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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 09:25


Unique à notre connaissance dans le sud du Berry, la pierre de la dîme visible sur le site de l'ancien prieuré de Souages, commune de Morlac, dans le Cher, est peu connue du grand public. Taillée dans un bloc de calcaire, cette pierre de mesure demeure le dernier vestige d'un prieuré connu dès le XIe siècle, dépendant de l'abbaye bénédictine de Chezal-Benoît. Reconstruite à la fin du Moyen-âge, la chapelle du prieuré était encore debout il y a quelques années jusqu'à ce que son état de ruine avancé décide les propriétaires à la faire abattre. 

 

Les différentes étapes de l'occupation de la petite fondation bénédictine ne permet pas de savoir si la pierre visible actuellement sur place est d'origine médiévale, ou s'il s'agit d'une copie moderne d'une ancienne pierre à capacité datant des premières années du prieuré. L'excellent état de conservation de l'objet peut aussi s'expliquer par une disposition primitive sous un abri couvert aujourd'hui disparu.

On ne peut légitimement qu'être attentif à la sauvegarde de ce souvenir du système fiscal féodal. La pierre est exposée aux intempéries, et les bassins retiennent l'eau. Une très forte gelée hivernale pourrait provoquer des dégâts regrettables sur l'alvéole principale, un simple auvent de bois couvert de tuiles de pays semblerait une solution peu onéreuse pour mettre à l'abri ce vestige sans le soustraire à l'intérêt des visiteurs.
 

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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 22:14

Fils d'André de Chauvigny, désigné comme seigneur de Châteauroux par le roi d'Angleterre et de Denise de Déols, seule héritière directe du vieux lignage féodal castelroussin, Guillaume de Chauvigny, à son tour seigneur, mena une politique très active dans la vallée du Cher dès le début du XIIIe siècle. On trouve plusieurs traces de son activité diplomatique dans les chartriers de diverses abbayes, dont les Pierres et Noirlac, mais aussi un vestige beaucoup plus concret de ses possessions dans les paroisses de Marçais et Morlac sous forme d’un blason scellé dans la façade de l’église de Morlac. Cette pierre blasonnée reproduit fidèlement les armoiries de ce personnage telles qu’elles sont décrites dans la littérature spécialisée, qui semble souvent ignorer l’existence de ce motif héraldique, taillé dans un calcaire local, sans trace de polychromie.

On ne connaît pas avec certitude l’origine de la sculpture, qui parait avoir été placée là tardivement, mais on sait que Guillaume possédait des terres à Chevronnes, un lieu-dit de la commune de Marçais, au Châtelet, tout proche et à Boisroux, dont il rédige la charte de franchise conjointement avec l’archevêque de Bourges Simon en 1226. La présence de ses armoiries dans ce secteur du Boischaut n’a rien d’étonnant même si on doit souligner la rareté de l’opportunité qui nous est donnée de croiser des sources historiques et héraldiques.


Il faut signaler l’existence d’un blason identique visible sur un mur de la forteresse de Brosse, aux confins des départements de l’Indre et de la Haute-Vienne.

 

 

 

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Published by Olivier Trotignon - dans politique-société civile
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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 09:05

En presque trente années de recherches sur le terrain, comme amateur, fouilleur ou historien dans le cadre de mes recherches universitaires, j'ai été à plusieurs reprises confronté à des témoignages de découvertes de trésors. Au milieu de quelques sympathiques histoires plus proches de l'univers des pirates de bande dessinée que de l'archéologie se détachent quelques trouvailles fortuites qui éclairent une partie de l'histoire du Berry à la fin du Moyen-âge.

Une première cache métallique fut mise au jour à Saint-Amand-Montrond lors de la démolition, rue de l'Hôtel-Dieu, dans le quartier ancien de la ville, d'un bâtiment de nature imprécise sur le site de l'entreprise de carrosserie Valette. Cette trouvaille fut étudiée et acquise par le numismate saint-amandois Raymond Soulat, qui dispersa la plus grande partie de la collection. Les trois monnaies illustrant cet article proviennent de ce premier lot.

