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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 09:57

 

Teillet-nef

 

Vous le savez, l’état du patrimoine religieux médiéval est très variable d’un endroit à l’autre et, si on prend plaisir à visiter des monuments soigneusement restaurés et entretenus, on ne doit pas se désintéresser de ces petites chapelles de campagne maltraitées par le temps et en un si mauvais état que les municipalités qui les possèdent ne disposent pas des budgets nécessaires pour en assurer la rénovation. Elles ne peuvent rivaliser avec leurs voisines prestigieuses, on s’y attarde rarement, nous avons trouvé l’une d’elles au sud de Montluçon, dans le bourg de Teillet-Argenty, et c’est sur elle que nous allons nous pencher aujourd’hui.

Teillet-Argenty,  c’est avant tout les vestiges d’une grande motte castrale parfaitement visible au centre du village. Aplanie à son sommet et amputée d’une partie de sa masse, elle laisse entrevoir l’importance des terrassements initiaux qui soutenaient la tour de bois bâtie à son sommet.

 

Teillet

A quelques dizaines de mètres de cette défense se trouvent les ruines de l’église Saint-Blaise qui s’élèvent à l’emplacement probable de l’ancienne chapelle castrale des premiers chevaliers ayant occupé le site. 

Au premier contact, l’édifice apparaît en mauvais état. La façade, dont le tympan a disparu, ne présente aucun trait remarquable, mais ne paraît pas menacée. La nef, en revanche, est complètement éventrée par un effondrement de ses voûtes qui n’a épargné que l’entrée du sanctuaire, reconvertie en étable, et le chevet, provisoirement stabilisé par des étais. Une brève intrusion dans la partie encore en place du chevet laisse entrevoir des traces de polychromie sur les plafonds -une fresque y aurait été déposée puis vendue- et confirme la destination agricole des aménagements intérieurs postérieurs à la vente de l’église au titre des biens nationaux. Dans cette partie du sanctuaire demeurent quelques belles traces d’architecture, dont il existe sans doute des milliers identiques un peu partout en France, mais qui semblent dans un état de conservation satisfaisant, ce qui donne un espoir de voir un jour l’église de Teillet attirer quelques crédits pour sa conservation.

 

Teillet-fenêtres

Celle ci n’est pas à l’abandon. Un panneau explicatif renseigne les visiteurs qui remarquent sa présence en traversant le village. Je ne peux inciter les curieux du patrimoine régional à faire le déplacement exprès pour la découvrir, mais l’église de Teillet-Argenty mérite un arrêt sur cette route entre le Bourbonnais et la Creuse, non loin des grandes collégiales d’Evaux et de Chambon, dont elle peut parfaitement compléter la visite.

 

Teillet-linteau

 

 

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 09:35

-Saint-Jeanvrin-ouverture

 

 

Le bourg de Saint-Jeanvrin, dans le sud du département du Cher, semble chargé d’une atmosphère particulière qui me pousse à en recommander vivement la visite. Petit village situé au pied d’un relief ayant, il y a plus de 40.000 ans, vu se développer des ateliers de taille de silex néandertaliens, le site est jusqu’à ce jour préservé de l’anarchie pavillonnaire qui ruine l’esthétique générale d’un lieu et recèle deux vestiges médiévaux qui méritent absolument le détour. Les ruines de son château-fort, soulignées par la présence d’un étang, qui rappellent l’occupation féodale dans cette localité depuis au moins la fin du XIIe siècle, et une petite église romane d’une composition générale très équilibrée et qui conserve un surprenant patrimoine médiéval et moderne.

 

-Saint-Jeanvrin-château

L’église, construite avec un calcaire fin, est marquée par l’influence romane poitevine. Des extérieurs envahis de détails sculpturaux annoncent les monuments que l’on rencontre plus à l’ouest de notre région. L’intérieur est conforme à l’impression générale que dégage le premier contact avec le monument, avec des chapiteaux historiés et une belle cuve baptismale de facture d’apparence primitive. Jusque là, un beau sanctuaire, justifiant à lui seul un détour par Saint-Jeanvrin, village quelque peu à l’écart des circuits touristiques ordinaires.

