Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 10:38

Vernais-prieuré

 

Très mal référencée -au grand désespoir des bénévoles qui s’occupent de sa sauvegarde - par le programme officiel des Journées du Patrimoine 2011, la chapelle romane du village de Vernais, dans la région de Charenton-du-Cher, mérite une attention toute particulière.
Située dans un cadre préservé sans affreuse construction normalisée pour miter la perspective sur l’ensemble villageois qu’elle occupe, cette petite église datée du XIIe siècle présente des particularités assez exceptionnelles.
Le visiteur se trouve face à une des prieurales les mieux conservées de la région. Si les prieurés étaient légion dans les campagnes -on en comptait presque un par village- beaucoup ont été complètement effacés du paysage monumental médiéval. Quoique incomplet, celui de Vernais a eu la chance de conserver en bon état plus de la moitié orientale de son ancien espace cultuel. Le calcaire, légèrement ocre, qui a été utilisé pour sa construction, provient des mêmes carrières qui ont été exploitées pour la construction de la celle grandmontaine de Fontguedon et du prieuré de Drevant. Possession de l’abbaye bénédictine Notre-Dame de Charenton, ce monastère témoigne de l’importance des domaines que le moniales possédaient dans cette partie du Boischaut depuis au moins 1147, date du plus ancien acte concernant Vernais conservé par les Archives départementales du Cher.

 

Vernais-fresques

 

L’autre particularité de ce monument est l’existence d’un ensemble de fresques assez surprenant, dont la pièce majeure est un couronnement de la Vierge occupant le plafond de l’abside. Un calendrier, dont l’exécution rappelle celui de Paulnay, dans l’Indre, est encore partiellement visible. Toutes ces peintures sont datées du XIIIe siècle.
Je partage la frustration des membres du groupe qui travaille à la conservation du prieuré, car il est évident que Vernais ne se montre pas sous son meilleur jour. Les peintures murales sont soit envahies de moisissures, soit dissimulées sous un badigeon de chaux. Le calendrier, dont on ne distingue bien que deux mois, pourrait bien être complet sous son enduit. Des réaménagements post-révolutionnaires qui défigurent l’extérieur ne demandent qu’à être réduits pour restaurer l’intégrité de la perspective.
Même si je suis parfaitement conscient que la majeure partie de mes billets sur ce blog n’a qu’une valeur incantatoire, il me semble qu’il n’y aurait rien d’absurde à engager un peu d’argent public, faute de mécène, pour la mise en valeur d’un monument qui s’inscrit à part entière dans un riche patrimoine roman apprécié des visiteurs.

 

Vernais-porte

 

Les habitants de Vernais parlent eux-mêmes de leur patrimoine à l’adresse suivante:


http://vernais.free.fr/

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 12:47

diable-Gargilesse

 

Le diable, inséparable de la réflexion religieuse médiévale, est assez peu représenté dans l’art régional. Presque inexistant à l’époque romane, on en rencontre de belles figures dans la sculpture et le vitrail gothiques, notamment à la cathédrale de Bourges ou sur la collégiale de Levroux, dans l’Indre.
C’est justement de l’Indre que viennent ces deux images, datables de la fin de la période médiévale, qui enrichissent la variété des formes imaginées par les artistes de naguère pour illustrer une des terreur des croyants.
L’église de Paulnay contient, hormis le splendide calendrier médiéval auquel nous avions il y a quelques mois consacré un article, une fresque du Jugement dernier en mauvais état de conservation, dont les photos sont inexploitables, à part ce gros plan de cette silhouette diabolique, velue et au faciès tourmenté, qui mérite toute l’attention du visiteur. La réflexion, incantatoire hélas, que le tableau mériterait une restauration, s’impose quand on voit le piètre état de l’ensemble.

 

diable-Paulnay

Beaucoup mieux conservée et valorisée est la fresque de la crypte de l’église de Gargilesse, qui montre saint Michel et son épée aux prises avec le démon. L’aspect du Malin est plus bestial que celui de Paulnay et traité à l’ocre rouge pour souligner l’environnement infernal.
Un diable, contemporain des deux sujets présentés ici, peut être aperçu sur les murs de l’église de Chateloy, dans la vallée de l’Aumance, dans l’Allier. Isolé sur son aplomb rocheux dans un hameau, ce sanctuaire est la plupart du temps clos pour éviter les dégradations et je n’ai aucune image du démon qui s’y cache à présenter ici.

