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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 08:29

On a parfois du mal à concevoir certaines évolutions économiques qui ont plongé des cités naguère prospères dans un quasi anonymat, étouffées par la vigueur d’une de leurs voisines. C’est le sort que connut la ville fortifiée de Bruère-Allichamps, bien située au contact entre la plaine de Bourges et la grande seigneurie de Charenton, qui demeura malgré ses atouts économiques une simple ville forteresse sur la route du sud au nord, alors que Saint-Amand, toute proche, dynamisée par la construction du château de Montrond et par son interface entre la Bourgogne et le Berry déolois, se développait plus rapidement et devenait le centre de gravité économique et politique des environs.

Le Bruère médiéval ne manquait pas d’atouts, en premier lieu sa position-clé sur le nouvel axe routier longeant la rive gauche du Cher, prolongeant l’ancienne voie antique Bourges-Néris en direction de Saint-Amand après l’abandon du gué d’Allichamps. Choisi par les peuples de l’Antiquité pour la logique de son tracé évitant les accidents de relief sur la rive droite de la vallée du Cher, l’ancien chemin franchissait la rivière tout près du prieuré d’Allichamps et se dirigeait vers Montluçon, passant par des futures villes et villages tels que Ainay-le-Vieil, La Perche, Epineuil et Vallon.

Deux facteurs firent basculer cette situation au XIIe siècle: la fondation de l’abbaye de Noirlac et le développement de Saint-Amand autour de son premier château de bois. Ces nouveaux centres d’activité économique condamnèrent l’ancienne route et les voyageurs empruntèrent désormais un chemin passant au pied du rempart de Bruère, devant l’abbaye de Noirlac (dont l’isolement dans la nature fut somme toute relativement bref) et par la “Porte de Bourges” en entrant dans Saint-Amand. Bruère devint alors un lieu capable de profiter des bienfaits de la circulation des hommes et des marchandises pour faire propérer son économie, mais dut aussi en assumer les conséquences sanitaires: un hôtel-Dieu et une léproserie sont fondés dans son environnement immédiat, comme dans tous les grands lieux de passage de l’époque.

Spirituellement, les alentours de Bruère étaient très riches. En plus de l’abbaye de Noirlac, on se souviendra de la présence du prieuré d’Allichamps, dépendant de l’abbaye de Plaimpied, de l’église de La Celle, auquel était attachées les reliques d’un saint thaumaturge, saint Sylvain et d’une commanderie templière qui devait être d’une certaine importance si l’on en juge de l’ancien nom de Bruère, qualifié de “Bruère-du-Temple” dans les chartes du XIIIe siècle. Un autre prieuré, sur lequel on manque d’informations, est évoqué à La Celle par le testament de Renaud de Montfaucon ainsi qu’une autre commanderie du Temple à Farges, sur l’autre rive du Cher.

Il reste à savoir qui prit l’initiative de fonder Bruère ou, à défaut, d’avoir fortifié le hameau antérieur. L’Histoire est muette sur ce sujet mais l’écho de cet événement est assez lisible pour proposer, logiquement, une origine charentonaise. Le testament de Mathilde de Charenton cite des droits féodaux sur le four banal et les foires de Bruère, faisant partie de son legs testamentaire au profit de Noirlac et de l’église de Bruère. On peut supposer qu’un de ses ancêtres, certainement le fondateur de Noirlac, s’est assuré la maîtrise de ce verrou d’accès à ses domaines méridionaux en le plaçant sous la sauvegarde d’un de ses officiers. En 1266, on remarque que le seigneur de Sully, qui a profité du démembrement de la seigneurie de Charenton après la mort de Renaud de Montfaucon pour augmenter son patrimoine dans le sud du Berry a placé à la tête de la ville un bailli.

 

Je ne me permettrai pas de me substituer aux habitants de Bruère, qui assurent une belle promotion de leur village, souvent injustement méconnu mais seulement me contenterai-je d’appuyer leurs initiatives en faveur de la connaissance de leur patrimoine en invitant les lecteurs de ce blog à prendre le temps de découvrir les murailles, tours et autres maisons et portes médiévales de cette antique cité fortifiée.

