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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 23:04
Il semble que l’abbaye cistercienne de Bellaigue, située en Combrailles, ait possédé une grange à plusieurs dizaines de kilomètres au nord de son cloître, dans la paroisse berrichonne de Saulzais-le-Potier, dans l’actuel département du Cher. Il n’existe plus aujourd’hui aucune trace de cette propriété, sauf dans un acte daté de 1229 du chartrier médiéval de l’abbaye de Noirlac. 
A l’époque où est produit ce document, le témoignage oral garde une valeur particulière dans l’esprit des contemporains, et le passage à l’écrit est plus comptable que testimonial. Lors d’une donation pieuse à un établissement religieux ou hospitalier, les laïcs s’entourent de personnalités éminentes du monde politique ou religieux, comme un seigneur, un abbé ou un évêque pour valider leur don. Un acte est rédigé à l’occasion de la cérémonie de cession du bien foncier ou de la rente qui va compléter le temporel d’un monastère ou d’un hôtel-Dieu. C’est ainsi qu’en 1229 le seigneur de Saulzais se défait d’une de ses possessions pour l’offrir aux cisterciens de Noirlac. Son don est enregistré en présence du prieur de Saulzais, d’Alexandre, abbé de Bellaigue, deux deux moines et d’un convers de la dite abbaye, et de deux moines de Noirlac, dans la maison que Bellaigue possédait à Saulzais.
Si la donation en elle même est très banale, la mention d’une maison (qu’on désigne généralement sous le terme de grange) appartenant à l’abbaye auvergnate en plein Berry du Sud est à ma connaissance inédite. On peut s’étonner que la règle de Cîteaux, qui prescrivait qu’une grange ne devait pas être éloignée de son abbaye-mère de plus d’une journée de marche, ne soit pas suivie dans ce cas précis, mais les cas d’entorses à cette règle abondent dans l’Occident médiéval. On peut regretter que les archives de Bellaigue ne puissent nous renseigner sur l’origine de cette fondation, mais plusieurs indices laissent penser que cette grange n’est pas le seul lien qui unissait les Combrailles et le Boischaut à cette période du Moyen-âge. Bellaigue possédait par exemple une vigne vers Châteauneuf-sur-Cher en 1219. 
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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 00:09

