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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 07:21
Quelques détails permettront au lecteur d'apprécier la finesse de la gravure de la matrice de sceaux du duc Jean:

 pélican porteur de blason


L'ours (thème repris sur le gisant de son tombeau dans la cathédrale de Bourges)


Le contre-sceau. L'empreinte dans la cire est assez profonde pour avoir protégé les détails des chocs et de l'usure. 
 
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Published by Olivier Trotignon - dans politique-société civile
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25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 09:20


Ayant eu la chance d'accéder à une belle collection de sceaux médiévaux berrichons soustraits à leurs chartes d'origine, il me semble juste de partager avec les lecteurs le plaisir d'admirer de si beaux objets. Les deux pièces présentées en illustration sont des sceaux en cire verte, avec lacs de soie, du duc Jean de Berry.
L'accès à cette collection privée s'est fait sous condition de respect de l'anonymat des détenteurs de ce fonds, connu des Archives départementales du Cher et de l'Indre. 

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Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
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25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 08:36



L'abbaye cistercienne Notre-Dame des Pierres est située sur la commune de Sidiailles, dans le département du Cher. Elle est propriété privée et à ce titre n'est accessible qu'avec l'accord des propriétaires.

Pour mémoire, nous signalons un vestige associé, bien qu'inaccessible au public. L'une des plus ancienne cloche de France, datée du XIIIe siècle, est déposée dans le clocher de l'église de Sidiailles. Cette cloche a certainement été prise sur le site des Pierres au moment de son abandon.


Le site

Contrairement à la Roche-Guillebaud, dont la fondation a été déterminée par une particularité géologique unique dans la région, le choix du site des Pierres s’est fait sur des critères plus abstraits. Isolés dans une nature hostile, loins des routes et des villages, les premiers habitants du lieu sont venus s'y installer parce qu'aucune présence humaine ne pouvait perturber leur recueillement. Toutefois l'abbaye des Pierres n'est pas totalement isolée. Les châteaux de Culan et de la Roche, le village fortifié de Sidiailles et certainement plusieurs fermes n’étaient qu’à quelques heures de marche. Cet environnement humain réduisait, sans l’abolir totalement, le risque d’exactions de bandes armées ou de pillards attirés par les réserves des moines et par la facilité de réduire à merci une communauté contemplative incapable d'assurer sa sécurité par la force.

Comme dans les autres monastères dépendant de Cîteaux, la vie des moines était consacrée à la prière et à la méditation dans des structures qu’on peine à reconnaître dans les quelques ruines encore visibles. On sait qu’aux traditionnels cloître, logements des moines et convers et église abbatiale avait été ajoutée une forte tour carrée à quatre niveaux abritant la bibliothèque, les archives, l’infirmerie et les cuisines du couvent. Une partie de ces bâtiments était encore visible au XIXe siècle. Le faible intérêt des moellons de schiste employés dans les constructions a limité les pillages de matériaux mais l’ensemble s’est très fortement dégradé au cours du XXe siècle.


Les premiers moines

On a coutume de considérer que l’abbaye des Pierres fut fondée en 1149 par filiation de l’abbaye creusoise d’Aubepierre, elle même fille de Clairvaux comme Noirlac, la Prée, et Fontmorigny. On possède même une liste très précise des laïcs ayant contribué, par leur générosité, à la constitution du domaine de l’abbaye, afin de lui permettre de vivre des revenus de ses propriétés. L’étude attentive des noms des donateurs montre que tous ne sont pas contemporains et que certains, parmi lesquels Amblard Guillebaud, vivaient presque un demi-siècle avant la fondation. Cette discordance des dates est appuyée par un acte rédigé vers 1200 par le jeune seigneur Guillaume de la Roche (-Guillebaud) qui confirme les donations antérieures consenties aux religieux des Pierres par son père Guillaume, son grand-père Guillebaud et par son bisaïeul Amblard. Manifestement, une communauté monastique existait dès la fin du XIe siècle au lieu-dit les Pierres, bien avant que les cisterciens d’Aubepierre ne viennent y fonder leur filiale. Ce cas n’est pas unique. Le nom ancien de Noirlac “la Maison-Dieu-sur-Cher” montre qu’une petite communauté de frères soignants d’un hôtel-Dieu local avait précédé les moines de Clairvaux. Plus proche, le couvent de Bussière existait avant qu’il change d’implantation et soit affilié à l’Ordre de  Cîteaux en 1189.