Un second trésor pourrait avoir été soustrait à l'attention de son légitime propriétaire lors de travaux de maçonnerie réalisés sur une ancienne bâtisse du quartier de la place du marché, toujours à Saint-Amand. Un artisan maçon, décrépissant un mur, aurait trouvé un bouchon de mortier sonnant le creux à la base d'un mur. En piquetant l'endroit, un nombre important de pièces d'argent se serait alors écoulé sur le sol. Flairant la bonne affaire, l'ouvrier -d'après le témoin qui m'a raconté l'histoire- aurait alors laissé tous ses outils sur le chantier, rempli sa caisse à outils avec le produit de son larcin, et regagné son domicile. Les détails tels qu'ils m'ont été rapportés semblent assez précis pour accorder, toujours avec les précautions qui s'imposent, un certain crédit à ce récit. La personne qui m'a conté l'anecdote a en outre reconnu dans les pièces de la rue de l'Hôtel-Dieu les mêmes espèces que celles dérobées par l'artisan.

Dans les deux cas nous nous trouverions donc devant des caches contenant un nombre indéterminé de pièces d'argent de l'époque Charles VII / Louis XI, que les propriétaires n'ont jamais récupérées, signe en général d'événements traumatiques comme des morts violentes, des départs précipités ou des ravages épidémiques. Le trésor de la rue de l'Hôtel-Dieu contenait -c'est peut-être un indice- des monnaies d'excellent métal, bien différent de l'argent appauvri qui a permis de frapper certaines pièces de monnaie à cette période.

Deux pistes doivent être envisagées pour expliquer ces mises à l'abri de sommes d'argent. La peur de dévaluation monétaire: des riches bourgeois soustraient aux appétits des agents royaux des métaux fortement titrés pour éviter leur échange avec des pièces de même valeur faciale, mais plus pauvres en métal noble. La crainte de pillages dans le contexte politique fortement agité de la Guerre de Cent ans, mal étudiée dans la région, peut être aussi une cause suffisante à la constitution de cache numéraires. 

On ne trouve aucune trace de pièces d'or, signe peut-être que le commerce local n'était pas assez florissant pour attirer la circulation de monnayages de grande valeur, ou qu'on les conservait dans des cassettes plus facile à emporter avec soi en cas de danger.

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Published by Olivier Trotignon - dans économie
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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 10:18

Il me paraît intéressant de signaler l'existence d'un petit guide très utile pour découvrir le patrimoine cistercien en Berry. Publié il y a une dizaine d'années à l'occasion du colloque cistercien de Bourges au printemps 1998 par un quatuor de spécialistes du patrimoine régional, il permet au promeneur averti de programmer quelques passionnantes visites des sites cisterciens accessibles au public, et de disposer d'un panorama complet du phénomène cistercien dans les départements du Cher et de l'Indre.
Bien que située sur le territoire de l'actuel département de l'Allier, l'abbaye féminine de Bussière profite d'une petite notice.
Cette édition de référence d'une cinquantaine de pages doit être disponible dans les librairies spécialisées et à la boutique de l'abbaye de Noirlac.


 
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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 09:20



Que le lecteur veuille bien me pardonner ce titre quelque peu décalé pour initier le premier chapitre d’une série d’invitations à la découverte du patrimoine médiéval autour de la célèbre abbaye de Noirlac. 

Il me semble intéressant de pouvoir conseiller quelques monuments très proches du site cistercien aux visiteurs connaissant peu les ressources patrimoniales de ce secteur de la vallée du Cher. Quittant noirlac, il est possible en quelques minutes d’atteindre trois sites remarquables et à mon sens injustement méconnus des amateurs d’architecture médiévale tant religieuse que civile et militaire. Le premier détour proposé est situé à quelques kilomètres au nord de Noirlac, au prieuré d’Allichamps.

Je ne peux m’empêcher de penser à ce vieil habitant du village de Bruère qui m’expliqua un jour, assez laborieusement, comment un chef arabe du nom d’Ali avait campé dans un champ près de son village; la postérité en ayant gardé le souvenir en baptisant la place le “Champ d’Ali”, devenu Allichamps. Le brave homme aurait certainement été surpris si on lui avait annoncé devoir aller chercher aux Champs-Elysées l’origine du toponyme en question. Plusieurs actes du chartrier de Noirlac montrent sans ambiguïté que le nom “Elyseis Campis” était encore employé pour désigner le lieu aux XIIe et XIIIe siècles.