L’histoire des origines de Saint-Amand, telle qu’on la trouve habituellement publiée jusqu’à des dates très récentes, est un curieux mélange de récits quasi-légendaires, d’extrapolations romantiques et de rigueur scientifique. L’obscurité qui entoure la fondation de la capitale du Boischaut s’explique par la grande rareté des textes hérités du passé. Étonnés par ce mutisme de l’Histoire, les anciens érudits ont plus raisonné par postulats que cherché à exploiter de manière rigoureuse le peu de traces documentaires que les observations sur le terrain ou la lecture des archives pouvaient permettre de collecter. Si leur passion pour le sujet fut indéniable, leurs conclusions intéressent plus l’Histoire des mentalités que la connaissance du terroir local. Quelques pistes pour une nouvelle dynamique de recherche régionale peuvent être envisagées.
I) Une fondation sous l’Antiquité?
Cette thèse a ses partisans. Vestiges d’occupation gallo-romaine dans le centre-ville et dans les Grands-Villages, trésor monétaire et peut-être éléments d’architecture religieuse sur la butte de Montrond, les indices archéologiques ne manquent pas. La proximité de Drevant et d’une ou plusieurs voies antiques conforte cet avis. Si le sol de la cité n’est pas avare de traces d’activités des premiers siècles de notre ère, il n’existe aucune preuve de la permanence d’un habitat après l’Antiquité tardive. Le statut exact de Drevant n’étant pas, malgré ce qu’on pense généralement, clairement défini, et les relations entre ce complexe religieux et son environnement humain immédiat l’étant encore moins, il est difficile de raisonner sur de simples probabilités mal définies. Ajoutant à cela que la voie antique Bourges-Néris avait peu de chances de passer sur la rive Saint-Amandoise du Cher, et que la région fourmille de vestiges gallo-romains dans des lieux aujourd’hui inhabités, la théorie d’une fondation romaine, ou gauloise, reste à démontrer.
II) L’abbaye colombaniste 
Curieux dossier alimenté par un syllogisme historique tombant à point pour pour redorer le blason d’une société de croyants malmenée par les idéaux révolutionnaires, l’abbaye de l’Île-sur-Marmande est le serpent de mer de l’Histoire locale. Alimentée par un inventaire mérovingien signalant l’existence en Berry d’un monastère fondé par des moines irlandais ou par leurs disciples continentaux dans un lieu insulaire “sur le fleuve” Marmande, cette thèse proposait aux fidèles de Saint-Amand de vénérables Pères Fondateurs à un moment où la querelle entre l’Eglise et l’Etat commençait à provoquer quelques émois dans les consciences. Même si l’équation initiale était acrobatique - une île sur la Marmande près du site du Vieux Château devenant l’Île mérovingienne, les moines creusant leurs cellules dans les flancs de la motte féodale - les promoteurs de cette surprenante théorie réussirent à créer une légende moderne. Outre le peu de cohérence de l’argumentation initiale, quelques indices portent à croire que l’hypothètique couvent médiéval pourrait s’être développé vers Isle-et-Bardais, sans qu’aucune preuve matérielle de son existence ne puisse encore être produite.
III) Les sources médiévales
On peut considérer le soucis des érudits locaux d’argumenter en faveur des coenobites irlandais sous une autre perspective. Le Saint-Amand médiéval n’a laissé presque aucune archive, ce qui pouvait sembler anormal pour une ville ayant atteint une telle importance à l’époque moderne. Repousser la fondation de la cité à l’aube des temps médiévaux pouvait permettre d’expliquer la pénurie de textes anciens. Faute d’un corpus documentaire suffisant pour remonter aux origines de la ville, il devient très instructif d’élargir l’horizon de la recherche à l’ensemble de la région. Ainsi trouve t-on conservée aux Archives Départementales de la Creuse la plus ancienne trace à ce jour d’un seigneur de Saint-Amand. L’acte concerne la donation concédée vers 1050 par Ebraudus de Sancto Amando et Willelmus (Ebe de Saint-Amand et Guillaume, probablement son frère) à l’abbaye du Moûtier-d’Ahun d’une terre située à Drevant, qui servit d’assise foncière à l’actuel prieuré bâti près de l’église du