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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 22:56



Située au nord du massif forestier de Tronçais, à la lisière septentrionale des anciens domaines des seigneurs de Bourbon, la ville d'Ainay-le-Château occupe une place discrète dans le paysage monumental des anciennes provinces du Centre. Certes, Ainay, sur le plan touristique, n'a pas les appâts indispensables pour attirer les foules mais a largement de quoi mobiliser l'intérêt de l'historien.

Fondée au XIe siècle autour d'une grande motte castrale encore perceptible dans le tracé urbain, la ville a évolué au XIIIe siècle en un solide ensemble fortifié flanqué de nombreuses tours semi-circulaires et d'un grand château dont elle porte encore le nom, malheureusement complètement disparu, sauf dans la toponymie et le nom d'une rue qui le situe assez précisément. 

Son église, souvent remaniée, a la particularité d'être très marquée par des grattages profonds et nombreux, en particulier dans le calcaire d'une de ses portes, ce qui laisse supposer qu'à une époque donnée ce lieu de culte a été une étape sur un pèlerinage important ou a contenu des reliques.

 

L'histoire d'Ainay-le-Château est difficile à saisir pour la période médiévale à cause du manque de sources écrites. Le fait que cette ville ait été une possession des seigneurs de Bourbon, qui s'y faisaient représenter par des officiers seigneuriaux administrant les biens de leurs maîtres, n'a pas favorisé la rédaction de chartes. Aucune grande personnalité locale n'avait le pouvoir de fonder d'abbaye proche de la cité, et c'est souvent dans cette relation intime entre la féodalité et le clergé régulier que se sont écrits la plupart des textes qui fondent nos connaissances sur la période.

Je crois utile d'inviter, même si, faut-il le répéter?, Ainay n'a pas les arguments monumentaux d'une bastide périgourdine, le lecteur à explorer cette petite ville étonnante. Une imposante porte de ville, qui n'a d'équivalent local qu'à Dun-sur-Auron, un rempart dont les murs qui dominent le lit de la Sologne gardent un bel alignement de tours, des maisons de ville XVe méritent amplement un détour par la petite cité bourbonnaise, à découvrir et à explorer...

 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 19:48



Triste destin moderne que celui d’une des plus belles croix de cimetière de tout le Berry. Sculptée à la fin du XVe siècle sur commande d’un des seigneurs du petit château voisin du Creuzet, la croix de Coust, dans le sud du département du Cher, avait échappé aux excès de la Révolution française grâce à la vigilance des habitants du village qui avaient pris soin de la déposer et de la soustraire à la violence des sans-culotte. 

Ce très beau monument Renaissance, daté par une dédicace de 1472, est orné d’un Christ en croix du coté sud, opposé à une Vierge à l’Enfant sur la face nord. Abondamment décrit par les historiens de l’Art, ce témoignage de l’enrichissement de la petite noblesse régionale à la fin de la Guerre de cent ans paraissait à l’abri de toute nouvelle vicissitude jusqu’à ce qu’il y a deux ans, se décroche le bras oriental de la croix, retrouvé brisé en plusieurs morceaux sur les tombes voisines. Cette mutilation du monument annonçait des désordres encore plus graves, l’autre bras ayant été déséquilibré par l’incident, menaçant de suivre le même chemin que le précédent. Signalé par le maire de la commune, m. Aucouturier, aux autorités compétentes, cet événement ne resta pas sans réponse et les vestiges de la sculpture furent dans un délai très bref pris en charge par une entreprise compétente  en la matière qui sut consolider l’ensemble et restituer à l’ouvrage son aspect primitif.

 

Devant cet événement, l’historien local ne peut cacher la confusion des sentiments qui l’habitent au pied de cette croix à nouveau complète et resplendissante comme aux premiers jours de son érection, tant il avait été habitué à la patine héritée d’innombrables saisons qui avaient déposé sur le calcaire moult mousses et lichens qui donnaient à l’ensemble un caractère d’authenticité incomparable. 

Aujourd’hui, cette croix semble neuve tellement a été vigoureux son nettoyage, sans doute par sablage, qu’elle en ressemble à toutes les fausses statues de résine qui remplacent de ci de là dans la région les authentiques œuvres d’Art anciennes pour les soustraire aux convoitises de collectionneurs mal intentionnés.

