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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 10:41



Assez bien décrite dans la littérature savante régionale, la cloche médiévale de Sidiailles demeure une énigme. N’ayant jamais pu l’approcher physiquement, je dois faire une entorse à mes habitudes et piocher dans la dite littérature la description de cet objet étonnant dont l’origine n’est toujours pas éclaircie.

La cloche de Sidiailles est un objet en tous points remarquable. Conservée dans le clocher de l’église moderne du hameau, elle n’est pas accessible au public pour de légitimes raisons de sécurité. Connue pour être l’une des plus anciennes de France, elle datée par un cartouche de l’an 1239. C’est une cloche d’assez petite dimension, environ 70 cms de hauteur pour un diamètre estimé à 80 cms. D’une réalisation très soignée, elle porte une légende en latin “Mentem Sanctam Spontaneam Honorem Deo Patriae Liberationem” que d’éminents latinistes ont traduit par “La sainteté et l’indépendance pour l’esprit, la gloire à Dieu, la liberté pour la Patrie” ou par “Donne à notre âme la sainteté, à Dieu la gloire, à la Patrie la liberté”.

La cloche a migré au XIXe siècle lors de l’abandon et la démolition de l’ancienne église paroissiale de Sidiailles vers un nouvel édifice néo-gothique dans le clocher duquel elle a été replacée pour assurer sa prime fonction, mais il subsiste un doute sérieux sur sa réelle origine. En effet, Sidiailles se situe dans un secteur de faible activité économique et où la densité de population est une des plus faibles de la région, et ceci depuis la période féodale. On peine donc à imaginer cette belle cloche fondue à l’origine pour être pendue dans un lieu aussi modeste si bien que ses origines ont donné lieu à toutes sortes d’hypothèses.

La première piste, à laquelle bien peu ont prêté attention, est une origine strictement paroissiale. Comme nous venons de l’indiquer, il reste peu de cloches du XIIIe siècle en France, et on ne sait pas exactement à quoi ressemblait toutes celles qui au fil des siècles ont été fondues pour faire des pièces de monnaies, des canons ou des nouvelles cloches. Il n’est pas impossible que le modèle conservé à Sidiailles nous leurre par sa qualité et qu’il soit un objet courant pour l’époque, quelle que soit la richesse du terroir sur lequel le clocher était élevé.

La seconde piste est bien entendu celle d’une ancienne migration de la cloche, déposée dans des circonstances inconnues dans l’église de la paroisse de Sidiailles. Tout naturellement, et c’est l’hypothèse la plus souvent avancée, c’est vers l’abbaye cistercienne des Pierres, voisine de quelques kilomètres, que se tourne le regard. Les Pierres, pillée plusieurs fois à l’époque moderne, a été abandonnée à la Révolution et on peut penser qu’à cette occasion les cloches ont pu être déposées par des paroissiens fidèles aux principes de l’Ancien régime et soustraites aux réquisitions des révolutionnaires. Une autre cloche aurait été cachée à Préveranges, selon une tradition historique que je n’ai pas vérifié. A une date indéterminée, la cloche cistercienne aurait été ressortie de sa cachette et reposée dans le lieu de culte le plus proche, à savoir Sidiailles, ce qui semble assez cohérent. Le seul point discordant dans cette perspective est l’ornementation soignée de l’instrument - anses torsadées, légende, date - qui rime mal avec le dépouillement qu’on prête habituellement aux cisterciens. On objectera qu’une cloche est posée dans un lieu peu accessible et ne risque pas de troubler la méditation des moines, mais le doute est pourtant permis.

Un autre site candidat s’inscrit dans la même logique, et n’a jamais à ma connaissance été évoqué: il s’agit de la chapelle castrale sainte Valérie, dépendant de l’ancienne forteresse de la Roche-Guillebaud, dont l’existence est attestée au XIIIe siècle et aujourd’hui disparue. Une cloche aurait pu y être récupérée dans des circonstances identiques à celles des Pierres et le site est encore plus proche de Sidiailles que ne l’est l’abbaye cistercienne.

