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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 08:20


modillon de l'église de Saint-Germain-des-Bois

Voici une étrange affaire révélée par les archives de la cour de justice royale et impliquant directement les cisterciens de Noirlac. L’histoire se déroule à Saint-Germain-des-Bois, petite paroisse située au sud de Bourges, dans laquelle les moines de Noirlac étaient détenteurs de dîmes novales, c’est à dire de dîmes prélevées sur des terres défrichées depuis moins de quarante ans. Ces rentes étaient partagées avec le curé de la paroisse, dépendant de l’église collégiale de Saint-Pierre-le-Puellier, de Bourges.

On ignore l’origine de la dispute entre les deux établissements religieux, mais on peut supposer qu’elle avait été annoncée car le bailli de Berry était présent sur place pour mettre le curé de Saint-Germain sous la protection du roi lorsqu’une troupe composée de moines et convers de Noirlac accompagnés de complices clercs et laïques s’en pris au curé et à l’officier royal. Tandis que le curé était battu à mort, le bailli subissait lui-même l’assaut de plusieurs agresseurs tentant de le désarçonner. Circonstance aggravante: la présence de l’abbé de Noirlac en personne, qui ne tenta pas de retenir ses gens et qui se rendit ainsi coupable de complicité de meurtre et d’agression envers un représentant du roi, soit un délit s’apparentant à un crime de lèse-majesté.

L’enquête fut confiée à une double juridiction: la justice royale d’une part et l’Official de Bourges, compétent dans les affaires judiciaires impliquant des clercs. Convaincue par les conclusions de l’enquête, la cour de justice du roi prononça des peines très sévères à l’encontre du monastère cistercien. Noirlac se vit condamné à payer 800 livres tournois envers le curé de St Germain, 500 livres envers le roi, 20 livres d'amende pour injure au prieur et au chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier et 20 livres envers le bailli victime de l’agression.

On supposera que les 800 livres dues au curé revinrent en partie aux ayant-droits de la victime.

Redoutant que Noirlac ne tarde à s’exécuter, le roi Philippe le Bel alla encore plus loin le 14 janvier 1317 en mettant sous séquestre tous les biens temporels de l'abbaye jusqu'à complet paiement. de l’amende.

Une lettre est même envoyée à l'abbé de Cîteaux pour lui demander de punir les moines, les convers et leurs complices. Si l'abbé ne s'exécute pas, le roi menace d'appliquer lui même des sanctions.

Cette affaire, comme on peut le voir, éloigne encore un peu plus l’abbaye de Noirlac de son image d’univers contemplatif presque parfait que certains se plaisent à décrire et rappelle l’historien à la réalité du quotidien médiéval. L’abbé de Noirlac se conduit avec une brutalité qui pourrait bien être le reflet de la pauvreté et des temps difficiles que son abbaye traverse en ce début de XIVe siècle. Le début de cette longue dépression économique qui conduit à France à affronter des soulèvements populaires, des disettes et des épidémies a pu commencer à se faire sentir en Berry assez précocement et peut expliquer, à défaut de justifier, que des ecclésiastiques issus pour la plupart de la noblesse locale se soient comportés comme de vulgaires voyous.





 

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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 08:43



C’est à titre de mémoire que nous rappelons ici l’existence de la petite église romane de Nohant, à quelques pas de la demeure de George Sand.

Ce bâtiment est d’un modèle très simple bien représentatif des petites églises de campagne berrichonnes. De petite taille, sobrement ornée, elle présente cependant quelques particularités qui méritent l’attention. Ses piliers intérieurs, surdimensionnés et renforcés partiellement par un habillage octogonal, montrent soit que les projets étaient plus ambitieux que la réalisation finale -d’autres chapelles ont connu le même destin- soit  que des désordres de construction ont affecté l’ensemble.

Il est à signaler que quelques fresques de la fin du Moyen-âge sont encore visibles sur place, sans commune mesure avec les peintures de l’église voisine de Vic, bien entendu.