 

diable-Gargilesse2 

 

Je n’ai pas la prétention de tout connaître du patrimoine de la région et vous avez peut-être, vous même observé d’autres figures du Maufait, comme on l’appelait naguère dans les campagnes, dans un monument que vous avez visité. N’hésitez pas, par l’intermédiaire de la rubrique “commentaires”, à nous faire profiter de vos découvertes.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 09:47

Stalles-Bommiers-1

 

Visible de loin dans le paysage céréalier de la Champagne berrichonne, l’église de Bommiers, à l’est de Châteauroux, mérite une attention particulière. Déjà ornée d’origine de quelques beaux chapiteaux romans, elle abrite, depuis la démolition du couvent des Minimes pour lequel elles avaient été sculptées, des stalles remarquables.
L’ensemble sculptural, en chêne, date du début du XVIe siècle et fut réalisé sur commande de Jacques de la Trémoille, seigneur du château de Bommiers, dont les ruines sont visibles à quelques minutes de l’église du village.

 

Stalles-Bommiers2-

Prenant de la distance avec la sculpture médiévale, les tableaux, accoudoirs et miséricordes sont plus fortement marqués d’influences Renaissance que d’autres ensembles régionaux, comme celui, presque voisin, de l’ancienne abbaye de Chezal-Benoît, ou de la collégiale de Levroux. Des scènes bibliques, des personnages songeurs, des figures symboliques remplacent à Bommiers les visages grimaçant, les animaux de ferme et les postérieurs dénudés qui abondent dans deux derniers lieux cités. Plus “sages”, les stalles de Bommiers illustrent bien le nouvel univers culturel dans lequel évoluent les princes locaux, sensibles aux retours artistiques des guerres d’Italie.

 

Stalles-Bommiers3-

Très faciles d’accès, ces vestiges méritent un visite, qui peut-être jumelée avec celle de Chezal-Benoît, à quelques kilomètres. L’église semble ouverte sans restriction à la belle saison. Sa découverte est facilitée par le mécénat du Lions Club d’Issoudun, qui a fait imprimer un petit dépliant disponible à l’entrée du sanctuaire. On apprécie en plus particulièrement le fait de ne pas être surveillé avec un regard soupçonneux par la population locale dès qu’on franchit le seuil de l’édifice. Il y a quelques semaines, un peu plus au sud, une “brave” dame m’a suivi et a secoué bruyamment tous les cadenas fermant les troncs, ostensiblement hostile à la présence d’un photographe dans un monument pourtant classé Patrimoine mondial par l’UNESCO, ce qui permet de mesurer la distance qui reste à parcourir pour faire de tout le Berry un espace enfin accueillant...

 

Stalles-Bommiers4-

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 10:50

st-Georges-christ

 

A première vue, l’église romane de Saint-Georges-de-Poisieux, dans le sud du Boischaut, est un monument qui se distingue peu des autres églises rurales de la région. Seule sa situation, sur une bosse un peu plus élevée que la moyenne du paysage de bocage qui l’entoure, la fait remarquer de loin. Son ornementation extérieure, très sobre, est beaucoup moins riche que celle du petit prieuré augustin de Soye, situé à quelques pas de là.
L’église de Saint-Georges n’aurait donc, à priori, rien à offrir de nature à mériter un détour pour qui n’est pas spécialiste de l’architecture religieuse si on se contentait d’en faire le tour. Franchi le seuil, le sanctuaire prends une tout autre importance. Une rare voûte en cul de four, d’un modèle certainement identique à celles autrefois décrites au prieuré d’Orsan, soutient le clocher. Une pierre d’autel sculptée avec un soin rare et d’un volume considérable, se remarque dès l’entrée de l’église, mais c’est surtout vers les ouvertures du chevet que se porte l’attention du médiéviste.

 

st-georges-global

L’édifice conserve en effet quatre vitraux XIIIe d’une qualité identique à ceux des verrières de la cathédrale de Bourges, exceptionnels, sinon uniques dans la région. Peu affectés par les agents chimiques atmosphériques, dans une région où la pollution demeure peu sensible, les verres ont conservé une transparence qui n’est certes pas celle des vitraux modernes comme on en voit un peu partout, mais les détails restent plus lisibles qu’à Bourges avant les restaurations. Une scène représentant le patron de l’église, un saint Georges armé, et l’exact ajustement des encadrements aux ouvertures, prouvent leur authenticité et on est en droit de supposer que nous disposons là des derniers vestiges d’une composition plus vaste qui occupait tout l’espace des fenêtres du chevet.