C’est bien sûr à l’Antiquité que remonte le nom du site, reconnu depuis longtemps comme un vaste périmètre funéraire en bordure de la voie antique qui franchissait certainement le Cher à cet endroit. Des stèles funéraires assez nombreuses (il en reste une scellée dans la façade du prieuré), des vestiges gallo-romains dans les champs alentours, une grande nécropole mérovingienne repérée lors du chantier de l’autoroute A71, des sépultures fouillées dans le sol même du prieuré, démontrent l’importance de la vocation tumulaire de l’endroit, sans qu’on puisse vraiment l’expliquer en absence de toute synthèse sur les découvertes archéologiques faites sur place.

C’est ce lieu que choisirent les moines de l’abbaye de Plaimpied pour y fonder un prieuré dont la qualité des bâtiments reflète soit la générosité des donateurs laïcs soit la prospérité de ce lieu de passage. De cette fondation subsiste une grande partie de la chapelle prieurale, devenue une simple grange après la Révolution, et aujourd’hui encore défigurée par d’affreux hangars agricoles mitoyens. Abstraction faite de ces nuisances visuelles, le visiteur trouve sur place un très beau bâtiment construit en pierre de taille et partiellement couvert de dallettes de calcaire. Si l’abside latérale droite a été éventrée pour laisser passer les charrettes de foin, le chevet est remarquable de par son équilibre et la présence de nombreux modillons. L’intérieur de la chapelle recèle des chapiteaux sculptés de grande qualité, ainsi qu’une crypte.

Il est possible que ce lieu ait perdu de son importance stratégique au moment de l’abandon du passage de la voie ancienne par le gué du Cher au profit d’un nouvel axe se dirigeant vers Saint-Amand, nouveau pôle économique à partir du XIe siècle, passant sous les murs de la cité médiévale de Bruère, sur laquelle nous nous attarderons dans un futur chapitre, et par Noirlac.

Le prieuré d’Allichamps est la propriété de la commune de Bruère-Allichamps. Il est classé Monument Historique. Depuis plusieurs années, des bénévoles ont réalisé une remarquable remise en valeur du site, qui mérite vraiment un détour.

 

 


 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 21:44


Le contenu de ce blog est en général peu sensible à l'actualité mais il m'a semblé utile de réagir à une découverte faite cet après-midi lors d'une sortie en quête de photographies destinées à illustrer de futurs articles. Faisant le tour du prieuré roman d'Allichamps, sur la commune de Bruère-Allichamps (18), nous avons eu la surprise d'observer une cassure toute fraîche dans une suite de modillons placés sur le chevet de l'édifice et de retrouver le modillon manquant très abîmé par sa chute au milieu de la végétation. La statue - une sorte de renard - a achevé sa course sur une pierre et a éclaté en plusieurs morceaux. Visiblement, cette figure au trait très fin taillée en calcaire local - calcaire dit de la Celle - pourtant réputé non gélif, a subi les rigueurs de la dernière vague de froid. D'autres pierres de parement ont aussi éclaté sous les injures du gel. La patte gauche de l'animal gisait plus à gauche et manifestement, était déjà tombée depuis un certain temps.

Nous avons donc pris la responsabilité de récupérer la pierre pour la soustraire à la convoitise d'éventuels collectionneurs et de prendre conseil auprès du service départemental d'Inventaire du Patrimoine. L'objet a été déposé en mairie de Bruère, propriétaire de l'édifice, dans l'espoir d'une restauration ultérieure.

 

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Published by Olivier Trotignon - dans actualité
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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 09:44



Un enjeu méconnu de la spiritualité médiévale est illustré dans nos régions par les efforts déployés par la féodalité pour fixer des abbayes et des prieurés afin d’y reposer un jour. Nous avons déjà évoqué dans ces pages le cas du prieuré de Drevant, probable première nécropole de la famille de Charenton. Un examen rapide de quelques autres fondations monastiques illustre l’importance du phénomène à partir de l’an 1000.

Certes, il serait inapproprié de résumer l’attachement de la chevalerie à ses monastères à un simple projet funéraire. Les abbayes accueillaient une partie de la jeunesse seigneuriale et prenaient parfois en charge ses vieillards dépendants. Les dons consentis à Dieu participaient pour beaucoup à l’élan rédempteur de cette société d’hommes d’armes qui cherchait ses repères entre le Bien et le Mal. Des liens familiaux unissaient les chevaliers et les moines. La tombe était la dernière étape de ce cheminement commun entre les deux sociétés, celle qui combattait et celle qui priait.