 

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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 10:06


blasons XVe, croix de Coust (18)

On connaît la valeur que certains accordent à l'héraldique, cette science auxiliaire de l'Histoire. Lors de mes recherches préparatoires à mon doctorat d'anthroponymie médiévale, j'avais pu ébaucher quelques recoupements entre les informations délivrées par les chartes régionales et un document très connu dans le milieu des héraldistes, le Rôle d'armes Bigot, ancienne transcription de plus de trois cents blasons de chevaliers ayant, en 1254, accompagné le comte d'Anjou dans une expédition en Hainaut, dont la seule copie connue est conservée à la BNF.

Je n'ai pas la prétention d'apporter quoi que ce soit de neuf sur ce sujet, mais il m'a semblé qu'isoler les chevaliers du Berry ayant participé à cette chevauchée pouvait intéresser certains lecteurs. Voici donc une liste de plusieurs féodaux du Berry partis mettre leur épée au service de Charles d'Anjou dans la seconde moitié du XIIIe siècle. J'ai volontairement omis de rajouter les millésimes traditionnellement accolés aux noms chevaleresques. Ajouter un numéro à un patronyme seigneurial (Ebbes VI de Charenton, par exemple) est complètement anachronique et particulièrement inapproprié dans le cas de familles seigneuriales dont on ne connaît que des fragments de la généalogie. Ce confort d'historien moderne étant étranger à la société médiévale régionale, j'adopte ici, comme dans toute mes communications, le modèle en usage à l'époque.

Chevaliers dont les noms ont pu être vérifiés par d'autres sources:

- le comte Jean de Sancerre (Jehans de Sansuere)


- Henri de Sully (Henri de Sorli) 

La famille de Sully, quoique ligérienne, possédait plusieurs fiefs en Berry.


- Guillaume de Chauvigny, seigneur de Châteauroux (Guillaume de Chauvigny)


- Jean de Chauvigny, seigneur de Levroux (Jehans de Chauvigny)

De la famille du précédent, ces féodaux sont originaires du Poitou.


- Rannoux, seigneur de Culan (Renould de Tuleh)

Souvent à tort nommés Renaud (nom attaché à la famille de Graçay et à sa branche cadette de Montfaucon), les Culan sont vassaux de la seigneurie de Châteauroux.


-Hubert de Presle (Hubliers de Praele)

Vielle famille dont le fief est situé dans l'Indre, Hubert de Presle ne peut être identifié que grâce à une mention aux Archives départementales de ce département.


Chevaliers sur lesquels je ne dispose d'aucune information:


-Jean de Périe? (Jehan de Perie)

(seigneurie de Buzançais?)


-Guillaume de Naillac (Guillaume de Nellac)

(seigneurie du Blanc - sud de l'Indre?)


Le lecteur trouvera sans difficulté sur ses moteurs de recherches habituels des sites spécialisés en héraldique qui proposent des restitutions des blasons décrits, mais non représentés, dans l'armorial Bigot.


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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 10:26



Jean Chaumeau, historien du Berry, fit, au XVIe siècle, de la forteresse du Châtelet-en-Berry, la description suivante:

“un chasteau cloz et fermé de murailles fort hautes et enrichy de tournelles dans lequel il y a une grosse tour quarrée assise sur une haute motte, estant toute faicte de groz cartiers de pierre de taille de la hauteur de soixante et douze piedz (env. 25m.), de largeur quarante sept (soit 15 m.) et de l’espesseur de quinze piedz (5 m.) couverte de tuyle”.

On cherchera aujourd’hui en vain dans le paysage bocager trace de ce grand donjon sur motte qui dominait, il y a quelques siècles, les domaines orientaux de la seigneurie de Déols. Comme tant d’autres, le château du Châtelet a été exploité comme carrière de matériaux de construction et n’est plus que l’ombre de lui-même  mais mérite, à défaut d’un détour sur un circuit touristique, toute l’attention de l’historien.


