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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 09:09

Souvigny-repas

 

 

Dès les premières semaines d’existence de ce blog, nous nous étions penchés sur un monument de la littérature médiévale impliquant des personnages réels ayant été seigneurs dans les régions du Centre, le roman de Flamenca. Écrit vers la fin du XIIIe siècle, ce long récit -lacunaire- des amours de Flamenca, belle et jeune épouse du seigneur de Bourbon, et du chevalier Guillaume de Nevers n’est pas un document historique aussi rigoureux qu’une charte de franchise ou une fondation abbatiale, mais permet toutefois une approche intéressante de la culture chevaleresque de l’époque des cathédrales. Parmi les idéaux des châtelains se trouve en bonne place le culte de la nourriture, décliné dans le roman de Flamenca sous la forme d’un somptueux banquet offert par Archambaud de Bourbon à une multitude d’invités au moment de l’arrivée de sa jeune épouse au château de Bourbon. Si les lieux appartiennent, comme certains personnages du récit, à l’histoire de la région, la trame narrative relève du domaine de la fiction romanesque. Il serait donc douteux que le grand banquet de Bourbon ait eu lieu dans les circonstances décrites par le roman, mais les détails qu’on y trouve sont là pour nous rappeler combien les puissants de l’époque rêvaient d’extravagances culinaires, autant dans l’abondance que dans la variété et la rareté des mets. Ce qui suit ne doit donc pas être lu comme le modèle d’une grande fête médiévale, mais comme l’expression d’un fantasme communément partagé par des lecteurs morts voici plusieurs siècles.
Tout commence par le nettoyage et la décoration des rues qui mènent au château et qu’emprunteront les invités. Sur le sol sont étalés des tapis et partout sont pendues des étoffes et des tentures, qui donnent l’illusion que l’on est déjà dans la forteresse alors qu’on ne fait que traverser la ville. Les bancs, destinés à faire asseoir les convives, sont couverts de housses. Dans les hôtels prévus pour l’accueil des participants au banquet se trouvent en abondance vêtements précieux, armes et chevaux destinés aux chevaliers. Légumes, grain pour les animaux et cire pour s’éclairer à la tombée du jour ont été distribués afin que rien ne manque aux hôtes.
L’auteur du récit donne assez peu de détails sur le banquet, mais on perçoit vite l’absence de menu tel qu’on pourrait l’imaginer aujourd’hui. Tout est servi, sans hiérarchie, sur les tables et chacun peut se servir d’une multitude de mets qu’on renonce à détailler: “tout ce qu’offrent l’air, la terre, la mer et ses profondeurs” est servi, arrosé de “tout ce qui peut se faire à base de blé, de racine, de raisin, de fruits et de pousse”. Au lecteur d’imaginer son repas idéal. En plus des viandes de boucheries et autres chairs cuites que le troubadour ne se donne pas la peine de nommer se trouvent offertes des bêtes à plumes “outardes, cygnes, grues, perdrix, canards, poules, oies, gelines et paons” et des animaux tués à la chasse “lapins, lièvres, chevreuils, cerfs, sangliers” et même “ours grands et féroces”. A sa dignité d’hôte, le sire de Bourbon ajoute la preuve de son courage à affronter des animaux dangereux de ses forêts, mais le plus précieux réside dans la liste des épices rares qu’il a eu soin de faire venir pour l’occasion “ épices, encens, cannelle et poivre” dans un quantité si merveilleuse, et l’auteur nous donne cette comparaison étonnante, qu’”aussi loin que s’étende le bourg, un plein chaudron aurait pu en être brûlé à chaque carrefour”. Ces volumes sont cohérents avec les dix mille chevaliers et les mille cinq cents jongleurs, sans compter les dames, demoiselles et serviteurs tous réunis dans les salles du château de Bourbon. Comme tant d’autres narrateurs de la période médiévale, l’auteur de Flamenca ne cherche pas la vraisemblance, mais l’effet sur ses lecteurs. Tous ces volumes et ces chiffres ne sont pas exagérés dans son esprit, s’ils permettent aux gens qui le lisent de s’imaginer le banquet auquel tout le monde aurait rêvé de participer.

 

château-bourbon-l'Archambaud.gif

 

Que mes lecteurs voient donc ce billet non pas comme une invitation à envoyer aux orties leur tempérance habituelle, mais plutôt à profiter de l’été pour se replonger dans la littérature médiévale, toujours délicieuse pour qui prend le temps de s’y arrêter un moment.

