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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 23:30


Voici un monument qui devrait retenir l’attention de tous les amateurs et spécialistes du costume médiéval: dans la petite église de Venesmes, non loin de Châteauneuf-sur-Cher, est visible une très belle dalle funéraire représentant un chevalier en armes. L’homme est tête nue, habillé de sa cotte de mailles et les reins ceints d’une ceinture sur laquelle est pendue son épée. Ses mains sont jointes en position de prière et ses pieds reposent sur un chien. Un écu portant ses armoiries est gravé à sa droite. L’inscription funéraire est difficile à lire et on peine à identifier le nom de défunt. On s’accordera à reconnaître là une plate-tombe d’une exceptionnelle qualité, à la fois par la finesse du travail du lapicide que par l’excellent état de conservation de l’ensemble. Déposée dans un enfeu dans le transept de l’église, la pierre a été protégée par la voûte et n’a subit aucune dégradation. N’ayant pu passer assez de temps sur place pour travailler sur l’inscription, je ferai confiance aux historiens de l’art qui ont daté cette dalle du début du XIVe siècle et ont identifié le chevalier gisant dans cette tombe comme l’un des propriétaires de la petite forteresse d’Aigue-Morte, à quelques kilomètres au sud du bourg de Venesmes. Le blason, hélas, est un dessin très banal -on connaît plus de 2000 familles ayant un lion comme armoiries en France à cette époque- et ne donne aucune indication précise sur l’origine familiale du chevalier.


Cette tombe nous rappelle une pratique qui devient de plus en plus courante en Berry au cours du Moyen-âge et de la Renaissance. Alors que la haute aristocratie régionale avait pris l’habitude, dès la fin du Xe siècle, de se faire inhumer dans les cimetières des abbayes et prieurés qu’elle protégeait, la petite noblesse rurale, pas assez fortunée pour obtenir ce privilège, a souvent choisi l’église de sa paroisse comme dernière demeure. On connaît ainsi quelques testaments qui permettent de mesurer l’importance et l’homogénéité de cette coutume, qui gagne parfois la haute aristocratie. Le seigneur d’Huriel, dans l’Allier, s’est, par exemple, fait inhumer dans une des églises de cette ville après sa mort à la bataille de Poitiers alors que les anciens seigneurs du lieu avaient au XIe siècle choisi le cimetière du prieuré bénédictin de la Chapelaude pour abriter leur nécropole familiale. Pour le confort des visiteurs, la petite commune de Venesmes a fait l’effort rare d’installer un éclairage à discrétion dans le plafond de l’enfeu, qui permet de prendre des photographies sans flash et évite une surexposition qui liserait tous les détails de la gravure. Cette initiative rare doit être saluée. Comme beaucoup de monuments ruraux, l’église est souvent fermée et la plate-tombe inaccessible. Les futures journées du Patrimoine seront donc pour beaucoup la meilleure occasion de venir admirer cet ensemble rare qui mérite vraiment la visite.


enfeu - transept de l'église de Venesmes 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 09:35



Relativement discret, comme la plupart des animaux domestiques ou sauvages, dans les chartes médiévales berrichonnes, le porc est au centre de plusieurs jugements pris par la cour de justice du roi de France à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle.

La première affaire intéresse la salubrité des rues de la ville de Bourges. Habituellement, dans les romans, films ou bandes-dessinées qui situent leur action au Moyen-âge, les rues des cités passent pour d’innommables cloaques où cohabitent passants et animaux de ferme. Or, cette image qui frôle la caricature n’est pas démentie par une plainte déposée devant le roi de France en 1268. Saint Louis, alerté par de nombreuses bonnes gens de Bourges, décide une éradication des porcs qui souillaient les rues de la ville et ordonne qu’on chasse hors de la cité tous les cochons qui y vivaient. On peut estimer que l’ordre royal fut appliqué car dans les années qui suivent, plus aucune doléance émanant des bourgeois berruyers n’est inscrite au programme des débats de la cour de justice royale. Le plus curieux dans cette affaire n’est pas la plainte de habitants mais la décision personnelle du souverain sur un problème somme toute assez banal d’urbanisme, signe possible que la situation était vraiment très dégradée à Bourges et que saint Louis avait peut-être été personnellement incommodé lors de ses séjours dans sa cité berruyère.


