Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 09:20


Ayant eu la chance d'accéder à une belle collection de sceaux médiévaux berrichons soustraits à leurs chartes d'origine, il me semble juste de partager avec les lecteurs le plaisir d'admirer de si beaux objets. Les deux pièces présentées en illustration sont des sceaux en cire verte, avec lacs de soie, du duc Jean de Berry.
L'accès à cette collection privée s'est fait sous condition de respect de l'anonymat des détenteurs de ce fonds, connu des Archives départementales du Cher et de l'Indre. 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
commenter cet article
8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 09:11

(sceau médiéval - collection privée à Bourges)

Les archives municipales de Saint-Amand-Montrond, dépositaires des lambeaux du chartrier du couvent de Carmes (occupé aujourd'hui par l'hôtel de ville), ont conservé la narration d'un miracle attribué à une œuvre d'art aujourd'hui perdue, l'image de Notre-dame de recouvrance. Nous ignorons tout du support matériel de cette figure de la Vierge, tableau ou statue, mais on sait que sa notoriété était assez grande pour attirer vers Saint-Amand des pèlerins qui étaient entre autres hébergés à l'hôtel de l'Image - référence explicite à la Vierge - lors de leur séjour saint-amandois. Cette auberge changea de nom lorsqu'elle se transforma en relais de poste et fut alors connue en tant qu'hôtel de la Poste, qui conserve encore aujourd'hui une tradition hôtelière.

Les archives des Carmes perpétuent le souvenir de deux miracles attribués à l'Image. Le premier traduit plus une foi locale qu'une intervention directe de l'entité miraculeuse. Un ouvrier carrier, pris dans éboulement du front de carrière, est retrouvé sain et sauf par les sauveteurs persuadés de chercher un cadavre et non un rescapé. Le malheureux déclare devoir la vie à Notre-dame de recouvrance.

Le second récit est beaucoup plus précis et évoque une guérison miraculeuse. Sa transcription donne à quelques détails près ce qui suit:


"(...)  daté du vingt  troisième jour d’Aoust  mille cinq cent  trois, et ce qu’une femme nommée Andrée veuve de Jean Telin paroissienne de Taulmier native du village des Reynarts paroisse d’Orsan estant en necessité ... de sa personne ayant memoire de Dieu et de nostredame de recouvrance, fist sa requeste à la dite dame,  ... necessité qui estoit une maladie en forme de (catarce) en telle sorte qu’elle ne parloit ny ne mouvoit sauf du bras dextre  et fut depuis le vingthuitième de juillet jusqu’au douzième du mois d’aout lajusqu’au douzième du mois d’aout lensuivant save par le boire ny manger ny remuer un membre sauf que sondi bras dextre; pour laquelle affliction il luy vint en memoire de voüer et recommander a nostre dame de recouvrance en promettant a son createur la venir voir aussitot en son eglise et chapelle du couvent des Carmes en la ville de Saint Amand, et alors se fit ammener en ladite eglise et chapelle, portée devant l’image de notre dame de recouvrance, peu de temps après elle parla fort bien, fut guerie de sa maladie qu’elle avoit en son corps et puis se tourna et marchoit fort bien, comme le tout est plus amplement déclaré (...)"

 

Selon le texte, cette paroissienne de Thaumiers guérit de ce qui ressemble à une hémiplégie à la seule vue de l'image de la Vierge, rappelant le rôle de médiation de certains objets de culte entre la sphère divine et le monde des humains. L'image est l'intermédiaire entre la Vierge et le croyant et a valeur de relique d'autant plus nécessaire que la Bonne Dame, comme on l'appelait encore récemment en Berry, n'a laissé presque aucune trace matérielle de son séjour terrestre.

Il est bien entendu que l'historien n'a pas à se prononcer sur la véracité du contenu de ce récit - chacun juge ces événements selon sa propre appréciation du fait religieux ancien - mais qu'il dispose par ce type de témoignage d'informations irremplaçables sur l'univers mental dans lequel évoluaient les gens de la région à la fin du Moyen-âge.

 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
commenter cet article
10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 08:53

On ne saurait sérieusement comparer les archives municipales de Saint-Amand-Montrond (18) avec les Archives départementales du Cher. Déposées et conservées dans le fonds local de la Bibilothèque municipale de Saint-Amand, quelques liasses permettent à l'historien ou au généalogiste de compléter ses recherches. Peu de sources médiévales authentiques y sont consultables, mais on remarque la présence de quelques liasses de la fin du Moyen-âge à la Renaissance, dont des terriers, testaments, archives seigneuriales et monastiques dont quelques pièces de l'ancien couvent des Carmes de Saint-Amand.