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 16:09

Roche-Guillebaud

C'est aujourd'hui plus sur un sujet littéraire qu'un fait historique que nous allons nous pencher avec le roman "Mauprat", de George Sand. Suivant le sentier de randonnée dit "des maîtres-sonneurs", en référence à un autre roman de cet écrivain, on parvient jusqu'au pied du château de la Roche-Guillebaud, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises dans cet espace. Là, sur un panneau indicateur est rédigée une courte notice soulignant que la Roche-Guillebaud ait pu inspirer la Dame de Nohant lorsqu'elle écrivit en 1846 le récit des événements qui conduisirent à l'incendie et à la ruine de la sinistre "Roche-Mauprat".
Ne connaissant pas ce roman, et sachant en revanche tout l'intérêt que porte le public à tout ce qui touche au sujet de la Roche-Guillebaud, -les statistiques de fréquentations de ce blog sont formelles sur ce point - je me suis procuré l'ouvrage et tenté d'y voir un peu plus clair sur la question.
Au premier contact, il apparaît comme évident que George Sand déploie son récit dans une géographie imaginaire, mélangeant des éléments réels du paysage berrichon avec des lieux composés pour les besoins de l'histoire. La Tour Gazeau, ruine médiévale proche de la ville de la Châtre, y est décrite de manière presque réaliste. Le château de Sainte-Sévère, autre ruine du département de l'Indre, y devient un manoir confortable servant de cadre à une partie du roman. Le cas de la Roche-Mauprat est plus intéressant à observer. Mi réaliste mi imaginaire, cette forteresse est bel exemple de cette culture romantique qui anima l'écrivain de Nohant. Refuge d'une famille de brigands craints dans toute la région pour leurs méfaits, isolée dans un lieu sinistre et boisée, rebelle à l'autorité judiciaire et aux règles morales du Siècle, cette demeure possède une forte identité littéraire. Sa signature historique est beaucoup plus difficile à saisir. Dès les premières lignes du roman, le narrateur déclare: "Sur les confins de la Marche et du Berry, dans un pays que l'on appelle la Varenne, et qui n'est qu'une vaste lande coupée de bois de chênes et de châtaigniers, on trouve, au plus fourré et au plus désert de la contrée, un petit château en ruine, tapi dans un ravin, dont on ne découvre que les tourelles ébréchés qu'à environ cent pas de la herse principale. Les arbres séculaires qui l'entourent et les roches éparses qui le dominent l'ensevelissent dans une perpétuelle obscurité, et c'est tout au plus si, en plein midi, on peu franchir le sentier abandonné qui y mène, sans se heurter contre les troncs noueux et les décombres qui l'obstruent à chaque pas. Ce sombre ravin et ce triste castel, c'est la Roche-Mauprat". Plus loin: "(...) vous avez dû passer souvent le long de ces ruines; je n'ai donc pas besoin de vous en faire la description." Les seuls éléments qui complètent au fil des pages le profil de ce château sont un pont-levis, des bonnes murailles, une écurie, des chambres, un rempart en pierres de taille, une tour du nord éventrée et un souterrain creusé dans le roc.
Si nous considérons les ruines de la Roche-Guillebaud, il est certain qu'elles s'élèvent bien dans un vallon isolé entre Berry, Bourbonnais et Marche, au milieu des forêts de Chênes et de Châtaigniers. La structure du toponyme "Roche-Guillebaud" s'accorde avec celle du nom "Roche-Mauprat". Il semble que la forteresse des anciens Guillebaud de la Roche présente quelques similitudes avec le château décrit par George Sand, mais quelques détails laissés par l'auteur dans son roman nous orientent vers d'autres vestiges.
Remarquons tout de suite que l'écrivain de La Châtre néglige de détailler le lieu où se déroule une partie de son récit, se contentant d'un portrait superficiel, signe qu'elle n'a jamais visité le lieu qui porte son inspiration. Les précisions qui concernent la Tour Gazeau, beaucoup plus près de La Châtre que ne l'est la haute vallée de l'Arnon, laisse supposer que cette ruine fut honorée de la visite de l'écrivain.

Roche-Guillebaud-piliers

Alors que sur la Roche-Mauprat pèse une sinistre réputation entretenue par la population du pays, on n'observe rien d'aussi remarquable à la Roche-Guillebaud dans les légendes populaires contemporaines de George Sand.
Une autre forteresse, en revanche, avait beaucoup plus excité la sensibilité romantique des amateurs d'antiquités du XIXe siècle, et sa réputation s'était installée chez les lettrés de l'époque grâce à la publication d'articles dans les revues savantes, largement accessibles à une femme cultivée comme George Sand.
La Roche-Aymon, près d'Evaux-les-Bains, est un lieu à légendes. Considéré comme un coupe-gorge, il porte parfois le surnom de "château de Barbe-Bleue". George Sand cite cette figure populaire dans le prologue de son récit: "(...) j'ai placé le nom de Mauprat entre ceux de Cartouche et de Barbe-Bleue, (...)". Plus loin dans le texte se trouve une allusion qui lie plus directement le château romanesque à celui de la Creuse: "aucune espèce de livres ne se trouvait à la Roche-Mauprat, si ce n'est l'histoire des fils d'Aymon et quelques chroniques du même genre (...). Or, en ce milieu de XIXe siècle, des érudits marchois croyaient voir en la Roche-Aymon le lieu d'origine de la légende des quatre frères Aymon, récit originaire des Ardennes et très populaire au Moyen-âge. Il est tout à fait admissible que George Sand, très ouverte à la culture et aux traditions régionales, ait eu vent de ces propositions savantes et s'en soit inspirée pour parfaire le cadre romanesque de son récit. Un dernier détail, mineur, ajoute encore du sens à cette possibilité: le château de la Roche-Aymon possédait lui aussi une tour nord.
Ici s'achève la maigre collecte d'indices sur la généalogie réelle ou supposée de la Roche-Mauprat. D'excellents spécialistes de l'écrivain romantique berrichon ont peut-être déjà réglé la question dans des revues littéraires? Je laisse au lecteur la pleine liberté de juger lui-même les quelques pièces de ce petit dossier estival, espérant peut-être avoir donné à certains l'envie de lire ou de relire ce roman.