Arrêtons nous un instant sur le toponyme “Châtelet”, qui présente la particularité d’être ici attaché à une forteresse et une ville, alors qu’on le trouve en général associé à des sites fortifiés très rustiques, de taille variable, qui semblent plus correspondre à des habitats ruraux palissadés qu’à des châteaux primitifs. On émettra l’hypothèse que le lieu était occupé par un ouvrage défensif de terre et de bois avant que les Déols ne le fasse évoluer au XIe siècle en aménageant sur le sommet d’une petite colline dominant le Portefeuille une motte castrale servant d’assise à une tour carrée, probablement de bois, remplacée au XIIe siècle par le gros donjon décrit par Chaumeau et visible sur plusieurs documents iconographiques. On supposera que le reste du périmètre accueillait la basse-cour du château.

Cette forteresse s’étend, sur une période qui ne peut être déterminée que par l’archéologie sur l’ensemble de la butte, dont la hauteur très moyenne est soulignée par le creusement de très profonds fossés qui donnent à l’espace défensif un dénivelé respectable. Un rempart garni d’une dizaine de tours délimite une aire assez étendue dans laquelle s’élèvent les espaces résidentiels. Une chapelle est visible à l’emplacement de l’actuelle église moderne, à l’extérieur du complexe fortifié, occupant certainement la fonction de chapelle castrale hors les murs. Sans avoir eu le temps de prendre sur place de mesures précises, il apparaît que l’ancien château du Châtelet était plus étendu, dont potentiellement plus puissant, que ses voisins de Culan ou de Montrond, par exemple.

Qu’est-ce qui justifie la présence d’une telle fortification dans une région qui ne semble pas présenter d’enjeu stratégique ou économique majeur? On serait tenté de répondre: la géopolitique. Le Châtelet-en-Berry est en effet une possession propre des seigneurs de Déols, qui la font garder par leurs officiers, mais qui ne l’accorde jamais en fief à un de leurs vassaux locaux ni en apanage à un des leurs cadets, comme c’était le cas à Châteaumeillant. Cette forteresse se trouve située juste au centre d’un grand territoire carré délimité naturellement à l’Ouest par la vallée de la Sinaise, et au Nord et à l’Est par la vallée de l’Arnon. Aucun autre seigneur important ne possède de biens sur ce territoire, et tous les féodaux qui l’occupent rendent hommage aux Déols. Le Châtelet se trouve donc au centre d’un territoire qui sert de glacis défensif aux terres déoloises. Une première ligne de défense apparaît sur la Sinaise, avec des forteresses comme Châteaumeillant et Rezay. Une seconde ligne fortifiée par des mottes et des maisons-fortes suit le cours de l’Arnon. Le Châtelet est le symbole matériel de l’autorité des seigneurs de Déols sur cette partie du Berry du Sud. Ces seigneurs et leurs vassaux participent à la fondation et protègent le prieuré d’Orsan et le chapitre augustin de Puyferrant.

 

L’intérêt touristique du Châtelet.

Disons le franchement, le château du Châtelet-en-Berry ne mérite pas à lui seul le détour, mais il peut-être une étape intéressante sur un circuit de découverte des alentours incluant le prieuré d’Orsan, l’abbaye de Puyferrant, les églises de Châteaumeillant et Saint-Jeanvrin et, dans un registre plus artistique, le village de potiers des Archers où œuvrent mes amis Delmotte, céramistes et créateurs d’épis de faîtage.

Comme d’autres ruines, le Châtelet disparaît derrière la végétation du printemps à la chute des feuilles et il est difficile d’en apprécier les proportions. Le fait que le site soit vivant et accueille des jeunes pour des stages à caractère culturel et archéologique ne facilite pas l’accès à l’intérieur des remparts.


 

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 22:11



Dans le sud de l’actuel département de l’Indre, près de l’ancien prieuré bénédictin de Saint-Benoît-du-Sault, se déroula vers 1282 une étrange affaire qui fut portée devant la justice royale, et qui est particulièrement instructive sur l’évolution des pratiques d’élevage dans les campagnes berrichonnes.