village. L’intérêt de cette notice réside dans l’emploi du nom Ebraudus pour identifier le protecteur du prieuré de Drevant. Ebraudus est une variante du nom médiéval Ebo, traduit en Ebe, Ebbe et parfois Ebbes, choisi comme nom lignager par les seigneurs de Charenton. Héritage d’un passé récent où la dénomination des individus ne reposait que sur un nom unique, nous observons là la conservation et l’adaptation de l’ancienne tradition onomastique antérieure à l’An 1000. Les sires de Charenton s’identifiaient personnellement par leur nom, et complétaient le champ de leurs compétences féodales par l’ajout d’un surnom topographique - de Saint-Amand, de Charenton ou de la Guerche - en fonction du lieu où s’exerçait leur pouvoir. Cette observation place Saint-Amand comme fief de Charenton dès le XIe siècle, et explique le silence des textes. Les Charenton n’ont pas confié leur ville de Saint-Amand à un vassal, preuve qu’elle représentait à leurs yeux un élément défensif essentiel à la sécurité de leurs possessions dans la vallée de la Marmande. Le pouvoir était ailleurs et aucune chancellerie locale n’était en état de rédiger des actes susceptibles d’avoir bravé les siècles. L’histoire Saint-Amandoise est éclipsée par celle de Charenton, elle même très mal connue. Une petite cinquantaine de chartes à peine sont recensées, et nous ne connaissons que de rares mentions narratives pour satisfaire notre curiosité sur l’un des phénomènes politiques majeurs du Berry du Sud. Aussi doit-on rester attentif aux rares séquences événementielles étudiables. Saint-Amand connaît probablement une lente évolution de la période carolingienne à la fin du XIIe siècle. La seigneurie de Charenton prospère sur les ruines d’une viguerie carolingienne, dont elle hérite des pouvoirs et du patrimoine foncier. Située dans la même vallée, la cité Saint-Amandoise existe peut-être au Xe siècle. Vers l’an 1000, l’insécurité engendrée par les dernières invasions et la vacance du pouvoir royal pousse les féodaux à ériger des forteresses sur mottes pour contrôler leurs domaines et imposer leur tyrannie au peuple des campagnes. La citadelle de terre et de bois du Vieux-Château est certainement édifiée par les Charenton pour asseoir leur puissance sur un carrefour routier et fluvial stratégiquement et économiquement précieux. A la disparition du dernier Ebe, mort sur les routes de la Croisade entre 1189 et 1199, Saint-Amand échoit par mariage dans le patrimoine de la seigneurie de Montfaucon. Renaud, seigneur de Montfaucon et Charenton, fait édifier la première forteresse de Montrond pour protéger l’aile occidentale de ses domaines menacée par l’expansion de la mouvance de Châteauroux, dont on relève des témoignages à Ids-Saint-Roch et à Marçais au début du XIIIe. Laissée sans défense par la mort sans héritier de Renaud de Montfaucon, la seigneurie est dépecée au profit des grands féodaux berrichons. Saint-Amand change ainsi plusieurs fois de seigneur, sans que le développement de la cité en soit particulièrement affecté. La charte de franchise, accordée à la fin du XIIe siècle par Ebe de Charenton, est confirmée à deux reprises au cours du XIIIe, ce qui est un indice de stabilité des structures urbaines. La présence d’une franchise urbaine, d’un hôtel-Dieu, d’une grange cistercienne, d’une église paroissiale monumentale et d’une ceinture de fortifications complète l’impression générale d’une entité urbaine solide et en plein essor.
En résumé, l’histoire du terroir Saint-Amandois est sans surprise et sans événement propre à exalter l’imagination des amateurs de récits épiques, ce qui a certainement déçu nos prédécesseurs emprunts de culture romantique. Le médiéviste remarquera que l’évolution de cette communauté urbaine est en tout point comparable à celle de milliers d’autres cités dans l’Occident médiéval et que, faute de séduire l’esprit par une architecture originale, cette lente mutation des Carolingiens aux dernières Croisades pourrait bien à elle seule justifier le développement et le succès ultérieur de la capitale du Boischaut.
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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 08:53