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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 11:36

Renaud

 

Alors que fleurissent dans notre région les manifestations misant leur succès auprès du public sur une vision folklorique et matérialiste du Moyen-âge, voire de l’Antiquité, il me plaît de prendre de la distance par rapport au bruit des combats à l’épée et au son des cornemuses pour approcher une dimension de la pensée médiévale qui laisse en général le grand public indifférent: la spiritualité féodale.
Je dis bien approcher, car l’étude d’un tel sujet demanderait, pour être complète, une vie entière de recherche. Quelques très beaux textes nous fournissent des indications sur les préoccupations spirituelles des maîtres du pouvoir régional au crépuscule de leur existence, en particulier leurs testaments, qui sont des mines de renseignements sur le sujet.
Celui de Renaud, seigneur de Montfaucon et Charenton, nous en fournit un très bel exemple.
Renaud fait coucher sur parchemin ses dernières volontés vers 1250. Vieux seigneur veuf et sans descendance, il décide de partager son héritage entre une multitude de bénéficiaires tant laïcs qu’ ecclésiastiques vivant pour la plupart dans le périmètre de sa seigneurie. Les legs sont de nature très variée. On remarque tout d’abord, après calcul, les presque 650 kilos d’argent fin divisés en livres et sous tournois promis aux divers légataires. Si on y ajoute les sommes promises par Mathilde de Charenton, l’épouse décédée de Renaud, sur son propre testament daté de 1243, c’est environ une tonne de métal précieux qui a été versée par les deux seigneuries de Montfaucon et Charenton en moins d’une décennie. Les points de comparaison, hélas, me manquent pour évaluer l’importance de cette somme pour l’économie locale de l’époque.
Aux dons habituels en rentes et en terres s’ajoutent des biens matériels plus faciles à se représenter comme le cheval de Renaud, donné à un certain Roubichon, des robes, une cuirasse, des mesures de grain. La vicairie de Montfaucon reçoit pour sa part le livre d’Heures et le missel du seigneur, ouvrages rendus précieux par leur rareté.
Les bénéficiaires individuels cités dans l’acte ont des statuts sociaux très divers. Curés, chevaliers, hommes et femmes de classe indéterminée, Renaud pense d’abord aux pauvres, jeunes filles sans dot, malades soignés à l’hôtel-Dieu de Montfaucon et étudiants, en particulier ceux qui s’instruisent à Paris. Des proches comme son barbier, ses vieux serviteurs, ses sergents, des militaires de son ost reçoivent des sommes diverses.
On relève deux détails curieux: la chapelle Sainte-Marie-Madeleine de Montfaucon reçoit 10 livres pour sa reconstruction; l’église de Sancergues, elle, se voit dotée de 50 sous pour la pose d’un vitrail.
Si plusieurs églises de campagne figurent sur la liste des légataires de Renaud de Montfaucon, c’est au clergé régulier qu’est destiné l’essentiel de son héritage, et en premier lieu aux Cisterciens, majoritaires, il est vrai, sur l’étendue de ses possessions. La première abbaye à être inscrite sur la liste de ses largesses est Fontmorigny, qui reçoit aussi la plus forte somme. Son abbé partage avec Eudes Troussebois, un des chevaliers familiers de Renaud, la charge d’exécuteur testamentaire. Fondée à l’initiative de la seigneurie de Montfaucon, Fontmorigny assumait le rôle de nécropole familiale de ces féodaux. Renaud demande à y être enterré alors que Mathilde, sa femme et Renaud, leur fils aîné, reposent à Noirlac, deuxième monastère cistercien en ordre d’importance à être couché sur le testament, avec un legs de 50 livres tournois, inférieur aux 80 livres attribuées à Fontmorigny, mais dix fois supérieur à ce qui est promis aux moniales cisterciennes de Bussière. Toutes les autres maisons observant dans le diocèse de Bourges la règle de saint-Bernard  reçoivent une somme d'argent; les moines de Bourras, dans la Nièvre, ne sont pas oubliés. On note aussi ce legs de 10 livres d’argent consenti au chapitre général de Cîteaux, autre indice de l’importance qu’occupaient les cisterciens dans les préoccupations de la féodalité berrichonne.
Ce testament confirme l’évolution de la spiritualité régionale en faveur des pratiques monacales plus conformes aux aspirations de cette société du milieu du XIIIe siècle.
Si l’église de Bourges figure sur la liste des héritiers de Renaud, on note que le seul intérêt de cet homme pour les ordres monacaux traditionnels s’exprime par la dotation des prieurés ruraux fondés sur ses terres et de l’abbaye de Saint-Satur, dans le Sancerrois.
Plus proches des préoccupations d’une société de plus en plus urbaine s’inscrivent les legs aux hôtels-Dieu des terres de Montfaucon et Charenton, aux Templiers des alentours de Bruère-Allichamps et aux Ordres mendiants nouvellement implantés dans les grandes villes de la région. Les Franciscains de Nevers et Bourges, ainsi que les Dominicains de cette cité, sont cités dans le documents.
Renaud sent que la fin de ses jours est proche. Devant l’incertitude face à ce qui peut l’attendre dans l’ au-delà, il prend toutes les garanties, lui l’ancien Croisé, pour franchir victorieux les portes du Paradis. Tous les gens qu’il aurait pu léser sont dédommagés, ses créances couvertes, sa sépulture prévue et certains serviteurs de Dieu disposés à prier pour son âme profitent de ses bienfaits. Son testament nous permet de mesurer ceux de ces serviteurs qui paraissaient les plus aptes à combler ses attentes.

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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 09:15

Leger

Voici un document tout à fait exceptionnel, bien postérieur à la période médiévale, mais qui offre un témoignage irremplaçable sur un des fleurons du mouvement monastique en Berry: le prieuré d’Orsan.