Je n’oserais faire de reproche à quiquonque, car la croix de Coust est, du moins je me plais à l’espérer, sauvée pour quelques générations mais je garde un brin de nostalgie pour toutes ces taches de vieillesse, disparues sous le pistolet sableur du restaurateur, qui donnaient à ce monument tout son caractère.



 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 09:45


église de Braize (03)

Les passionnés se perdent en superlatifs lorsqu’il s’agit d’évoquer les quelques 10.000 hectares d’une des plus belles forêts de France, et l’historien peine à rester insensible au charme de ses ravins désolés et de ses étangs d’eau calme. Cet espace forestier, qui semble immuable, a pourtant une histoire dont l’observation du paysage, l’archéologie et la recherche documentaire livrent quelques clés.
De nombreux chercheurs se sont penchés sur la question. A chaque fois, une certitude: Tronçais est une forêt qui prend racine à la période médiévale, même s’il est impossible pour l’instant d’ébaucher la chronologie de sa genèse. Une certitude: la zone était peuplée dans l’Antiquité, et la liste des parcelles dans lesquelles on constate la présence de vestiges gallo-romain est importante. Villae, modestes forges ou espaces cultuels, dont Viljo fournit le plus bel exemple, fleurissent dans son périmètre. Dans l’Antiquité tardive, sur les bords de la Marmande, on soupçonne, sans preuves concrètes, une abbaye colombaniste d’être fondée près d’une grande villa.
La suite est obscure. Comme pour le reste de la région, le vide documentaire est abyssal et les liens qui unissent la famille de Bourbon à l’Ordre de Cluny oriente l’essentiel de l’activité diplomatique autour du prieuré de Souvigny, qui laisse peu d’archives. Cette influence clunisienne très marquée sur la terre de Bourbon éloigne de la zone étudiée les autres ordres monastiques, dont les cisterciens, accentuant le mutisme documentaire. Dans cette situation, l’historien ne peut progresser que par hypothèses fondées sur l’observation du terrain et des rares textes exploitables.
Ainsi peut-on au moins avoir la certitude que la forêt de Tronçais existe au début du XIIIe siècle. Un accord de 1216 entre le chevalier Pierre des Barres et son seigneur Archambaud de Bourbon cite deux fois la forêt: nemoris de Truncia et nemus quod vocatum Trossa. Le massif, quelque soit son étendue exacte à l’époque, est déjà clairement identifié dans les possessions bourbonnaises. Le même acte ne mentionne que des lieux périphériques, qu’on ne peut situer dans la géographie forestière de l’époque, mais qui on tous comme point commun de ne pas aujourd’hui appartenir à l’espace forestier, à savoir la ville et châtellenie de Cérilly, Coust, Ainay (le-Château) et Meaulnes.
L’observation des monuments et vestiges médiévaux confirme l’existence d’un désert forestier: toutes les églises médiévales et fortifications du premier âge féodal -comme le tureau de Chatelus- du secteur sont bâties en périphérie de Tronçais. On ne signale aucun aménagement ancien tels que des digues d’étang dans l’étendue du massif ce qui exclue, comme c’est le cas en forêt de Meillant, des périodes de défrichements et de reconquête forestière de l’espace considéré. Seul le minuscule prieuré Saint-Mayeul, de tradition clunisienne, semble avoir maintenu une clairière permanente.
On peut donc proposer une brève ébauche de l’histoire de la forêt de Tronçais. La forêt primaire est défrichée à l’époque gallo-romaine et à sa place se fixe comme ailleurs une population faiblement urbanisée. Les différents reculs démographiques enregistrés à partir du haut Moyen-âge conduisent à une désertification de cet espace, aux sols ingrats, au profit des vallées voisines plus passagères et plus favorables à l’agriculture. Les anciens chemins antiques sont certainement utilisés et entretenus. Les seigneurs de Bourbon respectent l’intégrité de la forêt, peut-être pour se garantir une ressource en bois d’œuvre et de chauffage, et alimentaire grâce à la chasse et à la pâture, aux portes de leur grande ville-forte d’Ainay-le-Château, point essentiel de la défense du nord-est de leurs domaines. Cette protection seigneuriale met Tronçais à l’abri des grands défrichements qui éclaircissent le paysage européen à partir du XIIIe siècle. La suite appartient à la sagacité de mes collègues modernistes et aux spécialistes d’histoire forestière.
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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 21:31

Sceau d'Ebe de Charenton (vers 1180)


Louis Raynal, l'un des pères fondateurs de l'histoire du Berry, relevait vers 1845 dans une chronique médiévale un étrange fait-divers survenu dans la région de Charenton-du-Cher impliquant une bande de mercenaires et le seigneur du lieu. Partant de ce récit aux accents épiques très marqué par la sensibilité romantique de l'ancien historien de la région, nous proposons une relecture de cet événement dans un environnement historique plus conforme au contexte humain de la cette fin de XIIe siècle en Berry.