 

st-Georges4

La question que se pose l’historien face à ces objets exceptionnels est de savoir si cette exception est d’origine ou due aux misères des temps. Les vitraux de Saint-Georges-de-Poisieux sont-ils les uniques souvenirs d’une pratique universelle, qui pourrait nous laisse imaginer la majorité des églises médiévales éclairées par des scènes colorées, ou témoignent ils d’une commande particulière auprès d’un atelier de verriers. Seul l’avis d’un historien de l’Art pourrait, si j’ose dire, nous éclairer sur la question. Nous savons, grâce aux archives de l’abbaye de Noirlac notamment, que le bourg était le siège d’une seigneurie vassale de Charenton et que la route principale qui longeait la vallée du Cher passait par ce lieu. Les chevaliers qui tenaient la place avaient les moyens d’orner l’église de leur paroisse, mais ils n’étaient pas les seuls dans ce cas. Il est fort possible que beaucoup d’autres chapelles aient présenté les mêmes qualités artistiques mais que le temps, les dégradations, le vandalisme et la négligence des paroissiens aient fini par effacer ces traces du passés, ou que les vitraux d’origines, devenus opaques, aient été remplacés par des œuvres plus récentes laissant filtrer plus de lumière. Seule une lecture attentive des archives paroissiales modernes pourrait aider à nous faire une idée juste sur la question.

st-Georges2

Il reste que la municipalité de Saint-Georges n’a pas les moyens matériels d’ouvrir en permanence le monument hors temps liturgique ordinaire. Je conseillerai donc aux amateurs de surveiller le programme des Journées du Patrimoine. A la demande de m. Fourre, maire du village et conseiller général du canton de Saulzais-le-Potier, que je tiens à remercier ici pour m’avoir facilité l’accès à l’intérieur de l’église, il est fort possible que j’intervienne sur place en fin d’été 2011, avant les Journées du Patrimoine, pour une brève présentation historique du terroir. L’accès à l’église sera, bien entendu, inscrit au programme de la manifestation.

 

st-Georges3

 

 

St-Georges1

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 15:20

gisant-Neuvy

 

J’ai souvent été victime, comme sans doute certains d’entre vous, en pénétrant dans la rotonde romane de la basilique de Neuvy-Saint-Sépulchre, d’une attirance du regard pour le haut de la structure. Les chapiteaux historiés, les étages de la rotonde inspirée de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem ou les reliquaires, sur lesquels repose l’essentiel de la notoriété du monument, occultent quelque peu d’autres éléments moins connus de l’édifice.
Ainsi est-il possible de découvrir, dans un espace assez sombre de la rotonde, une belle dalle funéraire polychrome du XIIIe siècle, d’une facture assez inhabituelle.
Les fouilles menées dans le monument auraient révélé sous la dalle l’existence d’un sarcophage contenant sans doute les restes de l’inconnu dont aucun épitaphe ne permet de connaître l’identité ou la fonction.

gisant-Neuvy-tête

L’homme, tête nue, est habillé d’une longue robe d’ ecclésiastique qui tombe jusqu’à ses pieds. Contrairement à la majorité des autres gisants régionaux, le sculpteur ne l’a pas représenté les mains jointes dans un geste de prière. Le bras gauche est replié sur la poitrine, la main posée sur ce qui semble être un livre. Le droit est dans l’alignement du corps, mais l’usure ne permet pas de distinguer clairement si la dextre est nue ou si elle tient quelque chose.

gisant-Neuvy-buste

Les proportions de la statue de Neuvy sont assez déroutantes. La tête du défunt est plus petite que nature, et le reste du corps est comme aplati. Un détail est surprenant: le bras droit du gisant est marqué par plusieurs entailles, dont une plus profonde que les autres. Ces lacunes ne semblent pas avoir été provoquées par une différence de densité de la roche due à la présence de fossiles, ni par des coups malveillants. Leur aspect évoque par contre certains grattages circulaires qu’on relève sur les murs de plusieurs églises régionales. Il n’est pas impossible que la dalle funéraire de Neuvy ait été, à un moment ou un autre, victime de soustraction d’une partie de son volume par des pèlerins, nombreux tout au long des temps médiévaux et modernes, à venir se recueillir dans cet endroit.

gisant-neuvy-détails

Les gisants de religieux, sans être exceptionnels, demeurent toutefois assez rares en Berry. Il m’aurait plu de vous montrer, à titre de comparaison, celui de l’abbé conservé dans la salle des collections médiévales de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun, mais la direction de cet établissement n’a pas daigné m’autoriser à venir en prendre des photographies, ce que je déplore vivement.

