Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 09:20



Que le lecteur veuille bien me pardonner ce titre quelque peu décalé pour initier le premier chapitre d’une série d’invitations à la découverte du patrimoine médiéval autour de la célèbre abbaye de Noirlac. 

Il me semble intéressant de pouvoir conseiller quelques monuments très proches du site cistercien aux visiteurs connaissant peu les ressources patrimoniales de ce secteur de la vallée du Cher. Quittant noirlac, il est possible en quelques minutes d’atteindre trois sites remarquables et à mon sens injustement méconnus des amateurs d’architecture médiévale tant religieuse que civile et militaire. Le premier détour proposé est situé à quelques kilomètres au nord de Noirlac, au prieuré d’Allichamps.

Je ne peux m’empêcher de penser à ce vieil habitant du village de Bruère qui m’expliqua un jour, assez laborieusement, comment un chef arabe du nom d’Ali avait campé dans un champ près de son village; la postérité en ayant gardé le souvenir en baptisant la place le “Champ d’Ali”, devenu Allichamps. Le brave homme aurait certainement été surpris si on lui avait annoncé devoir aller chercher aux Champs-Elysées l’origine du toponyme en question. Plusieurs actes du chartrier de Noirlac montrent sans ambiguïté que le nom “Elyseis Campis” était encore employé pour désigner le lieu aux XIIe et XIIIe siècles.

C’est bien sûr à l’Antiquité que remonte le nom du site, reconnu depuis longtemps comme un vaste périmètre funéraire en bordure de la voie antique qui franchissait certainement le Cher à cet endroit. Des stèles funéraires assez nombreuses (il en reste une scellée dans la façade du prieuré), des vestiges gallo-romains dans les champs alentours, une grande nécropole mérovingienne repérée lors du chantier de l’autoroute A71, des sépultures fouillées dans le sol même du prieuré, démontrent l’importance de la vocation tumulaire de l’endroit, sans qu’on puisse vraiment l’expliquer en absence de toute synthèse sur les découvertes archéologiques faites sur place.

C’est ce lieu que choisirent les moines de l’abbaye de Plaimpied pour y fonder un prieuré dont la qualité des bâtiments reflète soit la générosité des donateurs laïcs soit la prospérité de ce lieu de passage. De cette fondation subsiste une grande partie de la chapelle prieurale, devenue une simple grange après la Révolution, et aujourd’hui encore défigurée par d’affreux hangars agricoles mitoyens. Abstraction faite de ces nuisances visuelles, le visiteur trouve sur place un très beau bâtiment construit en pierre de taille et partiellement couvert de dallettes de calcaire. Si l’abside latérale droite a été éventrée pour laisser passer les charrettes de foin, le chevet est remarquable de par son équilibre et la présence de nombreux modillons. L’intérieur de la chapelle recèle des chapiteaux sculptés de grande qualité, ainsi qu’une crypte.

Il est possible que ce lieu ait perdu de son importance stratégique au moment de l’abandon du passage de la voie ancienne par le gué du Cher au profit d’un nouvel axe se dirigeant vers Saint-Amand, nouveau pôle économique à partir du XIe siècle, passant sous les murs de la cité médiévale de Bruère, sur laquelle nous nous attarderons dans un futur chapitre, et par Noirlac.

Le prieuré d’Allichamps est la propriété de la commune de Bruère-Allichamps. Il est classé Monument Historique. Depuis plusieurs années, des bénévoles ont réalisé une remarquable remise en valeur du site, qui mérite vraiment un détour.

 

 


 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 21:44


Le contenu de ce blog est en général peu sensible à l'actualité mais il m'a semblé utile de réagir à une découverte faite cet après-midi lors d'une sortie en quête de photographies destinées à illustrer de futurs articles. Faisant le tour du prieuré roman d'Allichamps, sur la commune de Bruère-Allichamps (18), nous avons eu la surprise d'observer une cassure toute fraîche dans une suite de modillons placés sur le chevet de l'édifice et de retrouver le modillon manquant très abîmé par sa chute au milieu de la végétation. La statue - une sorte de renard - a achevé sa course sur une pierre et a éclaté en plusieurs morceaux. Visiblement, cette figure au trait très fin taillée en calcaire local - calcaire dit de la Celle - pourtant réputé non gélif, a subi les rigueurs de la dernière vague de froid. D'autres pierres de parement ont aussi éclaté sous les injures du gel. La patte gauche de l'animal gisait plus à gauche et manifestement, était déjà tombée depuis un certain temps.

