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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 09:12

danse-detail1

 

Si le thème des danses macabres est propre à la production artistique de la fin du Moyen-âge, il semble, sans être spécialiste de la question, que le peintre qui a réalisé la fresque sur laquelle nous nous arrêtons aujourd’hui était un homme du XVIe siècle, si on se rapporte aux costumes portés par les gens représentés sur le mur de la petite église de Condé, près de Lignières-en-Berry, dans le Cher. Nous dépassons donc légèrement les repères chronologiques habituels des contenus de ce blog, mais le fait m’a paru assez singulier pour mériter d’en signaler l’existence aux amateurs d’œuvres anciennes.
La danse macabre de Condé n’est pas en bon état. La dégradation des pigments résulte d’un mauvais entretien général du bâtiment qui a longtemps pris l’eau. Nous sommes donc plus proches de l’interprétation que de la lecture.

 

danse-Condé

Dans un grand cadre ocre sont représentés cinq silhouettes dont une curieuse représentation de la Mort frappant d’un long trait se finissant par deux barbelures un personnage qui semble féminin. Les trois autres figures ne sont pas assez précises pour être décrites. On remarque que deux portent des culottes bouffantes assez communes pour les hommes à la Renaissance et la dernière une aube ou un manteau. Quelle que soit la classe sociale exacte de chacun de ces individus, ils étaient l’image dans laquelle chaque membre de la société locale pouvait se reconnaître et méditer sur la fragilité de son existence.

 

danse-detail2

Il faudrait demander l’aide des historiens modernistes pour proposer une explication à la présence de cette fresque insolite dans ce sanctuaire rural. On associe en général les danses macabres aux difficultés de vie à la fin du Moyen-âge, période où les guerres, les désordres climatiques, les épidémies de peste et les troubles sociaux ont déstabilisé nos régions. La vallée de l’Arnon a peut-être été frappée par une vague épidémique qui a rempli les cimetières et inspiré un artiste local.
Icône incomplètement squelettique, la Mort est traitée avec une certaine naïveté.

 

Lire aussi sur Condé:

 

Un sanctuaire roman primitif: l’église de Condé (18)

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 19:14

Charly-clocher

Profitant des Journées du Patrimoine, je décidai au mois de septembre d’aller photographier un monument fermé la plupart du temps, l’église de Charly, au sud-est de Bourges. Plusieurs fois déjà, je m’étais arrêté voir ce monument, notant, outre sa taille impressionnante pour une église villageoise, des remaniements extérieurs et des réemplois de pierres de taille dans les maçonneries apparentes, prouvant une étape de reconstruction affectant principalement la nef. Le transept et le clocher, remarquable par sa structure entièrement réalisée en pierre et assez semblable à certains monuments saintongeais, semblaient intacts.

Charly-dalle

J’avoue avoir été assez surpris de voir annoncer dans le programme des Journées du Patrimoine la présence de fresques romanes à l’intérieur du sanctuaire, n’ayant jamais entendu parler de Charly comme étant réputé pour ses peintures murales.
Comme promis, l’église était ouverte et l’accueil du public assuré par une dame qui m’expliqua comment l’église avait été partiellement reconstruite au XIXe siècle par un curé soutenu financièrement par la fortune d’un noble local. Cette personne m’invita à venir découvrir les fresques, que le prêtre avait décidé de retoucher et de recolorier pour les rendre plus lisibles. Je m’attendais alors au pire et, hélas, je ne fus pas déçu.
Toutes les fresques romanes, dont un calendrier complet, ont disparu sous le pinceau rénovateur du curé. Les silhouettes, divines, humaines ou animales ont été redessinées et repeintes au point que cet ensemble, qui devait être au moins aussi important que celui de l’église de Chalivoy-Milon, située dans la même région, a perdu tout intérêt pour l’historien et se regarde désormais comme une une collection d’images pieuses aux couleurs criardes.
Il demeure que l’église de Charly contient quelques éléments patrimoniaux remarquables. On y observe une rare dalle de sarcophage roman avec un décor en tuiles dont je ne connais pas d’autre exemple dans la région. Plus récentes, des stalles aux miséricordes sculptées révèlent une belle maîtrise du travail du bois par les artistes locaux à la période moderne. Une figure lupine d’un modèle rare attire particulièrement l’attention. Même dénaturées, les fresques peuvent peut-être être utiles aux historien de l’Art.