Dom Jacques Boyer est un bénédictin d’une immense érudition. Paléographe, historien et grand voyageur, il parcourt le royaume de France entre 1710 et 1714 en quête d’informations sur l’histoire du Christianisme en vue de la rédaction future de la célèbre Gallia Christiana. Ses pérégrinations savantes le conduisent, après un passage en Auvergne et en Bourbonnais, dans le diocèse de Bourges au printemps 1711. Résidant un temps dans la cité berruyère, il part à la recherche de documents pour son futur mémoire et se rend à Chezal-Benoît, où il est accueilli par l’abbé et où il séjourne le temps de prendre des notes dans les archives de la communauté. De là, il profite de la proximité géographique pour aller enquêter dans les fonds documentaires de plusieurs monastères. Les Cordeliers de Bommiers, les Augustins de Puyferrand, les Cisterciens des Pierres, puis les Fontevristes d’Orsan, sont au programme de son périple savant.

Dom Boyer parvient à Orsan le 1er juin 1711. Il y remarque que “l’église est fort belle, les voûtes sont en calotte ou cul de lampe, comme celles de St-Pierre d’Angoulême (...). Auprès du maître-autel, du coté de l’Evangile, on voit une pyramide ou est enfermé le cœur de Robert d’Arbrissel, qui y mourut en présence de Léger, arch. de Bourges, qui est aussi enterré auprès de cette pyramide, à coté d’Alard ou Adelard, principal bienfaiteur de cette maison”.

Dom Boyer admire au passage les boiseries du chœur de la chapelle, consulte le cartulaire, lit d’anciennes chartes (dont certaines sont aujourd’hui aux Archives du Cher). Il se fait présenter “ le sceau de Léger, son anneau, et des petits cercles de sa crosse que l’on a trouvé dans son tombeau, sur lequel il y a pour toute inscription: Leodegarii.”

Très bien reçu par la prieure, le père bénédictin reprend la route de Chezal-Benoît.

La densité des informations recueillies compense la brièveté du témoignage. Les observations de J. Boyer sont particulièrement précieuses pour le médiéviste. Jusqu’à ce qu’il relève son existence près du mausolée de Robert d’Arbrissel, personne n’avait pu apporter la certitude que le corps d’Adalard Guillebaud, auquel nous avons dédié un article antérieurement, reposait bien dans l’église d’Orsan. Les bâtisseurs de cette église, aujourd’hui disparue semblent avoir été influencés par les styles de construction plus communs au provinces de l’Ouest que du Centre, le type des voûtes étant assez rare dans la régions.

Passés ces détails, c’est surtout ce que Dom Boyer n’a pas vu qui paraît extraordinaire, car le savant nous décrit un prieuré d’Orsan en bon ordre de fonctionnement, ce qui est contradictoire avec l’avis de la plupart des commentateurs. Si on se conforme à l’avis général, Orsan avait eu à subir les ravages des huguenots au moment du passage de l’armée du duc de Zweibrücken en 1569. La chapelle aurait été alors pillée, le mausolée pyramidal contenant le cœur du Bienheureux Robert profané pour voler l’enveloppe de plomb protégeant la relique (fondue comme métal pour balles de mousquet, sans doute) et Orsan aurait eu alors à se relever d’une immense désolation, comme Puyferrand, toute proche.

Ce point de vue mérite, à mon sens, une sévère révision grâce au récit de Dom Boyer. Comment un prieuré ayant subi les outrages des protestants a t-il pu conserver ses archives (si faciles à disperser ou à brûler), une chapelle en bon état et surtout, comment expliquer que le Père bénédictin voit debout la pyramide alors qu’elle était censée avoir été détruite 150 ans plus tôt? De même, si le pillage avait été si prononcé qu’on le croit généralement, comment se fait-il que la prieure possède l’anneau épiscopal, probablement en or, de l’archevêque Léger, ainsi que les petits ornements de sa crosse en bois tombée en poussière, retrouvés lors de l'ouverture de la tombe en 1635, selon un autre érudit, dom Estiennot?

On ne peut nier le passage des protestants à Orsan au milieu du XVIe siècle, ni la profanation du mausolée de Dom Robert. La petite enveloppe contenant son cœur fut retrouvée dans la chapelle, passa ensuite de mains en mains jusqu’à ce qu’on perde sa trace, accomplissant de nombreux miracles au profit des habitants de la région. Cela ne signifie pas qu’Orsan fut sérieusement atteinte, et là se pose la question, toujours aiguë pour l’historien, de l’objectivité des sources. N’aurait-on pas, à la suite du traumatisme causé par les ravages huguenots en Boischaut, généralisé à Orsan une situation subie de plein fouet par d’autres établissements religieux du même terroir?

Dom Boyer, visitant l’abbaye des Pierres, signale les ravages des protestants, mais semble ignorer que le pillage organisé par les troupes du Prince de Condé, pendant les troubles de la Fronde, aux conséquences tout aussi funestes pour la vieille abbaye médiévale, son mobilier et ses archives, ait eu lieu, comme si il y avait concurrence des mémoires dans l’esprit des berrichons, le souvenir des protestants l’emportant sur tout les autres, et entraînant quelques exagérations.

