qui permet de faire apparaître le château d'Epineuil dès le milieu du XIe siècle dans nos textes? C'est tout à fait probable. L'individu concerné s'appelait Achard et était issu d'une petite famille féodale de la région de Courçais-Saint-Désiré, les Mauvoisin. Leur ancienne forteresse, en ruine mais bien visible, portait encore il y a peu le nom de Forêt-Mauvoisin. L'épisode narratif est court mais plein d'enseignement. Grâce aux travaux de l'archiviste Gautier sur le cartulaire disparu de la Chapelaude, nous apprenons qu'Achard Mauvoisin, et d'autres voleurs du château d'Epineuil (et alii raptores de Spinioculo castro) a, de nuit, envahi, la maison d'un moine vivant à Aude, peut-être venu dans la région pour préparer la rénovation du prieuré de la Chapelaude, appartenant aux moine de l'abbaye de Saint-Denis, près de Paris.
Cet exemple de violence féodale aux dépends d'un clerc seul et désarmé n'a pas de quoi surprendre dans le contexte de l'époque. L'anecdote présente l'intérêt d'affirmer la présence d'un château à Epineuil dès 1060.
Il nous est difficile de recommander un visite du site car, bien que très facile à trouver en plein milieu du village, la motte est dans un état d'entretien détestable et est presque invisible de la route par faute d'un abandon du site (propriété privée) à la friche. Comme tous les gens qui s'intéressent à ce village, nous appelons de nos vœux une réaction du propriétaire qui pourrait, avec un minimum d'efforts, rendre ce patrimoine accessible à tous.

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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 09:11


photo I.G.N.


Des outils logiciels très simples d'emploi et disponibles sur internet permettent un utile croisement des sources. Ainsi, par un simple passage en revue des images aériennes et satellites disponibles sur la région d'Ainay-le-Vieil, dans le Cher, il a été possible de localiser l'emplacement d'une ancienne maison forte de la fin du Moyen-âge, complètement arasée, mais bien visible sur le cadastre napoléonien de la commune de la Celette, à l'époque où celui-ci était encore détenu en mairie. Les prospections à vue sur le terrain n'ayant rien donné, c'est par les airs que nous pouvons retrouver la trace de cette ancienne micro-forteresse.

Rappelons que les maisons fortes sont parfois confondues avec les mottes castrales dans l'esprit du public averti. La motte castrale est le vestige d'un ancien château de bois construit à partir du XIe siècle principalement, sur un tertre assez élevé par des apports de remblais extérieur à l'ouvrage. Ces mottes, sièges d'un pouvoir féodal structuré à un niveau supérieur de la hiérarchie politique locale, sont assez peu nombreuses et sont souvent l'amorce d'un foyer urbain.

Construites par la petite aristocratie à la fin du Moyen-âge, les maisons fortes sont plus nombreuses en secteur rural. Constituées d'une douve séparant une plate-forme du relief ordinaire, elle accueillaient le plus souvent de grosses demeures fortifiées dont le bois était le matériau principal. Si beaucoup ont été abandonnées ou se sont transformées en de simples exploitations agricoles, quelques unes ont évolué en petits châteaux-forts ou hôtels particuliers à la période post-médiévale.

Le cas du château de la Lande est intéressant, car il traduit bien la fragilité de ce genre de petit patrimoine militaire. Préservé pendant des siècles dans un paysage de bocage à toutes petites parcelles, il est totalement arasé lors du remembrement qui défigure la commune de la Celette dans les années soixante-dix. Cette destruction est ignorée des archéologues de l'époque. Les photographies aériennes verticales permettent de retrouver la forme primitive des fossés comblés, au milieu des traces des bûchers du remembrement.

J'invite toute personne qui aurait pu avoir le loisir d'observer de tels vestiges par hasard ou par une prospection méthodique d'en communiquer les détails aux services d'archéologie départementale, pour favoriser la mise en œuvre de mesures de sauvegarde en cas de menace ultérieure.