Autre affaire intéressant les porcs, mais en milieu rural cette fois: le ravitaillement des armées en campagne. En 1306, prévoyant une expédition armée en Flandres, le roi Philippe le Bel ordonne au bailli de Berry de rassembler des vivres pour l’armée. Ce dernier mandate un sergent royal pour traiter avec un bourgeois de Bourges, nommé R(enaud?) Buille qui avait rassemblé dans une forêt un troupeau de porcs destinés à être engraissés pour les besoins de l’armée royale. Le sergent se rendit donc sur place et choisit, dans le lot proposé, 334 bêtes qu’il marqua, après s’être mis d’accord sur leur prix, du sceau royal. L’information nous est parvenue car ces animaux furent l’objet d’une querelle judiciaire qui dura quatre ans et dont les détails intéressent plus le Droit que l’histoire régionale.

Cette affaire permet quelques observations utiles sur le négoce des porcs au Moyen-âge. On peut d’emblée supposer que la demande royale a été clamée en place publique et que R. Buille a proposé ses services au bailli de Bourges suite à cette annonce. Les porcs, qui étaient peut-être parqués dans une ferme pour les besoins immédiats des bouchers, sont conduits dans une forêt pour être engraissés, ce qui demande un certain savoir-faire et des domestiques pour garder les animaux. Le sergent royal qui traite l’affaire doit avoir une certaine compétence en la matière car il choisit les animaux qu’il achète et discute le prix du lot, payé sur place à un certain Petrus de Vogon, serviteur de R. Buille chargé de garder les animaux. La marque royale -sans doute une fleur de lys- qu’il applique sur les 334 cochons est plus difficile à expliquer. S’agit-il d’une marque au fer rouge, ce qui implique sur place des espaces de contention des animaux ou un simple marquage avec un colorant quelconque sur des bêtes simplement parquées et destinées à être livrées rapidement à Bourges? Il serait intéressant de connaître le sort réservé aux porcs achetés par le sergent. On imagine mal que ces animaux aient été destinés à suivre l’armée pour être abattus en fonction des besoins des troupes. La dépense énergétique liée à cet exercice aurait annulé le profit de leur engraissement. Il est beaucoup plus probable que le troupeau a été abattu sur place et la viande mise en conserve, fumée ou salée, avant d’être expédiée au service d’intendance de l’armée.

 

 
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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 10:17


C’est dans la plaine au sud de Bourges, non loin du cours de l’Auron, que s’élèvent les restes de l’ancienne abbaye de Plaimpied, ayant accueilli vers la fin du XIe siècle des chanoines sous la règle de Saint-Augustin. Le terme de “restes” n’est pas synonyme dans ce cas de “ruines”, mais cette abbatiale, très plaisante à visiter et parfaitement entretenue, ne donne qu’une vision tronquée de son état à la période médiévale. Comme d’autres monuments religieux de la région, elle a été victimes de diverses déprédations commises à l’époque moderne, pendant les conflits religieux, et elle a perdu la voûte de sa nef et sa façade. Leur remise en état a permis de rendre au culte et à la visite ce très intéressant exemple d’architecture romane.

 

Comme pour beaucoup d’autres bâtiments de la région de Bourges, les sculpteurs qui ont orné Plaimpied ont disposé comme matière d’œuvre d’un calcaire dur au grain très fin, qui leur a permis de soigner le trait des chapiteaux de l’abbatiale. C’est également dans cette roche qu’ont été réalisés le gisant de l’archevêque de Bourges Richard, second du nom et plusieurs inscriptions funéraires de chanoines enterrés, comme l’archevêque, dans le sol de l’abbaye.

 

C’est surtout dans le sous-sol et la crypte, dont les entrées sont si discrètes qu’elles échappent parfois à l’attention des visiteurs que les lecteurs de ce blog trouveront l’une des particularités les plus remarquables de l’édifice. La chapelle souterraine est en très bon état de conservation et dispose d’un éclairage qui en permet la découverte. Toutefois, se munir d’une lampe de poche peut se révéler très utile, ne serait-ce que pour apprécier toute la finesse des détails des sculptures du chœur.