On peut donc proposer une relecture de ces événements qui secouèrent la communauté qui était rassemblée autour du souvenir du fondateur de Fontevraud, mort à Orsan quelques siècles plus tôt. Un pillage eu certainement lieu en 1569. Les envahisseurs se conduisirent probablement plus comme des cambrioleurs que comme des profanateurs, volant ce qui pouvait être pris sans trop d’efforts. La pyramide, hors sol, fut ouverte, mais on ne chercha pas à soulever la pierre tombale de Léger. Le cœur du Bienheureux Robert, connut ainsi une seconde vie assez surprenante, comme nous la raconte son procès en canonisation, mais fut certainement très vite, si j’ose m’exprimer ainsi, ramené dans sa niche. Il est possible que la réfection de la pyramide ait été l’occasion d’ouvrir le sépulcre de l’ancien archevêque et d’en soustraire les objets précieux qui s’y trouvaient encore. Des années plus tard, Dom J. Boyer est le dernier érudit à visiter le prieuré d’Orsan intact, avant que la destruction de la chapelle sainte-Anne ne vienne définitivement effacer les plus anciens témoignages de la piété médiévale en ce lieu. Son récit de voyage n’en est que plus précieux.

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 21:27

Boisroux1

Bâtie sur une légère élévation du paysage, l’ancienne ville médiévale de Boisroux, sur la commune d’Ids-Saint-Roch, dans le Cher, se fond complètement parmi le bocage et les bois qui l’environnent. Désertée à une date inconnue, cette petite cité n’existe plus que par les seuls vestiges de ses fossés et remparts de terre, dans l’ensemble bien conservés. Les photographies aériennes verticales révèlent un pré rectangulaire d’environ d’un à deux hectares, distinct des champs avoisinants grâce à la végétation qui occupe l’emplacement de l’ancienne fortification.

Boisroux-aérien 

Un toponyme voisin “Font romain” et la découverte d’un site antique tout proche de Boisroux ont conduit beaucoup d’anciens amateurs d’antiquités à identifier la place comme un ancien camp romain sans chercher plus de détails. Or, il est très facile de se procurer aux Archives du Cher la copie moderne de la charte de fondation de cette ville, conservée dans le cartulaire de l’archevêché de Bourges, et datée de 1226.

Si nous ignorons les raisons pour lesquelles le site fut déserté par ses habitants, nous disposons de quelques renseignements sur la genèse de cette fondation menée conjointement par le seigneur de Châteauroux, Guillaume de Chauvigny, et par Simon, archevêque berruyer.

Dans un premier acte daté de 1223, les deux seigneurs avaient prévu de fonder une ville franche dans la région de la châtellenie du Châtelet, sans en préciser l’emplacement exact. La charte de fondation est écrite en 1226. Le lieu retenu est nommé Boisroux, contraction du toponyme “Bois-Raoul” (le Bois de Raoul) identique à celle qui produit le nom Châteauroux (le château de Raoul), Raoul étant le patronyme dominant accordé aux aînés de la famille de Châteauroux. Ceci permet de supposer que l’acte de 1226 ne fonde pas une nouvelle ville mais affranchit une communauté urbaine établie naguère par un des anciens seigneurs de Châteauroux, ce qui est cohérent avec la rusticité de l’appareil défensif qui semble n’avoir été fait que de terre et de bois.

Boisroux2 

Contrairement à la charte de franchise de la Perche, étudiée dans un article plus ancien, l’accent est mis plus sur l’agriculture que sur le commerce. De toute évidence, les deux seigneurs tentent d’attirer des cultivateurs dans un secteur aux terres ingrates.

Des croix de justice sont plantées. La loi de référence est celle de Châteauroux, les baillis des deux seigneurs fondateurs étant chargés de la faire respecter. 

Le texte est assez libéral concernant la circulation des hommes, qui pourront venir et partir à leur gré (peut-être est-ce qui favorisa plus tard l’abandon du lieu). En cas de décès sans héritier direct, on remontera jusqu’au quatrième degré de parenté pour trouver à qui léguer les terres avant que celles-ci ne retournent aux seigneurs. Des conditions favorables font faites aux laboureurs possédant des animaux de trait par paire soit 2, 4 ou 6 chevaux, bœufs ou ânes. Comme partout, un four et un moulin banaux sont construits, leur usage étant obligatoire.

La ville dut atteindre une certaine prospérité car en 1266, un acte de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges indique Boisroux a été élevée au rang de châtellenie et baronnie et donnée en fief à Robert, seigneur de Bommiers, vassal de Châteauroux.

La situation changea certainement, comme partout, avec la succession de crises du XIVe siècle. Nul besoin d’évoquer une épidémie ou le passage d’une troupe guerrière pour expliquer la fin de Boisroux. Dans un paysage qui réussit mieux au petit élevage qu’à la culture de céréales, les dérèglements climatiques enregistrés après 1300 peuvent suffire à avoir convaincu des laboureurs libres d’aller tenter leur chance sur des terres plus fertiles. D’une surface raisonnable et bien enclose par les anciens terrassements défensifs, la terre de Boisroux retomba dans un anonymat pastoral.

Notons enfin que, tout près de Boisroux, ce fut, en 1228, la paroisse d’Ids-Saint-Roch qui se vit affranchie par son propre seigneur, Henri de Sully, peut-être pour éviter la fuite de ses habitants vers la nouvelle ville-libre voisine.