Nohant n’est pas un lieu indispensable dans l’étude de l’architecture sacrée en Berry, mais le visiteur y trouvera une atmosphère préservée, près du château de la Dame de Nohant, qui a elle seule mérite qu’on s’y arrête quelques instants. 




 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 08:37



Les médiévistes voudront bien me pardonner d’enfoncer, d’une certaine manière, une porte ouverte en présentant les peintures romanes de l’église de Vic, dans l’Indre. Même s’il est évident que leur notoriété est immense, il se trouve encore de nombreux habitants de la région qui fréquentent ce blog en quête de thèmes de promenade et  lecteurs d’outre-mer et des pays étrangers qui n’ont jamais passé la porte de ce monument, si bien qu’il ne pas pas semblé inintéressant d’en rappeler l’existence.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce chef-d’œuvre d’Art roman n’est pas un lieu de grande consommation touristique. Légèrement à l’écart de la route La Châtre-Montluçon, dans le petit hameau de Vic, simplement évoqué par une signalétique discrète, l’église Saint-Martin de Vic est injustement méconnue.

Extérieurement, le sanctuaire présente assez peu d’intérêt, même si son insertion dans un groupe de maisons traditionnelles mérite le coup d’œil. C’est à l’intérieur que se développe sur les murs de la nef et du chœur un remarquable ensemble de fresques qui compte parmi les plus importantes de tout le Centre-Ouest. Longtemps invisibles derrière un badigeon moderne, les peintures ont été restaurées et disposent d’un éclairage automatique qui les met en valeur.

 

N’étant pas historien de l’Art, je n’ai aucune qualité pour gloser sur les styles et les pigments, mais je tiens à souligner le parallèle qui existe entre ce lieu de culte, presque banal, et l’existence à quelques kilomètres de l’une des plus importantes seigneuries médiévale de la Vallée noire. Il est en effet probable de voir dans l’existence des fresques de Vic l’ombre des seigneurs de Saint-Chartier et en particulier Adalard Guillebaud, dont j’évoquai la personnalité dans un article antérieur. N’ayant pu reconnaître sur place aucune autre autorité laïque capable d’évergétisme, on peu supposer qu’un seigneur de Saint-Chartier, Adalard ou un de ses semblables, a pris en charge les frais d’ornementation du sanctuaire de Vic comme nous avions déjà souligné le rapprochement d’une autre église ornées de fresques romanes, en l’occurrence celle de Chalivoy-Milon, dans le Cher, avec une autre puissante seigneurie locale, celle de Charenton.

 

Reste à répondre à une question: Vic est-elle un cas splendide et isolé, ou est-elle l’illustration de ce que les croyants pouvaient contempler dans tous les lieux de culte des alentours de Saint-Chartier? On sait que des traces de fresques ne sont pas exceptionnelles dans les églises de campagne et il se pourrait bien -mais le conditionnel reste de rigueur- que le sanctuaire de Nohant-Vic soit plus conforme à la réalité médiévale que ces chapelles aux murs monochromes comme on en rencontre un peu partout en France.

 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 09:37



Il faut avoir l’œil rompu à la recherche archéologique pour reconnaître dans l’amas de végétation et de ruines visible de la départementale le souvenir de l’ancien château de Chaudenay, non loin du village de Faverdines, dans le Cher.

Nous sommes là bien loin de ce patrimoine médiéval somptueux propre à souligner la vocation touristique de la région. De la petite seigneurie de Chaudenay ne demeurent aujourd’hui que des traces indistinctes tellement submergées par les lierres qu’on peine à y distinguer les formes d’un ancien petit château élevé sur une probable plate-forme de terre -ce qui laisse entrevoir une origine antérieure à la Guerre de 100 ans- et défendu par deux tours aujourd’hui tronquées qui protégeaient un logis seigneurial transformé en maison de maître au XVIIIe, si on en juge de la forme des ouvertures. Les encadrements de pierre sur la seule tour qu’on peut approcher avec difficulté (le chemin d’accès est privé et la bâtisse n’est accessible que par les prés) sont proches de ce qui se réalisait dans le pays à la fin du Moyen-âge.