Nous avons donc pris la responsabilité de récupérer la pierre pour la soustraire à la convoitise d'éventuels collectionneurs et de prendre conseil auprès du service départemental d'Inventaire du Patrimoine. L'objet a été déposé en mairie de Bruère, propriétaire de l'édifice, dans l'espoir d'une restauration ultérieure.

 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans actualité
commenter cet article
5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 09:44



Un enjeu méconnu de la spiritualité médiévale est illustré dans nos régions par les efforts déployés par la féodalité pour fixer des abbayes et des prieurés afin d’y reposer un jour. Nous avons déjà évoqué dans ces pages le cas du prieuré de Drevant, probable première nécropole de la famille de Charenton. Un examen rapide de quelques autres fondations monastiques illustre l’importance du phénomène à partir de l’an 1000.

Certes, il serait inapproprié de résumer l’attachement de la chevalerie à ses monastères à un simple projet funéraire. Les abbayes accueillaient une partie de la jeunesse seigneuriale et prenaient parfois en charge ses vieillards dépendants. Les dons consentis à Dieu participaient pour beaucoup à l’élan rédempteur de cette société d’hommes d’armes qui cherchait ses repères entre le Bien et le Mal. Des liens familiaux unissaient les chevaliers et les moines. La tombe était la dernière étape de ce cheminement commun entre les deux sociétés, celle qui combattait et celle qui priait.

Très tôt, les chevaliers berrichons cherchent dans le paysage religieux de leur temps les moyens d’attirer sur leurs terres des ordres monastiques acceptant parmi les sépultures de leurs frères ou de leurs sœurs les dépouilles laïques. Les sires de Bourbon se tournent vers la Bourgogne et Cluny pour fonder à Souvigny le prieuré qui accueillera leurs défunts. Huriel, isolé, favorise la renaissance de la Chapelaude, prieuré de l’abbaye de Saint-Denis, en Île-de-France, quelques décennies plus tard. Les seigneurs de la région de Lignières, Adalard Guillebaud en tête, offrent à Robert d’Arbrissel et à ses fontevristes la terre d’Orsan sur laquelle est bâti un prieuré (l’abbaye de Chezal-Benoît ne pouvait ouvrier son espace sépulcral aux tombes de laïcs). L’arrivée des cisterciens élargie les choix offerts à une féodalité en pleine expansion démographique et économique de se joindre à cette tradition reçue des plus anciennes familles régionales: Noirlac pour les Charenton, Fontmorigny pour les Montfaucon, Les Pierres pour les Guillebaud ouvrent leurs cimetières et leurs murs aux dépouilles mortelles de leurs bienfaiteurs, garantissant à ces derniers le récit de prières jusqu’à ”la consummation des siècles, pour le remède de leurs âmes”, selon les belles formules de l’époque.

 
Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article
17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 09:15

Située à la lisière sud de la forêt de Tronçais, à quelques kilomètres de Cérilly (03), la forteresse de la Bruyère est un monument qui attire l'attention par sa singularité. Au sol, on note la présence de vestiges d'une enceinte fortifiée flanquée de tours et protégée par un large et profond fossé humide. Le terre-plein central ne semble pas avoir accueilli de construction maçonnée. Cet ensemble n'a aucune particularité architecturale qui mérite un détour à des fins touristiques, mais le médiéviste, historien ou archéologue, en repérera immédiatement l'intérêt en observant l'organisation générale du parcellaire voisin. Les haies et les chemins adoptent des formes concentriques jusqu'à plusieurs centaines de mètres des murailles de l'ancien château. Un détour par les sites internet de photographies aériennes verticales révèle un vaste terroir radioconcentrique encore bien perceptible dans un paysage bocager qui, fort heureusement, n'a pas été saccagé comme tant d'autres par le remembrement.