 

Le médiéviste regrettera que les archives de Plaimpied aient été si malmenées que presque tout a disparu, nous empêchant de mesurer l’importance réelle de ce monastère. Il reste cependant quelques chartes aux Archives départementales du Cher dans la série H. supplément cotées 58 H, dont un très bel acte de 1137. 

Je rappellerai que le prieuré d’Allichamps, près de Bruère, dépendait de Plaimpied, et que la distance entre les deux édifices permet leur visite en une seule demi-journée.

 

 

 

Abbey Plaimpied and crypt

abbey Plaimpied und krypta

Abadía Plaimpied y la cripta

Abbey Plaimpied e la cripta

Abbey Plaimpied i krypta

 
 
 
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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 09:33



Les amateurs d’art roman de passage à Bourges sauront retrouver l’emplacement de ce discret et ultime vestige de la collégiale Saint-Ursin, détruite à l’époque moderne. Le portail central de l’église, déposé au moment de sa destruction, a été remonté dans le mur d’enceinte de l’ancien couvent de l’Annonciade, tout proche de la Maison de la Culture. Son ornementation très particulière permet, entre autres, de découvrir un intéressant calendrier illustré de scènes de la vie agricole.

 

De février à janvier, le sculpteur s’est appliqué, selon les habitudes du temps, à représenter les activités principales du monde rural, parmi lesquelles la taille de la vigne, les moissons, les vendanges et l' abattage de porc. La finesse du trait et le soin mis par l’artiste pour exécuter l’ensemble du panneau -qui comprend aussi des scènes de fabliaux et une chasse à courre- font de ce portail une œuvre majeure de l’art roman berrichon.

Un détail tout à fait remarquable est à signaler: le travail a été signé par son auteur. Sous la frise du calendrier est bien visible l’inscription:

“Girauldus fecit istas portas” (Giraud a réalisé ces portes)

 

qui permet de déduire que le portail conservé était probablement l’élément central d’une composition à trois éléments, les deux ouvertures latérales étant perdues. Cette signature est en elle-même une curiosité anthroponymique car le nom Girauldus est unique en son genre dans l’ensemble de la documentation médiévale régionale. Le nom Giraud, assez fréquent dans les chartes contemporaines toutes catégories sociales confondues, est en général décliné sous les formes latines Giraldus et Giraudus (variantes en Geraudus/Geraldus) mais le nom Girauldus gravé sur le tympan de Saint-Ursin de Bourges est à cette heure un cas unique pour la région, ce qui pourrait laisser entendre que la commande des chanoines a pu être exécutée par un tailleur de pierre étranger à la région.



 

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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 09:35



La grande église romane de la Celle-Bruère, dans le sud du département du Cher, recèle, scellés dans sa façade, trois étranges tableaux de pierre historiés dont l'origine intrigue depuis des décennies les amateurs d'art médiéval. Un animal assez fin, peut-être un veau, une patte posée sur un globe, apparaît aux cotés de deux scènes représentant des hommes affrontés, disposées de chaque coté de l'entrée du sanctuaire. Si la recherche de symétrie est évidente, tant dans l'espace que dans le thème, on remarque d'importantes différences dans la maîtrise de la sculpture, le tableau de gauche étant beaucoup plus contrasté et détaillé que son jumeau à la droite de la porte. Sur l'une et l'autre scène se distingue l'inscription "Frotoardus".

 

Manifestement, ces trois éléments, complétés par une tête de statue zoomorphe disposée en saillie sur la façade, ne sont pas romans et leur inclusion dans la maçonnerie est indatable. Soit ces sculptures ont été ajoutées au bâtiment lors de sa construction, soit leur ajout est postérieur, mais leur caractère intrusif est indéniable. 

 

Les spécialistes locaux hésitent depuis longtemps devant le caractère déroutant du tableau de gauche. Deux personnages, aux traits soulignés, vêtus de tuniques serrées à la taille et tombant jusqu'à mi-cuisses et coiffés de calottes, semblent s'affronter. L'un foule un objet qui évoque une lampe à huile ou une gourde, l'autre domine un petit animal en cage, chien ou renard. Entre les deux est gravé le nom latin FROTOARDUS. 

