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Le thème de la conférence- Journées européennes du Patrimoine 2008

Nous avons cette année choisi de travailler sur l'histoire d'une des plus importantes seigneuries du Berry du Sud, Charenton, des ses origines jusqu'à son démembrement à la fin du XIIIe siècle. Ce choix repose sur plusieurs impératifs: rester en lien avec le canton de Saulzais, dont une partie du territoire était placée sous l'autorité des seigneurs de Charenton, assurer la continuité avec les thèmes abordés au cours de ces dernières années lors des Journées du Patrimoine - Charenton compte parmi les fondateurs de l'abbaye de Bussière, a accordé une charte de franchise au village de la Perche et était un des principaux concurrents des seigneuries de la Roche-Guillebaud et Culan,  enfin, animer un débat historique dans les lieux mêmes où l'histoire de la région s'est écrite.


Les origines de Charenton

Beaucoup de découvertes fortuites ont prouvé une assez forte occupation gallo-romaine dans la vallée de la Marmande. Les qualités agricoles du terroir sont incontestables et expliquent à elles seules la densité des activités humaines dans ce secteur. Charenton semble avoir été un axe naturel de circulation entre la vallée du Cher et celle de la Loire.

L'antiquité tardive et le haut Moyen-âge laissent leur empreinte dans le sous-sol charentonais (sarcophage paléo-chrétien dit de saint-Chalan et trésor monétaire sur Fontemeurant) confirmant une circulation de valeurs et de marchandises à l'époque de la dilution des structures impériales romaines. On ne peut suivre, faute d'archives et de fouilles archéologiques, l'histoire de la vallée de la Marmande dans les siècles qui suivent les invasions, mais Charenton réapparaît dans les textes au IXe siècle comme siège d'une viguerie carolingienne. C'est probablement dès cette époque qu'est fondée, sous la protection du pouvoir civil administré par des fonctionnaires impériaux carolingiens, la petite abbaye bénédictine connue ultérieurement sous le vocable de Notre-dame de Charenton. Les sources littéraires et archéologiques connaissent une nouvelle éclipse jusqu'au XIe siècle, période sur laquelle l'historien commence à disposer d'informations plus substantielles.


Les premiers seigneurs de Charenton

Ces premiers seigneurs ont laissé très peu de traces. Le chartrier ancien de l'abbaye locale ne remonte pas au delà du XIIe siècle et aucune autre abbaye, dans la région, n'était assez proche pour conserver la mémoire de ces anciens chevaliers. Ceci n'a pas empêché d'en faire les victimes d'un contre-sens historique souvent répété, plaçant la seigneurie de Charenton dans la vassalité immédiate des seigneurs de Déols, alors plus forte entité militaire et politique du Berry. L'erreur d'interprétation trouve son origine dans l'emploi hasardeux d'une science complémentaire de l'histoire, à savoir l'anthroponymie, outil pourtant très prometteur. Les premiers chercheurs sur le sujet avaient remarqué que le nom masculin EBE (décliné sous plusieurs formes latines) était porté à la fois à Châteauroux et à Charenton. Constatant que les chevaliers castelroussins employaient d'autres patronymes au moment où se manifestaient pour la première fois les Charenton, l'idée leur vint que les Ebe manquant à Châteauroux pouvaient bien être fixés à Charenton, sorte de seigneurie cadette et obligatoirement vassale de la grande maison de Déols. Cette construction, certes ingénieuse, ignorait deux paramètres essentiels. L'orthographe, tout d'abord. La majorité des mentions portant sur des Ebbe de Déols étaient rédigées avec deux "B", alors que Charenton ne connaissait que des formes à une seule lettre. Le fonctionnement du modèle de dévolution patronymique dans la famille de Déols, lui même, était complètement ignoré. Ces seigneurs ont marqué leur temps en choisissant trois noms pour baptiser leurs enfants mâles dans l'ordre suivant: Raoul pour l'aîné, Ebbe pour le second et Eudes pour un éventuel cadet. Si l'aîné disparaissait, la succession s'opérait au profit de son plus jeune frère, Ebbe ou Eudes, qui a son tour baptisait ses fils Raoul, Ebbe et Eudes. Ce modèle rigoureux était la vraie signature de ces féodaux, véritable blason oral, et s'appliquait aux branches cadettes, Issoudun, Châteaumeillant et Boussac. On ne trouve aucune trace de ce système onomastique à Charenton. Par contre, plusieurs indices convergents rendent beaucoup plus crédible l'hypothèse d'une origine bourguignonne des premiers Ebe de Charenton, que des liens de vassalité unissent aux seigneurs de Bourbon et aux comtes de Nevers, et jamais à la maison de Déols.