Qui pouvaient être les premiers cénobites à s’être retirés dans la vallée de la Joyeuse? Peut-être des ermites ayant rassemblé quelques disciples en une structure monastique primitive suffisamment solide pour attirer les bienfaits de la noblesse locale. On peut aussi valider l’hypothèse d’une fondation pré-cistercienne autonome, conçue sur le modèle des préceptes de Saint Bernard, rattachée à l’Ordre en 1149 après avoir été visitée, évaluée et approuvée par les moines d’Aubepierre.


L’abbaye et la société

Si le site des Pierres est propice à la quête de dépouillement et de solitude des premiers moines blancs, il présente l’inconvénient de ne permettre aucun espoir de développement ultérieur de la communauté. La région est sous-peuplée, les rendements du sol sont faibles et la noblesse locale a des revenus limités. L’abbaye des Pierres, jusqu’à la dispersion de ses  derniers frères, demeure un petit monastère. Son domaine foncier est constitué par les dons des féodaux des environs: Culan, Guillebaud, Courçais, Saint-Désiré, Saint-Vitte, Vallon, Domérat mais aussi Déols, qui est seigneur des terres à l’ouest de l’Arnon. Il se situe logiquement entre Culan, Préveranges et Saint-Saturnin. Quelques granges plus éloignées complètent ce patrimoine modeste. L’un des attraits de l’abbaye consiste à accueillir des sépultures laïques. Les dépouilles des nobles sont inhumées dans les murs même du couvent, au plus près des messes et prières dites pour le repos des âmes. On peut supposer que  abbaye est peuplée de fils cadets de ces mêmes nobles, devenus moines à leur majorité, lorsque tout espoir d’hériter du fief paternel s’était évanoui.

On note chez les abbés des Pierres une autorité morale qui révèle un réel rayonnement de la communauté. A plusieurs reprises, nous les trouvons témoins ou conseillers dans des affaires temporels ou spirituelles, associés à d’autres supérieurs cisterciens et augustins, tels les abbés de Puyferrant, la Prée ou Varenne. Noirlac, en comparaison, est plus riche mais moins influente que les Pierres.


Les vestiges

L'abbaye primitive a presque disparu du paysage. Quelques pans de murs et voûtes en partie effondrées témoignent encore du passé du lieu. Pour respecter la volonté des propriétaires du site, qui seraient responsables en cas d'accident survenu sur leur propriété, nous déconseillons fortement aux amateurs de vieilles pierres de pénétrer dans les ruines de l'ancien monastère, pour des questions de sécurité assez évidentes au vu de l'état des maçonneries, et pour leur éviter la déception de n'avoir pu contempler que l'ombre d'un monument autrefois prestigieux.


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Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 09:40

Peu connu du grand public car isolé dans la campagne et sans balisage particulier, le prieuré roman de Soye, sur la commune de Saint-Georges-de-Poisieux est un monument à découvrir. D'un plan rectangulaire très simple, le bâtiment roman est  construit sur un léger tertre qu'on ne saurait affirmer naturel ou artificiel. Sa façade est sobre, plus dépouillée que celle du prieuré de Drevant, mais il conserve sur ses cotés latéraux deux lignes de modillons, alors que Drevant en est dépourvu. On remarque sur la façade la présence de chapiteaux en calcaire clair qui tranche sur la pierre de taille ocre de l'ensemble. L'intérieur conserve un chœur très simple encore occupé par un autel et divers anciens fonds baptismaux. 