On est naturellement tenté de voir dans ce schéma une illustration grandeur nature du principe féodal de la gestion des espaces agricoles: au centre, le château, dans un premier périmètre, la réserve seigneuriale puis les tenures paysannes occupant un espace rayonnant et distribué par des chemins d'exploitation conduisant au réduit défensif. D'autres lieux restent aujourd'hui significativement marqués par cette géométrie: Issoudun, dans l'Indre, et Dun-sur-Auron, dans le Cher, en sont les meilleurs exemples.

 

 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 10:38



motte de Venas (03)

Constatant d’assez nombreuses recherches spécifiques aux terrassements défensifs médiévaux sur ce blog, il m’a semblé pertinent de réunir quelques observations faites lors de sorties sur le terrain.

Tout d’abord, il faut inviter le lecteur à une certaine prudence dans son approche de certaines informations publiées par des érudits, toujours de bonne foi, qui pourraient citer des buttes naturelles comme des aménagements médiévaux. Une simple visite du site ne permet pas toujours de faire la part des choses et seules les approches historique ou archéologique peuvent déterminer l’origine exacte de certains reliefs. Inversement, il m’a longtemps paru évident d’une élévation sableuse sur la moyenne terrasse du Cher était une butte-témoin épargnée par l’érosion jusqu’à ce qu’un confrère, lors d’une conférence, démontre autour l’existence d’un parcellaire organisé. 

Pour brièvement résumer la situation, nous nous trouvons en présence d’un phénomène polymorphe et étalé sur plusieurs millénaires. Sont parfois confondus avec des ouvrages médiévaux, surtout dans les publications anciennes, des murs de terre néolithiques ou de belles garennes à lapins, particulièrement trompeuses. J’y reconnaîtrait plusieurs modèles à partir d’exemples pris dans ma zone de recherches:

- les châtelets, terrassements de dimensions et de formes très variables. Certains sont de simples murs de terre obstruant le passage jusqu’à une petite plate-forme juchée sur un éperon rocheux, d’autres assurent la même fonction sur des superficies de plusieurs hectares (le camp dit romain de Sidiailles en est la plus belle illustration), d’autres enfin, souvent confondus avec des camps romains tant leur forme carrée est régulière. Le châtelet de la forêt d’Arpheuilles ou le Tureau de Chatelus en forêt de Tronçais sont deux excellents exemples. On suppose que ces camps fortifiés ont été occupés jusqu’à une date assez récente pour que la toponymie porte de façon assez égale la trace de leur existence (Châtelus, Châtelux, Châtelet, Châtelais - à voir pour Chateloy vers Hérisson, site d’une grosse fortification gauloise). Nous ne savons pas quel type de population a pu trouver refuge dans ces lieux souvent isolés, communautés de paysans libres ou organisés par un pouvoir féodal mal identifié.


-Les mottes castrales, souvent imposantes et bien identifiées dans un contexte féodal. Elles matérialisent le pouvoir de grandes familles nobles en activité dès le XIe siècle. Elles s’insèrent dans un tissu urbain dont elles forment l’amorce avec leur chapelle castrale, souvent devenue église paroissiale et leur basse-cour fortifiée. Beaucoup ont disparu, comme à Ainay-le-Château ou à Vallon-en-Sully mais les cadastres ne laissent aucune ambiguïté sur leur présence aux temps médiévaux. Certaines servent encore d’assise à des donjons de pierre ayant succédé aux tours de bois primitives. Huriel, dans l’Allier ou Sainte-Sévère, dans l’Indre, en offrent de beaux exemples.


-Les maisons-fortes, de loin les plus nombreuses et régulièrement confondues avec des mottes, qu’on trouve assez facilement car souvent encore entourées de leurs fossés en eau, qui, d’après les archéologues, auraient été le lieu de vie de familles micro-féodales vivant dans des demeures assez rustiques. On trouve parfois des fermes en activité toute proches de ces retranchements dont les douves servent encore d’abreuvoir pour le bétail. Ces fortifications sont très simples: une plate-forme est isolée par des fossés en eau. La terre de déblais est rejetée en anneau à l’extérieur, fournissant une première ligne de défense palissadée.