Dernière hypothèse qu’on ne doit pas totalement écarter: une origine complètement étrangère à la région. Aucun événement régional particulier, que ça soit autour de l’abbaye des Pierres ou des grandes maisons féodales - Déols, Culan, Roche-Guillebaud - ne se produit en 1239 et peut justifier la fonte de la cloche. La légende est trop évasive - une formule prise dans la légende de sainte Agathe - pour être mise en parallèle avec la société régionale qu’il n’est pas interdit de penser qu’un jour ou l’autre l’exploitation d’une chronique ou d’un registre paroissial moderne porte un éclairage inattendu sur un élément du patrimoine du Berry du sud qui demeure une énigme.


La renaissance de la cloche

Une très belle initiative de restauration a été entreprise en 2000. La cloche a été déposée, confiée à la société Bodet, BP1, 49340 Trementines (à qui j’ai emprunté la photographie illustrant cet article) qui l’a remise en état. Après un séjour de quelques semaines en Anjou, la cloche de Sidiailles a retrouvé sa place dans la le clocher de l’église, invisible, mais bien présente.


Sidiailles medieval bell

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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 09:00

Vous aurez sans doute remarqué sur de nombreuses églises des régions du Centre des stries plus ou moins profondes dans les pierres des murs extérieurs, souvent près de la porte du sanctuaire. Cette curieuse coutume indatable est souvent interprétée comme le souvenir du temps où les bouchers du village venaient effiler la lame de leurs couteaux et les paysans redonner un tranchant à leurs outils de travail. Si une telle explication pourrait être admise sur des édifices construits dans des grès fins, on comprend bien vite que sur des églises de granite à granulométrie irrégulière, ou de calcaire tendre, la thèse de l'origine utilitaire ne peut être avancée. De plus, on observe des grattages en cupules sur certaines pierres.

 

Plusieurs observateurs et connaisseurs des traditions populaires ont soumis l'hypothèse d'une pratique liée à la présence, parfois temporaire, de reliques dans les églises concernées. Des pèlerins, de passage dans les parages, auraient pu gratter quelques grains des murs des églises pour les ajouter à d'autres souvenirs pour se constituer un objet de culte, ou un talisman primitif rappelant les enseignes de pèlerinage parfois décrites dans des rapports de fouilles. Une autre thèse, tout aussi intéressante sans être contradictoire, évoque la constitution de petits talismans destinés à protéger les habitations, les récoltes, le cheptel, par des habitants du cru plaçant leurs biens sous la sauvegarde du Saint dont les reliques auraient pu être exposées dans l'église. L'eau bénite placée dans des petites urnes, ou même des haches polies néolithiques perçues comme des pierres de foudre auraient joué le même rôle protecteur.

Préparant ma conférence sur la médecine et les miracles en Berry, j'ai eu la surprise de mesurer combien nous étions mal renseignés sur ce phénomènes des reliques dans les églises rurales. Des auditeurs, souvent généalogistes, m'ont signalé certaines de leurs découvertes pour la période post-médiévale qui laissent supposer une abondance insoupçonnée de reliques si modestes que la littérature les ignore la plupart du temps mais qui ont occupé une place considérable dans le quotidien des anciens paroissiens des campagnes du Centre. Les marques d'usure sur le mur des églises pourrait être l'indice d'une activité spirituelle populaire plus que la trace de la friction des lames des outils des gens d'autrefois.


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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 10:52


Soye-l'église

l’observation détaillée des édifices religieux médiévaux nous livre de nombreuses traces d’une des préoccupations quotidiennes des gens d’autrefois: la mesure du temps. C’est ainsi qu’on note un peu partout les restes de cadrans solaires primitifs gravés sur des pierres du flanc Sud des lieux de culte où se déroulaient plusieurs messes quotidiennes. 

Plusieurs cas de figure se présentent. Sur certains édifices, on ne trouve qu’un cercle gravé, souvent tracé au compas, muni d’un orifice central dans lequel venait s’insérer une baguette quelconque faisant office de style. L’ensemble est assez soigné et montre que l’auteur du dessin disposait au moins d’un compas à pointe métallique, d’une équerre pour tracer les demi-cercles etd’ un outil muni d’un trépan pour forer la pierre. On peut supposer que ces gnomons datent de la conception du bâtiment qui les porte.