Boisroux3 



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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 10:47

soleil
Pendant longtemps, les livres d’Histoire ont donné des populations de l’An 1000 l’image d’une masse terrifiée par l’imminence de l’Apocalypse, guettant dans chaque manifestation naturelle le signe de l’approche de la fin des Temps. Cette vision a été depuis largement réévaluée. Pour l’immense majorité des hommes et des femmes qui ont vécu le passage du Xe au XIe siècle, l’horreur du quotidien était plus faite de disettes, d’oppression chevaleresque et d’omniprésence d’une nature hostile. Seuls ou presque les clercs avaient à la fois la culture et les repères temporels propres à associer les dérèglements naturels qu’ils observaient aux prévisions apocalyptiques de saint Jean, comme le prouvent deux chroniques régionales narrant les expéditions militaires de l’archevêque de Bourges en 1038 (voir le précédent article sur la prise du château de Bannegon). 

Deux abbayes majeures du paysage spirituel berrichon ont consigné des signes météorologiques et astronomiques précédant les troubles inouïs dont le Berry a été le théâtre lorsque d’Aymon, archevêque de Bourges, se mit en campagne contre les forteresses de Bannegon et de Châteauneuf-sur-Cher. Pour les chroniqueurs de Déols et de Fleury, le désordre moral provoqué par ces deux guerres sacrilèges pouvait être un symptôme apocalyptique, et il n’était pas isolé.

La Chronique de Déols note, assez curieusement, l’ occurrence d’une éclipse de lune survenue à la Pâques 1028, soit dix ans avant les expéditions archiépiscopales. Les sources de la NASA confirment ce phénomène, ayant été visible dans sa totalité en Bretagne et en Espagne. Une lune aux contours atténués par l’ombre de la Terre et à la couleur orangée à marqué les esprits des moines déolois. Je dis curieusement, car il n’est fait aucun cas d’un phénomène dont on aurait pu s’attendre à une portée plus symbolique, l’éclipse annulaire du 29 juin 1033, l’année du millième anniversaire de la passion du Christ, attendue par certains clercs comme la vraie date de l’Apocalypse annoncée.

Cette petite éclipse a été visible de Déols, sa bande de totalité s’étalant d’ouest en est à travers les Charentes, le Limousin, l’Auvergne et le nord des Alpes, mais le chroniqueur du monastère n’en dit rien.

soleil2 

Pour les bénédictins de Fleury, en Orléanais, ce sont des nuées couleur de sang qui envahissent le ciel le 8 août 1038, à partir de midi, et cela pendant deux heures. Le même phénomène, plus long, se reproduit toute la journée du lendemain. Le moine de Fleury constate, mais n’explique pas car, implicitement, le lecteur comprend que Dieu est l’auteur de ces signes qui croissent en intensité. La région connut-elle un épisode orageux d’une densité exceptionnelle, ou fut-elle survolée par des nuages de micro-particules troublant la lumière solaire? On sait que des cendres dispersées par des incendies de forêt ou par des éruptions volcaniques provoquent de tels effets visuels.

A-t-on plus simplement là l’écho d’une autre éclipse annulaire survenue le 22 août 1039, dont l’ombre a balayé la Bretagne, le Poitou et l’Auvergne, donc parfaitement visible du Berry? Un amalgame chronologique est loin d’être exclu.

Les deux chroniques, avec des mots différents, se rejoignent sur un point. Des nuances de la lune d’avril aux teintes du ciel estival, c’est bien la couleur du sang que l’on retrouve, annonciatrice des massacres qui endeuillèrent la région de Bourges lors de cette funeste année 1038.

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 21:20



C'est, quelque part entre la Normandie et la région parisienne, un jour d'août 1999, les yeux encore remplis d'un des plus beaux spectacles auquel qu'il m'ait été donné d'assister que je me posais pour la première fois la question de savoir si les berrichons du Moyen-âge avaient eu, eux aussi, l'opportunité de contempler  des éclipses. Après avoir en vain demandé des conseils au Bureau des longitudes, dont le site internet promet pourtant de répondre aux questions des internautes, c'est sur le site de la NASA, grâce à la suggestion d'un lecteur de ce blog, que j'ai trouvé les réponses à cette interrogation née le jour de la dernière grande éclipse totale du deuxième millénaire.

Il est bien entendu difficile de préciser combien de fois le ciel s'est obscurci en Berry de manière assez significative pour que les habitants puissent avoir remarqué des variations de l'aspect du soleil. Plus de 70 éclipses, totales ou annulaires, se sont produites en presque mille ans dans un périmètre -Afrique, Europe du nord ou Atlantique- assez proche pour que des observateurs aient pu, si les conditions météorologiques le permettaient, distinguer une échancrure sur le disque solaire, sans que la luminosité soit affectée de manière à attirer l'attention de toute la population.

Plus intéressantes sont les huit éclipses annulaires et les cinq totales dont les bandes de totalité ont frôlé le Berry entre 447 et 1415. Parmi celles-ci, quatre (961, 1033, 1321 et 1415) se sont produites à la fin du printemps et en été, à des saisons où l'on peut le plus espérer une météorologie clémente favorable aux observations.

Les données de la NASA permettent de relever, entre 536 et 1010 uniquement, cinq éclipses annulaires dont les bandes de totalité ont balayé les régions du Centre. Le disque solaire, obscurci en son centre, est resté visible sous forme d'un anneau de lumière éblouissant, mais la lumière du jour a sensiblement diminué, sans que se produise une obscurité diurne totale.

 

Les deux grands soleils noirs qui ont marqué le passé, à défaut de l'histoire du Berry, datent du 5 mai 840 et du 16 juin 1406. Alors que les premières attaques normandes se produisaient sur le littoral de l'empire carolingien et que le roi de France tentaient de chasser les troupes anglaises de ses domaines, les pays du Centre ont été plongé dans une nuit brève et presque totale de plusieurs minutes. Ces phénomènes, même si la météo n'était pas favorable à une contemplation de la translation du disque lunaire devant le soleil, n'ont pu être ignorés des habitants de nos régions.