-Les ouvrages inclassables, souvent appelés faute de mieux “mottes féodales” et pour lesquels la typologie est assez confuse. On relève au hasard des visites sur place:

-des petites mottes tronconiques, certaines isolées;

-des mottes d’assez grande surface, peu élevées, quelquefois sises dans des zones très humides, avec ou sans basse-cour;

-des enceintes construites sur le principe des maisons-fortes, mais semble-t-il beaucoup plus anciennes, complétées par des basses-cours de petites dimensions (un curieux exemple est visible dans un bois près de la Groutte, dans le Cher. Les formes des maisons sont encore apparentes de même qu’un puits en pierres sèches.);

-des ouvrages composites. Les prospections préalables au tracé de l’autoroute A71 ont permis de découvrir vers Saulzais-le-Potier (18) une motte isolée et évidée en son centre, comme une étape intermédiaire entre les enceintes et les mottes de plus grandes dimensions.

Tous les ouvrages défensifs médiévaux ne sont pas encore répertoriés. Il est de devoir de chaque historien ou amateur d’histoire ancienne de veiller à la conservation de ceux qui sont encore visibles en communiquant avec les propriétaires, les municipalités et éventuellement en appelant à l’aide, en cas de menace précise, les services archéologiques compétents.

 

motte près de Louroux-Bourbonnais (03) 
Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 11:35

Une des images les plus communément admises sur les cisterciens présente ces moines venant s'établir dans des lieux désolés qu'isolés, les défrichant et les mettant en culture. Si certaines études peuvent confirmer cette idée reçue, on s'aperçoit que parfois cette vision d'un ordre religieux industrieux et défricheur s'ajuste assez mal avec les situations observées dans le contenu des chartes médiévales. Parmi les 13 abbayes cisterciennes implantées sur le territoire de l'archevêché de Bourges, plusieurs établissements s'écartent du modèle idéal dans lequel, avec parfois quelques contorsions, certains érudits se sont ingénié à les faire tenir. Sans vouloir développer un thème qui mériterait une recherche approfondie dans un cadre universitaire, quelques éléments de réflexion me paraissent intéressants à ajouter à un dossier qui est loin d'être clos.

La pauvreté des cisterciens

On prête à ces moines un détachement des valeurs matérielles terrestres, et il est certain que d'origine nobiliaire pour la plupart d'entre eux, ces religieux ont dû accepter une vie très rude en rejoignant leurs monastères. Ceci ne signifie nullement que les conditions de vie dans leurs familles aient été beaucoup plus douces. On trouve parmi eux des cadets de famille privés d'héritage, et probablement incapables de vivre de leur épée, des filles nées de familles nombreuses que leur père était incapable de doter correctement, des orphelines placées dans les Ordres par leur tuteur, des veuves prenant le voile très tardivement dans l'espoir d'une fin de vie digne. S'il serait malhonnête de nier d'authentiques vocations pour le recueillement et le silence, il serait tout aussi anormal de fermer les yeux sur le rôle social du clergé régulier à cette époque.

La pauvreté collective est confirmée dans le cas de monastères comme Bussière, les Pierres, la Colombe et même Noirlac. La présence de grands bâtiments conventuels n'exprime souvent que la richesse des protecteurs laïcs des abbayes.

La mise en valeur du sol

Les miniatures bourguignonnes représentant des moines au travail au XIIe ont ébloui plus qu'elles ont éclairé les amateurs de Moyen-âge. Entre la vision idéale que les cisterciens entretenaient sur eux-mêmes et la réalité du terrain s'ouvre l'abîme qui sépare l'histoire théorique et celle issue du fruit de la recherche. S'il est impossible de nier certains travaux et certaines activités bien identifiées -forge de Fontmorigny et mines autour de Noirlac, en particulier-, force est de constater que l'essentiel des donations concerne des parts de dîmes, des rentes en grains, animaux ou argent, des exemptions de taxes, soit des prélèvements sur des biens déjà mis en valeur par l'économie féodale. 