 

-Saint-Jeanvrin-vitrail-1

Cet isolement relatif n’a pas découragé les artistes de la Renaissance de répondre à l’invitation des châtelains locaux, nés de cette noblesse qui manie désormais plus le mousquet que l’épée, à venir embellir, en le modifiant légèrement, ce sanctuaire. Les ouvertures romanes de l’abside sont retaillées pour laisser entrer plus de lumière, et sont garnies de vitraux d’une qualité surprenante pour un édifice d’aspect extérieur si modeste. Aux vitriers s’adjoignent les peintres, qui ornent les anciens murs de fresques exprimant des sujets héraldiques et bibliques. Outre la peinture des armes de la famille occupant la forteresse voisine peintes selon le goût du temps, une scène de crucifixion traitant une partie des acteurs, dont le Christ, avec des figures noires, attire particulièrement l’attention. L’art des peintres s’exprime aussi sur un beau retable, préservé dans une vitrine, mais difficile à photographier. 

 

-Saint-Jeanvrin-fresque

La sculpture, enfin, n’est pas en reste grâce à un enfeu d’une taille et d’une ornementation exceptionnelles qui accueillait un très probable gisant d’un des bienfaiteurs de l’église, aujourd’hui disparu, ce qui nous prive d’un ensemble capable de rivaliser avec certaines tombes visibles dans des contextes économiques et urbains beaucoup plus favorisés que ce petit terroir du Boischaut du Sud.

 

-Saint-Jeanvrin-enfeu

L’église de Saint-Jeanvrin, comme c’est le cas pour d’autres édifices cultuels régionaux, outre sa fonction paroissiale, servit de chapelle privée aux dépositaires locaux de l’autorité seigneuriale. La richesse des aménagements que les seigneurs du cru y firent réaliser, et leur excellent état de conservation, méritent vraiment le détour.

 

-Saint-Jeanvrin-vitrail-2


Je profite de ce passage par Saint-Jeanvrin pour pointer un détail curieux qui ravira les amateurs de phénomènes astronomiques, et qui prolonge d’une certaine manière l’article que j’avais consacré aux éclipses de soleil visibles du Berry dans les temps médiévaux. L’artiste qui a peint la crucifixion du mur de la nef a ajouté un détail très précis à sa composition: à droite  au dessus du Christ en croix se trouve une magnifique représentation d’une éclipse partielle fidèlement reproduite -l’ombre de la lune est correctement placée par rapport au diamètre du disque solaire- qui montre que l’artiste qui a réalisé cette scène avait certainement des souvenirs personnels, proches ou anciens, d’une éclipse, quand il est venu travailler dans l’église de Saint-Jeanvrin. Il s’agit là d’un des plus beaux soleils noirs -y a t-il un rapport avec la couleur de peau des personnages?- de l’Art régional.

-Saint-Jeanvrin-eclipse

 

 

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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 08:35

grattages

Saint-Plaisir (03)

 

 

Il y a plusieurs mois, nous évoquions dans ces pages une pratique dont les origines demeurent énigmatiques: sur de nombreux édifices religieux périphériques du massif de Tronçais s’observent des stigmates de grattages si étendus et profonds qu’ils ont changé l’aspect extérieur de plusieurs monuments.

Profitant des possibilités d’interactivité rendues disponibles par les fonctions de ce blog, je sollicite l’aide des lecteurs fidèles ou simplement de passage dans cet espace pour essayer de mieux connaître l’étendu du phénomène. 

 

grattages-façade

Saint-Plaisir (03)


Voici les faits.

Un certain nombre d’églises situées dans la zone de contact entre les départements du Cher et de l’Allier présentent, sur les pierres de leurs murs extérieurs (façades, nefs ou chevets), des traces de grattages parfois très profondes. On observe une densité de marques très élevée sur les églises de Lurcy-Lévis, Ainay-le-Château, Couleuvre, Saint-Plaisir et Dun-surAuron. Des grattages, quoique plus discrets que dans les sites précédents, sont signalés dans de nombreuses églises de la région. La façade de l’ancienne abbaye de Puyferrand, près du Châtelet-en-Berry, ou les murs de l’église de Châteaumeillant, portent des marques similaires à celles relevées sur les lieux de culte du Bourbonnais. Il n'en existe pas, à ma connaissance, sur des ruines de bâtiments civils ou d'anciennes forteresses. Leur présence sur des sculptures de la fin du Moyen-âge ou post-médiévales donne une indication sur leur ancienneté.