Un autre modèle beaucoup plus rudimentaire trahit l’improvisation et le manque de savoir-faire de celui qui a entrepris leur gravure. Il s’agit de cadrans tracés à main levée avec une pointe métallique ou une pierre dure, présentant des lignes rayonnantes à partir d’un orifice central en général placé à la jointure entre deux pierres. Ils témoignent de la volonté du graveur improvisé de diviser la lumière du soleil en trois ou douze séquences, mais avec un manque complet de précision. Plutôt que de classer ces marques dans la catégories des graffiti, parfois abondants sur les églises, il me semble plus juste de les interpréter comme des souvenirs de la débrouillardise d’anciens officiants privés d’instrument de mesure du temps pour régler le rythme des offices diurnes.

On voit que les deux modèles se concurrencent parfois sur une même chapelle. Peut-être doit-on invoquer l’absence initiale de gnomon, ou sa destruction pour des causes inconnues, compensée à l’initiative des usagers du lieu cultuel par un cadran de fortune vite gravé dans l’attente du passage d’un artisan tailleur de pierre capable de tracer quelque chose de plus soigné. 

On comprend que l’arrivée des première horloges dans les églises (un modèle très ancien est encore en fonction sur la façade de l’église de Drevant, dans le Cher) a dû être une petite révolution pour les clercs comme pour leurs paroissiens.

Soye-l'église

 
 Saint-Georges-de-Poisieux

Gnomon à trois repères, indiquant les trois angélus?

 
 Saint-Georges-de-Poisieux 
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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 10:18

Il me paraît intéressant de signaler l'existence d'un petit guide très utile pour découvrir le patrimoine cistercien en Berry. Publié il y a une dizaine d'années à l'occasion du colloque cistercien de Bourges au printemps 1998 par un quatuor de spécialistes du patrimoine régional, il permet au promeneur averti de programmer quelques passionnantes visites des sites cisterciens accessibles au public, et de disposer d'un panorama complet du phénomène cistercien dans les départements du Cher et de l'Indre.
Bien que située sur le territoire de l'actuel département de l'Allier, l'abbaye féminine de Bussière profite d'une petite notice.
Cette édition de référence d'une cinquantaine de pages doit être disponible dans les librairies spécialisées et à la boutique de l'abbaye de Noirlac.


 
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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 09:20



Que le lecteur veuille bien me pardonner ce titre quelque peu décalé pour initier le premier chapitre d’une série d’invitations à la découverte du patrimoine médiéval autour de la célèbre abbaye de Noirlac. 

Il me semble intéressant de pouvoir conseiller quelques monuments très proches du site cistercien aux visiteurs connaissant peu les ressources patrimoniales de ce secteur de la vallée du Cher. Quittant noirlac, il est possible en quelques minutes d’atteindre trois sites remarquables et à mon sens injustement méconnus des amateurs d’architecture médiévale tant religieuse que civile et militaire. Le premier détour proposé est situé à quelques kilomètres au nord de Noirlac, au prieuré d’Allichamps.

Je ne peux m’empêcher de penser à ce vieil habitant du village de Bruère qui m’expliqua un jour, assez laborieusement, comment un chef arabe du nom d’Ali avait campé dans un champ près de son village; la postérité en ayant gardé le souvenir en baptisant la place le “Champ d’Ali”, devenu Allichamps. Le brave homme aurait certainement été surpris si on lui avait annoncé devoir aller chercher aux Champs-Elysées l’origine du toponyme en question. Plusieurs actes du chartrier de Noirlac montrent sans ambiguïté que le nom “Elyseis Campis” était encore employé pour désigner le lieu aux XIIe et XIIIe siècles.

C’est bien sûr à l’Antiquité que remonte le nom du site, reconnu depuis longtemps comme un vaste périmètre funéraire en bordure de la voie antique qui franchissait certainement le Cher à cet endroit. Des stèles funéraires assez nombreuses (il en reste une scellée dans la façade du prieuré), des vestiges gallo-romains dans les champs alentours, une grande nécropole mérovingienne repérée lors du chantier de l’autoroute A71, des sépultures fouillées dans le sol même du prieuré, démontrent l’importance de la vocation tumulaire de l’endroit, sans qu’on puisse vraiment l’expliquer en absence de toute synthèse sur les découvertes archéologiques faites sur place.