L'isolement des abbayes.

Il est indiscutable pour plusieurs établissements: les Pierres s'inscrivent parfaitement dans la catégorie de ces lieux où nulle présence humaine ne pouvait troubler la prière, mais déjà Bussière peut voir les fumées du hameau de Penserolles à quelques centaines de mètres de son cloître. Beauvoir et Fontmorigny sont au milieu de la plaine, visibles de loin et en mesure de voir loin. Noirlac est fondée à portée de vue de Saint-Amand et de Nozières, juste au bord de la nouvelle route conduisant de Bourges vers le sud. Plusieurs auteurs, qui n'ont probablement jamais pris une paire de bottes pour aller vérifier sur place, admirent le courage de ces hommes vivant au milieu des marécages. En fait de marais, quelques anciens méandres du Cher captant le sommet de la nappe phréatique, au milieu de prés sableux. 

L'originalité des fondations.

C'est la l'un des points les plus inattendus du produit de la recherche sur les textes originaux, qui fournissent la preuve indiscutable que plusieurs fondations cisterciennes ne sont que les héritières de communautés plus anciennes, qui se sont réformées ou dont elles ont pris la place. Nous savons par exemple, grâce à une généalogie seigneuriale, que les Pierres existaient cinquante ans avant leur entrée officielle dans l'orbite cistercien. Y avait-il sur place une communauté monastique indépendante et spontanée, ou un groupe de religieux imitant les préceptes de Cîteaux? Nul saurait le dire, mais il y a des exemples plus précis. Varennes, dans l'Indre et Bellaigue, dans le Puy-de-Dôme, sont d'origine bénédictine et le Landais, toujours dans l'Indre, est réformée dans la première moitié du XIIe siècle. Le premier nom de Noirlac, l"Hôtel-Dieu-sur-Cher", évoque clairement une première communauté hospitalière réformée et déplacée, peut-être issue d'un hôtel-Dieu situé sur l'ancienne voie antique traversant le Cher à Allichamps, et tombé en désuétude à l'abandon de cette route au profit de la nouvelle passant par Bruère-Allichamps et Saint-Amand.

Comme on peut le constater, le dossier reste largement ouvert et l'histoire de l'Ordre de Cîteaux en Berry est loin d'être gravée dans le marbre.


 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article
22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 19:09


ll y a peu d’intérêt à présenter ici la forteresse d’Ainay-le-Vieil.  Ce haut lieu touristique de la vallée du Cher bénéficie d’une promotion qui me dispense de m’attarder sur son cas.
Il me semble par contre intéressant de m’arrêter un instant sur une curiosité, ce toponyme, Ainay-LE-VIEIL, qui est connu depuis la fin du XIIe siècle, comme le prouve un parchemin du chartrier de l’abbaye de Bussière consignant une donation concédée aux cistercienne par P(ierre) Bergat, très probable propriétaire de la forteresse de Meslon, sur la rive droite du Cher, vers 1189. Dans la liste des témoins de l’acte figure une curiosité, le nom d’une femme, Aupais, prévôte d’Ainay-le-Vieil (preposita dainaico veteri).
Il est exceptionnel de trouver à cette époque une féminisation de charge d’officier seigneurial, mais il est bien difficile de savoir s’il s’agit d’une charge réelle ou de la féminisation de la charge du mari de la dite Aupais, sous une forme de “femme du prévôt d’Ainay”.
On profite de l’occasion pour noter qu’en 1189 Ainay n’est pas un fief indépendant, mais très certainement une possession de la seigneurie de Charenton, qui domine tout ce secteur de la vallée. Ainay est probablement devenu seigneurie après l’éclatement, en 1250, de la grande seigneurie de Charenton-Montfaucon et son démembrement au profit de la noblesse locale.
On remarque enfin qu’Ainay est déjà “vieux” à la fin du XIIe siècle, à une époque où les seigneurs de Bourbon fortifient une de leurs vieilles possessions, située au nord du massif de Tronçais, qui n’était protégée que par une motte castrale. Dotée d’une enceinte garnie de tours et d’une grosse forteresse aujourd’hui complètement arasée, la ville d’Ainay devient une pièce maîtresse du glacis défensif protégeant le Bourbonnais septentrional.  Si nous ne disposons, à cause des lacunes archivistiques,  que de très peu d’éléments sur la chronologie de cette fondation, on peut soumettre l’hypothèse que dans l’esprit des contemporains ce nouvel Ainay ait relégué celui de la vallée du Cher à la qualité d’ancien, donc de “vieil”.
 


Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 16:40

le cloître de Noirlac vers 1900

Il n’est pas toujours simple, pour un historien indépendant, de faire valoir son point de vue sur certaines institutions médiévales, surtout quand sa vision du passé de monuments - dans tous les sens du terme - de sa région s’écarte des chemins tout tracés d’une histoire en apparence immuable et acceptée par un public très large. Il y a même parfois une certaine saveur d’hérésie à diriger ses recherches vers ce qui apparaître comme des anomalies dans l’histoire officielle, ou du moins largement admise, de lieux aussi emblématiques que peut l’être l’abbaye de Noirlac.
A l’origine de cette perspective, une longue enquête sur les rapports entre la féodalité berrichonne et les moines qui peuplaient les monastères régionaux. Le principe initial était de s’intéresser plus aux hommes qu’aux bâtiments qui les avaient accueillis, laissant cette tâche aux bons soins de mes confrères historiens de l’Art, afin de replacer chaque acteur dans son contexte culturel et social dans l’espoir de retrouver la place de chacun dans la genèse des mouvements monastiques berrichons.
Dans le cas de Noirlac, il semble que l’image communément répandue d’une communauté exemplaire dans la tradition cistercienne tienne plus aux somptueux travaux effectués dans les années soixante-dix par le Conseil Général du Cher pour rénover l’abbaye qu’au mode de vie de ses premiers occupants. Ainsi, la truelle du restaurateur semble être parvenue à superposer deux images, celle de l’idéal cistercien et celle d’un monastère censé avoir été représentatif de cet idéal. Le quotidien du Moyen-âge semble assez éloigné de ces aspirations, et le sens du travail du médiéviste est de chercher à s’approcher au plus près de l’homme médiéval, au risque de mécontenter certains de ses contemporains.
Quel rayonnement avait exactement Noirlac dans les premiers siècles qui ont suivi sa fondation? La réalité nous éloigne bien loin des idées reçues. Noirlac ne fonde aucune filiale, ne développe aucune grange éloignée à plus de quelques heures de marche de son cloître et aucun de ses abbés ne semble briller par sa personnalité. A titre d’exemple, l’abbé des Pierres, monastère cistercien presque oublié et disparu du paysage, était assez souvent cité comme témoin dans des affaires civiles et religieuses, pour authentifier de son autorité morale des chartes souscrites en sa présence. Seul Francon supérieur de Noirlac, apparaît fin XIIe dans les mêmes circonstances.
Que dire de cet abbé Elie qui en appelle en 1228 à son supérieur Guillaume de Cîteaux, parce que, fait inédit peut-être dans tout le monde cistercien, il s’est heurté à la résistance de l’abbesse de la petite abbaye de femmes de Bussière, soutenue par sa propre supérieure, l’abbesse de l’Eclache, en Auvergne, quand on sait que Noirlac avait imposé le paiement d’un cens annuel au couvent de Bussière et lui avait interdit de fonder des granges près des siennes, ce qu’aucun autre établissement n’avait cherché à imposer? L’affaire de Bussière semble mettre en lumière une présence jugée insupportable des frères de Noirlac auprès de leurs sœurs lors de leur visite annuelle de correction.
Tout aussi étonnant est ce meurtre en 1307 du curé de Saint-Germain-des-Bois, tué par des moines et des convers de Noirlac en présence de l’abbé de l’époque, qui laisse se dérouler les faits et qui assiste consentant à l’agression du sergent du bailli de Berry, que les moines essaient de désarçonner.
On le voit, ces faits avérés et clairement documentés laissent planer un doute sur l’authenticité de la ferveur spirituelle qui est censée avoir animé les premiers moines présents sur place et contribuent à faire de Noirlac une exception moins brillante que ce qu’on peut parfois imaginer qu’elle ait pu être. Jusqu’aux bâtiments qui peuvent, dans le contexte de l’époque, sembler déplacés. Noirlac est une abbaye aux revenus médiocres, comme le mettent très bien en lumière les travaux de mon ancien maître Françoise Michaud-Fréjaville pour la période XIVe-XVe siècles. L’étude du chartrier ancien de l’abbaye montre qu’au moment de la construction de l’édifice les revenus du monastère étaient beaucoup trop faibles pour assurer le paiement d’un pareil monument. Seuls les sacrifices financiers de la chevalerie locale, en particulier la famille de Charenton, peuvent expliquer la grandeur de l’édifice. Bien peu des inconditionnels de la spiritualité cistercienne qui viennent se ressourcer dans l’abbatiale et dans le cloître accordent d’intérêt à ce détail...
Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 09:21