 

gisant-Neuvy-complet

 

 


Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 18:09

lampier2

 

J’attire votre attention sur un petit monument roman très facile d’accès, situé à quelques centaines de mètres de l’axe Bourges-Montluçon, au cœur du village d’Estivareilles, dans le département de l’Allier. Élevé au centre d’une place qui occupe l’emplacement de l’ancien cimetière de la paroisse, le “lampier” d’Estivareilles est peut-être la dernière lanterne des morts de l’ancien diocèse de Bourges.
Au cours de mes déplacements, il m’est quelquefois arrivé de rencontrer une de ces curieuses colonnes de pierre creuses dont la fonction exacte nous échappe. Toutes se situaient dans les Charentes. Celle d’Estivareilles pourrait être le seul monument de ce type répertorié dans les Pays du Centre. Bien que peu spectaculaire, cette lanterne des morts présente, de part sa rareté, un intérêt certain.
Nous ne savons pas exactement si cette colonne abritait un feu permanent, ou si la flamme était allumée, et pour combien de temps, lors des cérémonies funèbres. L’absence de traces de fumée indique que le feu était certainement produit grâce à une lampe à huile, qui aurait donné le nom populaire de ce petit monument.
Autre particularité curieuse: cette lanterne des morts possède une pierre saillant légèrement à l’extérieur de son diamètre, qui présente des marques de grattages identiques à celles constatées sur de nombreuses églises de la région. Il est impossible de savoir si cette pratique est contemporaine de la construction de la colonne où si elle témoigne de coutumes plus récentes.

lampier3

L’ extrême rareté, voire l’unicité, de ce vestige justifie qu’on s’intéresse à sa présence dans un environnement qui compte peu de témoignages médiévaux propres à intéresser les visiteurs de passage dans la région.
Si certains lecteurs ont des informations sur d’autres lanternes des morts connues dans l’espace berrichon et bourbonnais, ou dans d’autres terroirs limitrophes, leur apport pourrait être précieux pour évaluer l’importance d’un phénomène qui, quoique marginal, enrichit notre perception de l’univers spirituel des populations qui nous ont précédés.

 

Lampier1

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 17:37

croix-d'Orval

 

Même si je l’avais déjà aperçue lors d’une exposition, il y avait longtemps que je m’étais promis d’aller revoir la croix-reliquaire d’Orval dans l’église où elle a été conservée pendant des siècles. Déposée de longues années dans le secret d’un coffre de banque, pour la soustraire à de malhonnêtes intentions toujours à craindre, la croix est désormais exposée dans une vitrine blindée dans le chœur de la petite église Saint-Hilaire d’Orval. Le lecteur voudra bien me pardonner les inévitables redondances que cet article va générer au sujet d’un objet liturgique sur lequel tout semble avoir déjà été dit.

croix-d'Orval-détail

La croix d’Orval est une splendide réalisation de vermeil prévue pour accueillir, dans un minuscule caisson aménagé derrière les épaules du Christ, une épine de la couronne de la Crucifixion et, à chaque extrémité des branches, des gouttes de lait de la Vierge, derrière ce qui semble être des fenêtres de cristal de roche. D’un style comparable à ce qui se pratiquait au XIIIe siècle, cette pièce d’orfèvrerie aurait été offerte par le roi Louis IX à l’un  de ses vassaux berrichons, Henri de Sully, seigneur de Saint-Amand, Bruère et Orval depuis 1250, date de la mort de Renaud de Montfaucon, disparu sans descendance. La présence de quatre médaillons émaillés représentant les armes de la reine Blanche de Castille, mère de Louis IX, suggère que le reliquaire a été prélevé dans un trésor plus ancien.