L'originalité du lieu tient aussi à la présence de bâtiments attenants à la partie médiévale, héritiers de l'ancienne exploitation agricole complémentaire de l'activité religieuse. Outre quelques très beaux modillons, dont un curieux reptile joueur de harpe ou de rote, on remarque plusieurs restes de cadrans solaires, difficiles à dater.

Le prieuré de Soye donnait son nom au Moyen-âge à la Loubière, dite "Eau de Soye - aqua de Saia", petite rivière toute proche. Il était une dépendance de l'abbaye Notre-Dame de Puyferrand, proche du Châtelet-en-Berry, accueillant des chanoines de Saint-Augustin.

 



 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 09:11

(sceau médiéval - collection privée à Bourges)

Les archives municipales de Saint-Amand-Montrond, dépositaires des lambeaux du chartrier du couvent de Carmes (occupé aujourd'hui par l'hôtel de ville), ont conservé la narration d'un miracle attribué à une œuvre d'art aujourd'hui perdue, l'image de Notre-dame de recouvrance. Nous ignorons tout du support matériel de cette figure de la Vierge, tableau ou statue, mais on sait que sa notoriété était assez grande pour attirer vers Saint-Amand des pèlerins qui étaient entre autres hébergés à l'hôtel de l'Image - référence explicite à la Vierge - lors de leur séjour saint-amandois. Cette auberge changea de nom lorsqu'elle se transforma en relais de poste et fut alors connue en tant qu'hôtel de la Poste, qui conserve encore aujourd'hui une tradition hôtelière.

Les archives des Carmes perpétuent le souvenir de deux miracles attribués à l'Image. Le premier traduit plus une foi locale qu'une intervention directe de l'entité miraculeuse. Un ouvrier carrier, pris dans éboulement du front de carrière, est retrouvé sain et sauf par les sauveteurs persuadés de chercher un cadavre et non un rescapé. Le malheureux déclare devoir la vie à Notre-dame de recouvrance.

Le second récit est beaucoup plus précis et évoque une guérison miraculeuse. Sa transcription donne à quelques détails près ce qui suit:


"(...)  daté du vingt  troisième jour d’Aoust  mille cinq cent  trois, et ce qu’une femme nommée Andrée veuve de Jean Telin paroissienne de Taulmier native du village des Reynarts paroisse d’Orsan estant en necessité ... de sa personne ayant memoire de Dieu et de nostredame de recouvrance, fist sa requeste à la dite dame,  ... necessité qui estoit une maladie en forme de (catarce) en telle sorte qu’elle ne parloit ny ne mouvoit sauf du bras dextre  et fut depuis le vingthuitième de juillet jusqu’au douzième du mois d’aout lajusqu’au douzième du mois d’aout lensuivant save par le boire ny manger ny remuer un membre sauf que sondi bras dextre; pour laquelle affliction il luy vint en memoire de voüer et recommander a nostre dame de recouvrance en promettant a son createur la venir voir aussitot en son eglise et chapelle du couvent des Carmes en la ville de Saint Amand, et alors se fit ammener en ladite eglise et chapelle, portée devant l’image de notre dame de recouvrance, peu de temps après elle parla fort bien, fut guerie de sa maladie qu’elle avoit en son corps et puis se tourna et marchoit fort bien, comme le tout est plus amplement déclaré (...)"

 

Selon le texte, cette paroissienne de Thaumiers guérit de ce qui ressemble à une hémiplégie à la seule vue de l'image de la Vierge, rappelant le rôle de médiation de certains objets de culte entre la sphère divine et le monde des humains. L'image est l'intermédiaire entre la Vierge et le croyant et a valeur de relique d'autant plus nécessaire que la Bonne Dame, comme on l'appelait encore récemment en Berry, n'a laissé presque aucune trace matérielle de son séjour terrestre.