Cet ornement est atypique au point qu'il en reste inclassable. Le trait échappe à la plastique romane, mais n'est pas plus ressemblant aux styles antiques ou paléo-médiévaux, ce qui renforce son caractère insolite sur un monument aussi équilibré que l'église de la Celle. La présence à faible distance du site antique d'Allichamps a même permis à certains de voir dans les sculptures de la façade de la Celle des réemplois d'ornements antiques prélevés sur un ancien temple païen, à l'image de plusieurs éléments d'autels funéraires inclus dans les maçonneries extérieures et intérieures de l'église.

Arrêtons nous un instant sur un élément qui, loin de dissiper l'opacité de l'origine de ces sculptures, évoque résolument l'Antiquité tardive ou le haut Moyen-âge: la mention épigraphique Frotoardus.

Remarquons d'emblée que les lettres se ressemblent sur les deux tableaux, et que le style d'écriture n'est pas roman. Les pierres sont donc antérieures ou postérieures au XIIe siècle, période de la construction de la plupart des édifices religieux, séculiers ou réguliers, du secteur. Frotoardus est manifestement un nom propre masculin à un élément, latinisation d'un patronyme germanique comme on en voit apparaître sur le sol gaulois à partir des invasions des peuples d'outre-Rhin, à la fin de l'Empire Romain. Le dépouillement des chartes les plus anciennes régionales montre que ce genre de nom reste employé localement jusqu'au XIe siècle, période à laquelle il décline pour être définitivement abandonné à la fin du XIIe siècle pour laisser place à des dénominations à deux éléments, du type nom+surnom (Adalard Guillebaud ou Mathilde de Charenton, pour prendre des exemples de ce blog).

Si un personnage nommé Frotoardus a bien existé, c'est dans un espace chronologique de presque un demi-millénaire, sur lequel nous ne disposons presque d'aucune source narrative et il n'est recoupé par aucune autre source.

Autre problème: quel est le statut de ce nom? Certain y ont vu la signature du sculpteur, ce qui semble étonnant car on note des différences de styles marquées entre les trois œuvres: très dépouillées pour la scène de combat et le veau au globe à droite de la porte, presque caricatural à gauche de l'ouverture. De plus, il est de coutume que dans le cas de signatures épigraphiques, l'auteur soit nommé dans une courte phrase du style: Giraldus fecit (Gerald (l')a fait) ou: Giraldus fecit hanc portam  (gerald a fait ce portail) comme on peut en lire un exemple sur le fronton du portail de Saint-Ursin, à Bourges. Cet argument nous éloigne encore un peu plus de l'époque romane.

Reste l'hypothèse d'un nom désignant l'un des combattants figuré sur les scène de pugilat sans qu'on puisse en aucun cas savoir quel est la finalité de ces sculptures. Evoquer le souvenir d'un exploit guerrier, Frotoardus étant l'un des lutteurs et peut-être le commanditaire de ces œuvres? Rappeler le martyr d'un saint local selon une tradition à jamais oubliée? Ceci signifierait un réemploi à partir d'un ouvrage religieux plus ancien, chapelle, tombeau ou reliquaire. Illustrer une tradition orale laïque, fable, comptine ou légende désormais effacée de la mémoire collective? Mais alors, sur quel type d'ouvrage aurait-on pris le soin de sculpter ces pierres?

L'énigme reste entière.

Personnellement, je n'écarterai pas l'hypothèse d'un transfert de reliques d'une chapelle primitive vers le sanctuaire de la Celle. Tout reste à savoir quand aurait pu avoir lieu une telle translation. Au moment de la construction de l'église, ce qui semblerait cohérent avec l'épigraphie et l'anthroponymie, mais qui ne règle pas la question du style inclassable de la sculpture de gauche ou beaucoup plus récemment, le travail ayant pu être confié à un tailleur de pierre des carrières de la Celle, ce qui aurait le mérite d'expliquer le style hors norme et très naïf de la scène figurée?