Selon Raynal, le point de départ de l'aventure des Brabançons se situerait vers Sancerre, lors d'un conflit entre le comte local et le roi Philippe Auguste, qui aurait recruté une armée de routiers pour compléter ses effectifs. A la fin de cet épisode armé, le roi de France aurait envoyé ses mercenaires en Limousin pour les mettre au service d'une autre cause, résolue avant l'arrivée sur place de la troupe. Les hommes du roi, privés d'engagement et donc nécessairement de ressources, auraient alors décidé de revenir sur leurs pas, et de se diriger vers la Bourgogne à la recherche d'un nouveau contrat. L'itinéraire suivi par ces routiers aurait été marqué par des pillages et des meurtres dont la longue liste ne devait prendre fin qu'avec leur massacre autour de Dun-sur-Auron et Châteauneuf-sur-Cher.  Dans le trésor de guerre de ces proscrits fut retrouvé nombre d'objets sacerdotaux raflés dans des églises et de monastères, ainsi que des vêtements cérémoniels portés par les femmes qui les accompagnaient. Au cours de son errance, la troupe aurait fait une étape dans le château de Charenton, où elle aurait reçu l'assurance du seigneur du lieu de la soutenir dans la bataille prévue le lendemain, promesse vite trahie par le chevalier qui aurait avec ses hommes uni ses forces avec celles des adversaires des Branbançons venus à leur rencontre sous les murs de Dun.

Le récit de Raynal doit être manipulé avec prudence. Cet auteur, excellent narrateur, travaille à une époque qui fait peu de cas de la lecture critique des sources. Son exposé ignore la part d'exagération dont les chroniqueurs médiévaux, pour frapper l'imagination de leurs lecteurs, faisaient usage et reprend sans sourciller des chiffres largement surestimés. Quand Raynal cite entre 7000 et 17000 morts dans la bataille de Dun-le-Roi, le médiéviste ne verra tout au plus que quelques dizaines de victimes, ce qui est déjà considérable pour l'époque. Quand aux profanations d'églises, tortures et meurtres de prêtres, les détails donnés sont révélateurs de la culture des lettrés de l'époque, tous clercs et certainement absents lors des faits, rapportant à public conquis d'avance l'horreur de l'événement.

Il n'y a pas de raison de douter de l'authenticité des faits rapportés par les chroniques anciennes, mais on peu en proposer une lecture plus mesurée. 

A l'occasion d'une guerre avec le comte de Sancerre, et pour éviter de mettre la zizanie féodale dans une région dans laquelle son pouvoir était loin d'être  largement établi, ou peut-être dépassé par le temps qui ne lui permettait de ne garder son ost en ordre de bataille que quarante jours, Philippe Auguste a  recruté une troupe de mercenaires payés le temps de sa campagne en Sancerrois. Sitôt la paix revenue, il a orienté les chefs des routiers vers un autre conflit régional qui pouvait présenter le même profil que sa guerre avec Sancerre. Arrivés sur place, les Branbançons se retrouvent sans engagement et reprennent la route du nord-est, vers les domaines des Blois-Champagne, pour y proposer leurs services. A cours d'argent sur le chemin du retour, la petite armée n'a d'autre solution que le pillage des lieux de vie se trouvant sur sa route, les monastères et églises isolées étant de loin les moins fortifiés. Elle y vole nourriture, objets précieux à revendre ou à troquer en chemin, et vêtements qui échouent sur les épaules des inévitables filles à soldats qui accompagnent ce genre de contingent. Suivant les grandes routes, les Branbançons parviennent en vallée du Cher, qu'ils coupent à un des points de passage habituels - plusieurs péages sont attestés fin XIIe - manœuvre favorisée par les basses-eaux estivales de la rivière. Leur étape par Charenton n'est certainement pas le fait du hasard. Cette seigneurie est une des plus riches du secteur, et les routiers y voient certainement un espoir d'y reprendre du service. Devant la menace, et connaissant la valeur militaire des hommes parvenus devant les fossés de sa ville, Ebe de Charenton a peu de solutions à opposer au danger que représentent les mercenaires. Un combat à l'issue incertaine aurait mis en péril l'agglomération et ses alentours. Le choix de les recevoir dans les murs de sa cité de la vallée de la Marmande permet de temporiser et d'évaluer la puissance de l'adversaire, qui ne tente pas de prendre possession de la ville, ce qui tends à prouver que les routiers ne se sentaient pas au abois la veille de leur défaite devant Dun.