Plainte est ainsi déposée par les moines du prieuré de Saint-Benoit contre le vicomte Hugues, seigneur de la puissante châtellenie voisine de Brosse, pour le rapt d’un bélier d’origine espagnole -quendam arietem qui venerat d'Espane- et la détention de celui-ci par les hommes du vicomte.  La colère des moines fut en plus décuplée  par l’évidente mauvaise volonté du vicomte à restituer ce mouton à ses légitimes propriétaires, ce qui fut fait finalement au bout d’un certain temps.

L’animal n’ayant pas été passé à la broche, comme on aurait pu s’y attendre dans de pareilles circonstances, on comprend que les intentions des malfaiteurs étaient parfaitement préméditées et que l’origine ibérique du bélier n’est pas indifférente dans le déclenchement de cette affaire. 

De toute évidence, les bénédictins du Sault savent en cette fin de XIIIe siècle qu’il existe ailleurs des races ovines différentes des souches élevées par leurs paysans sur les domaines du prieuré et que ces ces moutons étrangers peuvent, par croisement, améliorer la productivité de leurs troupeaux. On peut alors supposer que le prieur de Saint-Benoît-du-Sault choisit d’investir dans un animal de type mérinos de façon à augmenter la production de laine issue de son cheptel. Que l’animal vienne d’au delà des Pyrénées ou ait été acquis quelque part dans le Sud de la France ne change pas les données du problème: l’objectif est économique et on comprend la fureur des moines quand ils découvrent que leur précieux animal a été subtilisé par leur puissant voisin laïc, qui prend tout son temps avant de restituer le reproducteur, le temps que celui-ci couvre les brebis du vicomte, comme on peut s’en douter. D’un certaine manière, Hugues de Brosse invente une forme de piraterie génétique, faisant saillir ses ouailles à bon compte avant de se séparer de son hôte ibérique à quatre pattes.

Cette histoire illustre de façon originale l’évolution générale des techniques agricoles observées dans l’ensemble de l’Occident à partir du XIIe siècle et ajoute un volet zootechnique supplémentaire à un vaste mouvement d’adaptation des races animales aux besoins d’une agriculture qui se perfectionne. On se souviendra des chevaux frisons importés en Poitou à la même époque, ancêtre des Traits mulassiers. Le Berry n’est pas resté en marge du progrès et il est intéressant de noter la part occupée par les bénédictins dans la genèse de cette évolution.

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Published by Olivier Trotignon - dans économie
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27 juin 2009 6 27 /06 /juin /2009 09:12



Comme plusieurs lecteurs ont manifesté de l’intérêt pour le thème des animaux musiciens, voici, particulièrement à leur intention, une intéressante variante croquée sous la forme d’un reptile, serpent ou lézard, joueur de rote.

Ce modillon est visible sur le mur nord du prieuré roman de Soye-l’église, dépendant du chapitre augustin du Châtelet-en-Berry, qui avait été le sujet d’un article voici quelque mois. Le mauvais éclairage et les limites de mon apn expliquent la médiocrité des clichés, mais on distingue malgré tout la double rangée de cordes de l’instrument. Habituellement, ce sont des équidés -ânes ou chevaux- qui jouent de la harpe ou de la rote sur les églises des régions du Centre, ce qui souligne la rareté de ce reptile.

 

Le visiteur voudra bien excuser ma neutralité en matière d’interprétation de cette iconographie particulière, laissant la symbolique romane aux spécialistes de la question.

 

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23 juin 2009 2 23 /06 /juin /2009 09:43


Les ruines du château de Bois-Sir-Amé, sur la commune de Vorly, dans le Cher, sont exceptionnelles à plus d’un titre et on ne peut s’empêcher de regretter qu’un tel monument ait été gagné par la ruine. Bois-Sir-Amé est en effet l’un des derniers châteaux-forts construit en Berry, bien après la grande vaque d’édification de forteresses féodales du XIIe et XIIIe siècle. 
Un acte royal situe précisément le début de l’entreprise (ce qui ne signifie pas que le chantier débute cette année là) en 1396, quand la chancellerie royale autorise Jacques Trousseau, maître d’hôtel du duc de Berry, à fortifier une place acquise auprès du chevalier Louis de Vigny. En résulte l’édification d’une puissante place forte, entourée de fossés très profonds, entourant un grand corps de logis dont les murs et pignons sont encore visibles à des kilomètres dans la plaine champenoise. La “petite” histoire en fait un des lieux de villégiature favoris de la belle Agnes Sorel.