Comme le lecteur peut s'en rendre compte, les lutteurs de la Celle ne sont pas prêts de cesser de bousculer l'imagination des visiteurs de ce très bel endroit.

 
 

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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 19:37


J'ai le grand plaisir de vous convier à un événement rare: grâce à l'amitié que nous font m. et mme Doucet, propriétaires du site de l'ancienne abbaye cistercienne de Bussière, nous organisons, avec le concours de l'Office de Tourisme de Vesdun, une conférence sur le thème:
 
premières cisterciennes en Berry: l'abbaye de Bussière aux XIIe-XIIIe siècles
 
le dimanche 13 septembre à partir de 15, à Bussière.
Les détails de l'organisation de la journée vous seront communiqués dès le début septembre sur ce blog. Merci de diffuser autour de vous cette date et au plaisir de vous retrouver lors de cet après-midi de travail.

Communiqué de presse:

 

L'Office de Tourisme de Vesdun convie le public à la découverte du site de l'ancienne abbaye cistercienne de Bussière et à la conférence d'Olivier Trotignon, historien médiéviste sur le thème: premières cisterciennes en Berry, l'abbaye de Bussière aux XII-XIIIe siècle. Cet après-midi permettra l'observation de l'emplacement de l'ancien monastère féminin disparu au XVIIe siècle et sera l'occasion d'évoquer la vie monastique et la société médiévale dans les campagnes du sud du Berry.

Conférence gratuite et en plein air. Durée 1H30 environ. Le résumé de la conférence sera publié et disponible sur place au prix d'1€.

 
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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 09:53


Deux vestiges médiévaux majeurs sont à découvrir dans le village de Saint-Désiré, dans le nord-ouest de l’Allier: une très belle église romane, sur laquelle nous nous étendrons plus complètement dans un article à venir, et l’une des plus grosses mottes castrales qu’il nous ait été donné d’observer dans les cantons du centre de la France. Accusant un dénivelé presque vertical au nord, le terrassement défensif décline lentement vers le sud jusqu’aux murs de l’église paroissiale, bâtie très certainement à l’emplacement de la chapelle castrale primitive. 

 

Les vues aériennes verticales montrent que la motte était accolée à un vaste espace circulaire délimitant l’ancienne ville, séparée de la campagne par un dispositif défensif quelconque, fossé, palissade ou haie, seule l’archéologie pouvant nous renseigner sur la question.

Ce qui est étonnant, dans le cas de Saint-Désiré, c’est que la bourgade actuelle est moins étendue que l’ancienne ville. En général, on retrouve la forme de l’ancienne cité par la forme circulaire des rues des centre-villes, l’urbanisation ayant progressé bien au delà des anciens remparts. Dans le cas de Saint-Désiré, on distingue des parties libres de toute construction dans le périmètre urbain. Deux explications peuvent être avancées: soit l’enceinte primitive incluait des surfaces agricoles (champs, vignes, lieux de parcage d’animaux), soit Saint-Désiré a connu un déclin depuis l’époque médiévale.

L’hypothèse d’une stagnation de la ville peut s’appuyer sur plusieurs indices. Tout le patrimoine bâti est récent, et on ne trouve à Saint-Désiré aucune maison de tradition médiévale, comme si la place n’avait pas connu d’essort économique. La motte ne semble pas avoir porté les fondations d’un château de pierre et les féodaux qui portent le surnom de Saint-Désiré à partir du milieu du XIIe siècle ne sont parés d’aucun titre chevaleresque dépassant le grade de domicellus, alors que les premières générations de chevaliers connus sur place, à l’époque de la construction du château sur motte, avaient joué un rôle actif dans le redémarrage du prieuré dionysien voisin de la Chapelaude, s’y faisant prieur ou moines en plus des donations pieuses accordées à la communauté monastique.

 

Comment expliquer que Saint-Désiré, qui possédait les atouts nécessaires pour évoluer comme plusieurs de ses voisines, n’ai pas dépassé les limites de son terroir primitif? Si on se base sur le contexte macro-économique du premier âge féodal, on observe que cette seigneurie s’est trouvée entourée d’entités économiques et politiques prospères comme Culan, Vesdun, la Roche-Guillebaud, Huriel et Montluçon. Dans une région aux sols assez ingrats et aux ressources humaines limitées, il est possible que Saint-Désiré n’ait pas trouvé la substance nécessaire à son expansion, et soit restée plus un lieu porteur de pouvoir spirituel -la ville était le siège d’un archidiaconné- que temporel.