On ne saurait sérieusement comparer les archives municipales de Saint-Amand-Montrond (18) avec les Archives départementales du Cher. Déposées et conservées dans le fonds local de la Bibilothèque municipale de Saint-Amand, quelques liasses permettent à l'historien ou au généalogiste de compléter ses recherches. Peu de sources médiévales authentiques y sont consultables, mais on remarque la présence de quelques liasses de la fin du Moyen-âge à la Renaissance, dont des terriers, testaments, archives seigneuriales et monastiques dont quelques pièces de l'ancien couvent des Carmes de Saint-Amand.

L'amateur de calligraphie peut y découvrir, entre autre, une série d'initiales ornées de belle facture agrémentant la lecture d'un terrier du XVIe siècle.

L'historien y trouvera quelques éditions rares dont une série presque complète de l'édition des chartes de l'abbaye de Cluny dont certaines intéressent directement l'Histoire régionale.

Dans le sud du Cher, la mairie de Dun-sur-Auron possède aussi un petit service d'archives. Un acte authentique du roi Philippe Auguste en est la pièce la plus ancienne et la plus rare.

 

 


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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 10:15


La forteresse médiévale de Montrond, à Saint-Amand-Montrond (18) pourrait avoir accueilli une machine de guerre assez perfectionnée à la fin du Moyen-âge. C’est tout au moins ce que peut laisser supposer un micro-toponyme lisible sur l’ancien plan du site.
Quelques actes locaux donnent une idée de l’origine de ce château. Le toponyme “Montrond” apparaît pour la première fois en 1217 et paraît couvrir une étendue plus vaste que la simple colline encore aujourd’hui connue sous ce nom. Aucune mention de château n’y est encore faite. C’est une dizaine d’années plus tard, entre 1215 et 1218, que la forteresse est citée pour la première fois “castrum Montis Rotundi” à la fois dans une charte locale et dans une lettre de Renaud de Montfaucon*, alors seigneur de Charenton, dont le domaine intégrait Saint-Amand, au roi de France, pour lui promettre qu’il n’utilisera pas son château contre lui. Rien n’indique que les travaux soient achevés à cette date.
Le château est alors constitué d’une enceinte fortifiée comprenant un donjon, quatre tours, une chapelle castrale et un fossé sec l’isolant de sa basse-cour occupant le reste de la plate-forme au sommet du promontoire naturel. L’évolution du site est mal connue jusqu’à la Guerre de 100 ans. On sait que Montrond sert de prison vers 1270.
Devenue propriété de la famille d’Albret au XVe siècle, la forteresse voit son aspect complètement modifié. L’ancienne basse-cour est garnie de tours dans la continuité de l’ancienne fortification, trois nouvelles tours, dont une protège une citerne, sont accolées à la muraille antérieure près du donjon et un aménagement très curieux est construit autour d’une tour primitive, de section circulaire, dite “Tour de l’émir”. C’est à la fois ce nom, la forme de l’aménagement et la topographie d’ensemble qui ont attiré notre attention. Le terme “Tour de l’émir” est lisible sur le plan du XVIIe conservé à la BNF (voir lien en bas d’article). Sur le terrain, on constate que la tour ancienne a été chemisée par un gros aménagement carré, dont les parements sont identiques aux constructions entreprises par la maison d’Albret. La tour de l’émir est la seule tour carrée de l’édifice et, à ma connaissance, la seule de la région. Elle domine la pente la plus douce de la colline, et occupe donc le flanc le plus vulnérable de l’ensemble.
Les anciens érudits avaient noté l’étrangeté orientale du nom de l’ouvrage, et se sont perdus en considérations sur la personnalité de l’émir qui aurait pu y séjourner, comme invité ou comme prisonnier.
Une autre lecture, plus technique, de ce nom, peut être avancée, tout en étant bine entendu qu’il ne s’agit que d’une hypothèse. 
La tour de l’émir ressemble beaucoup aux fortifications musulmanes, comme celles de l’ancienne ville du Caire. Ces tours carrées, surmontées par une terrasse avaient comme fonction de servir de plate-formes à de puissantes machines de jet, dites trébuchets, capables d’expédier à des centaines de mètres toutes sortes de projectiles offensifs et défensifs. La vulnérabilité de la face nord de la colline de, la forme évocatrice des aménagements orientaux et le nom à consonance arabe de l’ensemble laissent penser que le deuxième château médiéval de Montrond a pu être doté d’une puissante machine de guerre en bois capable de couvrir les alentours septentrionaux de la forteresse par des jets de roches (faciles à ramasser et à stocker eu prévision d’un conflit) particulièrement meurtriers pour des assaillants. L’importance du réaménagement du site par les d’Albret montre le soin que ceux-ci ont mis à réarmer l’ensemble. Une grosse machinerie de guerre, insolite sous nos climats mais employée dans d’autres châteaux français contemporains, n’aurait pas de quoi surprendre.