Les chroniques précisent qu'Ebe aurait promis de s'allier aux Brabançons dans la bataille finale, pour mieux les prendre à revers ensuite. Cette trahison, selon les codes moraux de la société féodale, n'a rien de déshonorant pour le seigneur de Charenton, qui mélange la ruse et la bravoure pour parvenir à la victoire.

Le faible nombre de documents écrits contemporains des événements ne permet pas de mesurer l'éventuel impact du passage de cet ancêtre des futures grandes compagnies que fut la troupe des Brabançons sur le sud du Berry, aussi ne peut-on se livrer qu'à des suppositions, mais il existe au moins une situation qui reste inexpliquée. Vers 1188, soit quatre ans après les faits, la petite abbaye cistercienne de Bussière abandonna le site primitif de sa fondation pour être reconstruite dans la vallée de la Queugne à quelques kilomètres de la seigneurie de Fleuriel, aujourd'hui Saint-Vitte. Il est permis de s'interroger sur les raisons qui ont conduit les premières moniales à émigrer, surtout quand on se souvient que la région de Bussière se trouve située sur une route possible entre le Limousin et le château de Charenton, et que la chronique exploitée par Louis Raynal fait explicitement référence à des pillages de biens du clergé. La coïncidence, bien que vague, est assez troublante pour être soulignée.


 
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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 08:52



Les amateurs d’art médiéval se souviendront sans doute d’une initiative régionale vieille d’un bon quart de siècle: le circuit du Berry roman qui, à l’aide d’une signalétique discrète et d’une carte thématique disponible dans les Office de tourisme guidait les visiteurs dans leur découverte du  patrimoine religieux du Cher et de l’Indre. Cette entreprise a périclité, faute sans doute de retombées économiques palpables et beaucoup de petits monuments sont retombés dans l’anonymat. 

Voici justement un exemple de ces lieux qui ne laisseront pas un souvenir éternel à ceux qui prendront le temps de se détourner de quelques kilomètres pour venir en faire le tour, mais qui néanmoins mérite l’attention de l’amateur d’art roman rural.

 

Située dans le bourg de la petite commune de Chambon, non loin de Châteauneuf-sur-Cher, cette église présente l’intérêt d’avoir conservé, outre une façade aux proportions très équilibrées taillée dans un calcaire clair, une série de modillons et de chapiteaux curieusement orientés sur le thème du bicephalisme ou du reflet. On y remarque aussi un très bel animal musicien de même facture que celui déjà publié il y a quelques mois dans l’article dédié au prieuré de Drevant. 

Montlouis, Ineuil, Saint-Symphorien et Condé, dans le même périmètre géographique,  sont autant de petits monuments religieux qu’il serait dommage d’oublier lors d’une promenade culturelle et qui démontrent la discrète richesse patrimoniale d’un Boischaut qu’on traverse toujours trop vite.

 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 10:41



Assez bien décrite dans la littérature savante régionale, la cloche médiévale de Sidiailles demeure une énigme. N’ayant jamais pu l’approcher physiquement, je dois faire une entorse à mes habitudes et piocher dans la dite littérature la description de cet objet étonnant dont l’origine n’est toujours pas éclaircie.

La cloche de Sidiailles est un objet en tous points remarquable. Conservée dans le clocher de l’église moderne du hameau, elle n’est pas accessible au public pour de légitimes raisons de sécurité. Connue pour être l’une des plus anciennes de France, elle datée par un cartouche de l’an 1239. C’est une cloche d’assez petite dimension, environ 70 cms de hauteur pour un diamètre estimé à 80 cms. D’une réalisation très soignée, elle porte une légende en latin “Mentem Sanctam Spontaneam Honorem Deo Patriae Liberationem” que d’éminents latinistes ont traduit par “La sainteté et l’indépendance pour l’esprit, la gloire à Dieu, la liberté pour la Patrie” ou par “Donne à notre âme la sainteté, à Dieu la gloire, à la Patrie la liberté”.