Il est bien entendu que l'historien n'a pas à se prononcer sur la véracité du contenu de ce récit - chacun juge ces événements selon sa propre appréciation du fait religieux ancien - mais qu'il dispose par ce type de témoignage d'informations irremplaçables sur l'univers mental dans lequel évoluaient les gens de la région à la fin du Moyen-âge.

 

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Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 22:27


Il m'a semblé intéressant de consacrer quelques lignes à un curieux réemploi d'une sculpture médiévale d'origine inconnue, visible dans une propriété privée du canton de Charenton-du-Cher, sur laquelle le lecteur voudra bien, par respect envers les propriétaires, comprendre ma discrétion.
Cette tête fut initialement trouvée lors de la démolition d'une ancienne grange, et quelqu'un eut l'idée de s'en servir pour briser la monotonie d'un mur. Son originalité tient à l'incrustation de deux petits éclats de pierre noire pour figurer les pupilles du personnage couronné que représente l'objet. D'une trentaine de centimètres de hauteur, cette statue de calcaire type "la Celle" semble de facture gothique et rappelle certains culs-de-lampe comme on peut en observer dans des chapelles de la fin du Moyen-âge. 
On signale dans un périmètre étendu plusieurs bâtiments religieux partiellement ou totalement démolis qui pourraient être à l'origine de la récupération de cette pièce. L'abbaye Notre-Dame-de-Charenton et l'église de Saint-Pierre-les-Etieux ont été sérieusement malmenées par le passé et une fondation templière, située entre Saint-Amand et le Pondy, aurait été complètement détruite. 
L'aide d'un collègue historien de l'Art serait la bienvenue pour affiner la datation de ce vestige. 

 
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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 09:11


photo I.G.N.


Des outils logiciels très simples d'emploi et disponibles sur internet permettent un utile croisement des sources. Ainsi, par un simple passage en revue des images aériennes et satellites disponibles sur la région d'Ainay-le-Vieil, dans le Cher, il a été possible de localiser l'emplacement d'une ancienne maison forte de la fin du Moyen-âge, complètement arasée, mais bien visible sur le cadastre napoléonien de la commune de la Celette, à l'époque où celui-ci était encore détenu en mairie. Les prospections à vue sur le terrain n'ayant rien donné, c'est par les airs que nous pouvons retrouver la trace de cette ancienne micro-forteresse.

Rappelons que les maisons fortes sont parfois confondues avec les mottes castrales dans l'esprit du public averti. La motte castrale est le vestige d'un ancien château de bois construit à partir du XIe siècle principalement, sur un tertre assez élevé par des apports de remblais extérieur à l'ouvrage. Ces mottes, sièges d'un pouvoir féodal structuré à un niveau supérieur de la hiérarchie politique locale, sont assez peu nombreuses et sont souvent l'amorce d'un foyer urbain.

Construites par la petite aristocratie à la fin du Moyen-âge, les maisons fortes sont plus nombreuses en secteur rural. Constituées d'une douve séparant une plate-forme du relief ordinaire, elle accueillaient le plus souvent de grosses demeures fortifiées dont le bois était le matériau principal. Si beaucoup ont été abandonnées ou se sont transformées en de simples exploitations agricoles, quelques unes ont évolué en petits châteaux-forts ou hôtels particuliers à la période post-médiévale.

Le cas du château de la Lande est intéressant, car il traduit bien la fragilité de ce genre de petit patrimoine militaire. Préservé pendant des siècles dans un paysage de bocage à toutes petites parcelles, il est totalement arasé lors du remembrement qui défigure la commune de la Celette dans les années soixante-dix. Cette destruction est ignorée des archéologues de l'époque. Les photographies aériennes verticales permettent de retrouver la forme primitive des fossés comblés, au milieu des traces des bûchers du remembrement.