Charly-loup

Hormis ces aménagements récents qui lui ont fait perdre une partie de son authenticité, l’église de Charly reste une étape intéressante dans la découverte du patrimoine roman en Berry.

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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 13:45

Condé-crypte2

Il y a longtemps que j’attendais l’opportunité de pouvoir visiter dans de bonnes conditions d’éclairage l’église de Condé, près de Lignières-en-Berry, dans le Cher. Lors d’un précédent passage, l’hiver dernier, je n’avais pu ramener que des photographies prises dans cette lumière si particulière que les ciels de neige confèrent à certains bâtiments anciens. Bien qu’absente du programme officiel des Journées du Patrimoine, Condé était grande ouverte et accueillante ce troisième week-end de septembre. J’en ai profité pour aller collecter quelques images supplémentaires sur ce lieu exceptionnel.

 

Condé-général

Exceptionnel, Condé l’est assurément. Ce petit lieu-dit de la vallée de l’Arnon abrite un des plus anciens sanctuaires romans du Berry. Son isolement actuel est assez remarquable, seules quelques maisons et fermes isolées formant son environnement humain immédiat.
Aucune charte ne mentionne la construction de cette église, mais la sobriété de son plan et de sa statuaire rend pertinentes les propositions du XIe siècle comme période des travaux qui ont permis à ce lieu hors-normes de s’élever. Condé est bâtie sur une base rectangulaire toute simple et ses architectes, en plus de la doter de hauts murs soutenant une voûte de bois, l’ont organisés en deux niveaux, l’un de plain-pied, réservé aux fidèles et aux inhumations, l’autre beaucoup plus élevé servant de support à la partie cultuelle et de dalle de couverture à une grande crypte, une des plus vastes du département du Cher.

 

Condé-nef

Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur Condé. Cette église est très connue dans le monde de l’ésotérisme grâce à des études passionnées. Ce domaine de réflexion n’étant pas ma spécialité, je m’abstiendrai de tout jugement préconçu sur leur pertinence, bien qu’ appréciant personnellement beaucoup leur principal auteur, un homme d’une grande honnêteté intellectuelle et, ce qui ne gâche rien, passionnant à écouter et à connaître. Je me contenterai pour ma part de comparer Condé à ces édifices que Duby identifiait comme bâtis à la lisière entre deux mondes, celui d’une société rurale encore fortement marqué epar le paganisme antique et celui d’un clergé qui cherche à s’imposer sans réveiller des traditions cultuelles ancrées dans une tradition que le christianisme n’avait vraiment réussi à éradiquer que dans les zones urbaines.

 

Condé-chapiteau
Condé, comme je le notais plus haut, est d’une sobriété qui la démarque de la plupart des églises du voisinage, souvent fort belles, comme celles de Montlouis ou d’Ineuil. On “sent” à Condé que ses architectes n’ont volontairement pas cherché le raffinement. Peu de sculptures sur le portail, presque rien à l’intérieur. La crypte, élément essentiel de l’ensemble, ne comporte qu’un visage féminin sculpté sur un des piliers de la voûte. Rien qui puisse, en somme, réveiller l’idôlatrie des campagnards, comme le suggère Georges Duby. Pourtant, la frontière avec le paganisme n’a peut-être pas été aussi hermétique que les anciens bâtisseurs l’auraient voulu. Condé est resté, jusqu’au milieu du XXe siècle, un lieu très réputé auprès des petits vignerons de la région, qui venaient, lors de fêtes des vendanges, faire rouler les plus petits de leurs tonneaux dans la crypte devant la statue de saint Denis, dans le but de les protéger contre les maladies du vin. Y-a-t’il un lien entre ce saint-Denis protecteur des vignerons et un ancien culte de Dyonisos dont l’écho se serait perpétué jusqu’à la période contemporaine? Je me contenterai d’observer que ce secteur la vallée de l’Arnon est très riche en vestiges archéologiques gallo-romains, loin d’être tous répertoriés et identifiés par les services d’archéologie départementale ou régionale.