Ces grattages demeurent une énigme. Nous avons balayé la thèse d’une destination fonctionnelle, comme celle de lieux d’affutage de lames de couteaux ou d’outils agricoles. Certaines pierres grattées sont en calcaire, une pierre trop tendre pour l’aiguisage, d’autres sont trop granuleuses pour espérer un résultat probant, certaines empreintes sont coniques, excluant une fonction utilitaire.

 

grattages-lurcy

Lurcy-Levis (03)


On s’orienterait donc plus volontiers vers une explication spirituelle d’une pratique dont la signification exacte nous échappe. Des pèlerins pourraient -le conditionnel est de rigueur- avoir cherché à se constituer des sortes de reliquaires personnels, ou de talismans, en prélevant à l’extérieur des églises citées de la poussière de roche.

Existait-il dans ces sanctuaires des reliques dont nous ne connaissons ni la nature ni l’identité qui auraient pu conduire des fidèles à chercher à s’ approprier le bénéfice de leur pouvoir?

C’est la thèse qui me semble, dans l’état de ce que j’observe, la plus recevable, mais j’aimerais avoir vos avis, spécialistes ou simples curieux du passé, pour m’aider à cerner l’étendue de cette pratique. Si vous avez relevé sur des églises proches de votre terroir ou simplement visitées au hasard d’une promenade, pourquoi pas à l’étranger?, de telles marques, je serais ravi de réunir vos expériences pour tenter de cerner un de ces micro-phénomènes qui interpellent l’attention de ces observateurs du passé que nous sommes tous.

 

grattages-lurcy-2

Lurcy-Levis (03)


En bas de cet article, la fonction “commentaires” vous permettra de faire profiter tous les autres lecteurs de vos témoignages.

 

 

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 16:41

 

Reugny1

 

Les automobiliste qui empruntent l’axe Saint-Amand-Montrond/Montluçon ne peuvent pas ne pas remarquer le curieux ensemble prieural de Reugny, à une quinzaine de kilomètres au nord de Montluçon, juste au bord de la route. Facile d’accès, bien entretenu, les vestiges du prieuré de Reugny méritent l’attention des amateurs de patrimoine médiéval. 

On remarque tout d’abord sur place l’ancienne chapelle du prieuré, de forme trapue, peu ornementée, d’un modèle similaire à l’église d’Audes ou à l’ancienne abbatiale cistercienne de Bussière. Éventrée au Nord pour laisser passer des charrettes au moment où les bâtiments abritaient une exploitation agricole, il ne demeure à l’intérieur comme seul matériel liturgique qu’un petit autel de pierre.

 

Reugny3

Plus insolite, et plus récent se dresse le logis fortifié du prieur, sorte de donjon miniature entouré par les restes d’un rempart renforcé par des tours équipées de meurtrières destinées à l’emploi d’armes à feu. Le tout semble dater de la fin du Moyen-âge. L’hôtel du prieur ne montre pas de traces de dispositif défensif particulier, mais l’aspect massif du bâtiment laisse peu de doutes sur sa vocation à la fois résidentielle et militaire. L’ensemble, curieusement, ressemble au donjon d’Huriel, plus ancien et surtout beaucoup plus grand, qui a certainement inspiré les choix architecturaux des moines de Reugny.

 

Reugny2

Un bâtiment à vocation agricole et une cave voûtée sont de facture plus moderne.

Le grand vide documentaire qui affecte toute la région jusqu’au retour des moines de Saint-Denis-en-France dans leur terre de la Chapelaude vers 1060 ne permet pas de reconstituer l’histoire ancienne du prieuré de Reugny. Celui ci est clairement cité par un acte du cartulaire de la Chapelaude, daté des années 1135, mais son prieur n’est jamais appelé comme témoin dans les actes refondateurs de la Chapelaude. Ceci n’est pas une preuve de l’absence de cet établissement dans le paysage religieux régional avant 1100, mais n’aide pas à préciser la date de sa fondation. 