J'invite toute personne qui aurait pu avoir le loisir d'observer de tels vestiges par hasard ou par une prospection méthodique d'en communiquer les détails aux services d'archéologie départementale, pour favoriser la mise en œuvre de mesures de sauvegarde en cas de menace ultérieure.

 

 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 19:40



Le mur du cimetière de Coust, de facture moderne, intègre quelques curieux éléments de réemploi, dont un grand morceau de dalle funéraire de presque trente centimètres d'épaisseur, sur laquelle peut être reconnu un personnage, probablement religieux et une légende qui mériterait l'avis d'un épigraphiste. Il est difficile de savoir si les autres fragments de dalle reconnaissables dans la maçonnerie  appartiennent à une seule pierre tombale ou à plusieurs.
Il se peut qu'il s'agisse là des ultimes traces du prieuré médiéval connu dès la seconde moitié du XIII dans ce village, dépendant de l'abbaye bénédictine voisine connue sous le vocable de Notre Dame de Charenton, et détruit à une date inconnue

 

 
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Published by Olivier Trotignon - dans art funéraire
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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 18:22

Un ensemble remarquable, quoique peu connu, de sépultures médiévales fut découvert dans le jardin du prieuré de Drevant dans les années soixante-dix, à l'occasion des travaux d'aménagement de l'ancien bâtiment médiéval en résidence. Cette fouille de sauvetage, opérée sous la direction de Jacques Gourverst, chercheur antiquisant alors en charge de la conservation du musée de Châteaumeillant, ne permit pas à l'époque de conclure sur l'origine des inhumations mises au jour.

De nouvelles données méritent qu'on s'attarde sur ce qui pourrait être une des premières nécropoles seigneuriales du Berry.

Nous savons que le seigneur Ebe de Charenton, seigneur de Saint-Amand au milieu du XIe siècle et probable constructeur des châteaux de Charenton, Saint-Amand et Drevant, offrit au monastère creusois du Moûtier-d'Ahun la terre qui devait voir s'élever le futur prieuré. Considérant que toutes les familles féodales de cette époque eurent soin de se faire enterrer près de monastères pour assurer le salut de leur âme, on trouve des nécropoles seigneuriales à Déols - pour les seigneurs du même nom, Orsan, pour les Culan et les Lignières, la Chapelaude, pour les Huriel et Souvigny, pour les Bourbons. On sait par ailleurs qu'à partir de la fondation de Noirlac, les successeurs du premier Ebe de Charenton se firent enterrer, ou emmurer, dans le cloître cistercien, mais on ignore tout des pratiques de leurs prédécesseurs. Or, le prieuré de Drevant était le seul établissement monastique d'importance suffisante, avec l'abbaye bénédictine de Charenton, de toute la région de Charenton, et plusieurs cas locaux montrent que les bénédictins refusaient - ce fut le cas de Chezal-Benoît - les sépultures laïques parmi celles des moines. Nous retrouvons là une pratique funéraire remontant à l'époque mérovingienne, qui conférait une grande importance au fait de se faire inhumer dans l'espace où s'égouttaient les toits des monastères.

On ne s'est jamais interrogé sur les motivations d'Ebe de Charenton à aller chercher des moines marchois pour les fixer sur son fief, ni sur l'origine de la série de sarcophages exceptionnels pour la région observés au pied du prieuré de Drevant. Nous considérons comme tout à fait probable que les tombeaux découverts à Drevant puissent être ceux non seulement de moines desservants du prieuré mais aussi ceux des premiers Ebe de Charenton avant que Noirlac n'accueille les dépouilles mortelles de ces féodaux.

Un sarcophage particulier, fermé par deux dalles superposées dont la première était sculptée d'une grande croix en haut relief, dépassait en qualité les autres sépultures. On avait même pris soin d'y déposer une stèle funéraire gallo-romaine en grés local représentant un homme barbu. Peut-être est-ce la seule image que le temps aura bien voulu nous livrer du fondateur du prieuré...
 