Il demeure que l’étude d’un tel lieu montre qu’il serait imprudent de généraliser certaines situations d’apparence exemplaires, et que l’évolution d’une vaste région comme le Berry et son futur voisin bourbonnais connaissait, déjà à la période médiévale, des contrastes importants.

 

L'église vue du sommet de la motte 

 
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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 08:29

On a parfois du mal à concevoir certaines évolutions économiques qui ont plongé des cités naguère prospères dans un quasi anonymat, étouffées par la vigueur d’une de leurs voisines. C’est le sort que connut la ville fortifiée de Bruère-Allichamps, bien située au contact entre la plaine de Bourges et la grande seigneurie de Charenton, qui demeura malgré ses atouts économiques une simple ville forteresse sur la route du sud au nord, alors que Saint-Amand, toute proche, dynamisée par la construction du château de Montrond et par son interface entre la Bourgogne et le Berry déolois, se développait plus rapidement et devenait le centre de gravité économique et politique des environs.

Le Bruère médiéval ne manquait pas d’atouts, en premier lieu sa position-clé sur le nouvel axe routier longeant la rive gauche du Cher, prolongeant l’ancienne voie antique Bourges-Néris en direction de Saint-Amand après l’abandon du gué d’Allichamps. Choisi par les peuples de l’Antiquité pour la logique de son tracé évitant les accidents de relief sur la rive droite de la vallée du Cher, l’ancien chemin franchissait la rivière tout près du prieuré d’Allichamps et se dirigeait vers Montluçon, passant par des futures villes et villages tels que Ainay-le-Vieil, La Perche, Epineuil et Vallon.

Deux facteurs firent basculer cette situation au XIIe siècle: la fondation de l’abbaye de Noirlac et le développement de Saint-Amand autour de son premier château de bois. Ces nouveaux centres d’activité économique condamnèrent l’ancienne route et les voyageurs empruntèrent désormais un chemin passant au pied du rempart de Bruère, devant l’abbaye de Noirlac (dont l’isolement dans la nature fut somme toute relativement bref) et par la “Porte de Bourges” en entrant dans Saint-Amand. Bruère devint alors un lieu capable de profiter des bienfaits de la circulation des hommes et des marchandises pour faire propérer son économie, mais dut aussi en assumer les conséquences sanitaires: un hôtel-Dieu et une léproserie sont fondés dans son environnement immédiat, comme dans tous les grands lieux de passage de l’époque.

Spirituellement, les alentours de Bruère étaient très riches. En plus de l’abbaye de Noirlac, on se souviendra de la présence du prieuré d’Allichamps, dépendant de l’abbaye de Plaimpied, de l’église de La Celle, auquel était attachées les reliques d’un saint thaumaturge, saint Sylvain et d’une commanderie templière qui devait être d’une certaine importance si l’on en juge de l’ancien nom de Bruère, qualifié de “Bruère-du-Temple” dans les chartes du XIIIe siècle. Un autre prieuré, sur lequel on manque d’informations, est évoqué à La Celle par le testament de Renaud de Montfaucon ainsi qu’une autre commanderie du Temple à Farges, sur l’autre rive du Cher.

Il reste à savoir qui prit l’initiative de fonder Bruère ou, à défaut, d’avoir fortifié le hameau antérieur. L’Histoire est muette sur ce sujet mais l’écho de cet événement est assez lisible pour proposer, logiquement, une origine charentonaise. Le testament de Mathilde de Charenton cite des droits féodaux sur le four banal et les foires de Bruère, faisant partie de son legs testamentaire au profit de Noirlac et de l’église de Bruère. On peut supposer qu’un de ses ancêtres, certainement le fondateur de Noirlac, s’est assuré la maîtrise de ce verrou d’accès à ses domaines méridionaux en le plaçant sous la sauvegarde d’un de ses officiers. En 1266, on remarque que le seigneur de Sully, qui a profité du démembrement de la seigneurie de Charenton après la mort de Renaud de Montfaucon pour augmenter son patrimoine dans le sud du Berry a placé à la tête de la ville un bailli.