 

Condé-visage

Il reste encore beaucoup de choses à écrire sur Condé. Le sanctuaire possède une des plus anciennes cloches de la région, des fresques, dont nous reparlerons prochainement et diverses curiosités qui rendent incontournable la visite de ce lieu, entretenu et animé par une association dont le président est un homme charmant et vraiment accueillant ce qui, au risque de me répéter, est loin d’être le cas partout.

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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 10:36

vereaux-détail1

Voici un ensemble statuaire tout à fait exceptionnel qui n’a pas d’équivalent, à ma connaissance dans tout le sud du Berry.
Sur la façade de la petite église romane de Vereaux, village rural du sud-est du département du Cher peuvent être observées deux statues-colonnes encadrant l’entrée principale du sanctuaire. Ces statues féminines sont travaillées avec soin et, même si les agents atmosphériques ont dégradé partiellement le travail des tailleurs de pierre du XIIe siècle, les sujets demeurent parfaitement lisibles.

vereaux-détail2

Ce mode de représentation, sans être unique, est très rare dans la région. Seule la cathédrale de Bourges, sur son portail sud, possède des statues-colonnes contemporaines de celles de Vereaux dont les personnages sont habillés des mêmes drapés caractéristique de l’époque romane. D’autres détails de la façade de la petite église, en particulier des médaillons disposés dans l’arc supérieur de la porte, rappellent la facture de certaines sculptures de la cathédrale berruyère.

vereaux-statue1

L’atelier qui a travaillé sur le site cathédral a t-il pu réaliser en plus de sa tâche principale des commandes ponctuelles, ou détacher temporairement un de ses sculpteurs pour prêter main forte à des équipes de tailleurs de pierre exerçant dans des zones rurales éloignées? On remarque que les statues-colonnes de Vereaux et les sculptures complémentaires sont de petite taille et que leur déplacement sur une distance de quelques dizaines de kilomètres ne présentait aucune difficulté technique pouvant infirmer une telle hypothèse. Économiquement, le Val d’Aubois dans lequel se trouve situé le village de Vereaux était une zone assez active. Le roi de France et le prieuré clunisien de la Charité-sur-Loire se partageaient la ville de Sancoins, toute proche. Trois grandes mouvances féodales étaient influentes à l’époque dans ce périmètre: les seigneuries de Charenton et de Montfaucon ainsi que le comté de Nevers. Cet environnement dynamique explique peut-être l’existence de ces deux curiosités lapidaires.

vereaux-statue2

 

 

vereaux-medaillon

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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 13:32

St-Marcel1

Cet article s’adresse aujourd’hui tout particulièrement aux nombreux amateurs de cet Art que beaucoup qualifient de celtique, et qui évoque pour le médiéviste les figures gravées sur les high-crosses qui se dressent encore dans certaines petites villes irlandaises, ou qu’on découvre à l’occasion d’expositions sur les manuscrits originaires de l’espace européen insulaire.