La piste berrichonne est aussi la source d'une autre confusion: jamais les Charenton, pas plus qu'aucun autre seigneur berrichon, n'a jamais été millésimé de son vivant. Désigner ces gens sous des formes telles Ebbes V (ou Ebbes VI) de Charenton est à la fois fantaisiste (on est incapable de compter le nombre de générations influentes à la tête du fief) et anachronique (la numérotation des individus se produit beaucoup plus tard). Nous resterons donc sur une position moins confortable mais plus juste en parlant des "Ebe de Charenton" au cours de cet exposé.


Le patrimoine des Charenton

La perte irrémédiable des cartulaires seigneuriaux régionaux contraint le chercheur à extrapoler à partir d'une géographie négative: on apprend l'existence d'une propriété au moment où celle ci échappe à son possesseur, soit par don, soit par vente. Les liens d'homme-à-homme, qui éclairent l'historien sur le statut des individus, sont aussi autant d'occasion de replacer les lieux dans la géopolitique locale. Une place-forte, tenue par un officier seigneurial, n'a pas le même statut qu'une fortification confiée à un vassal, donc transmissible aux héritiers de ce dernier. Epineuil et Drevant, importants bastions sur le flanc occidental des possessions charentonaises, sont tenus par des fonctionnaires seigneuriaux, alors que Saint-Georges-de-Poisieux et Saulzais sont des fiefs de Charenton. La carte des possessions de ces seigneurs est très approximative, faute de sources suffisantes pour la dresser. Le centre historique domanial se trouve bien sûr à Charenton, mais le centre de gravité économique semble se déplacer assez tôt sur Saint-Amand. A l'ouest, Charenton tient solidement la vallée du Cher, contrôlant l'axe fluvial et la route Bourges-Montluçon. On sait que Charenton est propriétaire de terres assez excentrées grâce à la charte de fondation de l'abbaye de Bussière. Au sud, le massif de Tronçais semble déjà être aux mains des Bourbons, qui établissent la place-forte d'Ainay-le-Château à portée de vue des remparts de Charenton. Vers le nord, il est permis de supposer que Charenton tient des terres jusqu'aux portes de Dun et Levet - Bois-Sir-Amé étant fondé par un cadet probable de cette famille vers 1150. C'est vers l'est que repose l'essentiel du problème de situation des limites des fiefs de Charenton, car l'activité diplomatique et charitable parait plus affirmée dans le secteur des vallées de la Loire et de l'Aubois qu'ailleurs.

Les châteaux primitifs, en particulier ceux de Charenton et de Saint-Amand, sont bâtis selon les normes du XIe siècle. De grosses mottes castrales sont l'assise de donjons de bois, parfaitement adaptés aux conditions imposées par les techniques guerrières de l'époque. Ces forteresses affirment le pouvoir seigneurial et demeurent longtemps le symbole de celui-ci, sans apporter le confort de vie recherché par des gens de haute condition. Des résidences seigneuriales au pied des donjons accueillent certainement le seigneur et sa famille, mais on ignore complètement où résidait en permanence les chevaliers de Charenton. Les vraies places-fortes opérationnelles se trouvent logiquement situées sur les frontières des domaines pour assurer l'intégrité de ceux-ci en cas d'agression externe. C'est pour répondre à cette préoccupation que les premiers Charenton fortifient l'amphithéâtre gallo-romain de Drevant, profitant de l'abondance de matériaux de récupération disponibles sur le site. Un puits est foré dans le sol du théâtre, une chapelle (encore visible sous Henri IV) est consacrée dans les murs de l'édifice et un puissant donjon de pierre domine la vallée du Cher. Ebe de Charenton, en qualité de seigneur de Saint-Amand et son frère Guillaume offrent une partie de leurs biens sur place aux moines du Moutier-d'Ahun, en Marche limousine, qui viennent s'y fixer en construisant un prieuré sur des bases de murs antiques. Ce tropisme méridional, moult fois confirmé dans la région dans d'autres situations, s'explique peut-être par la langue vernaculaire en usage à l'époque, l'occitan pouvant être le lien entre le Berry du Sud et les terres voisines d'Auvergne et du Limousin.