L’objet de cet article n’est pas de déplorer la ruine annoncée d’un monument médiéval de plus dans une région qui continue à voir son patrimoine s’appauvrir par négligence ou abandon. Les ruines de Chaudenay sont un lieu privé, sis dans une région où les moyens financiers sont rares, et la remise en état du bâtiment serait un gouffre que peu de propriétaires sont en mesure d’assumer, surtout à quelques dizaines de mètres d’une autoroute qui dénature complètement le site. La Roche-Guillebaud, pourtant propriété publique et bien plus symbolique de l’histoire régionale, est dans un état encore pire. Je voulais simplement attirer l’attention du lecteur sur une petite parcelle d’histoire humaine dont le souvenir donne à ce lieu un aspect moins désolé.

L’histoire est consignée dans la copie conservée dans les archives du prieuré d’Orsan et déposée aux archives du Cher du procès en canonisation du Bienheureux Robert d’Arbrissel, datant du XVIIe siècle. Alerté par des rumeurs de miracles attribués au fondateur du prieuré fontevriste d’Orsan, un prélat vint enquêter sur place et recueillit un certain nombre de témoignages d’habitants dont ceux du seigneur de Chaudenay et de sa femme. Le récit nous apprend que le fils aîné du couple était atteint d’une malformation faciale déjà désignée à l’époque sous le surnom de “bec-de-lièvre”. Ayant décidé de réduire cette infirmité, les parents convoquèrent un médecin qui vint à Chaudenay opérer le garçon. Maladresse du chirurgien? Hémophilie? L’opération tourna au drame quand une hémorragie, que le médecin fut incapable de contenir, se produisit. Ne cédant pas à la panique, une vieille servante présente sur le lieu de l’opération proposa de demander le secours du Bienheureux Robert, ce qui eut pour effet de stopper la perte de sang et de sauver la vie de l’enfant après que fut dite la prière.

Ne demandez pas à un historien laïc comment il explique cet événement. Chacun est libre d’interprèter l’histoire selon sa conscience mais personne ne contestera l’aspect émouvant de cette anecdote datée et située dans un lieu qui n’abrite plus aujourd’hui que des animaux de champs.


note: le miracle de Chaudenay fait partie du corpus de sources que j’exploite dans ma conférence: “Médecine et miracles en Berry”.

Chaudenay est un site privé qu’on ne peut approcher que de l’extérieur. Il bien entendu que cet article n’est pas un encouragement à outrepasser les interdictions du propriétaire à accéder à son bien, mais seulement le fruit du soucis de sortir cette petite fortification de l’oubli.

 

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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 09:50



Connue par une copie de 1472 conservée par les Archives départementales du Cher, la charte d’affranchissement de la petite ville de La Perche, en vallée du Cher, est un intéressant témoignage des ambitions économiques de la féodalité régionale à l’époque des Croisades. De date incertaine, cette charte a été rédigée par le dernier Ebe de Charenton avant son départ pour la Terre Sainte en 1189. Une autre charte, de même inspiration, est accordée à la ville de Saint-Amand à la même époque. 

La franchise de la Perche n’est pas en soi un texte exceptionnel. L’essentiel des articles conservés fixe les dispositions judiciaires et fiscales auxquelles devront se plier les habitants de cette nouvelle entité et les forains qui pourraient être amenés à y séjourner et à y faire du commerce. La charte fixe des droits de chasse dans les champs, de pêche dans le Cher et autorise des prélèvements de bois d’œuvre et de chauffage dans un taillis des environs. Quelques privilèges de justice sont accordés aux bourgeois de La Perche.

On aurait tort de considérer la charte de franchise de La Perche comme le témoignage d’une situation existante. Ce texte illustre principalement les ambitions économiques de la seigneurie de Charenton dans un secteur-clé de son domaine: la vallée du Cher.