L'amateur de calligraphie peut y découvrir, entre autre, une série d'initiales ornées de belle facture agrémentant la lecture d'un terrier du XVIe siècle.

L'historien y trouvera quelques éditions rares dont une série presque complète de l'édition des chartes de l'abbaye de Cluny dont certaines intéressent directement l'Histoire régionale.

Dans le sud du Cher, la mairie de Dun-sur-Auron possède aussi un petit service d'archives. Un acte authentique du roi Philippe Auguste en est la pièce la plus ancienne et la plus rare.

 

 


Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
commenter cet article
7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 23:14

Primitivement destinées à alimenter la refonte de la Gallia Judaica, et sans aucune nouvelle des auteurs de cette initiative, il peut être intéressant pour les lecteurs de connaître quelques sources sur la présence de communautés juives dans plusieurs grandes villes de la région. Les références bibliographiques sont disponibles sur simple demande. La plus ancienne mention date de 1184. Isaac Uradis, juif de Bourges, se fait confisquer sa maison par Philippe Auguste, qui l’offre à son maréchal, Matheus de Bituric. En 1280, la dame de Vierzon réclame un juif arrêté par les gens du roi, car le prisonnier n’a pas été pris en flagrant délit. Sensiblement à la même époque, le prieur de Saint-Benoît-du-Sault veut expulser les juifs du Sault mais le vicomte de Brosse s’y refuse. En 1294, c’est au tour des juifs de Nevers d’être expulsés par Philippe le Bel. Enfin, en 1323, c’est Perrin de La Queux, gardien des prisons royales de Bourges qui laisse échapper, moyennant finances, des “juifs et autres malfaiteurs des prisons de Bourges”. Deux tendances se distinguent dans ce court échantillon: la brutalité royale à l’égard des israélites, et la protection seigneuriale dont ceux-ci bénéficient dans les villes où l’influence du souverain est faible. Souvent utiles pour la gestion des domaines seigneuriaux, les juifs placés au service des grandes maisons féodales sont protégés par le statut que leurs confère l’importance de leurs fonctions de prêteurs ou de changeurs. Le roi de France, disposant de revenus qui lui permettent d’entretenir des services fiscaux et comptables encore rudimentaires mais suffisants pour subvenir aux besoins courants du palais et du domaine royal n’a aucun intérêt à la présence de juifs dans son royaume et évolue dans un univers mental qui fait des adeptes de la première religion du Livre des déicides. Les persécuter s’inscrit dans une logique de croisade permanente.
Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
commenter cet article
26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 12:43


danseuse - chapiteau de l'église de Bourbon-l'Archambault (03)

Le hasard réserve parfois à l’historien d’heureuses surprises, principalement dans des champs de recherches qui lui sont inhabituels, tels que les Arts et la Littérature. Inconnue de la plupart des écrivains de l’Histoire du Bourbonnais, une œuvre romanesque médiévale, le roman de Flamenca, a retenu toute notre attention.

Le livre, dont l’auteur est anonyme, a probablement été écrit vers 1272-1275. La langue employée par le narrateur est l’ancien provençal et le ton s’apparente à celui en usage dans toute la littérature méridionale initiée par les troubadours. Considéré comme l’ancêtre de la littérature romanesque française, ce roman ne semble jusqu’à présent jamais avoir attiré l’attention de historiens régionaux. Pourtant, le romancier occitan a choisi Bourbon comme espace romanesque, et l’un de ses seigneurs, Archambault, comme personnage central d’une intrigue amoureuse impliquant Flamenca, sa jeune épouse et Guillaume, séduisant comte de Nevers. L’action semble se situer en 1223 ou 1234, soit presque un demi-siècle avant la composition de l’œuvre, et met en situation plusieurs grands féodaux des pays du Centre. S’il n’est pas question de narrer l’intrigue (le lecteur y perdrait le plaisir d’une lecture à laquelle les présentes lignes n’ont pour seule ambition que d’inviter), la découverte du roman ouvre un large éventail de questions sur l’environnement historique qui a accompagné la composition de cette fiction de l’époque des croisades.