Très tôt, les chevaliers berrichons cherchent dans le paysage religieux de leur temps les moyens d’attirer sur leurs terres des ordres monastiques acceptant parmi les sépultures de leurs frères ou de leurs sœurs les dépouilles laïques. Les sires de Bourbon se tournent vers la Bourgogne et Cluny pour fonder à Souvigny le prieuré qui accueillera leurs défunts. Huriel, isolé, favorise la renaissance de la Chapelaude, prieuré de l’abbaye de Saint-Denis, en Île-de-France, quelques décennies plus tard. Les seigneurs de la région de Lignières, Adalard Guillebaud en tête, offrent à Robert d’Arbrissel et à ses fontevristes la terre d’Orsan sur laquelle est bâti un prieuré (l’abbaye de Chezal-Benoît ne pouvait ouvrier son espace sépulcral aux tombes de laïcs). L’arrivée des cisterciens élargie les choix offerts à une féodalité en pleine expansion démographique et économique de se joindre à cette tradition reçue des plus anciennes familles régionales: Noirlac pour les Charenton, Fontmorigny pour les Montfaucon, Les Pierres pour les Guillebaud ouvrent leurs cimetières et leurs murs aux dépouilles mortelles de leurs bienfaiteurs, garantissant à ces derniers le récit de prières jusqu’à ”la consummation des siècles, pour le remède de leurs âmes”, selon les belles formules de l’époque.

 
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Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 09:15

Située à la lisière sud de la forêt de Tronçais, à quelques kilomètres de Cérilly (03), la forteresse de la Bruyère est un monument qui attire l'attention par sa singularité. Au sol, on note la présence de vestiges d'une enceinte fortifiée flanquée de tours et protégée par un large et profond fossé humide. Le terre-plein central ne semble pas avoir accueilli de construction maçonnée. Cet ensemble n'a aucune particularité architecturale qui mérite un détour à des fins touristiques, mais le médiéviste, historien ou archéologue, en repérera immédiatement l'intérêt en observant l'organisation générale du parcellaire voisin. Les haies et les chemins adoptent des formes concentriques jusqu'à plusieurs centaines de mètres des murailles de l'ancien château. Un détour par les sites internet de photographies aériennes verticales révèle un vaste terroir radioconcentrique encore bien perceptible dans un paysage bocager qui, fort heureusement, n'a pas été saccagé comme tant d'autres par le remembrement.

On est naturellement tenté de voir dans ce schéma une illustration grandeur nature du principe féodal de la gestion des espaces agricoles: au centre, le château, dans un premier périmètre, la réserve seigneuriale puis les tenures paysannes occupant un espace rayonnant et distribué par des chemins d'exploitation conduisant au réduit défensif. D'autres lieux restent aujourd'hui significativement marqués par cette géométrie: Issoudun, dans l'Indre, et Dun-sur-Auron, dans le Cher, en sont les meilleurs exemples.

 

 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 10:38



motte de Venas (03)

Constatant d’assez nombreuses recherches spécifiques aux terrassements défensifs médiévaux sur ce blog, il m’a semblé pertinent de réunir quelques observations faites lors de sorties sur le terrain.

Tout d’abord, il faut inviter le lecteur à une certaine prudence dans son approche de certaines informations publiées par des érudits, toujours de bonne foi, qui pourraient citer des buttes naturelles comme des aménagements médiévaux. Une simple visite du site ne permet pas toujours de faire la part des choses et seules les approches historique ou archéologique peuvent déterminer l’origine exacte de certains reliefs. Inversement, il m’a longtemps paru évident d’une élévation sableuse sur la moyenne terrasse du Cher était une butte-témoin épargnée par l’érosion jusqu’à ce qu’un confrère, lors d’une conférence, démontre autour l’existence d’un parcellaire organisé. 