Il est pourtant permis d’ébaucher quelques hypothèses sur les origines du prieuré de Reugny. Dépendant de l’abbaye bénédictine de Saint-Cyran, dans la Brenne, à près de 140 kilomètres de distance, Reugny n’est pas la seule possession de la vieille abbaye berrichonne. Vitray, Saint-Caprais, Givarlais et Chateloy, près d’Hérisson constituent avec Reugny un ensemble géographiquement homogène, relevant du temporel de Saint-Cyran. Cette abbaye, fondée à l’époque mérovingienne, peut avoir possédé des terres dans la vallée du Cher depuis une très haute époque, de la même manière que le fit l’abbaye de Saint-Denis. Il est possible, qu’à défaut d’une origine commune, les deux monastères bénédictins aient profité, à l’époque mérovingienne ou carolingienne, de la générosité d’un bienfaiteur commun qui se serait séparé au profit de moines de différentes origines d’un immense domaine, séparé en plusieurs lots, dans la périphérie de Montluçon.

Notons que, longtemps en ruine, les vestiges médiévaux de Reugny ont été mis hors d’eau il y a une vingtaine d’années et que, même s’ils mériteraient une restauration plus complète, leur état est stabilisé et permet leur visite en toute sécurité.

 

 

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 15:29

 

Pouzy2

 

Autant je suis bon public pour la profusion ornementale de certains monuments romans comme ces églises du Poitou ou de la Saintonge dont on se prend parfois à fouiller les façades à la jumelle en quête d’un subtil détail, autant l’extrême dépouillement de certaines chapelles de campagne invite aussi à prendre son temps pour en explorer tous les recoins.

C’est un peu le hasard qui m’a conduit à Pouzy-Mésangy, petite commune du bocage Bourbonnais, très à l’écart des grands axes de migration touristique, alors que je venais d’échouer dans mon projet d’aller photographier une plate-tombe chevaleresque du XVIe dans une église des environs, fermée à la visite.

Contre toute attente, la chapelle de Pouzy, elle, était ouverte, et m’a donné l’occasion de découvrir un ensemble de chapiteaux intérieurs d’une rare homogénéité, dont la palette graphique se concentre sur des thèmes presque exclusivement géométriques, à l’exception de ce chapiteau du chœur figurant trois personnages se tenant par la main, donné ici en illustration.

 

Pouzy-général

L’extérieur du sanctuaire, pour sa part, est vierge de toute sculpture, mais s’inscrit dans un ensemble monumental remarquable bien que très remanié. Ancienne chapelle castrale, l’église de Pouzy était primitivement située dans l’enceinte d’une grosse forteresse dont on remarque encore une partie des remparts et des anciens fossés, ce qui explique peut-être la sobriété de son décors.

Le visiteur qui choisirait de venir faire une escale près de ce curieux monument pensera à se munir d’une lampe de poche, l’édifice étant par sa nature même mal éclairé.

 

Pouzy1

 


 

 

 

 

 

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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 20:26
st-silvain-gisant
Petit chef-d’œuvre méconnu de la sculpture religieuse de la fin du Moyen-âge, le mausolée-reliquaire de saint-Silvain, visible dans l’église romane de la Celle-Bruère, est un ensemble majeur de la sculpture sacrée en Berry. Façonné dans un calcaire très fin ressemblant à la pierre de Charly, le mausolée est composé d’un gisant, d’une cuve funéraire monolithe ornée sur ses quatre faces de scènes évoquant la vie du saint. Il est réputé encore contenir une relique de saint Silvain, ou saint Sylvain, soustraite aux restes du saint conservés par les chanoines de Levroux, dans l’Indre vers le milieu du XVe siècle. Ce monument, primitivement sculpté pour être déposé sous les voûtes de la chapelle Saint-Sylvain de la Celle, fut transporté dans le transept nord de l’église de La Celle.
st-silvain-personnageContemplant la chapelle et le mausolée qu’elle contenait primitivement, on mesure l’importance que prit pour les habitants de la région la translation de la relique de saint-Sylvain, censée guérir d’affections cutanées très invalidantes, sans qu’on puisse vraiment expliquer pourquoi on choisit à l’époque de fonder une chapelle dans un lieu inhabité alors que plusieurs villages, dont Meillant, La Celle, et Bruère-Allichamps disposaient de sanctuaires assez vastes pour accueillir la dévotion des fidèles. La question de l’utilité de ce culte à cet endroit précis se pose aussi. Saint Sylvain étant un de ces saints thaumaturges à “spectre étroit”, il est possible que cette fondation soit l’indice de l’existence d’un foyer d’infection localisé et permanent qui aurait mérité le seul traitement adapté que l’époque ait eu à proposer, dans l’adoration d’une relique importée de Levroux. Ce pèlerinage autour des restes miraculeux du saint semble avoir eu un succès limité dans le temps. La chapelle fût délaissée et le mausolée rapproché du centre du village de La Celle. Ceci peut être le signe d’un affaiblissement du réservoir viral dans lequel le mal saint-Sylvain trouvait ses origines et que la diminution du nombre de cas infectieux ait conduit à la désertification du sanctuaire. Le reliquaire grandeur nature de saint-Sylvain mérite autant le détour que la somptueuse église qui l’abrite et me semble un complément indispensable, de même que le prieuré d’Allichamps, tout proche, à une visite du site cistercien de Noirlac.