 

 

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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 10:15


La forteresse médiévale de Montrond, à Saint-Amand-Montrond (18) pourrait avoir accueilli une machine de guerre assez perfectionnée à la fin du Moyen-âge. C’est tout au moins ce que peut laisser supposer un micro-toponyme lisible sur l’ancien plan du site.
Quelques actes locaux donnent une idée de l’origine de ce château. Le toponyme “Montrond” apparaît pour la première fois en 1217 et paraît couvrir une étendue plus vaste que la simple colline encore aujourd’hui connue sous ce nom. Aucune mention de château n’y est encore faite. C’est une dizaine d’années plus tard, entre 1215 et 1218, que la forteresse est citée pour la première fois “castrum Montis Rotundi” à la fois dans une charte locale et dans une lettre de Renaud de Montfaucon*, alors seigneur de Charenton, dont le domaine intégrait Saint-Amand, au roi de France, pour lui promettre qu’il n’utilisera pas son château contre lui. Rien n’indique que les travaux soient achevés à cette date.
Le château est alors constitué d’une enceinte fortifiée comprenant un donjon, quatre tours, une chapelle castrale et un fossé sec l’isolant de sa basse-cour occupant le reste de la plate-forme au sommet du promontoire naturel. L’évolution du site est mal connue jusqu’à la Guerre de 100 ans. On sait que Montrond sert de prison vers 1270.
Devenue propriété de la famille d’Albret au XVe siècle, la forteresse voit son aspect complètement modifié. L’ancienne basse-cour est garnie de tours dans la continuité de l’ancienne fortification, trois nouvelles tours, dont une protège une citerne, sont accolées à la muraille antérieure près du donjon et un aménagement très curieux est construit autour d’une tour primitive, de section circulaire, dite “Tour de l’émir”. C’est à la fois ce nom, la forme de l’aménagement et la topographie d’ensemble qui ont attiré notre attention. Le terme “Tour de l’émir” est lisible sur le plan du XVIIe conservé à la BNF (voir lien en bas d’article). Sur le terrain, on constate que la tour ancienne a été chemisée par un gros aménagement carré, dont les parements sont identiques aux constructions entreprises par la maison d’Albret. La tour de l’émir est la seule tour carrée de l’édifice et, à ma connaissance, la seule de la région. Elle domine la pente la plus douce de la colline, et occupe donc le flanc le plus vulnérable de l’ensemble.
Les anciens érudits avaient noté l’étrangeté orientale du nom de l’ouvrage, et se sont perdus en considérations sur la personnalité de l’émir qui aurait pu y séjourner, comme invité ou comme prisonnier.
Une autre lecture, plus technique, de ce nom, peut être avancée, tout en étant bine entendu qu’il ne s’agit que d’une hypothèse. 
La tour de l’émir ressemble beaucoup aux fortifications musulmanes, comme celles de l’ancienne ville du Caire. Ces tours carrées, surmontées par une terrasse avaient comme fonction de servir de plate-formes à de puissantes machines de jet, dites trébuchets, capables d’expédier à des centaines de mètres toutes sortes de projectiles offensifs et défensifs. La vulnérabilité de la face nord de la colline de, la forme évocatrice des aménagements orientaux et le nom à consonance arabe de l’ensemble laissent penser que le deuxième château médiéval de Montrond a pu être doté d’une puissante machine de guerre en bois capable de couvrir les alentours septentrionaux de la forteresse par des jets de roches (faciles à ramasser et à stocker eu prévision d’un conflit) particulièrement meurtriers pour des assaillants. L’importance du réaménagement du site par les d’Albret montre le soin que ceux-ci ont mis à réarmer l’ensemble. Une grosse machinerie de guerre, insolite sous nos climats mais employée dans d’autres châteaux français contemporains, n’aurait pas de quoi surprendre.



*Renaud de Montfaucon devient seigneur de Charenton par mariage avec la fille du dernier représentant de la lignée des Ebe de Charenton (les numéroter comme certains le font - “Ebbes VI” - n’a aucun sens, et est anachronique), Maoz , qui lui apporte en dot l’une des plus puissantes entités féodales du Berry du Sud. Devant la menace que représente l’extension de la seigneurie de Châteauroux à l’ouest des domaines charentonnais, on peut supposer que le château de Montrond est un élément déterminant de la géopolitique régionale, comme matérialisation de la frontière entre les deux grandes maisons féodales.

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