L’auteur écrit dans une langue étrangère au Bourbonnais, le Provençal. S’il est bien difficile de savoir comment s’exprimaient les gens de ces régions au XIIIe siècle, il est permis de supposer que la haute féodalité était bilingue, maîtrisant le Français et l’Occitan, complétés par des rudiments de Latin pour les plus cultivés. Dans tous les cas, le Provençal était une langue méridionale bien éloignée des pratiques bourbonnaises. Il serait intéressant de comprendre pourquoi le romancier a choisi Bourbon pour situer une fiction destinée à un lectorat de la France du Sud, d’autant plus qu’il est évident qu’il possédait sur la région des précisions qui n’ont rien de fictives. Le roman insiste sur le thermalisme à des fins ludiques et curatives, propre à l’ancienne cité des Bourbon. Sa connaissance des personnalités politiques de l’espace ligérien (Bourbon, Nevers et Blois) est correcte, quoique limitée aux plus grandes maisons féodales. Il est possible que cet occitan ait voyagé au nord de sa région d’élection et ait séjourné à Bourbon, collectant ainsi assez d’informations exactes pour nourrir la fiction qu’il projetait de composer. On peut aussi admettre que la singularité du thermalisme de la ville de Bourbon ait pu avoir à l’époque une réputation dépassant les monts d’Auvergne. 

La possibilité qu’un seigneur de Bourbon ait pu voyager dans l’espace méridional n’est pas à écarter. Bourbon, Nevers et Blois étaient aux XIIe et XIIIe siècle de puissantes seigneuries, dont la capacité offensive en cas de conflit devait être appréciable. Sans que l’inventaire n’en ait encore été fait de manière exhaustive, on sait par les archives du clergé régulier que presque toutes les grandes maisons féodales de la France du “centre” ont participé à l’une ou l’autre des croisades prêchées par la papauté entre 1099 et 1250. L’auteur de Flamenca peut avoir croisé la route d’un seigneur de Bourbon et de son équipage sur une des routes les conduisant vers la Terre Sainte. Sans aller aussi loin que l’outre-mer, certains chevaliers ont accompli au début du XIIIe siècle leur vœu de Croisade en accompagnant le roi de France combattre l’hérésie cathare de la vallée du Rhône au pays toulousain, espace dans lequel la langue employée par le romancier était commune à de nombreux lettrés. La dernière piste que suggère le roman lui-même est celle d’un tournoi, organisé à Bourbon même, ayant opposé un certain nombre de lances venues de régions éloignées du Bourbonnais. Toute la fin du roman raconte les préparatifs et la tenue d’une joute organisée par Archambault de Bourbon sous les murs de son château, ayant réuni des chevaliers venus de la France entière. La réunion d’une telle rencontre était tout à fait à la portée du sire de Bourbon -on relève la trace d’un tournoi à Châteauneuf-sur-Cher au début du XIVe siècle, seigneurie beaucoup plus modeste- et la capacité attractive d’un pareil événement pouvait être considérable. La description du blason de la maison de Bourbon plaide en faveur de cette thèse, mais les armoiries ornaient aussi l’équipement des chevaliers lors de leurs expéditions militaires. Le romancier occitan a peut-être rencontré un témoin ou un participant à cette épreuve martiale, ou lu un écrit rédigé à cette occasion, aujourd’hui perdu, et choisi de faire revivre dans son roman d’amour une partie des protagonistes dont la présence avait le plus marqué les esprits d’alors.  

Nous conclurons en regrettant de ne pas avoir trouvé dans les sources historiques médiévales de la région matière à confirmer, ou infirmer, la réalité d’événements anciens qui auraient pu inspirer au conteur méridional l’histoire de la belle Flamenca. Cette simple simple réserve n’altère en rien le plaisir que l’on éprouve à voir vivre sous la plume du poète des lieux aujourd’hui livrés à la ruine et revivre dans notre imagination des figures éteintes depuis des siècles.



note: la littérature médiévale compte peu de lecteurs, aussi les éditions de textes anciens ne sont pas légions. La dernière livraison grand public du roman de Flamenca a été éditée par Jean-Charles Huchet, Flamenca, roman occitan du XIIIe siècle, 10/18, bibliothèque médiévale n°1927, 446 pages, Paris 1988. Cette édition est épuisée mais reste encore disponible chez certains bouquinistes et librairies spécialisées.

 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
commenter cet article

Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
  • Moyen-âge en Berry
  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
  • Contact

géographie des visiteurs




A ce jour, cette espace a été visité
180102 fois.

405350 pages ont été lues.

Merci de l'intérêt que vous portez à l'histoire de la région.




Visitor Map
Create your own visitor map!
" class="CtreTexte" height="150" width="300" />

 

Rechercher

Conférences

conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.