 

Je ne me permettrai pas de me substituer aux habitants de Bruère, qui assurent une belle promotion de leur village, souvent injustement méconnu mais seulement me contenterai-je d’appuyer leurs initiatives en faveur de la connaissance de leur patrimoine en invitant les lecteurs de ce blog à prendre le temps de découvrir les murailles, tours et autres maisons et portes médiévales de cette antique cité fortifiée.

 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 10:06


blasons XVe, croix de Coust (18)

On connaît la valeur que certains accordent à l'héraldique, cette science auxiliaire de l'Histoire. Lors de mes recherches préparatoires à mon doctorat d'anthroponymie médiévale, j'avais pu ébaucher quelques recoupements entre les informations délivrées par les chartes régionales et un document très connu dans le milieu des héraldistes, le Rôle d'armes Bigot, ancienne transcription de plus de trois cents blasons de chevaliers ayant, en 1254, accompagné le comte d'Anjou dans une expédition en Hainaut, dont la seule copie connue est conservée à la BNF.

Je n'ai pas la prétention d'apporter quoi que ce soit de neuf sur ce sujet, mais il m'a semblé qu'isoler les chevaliers du Berry ayant participé à cette chevauchée pouvait intéresser certains lecteurs. Voici donc une liste de plusieurs féodaux du Berry partis mettre leur épée au service de Charles d'Anjou dans la seconde moitié du XIIIe siècle. J'ai volontairement omis de rajouter les millésimes traditionnellement accolés aux noms chevaleresques. Ajouter un numéro à un patronyme seigneurial (Ebbes VI de Charenton, par exemple) est complètement anachronique et particulièrement inapproprié dans le cas de familles seigneuriales dont on ne connaît que des fragments de la généalogie. Ce confort d'historien moderne étant étranger à la société médiévale régionale, j'adopte ici, comme dans toute mes communications, le modèle en usage à l'époque.

Chevaliers dont les noms ont pu être vérifiés par d'autres sources:

- le comte Jean de Sancerre (Jehans de Sansuere)


- Henri de Sully (Henri de Sorli) 

La famille de Sully, quoique ligérienne, possédait plusieurs fiefs en Berry.


- Guillaume de Chauvigny, seigneur de Châteauroux (Guillaume de Chauvigny)


- Jean de Chauvigny, seigneur de Levroux (Jehans de Chauvigny)

De la famille du précédent, ces féodaux sont originaires du Poitou.


- Rannoux, seigneur de Culan (Renould de Tuleh)

Souvent à tort nommés Renaud (nom attaché à la famille de Graçay et à sa branche cadette de Montfaucon), les Culan sont vassaux de la seigneurie de Châteauroux.


-Hubert de Presle (Hubliers de Praele)

Vielle famille dont le fief est situé dans l'Indre, Hubert de Presle ne peut être identifié que grâce à une mention aux Archives départementales de ce département.


Chevaliers sur lesquels je ne dispose d'aucune information:


-Jean de Périe? (Jehan de Perie)

(seigneurie de Buzançais?)


-Guillaume de Naillac (Guillaume de Nellac)

(seigneurie du Blanc - sud de l'Indre?)


Le lecteur trouvera sans difficulté sur ses moteurs de recherches habituels des sites spécialisés en héraldique qui proposent des restitutions des blasons décrits, mais non représentés, dans l'armorial Bigot.


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Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 10:26



Jean Chaumeau, historien du Berry, fit, au XVIe siècle, de la forteresse du Châtelet-en-Berry, la description suivante:

“un chasteau cloz et fermé de murailles fort hautes et enrichy de tournelles dans lequel il y a une grosse tour quarrée assise sur une haute motte, estant toute faicte de groz cartiers de pierre de taille de la hauteur de soixante et douze piedz (env. 25m.), de largeur quarante sept (soit 15 m.) et de l’espesseur de quinze piedz (5 m.) couverte de tuyle”.