 
Le caractère romantique de l’endroit tient presque autant à la taille des ses tours et murailles émergeant de la végétation qu’au nom très particulier du site, qu’une ancienne légende situait, au prix de quelques contorsions narratives, dans la bouche d’une belle femme du temps jadis portant une coupe de nectar aux lèvres de son bien-aimé chevalier par ces mots: “Bois, sire aimé!”.
L’historien a sur ce sujet une toute autre lecture, qui s’appuie sur l’existence à quelques centaines de mètres du château-fort, en lisière de taillis, d’un complexe défensif du XIIe siècle, formé d’une motte castrale, d’une basse-cour et d’une enceinte, dont la masse considérable des remblais a découragé les agriculteurs de mettre le site en culture, si bien que l’on voit parfaitement sur les photographies aériennes la saille semi-circulaire que la fortification dessine en limite de forêt et de champs de céréales. La motte présente la particularité d’être évidée à son sommet, ce qui laisse imaginer l’existence d’une cave formant le sous-sol de l’ancien donjon. Le nombre de pierres et de morceaux de tuiles visibles au sol permettent de supposer que la tour seigneuriale a pu être construite, au moins partiellement, en dur. Un croisement avec les sources documentaires locales permet de nommer cet endroit, connu pour la première fois en 1150 sous la forme de “nemus Amelii de Charentone” -le bois d’Ameil de Charenton, devenu en 1380 “Bois Sir Amel”, forme originelle du “Bois-Sire-Amé” actuel. Ce seigneur des origines est bien identifié dans la société féodale locale grâce à 17 mentions documentaires. Descendant d’une branche cadette probable de la famille de Charenton, il compose avec les grands féodaux de son temps - comte de Nevers, seigneurs de Graçay, Chârost, Vèvre ou Charenton et possède des domaines jusque vers Menetou-Couture. On note que le château actuel ne réoccupe pas l’emplacement de la motte primitive mais s’en éloigne peu, peut-être parce que celle ci demeurait plusieurs siècles après son édification le symbole de l’autorité féodale à laquelle la noblesse de la fin du Moyen-âge restait très attachée.


 

 
Doit-on conseiller à l’amateur de vieilles pierres de prévoir une promenade à Bois-Sir-Amé? Deux obstacles me font hésiter à recommander ce lieu. Tout d’abord, le site est privé et comme autour de tant d’anciennes ruines, la sécurité du visiteur peut être menacée, ce qui justifie les interdictions de pénétrer posées par le propriétaire. L’autre difficulté vient de la topographie particulière de l’endroit, complètement entouré de végétation, au point que de la pousse à la chute des feuilles des arbres qui ceinturent la forteresse, Bois-Sir-Amé est presque invisible de la petite route qui le longe. Nous réserverons donc ce château hors du commun pour nos flâneries hivernales
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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 10:24



Le chartrier de l’abbaye cistercienne de Fontmorigny a conservé la copie du testament de la dernière dame de Charenton, épouse du seigneur Renaud de Montfaucon et mère au destin douloureux dont tous les enfants décédèrent. Cette femme, dernière héritière directe de la lignée des Ebe de Charenton, rédige en 1243 un testament par lequel elle dote un nombre important d’établissements religieux tant séculiers que réguliers. Les legs testamentaires sont principalement des rentes à prélever sur les activités économiques qui animaient la région de Charenton au XIIIe siècle, comme des foires, péages et revenus fonciers.