St-Marcel-portail

Il existe en effet en Berry une curieuse série de sculptures ornant le portail de l’église romane de Saint-Marcel, à deux pas du célèbre site d’Argentomagus, dans l’Indre, dont le trait rappelle irrésistiblement la plastique gaélique du haut Moyen-âge.
Taillées avec un faible relief sur un calcaire clair qui rend leur photographie sans matériel professionnel délicate, ces animaux fantastiques sont à ma connaissance uniques dans les régions du Centre. Dans quelques églises, il arrive qu’on découvre des entrelacs comparables à ce que la riche iconographie irlandaise à pu produire, mais l’épithète celtique à leur égard doit être employé avec la plus extrême prudence, leur conception pouvant être le fruit d’expériences géométriques des tailleurs de pierre.

  St-Marcel2

A Saint-Marcel, la ressemblance est beaucoup plus prononcées. Comme dans le bestiaire irlandais, les animaux sont traités tout en souplesse avec des formes entrelacées, se mordant parfois mutuellement. On est loin de la complexité des dessins des manuscrits d’Irlande ou des églises scandinaves en bois, mais Saint-Marcel s’affirme à part de l’ensemble de l’inspiration des artistes romans berrichons.
Comment expliquer qu’un sculpteur du sud de l’Indre se soit visiblement inspiré d’une culture aussi éloignée de son espace de travail?

St-Marcel3

On le sait par de multiples analyses publiées par les historiens de l’Art, des objets ont circulé sur de grandes distances au Moyen-âge. Certains (reliquaires, bijoux, objets liturgiques...) sont parvenus jusqu’à nous car façonnés dans des matériaux résistant au temps. D’autres supports plus fragiles sont partis en poussière. Il n’est pas du tout impossible que le sculpteur d’Argenton ait vu un manuscrit, ou des croquis copiés à partir de celui ci, importé des îles de l’Ouest et aujourd’hui perdu, qui lui aient donné l’idée de travailler à la manière des anciens Irlandais.

St-Marcel4

On sait d’autre part que les hommes voyageaient aussi sur de longues distances et pas uniquement vers les lieux de pèlerinage ou de croisade de l’espace ibérique et méditerranéen. Nous avions envisagé dans un précédent article qu’un chevalier de la région bourbonnaise ait pu s’embarquer pour la Grande-Bretagne pour suivre le chemin du pèlerinage de Whalshingam. Cette route du Nord-Ouest est moins connue que celles qui menaient à Saint-Jacques ou à Jérusalem. C’est peut-être le long de celle-ci que l’idée de sculpter le bestiaire fantastique de Saint-Marcel est née dans l’esprit d’un voyageur.

St-Marcel5


Cet article a été rédigé avec une pensée sincère pour mon ancien ami Alain D., que j’ai perdu de vue depuis de longues années,et qui m’avait fait découvrir le portail de Saint-Marcel au cours de l’été 1981. Les hasards des chemins d’internet le conduiront peut-être un jour sur cette page.

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 08:31

St-désiré

Située tout près d’un axe routier très fréquenté, l’église romane de Saint-Désiré, dans le nord-ouest du département de l’Allier, est une pièce incontournable du patrimoine régional. Sa visite peut est couplée avec celles du château de Culan ou de la cité médiévale de Montluçon.
Il y a environ un an, nous avions déjà approché ce monument en explorant les reliefs de la volumineuse motte castrale qui domine une partie du village. Construite aux abords immédiats de l’ancien donjon féodal, cette église occupe l’emplacement probable de la première chapelle castrale des seigneurs de Saint-Désiré, avant d’être considérablement agrandie. Certains font un rapprochement entre ce sanctuaire et l’ancien prieuré du lieu, dépendant de Saint-Michel de la Cluse, en Piémont, analyse que je juge peu pertinente si l’on compare le cas de Saint-Désiré avec celui de la plupart des villages médiévaux régionaux, où les prieurés sont clairement indépendants des églises paroissiales.
On est au premier abord surpris par la couleur très chaude des murs de l’édifice. Bâtie dans un grès riche en oxyde de fer, l’église offre une palette de nuances allant du jaune au mauve qui mérite un bon ensoleillement pour révéler toute sa finesse. On observe une partie plus claire sur le chevet, comme si les architectes avaient choisi d’illuminer cet endroit précis.
Entre autres originalités, Saint-Désiré se distingue par sa crypte, semi enterrée, qui est éclairée à la fois par des fenêtres donnant sur l’extérieur et par une ouverture protégée par une grille de fer ouvrant sur le chœur. Une lampe électrique permettra de découvrir quelques chapiteaux qui peuvent retenir l’attention.