Pour brièvement résumer la situation, nous nous trouvons en présence d’un phénomène polymorphe et étalé sur plusieurs millénaires. Sont parfois confondus avec des ouvrages médiévaux, surtout dans les publications anciennes, des murs de terre néolithiques ou de belles garennes à lapins, particulièrement trompeuses. J’y reconnaîtrait plusieurs modèles à partir d’exemples pris dans ma zone de recherches:

- les châtelets, terrassements de dimensions et de formes très variables. Certains sont de simples murs de terre obstruant le passage jusqu’à une petite plate-forme juchée sur un éperon rocheux, d’autres assurent la même fonction sur des superficies de plusieurs hectares (le camp dit romain de Sidiailles en est la plus belle illustration), d’autres enfin, souvent confondus avec des camps romains tant leur forme carrée est régulière. Le châtelet de la forêt d’Arpheuilles ou le Tureau de Chatelus en forêt de Tronçais sont deux excellents exemples. On suppose que ces camps fortifiés ont été occupés jusqu’à une date assez récente pour que la toponymie porte de façon assez égale la trace de leur existence (Châtelus, Châtelux, Châtelet, Châtelais - à voir pour Chateloy vers Hérisson, site d’une grosse fortification gauloise). Nous ne savons pas quel type de population a pu trouver refuge dans ces lieux souvent isolés, communautés de paysans libres ou organisés par un pouvoir féodal mal identifié.


-Les mottes castrales, souvent imposantes et bien identifiées dans un contexte féodal. Elles matérialisent le pouvoir de grandes familles nobles en activité dès le XIe siècle. Elles s’insèrent dans un tissu urbain dont elles forment l’amorce avec leur chapelle castrale, souvent devenue église paroissiale et leur basse-cour fortifiée. Beaucoup ont disparu, comme à Ainay-le-Château ou à Vallon-en-Sully mais les cadastres ne laissent aucune ambiguïté sur leur présence aux temps médiévaux. Certaines servent encore d’assise à des donjons de pierre ayant succédé aux tours de bois primitives. Huriel, dans l’Allier ou Sainte-Sévère, dans l’Indre, en offrent de beaux exemples.


-Les maisons-fortes, de loin les plus nombreuses et régulièrement confondues avec des mottes, qu’on trouve assez facilement car souvent encore entourées de leurs fossés en eau, qui, d’après les archéologues, auraient été le lieu de vie de familles micro-féodales vivant dans des demeures assez rustiques. On trouve parfois des fermes en activité toute proches de ces retranchements dont les douves servent encore d’abreuvoir pour le bétail. Ces fortifications sont très simples: une plate-forme est isolée par des fossés en eau. La terre de déblais est rejetée en anneau à l’extérieur, fournissant une première ligne de défense palissadée.


-Les ouvrages inclassables, souvent appelés faute de mieux “mottes féodales” et pour lesquels la typologie est assez confuse. On relève au hasard des visites sur place:

-des petites mottes tronconiques, certaines isolées;

-des mottes d’assez grande surface, peu élevées, quelquefois sises dans des zones très humides, avec ou sans basse-cour;

-des enceintes construites sur le principe des maisons-fortes, mais semble-t-il beaucoup plus anciennes, complétées par des basses-cours de petites dimensions (un curieux exemple est visible dans un bois près de la Groutte, dans le Cher. Les formes des maisons sont encore apparentes de même qu’un puits en pierres sèches.);

-des ouvrages composites. Les prospections préalables au tracé de l’autoroute A71 ont permis de découvrir vers Saulzais-le-Potier (18) une motte isolée et évidée en son centre, comme une étape intermédiaire entre les enceintes et les mottes de plus grandes dimensions.

Tous les ouvrages défensifs médiévaux ne sont pas encore répertoriés. Il est de devoir de chaque historien ou amateur d’histoire ancienne de veiller à la conservation de ceux qui sont encore visibles en communiquant avec les propriétaires, les municipalités et éventuellement en appelant à l’aide, en cas de menace précise, les services archéologiques compétents.

 

motte près de Louroux-Bourbonnais (03) 
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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 11:35

Une des images les plus communément admises sur les cisterciens présente ces moines venant s'établir dans des lieux désolés qu'isolés, les défrichant et les mettant en culture. Si certaines études peuvent confirmer cette idée reçue, on s'aperçoit que parfois cette vision d'un ordre religieux industrieux et défricheur s'ajuste assez mal avec les situations observées dans le contenu des chartes médiévales. Parmi les 13 abbayes cisterciennes implantées sur le territoire de l'archevêché de Bourges, plusieurs établissements s'écartent du modèle idéal dans lequel, avec parfois quelques contorsions, certains érudits se sont ingénié à les faire tenir. Sans vouloir développer un thème qui mériterait une recherche approfondie dans un cadre universitaire, quelques éléments de réflexion me paraissent intéressants à ajouter à un dossier qui est loin d'être clos.