st-silvain-procession 
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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 23:41

Urçay-général
Pour beaucoup de voyageurs passant de région Centre en Auvergne, elle est un peu la première sentinelle du Bourbonnais. Bâtie dans un grès qui affleure des escarpements dégagés par les eaux du Cher et en partie couverte de bardeaux taillés dans les troncs des arbres poussés au cœur des futaies du massif de Tronçais, l’église d’Urçay semble, dans sa simplicité, prédire le pays qui l’entoure. C’est aussi avec beaucoup de simplicité que ses amis vous accueillent pour la faire visiter, et vous parlent de leurs craintes de voir un jour ce monument être la proie de la ruine. Même si cet édifice est loin d’être le plus intéressant ou le plus beau des patrimoines régionaux, j’ai choisi d’apporter mon soutien à leur action en faisant connaître Urçay au plus grand nombre possible d’amateurs de vieilles pierres.

Curieuse petite ville que ce Urçay. Isolée de la grande route du Sud par le cours du Cher, adossée à l’immense vide humain que représentait la forêt de Tronçais depuis la fin de la présence romaine, cette minuscule cité qui garde la trace d’une ancienne enceinte défendue par des tours, n’avait pas beaucoup d’atouts pour fixer une population. Tout juste accessible par des voies secondaires, sa position sur les itinéraires des grands pèlerinages semble difficile à démontrer. 

Son église, pourtant, affiche des dimensions supérieures aux besoins de la population locale. Même si sa paroisse incluait le village de l’Etelon, à plusieurs kilomètres au nord du bourg, on peut se demander si les gens de ce hameau fréquentaient bien son sanctuaire, à cause de la distance entre les deux sites et surtout de la présence d’une chapelle à Changy, à quelques dizaines de minutes à pied de l’Etelon. 

Un détail a attiré mon attention lors de la visite qui m’a été proposée lors des dernières journées du Patrimoine. Il existait naguère un puits, aujourd’hui condamné, dans le presbytère accolé au sanctuaire, dédié à Saint-Martin. L’affirmation de la présence de murailles d’origine inconnues révélées par des travaux de voirie autour de l’église peut être un autre indice invitant à se rappeler que la région a connu à l’époque antique la présence de plusieurs sanctuaires des eaux, dont les plus célèbres sont Viljo, en forêt de Tronçais et bien sûr Drevant, en aval d’Urçay, auquel nous avons déjà accordé plusieurs articles sur ce blog.

Sachant que saint Martin fut l’un des évangélistes de la Gaule qui combattit le plus vigoureusement les cultes polythéistes et que de nombreuses fontaines portent son nom dans le secteur, il n’est pas impossible qu’à Urçay, comme à Drevant, se soit produit un glissement spirituel d’un sanctuaire antique vers un édifice chrétien, assurant la pérennité d’un pèlerinage aux origines largement antérieures à la christianisation du Berry. On remarque, sur les murs du portail, la présence de grattages profonds sur une pierre, comme si des individus avaient cherché à soustraire quelques parcelles à l’édifice, pratique courante dans la région qu’on interprète parfois comme le fait de pèlerins en quête de reliques.

urçay-portail 

Le visiteur saura oublier les épouvantables colmatages de lézardes au ciment gris et à la mousse expansée isolante qui balafrent le mur méridional de la nef pour s’arrêter devant un beau portail polylobé et un clocher clouté de bardeaux. L’intérieur surprend par la puissance des piliers, visiblement promis au soutien d’un gros clocher de pierre qui ne fut jamais érigé.