St-Désiré-crypte
Il est à signaler que contrairement à beaucoup d’édifices religieux de campagne, l’église est toujours ouverte. La municipalité a même soin d’y entretenir une minuterie qui permet la découverte de la crypte en toute sécurité., ce qui n’est pas le cas partout.
L’église de Saint-Désiré est un monument dont je conseille vivement la visite. A quelques kilomètres au nord, l’amateur de fresques romanes pourra se rendre dans l’église de Vesdun, où des grands fragments des peintures murales d’origine ont été restaurés. Plus vers le sud, la forteresse de la Roche-Guillebaud ne sont qu’à quelques kilomètres des voûtes romanes de Saint-Désiré.

St-Désiré-modillonmodillon (probable copie d'un original dégradé par le temps)

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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 09:46

diable-Bourbon

C’est dans un monument déjà exploré en quête du célèbre chapiteau des musiciens que nous retournons pour y découvrir une des plus anciennes représentations du diable visibles dans les pays du Centre.
L’église Saint-Georges de Bourbon-l’Archambault, dans le département de l’Allier, attire l’attention par une série de chapiteaux historiés polychromes placés sur des colonnes suffisamment courtes pour permettre d’en voir les détails. Le diable est visible dans la nef, encadré par ce qui peut ressembler à des cavaliers de l’Apocalypse soufflant dans des trompes. Traité de manière naïve, l’entité diabolique n’a rien d’effrayant. L’aspect presque timide de la sculpture s’explique peut-être par la dureté de la roche employée par les tailleurs de pierre médiévaux. On ne peut exclure non plus qu’à l’époque où fut bâtie l’église, les populations fréquentant le chantier n’aient eu qu’une perception confuse du concept que le tailleur de pierre cherchait à inscrire dans le granit. Le diable de Bourbon est peut-être le reflet de la difficulté des gens peu ou pas instruits de cette période à se représenter clairement les enseignements de l’Eglise.

diable-Bourbon-détail
A titre strictement documentaire, je livre ici un échantillon des nombreuses scènes impliquant des démons qu’on peut contempler sur les vitraux de la cathédrale de Bourges, bâtie plus d’un siècle après l’église de Bourbon, dans un environnement intellectuel et économique sans aucune mesure avec la situation de la petite bourgade bourbonnaise.

diables-Bourges
L’inspiration des peintres sur verre et des artistes qui réalisent les statues de la façade du monument puise dans un registre plus élaboré. Diables et créatures infernales deviennent menaçants, leurs silhouettes se chargent de monstruosités et difformités qui témoignent avec finesse que la peur qu’inspire l’Enfer a changé de dimension en l’espace d’un siècle.

diable-Bourges-1

 

diables-Bourges2

 

diable-Bourges3

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25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 08:51

bénitier-Bourges

Il y a quelques semaines, j’évoquais ici l’existence dans certaines églises du Cher de bénitiers médiévaux en fonte de fer. Plusieurs lecteurs ayant manifesté un certain intérêt pour ce mobilier ecclésiastique spécifique, et constatant les difficultés qu’on rencontre sur le terrain lorsque l’on cherche à pénétrer dans la plupart des églises situées en zone rurale, il m’a paru utile de vous signaler la présence d’un de ces objets dans un lieu totalement ouvert au public.
La cathédrale Saint-Étienne de Bourges possède l’une de ces pièces rares. Disposé à l’entrée ouest gauche de la cathédrale, près du bureau d’accueil des visiteurs, ce bénitier, placé dans un angle mal éclairé, attire peu l’attention. Sa cuve est renforcée par une cuvette de zinc, qui en facilite l’entretien, mais qui lui donne un aspect moderne peu attirant pour l’amateur de vieilles pierres.
Je n’ai pas trouvé de bibliographie particulière lui étant consacré, aussi ne me permettrai-je pas de proposer une datation, mais la technique de fonte employée pour sa réalisation rappelle celle du bénitier de Lugny. Celui de Bourges n’est pas dédicacé, mais le donateur a fait figurer son blason, sur lequel une fleur de lys est bien visible, et qui doit être lisible par un spécialiste en héraldique.