La Perche se situe en effet sur le tracé de l’ancienne voie antique qui reliait Bourges à la région de Montluçon. Cette route, qui franchissait le Cher à Allichamps, croisait un autre axe qui rejoignait châteaumeillant. Le secteur était particulièrement sensible car plusieurs forteresses furent élevées le long de l’axe (Orval, Ainay-le-Vieil, Epineuil, Vallon...). Au XIIe siècle, avec la croissance de Saint-Amand et la circulation d’hommes et de marchandises en direction du Nivernais et du Berry déolois, un passage sur le Cher est aménagé à Orval, qui devient le carrefour entre ces deux voies économiques et stratégiques. Cette situation n’a bien entendu pas échappé aux Charenton, qui cherchent à favoriser les échanges économiques pour en retirer des dividendes. Plusieurs foires se tiennent dans l’année à Saint-Amand, Bruère ou Charenton. Le chevalier Ebe de Charenton choisit le site de La Perche pour élever une nouvelle ville en partie dédiée au commerce. Outre la proximité de la route, la rivière est une voie de circulation dont on peine à évaluer l’importance aujourd’hui mais on trouve la mention d’un “port” à La Perche au XIIIe siècle. Une grosse fontaine à proximité du village est probablement un atout à ne pas négliger.

Il est impossible de juger l’entreprise du seigneur de Charenton en terme de succès ou d’échec. Les plus pessimistes remarqueront que La Perche est une toute petite commune et que le bourg ne garde aucune trace de son passé médiéval, à part dans le tracé de ses rues, circulaire comme presque partout. D’autres feront observer que le village existe encore, ce qui n’est pas le cas de toutes les villes-franches contemporaines. Celle de Boisroux, fondée conjointement par l’archevêque de Bourges et le seigneur de Châteauroux, n’est plus qu’un pré où un de mes amis récoltait le foin pour ses moutons. L’erreur des Charenton est peut-être tout simplement dans la redondance des deux chartes, Saint-Amand et La Perche, qui n’offraient aucune différence significative pour les nouveaux venus dans la région. Saint-Amand ayant déjà  un statut de place économique, l’intérêt de venir faire commerce à La Perche était certainement loin d’être flagrant.

Une curiosité assez rare pour être signalée. Grâce aux bons soins de la municipalité est désormais visible une très ancienne croix qui pourrait bien être une authentique croix de justice par laquelle était marquée la limite géographique de la franchise. Le texte de la charte note l’existence de l’une d’elles au bord du Cher. Si tel était le cas (mais, en l’absence de style sculptural vraiment prononcé), sa présence assez loin du centre du bourg actuel pourrait indiquer qu’Ebe de Charenton ne manquait pas d’optimisme dans ses ambitions.

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 13:19



Conseiller aux amateurs de patrimoine médiéval d’aller visiter l’église de Neuvy-Saint-Sépulchre peut paraître superflu tant la réputation de ce monument dépasse le cadre régional. Bâtie dans une région en marge des grands circuits touristiques, elle demeure néanmoins méconnue d’un grand nombre de visiteurs, aussi me permets-je d’orienter la curiosité des lecteurs de ce blog vers un monument dont l’originalité frappe au premier contact visuel.

Échappant au plan cruciforme universellement répandu dans les Pays du Centre, les architectes de Neuvy ont appuyé la nef de l’église sur une rotonde de grandes dimensions recopiant, de l’avœu même de ses fondateurs, la forme de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Guillaume Godel, moine de Saint-Martial de Limoges, rapporte ainsi dans ses chroniques qu’en 1042, le seigneur Eudes de Déols assista, en compagnie de Boson de Cluis, à la fondation de l’église Saint-Jacques “ad formam S. Sepulchrii Yerosolimitani”.

C’est un autre membre de la famille de Déols, le cardinal Eudes de Châteauroux qui fait envoyer sur place en 1257 la relique du Précieux Sang et un fragment du Saint-Sépulchre qui deviennent l’objet d’un pèlerinage dont nous peinons à mesurer la popularité aux temps médiévaux et modernes.