C’est ce lieu que choisirent les moines de l’abbaye de Plaimpied pour y fonder un prieuré dont la qualité des bâtiments reflète soit la générosité des donateurs laïcs soit la prospérité de ce lieu de passage. De cette fondation subsiste une grande partie de la chapelle prieurale, devenue une simple grange après la Révolution, et aujourd’hui encore défigurée par d’affreux hangars agricoles mitoyens. Abstraction faite de ces nuisances visuelles, le visiteur trouve sur place un très beau bâtiment construit en pierre de taille et partiellement couvert de dallettes de calcaire. Si l’abside latérale droite a été éventrée pour laisser passer les charrettes de foin, le chevet est remarquable de par son équilibre et la présence de nombreux modillons. L’intérieur de la chapelle recèle des chapiteaux sculptés de grande qualité, ainsi qu’une crypte.

Il est possible que ce lieu ait perdu de son importance stratégique au moment de l’abandon du passage de la voie ancienne par le gué du Cher au profit d’un nouvel axe se dirigeant vers Saint-Amand, nouveau pôle économique à partir du XIe siècle, passant sous les murs de la cité médiévale de Bruère, sur laquelle nous nous attarderons dans un futur chapitre, et par Noirlac.

Le prieuré d’Allichamps est la propriété de la commune de Bruère-Allichamps. Il est classé Monument Historique. Depuis plusieurs années, des bénévoles ont réalisé une remarquable remise en valeur du site, qui mérite vraiment un détour.

 

 


 

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 16:40

le cloître de Noirlac vers 1900

Il n’est pas toujours simple, pour un historien indépendant, de faire valoir son point de vue sur certaines institutions médiévales, surtout quand sa vision du passé de monuments - dans tous les sens du terme - de sa région s’écarte des chemins tout tracés d’une histoire en apparence immuable et acceptée par un public très large. Il y a même parfois une certaine saveur d’hérésie à diriger ses recherches vers ce qui apparaître comme des anomalies dans l’histoire officielle, ou du moins largement admise, de lieux aussi emblématiques que peut l’être l’abbaye de Noirlac.
A l’origine de cette perspective, une longue enquête sur les rapports entre la féodalité berrichonne et les moines qui peuplaient les monastères régionaux. Le principe initial était de s’intéresser plus aux hommes qu’aux bâtiments qui les avaient accueillis, laissant cette tâche aux bons soins de mes confrères historiens de l’Art, afin de replacer chaque acteur dans son contexte culturel et social dans l’espoir de retrouver la place de chacun dans la genèse des mouvements monastiques berrichons.
Dans le cas de Noirlac, il semble que l’image communément répandue d’une communauté exemplaire dans la tradition cistercienne tienne plus aux somptueux travaux effectués dans les années soixante-dix par le Conseil Général du Cher pour rénover l’abbaye qu’au mode de vie de ses premiers occupants. Ainsi, la truelle du restaurateur semble être parvenue à superposer deux images, celle de l’idéal cistercien et celle d’un monastère censé avoir été représentatif de cet idéal. Le quotidien du Moyen-âge semble assez éloigné de ces aspirations, et le sens du travail du médiéviste est de chercher à s’approcher au plus près de l’homme médiéval, au risque de mécontenter certains de ses contemporains.
Quel rayonnement avait exactement Noirlac dans les premiers siècles qui ont suivi sa fondation? La réalité nous éloigne bien loin des idées reçues. Noirlac ne fonde aucune filiale, ne développe aucune grange éloignée à plus de quelques heures de marche de son cloître et aucun de ses abbés ne semble briller par sa personnalité. A titre d’exemple, l’abbé des Pierres, monastère cistercien presque oublié et disparu du paysage, était assez souvent cité comme témoin dans des affaires civiles et religieuses, pour authentifier de son autorité morale des chartes souscrites en sa présence. Seul Francon supérieur de Noirlac, apparaît fin XIIe dans les mêmes circonstances.
Que dire de cet abbé Elie qui en appelle en 1228 à son supérieur Guillaume de Cîteaux, parce que, fait inédit peut-être dans tout le monde cistercien, il s’est heurté à la résistance de l’abbesse de la petite abbaye de femmes de Bussière, soutenue par sa propre supérieure, l’abbesse de l’Eclache, en Auvergne, quand on sait que Noirlac avait imposé le paiement d’un cens annuel au couvent de Bussière et lui avait interdit de fonder des granges près des siennes, ce qu’aucun autre établissement n’avait cherché à imposer? L’affaire de Bussière semble mettre en lumière une présence jugée insupportable des frères de Noirlac auprès de leurs sœurs lors de leur visite annuelle de correction.
Tout aussi étonnant est ce meurtre en 1307 du curé de Saint-Germain-des-Bois, tué par des moines et des convers de Noirlac en présence de l’abbé de l’époque, qui laisse se dérouler les faits et qui assiste consentant à l’agression du sergent du bailli de Berry, que les moines essaient de désarçonner.
On le voit, ces faits avérés et clairement documentés laissent planer un doute sur l’authenticité de la ferveur spirituelle qui est censée avoir animé les premiers moines présents sur place et contribuent à faire de Noirlac une exception moins brillante que ce qu’on peut parfois imaginer qu’elle ait pu être. Jusqu’aux bâtiments qui peuvent, dans le contexte de l’époque, sembler déplacés. Noirlac est une abbaye aux revenus médiocres, comme le mettent très bien en lumière les travaux de mon ancien maître Françoise Michaud-Fréjaville pour la période XIVe-XVe siècles. L’étude du chartrier ancien de l’abbaye montre qu’au moment de la construction de l’édifice les revenus du monastère étaient beaucoup trop faibles pour assurer le paiement d’un pareil monument. Seuls les sacrifices financiers de la chevalerie locale, en particulier la famille de Charenton, peuvent expliquer la grandeur de l’édifice. Bien peu des inconditionnels de la spiritualité cistercienne qui viennent se ressourcer dans l’abbatiale et dans le cloître accordent d’intérêt à ce détail...
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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 08:34