bénitier-bourges-détail
Cet objet occupe donc une position idéale pour permettre à tous de découvrir cette curiosité que sont ces produits des fonderies médiévales, une lampe de poche étant plus que vivement recommandée pour en apprécier toute l’originalité.

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 09:24

Lugny-benitier

 

Chers lectrices et lecteurs, de tous les horizons que vous soyez, ce blog est écrit pour vous. Comme certains m’en ont fait le reproche, je ne suis pas de plan éditorial bien précis. Le sujet que j’explore est si immense qu’il n’y a pas de semaine où une nouvelle opportunité de rédiger un billet ne se présente. C’est précisément ce qui s’est produit hier. Étant présent à Bourges pour des tâches administratives annoncées de longue date, j’ai profité du soleil pour aller m’informer sur le cas d’un des plus anciens bénitiers en fonte de fer du Berry. Daté par les spécialistes de la fin du XVe siècle, son existence avait provoqué mon intérêt et je décidai de franchir les quelques kilomètres qui me séparaient de l’objet pour tenter de le photographier.
Plusieurs possibilités se présentent en de pareilles circonstances. En général, les églises sont closes, et on repart bredouille. Parfois, l’église est ouverte, et on a un libre accès à ce qu’on souhaite observer. Rarement, le sanctuaire est fermé, mais un paroissien bénévole, ou une association de pays, a laissé ses coordonnées pour permettre les visites.
Je découvrais cet après-midi là une quatrième solution, inouïe au sens littéral du terme: la porte claquée au nez. Me voici arrivé devant l’église de Lugny-Champagne, à une trentaine de kilomètres à l’est de Bourges. Je me heurte à une porte fermée, mais une  gentille dame, de ces paroissiennes qui entretiennent fidèlement les lieux de culte ruraux, m’affirme disposer sur elle de la clé, mais m’annonce devoir demander au maire du lieu, présent par hasard à quelques mètres de là, l’autorisation de me laisser pénétrer dans l’édifice.
La fatigue et la chaleur aidant, je confesse ne pas avoir perçu le signal d’alerte lancé par la dame.
Je me suis fait recevoir comme on devait accueillir naguère les lépreux de passage: m. le maire, dont je n’ai pas perdu mon temps à retenir le nom, m’a proprement envoyé au diable. Traité comme un malpropre, j’ai appris que pour pénétrer  dans l’église de Lugny, il fallait  formuler une requête écrite à la mairie, qu’on avait jamais vu ça etc etc....
Monsieur le maire, même si j’imagine que vous ne lirez jamais ces lignes, sachez au moins qu’il n’est pas dans ma nature de me courber devant des gens comme vous pour pénétrer dans un lieu public, et, avant de traiter les historiens comme des chiens, pensez à vérifier la solidité de leur muselière. Vous avez considéré mes arguments avec mépris, j’ai de même fait litière de votre refus de me laisser accéder à une pièce rare de notre petit patrimoine.
J’ai quitté les lieux, fait juste en voiture le tour du pâté de maison et suis revenu. Comme c’était prévisible, la porte de l’église était...