Ce testament doit être comparé à celui que Renaud de Montfaucon rédigea quelques années plus tard. La plupart des bénéficiaires des œuvres de son épouse sont cités, mais les deux actes ne sont pas complètement parallèles. Les termes employés par les scribes dans l’un et l’autre testament laissent un certain nombre de zones d’ombre sur le statut exact de plusieurs bénéficiaires, qualifiés d’églises ou de prieurés et le croisement des deux sources est insuffisant pour dresser une carte des possessions monastiques dans le sud du Berry.

Mathilde de Charenton couche sur son testament neuf abbayes, dont plus de la moitié accueillent des moniales: Charenton et Bussière (10 livres tournois), La Ferté (40 sous), Beauvoir et Orsan (20 sous). Bussière, Beauvoir et La Ferté sont cisterciennes, Charenton bénédictine et Orsan fontevriste.

Trois monastères de cisterciens sont cités: Fontmorigny et Noirlac (20 livres) et Loroy (20 sous) ainsi que les grandmontains de Fontguedon (20 sous).

Mathilde dote également deux prieurés, Allichamps et Epineuil (ou Epignol - les deux paroisses sont presque homonymes en latin) pour 20 sous.

L’Hôtel-Dieu de Bourges reçoit 100 sous tournois ainsi que les Frères mineurs (12 livres) et Frères prêcheurs (10 livres) de cette ville. C’est aussi l’église Saint-Étienne de Bourges qui reçoit la plus forte rente (60 sous) avec celles de Levroux et de Chalivoy-Milon. Suivent pour 20 sous la Celle-Bruère et pour 10 Sagonne, Neuilly-en-Dun, Drevant, Colombier, Saint-Amand, Orval, Arcomps, Vallenay, Le Veurdre et Saint-Augustin.

Les Templiers de la vallée du Cher - l’hôpital de Farges et la commanderie de Bruère-du-Temple - reçoivent 10 sous de rente par établissement.

Deux informations sont incertaines, et doivent être considérées avec prudence. L’église du Landois (60 sous) dont le nom rappelle l’abbaye cistercienne du Landais, dans l’Indre, qu’on peine à identifier et l’abbaye de la Ferté, dotée aussi par Renaud dans son testament, qui n’appartient pas au diocèse de Bourges et dont la localisation la plus logique serait en Saône-et-Loire où une abbaye fille de Cîteaux vit le jour au début du XIIe siècle. Or, le testament parle de moniales et le monastère de la Ferté était une communauté masculine. Il est possible qu’il s’agisse d’un couvent de cisterciennes placé sous l’autorité des Frères de la Ferté comme, en Berry, Bussière l’était avec les moines de Noirlac.

Sans surprise, on observe que l’essentiel du legs de Mathilde de Charenton intéresse un périmètre appartenant au patrimoine de sa famille, avec quelques exceptions telles Bourges, Levroux et peut-être le Landais et la Ferté. Il est intéressant de noter la part des congrégations féminines dans la liste des bénéficiaires, dont le prieuré fontevriste d’Orsan qui est oublié par Renaud de Montfaucon dans son propre testament.

 
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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 18:22