Merci aux amis de cette église qui m’ont donné envie de parler de ce lieu.
urçay-interieur 

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 14:56

croco

Peu habitué à travailler sur des sujets absents des sources documentaires et disparus sans laisser de traces tangibles de leur existence, j’aimerais pourtant évoquer ici une tradition cultuelle relevée à plusieurs reprises par des enquêtes faites par les chercheurs en traditions populaires et qui a été totalement effacée du patrimoine spirituel régional. Selon certaines mémoires orales, quelques églises en Berry et Bourbonnais auraient abrité, jusqu’à ce que l’usure les fasse jeter aux orties ou que certains nouveaux curés leur aient préféré quelque statue de plâtre multicolore, des momies de crocodiles, peut-être d’époque pharaonique. Ramenées par des pèlerins ou des croisés de retour de Terre sainte, ces dépouilles desséchées auraient été achetées par des voyageurs occidentaux, lors d’étapes à Damiette, port du delta du Nil, à des marchands égyptiens vendant une marchandise pillée dans des tombeaux antiques. Nos chevaliers, ignorants de la nature originelle des animaux qu’on leur proposait, les auraient pris pour de petits dragons et les auraient ramenés dans leur paroisse d’origine comme trophée de leur voyage, les vouant peut-être au culte de saints combattant le Mal tels saint Georges ou saint Michel. Si cette interprétation est véridique, il est certain que l’exotisme de leur aspect pouvait avoir de quoi marquer les imaginations rustiques et que ces momies ont pu jouer un rôle de reliques dans certains sanctuaires.

Même s’il est impossible de faire un recensement précis des croisés berrichons, les textes citent pour chaque grand mouvement de croisade de un à plusieurs participants nés dans la noblesse régionale, dont plusieurs sont revenus saufs et espérons le pour eux, sains, de leur voyage en Orient. Que certains de ces hommes aient songé à charger dans leurs bagages des souvenirs encombrants mais légers de leurs pérégrinations outre-mer n’aurait rien eu rien d’extravagant.

On ne peut s’empêcher de regretter la complète disparition de tous ces témoignages d’une foi certes assez éloignée de l’orthodoxie de la pensée vaticane, mais qui, analysés avec les moyens scientifiques dont nous disposons aujourd’hui, auraient représenté un trésor d’enseignements pour les historiens contemporains.


dragon-Levroux


Le crocodile illustrant cet article n’est pas berrichon, mais languedocien et a été photographié il y a plus d’un quart de siècle dans l’église de Saint-Bertrand-de Comminges, dans les Hautes-Pyrénées. 

Peut-être, comme ce fut le cas pour l’article dédié aux saints Vit et Greluchon, avez vous vous même recueilli des témoignages ou des traditions orales en relation avec ces “dragons” africains. Vos ajouts et remarques sont d’ores et déjà les bienvenus.

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 18:48

Levroux-voute
Voici encore un lieu incontournable du patrimoine religieux régional qui mérite une visite attentive, tant la richesse des œuvres qu’on peut y découvrir dépasse la plupart des autres monuments de la plaine et du bocage berrichon.

levroux-portail 

La collégiale Saint-Sylvain de Levroux fut bâtie au XIIIe siècle sur l’emplacement d’une église primitive. Si son aspect extérieur, vu de loin, est assez banal, la finesse de l’exécution que les bâtisseurs médiévaux ont déployée pour la réaliser surprend et fascine dès le premier contact et, irrésistiblement, rappelle sa grande voisine Saint-Étienne de Bourges. Comme dans la cathédrale berruyère, le portail est orné d’une représentation du Jugement dernier, malheureusement très dégradée lors des Guerres de religion. La silhouette des démons, la gueule animale de l’Enfer, les morts sortant du tombeau évoquent le tympan du portail central de la cathédrale de Bourges. La comparaison de s’arrête pas là. Dans la nef, on aperçoit un triforium en trompe-l’œil (les ouvertures de Levroux ne débouchent pas sur une galerie), comme il en existe un vrai dans la structure de la cathédrale Saint-Étienne.

levroux-tombeaux 
levroux-enfer 

L’abside, travaillée dans un calcaire blanc et lumineux, est superbe. La clé de voûte représente un Christ en majesté d’une facture rare dans la région.
Levroux-cle-de-voute 

Visiblement, les chanoines de Levroux, détenteurs de reliques réputées pour la guérison de certaines maladies de peau défigurantes, ont suivi les progrès du chantier de la cathédrale de la cité royale voisine et s’en sont inspirés avec des moyens considérablement plus limités, et ont rompu avec la tradition romane en offrant à la petite ville propriété de la seigneurie de Châteauroux un lieu de culte lumineux, selon les préceptes du temps, et qui n’avait en rien à rougir de la comparaison avec son grand voisin berruyer.