Orval-armoiries

Il est difficile de savoir si le petit réceptacle articulé contenant l’épine était là d’origine ou s’il a été monté sous les ordres de Saint Louis après son retour de Constantinople avec la relique de la Vraie couronne d’épines de Jésus, dont il semble avoir soustrait un fragment pour l’envoyer en Berry. Face à la valeur du présent royal (même si la croix est réalisée en argent doré, métal somme toute assez banal pour l’époque) et la rareté de la relique principale (le lait de la Vierge est symbolisé par une poudre minérale), on reste perplexe devant la signification de la présence de cette croix-reliquaire, qui aurait pu faire partie d’un trésor cathédral, dans un terroir d’aussi modeste importance que la paroisse médiévale d’Orval.

croix-d'Orval-relique

L’observation du contexte géopolitique de l’époque permet de replacer ce don dans une perspective encore peu étudiée: l’affrontement entre les monarchies capétienne et Plantagenêt.
Revenons un instant sur la chronologie du don royal. La biographie du roi Louis IX nous apprend qu’il est revenu d’Orient en 1248, chargé de reliques. Renaud de Montfaucon décédant en 1250, la croix n’a pu arriver à Orval qu’entre 1250 et 1270, date de la mort du roi en Afrique du Nord. Les renseignements qu’on possède sur le destinataire sont trop imprécis pour être exploitables. Henri de Sully a eu un fils qui lui a succédé sous le même patronyme, si bien qu’en plus de 80 ans d’archives, on ne peut distinguer les dates de passation de pouvoir entre le père et le fils. Dans l’état actuel des sources, il y a peu à attendre de ce coté. Intéressons nous donc à la nature du don. Saint Louis fait déposer en Berry une très rare relique dont la valeur pour les contemporains est immense. Dans une région où les reliquaires abritent essentiellement des fragments osseux attribués à des saints d’envergure limitée, la présence d’un objet aussi prestigieux qu’une épine de la couronne du Christ donne au lieu de culte qui la possède un rayonnement inégalable. Inégalable, certes, mais à condition de ne pas souffrir de la concurrence d’une paroisse proche qui posséderait des reliques de même valeur. Or, et il semble que personne n’ai jamais tenté de rapprocher les deux événements, une autre translation de reliques a lieu en Berry dans la même tranche chronologique.
En 1257, le cardinal Eudes de Châteauroux dépose dans la basilique de Neuvy-Saint-Sépulchre un fragment du sépulcre et trois gouttes de sang du Christ, qui donnent immédiatement à ce sanctuaire un prestige considérable. Les pèlerins y affluent et aujourd’hui encore les reliques y jouissent d’une ferveur particulière.
Si on replace Neuvy sur une carte politique du XIIIe siècle, on observe que la petite cité appartient au territoire de l’ancienne seigneurie de Déols, devenue propriété d’une branche de la famille de Chauvigny, vassale d’Aquitaine et donc du roi anglais Henri III Plantagenêt, grand rival du roi Saint Louis.
Difficile de ne pas remarquer la coïncidence. Neuvy-Saint-Sépulchre, située le long d’une voie importante, fief d’un vassal du roi d’Angleterre, accueille des reliques uniques dans la région. Orval, nœud routier majeur sur la route entre Paris et l’Auvergne, qui coupe les routes vers le Nivernais et le Poitou, lieu d’échanges et de commerce, nouveau fief d’une famille rendant hommage à la royauté capétienne, devient dépositaire d’une relique de même valeur que celles exposées à Neuvy.
Il ne s’agit, et je tiens à insister sur ce point, que d’une hypothèse de travail, mais il est tout à fait probable que le roi de France ait tenté, avec un succès difficile à évaluer pour l’époque, de saper une des bases du pouvoir de son adversaire Plantagenêt en Berry, en plaçant Orval et son seigneur Henri de Sully à l’avant-garde d’une offensive destinée à affaiblir son rival anglais.
Qu’il me soit permis ici de remercier m. Patrick Trompeau, maire d’Orval et toute l’équipe du secrétariat de mairie, qui m’ont permis d’accéder au reliquaire en dehors des périodes d’ouverture de l’église. Les prochaines journées du Patrimoine me semblent une excellente opportunité pour venir découvrir cette rareté.
L’épaisseur du blindage du vitrage qui protège la croix est à l’origine de la faible qualité des photos qui illustrent cette page.