La cloche a migré au XIXe siècle lors de l’abandon et la démolition de l’ancienne église paroissiale de Sidiailles vers un nouvel édifice néo-gothique dans le clocher duquel elle a été replacée pour assurer sa prime fonction, mais il subsiste un doute sérieux sur sa réelle origine. En effet, Sidiailles se situe dans un secteur de faible activité économique et où la densité de population est une des plus faibles de la région, et ceci depuis la période féodale. On peine donc à imaginer cette belle cloche fondue à l’origine pour être pendue dans un lieu aussi modeste si bien que ses origines ont donné lieu à toutes sortes d’hypothèses.

La première piste, à laquelle bien peu ont prêté attention, est une origine strictement paroissiale. Comme nous venons de l’indiquer, il reste peu de cloches du XIIIe siècle en France, et on ne sait pas exactement à quoi ressemblait toutes celles qui au fil des siècles ont été fondues pour faire des pièces de monnaies, des canons ou des nouvelles cloches. Il n’est pas impossible que le modèle conservé à Sidiailles nous leurre par sa qualité et qu’il soit un objet courant pour l’époque, quelle que soit la richesse du terroir sur lequel le clocher était élevé.

La seconde piste est bien entendu celle d’une ancienne migration de la cloche, déposée dans des circonstances inconnues dans l’église de la paroisse de Sidiailles. Tout naturellement, et c’est l’hypothèse la plus souvent avancée, c’est vers l’abbaye cistercienne des Pierres, voisine de quelques kilomètres, que se tourne le regard. Les Pierres, pillée plusieurs fois à l’époque moderne, a été abandonnée à la Révolution et on peut penser qu’à cette occasion les cloches ont pu être déposées par des paroissiens fidèles aux principes de l’Ancien régime et soustraites aux réquisitions des révolutionnaires. Une autre cloche aurait été cachée à Préveranges, selon une tradition historique que je n’ai pas vérifié. A une date indéterminée, la cloche cistercienne aurait été ressortie de sa cachette et reposée dans le lieu de culte le plus proche, à savoir Sidiailles, ce qui semble assez cohérent. Le seul point discordant dans cette perspective est l’ornementation soignée de l’instrument - anses torsadées, légende, date - qui rime mal avec le dépouillement qu’on prête habituellement aux cisterciens. On objectera qu’une cloche est posée dans un lieu peu accessible et ne risque pas de troubler la méditation des moines, mais le doute est pourtant permis.

Un autre site candidat s’inscrit dans la même logique, et n’a jamais à ma connaissance été évoqué: il s’agit de la chapelle castrale sainte Valérie, dépendant de l’ancienne forteresse de la Roche-Guillebaud, dont l’existence est attestée au XIIIe siècle et aujourd’hui disparue. Une cloche aurait pu y être récupérée dans des circonstances identiques à celles des Pierres et le site est encore plus proche de Sidiailles que ne l’est l’abbaye cistercienne.

Dernière hypothèse qu’on ne doit pas totalement écarter: une origine complètement étrangère à la région. Aucun événement régional particulier, que ça soit autour de l’abbaye des Pierres ou des grandes maisons féodales - Déols, Culan, Roche-Guillebaud - ne se produit en 1239 et peut justifier la fonte de la cloche. La légende est trop évasive - une formule prise dans la légende de sainte Agathe - pour être mise en parallèle avec la société régionale qu’il n’est pas interdit de penser qu’un jour ou l’autre l’exploitation d’une chronique ou d’un registre paroissial moderne porte un éclairage inattendu sur un élément du patrimoine du Berry du sud qui demeure une énigme.


La renaissance de la cloche

Une très belle initiative de restauration a été entreprise en 2000. La cloche a été déposée, confiée à la société Bodet, BP1, 49340 Trementines (à qui j’ai emprunté la photographie illustrant cet article) qui l’a remise en état. Après un séjour de quelques semaines en Anjou, la cloche de Sidiailles a retrouvé sa place dans la le clocher de l’église, invisible, mais bien présente.