Je laisse aux visiteurs le soin de collecter tous les détails sur les mensurations de l’édifice, parfaitement détaillées par des érudits dont les travaux sont accessibles avec n’importe quel moteur de recherche.

L’unicité de Neuvy, pourtant proclamée par la signalétique municipale dès l’entrée du village paraît cependant à recevoir avec précautions. Quimperlé, en Bretagne, se distingue aussi par une très belle rotonde dans son église Sainte-Croix et les ruines de Lanleff, dans la même région, montrent que les contemporains bretons des seigneurs de Déols et de Cluis avaient aussi ramené de leurs pèlerinages en Terre Sainte l’inspiration nécessaire pour élever leurs propres copies du Saint Sépulcre. Des fouilles récentes à Parthenay, en Poitou, ont révélé les fondations d’un monument de même inspiration.

 

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 08:42



Voici un fait-divers sur lequel nous ne disposons que de peu de détails mais qui révèle une étrange affaire criminelle dans la société chevaleresque berrichonne de ce début de XIVe siècle.

L’affaire se déroule en 1317 dans la puissante et ancienne seigneurie de Bommiers, dans l’actuel département de l’Indre. La dame de Bommiers -dame est le qualificatif féminin équivalent au titre de seigneur pour les hommes- tombe subitement malade dans son château. Incapable de trouver sur place le remède pour la guérir de ses maux,  Marguerite de Bommiers entreprend un voyage jusqu’à Montpellier, soit plus de 1000 kms aller-retour, pour profiter de la science des “physiciens de l’université”. Ce sont les médecins méridionaux qui découvrent ce qui avait échappé à leurs homologues berrichons: Marguerite a été empoisonnée.

Les soupçons semblent tout de suite se porter sur trois individus, dont la fonction n’est pas précisée. Jean du Solier, Mabille du Bois et la dite La Moiche, de Sainte-Sévère sont accusés, devant la justice royale, d’avoir fait prendre à la dame de Bommiers des breuvages vénéneux et autres poisons. Le roi Philippe le Long ordonne que soient poursuivis les criminels et interdit à tous ses sujets de leurs donner asile, ce qui indique, que, coupables ou non, l’homme et les deux femmes sont en fuite.

Deux points retiennent l’attention dans cette affaire. D’abord le mode d’administration des produits empoisonnés. L’arrêt royal cite des breuvages vénéneux, ce qui indique que les apprentis-meurtriers étaient soit des domestiques, capables de glisser leurs produits dans les aliments destinés à Marguerite de Bommiers, soit des guérisseurs produisant des potions médicinales. Le mobile de leur acte n’est pas connu.

Nous soulignerons ensuite la réputation que pouvait avoir une université au Moyen-âge. On ne sait qui a conseillé à la victime d’aller consulter les savants montpelliérains mais l’histoire prouve que la noblesse des pays du Centre avaient une connaissance pratique de la géographie qui, dans ce cas précis, a certainement sauvé la vie d’une femme.



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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 23:30


Voici un monument qui devrait retenir l’attention de tous les amateurs et spécialistes du costume médiéval: dans la petite église de Venesmes, non loin de Châteauneuf-sur-Cher, est visible une très belle dalle funéraire représentant un chevalier en armes. L’homme est tête nue, habillé de sa cotte de mailles et les reins ceints d’une ceinture sur laquelle est pendue son épée. Ses mains sont jointes en position de prière et ses pieds reposent sur un chien. Un écu portant ses armoiries est gravé à sa droite. L’inscription funéraire est difficile à lire et on peine à identifier le nom de défunt. On s’accordera à reconnaître là une plate-tombe d’une exceptionnelle qualité, à la fois par la finesse du travail du lapicide que par l’excellent état de conservation de l’ensemble. Déposée dans un enfeu dans le transept de l’église, la pierre a été protégée par la voûte et n’a subit aucune dégradation. N’ayant pu passer assez de temps sur place pour travailler sur l’inscription, je ferai confiance aux historiens de l’art qui ont daté cette dalle du début du XIVe siècle et ont identifié le chevalier gisant dans cette tombe comme l’un des propriétaires de la petite forteresse d’Aigue-Morte, à quelques kilomètres au sud du bourg de Venesmes. Le blason, hélas, est un dessin très banal -on connaît plus de 2000 familles ayant un lion comme armoiries en France à cette époque- et ne donne aucune indication précise sur l’origine familiale du chevalier.