On cherchera aujourd’hui en vain dans le paysage bocager trace de ce grand donjon sur motte qui dominait, il y a quelques siècles, les domaines orientaux de la seigneurie de Déols. Comme tant d’autres, le château du Châtelet a été exploité comme carrière de matériaux de construction et n’est plus que l’ombre de lui-même  mais mérite, à défaut d’un détour sur un circuit touristique, toute l’attention de l’historien.


Arrêtons nous un instant sur le toponyme “Châtelet”, qui présente la particularité d’être ici attaché à une forteresse et une ville, alors qu’on le trouve en général associé à des sites fortifiés très rustiques, de taille variable, qui semblent plus correspondre à des habitats ruraux palissadés qu’à des châteaux primitifs. On émettra l’hypothèse que le lieu était occupé par un ouvrage défensif de terre et de bois avant que les Déols ne le fasse évoluer au XIe siècle en aménageant sur le sommet d’une petite colline dominant le Portefeuille une motte castrale servant d’assise à une tour carrée, probablement de bois, remplacée au XIIe siècle par le gros donjon décrit par Chaumeau et visible sur plusieurs documents iconographiques. On supposera que le reste du périmètre accueillait la basse-cour du château.

Cette forteresse s’étend, sur une période qui ne peut être déterminée que par l’archéologie sur l’ensemble de la butte, dont la hauteur très moyenne est soulignée par le creusement de très profonds fossés qui donnent à l’espace défensif un dénivelé respectable. Un rempart garni d’une dizaine de tours délimite une aire assez étendue dans laquelle s’élèvent les espaces résidentiels. Une chapelle est visible à l’emplacement de l’actuelle église moderne, à l’extérieur du complexe fortifié, occupant certainement la fonction de chapelle castrale hors les murs. Sans avoir eu le temps de prendre sur place de mesures précises, il apparaît que l’ancien château du Châtelet était plus étendu, dont potentiellement plus puissant, que ses voisins de Culan ou de Montrond, par exemple.

Qu’est-ce qui justifie la présence d’une telle fortification dans une région qui ne semble pas présenter d’enjeu stratégique ou économique majeur? On serait tenté de répondre: la géopolitique. Le Châtelet-en-Berry est en effet une possession propre des seigneurs de Déols, qui la font garder par leurs officiers, mais qui ne l’accorde jamais en fief à un de leurs vassaux locaux ni en apanage à un des leurs cadets, comme c’était le cas à Châteaumeillant. Cette forteresse se trouve située juste au centre d’un grand territoire carré délimité naturellement à l’Ouest par la vallée de la Sinaise, et au Nord et à l’Est par la vallée de l’Arnon. Aucun autre seigneur important ne possède de biens sur ce territoire, et tous les féodaux qui l’occupent rendent hommage aux Déols. Le Châtelet se trouve donc au centre d’un territoire qui sert de glacis défensif aux terres déoloises. Une première ligne de défense apparaît sur la Sinaise, avec des forteresses comme Châteaumeillant et Rezay. Une seconde ligne fortifiée par des mottes et des maisons-fortes suit le cours de l’Arnon. Le Châtelet est le symbole matériel de l’autorité des seigneurs de Déols sur cette partie du Berry du Sud. Ces seigneurs et leurs vassaux participent à la fondation et protègent le prieuré d’Orsan et le chapitre augustin de Puyferrant.

 

L’intérêt touristique du Châtelet.

Disons le franchement, le château du Châtelet-en-Berry ne mérite pas à lui seul le détour, mais il peut-être une étape intéressante sur un circuit de découverte des alentours incluant le prieuré d’Orsan, l’abbaye de Puyferrant, les églises de Châteaumeillant et Saint-Jeanvrin et, dans un registre plus artistique, le village de potiers des Archers où œuvrent mes amis Delmotte, céramistes et créateurs d’épis de faîtage.

Comme d’autres ruines, le Châtelet disparaît derrière la végétation du printemps à la chute des feuilles et il est difficile d’en apprécier les proportions. Le fait que le site soit vivant et accueille des jeunes pour des stages à caractère culturel et archéologique ne facilite pas l’accès à l’intérieur des remparts.


 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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