Si on ne peut se faire aucune illusion pour la période carolingienne, il serait intéressant de chercher dans les chroniques du début du XVe siècle si la dernière grande éclipse visible du Berry n'a pas été consignée par un témoin de l'époque.

  


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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 09:50



Connue par une copie de 1472 conservée par les Archives départementales du Cher, la charte d’affranchissement de la petite ville de La Perche, en vallée du Cher, est un intéressant témoignage des ambitions économiques de la féodalité régionale à l’époque des Croisades. De date incertaine, cette charte a été rédigée par le dernier Ebe de Charenton avant son départ pour la Terre Sainte en 1189. Une autre charte, de même inspiration, est accordée à la ville de Saint-Amand à la même époque. 

La franchise de la Perche n’est pas en soi un texte exceptionnel. L’essentiel des articles conservés fixe les dispositions judiciaires et fiscales auxquelles devront se plier les habitants de cette nouvelle entité et les forains qui pourraient être amenés à y séjourner et à y faire du commerce. La charte fixe des droits de chasse dans les champs, de pêche dans le Cher et autorise des prélèvements de bois d’œuvre et de chauffage dans un taillis des environs. Quelques privilèges de justice sont accordés aux bourgeois de La Perche.

On aurait tort de considérer la charte de franchise de La Perche comme le témoignage d’une situation existante. Ce texte illustre principalement les ambitions économiques de la seigneurie de Charenton dans un secteur-clé de son domaine: la vallée du Cher.

La Perche se situe en effet sur le tracé de l’ancienne voie antique qui reliait Bourges à la région de Montluçon. Cette route, qui franchissait le Cher à Allichamps, croisait un autre axe qui rejoignait châteaumeillant. Le secteur était particulièrement sensible car plusieurs forteresses furent élevées le long de l’axe (Orval, Ainay-le-Vieil, Epineuil, Vallon...). Au XIIe siècle, avec la croissance de Saint-Amand et la circulation d’hommes et de marchandises en direction du Nivernais et du Berry déolois, un passage sur le Cher est aménagé à Orval, qui devient le carrefour entre ces deux voies économiques et stratégiques. Cette situation n’a bien entendu pas échappé aux Charenton, qui cherchent à favoriser les échanges économiques pour en retirer des dividendes. Plusieurs foires se tiennent dans l’année à Saint-Amand, Bruère ou Charenton. Le chevalier Ebe de Charenton choisit le site de La Perche pour élever une nouvelle ville en partie dédiée au commerce. Outre la proximité de la route, la rivière est une voie de circulation dont on peine à évaluer l’importance aujourd’hui mais on trouve la mention d’un “port” à La Perche au XIIIe siècle. Une grosse fontaine à proximité du village est probablement un atout à ne pas négliger.

Il est impossible de juger l’entreprise du seigneur de Charenton en terme de succès ou d’échec. Les plus pessimistes remarqueront que La Perche est une toute petite commune et que le bourg ne garde aucune trace de son passé médiéval, à part dans le tracé de ses rues, circulaire comme presque partout. D’autres feront observer que le village existe encore, ce qui n’est pas le cas de toutes les villes-franches contemporaines. Celle de Boisroux, fondée conjointement par l’archevêque de Bourges et le seigneur de Châteauroux, n’est plus qu’un pré où un de mes amis récoltait le foin pour ses moutons. L’erreur des Charenton est peut-être tout simplement dans la redondance des deux chartes, Saint-Amand et La Perche, qui n’offraient aucune différence significative pour les nouveaux venus dans la région. Saint-Amand ayant déjà  un statut de place économique, l’intérêt de venir faire commerce à La Perche était certainement loin d’être flagrant.

Une curiosité assez rare pour être signalée. Grâce aux bons soins de la municipalité est désormais visible une très ancienne croix qui pourrait bien être une authentique croix de justice par laquelle était marquée la limite géographique de la franchise. Le texte de la charte note l’existence de l’une d’elles au bord du Cher. Si tel était le cas (mais, en l’absence de style sculptural vraiment prononcé), sa présence assez loin du centre du bourg actuel pourrait indiquer qu’Ebe de Charenton ne manquait pas d’optimisme dans ses ambitions.

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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 10:06


blasons XVe, croix de Coust (18)

On connaît la valeur que certains accordent à l'héraldique, cette science auxiliaire de l'Histoire. Lors de mes recherches préparatoires à mon doctorat d'anthroponymie médiévale, j'avais pu ébaucher quelques recoupements entre les informations délivrées par les chartes régionales et un document très connu dans le milieu des héraldistes, le Rôle d'armes Bigot, ancienne transcription de plus de trois cents blasons de chevaliers ayant, en 1254, accompagné le comte d'Anjou dans une expédition en Hainaut, dont la seule copie connue est conservée à la BNF.

Je n'ai pas la prétention d'apporter quoi que ce soit de neuf sur ce sujet, mais il m'a semblé qu'isoler les chevaliers du Berry ayant participé à cette chevauchée pouvait intéresser certains lecteurs. Voici donc une liste de plusieurs féodaux du Berry partis mettre leur épée au service de Charles d'Anjou dans la seconde moitié du XIIIe siècle. J'ai volontairement omis de rajouter les millésimes traditionnellement accolés aux noms chevaleresques. Ajouter un numéro à un patronyme seigneurial (Ebbes VI de Charenton, par exemple) est complètement anachronique et particulièrement inapproprié dans le cas de familles seigneuriales dont on ne connaît que des fragments de la généalogie. Ce confort d'historien moderne étant étranger à la société médiévale régionale, j'adopte ici, comme dans toute mes communications, le modèle en usage à l'époque.