Cette tombe nous rappelle une pratique qui devient de plus en plus courante en Berry au cours du Moyen-âge et de la Renaissance. Alors que la haute aristocratie régionale avait pris l’habitude, dès la fin du Xe siècle, de se faire inhumer dans les cimetières des abbayes et prieurés qu’elle protégeait, la petite noblesse rurale, pas assez fortunée pour obtenir ce privilège, a souvent choisi l’église de sa paroisse comme dernière demeure. On connaît ainsi quelques testaments qui permettent de mesurer l’importance et l’homogénéité de cette coutume, qui gagne parfois la haute aristocratie. Le seigneur d’Huriel, dans l’Allier, s’est, par exemple, fait inhumer dans une des églises de cette ville après sa mort à la bataille de Poitiers alors que les anciens seigneurs du lieu avaient au XIe siècle choisi le cimetière du prieuré bénédictin de la Chapelaude pour abriter leur nécropole familiale. Pour le confort des visiteurs, la petite commune de Venesmes a fait l’effort rare d’installer un éclairage à discrétion dans le plafond de l’enfeu, qui permet de prendre des photographies sans flash et évite une surexposition qui liserait tous les détails de la gravure. Cette initiative rare doit être saluée. Comme beaucoup de monuments ruraux, l’église est souvent fermée et la plate-tombe inaccessible. Les futures journées du Patrimoine seront donc pour beaucoup la meilleure occasion de venir admirer cet ensemble rare qui mérite vraiment la visite.


enfeu - transept de l'église de Venesmes 

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 09:35



Relativement discret, comme la plupart des animaux domestiques ou sauvages, dans les chartes médiévales berrichonnes, le porc est au centre de plusieurs jugements pris par la cour de justice du roi de France à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle.

La première affaire intéresse la salubrité des rues de la ville de Bourges. Habituellement, dans les romans, films ou bandes-dessinées qui situent leur action au Moyen-âge, les rues des cités passent pour d’innommables cloaques où cohabitent passants et animaux de ferme. Or, cette image qui frôle la caricature n’est pas démentie par une plainte déposée devant le roi de France en 1268. Saint Louis, alerté par de nombreuses bonnes gens de Bourges, décide une éradication des porcs qui souillaient les rues de la ville et ordonne qu’on chasse hors de la cité tous les cochons qui y vivaient. On peut estimer que l’ordre royal fut appliqué car dans les années qui suivent, plus aucune doléance émanant des bourgeois berruyers n’est inscrite au programme des débats de la cour de justice royale. Le plus curieux dans cette affaire n’est pas la plainte de habitants mais la décision personnelle du souverain sur un problème somme toute assez banal d’urbanisme, signe possible que la situation était vraiment très dégradée à Bourges et que saint Louis avait peut-être été personnellement incommodé lors de ses séjours dans sa cité berruyère.


Autre affaire intéressant les porcs, mais en milieu rural cette fois: le ravitaillement des armées en campagne. En 1306, prévoyant une expédition armée en Flandres, le roi Philippe le Bel ordonne au bailli de Berry de rassembler des vivres pour l’armée. Ce dernier mandate un sergent royal pour traiter avec un bourgeois de Bourges, nommé R(enaud?) Buille qui avait rassemblé dans une forêt un troupeau de porcs destinés à être engraissés pour les besoins de l’armée royale. Le sergent se rendit donc sur place et choisit, dans le lot proposé, 334 bêtes qu’il marqua, après s’être mis d’accord sur leur prix, du sceau royal. L’information nous est parvenue car ces animaux furent l’objet d’une querelle judiciaire qui dura quatre ans et dont les détails intéressent plus le Droit que l’histoire régionale.