Un siècle et demi plus tard, Renaud de Montfaucon, marié à la dernière héritière des Ebe et devenu de ce fait seigneur de Montfaucon et Charenton, renforce la sécurité de ses possessions Saint-Amandoises en faisant construire sur la petite colline de Montrond un château de pierre flanqué d'un très haut donjon, de quatre tours et complété par une basse-cour pour les services domestiques, reproduisant le geste de ses prédécesseurs à Drevant.


L'activité civile et militaire des Charenton

L'auditeur de cet exposé ne doit pas se méprendre sur le sens de l'importance du pouvoir des seigneurs de Charenton. Le Berry féodal présente la particularité d'être administré par un pouvoir politique très nucléarisé en seigneuries de petite ou moyenne importance, sans commune mesure avec des seigneuries telles que le comté de Blois ou le duché d'Aquitaine. Même les Bourbons et Déols, qui sont sans conteste les deux familles les plus puissantes du Berry, sont incapables de rivaliser avec leurs grands voisins. Charenton est donc à l'image de l'ensemble du phénomène régional: puissante dans un contexte local mais presque insignifiante au plan national. Ceci ne fait pas du Berry médiéval une région sous-développée sur le plan des institutions, le pouvoir y a simplement adopté une forme plus morcelée que dans les grandes plaines et vallées riches en hommes et en grandes villes.

Comme bien d'autres de leurs voisins et rivaux, les Charenton ont tous les insignes du pouvoir féodal:

- des châteaux avec donjons,

- une vassalité composée de chevaliers domestiques et de vassaux fieffés,

- un droit de haute et basse justice,

- le droit d'affranchir leurs villes et leurs serfs,

- un sceau personnel (un remarquable exemplaire est conservé au Archives départementales du Cher),

- un nom rare transmissible aux aînés de la famille (Ebe),

- des revenus qui leurs permettent de bâtir des églises, de fonder et d'entretenir des abbayes, hôpitaux et léproseries,

- un contrôle sur les routes et voies de passage (comme des péages sur le Cher),

- une maîtrise de l'activité économique, comme l'organisation de foires, et, temporairement au XIIIe siècle, la frappe de monnayage d'argent....

Pour qui voudrait se représenter les chevaliers de ce temps, il est recommandé d'aller découvrir ou revoir les fresques de Chalivoy-Milon, sur lesquelles sont figurées plusieurs combattants équipés selon les normes du XIIe siècle, avec un équipement en tout point comparable à celui visible sur le sceau d'Ebe de Charenton en 1176. Les hommes d'armes qui assuraient la sécurité de la région ont visiblement inspiré les peintres de Chalivoy.


Les Charenton et la vie religieuse

Cette conférence et ces quelques notes aimeraient rendre justice aux anciens maîtres du Saint-Amandois, presque toujours passés sous silence lorsque l'on évoque le patrimoine religieux de la région, en particulier l'abbaye de Noirlac, souvent présentée comme une sorte de miracle architectural cistercien, sans qu'on cherche trop à se poser la question de l'origine des fonds qui ont permis de rétribuer les bâtisseurs de ce monastère.

Une brève visite des édifices religieux de la région montre que les constructeurs romans ont bénéficié de libéralités qui ne peuvent avoir été produites que par Charenton, le volume des donations répertoriées dans les archives de l'époque étant nettement insuffisant pour couvrir les frais engagés pour les travaux. A titre de comparaison, la petite abbaye féminine cistercienne de Bussière, fondée sur une initiative charentonaise, mais entretenue par les familles seigneuriales de la vallée de l'Arnon, dont Culan, a mis des années avant de trouver les subsides nécessaires à l'achèvement de ses bâtiments conventuels. A noirlac, pourtant abbaye avec de faibles revenus, aucun appel à l'aide comme celui lancé par l'abbesse de Bussière à toute la Chrétienté n'a été retrouvé. 

Outre l'abbaye de Noirlac, nous remarquons l'existence de plusieurs monuments religieux de belle qualité sur le territoire de Charenton, en particulier l'église de Saint-Amand, celles de Neuilly-en-Dun, de Saint-Pierre-les-Etieux (reprenant certainement en partie des murs carolingiens), les prieurés de Soye, Drevant et Vernais (avec des fresques), d'autres peintures ornant les murs de l'église de Chalivoy-Milon.