La pauvreté des cisterciens

On prête à ces moines un détachement des valeurs matérielles terrestres, et il est certain que d'origine nobiliaire pour la plupart d'entre eux, ces religieux ont dû accepter une vie très rude en rejoignant leurs monastères. Ceci ne signifie nullement que les conditions de vie dans leurs familles aient été beaucoup plus douces. On trouve parmi eux des cadets de famille privés d'héritage, et probablement incapables de vivre de leur épée, des filles nées de familles nombreuses que leur père était incapable de doter correctement, des orphelines placées dans les Ordres par leur tuteur, des veuves prenant le voile très tardivement dans l'espoir d'une fin de vie digne. S'il serait malhonnête de nier d'authentiques vocations pour le recueillement et le silence, il serait tout aussi anormal de fermer les yeux sur le rôle social du clergé régulier à cette époque.

La pauvreté collective est confirmée dans le cas de monastères comme Bussière, les Pierres, la Colombe et même Noirlac. La présence de grands bâtiments conventuels n'exprime souvent que la richesse des protecteurs laïcs des abbayes.

La mise en valeur du sol

Les miniatures bourguignonnes représentant des moines au travail au XIIe ont ébloui plus qu'elles ont éclairé les amateurs de Moyen-âge. Entre la vision idéale que les cisterciens entretenaient sur eux-mêmes et la réalité du terrain s'ouvre l'abîme qui sépare l'histoire théorique et celle issue du fruit de la recherche. S'il est impossible de nier certains travaux et certaines activités bien identifiées -forge de Fontmorigny et mines autour de Noirlac, en particulier-, force est de constater que l'essentiel des donations concerne des parts de dîmes, des rentes en grains, animaux ou argent, des exemptions de taxes, soit des prélèvements sur des biens déjà mis en valeur par l'économie féodale. 

L'isolement des abbayes.

Il est indiscutable pour plusieurs établissements: les Pierres s'inscrivent parfaitement dans la catégorie de ces lieux où nulle présence humaine ne pouvait troubler la prière, mais déjà Bussière peut voir les fumées du hameau de Penserolles à quelques centaines de mètres de son cloître. Beauvoir et Fontmorigny sont au milieu de la plaine, visibles de loin et en mesure de voir loin. Noirlac est fondée à portée de vue de Saint-Amand et de Nozières, juste au bord de la nouvelle route conduisant de Bourges vers le sud. Plusieurs auteurs, qui n'ont probablement jamais pris une paire de bottes pour aller vérifier sur place, admirent le courage de ces hommes vivant au milieu des marécages. En fait de marais, quelques anciens méandres du Cher captant le sommet de la nappe phréatique, au milieu de prés sableux. 

L'originalité des fondations.

C'est la l'un des points les plus inattendus du produit de la recherche sur les textes originaux, qui fournissent la preuve indiscutable que plusieurs fondations cisterciennes ne sont que les héritières de communautés plus anciennes, qui se sont réformées ou dont elles ont pris la place. Nous savons par exemple, grâce à une généalogie seigneuriale, que les Pierres existaient cinquante ans avant leur entrée officielle dans l'orbite cistercien. Y avait-il sur place une communauté monastique indépendante et spontanée, ou un groupe de religieux imitant les préceptes de Cîteaux? Nul saurait le dire, mais il y a des exemples plus précis. Varennes, dans l'Indre et Bellaigue, dans le Puy-de-Dôme, sont d'origine bénédictine et le Landais, toujours dans l'Indre, est réformée dans la première moitié du XIIe siècle. Le premier nom de Noirlac, l"Hôtel-Dieu-sur-Cher", évoque clairement une première communauté hospitalière réformée et déplacée, peut-être issue d'un hôtel-Dieu situé sur l'ancienne voie antique traversant le Cher à Allichamps, et tombé en désuétude à l'abandon de cette route au profit de la nouvelle passant par Bruère-Allichamps et Saint-Amand.

Comme on peut le constater, le dossier reste largement ouvert et l'histoire de l'Ordre de Cîteaux en Berry est loin d'être gravée dans le marbre.


 

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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
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Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

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Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

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Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
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J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.