*Renaud de Montfaucon devient seigneur de Charenton par mariage avec la fille du dernier représentant de la lignée des Ebe de Charenton (les numéroter comme certains le font - “Ebbes VI” - n’a aucun sens, et est anachronique), Maoz , qui lui apporte en dot l’une des plus puissantes entités féodales du Berry du Sud. Devant la menace que représente l’extension de la seigneurie de Châteauroux à l’ouest des domaines charentonnais, on peut supposer que le château de Montrond est un élément déterminant de la géopolitique régionale, comme matérialisation de la frontière entre les deux grandes maisons féodales.

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 23:14

Primitivement destinées à alimenter la refonte de la Gallia Judaica, et sans aucune nouvelle des auteurs de cette initiative, il peut être intéressant pour les lecteurs de connaître quelques sources sur la présence de communautés juives dans plusieurs grandes villes de la région. Les références bibliographiques sont disponibles sur simple demande. La plus ancienne mention date de 1184. Isaac Uradis, juif de Bourges, se fait confisquer sa maison par Philippe Auguste, qui l’offre à son maréchal, Matheus de Bituric. En 1280, la dame de Vierzon réclame un juif arrêté par les gens du roi, car le prisonnier n’a pas été pris en flagrant délit. Sensiblement à la même époque, le prieur de Saint-Benoît-du-Sault veut expulser les juifs du Sault mais le vicomte de Brosse s’y refuse. En 1294, c’est au tour des juifs de Nevers d’être expulsés par Philippe le Bel. Enfin, en 1323, c’est Perrin de La Queux, gardien des prisons royales de Bourges qui laisse échapper, moyennant finances, des “juifs et autres malfaiteurs des prisons de Bourges”. Deux tendances se distinguent dans ce court échantillon: la brutalité royale à l’égard des israélites, et la protection seigneuriale dont ceux-ci bénéficient dans les villes où l’influence du souverain est faible. Souvent utiles pour la gestion des domaines seigneuriaux, les juifs placés au service des grandes maisons féodales sont protégés par le statut que leurs confère l’importance de leurs fonctions de prêteurs ou de changeurs. Le roi de France, disposant de revenus qui lui permettent d’entretenir des services fiscaux et comptables encore rudimentaires mais suffisants pour subvenir aux besoins courants du palais et du domaine royal n’a aucun intérêt à la présence de juifs dans son royaume et évolue dans un univers mental qui fait des adeptes de la première religion du Livre des déicides. Les persécuter s’inscrit dans une logique de croisade permanente.
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4 juillet 2008 5 04 /07 /juillet /2008 12:05


Il est toujours désolant pour un historien de constater la ruine, peut-être aujourd’hui irrémédiable, d’un petit patrimoine religieux. Il y a plusieurs années nous assistions, impuissant, à la destruction à la pelleteuse du prieuré de Souages, entre Saint-Amand-Montrond et la forêt d’Habert. La nucléarisation de la parcelle en plusieurs propriétés distinctes avait empêché les propriétaires de s’entendre sur les mesures de sécurisation et de restauration du site à mettre en œuvre et la seule solution trouvée avait été la mise à terre du bâtiment médiéval, dont certains éléments architecturaux auraient été récupérés dans des conditions obscures.
C’est aujourd’hui une autre fondation monastique rarissime qui est menacée de disparition. La presse locale s’en était très justement émue après que des défenseurs du site aient exprimé leurs inquiétudes.
Situé sur le domaine public, le monastère de Bléron est situé au nord de Bourges, en forêt d’Allogny. C’est un lieu de promenade très fréquenté. Ses bâtiments datent de la fin du Moyen-âge et offrent un intérêt architectural limité - ce qui ne justifie en rien leur abandon, bien entendu.
Le caractère exceptionnel de l’endroit tient dans l’originalité de la règle qui avait été adoptée par les Frères vivant sur place. Bléron serait, à notre connaissance, la seule Chartreuse de la région, comme l’atteste en 1230 un acte de l'abbaye de Saint-Satur*, preuve au passage, avec un autre acte antérieur de 1193, qu’une activité spirituelle animait déjà le site  plus de 200 ans avant la construction des structures actuelles. Rappelons que l’esprit qui animait les Chartreux était très proche des aspirations de l’hérémitisme.
S’il est facile de déplorer le pillage de l’endroit et sa fréquentation par quelques groupes d’illuminés, il est plus difficile d’agir efficacement pour sa protection. Peut-être que ces lignes aideront un jour à  décider quelque politique local ou mécène avisé à engager des travaux de réhabilitation du monastère de Bléron.

