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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 23:04
Il semble que l’abbaye cistercienne de Bellaigue, située en Combrailles, ait possédé une grange à plusieurs dizaines de kilomètres au nord de son cloître, dans la paroisse berrichonne de Saulzais-le-Potier, dans l’actuel département du Cher. Il n’existe plus aujourd’hui aucune trace de cette propriété, sauf dans un acte daté de 1229 du chartrier médiéval de l’abbaye de Noirlac. 
A l’époque où est produit ce document, le témoignage oral garde une valeur particulière dans l’esprit des contemporains, et le passage à l’écrit est plus comptable que testimonial. Lors d’une donation pieuse à un établissement religieux ou hospitalier, les laïcs s’entourent de personnalités éminentes du monde politique ou religieux, comme un seigneur, un abbé ou un évêque pour valider leur don. Un acte est rédigé à l’occasion de la cérémonie de cession du bien foncier ou de la rente qui va compléter le temporel d’un monastère ou d’un hôtel-Dieu. C’est ainsi qu’en 1229 le seigneur de Saulzais se défait d’une de ses possessions pour l’offrir aux cisterciens de Noirlac. Son don est enregistré en présence du prieur de Saulzais, d’Alexandre, abbé de Bellaigue, deux deux moines et d’un convers de la dite abbaye, et de deux moines de Noirlac, dans la maison que Bellaigue possédait à Saulzais.
Si la donation en elle même est très banale, la mention d’une maison (qu’on désigne généralement sous le terme de grange) appartenant à l’abbaye auvergnate en plein Berry du Sud est à ma connaissance inédite. On peut s’étonner que la règle de Cîteaux, qui prescrivait qu’une grange ne devait pas être éloignée de son abbaye-mère de plus d’une journée de marche, ne soit pas suivie dans ce cas précis, mais les cas d’entorses à cette règle abondent dans l’Occident médiéval. On peut regretter que les archives de Bellaigue ne puissent nous renseigner sur l’origine de cette fondation, mais plusieurs indices laissent penser que cette grange n’est pas le seul lien qui unissait les Combrailles et le Boischaut à cette période du Moyen-âge. Bellaigue possédait par exemple une vigne vers Châteauneuf-sur-Cher en 1219. 
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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 00:09

L’histoire des origines de Saint-Amand, telle qu’on la trouve habituellement publiée jusqu’à des dates très récentes, est un curieux mélange de récits quasi-légendaires, d’extrapolations romantiques et de rigueur scientifique. L’obscurité qui entoure la fondation de la capitale du Boischaut s’explique par la grande rareté des textes hérités du passé. Étonnés par ce mutisme de l’Histoire, les anciens érudits ont plus raisonné par postulats que cherché à exploiter de manière rigoureuse le peu de traces documentaires que les observations sur le terrain ou la lecture des archives pouvaient permettre de collecter. Si leur passion pour le sujet fut indéniable, leurs conclusions intéressent plus l’Histoire des mentalités que la connaissance du terroir local. Quelques pistes pour une nouvelle dynamique de recherche régionale peuvent être envisagées.
I) Une fondation sous l’Antiquité?
Cette thèse a ses partisans. Vestiges d’occupation gallo-romaine dans le centre-ville et dans les Grands-Villages, trésor monétaire et peut-être éléments d’architecture religieuse sur la butte de Montrond, les indices archéologiques ne manquent pas. La proximité de Drevant et d’une ou plusieurs voies antiques conforte cet avis. Si le sol de la cité n’est pas avare de traces d’activités des premiers siècles de notre ère, il n’existe aucune preuve de la permanence d’un habitat après l’Antiquité tardive. Le statut exact de Drevant n’étant pas, malgré ce qu’on pense généralement, clairement défini, et les relations entre ce complexe religieux et son environnement humain immédiat l’étant encore moins, il est difficile de raisonner sur de simples probabilités mal définies. Ajoutant à cela que la voie antique Bourges-Néris avait peu de chances de passer sur la rive Saint-Amandoise du Cher, et que la région fourmille de vestiges gallo-romains dans des lieux aujourd’hui inhabités, la théorie d’une fondation romaine, ou gauloise, reste à démontrer.
II) L’abbaye colombaniste 
Curieux dossier alimenté par un syllogisme historique tombant à point pour pour redorer le blason d’une société de croyants malmenée par les idéaux révolutionnaires, l’abbaye de l’Île-sur-Marmande est le serpent de mer de l’Histoire locale. Alimentée par un inventaire mérovingien signalant l’existence en Berry d’un monastère fondé par des moines irlandais ou par leurs disciples continentaux dans un lieu insulaire “sur le fleuve” Marmande, cette thèse proposait aux fidèles de Saint-Amand de vénérables Pères Fondateurs à un moment où la querelle entre l’Eglise et l’Etat commençait à provoquer quelques émois dans les consciences. Même si l’équation initiale était acrobatique - une île sur la Marmande près du site du Vieux Château devenant l’Île mérovingienne, les moines creusant leurs cellules dans les flancs de la motte féodale - les promoteurs de cette surprenante théorie réussirent à créer une légende moderne. Outre le peu de cohérence de l’argumentation initiale, quelques indices portent à croire que l’hypothètique couvent médiéval pourrait s’être développé vers Isle-et-Bardais, sans qu’aucune preuve matérielle de son existence ne puisse encore être produite.