Sidiailles medieval bell

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 09:17


Plus d’un voyageur circulant en train sur la ligne Paris-Montluçon a eu le regard attiré par un charmant édifice médiéval isolé dans une parcelle de grande culture à quelques pas de la voie ferrée, entre les gares de Châteauneuf-sur-Cher et Saint-Amand-Montrond. L’aide d’une carte topographique se révèle indispensable pour atteindre la petite forteresse d’Aiguemorte, tant le site est peu visible des routes et difficile à trouver la première fois. Au plan architectural, Aiguemorte se situe dans un registre intermédiaire entre les grosses forteresses régionales, comme celles de Châteauneuf, Montrond, Culan ou Ainay-le-Vieil et les ouvrages défensifs de terre et de bois, dont les maisons-fortes sont l’illustration la plus significative - on pense à celle du Treuil, à Faverdines ou encore à celle du Bœuf, près du bourg de Saint-Vitte, que j’avais présenté au public lors des Journées du patrimoine en 2004. Quelques autres micro-forteresses locales sont très comparables à Aiguemorte: Meslon et le Thizon, en vallée du Cher ou encore la Forêt-Mauvoisin, près de Courçais, dans l’Allier. La plus ancienne mention du château d’Aiguemorte que j’ai pu identifier à ce jour date de 1332. Dans un acte désormais disparu du chartrier du château de Châteauneuf-sur-Cher, Jean, seigneur de Culan et Châteauneuf, a accordé à Étienne de Morlac, seigneur d’Aiguemorte, d’avoir des hommes pour faire le guet au château d’Aiguemorte sis en la justice de Châteauneuf. La dispersion des archives de cette seigneurie ne permet pas de connaître les détails de cet accord, aujourd’hui détenu par un collectionneur privé dont l’identité est inconnue. Cette date parait peu compatible avec l’architecture de l’ensemble, au moins un siècle plus tardive. On formulera donc l’hypothèse d’une maison-forte primitive, ceinte de fossés humides et de plan carré - comme tant d’autres - ayant été démantelée au profit d’une petite forteresse de pierre au cours de la guerre de Cent ans à une époque où les troubles rendaient nécessaire le maintien d’une fonction militaire défensive dans un certain nombre de sites potentiellement exposés à des attaques. En effet, dans ce petit château, tout est prévu pour prévenir une agression armée: tour d’angle garnie de meurtrières prévues pour des armes à feu, fossés, pont-levis, absence d’ouvertures sur l’extérieur, à l’exception de deux étroites fenêtres éclairant la chapelle, chemin de ronde...



Aiguemorte était capable de résister à un coup de main. Outre la chapelle, on peut signaler comme curiosités la présence d’un puits, d’un petit logis seigneurial avec porte blasonnée et d’un très probable pigeonnier au sommet de la tour d’angle, elle même assise sur un cul de basse-fosse rempli de gravats, ce qui ne permet pas d’en évaluer la profondeur.


Peut-on attribuer à Aiguemorte une fonction précise, à l’ombre de son imposant voisin castelneuvien? Sans doute rien de plus qu’un de ces nombreux lieux de vie d’une micro-féodalité locale ayant à une époque cherché la sécurité dans des zones humides - voire très humides, la forteresse étant construite sur la basse terrasse du Cher, inondable en période de fortes crues, ce qui est assez étonnant - et ayant évolué à la faveur d’une époque agitée rendant nécessaire l’équipement de places-fortes pour la sécurité des populations. Le promeneur que la découverte de ce remarquable ensemble tenterait cherchera avec profit à visiter l’église de Venesmes où peut être admirée une belle plate-tombe contemporaine du premier acte relatif à l’existence d’Aiguemorte représentant un chevalier en armure. Contrairement à un certain nombre de sites évoqués dans ce blog qui menacent ruine, la forteresse a été l’objet de travaux de réfection de la toiture de sa tour et devrait dans les années à venir profiter de nouvelles restaurations.

 
 
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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 09:22
Le nombre de visites en liaison avec l'article dédié au pigeonnier médiéval de Meslon m'invite à exposer deux modèles locaux contemporains mais d'une conception très différente des gros colombiers ruraux isolés. Le premier dispositif appartient à une petite seigneurie des environs connue dès le XIIIe siècle et visiblement entièrement remaniée à la fin du Moyen-âge. Le site étant une propriété privée, je ne connais la disposition des lieux que par la description qui m'en avait été faite il y a une trentaine d'années par un érudit local. On distingue sur la photographie un corps de logis typique des constructions locales du XVe siècle, avec fenêtres à meneaux et toit en légère saillie par rapport à la façade. A l'angle nord du bâtiment se trouve une tour ronde à trois niveaux décrite comme suit: un rez-de-chaussée ouvrant sur la cour et sur la petite boulangerie traditionnelle dans ce type de domaine rural, un escalier tournant donnant accès aux étages et au dessus de l'escalier un petit colombier ouvert sur l'extérieur par une lucarne visible sur la photo. Un système identique peut être observé à Saint-Amand-Montrond dans l'ancienne grange cistercienne de l'abbaye de Noirlac devenue le musée Saint-Vic, datant elle aussi du XVe.