* L’investissement en temps et en argent qui a été nécessaire pour mes recherches universitaires et le retour dérisoire en terme de bénéfice matériel personnel de toute cette aventure m’ont conduit à restreindre l’accès aux références de mes sources, afin d’éviter le pillage d’informations. J’ai ainsi fait le choix de ne rien publier sur ce blog. Toute demande précise doit m’être adressée par courrier, avec engagement écrit à citer mon nom dans d’éventuelles publications.
Seules les institutions publiques qui ont permis par la communication de leurs fonds la poursuite de mes recherches sont dispensées de cette restriction, c’est à savoir:
les Archives départementales du Cher, de la Creuse et de la Nièvre,
la bibliothèque municipale de Saint-Amand-Montrond.
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4 juillet 2008 5 04 /07 /juillet /2008 09:22


La petite commune de Vernais possède un édifice roman, qui, en plus d'avoir un incontestable intérêt architectural, présente la curiosité de conserver les traces d'un calendrier médiéval peint sur le mur intérieur du chevet de l'église. Plusieurs mois sont encore bien visibles. L'ensemble paraît avoir été peint vers le XIVe ou le XVe siècle. Ce type de calendrier est rare pour la région. Les plus connus sont celui de l'église de Paulnay, dans l'Indre et celui du tympan de la collégiale de Saint-Ursin, conservé dans le mur d'un local militaire, près de la place Séraucourt. 

Le prieuré de Vernais dépendait de l'ancienne abbaye bénédictine de Charenton-du-Cher. La qualité de son architecture est conforme à la plupart des édifices romans construits dans l'aire d'influence de la seigneurie de Charenton, dont les revenus ont presque seuls suffit à l'édification de l'abbaye de Noirlac et de nombreux autres prieurés et églises de la région.

Une association a pris en charge la promotion et la restauration de l'ouvrage qui est ouvert entre autres à l'occasion de Journées du Patrimoine.

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 16:52


Cet objet a longtemps été visible dans le mur d'une dépendance d'une petite maison du village de Saint-Baudel. Lors de la vente de la maison, la tête, en partie masquée par du ciment, put être descellée et récupérée. 

Il s'agit d'une tête anthropomorphe vraisemblablement romane, en calcaire régional type "la Celle", d'une vingtaine de centimètres de haut, qui paraît avoir appartenu à une frise plus qu'à une statue. Si les traits du visage ont en partie été usés, il demeure l'amorce d'une auréole encore bien visible à droite de la tête.

L'explication la plus probable à la présence de cet objet dans un tel contexte s'oriente vers les lourdes dégradations qu'à subi l'église paroissiale de Saint-Baudel à une époque qui reste à définir. Une visite de cet édifice roman montre qu'il a été passablement dégradé et qu'une partie du statuaire médiéval a été saccagé. Il est probable que cette pièce a été ramassée sur place par des villageois, qui l'ont placée dans la maçonnerie d'une petite dépendance rurale, peut-être en en espérant quelque bienfait pour le cheptel ou le produit des vendanges. 

Cette tête est aujourd'hui conservée dans une collection privée, mais mérite d'être signalée à l'attention des connaisseurs.