Nous retrouvons dans les actes anciens des traces de la générosité des Charenton dans presque toutes les abbayes régionales, avec une préférence visible pour celles soumises à la règle de saint-Bernard. Ainsi Fontmorigny, Loroy, Chalivoy, Bussière et bien entendu Noirlac bénéficient de leurs largesses ainsi que les abbayes ou chapitres de Saint Sulpice-de-Bourges, Saint Laurent, Saint Satur, Chezal-Benoît et Montermoyen. Les prieurés de la Charité-sur-Loire et la Chapelaude sont aussi dotés.

Cela n'empêche pas ces féodaux de faire subir leur loi au clergé local: en 1179, le roi Philippe Auguste vient ravager les domaines de la famille en représailles d'exactions commises par un des sires de Charenton contre les églises de la région. Ce cas n'est pas isolé. Les seigneurs de Sancerre, Huriel ou Culan pillent les abbayes et maltraitent les moines à plusieurs reprises à la même époque.


Essai biographique

Un des points les plus déroutants dans une histoire qui aime se reposer sur des dates est le flou qui pèse sur les individus isolés, si bien qu'on est en général presque incapable de distinguer les pères des fils, impossibilité renforcée par la disparition complète des archives sur plusieurs décennies. Seuls le premier et les deux derniers seigneurs de Charenton peuvent faire l'objet d'un essai biographique succinct.

Par conquête militaire, achat ou mariage, des chevaliers d'origine bourguignonne s'approprient un vaste territoire à l'ouest de la vallée de la Loire et fortifient leurs positions à la Guerche. Faute d'opposition, ils poussent leur conquête jusque dans la vallée du Cher et s'établissent sur le territoire d'une ancienne viguerie carolingienne. Le premier seigneur de Charenton connu, Ebe, fait élever deux grandes mottes castrales à Charenton et Saint-Amand, et fortifie les vestiges de l'amphithéâtre  de Drevant. Il fait venir des moines limousin à Drevant en leur offrant de quoi élever un prieuré. Autour de celui-ci est découverte en 1974 une nécropole de grande qualité, contenant plusieurs sarcophages. Sans le savoir, les archéologues de l'époque mettent très certainement au jour les sépultures des premiers Charenton. Toutes les grandes familles féodales de la région avaient une nécropole privilégiée - les Guillebaud à l'abbaye des Pierres, Huriel à la Chapelaude, Culan et Lignières à Orsan, les Déols dans l'abbaye du même nom... Le désir de se faire inhumer dans un lieu de prières peut être la motivation initiale qui pousse le premier Ebe à fonder un prieuré à Drevant.

Près d'un siècle passe sans que les Charenton ne puissent être observés. Cette lacune documentaire frappe une bonne partie des autres seigneuries régionales.

Nous retrouvons les Ebe lors d'un événement exceptionnel. Vers 1140 sont célébrées les noces d'Ebe de Charenton, avant dernier seigneur du nom. La cérémonie se déroule à Souvigny, prieuré clunisien fondé par les seigneurs de Bourbon, ce qui indique à la fois qu'Ebe s'inscrit dans la vassalité de cette grande puissance régionale - et pas comme vassal des Déols, comme on le lit partout - et que l'épouse est certainement une fille d'Archambault de Bourbon. Etablir des liens matrimoniaux entre ces deux branches de la féodalité régionale revient à faire de Charenton un allié sûr des Bourbon. L'autre enseignement de ce texte se trouve dans la liste des témoins de cette union, à laquelle assistait l'abbé de Clairvaux, abbaye-mère du futur monastère de Noirlac. Il est tout à fait probable que la fondation de ce cloître a été envisagée à l'occasion de la cérémonie de Souvigny. Dix ans plus tard, les premiers travaux commencent sur le chantier de Noirlac, alors nommé Hôtel-Dieu-sur-Cher, dont l'origine est certainement une communauté hospitalière qui se réforme pour adopter la règle de Cîteaux tout en gardant son nom primitif. Les Charenton abandonnent Drevant comme lieu sépulcral et se font désormais inhumer dans les murs de la nouvelle abbaye. Plusieurs pierres tombales, dont celle du fondateur et de sa femme, y sont visibles jusqu'à la Révolution.