Un autre principe tout aussi curieux est observable sur la façade d'une petite maison de ville située dans l'ancienne cité fortifiée de Bruère-Allichamps. L'architecte a prévu là une distribution vers les étages par escalier incorporé dans la masse du bâtiment, en pas en saillie comme dans les deux cas décrits précédemment. Cet escalier conduit jusqu'à une plate-forme extérieur en bois qui dessert le faîte du pignon dans lequel ont été ménagées une vingtaine de niches à pigeons, ouvertes sur la ruelle et simplement protégées des intempéries par une avancée du toit. Je n'ai pas connaissance dans la région d'autres modèles significativement différents de ces trois types de construction (tour isolée, tour d'escalier et mur de façade ajouré) tout en reconnaissant que cette recherche est assez nouvelle pour moi et méritera à l'avenir une plus grande attention lors de visites sur le terrain.


 
 
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Published by Olivier Trotignon - dans architecture civile
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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 10:10


Constatant un nombre élevé de recherches d’informations sur l’ancienne forteresse de Montrond, sise à Saint-Amand-Montrond, dans le sud du Cher, il m’a semblé intéressant de remonter quelques années en arrière et de publier le contenu du rapport de fouilles que j’avais produit en 1982 à la suite d’une campagne de fouilles menée au pied de la ruine de l’ancien donjon médiéval, et qui reste à ma connaissance le seul écrit permettant d’esquisser l’évolution de cet ouvrage au cours des trois premiers siècles de son existence.

Historique
La campagne de fouilles a été conduite du 01 juillet au 03 août 1982, après l’autorisation délivrée par M. Ferdière, directeur des Antiquités historiques en région Centre. Le périmètre étudié a été choisi suite à un carottage manuel exécuté en avril 1982 grâce au matériel prêté par l’équipe de recherches sur le tracé de la future autoroute A 71. Une couche archéologique prometteuse avait été détectée dans un secteur recouvert au XIXe siècle par un remblais stérile décapé en 1979.

Occupation préhistorique
Le substratum calcaire recelait quelques lambeaux de terre rouge contenant quelques fragments de silex taillés. Il s’agissait probablement des derniers restes d’un habitat préhistorique complètement décapé par les bâtisseurs du XIIIe siècle. Avec quelques découvertes fortuites d’armatures de flèches dans les allées du parc, il s’agit là d’une preuve de l’occupation de la butte de Montrond par les populations préhistoriques, probablement au néolithique.

L’évolution du donjon
Le donjon était la pièce-maîtresse de la première forteresse bâtie sur les ordres de Renaud, seigneur de Montfaucon et Charenton. Comme dans d’autres châteaux de la région (Culan, Huriel, la Roche-Guillebaud...) la construction d’un donjon est entreprise lorsqu’un chevalier passe du grade de miles à celui de dominus. Renaud de Montfaucon, devenu seigneur de Charenton par mariage avec l’héritière de la vieille lignée des Ebe des Charenton, marque peut-être par cette initiative le symbole de son nouveau pouvoir. Après déblaiement du substrat calcaire dont la solidité assure l’inutilité d’une fondation, une couche de sable roux recouverte de gravier et remblais damés est épandue jusqu’à hauteur du premier rang de pierre de la tour. On pense bien entendu à un sol de travail permettant aux ouvriers de circuler sur un plan horizontal et d’y stabiliser leurs échafaudages. Cette couche était presque complètement stérile. Du XIIIe au XVe siècle, la zone fouillée se transforme en dépotoir classique (monnaies, céramiques, os de cuisine, charbons de bois, petits objets métalliques). C’est au dessus de ce dépotoir que se trouvait une couche très intéressante car témoignant d’une rénovation du donjon, probablement contemporaine de l’agrandissement du château primitif par la famille d’Albret. On y a relevé entre autres des fragments d’enduits intérieurs, de foyers ou de cheminées, des moulures brisées et surtout ce niveau se terminait par une forte concentration de clous de charpente ou de bardeaux de bois mélangés à des morceaux de tuile, preuve d’un remaniement de la toiture du donjon à la fin du Moyen-âge, passant du bardeau à la tuile (aucune trace en effet d’un dépotoir de démolition où on aurait pu s’attendre à trouver les tuiles d’un couverture primitive). L’absence de tuile dans les niveaux plus profonds peut confirmer le choix d’un bardage de bois au moment de la construction du donjon.