 

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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 12:43


danseuse - chapiteau de l'église de Bourbon-l'Archambault (03)

Le hasard réserve parfois à l’historien d’heureuses surprises, principalement dans des champs de recherches qui lui sont inhabituels, tels que les Arts et la Littérature. Inconnue de la plupart des écrivains de l’Histoire du Bourbonnais, une œuvre romanesque médiévale, le roman de Flamenca, a retenu toute notre attention.

Le livre, dont l’auteur est anonyme, a probablement été écrit vers 1272-1275. La langue employée par le narrateur est l’ancien provençal et le ton s’apparente à celui en usage dans toute la littérature méridionale initiée par les troubadours. Considéré comme l’ancêtre de la littérature romanesque française, ce roman ne semble jusqu’à présent jamais avoir attiré l’attention de historiens régionaux. Pourtant, le romancier occitan a choisi Bourbon comme espace romanesque, et l’un de ses seigneurs, Archambault, comme personnage central d’une intrigue amoureuse impliquant Flamenca, sa jeune épouse et Guillaume, séduisant comte de Nevers. L’action semble se situer en 1223 ou 1234, soit presque un demi-siècle avant la composition de l’œuvre, et met en situation plusieurs grands féodaux des pays du Centre. S’il n’est pas question de narrer l’intrigue (le lecteur y perdrait le plaisir d’une lecture à laquelle les présentes lignes n’ont pour seule ambition que d’inviter), la découverte du roman ouvre un large éventail de questions sur l’environnement historique qui a accompagné la composition de cette fiction de l’époque des croisades.

L’auteur écrit dans une langue étrangère au Bourbonnais, le Provençal. S’il est bien difficile de savoir comment s’exprimaient les gens de ces régions au XIIIe siècle, il est permis de supposer que la haute féodalité était bilingue, maîtrisant le Français et l’Occitan, complétés par des rudiments de Latin pour les plus cultivés. Dans tous les cas, le Provençal était une langue méridionale bien éloignée des pratiques bourbonnaises. Il serait intéressant de comprendre pourquoi le romancier a choisi Bourbon pour situer une fiction destinée à un lectorat de la France du Sud, d’autant plus qu’il est évident qu’il possédait sur la région des précisions qui n’ont rien de fictives. Le roman insiste sur le thermalisme à des fins ludiques et curatives, propre à l’ancienne cité des Bourbon. Sa connaissance des personnalités politiques de l’espace ligérien (Bourbon, Nevers et Blois) est correcte, quoique limitée aux plus grandes maisons féodales. Il est possible que cet occitan ait voyagé au nord de sa région d’élection et ait séjourné à Bourbon, collectant ainsi assez d’informations exactes pour nourrir la fiction qu’il projetait de composer. On peut aussi admettre que la singularité du thermalisme de la ville de Bourbon ait pu avoir à l’époque une réputation dépassant les monts d’Auvergne. 

La possibilité qu’un seigneur de Bourbon ait pu voyager dans l’espace méridional n’est pas à écarter. Bourbon, Nevers et Blois étaient aux XIIe et XIIIe siècle de puissantes seigneuries, dont la capacité offensive en cas de conflit devait être appréciable. Sans que l’inventaire n’en ait encore été fait de manière exhaustive, on sait par les archives du clergé régulier que presque toutes les grandes maisons féodales de la France du “centre” ont participé à l’une ou l’autre des croisades prêchées par la papauté entre 1099 et 1250. L’auteur de Flamenca peut avoir croisé la route d’un seigneur de Bourbon et de son équipage sur une des routes les conduisant vers la Terre Sainte. Sans aller aussi loin que l’outre-mer, certains chevaliers ont accompli au début du XIIIe siècle leur vœu de Croisade en accompagnant le roi de France combattre l’hérésie cathare de la vallée du Rhône au pays toulousain, espace dans lequel la langue employée par le romancier était commune à de nombreux lettrés. La dernière piste que suggère le roman lui-même est celle d’un tournoi, organisé à Bourbon même, ayant opposé un certain nombre de lances venues de régions éloignées du Bourbonnais. Toute la fin du roman raconte les préparatifs et la tenue d’une joute organisée par Archambault de Bourbon sous les murs de son château, ayant réuni des chevaliers venus de la France entière. La réunion d’une telle rencontre était tout à fait à la portée du sire de Bourbon -on relève la trace d’un tournoi à Châteauneuf-sur-Cher au début du XIVe siècle, seigneurie beaucoup plus modeste- et la capacité attractive d’un pareil événement pouvait être considérable. La description du blason de la maison de Bourbon plaide en faveur de cette thèse, mais les armoiries ornaient aussi l’équipement des chevaliers lors de leurs expéditions militaires. Le romancier occitan a peut-être rencontré un témoin ou un participant à cette épreuve martiale, ou lu un écrit rédigé à cette occasion, aujourd’hui perdu, et choisi de faire revivre dans son roman d’amour une partie des protagonistes dont la présence avait le plus marqué les esprits d’alors.  