Cette affaire permet quelques observations utiles sur le négoce des porcs au Moyen-âge. On peut d’emblée supposer que la demande royale a été clamée en place publique et que R. Buille a proposé ses services au bailli de Bourges suite à cette annonce. Les porcs, qui étaient peut-être parqués dans une ferme pour les besoins immédiats des bouchers, sont conduits dans une forêt pour être engraissés, ce qui demande un certain savoir-faire et des domestiques pour garder les animaux. Le sergent royal qui traite l’affaire doit avoir une certaine compétence en la matière car il choisit les animaux qu’il achète et discute le prix du lot, payé sur place à un certain Petrus de Vogon, serviteur de R. Buille chargé de garder les animaux. La marque royale -sans doute une fleur de lys- qu’il applique sur les 334 cochons est plus difficile à expliquer. S’agit-il d’une marque au fer rouge, ce qui implique sur place des espaces de contention des animaux ou un simple marquage avec un colorant quelconque sur des bêtes simplement parquées et destinées à être livrées rapidement à Bourges? Il serait intéressant de connaître le sort réservé aux porcs achetés par le sergent. On imagine mal que ces animaux aient été destinés à suivre l’armée pour être abattus en fonction des besoins des troupes. La dépense énergétique liée à cet exercice aurait annulé le profit de leur engraissement. Il est beaucoup plus probable que le troupeau a été abattu sur place et la viande mise en conserve, fumée ou salée, avant d’être expédiée au service d’intendance de l’armée.

 

 
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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 10:17


C’est dans la plaine au sud de Bourges, non loin du cours de l’Auron, que s’élèvent les restes de l’ancienne abbaye de Plaimpied, ayant accueilli vers la fin du XIe siècle des chanoines sous la règle de Saint-Augustin. Le terme de “restes” n’est pas synonyme dans ce cas de “ruines”, mais cette abbatiale, très plaisante à visiter et parfaitement entretenue, ne donne qu’une vision tronquée de son état à la période médiévale. Comme d’autres monuments religieux de la région, elle a été victimes de diverses déprédations commises à l’époque moderne, pendant les conflits religieux, et elle a perdu la voûte de sa nef et sa façade. Leur remise en état a permis de rendre au culte et à la visite ce très intéressant exemple d’architecture romane.

 

Comme pour beaucoup d’autres bâtiments de la région de Bourges, les sculpteurs qui ont orné Plaimpied ont disposé comme matière d’œuvre d’un calcaire dur au grain très fin, qui leur a permis de soigner le trait des chapiteaux de l’abbatiale. C’est également dans cette roche qu’ont été réalisés le gisant de l’archevêque de Bourges Richard, second du nom et plusieurs inscriptions funéraires de chanoines enterrés, comme l’archevêque, dans le sol de l’abbaye.

 

C’est surtout dans le sous-sol et la crypte, dont les entrées sont si discrètes qu’elles échappent parfois à l’attention des visiteurs que les lecteurs de ce blog trouveront l’une des particularités les plus remarquables de l’édifice. La chapelle souterraine est en très bon état de conservation et dispose d’un éclairage qui en permet la découverte. Toutefois, se munir d’une lampe de poche peut se révéler très utile, ne serait-ce que pour apprécier toute la finesse des détails des sculptures du chœur.

 

Le médiéviste regrettera que les archives de Plaimpied aient été si malmenées que presque tout a disparu, nous empêchant de mesurer l’importance réelle de ce monastère. Il reste cependant quelques chartes aux Archives départementales du Cher dans la série H. supplément cotées 58 H, dont un très bel acte de 1137. 

Je rappellerai que le prieuré d’Allichamps, près de Bruère, dépendait de Plaimpied, et que la distance entre les deux édifices permet leur visite en une seule demi-journée.

 

 

 

Abbey Plaimpied and crypt

abbey Plaimpied und krypta

Abadía Plaimpied y la cripta

Abbey Plaimpied e la cripta

Abbey Plaimpied i krypta

 
 
 
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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
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Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
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Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.