Conclusion
On se prend à regretter la disparition d’un énorme ouvrage féodal en plein Saint-Amand (certaines sources modernes évaluent la hauteur de la grosse tour à une quarantaine de mètres) dont la valeur symbolique pour Renaud de Montfaucon était au moins égale à la valeur défensive. Transformé en carrière de pierres de taille par la population locale, l’ouvrage a été tellement pillé qu’au moment du déblaiement de son assise, seuls une petite partie du parement intérieur et quelques fragments du parement extérieur étaient encore exploitables pour le calcul des mensurations de l’édifice. Malheureusement, seule la photographie aérienne peut aujourd’hui donner une juste mesure de ce que fut à l’époque féodale l’énorme donjon de Montrond.
Petit clin d’œil à tous les bénévoles qui ont participé à la campagne de fouilles 1982 -qui fut la dernière pour moi sur ce site- et un grand merci pour leur dévouement et leur patience. Venus d’Angleterre, des USA, de Finlande, de Turquie et du Ghana prêter main forte à l’équipe, leur courage et leur bonne humeur reste pour nous un souvenir impérissable.

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 10:37

Arrêtons nous un instant sur une personnalité majeure de la première féodalité en Berry du sud en la personne d’Adalard Guillebaud, seigneur de Châteaumeillant et Saint-Chartier.

L’activité diplomatique de ce seigneur s’inscrit dans une longue tranche chronologique allant de 1070 à 1135, longévité assez exceptionnelle pour l’époque qui explique à elle seule l’importance de la documentation disponible.

Adalard Guillebaud manifeste toute son existence une très grande fidélité à la seigneurie de Déols, au point qu’on peut supposer que la famille Guillebaud fut une branche cadette primitive de la maison de Châteauroux. 

On le trouve cité plusieurs fois comme seigneur de Châteaumeillant, très ancien domaine patrimonial des Déols qui est confié jusqu’à extinction du rameau au milieu du XIIIe siècle à une branche cadette -elle bien identifiée - de la grande famille déoloise. C’est d’un autre fief de Déols, Issoudun, qu’Adalard assure la garde vers 1100 pendant que son seigneur légitime, Gaufridus, participe à la première croisade. Seul un homme de grande confiance pouvait assumer une charge aussi stratégiquement sensible pour l’équilibre politique de tout ce secteur du Berry.

On peut supposer qu’Adalard, parfois nommé Alard dans certaines chartes, fut le frère d’Amblard, fondateur de la Roche-Guillebaud, cette forteresse située comme Culan à la lisière orientale des terres déoloises, sur la rivière Arnon.

Adalard entre dans l’Histoire de France en devenant le protecteur d’un jeune seigneur de Bourbon, dont la légitimité était contestée par un oncle, Aymon dit Vaire-vache. A la mort d’Archambaud de Bourbon, Adalard avait épousé la veuve de ce dernier, jouant le rôle de tuteur jusqu’à sa majorité de l’héritier de la grande seigneurie bourbonnaise.

On retiendra de la vie d’Adalard Guillebaud son influence lors de la fondation du prieuré fontevriste d’Orsan. Plusieurs actes gardent la trace des dons initiaux de ce seigneur en faveur des disciples de Robert d’Arbrissel. Selon une tradition déjà observée dans d’autres secteurs de la région, il est probable que les seigneurs locaux, dont les chevaliers de Lignières, autres vassaux de Déols, aient manqué d’un lieu sépulcral digne de leur rang, et aient favorisé, Adalard en tête, l’installation de moines à Orsan pour y fonder un prieuré et un cimetière prêt à accueillir les dépouilles des membres éminents de la féodalité locale. 

D’autres chapitres, abbayes et prieurés témoignent de la générosité d’Adalard, qui dota en particulier Saint-Sylvain de Levroux, Chezal-Benoît, Aureil en Limousin et même la grande abbaye bourguignonne de Cluny.

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Published by Olivier Trotignon - dans politique-société civile
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