Cet article voudrait saluer la mémoire de Jacques Gourverst, savant homme aux multiples qualités, et de  Maurice et Yvonne Alabergère, propriétaires du prieuré au moment des fouilles, couple d'une très grande gentillesse, qui supportèrent avec patience nos tranchés et notre remue-ménage dans leur propriété.

 

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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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10 septembre 2008 3 10 /09 /septembre /2008 09:10


Le regain d'intérêt pour le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle conduit, depuis plusieurs années, de nombreuses personnes à hanter les routes et sentes du sud du Département du Cher, modernisant l'ancien chemin de Vézelay. En marge de cet engouement, certains points de vue se sont exprimés sur la légitimité de faire passer les pèlerins par tel ou tel itinéraire pour inscrire leur voyage au plus près de la tradition médiévale. Certains arguments reposaient, comme à Saint-Amand-Montrond, sur l'existence dans le patrimoine bâti de motifs décoratifs figurant des coquilles saint-Jacques, censées signifier une relation entre le lieu et le chemin des pèlerinages.

Si on fait objectivement le bilan pour les premiers siècles de cette migration de croyants vers les terres d'Espagne, on constate, sans surprise, que les routes des pèlerins n'ont laissé aucune trace dans la documentation médiévale, inadaptée à la conservation du souvenir du passage éphémère de voyageurs franchissant plusieurs lieues par jour. Il aurait fallu qu'une de ces personnes décide de se dépouiller de ses biens au profit d'un monastère régional - on a le cas d'un chevalier du Berry qui fait une donation à l'abbaye de Saint-Sever, en Gascogne - pour trouver sa trace, mais les fonds abbatiaux sont muets sur le sujet.

Le recensement des coquilles saint-Jacques figurées sur les armoiries ou les façades n'amène pas plus à conclure que la route de Compostelle passait à proximité. la coquille est un élément héraldique associé au nom "Jacques" - comme sur le blason de Jacques Cœur -  et décoratif très commun à la période moderne.

L'observation du l'organisation du territoire peut cependant livrer quelques indices. On sait que le chemin de Vézelay coupait la Loire à Nevers avec deux itinéraires possibles, un prenant la direction de Bourges et l'autre s'orientant plus au sud-ouest. Ce deuxième axe est particulièrement intéressant à étudier, car un de ses tracés possible passe par la région de Charenton et la vallée de la Marmande, seul passage sécurisé par une forte présence féodale et assuré d'éviter les grands rideaux forestiers du flanc est de la vallée du Cher, à savoir les forêts de Tronçais et de Meillant-Arpheuilles. L'obstacle du Cher pouvait être franchi à deux endroits, matérialisés par des péages prouvant l'existence de gués aménagés sur la rivière ou de barges fluviales pouvant transporter les voyageurs d'une rive à l'autre. Deux de ces péages sont connus dans le Charentonnais. L'un était prélevé au passage du Cher entre Saint-Amand-Montrond et Orval, ouvrant aux voyageurs la route de Déols par Lignières et du Limousin par Le Châtelet. L'autre péage était situé à Meslon; entre Charenton et Ainay-le-Vieil, et révèle une autre route possible pour diriger les pèlerins vers le Limousin.

On n'oubliera pas de noter l'existence d'un troisième péage sur une axe naturel tout aussi plausible que les deux précédents. Une taxe était perçue sur le Cher à Vallon-en-Sully,  point de contact essentiel entre les terres de Bourbon et le Berry du Sud, à l'ombre des forteresses d'Hérisson et de Vallon.

En l'absence de toute référence à la région dans le Guide du pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle, premier itinéraire rédigé au cours du XIIe siècle, l'observation des conditions de circulation à l'époque des Croisades peut aider les spécialistes à affiner la reconstitution des itinéraires primitifs.

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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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