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Texte d'une conférence présentée en 2005 pour les Journées du Patrimoine

 


L’état actuel du château-fort de la Roche-Guillebaud offre une vision très incomplète de ce que fut le site aux XIIe et XIIIe siècles. L’observation des ruines, la lecture des chartes médiévales et la transcription de traditions orales permet de proposer un modèle de restitution plausible de la forteresse telle que la connurent les contemporains des Croisades.

Le choix du site a été déterminé par la roche elle même, avec ses avantages et ses inconvénients. L’attrait militaire du site est incontestable. La roche, isolée par l’érosion au milieu de la vallée de l’Arnon, fournit une position défensive naturelle apte à décourager un assaut lancé par des hommes d’armes à pied ou des cavaliers. La probabilité d’avoir à soutenir un siège contre des machines de guerre est très faible. Le lieu est adapté aux impératifs stratégiques de son temps. On y trouve deux ressources inépuisables: la pierre d’œuvre pour la construction de l’édifice et l’eau de l’Arnon qui ne peut être ni asséchée ni détournée par une force adverse, et qui ne demande aucun aménagement de types puits ou citerne pour être accessible.

L’endroit subit des contraintes qui doivent être prises en compte et atténuées par des aménagements adaptés. La surface de la roche est réduite, ce qui condamne la future citadelle à voir son donjon dissocié de ses défenses extérieures, dont on relève quelques traces sur la rive droite. La topographie montre que le rocher central qui sert de base au donjon est moins élevé que les bords du plateau environnant. Ce détail peut être décisif lors d’un siège. Quelques assaillants munis d’arbalètes peuvent paralyser toute activité diurne. La projection de végétaux enflammés ne nécessite aucune technologie particulière et peut être redoutable pour les assiégés. Les concepteurs de la Roche-Guillebaud doivent impérativement élever le donjon assez haut pour dominer les environs et parer à  ces éventualités

La forteresse achevée se compose donc d’un donjon chemisé de section partiellement arrondie accessible par un pont amovible où devait se situer le logis seigneurial et des réserves de nourriture, d’armes et de munitions, auquel on accède par un second ensemble défensif, d’une superficie à préciser et dont on note encore quelques vestiges dans le hameau actuel. L’épaisseur du pan de mur coupé par le sentier de grande randonnée prouve la puissance de l’ouvrage, complété par un fossé sec extérieur. Dans cette enceinte peut-être flanquée à l’époque par une ou plusieurs tours sont construits les logements des chevaliers domestiques et hommes d’armes, la basse-cour où vivent les paysans attachés au service du château et les écuries, étables et autres granges indispensables à la vie quotidienne. Il est très difficile de proposer une évaluation de la population résidant en temps ordinaire dans l’ensemble de la place-forte.

 

L’aménagement des lieux ne serait pas complet sans la fondation de l’église Sainte-Valérie, attestée en 1257, primitivement élevée pour les besoins spirituels de la famille seigneuriale et en pratique ouverte à tous les habitants du site. Son cimetière accueille leurs sépultures, mais les seigneurs de la Roche sont inhumés à l’abbaye des Pierres.
 

 

les seigneurs de la Roche


Le nom du lieu n’a pas changé depuis neuf siècles. Une charte du prieuré limousin d’Aureil en fournit la preuve en citant vers 1100 la “Roca Willebalt” et l’identité de son fondateur Amblard Guillebalt. Les premières traces de ce seigneur datent du dernier quart du XIe siècle. Vassal du seigneur d’Huriel, il participe à la restauration du prieuré dionysien de la Chapelaude, ce qui indique que le château de la Roche était probablement déjà érigé avant 1100. Amblard est parent (certainement son frère cadet) avec Adalard Guillebaud, l’un des plus puissants féodaux de l’époque, sire de Saint-Chartier  et de Châteaumeillant, marié avec une veuve du seigneur de Bourbon et gardien de la seigneurie d’Issoudun pendant le départ à la Croisade de son châtelain. Si Adalard déploie l’essentiel de sa force en Berry, on remarque qu’Amblard possède un autre château, Rochefort, sur le plateau de Millevaches. A sa mort, ses descendants se partagent les deux seigneuries. La branche héritière de la Roche, comme sa cousine limousine, conserve le nom Guillebaud pendant plusieurs générations jusqu’à son extinction dans la deuxième moitié du XIIIe siècle. D’autres familles nobles se succèdent tout au long du Moyen-âge à la tête de ce fief. On sait que la seigneurie existe encore en 1631 mais il est peu probable que son propriétaire y réside encore à cette date.


enjeux stratégiques


La fondation de la Roche-Guillebaud présente des points communs avec celle de Culan. Leurs premiers propriétaires sont issus de familles vassales des seigneurs de Déols. Le vaste territoire peu peuplé et mal mis en valeur, s’étendant entre les vallée de l’Arnon et du Cher. On peut supposer que les Déols en ont confié l’organisation et l’exploitation aux deux jeunes seigneuries, qui connaissent des fortunes différentes. Culan conquiert l’essentiel du pays et devient une puissance régionale. La Roche-Guillebaud étend son domaine vers Préveranges mais est très rapidement surpassée par sa rivale. Mal servie par un site peu propice à un développement de sa surperficie bâtie et par un fondateur qui a d’autres intérêts en Limousin, la Roche est condamnée à demeurer une petite châtellenie frontalière.


 

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