Drevant arêne

Il est un ouvrage dont l’histoire n’a pas conservé grand trace, mais qui se signale comme une des forteresses les plus originales du Berry. Difficile d’imaginer, en effet, lorsqu’on visite l’ancien site cultuel gallo-romain de Drevant, voir se dresser un donjon médiéval au beau milieu de l’ancien théâtre antique. C’est pourtant ce lieu que choisirent les premiers seigneurs de la famille de Charenton pour fonder une curieuse forteresse aménagée dans les ruines encore imposantes de l’édifice primitif, réemployant les murs de l’amphithéâtre pour servir de chemise à un donjon de section carrée dont les fondations disparurent au XIXe siècle lors des travaux de déblaiement du site.
On comprendra aisément l’attrait que Drevant a exercé auprès des premiers chevaliers. Dans une région où les ressources naturelles étaient essentiellement forestières se dressaient les ruines d’un conciliabulum antique en majeure partie bâti en gros appareil de grès, facile à réemployer. Alors que la terre et le bois étaient les matières premières les plus facilement accessibles pour les bâtisseurs des premiers châteaux, l’opportunité de récupérer d’importants volumes de pierres de taille destinait le site à une fonction militaire dont la finalité n’est pas évidente, Drevant étant, comme tout site de ce type, légèrement à l’écart des voies antiques encore en fonction après l’an 1000. C’est ainsi que s’éleva dans le périmètre de l’ arène un donjon carré dont les dimensions au sol sont assez imprécises, une chapelle castrale encore visible sur une gravure de Claude Chastillon et que fut foré un puits dont la cheminée est encore apparente aujourd’hui, et qui disposait toujours d’une margelle au temps des  premières fouilles. Devant la taille du monument, et en comparaison avec la faible superficie de l’aire de la motte castrale de Charenton, il est permis de se demander si Drevant n’a pas servi de résidence principale aux premiers seigneurs de Charenton qui, comme j’ai tenté de le démontrer dans un article plus ancien, semblent avoir attiré sur place les moines marchois du Moûtier-d’Ahun pour fonder un prieuré dont l’extérieur des murs auraient pu accueillir leurs dépouilles mortelles, avant que Noirlac ne prenne le relais.
Nous relevons des traces objectives de cette étroite relation de Drevant avec la seigneurie de Charenton. Vers 1230, Robert de Drevant, prévôt d’Epineuil, confirme une donation de Renaud de Montfaucon, seigneur de Charenton. Début XVe, Guichard de Culan est reconnu comme seigneur de Drevant et de Changy et de la châtellenie de Saint-Amand, ancien fief des Charenton.
Il est possible que Drevant, avec ses hauts murs vieux de presque mille ans, ait été, avant que Saint-Amand ne s’impose économiquement, le centre de gravité de l’ancienne seigneurie de Charenton.

 
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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 11:19



Les archives judiciaires sont une mine d’informations pour qui cherche à explorer le passé d’une région et révèle des situations assez inattendues. L’une d’elles a particulièrement retenu mon attention, même si les détails de l’affaire sont assez succincts.

Les événements se sont déroulés en 1270 à Sancoins, petite ville du sud-est de l’actuel département du Cher, près de la vallée de l’Allier, et seraient l’une des premières émeutes signalée en Berry. L’histoire commence de façon tout à fait banale par l’arrestation de deux hommes surpris à braconner dans les eaux d’un étang appartenant au seigneur de Sagonne, Louis de Sancerre. On ne connaît ni l’identité ni l’origine sociale des deux braconniers mais d’évidence leur capture émeut la population de Sancoins qui déclenche une émeute dont sont victimes le prévôt royal et les hommes du comte de Sancerre. L’identité des plaignants rappelle que depuis 1202 Sancoins, qui appartenait au prieuré de la Charité-sur-Loire, a été partagé avec le roi Philippe Auguste, et, ce qui est moins connu, avec le comté de Sancerre.

Nous n’avons pas de détails précis sur le déroulement de cette explosion de colère populaire. A l'annonce de la capture des deux braconniers, la foule se rassemble, munie de pieux et de bâtons. Les coups et les injures pleuvent, le prévôt du roi est molesté, sa tunique est déchirée et les deux prisonniers sont délivrés.
On mesure la gravité de la situation à la somme de l’amende imposée par la justice royale, soit 100 livres tournois à la ville de Sancoins, ce qui semble, par comparaison avec d’autres évocations contemporaines de sommes en numéraire -comme des donations testamentaires- une punition assez lourde. L'émeute de 1252 à Bourges, lors de laquelle l'archevêque et un légat du pape avaient été menacés verbalement et physiquement, avait, par exemple, été punie de 300 livres d'amende par la justice royale.
Sur la somme imposée aux émeutiers de la ville de Sancoins, 40 livres revinrent à chaque co-seigneur du lieu, à savoir le roi de France et le prieur de la Charité-sur-Loire, les 20 livres restantes étant données au prévôt en dédommagement des violences et injures subies ce jour là.