Il demeure assez peu de grandes mottes castrales du premier âge féodal dans le sud du Berry. La faiblesse de la population, l'absence de zone de conflit, des frontières de mouvances assez floues jusqu'au XIIIe siècle, les remaniements urbains expliquent qu'on trouve plus de petites mottes castrales ou d'enceintes fortifiées que de grands tertres ayant servi d'assise à des donjons de bois dans la région.
La motte d'Epineuil fait donc figure d'exception et mérite quelques commentaires. Cette motte de fort gabarit était au XIe siècle complétée par une basse-cour, comme le montre le cadastre, et par une chapelle devenue église paroissiale. L'ouvrage, très puissant, avait une importance stratégique qui ne peut s'expliquer que par le passage de la route Bourges-Montluçon aux pieds de l'ancien château. Cette route, héritière de la voie antique, coupait le Cher au lieu-dit Allichamps, puis suivait la rive gauche de la rivière en passant par quelques lieux importants comme Orval, Ainay-le-Vieil, la ville-franche de La Perche, Vallon avant d'arriver en vue de Montluçon. Il est à noter que la voie antique évitait, selon un usage constaté dans d'autres régions, le conciliabulum de Drevant, espace sacré qui n'était desservi à l'époque antique que par des voies secondaires.
Nous préférons parler de motte castrale plutôt que féodale, car manifestement Epineuil, qui a le titre de châtellenie au XIIIe siècle, n'a jamais été une seigneurie. Elevée par le(s) seigneur(s) de Charenton qui contrôlai(en)t tout cet espace, cette forteresse n'a jamais été donnée en fief à un vassal pour en garantir sa totale disposition, mais confiée à des officiers seigneuriaux dont la fonction n'était pas héréditaire. Est-ce l'un d'eux qui permet de faire apparaître le château d'Epineuil dès le milieu du XIe siècle dans nos textes? C'est tout à fait probable. L'individu concerné s'appelait Achard et était issu d'une petite famille féodale de la région de Courçais-Saint-Désiré, les Mauvoisin. Leur ancienne forteresse, en ruine mais bien visible, portait encore il y a peu le nom de Forêt-Mauvoisin. L'épisode narratif est court mais plein d'enseignement. Grâce aux travaux de l'archiviste Gautier sur le cartulaire disparu de la Chapelaude, nous apprenons qu'Achard Mauvoisin, et d'autres voleurs du château d'Epineuil (et alii raptores de Spinioculo castro) a, de nuit, envahi, la maison d'un moine vivant à Aude, peut-être venu dans la région pour préparer la rénovation du prieuré de la Chapelaude, appartenant aux moine de l'abbaye de Saint-Denis, près de Paris.
Cet exemple de violence féodale aux dépends d'un clerc seul et désarmé n'a pas de quoi surprendre dans le contexte de l'époque. L'anecdote présente l'intérêt d'affirmer la présence d'un château à Epineuil dès 1060.
Il nous est difficile de recommander un visite du site car, bien que très facile à trouver en plein milieu du village, la motte est dans un état d'entretien détestable et est presque invisible de la route par faute d'un abandon du site (propriété privée) à la friche. Comme tous les gens qui s'intéressent à ce village, nous appelons de nos vœux une réaction du propriétaire qui pourrait, avec un minimum d'efforts, rendre ce patrimoine accessible à tous.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 19:26