Une rapide recherche sur internet montre que cette collégiale est injustement méconnue des historien de l’Art et que sa scène de Jugement dernier est passée aux oubliettes de la culture savante.

Je recommande donc à mes lecteurs de réserver un après-midi de beau temps pour venir faire la découverte d’un monument rare et remarquable à tous points de vue. On soulignera que la municipalité de Levroux a mis à disposition des visiteurs un éclairage puissant à volonté, et que les parties les plus spectaculaires du monuments ne restent pas dans l’ombre, comme c’est si souvent le cas ailleurs.

Nous consacrerons ultérieurement un article aux stalles de la collégiale et à leurs miséricordes, présentant de nombreuses similitudes avec celles de l’abbaye de Chezal-Benoît, dans le Cher.

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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 09:12


 La petite chapelle gothique de Saint-Sylvain, sur la commune de la Celle-Bruère, dans le département du Cher est peut-être le monument régional sur lequel on m’a posé le plus de questions depuis deux décennies tant sa réputation auprès d’une certaine frange de la population qui raffole d’histoires de messes noires et de monstres nocturnes de diverses natures est solidement établie.

A l’origine, la chapelle de Saint-Sylvain est presque transparente dans la documentation médiévale. Bâtie à la fin du Moyen-âge pour abriter une relique de son saint éponyme, Saint-Sylvain devient un lieu de pèlerinage qui se déroule autour du prétendu tombeau de saint Sylvain. Ce joli tombeau-reliquaire malheureusement dégradé à la Révolution demeure visible sur place jusqu’à la fin du XIXe siècle, époque à laquelle la chapelle, menaçant ruine, interpelle l’historien Buhot de Kersers, qui appelle de ses vœux le sauvetage du monument. La décrépitude de l’endroit incite à déménager le tombeau pour le déposer dans l’église paroissiale de la Celle, où il peut être étudié aujourd’hui.

La restauration partielle de la chapelle, entreprise par son propriétaire, permet, il y a quelques années, de mettre le bâtiment hors d’eau et de ne pas lui faire subir le triste sort du prieuré de Souage, à quelques kilomètres de là.

L’histoire pourrait s’arrêter la simple évocation d’un petit patrimoine religieux pouvant intéresser les érudits et les curieux s’il n’y avait eu ces corps de ferme, délaissés comme tant d’autres, voisins de la chapelle, qui ont été confondus dans l’imaginaire de beaucoup de gens avec un village abandonné. Les rumeurs ont fait leur chemin et Saint-Sylvain est devenu pour nombre de fêtards un lieu où apparaîtraient pêle-mêle la “Dame blanche”, des revenants et autres entités ectoplasmiques. Tout ce salmigondis de superstitions a contribué à la détérioration du site par malveillance ou par ignorance, et les dégradations constatées sur place, de même nature que celles qu’on déplore à Bléron, ont motivé une interdiction d’accès au site, regrettable pour l’historien de l’Art, mais dont on ne peut blâmer le propriétaire. Les photos qui illustrent cet article sont des vieilles diapositives prises lorsque le site était encore accessible, et scannées pour l’occasion.

Il est très difficile d’évaluer depuis la fin du XVe siècle la fréquentation de ce lieu, complémentaire de l’église Saint-Sylvain de Levroux, connu des pèlerins pour procurer un soulagement contre le “feu de saint Sylvain”, sorte d’érysipéle contre lequel la médecine avait alors peu de remèdes à proposer. Depuis, Saint-Sylvain est victime de sa mauvaise réputation désolante pour des esprits cartésiens et c’est à nous tous, curieux du Patrimoine ou historiens confirmés, de contribuer, en combattant ce flot d’inepties, à la sauvegarde de ce petit monument.

 

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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
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- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Archives

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.