Nous conclurons en regrettant de ne pas avoir trouvé dans les sources historiques médiévales de la région matière à confirmer, ou infirmer, la réalité d’événements anciens qui auraient pu inspirer au conteur méridional l’histoire de la belle Flamenca. Cette simple simple réserve n’altère en rien le plaisir que l’on éprouve à voir vivre sous la plume du poète des lieux aujourd’hui livrés à la ruine et revivre dans notre imagination des figures éteintes depuis des siècles.



note: la littérature médiévale compte peu de lecteurs, aussi les éditions de textes anciens ne sont pas légions. La dernière livraison grand public du roman de Flamenca a été éditée par Jean-Charles Huchet, Flamenca, roman occitan du XIIIe siècle, 10/18, bibliothèque médiévale n°1927, 446 pages, Paris 1988. Cette édition est épuisée mais reste encore disponible chez certains bouquinistes et librairies spécialisées.

 

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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 20:33
J'ai choisi d'inaugurer cette recherche consacrée au Berry médiéval par le prieuré de Drevant. Les alentours de ce site roman ont été l'objet d'une campagne de fouilles de sauvetage en 1974 sous la direction de Jacques Gourverst, alors conservateur des musées de Châteaumeillant et de la Châtre. C'est dans ce lieu que j'ai expérimenté pour la première fois l'archéologie de terrain. Le prieuré de Drevant est étroitement lié, comme beaucoup d'édifices religieux de la vallée du Cher, à la présence de la seigneurie de Charenton dont le premier seigneur connu, Ebe, en qualité de seigneur de Saint-Amand, donne au milieu du XIe siècle la terre qui a servi à la construction de l'édifice aux moines du Moûtier-d'Ahun, dans l'actuel département de la Creuse. La pauvreté du tissus abbatial local explique que le chevalier de Charenton ait choisi une abbaye aussi éloignée pour effectuer sa donation. Il est en plus fort probable que la langue parlée dans l'espace frontalier entre le Berry et le la Marche ait favorisé un tropisme méridional. Les bénédictins marchois ont entrepris la construction sur des fondations gallo-romaines d'un prieuré dont la façade est aujourd'hui classée Monument historique. Autour de l'édifice s'est développée une nécropole accueillant sarcophages et sépultures en pleine terre. Le prieuré de Drevant est indissociable du château de Drevant, édifié dans les restes de l'amphithéatre gallo-romain, dont la chapelle était encore visible sous Henri IV. Les fondations du donjon ont été démolies lors des fouilles du site au XIXe sicle et de nos jours, seul le puits dans l'esplanade de l'arène conserve le souvenir de cette forteresse établie par les seigneurs de Charenton. Le prieuré de Drevant est privé. La façade classée M.H. est visible sans restriction et mérite le détour.

 

The romanic priory of Drevant (XIIth century)

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Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
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  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
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Merci de l'intérêt que vous portez à l'histoire de la région.




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Conférences

conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Archives

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.