III) Les sources médiévales
On peut considérer le soucis des érudits locaux d’argumenter en faveur des coenobites irlandais sous une autre perspective. Le Saint-Amand médiéval n’a laissé presque aucune archive, ce qui pouvait sembler anormal pour une ville ayant atteint une telle importance à l’époque moderne. Repousser la fondation de la cité à l’aube des temps médiévaux pouvait permettre d’expliquer la pénurie de textes anciens. Faute d’un corpus documentaire suffisant pour remonter aux origines de la ville, il devient très instructif d’élargir l’horizon de la recherche à l’ensemble de la région. Ainsi trouve t-on conservée aux Archives Départementales de la Creuse la plus ancienne trace à ce jour d’un seigneur de Saint-Amand. L’acte concerne la donation concédée vers 1050 par Ebraudus de Sancto Amando et Willelmus (Ebe de Saint-Amand et Guillaume, probablement son frère) à l’abbaye du Moûtier-d’Ahun d’une terre située à Drevant, qui servit d’assise foncière à l’actuel prieuré bâti près de l’église du village. L’intérêt de cette notice réside dans l’emploi du nom Ebraudus pour identifier le protecteur du prieuré de Drevant. Ebraudus est une variante du nom médiéval Ebo, traduit en Ebe, Ebbe et parfois Ebbes, choisi comme nom lignager par les seigneurs de Charenton. Héritage d’un passé récent où la dénomination des individus ne reposait que sur un nom unique, nous observons là la conservation et l’adaptation de l’ancienne tradition onomastique antérieure à l’An 1000. Les sires de Charenton s’identifiaient personnellement par leur nom, et complétaient le champ de leurs compétences féodales par l’ajout d’un surnom topographique - de Saint-Amand, de Charenton ou de la Guerche - en fonction du lieu où s’exerçait leur pouvoir. Cette observation place Saint-Amand comme fief de Charenton dès le XIe siècle, et explique le silence des textes. Les Charenton n’ont pas confié leur ville de Saint-Amand à un vassal, preuve qu’elle représentait à leurs yeux un élément défensif essentiel à la sécurité de leurs possessions dans la vallée de la Marmande. Le pouvoir était ailleurs et aucune chancellerie locale n’était en état de rédiger des actes susceptibles d’avoir bravé les siècles. L’histoire Saint-Amandoise est éclipsée par celle de Charenton, elle même très mal connue. Une petite cinquantaine de chartes à peine sont recensées, et nous ne connaissons que de rares mentions narratives pour satisfaire notre curiosité sur l’un des phénomènes politiques majeurs du Berry du Sud. Aussi doit-on rester attentif aux rares séquences événementielles étudiables. Saint-Amand connaît probablement une lente évolution de la période carolingienne à la fin du XIIe siècle. La seigneurie de Charenton prospère sur les ruines d’une viguerie carolingienne, dont elle hérite des pouvoirs et du patrimoine foncier. Située dans la même vallée, la cité Saint-Amandoise existe peut-être au Xe siècle. Vers l’an 1000, l’insécurité engendrée par les dernières invasions et la vacance du pouvoir royal pousse les féodaux à ériger des forteresses sur mottes pour contrôler leurs domaines et imposer leur tyrannie au peuple des campagnes. La citadelle de terre et de bois du Vieux-Château est certainement édifiée par les Charenton pour asseoir leur puissance sur un carrefour routier et fluvial stratégiquement et économiquement précieux. A la disparition du dernier Ebe, mort sur les routes de la Croisade entre 1189 et 1199, Saint-Amand échoit par mariage dans le patrimoine de la seigneurie de Montfaucon. Renaud, seigneur de Montfaucon et Charenton, fait édifier la première forteresse de Montrond pour protéger l’aile occidentale de ses domaines menacée par l’expansion de la mouvance de Châteauroux, dont on relève des témoignages à Ids-Saint-Roch et à Marçais au début du XIIIe. Laissée sans défense par la mort sans héritier de Renaud de Montfaucon, la seigneurie est dépecée au profit des grands féodaux berrichons. Saint-Amand change ainsi plusieurs fois de seigneur, sans que le développement de la cité en soit particulièrement affecté. La charte de franchise, accordée à la fin du XIIe siècle par Ebe de Charenton, est confirmée à deux reprises au cours du XIIIe, ce qui est un indice de stabilité des structures urbaines. La présence d’une franchise urbaine, d’un hôtel-Dieu, d’une grange cistercienne, d’une église paroissiale monumentale et d’une ceinture de fortifications complète l’impression générale d’une entité urbaine solide et en plein essor.
En résumé, l’histoire du terroir Saint-Amandois est sans surprise et sans événement propre à exalter l’imagination des amateurs de récits épiques, ce qui a certainement déçu nos prédécesseurs emprunts de culture romantique. Le médiéviste remarquera que l’évolution de cette communauté urbaine est en tout point comparable à celle de milliers d’autres cités dans l’Occident médiéval et que, faute de séduire l’esprit par une architecture originale, cette lente mutation des Carolingiens aux dernières Croisades pourrait bien à elle seule justifier le développement et le succès ultérieur de la capitale du Boischaut.
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Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.