 

orval-général

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 10:33

oratoire

 

L’édifice que nous visitons aujourd’hui est plus intéressant par sa dimension spirituelle que monumentale, et  compte essentiellement pour avoir été intimement lié à l’enfance d’une grande figure de l’histoire de la région à la fin du Moyen-âge: Jeanne de France.
N’ayant pas étudié cette personnalité historique par l’intermédiaire des sources de l’époque, je me contenterai d’évoquer brièvement les informations recueillies par le Conseil général du Cher à l’occasion des manifestations ayant célébré en 2002 le 500e anniversaire de la fondation par Jeanne de France de l’Ordre féminin de l’Annonciade. Mes collègues berruyers ont ainsi noté que Jeanne de France, fille du roi Louis XI et de la duchesse Charlotte de Savoie, passa une grande partie de son enfance au château de Lignières, vieille forteresse médiévale détruite depuis. A la lisière du château était construite l’église du village, qui conserve encore aujourd’hui, malgré d’importantes transformations, quelques parties médiévales.
Jeanne fut mariée avec le frère cadet du roi de France Charles VIII. Au décès du roi, son époux, devenu Louis XII, la répudia pour épouser la duchesse Anne de Bretagne et, sous forme de dédommagement, offrit le duché de Berry, apanage royal, à sa première femme. Revenue dans la région en 1499, Jeanne se consacra à des œuvres pieuses au nombre desquelles la fondation de l’Ordre de l’Annonciade, dont le premier couvent fut construit proche de l’actuelle place Séraucourt. La chapelle en est encore visible dans l’enceinte du quartier militaire. La duchesse Jeanne mourut en 1505 à l’âge de 41 ans et fut inhumée dans cet enclos religieux. Réputée miraculeuse, cette figure très particulière de l’histoire de la région fut béatifiée en 1742 et canonisée en 1950.

annonciade-Bourges

 

Dès son enfance, Jeanne se fit remarquer par l’exercice d’une grande piété, passant de longs temps de prière dans l’église de Lignières. Elle choisit ainsi la petite chapelle à gauche du chœur pour exercer sa foi. Le seul aménagement spécifique observable sur place est une cheminée dotée d’une foyer minuscule au ras du sol dont la construction fut ordonnée par le Louis XI pour rendre les veilles de sa fille moins inconfortables, dans cet édifice haut et glacial où la santé de l’enfant était menacée.

oratoire-foyer

 

Peu connu du grand public local, cet oratoire n’a d’intérêt réel que pour les croyants ou les spécialistes de l’histoire de cette duchesse de Berry, mais demeure un petit patrimoine touchant par sa simplicité. Il faut noter que suite à des dégradations, l’église de Lignières est rarement accessible. Mieux vaut se renseigner à l’Office de tourisme local avant de prévoir une visite sur place.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 19:21

Argenton1

Il n’est pas certain que tous les visiteurs qui viennent découvrir le musée d’Argentomagus, près d’Argenton-sur-Creuse, dans l’Indre, connaissent l’admirable trésor médiéval visible à quelques pas du site gallo-romain et de l’espace muséographique ouvert au sein des ruines. Toute proche, l’église de Saint-Marcel mérite absolument d’être découverte.

 

Argenton2

Nous avions, il y a quelques mois, consacré un billet à la rare série de motifs d’inspiration irlandaise qui encadrent l’entrée de l’église de Saint-Marcel. L’intérieur du sanctuaire est plus étonnant encore. Aux voûtes d’une grande élévation répond une profonde crypte, qui conserve quelques éléments lapidaires de choix, mais le plus beau est encore ailleurs. Sans négliger une grande fresque de la fin du Moyen-âge, l’église recèle un remarquable trésor rassemblé autour des reliques de saints Marcel et Anastase, martyrisés, selon la tradition, dans l’ancienne cité gallo-romaine.
Sobrement présentées et éclairées, plusieurs pièces magistrales mériteraient chacune un article détaillé. Reliquaire de bois polychrome, chasse en émaux limousins, chef-reliquaire et son âme de bois..., il n’est pas utile de faire le détail de cette admirable collection qui couvre plusieurs générations d’Art sacré, et dont les premières pièces furent façonnées au XIIIe siècle. Sur place, un panneau didactique énumère et commente chacune des œuvres exposées.