Lugny-porte

ouverte, la petite dame s’occupant à l’intérieur. Devant un de vos administrés hilare, j’ai pris quelques photos du bénitier, sans dépasser le seuil de l’église, pour ne pas mettre la personne en difficulté.
En revenant dans mon Boischaut natal, je pensais à tous ces élus locaux qui m’ont accueilli à bras ouverts depuis presque un quart de siècle de recherches au service de la région, à ceux qui suivent mes conférences et qui adhèrent à ce blog. J’ai même revu poindre l’inimitable silhouette de Jean, Marie Dumontet, regretté maire de Vesdun qui récompensait tous les gens qui avaient aidé à la promotion culturelle de sa commune par le titre envié de “chevalier de saint-Guerlet”. Tout est une question d’élégance.
Pour revenir au sujet principal, voici les photos d’un objet dont je n’ai eu le loisir de mesurer ni la hauteur, ni le diamètre, qui semble être un des plus anciens bénitiers berrichons coulé en fonte de fer à la fin du XVe siècle. Son diamètre extérieur porte deux décors en bandeau portant une légende, peut-être une dédicace. Un autre modèle contemporain existe à la Chapelle-Hugon, vers Sancoins, et fera, je l’espère, le sujet d’un billet à venir. D’autres bénitiers de fonte plus récents peuvent être observés dans différents villages du département du Cher, comme c’est le cas, par exemple, à Saint-Baudel, entre Mareuil et Châteauneuf-sur-Cher.
Ces produits de forge rappellent que le Berry fut, depuis l’époque des Bituriges, un haut lieu de production sidérurgique en France et que des mines et carrières de fer ont été exploitées dans toute la partie sédimentaire de son territoire. Dommage qu’il faille parfois affronter des situations ubuesques pour les admirer!

 

Lugny-benitier1-

 

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 19:32

Lurcy-anes1

Les visiteurs fidèles de ce blog voudront bien excuser le relâchement dont fait preuve son auteur depuis quelques temps. Tiraillé entre les tâches administratives dévolues aux enseignants en cette période d’examens et de conseils de classe, et l’appel irrésistible de l’humus de mon potager, je manque du temps nécessaire pour aller sur le terrain recherche de nouveaux thèmes d’articles sur le patrimoine historique du Berry.
C’est pour ces raisons que je me contenterai aujourd’hui d’un simple survol du curieux bestiaire sculpté sur les chapiteaux intérieurs d’une jolie église bourbonnaise au centre de la petite ville de Lurçy-Lévis, dans le département de l’Allier.
Ce sanctuaire contient, curieusement, des représentations d’animaux assez rarement représentés dans l’art roman régional mais qui appartenaient à la faune locale à l’époque de l’édification de l’église. 
Commençons par un des hôtes les plus emblématiques des grands massifs forestiers qui bordent le canton de Lurçy, le cerf. Très facile à identifier, il est une des très rares représentation de cet animal observable dans les régions du Centre.

Lurcy-cerf


L’animal suivant a aujourd’hui disparu, éradiqué par la chasse, de nos campagnes, mais était un des concurrents de l’homme lorsque l’église a été bâtie. Cette silhouette de loup est aussi une des rares évocations locales d’un prédateur dont les derniers représentants ont succombé aux tirs des chasseurs vers 1914.

Lurcy-loup


Moins certaine est l’identification d’un aigle, qui a lui aussi disparu de nos contrées, mais qui daigne encore apparaître quelquefois au dessus de nos cours d’eau en période de migration printanière.

Lurcy-aigle


Le dernier animal remarquable figuré par les bâtisseurs de l’église de Lurçy est l’âne, vieux compagnon des populations régionales, traité sous la curieuse forme de deux individus embrassés. Sur le même chapiteau, deux sujets sont affrontés. Hormis les représentations d’animaux musiciens assez courantes dans l’expression artistique médiévale, l’âne est souvent associé au Christ. Les sculptures de Lurçy-Lévis figurant cet animal dans des attitudes échappant à ces standards se distinguent particulièrement.

Lurcy-anes2


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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
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Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
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Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.