Le dernier seigneur de Charenton de la lignée des Ebe semble avoir été un personnage plus remuant. Outre les pillages d'églises qu'on lui reproche, il est dans l'obligation d'accueillir dans son château une troupe de déserteurs de l'armée anglaise en 1183, réputés avoir mis en coupe réglée tout ce qui se trouvait sur leur chemin entre le Limousin et Charenton. Assurant les pillards de son appui dans une bataille qui se préparait vers Dun-sur-Auron, Ebe trahit sa parole et participe avec son ost à leur massacre. Quelques interprétations moralisatrices ont souligné la duplicité du chevalier de Charenton, lui reprochant d'avoir pactisé avec des réprouvés, accompagnés de prostituées vêtues de tissus sacerdotaux dérobés dans les églises pillées, pour les pourfendre sitôt sa forteresse évacuée. On se souviendra que la ruse était une des stratégies parfaitement admise par la morale de l'époque, et que Ebe a certainement cherché à temporiser et à protéger ses terres de représailles possibles de la part des mutins, aussi expérimentés dans les arts de la guerre que ses propres combattants.

Ebe de Charenton est aussi le fondateur de l'abbaye de Bussière, qu'il lie au destin de Noirlac en imposant aux moniales un cens annuel payable à leurs frères et correcteurs de l'Hôtel-Dieu-sur-Cher. Il affranchit les villes de Saint-Amand et de la Perche, pour favoriser de nouvelles foires et la circulation de richesses sur les routes de ses domaines. Son histoire prend brusquement fin lorsqu'en 1189 il quitte la région pour partir pour la Terre Sainte, ajouter son épée à une Croisade dont il ne reviendra pas. Un acte note dix ans plus tard la vacance du siège seigneurial de Charenton. Pourtant, le dernier Ebe avait assuré la transition de son pouvoir en laissant son fils aîné, lui même nommé Ebe, gardien du fief et successeur désigné dans le cas d'un malheur lors de sa campagne en Orient. La malchance a voulu que ce garçon décède, noyé dans le Cher selon une tradition perpétuée par les archivistes de Noirlac, au cours de l'absence de son père et qu'avec lui disparaisse le seul héritier masculin de la maison de Charenton. Sa sœur, Mathilde, devient à la mort de son frère la seule descendante directe de la lignée des Ebe de Charenton.


La seigneurie de Montfaucon et Charenton

On ne sait comment, ni par qui, fut encouragée l'union entre Mathilde, parfois appelée Mahaut, de Charenton et Renaud, seigneur de Montfaucon, qui devient, par mariage, l'un des plus puissants chevaliers du Berry, réunissant sous son nom les deux fiefs: "Renaud, seigneur de Montfaucon et Charenton, chevalier", comme le proclame sa titulature. Tout au long de sa vie, Renaud administre la terre de Charenton sans rupture avec les usages de sa belle-famille. On le voit confirmer une partie des chartes souscrites par ses prédécesseurs, doter les mêmes abbayes et même fortifier la frontière occidentale devant les ambitions territoriale des seigneurs de Châteauroux en faisant construire, avant 1230, la première forteresse de Montrond. 

La généalogie des Ebe de Charenton se perd définitivement avec le mariage de Renaud et de Mathilde. Le couple donne le jour à plusieurs enfants dont l'aîné est baptisé du nom de son père et grand-père paternel, Renaud, son cadet héritant du patronyme héréditaire de la branche maternelle de ses ancêtres et représente le dernier Ebe connu de l'histoire charentonaise. Comme un nombre indéterminé de leurs frères et sœurs, ces deux garçons meurent, laissant le couple sans héritiers. Vers la fin de sa vie, Mathilde fonde un ultime établissement religieux, la celle grandmontaine de Fontguédon, près de Thaumiers. A son décès, la seigneurie de Charenton tombe en déshérence. Comme les Déols, Bourbons, Huriel, ou Guillebaud, les deux familles de Montfaucon et de Charenton s'éteignent totalement.


Le démembrement

En plein essor démographique et économique, la vacance du pouvoir dans cette partie du Berry du Sud est une aubaine que saisissent plusieurs grandes lignées pour étendre leur pouvoir. Les détails du dépeçage du fief de Charenton sont encore à écrire, mais on sait qu'entre autres les seigneurs des Barres, de Culan et de Sully s'approprient des pans entiers de l'héritage des Ebe, achevant de ce fait la première période féodale et préparant la région aux mutations de la fin du Moyen-âge et de la guerre de Cent ans.


O. Trotignon, septembre 2008

 

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