L'église de Chalivoy-Milon offre aux yeux de ses visiteurs le plus important ensemble de fresques médiévales de la moitié sud du département du Cher. L'essentiel remontant à l'époque romane a été complété par quelques peintures de facture différentes réalisées à la fin du Moyen-äge. Ces fresques sont, grâce à leur bon état de conservation général, tout à fait lisibles, et on apprécie l'excellente initiative de la municipalité de Chalivoy qui a mis à la disposition du public un dispositif d'éclairage temporaire qui facilite leur découverte.

Sans surprise, la majorité des scènes peintes illustrent des passages des Ecritures, et nous laisserons aux amateurs d'art roman le soin d'en explorer tous les détails pour nous arrêter sur la figuration du massacre des Saints Innocents. Sans surprise, le maître-peintre qui a orné les murs et le plafond du chœur de l'édifice ignorait tout des  équipements militaires du début de l'ère chrétienne et, plutôt que de laisser son imagination guider son trait, semble avoir choisi de s'inspirer de son quotidien pour représenter deux hommes d'armes exécutant les ordres du roi Hérode. C'est ainsi que nous disposons d'un rare témoignage iconographique sur la tenue de guerre des chevaliers (qu'on peut supposer locaux, mais il ne devait pas y avoir beaucoup de différences d'une région à l'autre), jusqu'à la forme de leurs épées et de leurs casques et la présence de détails comme des jambières. Cette fresque est d'autant plus intéressante pour l'historien qu'elle permet un très rare croisement de sources: les Archives départementales du Cher conservent dans leurs Titres scellés une charte de 1171 rédigée à l'abbaye de Saint-Sulpice de Bourges portant le sceau du seigneur Ebe de Charenton, dont les domaines étaient voisins de Chalivoy-Milon. Ce sceau équestre très bien conservé représente Ebe en tenue de combat sur son cheval, et les détails perceptibles dans la cire  recoupent l'essentiel des silhouettes peintes sur le mur de Chalivoy.

L'église est en général toujours ouverte dans la journée mais il nous est impossible de garantir cette information. Bien évidemment, une visite un jour de grande luminosité extérieure permettra une meilleure lecture des fresques.