Argenton3

Ne disposant pas du matériel photographique nécessaire à la couverture complète de la série dans des conditions de lisibilité optimales pour le lecteur, je me suis contenté de fixer seulement quelques détails, brefs échantillons du soin et de l’application des artisans médiévaux à magnifier des reliques plus précieuses que le métal et les émaux qui les protégeaient. Le lecteur, lors de sa visite, saura pardonner les lacunes iconographiques de cet article.
Pour beaucoup de gens de la moitié nord de la France et des régions encore plus septentrionales, francophones ou non, Saint-Marcel est sur la route du Sud. Très facilement accessibles à partie de l’autoroute A20, le trésor de son église et le musée archéologique voisin sont une étape à ne pas manquer.

Argenton4

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 10:00

Condé-crypte

 

Pour le dernier volet de notre série de billets consacrés de l’église romane de Condé, près de Lignières-en-Berry, dans la vallée de l’Arnon, empruntons l’un des deux étroits couloirs qui nous mènent vers la partie souterraine du sanctuaire.
Semi-enterrée serait le terme le plus approprié pour qualifier la crypte de Condé, dont le sol est juste un peu plus bas que le niveau de la nef. Cette grande salle, dont les voûtes reposent sur huit piliers centraux, n’est que partiellement encaissée dans le sol de l’édifice. Le volume a été produit en rehaussant de manière significative le sol du chevet, ce qui produit ce curieux effet d’église à deux niveaux. Très sombre, la crypte de Condé n’est éclairée naturellement que par trois petites ouvertures ménagées au ras du sol extérieur actuel, et par la faible luminosité qui parvient de la nef par l’intermédiaire de ses deux galeries d’accès. Les éclairages électriques actuels sont bien entendus les bienvenus, mais ils donnent à cet espace une dimension artificielle que les gens du passé n’ont pas pu connaître.

Condé-couloir

Outre l’équilibre de ses formes et sa sobriété -un seul visage humain est taillé dans la pierre du chapiteau d’une des colonnes - la crypte présente un aménagement original, sous la forme d’un portique dont le linteau a été cassé et restauré de manière assez maladroite, mais dont la fonction, si c’est bien celle d’origine, mérite d’être décrite.

Condé-portique

Au fond de la salle, sur un petit autel, est présente une belle statue de calcaire polychrome représentant saint Denis.

 

Condé-st-Denis

Dans ce pays de petits vignerons disposant chacun de quelques ares de vigne pour leur consommation domestique, le vin occupait un rang élevé au nombre des préoccupations quotidiennes de nombreux habitants. Jusqu’à une date récente, qu’on peut situer vers les années cinquante du siècle passé, les vendangeurs amenaient à Condé les plus petites de leurs barriques et les faisaient rouler jusque dans la crypte. Là, on les faisait passer sous le portique à droite de la statue, dans l’espoir de protéger la future vendange des différentes maladies qui pouvaient anéantir les cuvées. Le fait est d’autant plus remarquable que tous les vignerons de la contrée n’étaient pas, et de loin, des croyants fidèles mais étaient quand même très attachés à  ce rite.
Dans une région où les traditions populaires ont été en grande partie conservées par l’oral, et où on peine à trouver des historiens pour explorer les archives, il est impossible d’affirmer que ce culte de saint Denis protecteur du vin remonte aux origines de la construction de Condé. Le petit portique, contemporain des murs du sanctuaire, peut avoir été conçu pour une tout autre finalité. La grande crise du phylloxéra peut avoir poussé les paysans dans le désarroi à se tourner vers saint Denis pour les aider à surmonter l’épreuve terrible qui s’abattait sur leurs exploitations. Il faut donc rester très prudent sur les origines de ce micro-pèlerinage, mais on ne doit pas non plus exclure d’avoir là la rémanence d’un très ancien culte dionysiaque, christianisé sous la forme d’une dévotion à saint Denis.

 

Condé-autel

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article

Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
  • Moyen-âge en Berry
  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
  • Contact

géographie des visiteurs




A ce jour, cette espace a été visité
180102 fois.

405350 pages ont été lues.

Merci de l'intérêt que vous portez à l'histoire de la région.




Visitor Map
Create your own visitor map!
" class="CtreTexte" height="150" width="300" />

 

Rechercher

Conférences

conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Archives

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.