Chevaliers dont les noms ont pu être vérifiés par d'autres sources:

- le comte Jean de Sancerre (Jehans de Sansuere)


- Henri de Sully (Henri de Sorli) 

La famille de Sully, quoique ligérienne, possédait plusieurs fiefs en Berry.


- Guillaume de Chauvigny, seigneur de Châteauroux (Guillaume de Chauvigny)


- Jean de Chauvigny, seigneur de Levroux (Jehans de Chauvigny)

De la famille du précédent, ces féodaux sont originaires du Poitou.


- Rannoux, seigneur de Culan (Renould de Tuleh)

Souvent à tort nommés Renaud (nom attaché à la famille de Graçay et à sa branche cadette de Montfaucon), les Culan sont vassaux de la seigneurie de Châteauroux.


-Hubert de Presle (Hubliers de Praele)

Vielle famille dont le fief est situé dans l'Indre, Hubert de Presle ne peut être identifié que grâce à une mention aux Archives départementales de ce département.


Chevaliers sur lesquels je ne dispose d'aucune information:


-Jean de Périe? (Jehan de Perie)

(seigneurie de Buzançais?)


-Guillaume de Naillac (Guillaume de Nellac)

(seigneurie du Blanc - sud de l'Indre?)


Le lecteur trouvera sans difficulté sur ses moteurs de recherches habituels des sites spécialisés en héraldique qui proposent des restitutions des blasons décrits, mais non représentés, dans l'armorial Bigot.


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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 10:24



Le chartrier de l’abbaye cistercienne de Fontmorigny a conservé la copie du testament de la dernière dame de Charenton, épouse du seigneur Renaud de Montfaucon et mère au destin douloureux dont tous les enfants décédèrent. Cette femme, dernière héritière directe de la lignée des Ebe de Charenton, rédige en 1243 un testament par lequel elle dote un nombre important d’établissements religieux tant séculiers que réguliers. Les legs testamentaires sont principalement des rentes à prélever sur les activités économiques qui animaient la région de Charenton au XIIIe siècle, comme des foires, péages et revenus fonciers.

Ce testament doit être comparé à celui que Renaud de Montfaucon rédigea quelques années plus tard. La plupart des bénéficiaires des œuvres de son épouse sont cités, mais les deux actes ne sont pas complètement parallèles. Les termes employés par les scribes dans l’un et l’autre testament laissent un certain nombre de zones d’ombre sur le statut exact de plusieurs bénéficiaires, qualifiés d’églises ou de prieurés et le croisement des deux sources est insuffisant pour dresser une carte des possessions monastiques dans le sud du Berry.

Mathilde de Charenton couche sur son testament neuf abbayes, dont plus de la moitié accueillent des moniales: Charenton et Bussière (10 livres tournois), La Ferté (40 sous), Beauvoir et Orsan (20 sous). Bussière, Beauvoir et La Ferté sont cisterciennes, Charenton bénédictine et Orsan fontevriste.

Trois monastères de cisterciens sont cités: Fontmorigny et Noirlac (20 livres) et Loroy (20 sous) ainsi que les grandmontains de Fontguedon (20 sous).

Mathilde dote également deux prieurés, Allichamps et Epineuil (ou Epignol - les deux paroisses sont presque homonymes en latin) pour 20 sous.

L’Hôtel-Dieu de Bourges reçoit 100 sous tournois ainsi que les Frères mineurs (12 livres) et Frères prêcheurs (10 livres) de cette ville. C’est aussi l’église Saint-Étienne de Bourges qui reçoit la plus forte rente (60 sous) avec celles de Levroux et de Chalivoy-Milon. Suivent pour 20 sous la Celle-Bruère et pour 10 Sagonne, Neuilly-en-Dun, Drevant, Colombier, Saint-Amand, Orval, Arcomps, Vallenay, Le Veurdre et Saint-Augustin.

Les Templiers de la vallée du Cher - l’hôpital de Farges et la commanderie de Bruère-du-Temple - reçoivent 10 sous de rente par établissement.

Deux informations sont incertaines, et doivent être considérées avec prudence. L’église du Landois (60 sous) dont le nom rappelle l’abbaye cistercienne du Landais, dans l’Indre, qu’on peine à identifier et l’abbaye de la Ferté, dotée aussi par Renaud dans son testament, qui n’appartient pas au diocèse de Bourges et dont la localisation la plus logique serait en Saône-et-Loire où une abbaye fille de Cîteaux vit le jour au début du XIIe siècle. Or, le testament parle de moniales et le monastère de la Ferté était une communauté masculine. Il est possible qu’il s’agisse d’un couvent de cisterciennes placé sous l’autorité des Frères de la Ferté comme, en Berry, Bussière l’était avec les moines de Noirlac.

Sans surprise, on observe que l’essentiel du legs de Mathilde de Charenton intéresse un périmètre appartenant au patrimoine de sa famille, avec quelques exceptions telles Bourges, Levroux et peut-être le Landais et la Ferté. Il est intéressant de noter la part des congrégations féminines dans la liste des bénéficiaires, dont le prieuré fontevriste d’Orsan qui est oublié par Renaud de Montfaucon dans son propre testament.

 
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Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.