Plusieurs explications peuvent être proposées pour expliquer un soulèvement urbain, la première, la plus simple, reposant sur la sympathie des villageois à l’égard des braconniers, certainement connus de tous. Il y aurait alors contestation de la justice seigneuriale par le peuple. On peut aussi se demander si cet événement n’est pas le symptôme d’une exaspération devant l’impôt, la fiscalité locale pouvant être alourdie par les perceptions de trois seigneurs différents, le roi, le comte de Sancerre et le prieur de la Charité. On n’exclura pas une troisième piste, celle d’une crise alimentaire due à des conditions climatiques ingrates, qui aurait pu pousser des villageois à aller pêcher dans un endroit interdit. Le siècle suivant a connu des situations similaires dans lesquelles les désordres saisonniers ont joué un grand rôle. Il y aurait dans l’affaire de Sancoins, mais c’est bien difficile à argumenter, l’indice d’une crise frumentaire dans un secteur du Berry assez peu étudié par les historiens.

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Published by Olivier Trotignon - dans politique-société civile
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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 20:04



La petite abbaye de Fontguedon, non loin de Thaumiers, dans le département du Cher est un des plus surprenants monuments qu'il m'ait été donne de découvrir au cours de mes recherches sur le Berry du Sud. Situé en pleine campagne, sur une propriété privée, ce remarquable petit édifice roman est le témoin d'une étape méconnue de la sensibilité religieuse de la première moitié du XIIIe siècle dans une région qui semble écrasée par le poids de l'Ordre cistercien. L'un des intérêts de Fontguedon est d'être une création de la famille qui fonda Noirlac au siècle précédent ce qui prouve que d'autres ordres contemplatifs avaient un rayonnement suffisant à l'écart des cisterciens pour drainer vers eux les fruits de la générosité nobiliaire.

Fontguedon est fortement liée à Mathilde -parfois appelée Mahaut- ultime représentante en ligne directe de la très ancienne famille de Charenton. Fille du dernier seigneur Ebe et épouse de Renaud de Montfaucon, Mathilde était dame de Charenton et à ce titre héritière d'un fief assez étendu et riche pour engendrer quelques libéralités en faveur du clergé tant séculier que régulier, en particulier dans le seconde moitié du XIIe siècle avec Noirlac, qui semblait la clé de voûte de la politique de générosité des Charenton à l'égard des églises et abbayes locales. Alors que les hôtels-Dieu et autres structures hospitalières attirent les dons en milieu urbain et que c'est aussi dans les villes que les futurs ordres monastiques vont bientôt s'implanter, Fontguedon se signale comme une des dernières fondations monastique en milieu rural du diocèse de Bourges.

 

Que reste t-il de la celle de Fontguedon? Assurément rien qui puisse rivaliser en majesté avec les grands monuments religieux régionaux et, toutes proportions gardées, l'amateur d'Art médiéval trouvera plus son compte à faire le tour des églises voisines de Thaumiers et de Neuilly-en-Dun. La transformation de l'abbaye en domaine agricole a tristement amoindri ce qui a dû en son temps être une petite perle toute montée en pierre de taille légèrement ocrée, très sobre, sans ornementation sculpturale. Les bâtiments conventuels sont très incomplets et l'abbatiale a été amputée de son chevet arrondi dont les pierres ont été réemployées pour monter un pignon droit. L'intérieur est occupé par des remises à matériel et étables, et la plupart des ouvertures médiévales ont été aveuglées. Toutefois, le site n'a pas servi comme ailleurs de carrière de pierre et les altérations modernes ne sont pas parvenu à rompre son équilibre initial. Abstraction faite des quelques rajouts et soustractions architecturaux, Fontguedon présente un profil grandmontain plus complet qu'à la celle de Corquoy -dont l'abbatiale est mieux conservée- et mérite à ce titre le détour tout en appelant l'attention du lecteur sur la nécessité de respecter la quiétude des propriétaires de la ferme de Fontguedon, qui m'ont très gentiment laissé visiter leur domaine pour en rapporter les quelques photographies qui illustrent cet article. 

 

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Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
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