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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 09:40

Peu connu du grand public car isolé dans la campagne et sans balisage particulier, le prieuré roman de Soye, sur la commune de Saint-Georges-de-Poisieux est un monument à découvrir. D'un plan rectangulaire très simple, le bâtiment roman est  construit sur un léger tertre qu'on ne saurait affirmer naturel ou artificiel. Sa façade est sobre, plus dépouillée que celle du prieuré de Drevant, mais il conserve sur ses cotés latéraux deux lignes de modillons, alors que Drevant en est dépourvu. On remarque sur la façade la présence de chapiteaux en calcaire clair qui tranche sur la pierre de taille ocre de l'ensemble. L'intérieur conserve un chœur très simple encore occupé par un autel et divers anciens fonds baptismaux. 

L'originalité du lieu tient aussi à la présence de bâtiments attenants à la partie médiévale, héritiers de l'ancienne exploitation agricole complémentaire de l'activité religieuse. Outre quelques très beaux modillons, dont un curieux reptile joueur de harpe ou de rote, on remarque plusieurs restes de cadrans solaires, difficiles à dater.

Le prieuré de Soye donnait son nom au Moyen-âge à la Loubière, dite "Eau de Soye - aqua de Saia", petite rivière toute proche. Il était une dépendance de l'abbaye Notre-Dame de Puyferrand, proche du Châtelet-en-Berry, accueillant des chanoines de Saint-Augustin.

 



 

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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 22:27


Il m'a semblé intéressant de consacrer quelques lignes à un curieux réemploi d'une sculpture médiévale d'origine inconnue, visible dans une propriété privée du canton de Charenton-du-Cher, sur laquelle le lecteur voudra bien, par respect envers les propriétaires, comprendre ma discrétion.
Cette tête fut initialement trouvée lors de la démolition d'une ancienne grange, et quelqu'un eut l'idée de s'en servir pour briser la monotonie d'un mur. Son originalité tient à l'incrustation de deux petits éclats de pierre noire pour figurer les pupilles du personnage couronné que représente l'objet. D'une trentaine de centimètres de hauteur, cette statue de calcaire type "la Celle" semble de facture gothique et rappelle certains culs-de-lampe comme on peut en observer dans des chapelles de la fin du Moyen-âge. 
On signale dans un périmètre étendu plusieurs bâtiments religieux partiellement ou totalement démolis qui pourraient être à l'origine de la récupération de cette pièce. L'abbaye Notre-Dame-de-Charenton et l'église de Saint-Pierre-les-Etieux ont été sérieusement malmenées par le passé et une fondation templière, située entre Saint-Amand et le Pondy, aurait été complètement détruite. 
L'aide d'un collègue historien de l'Art serait la bienvenue pour affiner la datation de ce vestige. 

 
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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 19:11


L'abbaye bénédictine de Chezal-Benoît est un des monuments les plus méconnus du Berry. Sa fondation date de la fin du XIe siècle. Avant de devenir monastère à part entière, Chezal (son nom dérive de Casale Benedicti - la maison de (saint) Benoît) fut un prieuré de l'abbaye ligérienne de Fleury, qui lui interdit d'accueillir des sépultures laïques dans son cimetière, ce qui la priva de bénéfices importants. Curieusement éclipsé par Noirlac dans le cœur des berrichons, ce monastère eut un rayonnement considérable, alors que Noirlac stagnait dans une médiocrité bien éloignée de l'image qu'on se fait d'elle aujourd'hui. L'abbaye de Chezal-Benoît souffre d'une image négative du fait de la présence d'un hôpital psychiatrique fondé dans son périmètre immédiat, qui doit être traversé pour accéder à l'abbatiale XIIe. L'amateur de patrimoine médiéval y sera conquis par la pureté des lignes du bâtiment, et surtout par d'extraordinaires stalles ornées de miséricordes sculptées en chêne clair datant de la fin du Moyen-âge. Plusieurs thèmes sont communs avec les stalles de Levroux (36). Peuplées de figures animalières ou irrévérencieuses, les stalles de Chezal méritent un détour loin du phare cistercien de Noirlac ou des fastes gothiques de Bourges. A découvrir absolument.

Cet article est particulièrement dédié aux bénévoles qui entretiennent l'abbatiale et qui s'acharnent à faire vivre ce monument loin des routes touristiques. Leur engagement, dévoué et modeste, mérite respect et considération.
 

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J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.