Le lecteur voudra bien pardonner mon manque de rigueur scientifique lorsque j'évoque l'abbaye de Bussière. Beaucoup de mes souvenirs de chercheur sont attachés à cette petite vallée du nord du département de l'Allier, pour y avoir fait mes premières armes de médiéviste lors de mes recherches pour mon mémoire de maîtrise, et pour y avoir rencontré à plusieurs reprise la famille de Cussac, propriétaire du site, qui m'a permis à plusieurs reprise de parcourir les lieux où s'installèrent les premières cisterciennes berrichonnes. Qu'il me soit permis de dédier tout particulièrement ces lignes à la mémoire de madame de Cussac.

Bussière est un de ces rares lieux où le monde moderne, par ses constructions disgracieuses, n'a pas dénaturé le cadre de vie qu'ont recherché les premiers cisterciens. Si l'abbaye primitive a presque totalement disparu, le vallon de Bussière semble encore imprégné d'une rigueur et d'un silence qu'on peine souvent à retrouver quand on visite des monastères plus prestigieux.

Les premières femmes semblent s'être fixées sur les bords du ruisseau de la Queugne vers 1189, sur une terre offerte aux moniales par le seigneur Ebe de Charenton dont le fief, pourtant éloigné, devait comprendre quelques écarts dont celui choisi pour fonder le couvent de Bussière. La charte de fondation montre que l'abbaye existait avant cette date, et que la communauté, dont nous ignorons tout de la prime forme, déménagea pour des causes inconnues.

Première abbaye de cisterciennes en Berry - une autre communauté, Beauvoir, fut constituée peu après dans la région de Mehun-sur-Yèvre - Bussière était fille de l'Eclache, dans le Puy-de-Dome, elle même filiale de l'abbaye de Tart, voisine de Cîteaux, en Bourgogne. La donation d'Ebe de Charenton attacha Noirlac au destin de Bussière, en obligeant les moniales à payer un cens annuel d'une livre d'encens à leurs frères de la vallée du Cher. Noirlac y gagna de plus le statut de correcteur de la petite communauté féminine, alors qu'une abbaye plus proche, les Pierres, aurait pu se charger de cette tâche.

Le fonds de Bussière, presque entièrement conservé aux Archives du Cher, est particulièrement riche, et permet d'étudier de nombreux aspects du fonctionnement de la communauté. Protégé par la petite noblesse locale, le cloître accueille deux tiers de filles de nobles régionaux et un tiers de veuves. Beaucoup de donations sont concédées par des femmes, ce qui est peut-être le signe d'une solidarité féminine aux XIIe-XIIIe siècles.

Les première années de la vie du monastère sont misérables, au point que dix ans après la fondation, l'abbesse est contrainte d'en appeler à la Chrétienté toute entière pour trouver les subsides pour achever les travaux.

Le monastère primitif a presque complètement disparu aujourd'hui, des bâtiments agricoles s'étant substitués aux murs d'origine, et ne présente aucun intérêt pour le médiéviste mais une visite au cadastre confirme la taille minuscule de l'ensemble: l'abbaye de Bussière aurait tenu dans le cloître de Noirlac! 

Comme dans le cas de l'abbaye des Pierres examiné dans une précédente livraison, le site de Bussière est une propriété privée et il n'est nul besoin d'en déranger les propriétaires. Une simple promenade sur la route communale qui traverse le val cistercien permet de s'imprégner de l'atmosphère du lieu.

   
Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article

Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
  • Moyen-âge en Berry
  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
  • Contact

géographie des visiteurs




A ce jour, cette espace a été visité
180102 fois.

405350 pages ont été lues.

Merci de l'intérêt que vous portez à l'histoire de la région.




Visitor Map
Create your own visitor map!
" class="CtreTexte" height="150" width="300" />

 

Rechercher

Conférences

conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Archives

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.