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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 19:18

Eudes-Arpin

Ego Odo cognomento Arpinus, dei gratia Bituricensis vicecomes
: moi, Eudes, surnommé Arpin, par la grâce de Dieu vicomte de Bourges...

cette titulature, relevée par Guy Devailly dans le cartulaire de l’abbaye de Vierzon, est une des rares traces locales de l’existence du dernier vicomte de Bourges, dont l’histoire nous est connue essentiellement grâce aux récits épiques relatant les exploits des premiers croisés en Terre Sainte. Nous devons à Louis Raynal, l’ancien historien de la province, la majorité des détails de ce récit.

Nous ignorons à quelle date Eudes fut élevé à la dignité vicomtale. Il hérita de la seigneurie de son oncle Étienne, vicomte de Bourges, lui même issu d’une lignée de plusieurs vicomtes. Eudes Arpin fut marié à Mathilde, citée en 1097 dans une charte de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges. Peut-être à la suite du décès de son épouse, ce haut seigneur du Berry mit son fief en vente pour partir en croisade. Il est difficile de savoir l’étendue et la nature exacte du domaine qui fut l’objet de la transaction. Nous pouvons affirmer qu’une partie de Bourges et la ville de Dun (futur Dun-sur-Auron) représentaient la part la plus importante de l’héritage d’Eudes. Ce fut le roi de France en personne qui fit l’acquisition des domaines du futur croisé, faisant de Bourges et son siège archiépiscopal une des premières villes royales au sud de la vallée de la Loire.

Manifestement, le vicomte Eudes avait fait un choix important. Alors qu’un de ses compagnons d’expédition, le comte de Nevers partait vers l’Orient en laissant derrière lui un domaine qui l’attendait à son retour, Eudes Arpin liquida toutes ses affaires en Berry pour un prix largement supérieur aux frais qu’exigeait un séjour, même prolongé, en Terre Sainte. On comprend que ce seigneur avait probablement pour objectif de conquérir un fief en Palestine, et que le produit de la vente de la vicomté de Bourges lui aurait permis de se faire bâtir sur place une forteresse et des équipements civils propres à assurer sa réussite autant politique qu’économique dans le nouveau royaume de Jérusalem.

Ce projet allait être contrarié par la réalité complexe du terrain oriental. Les sources, qui font la part belle aux exploits héroïques des chevaliers du Christ face aux infidèles, ne permettent qu’imparfaitement de reconstituer le parcours du seigneur berrichon sur les pistes arides de la Palestine et surtout de savoir ce que devint le produit de la vente de la vicomté au roi de France. Eudes Arpin, parti vers 1100, semble avoir été fait prisonnier par les musulmans peu après son arrivée et avoir été envoyé en détention à Bagdad, que les chroniques nomment encore Babylone. Là, le seigneur berruyer passa probablement plusieurs année de captivité, jusqu’à ce que son cas soit l’objet d’une négociation entre l’empereur de Byzance Alexis et le calife de Bagdad. Il est tout à fait possible que le pécule offert par le roi de France lors de l’achat de Bourges ait servi à racheter la liberté d’Eudes.

Libéré, l’ancien vicomte fut accueilli à Byzance puis repris le chemin de l’Occident, ce qui semble confirmer sa ruine et la fin de ses espérances de devenir seigneur d’Orient. 

Sur la route du retour vers la France, Eudes Arpin fit étape à Rome où il fit la rencontre du pape Pascal II. Il est probable que le souverain Pontife profita de la présence de son hôte pour glaner tous les renseignements possibles sur la situation sur le front de la croisade et qu’Eudes, homme d’armes instruit et ancien prisonnier des geôles musulmanes, était un informateur de choix.

Ces conversations avec le Saint Père convainquirent Eudes Arpin de se faire moine, seule destiné honorable pour un homme de son rang ayant perdu tout son patrimoine matériel. De retour en France, il rejoignit logiquement Cluny, seul ordre monastique adapté à un personnage de son importance, qui sut exploiter ses qualités d’homme à la fois d’église et d’ancien chevalier en lui confiant en 1107 la place de prieur à la Charité-sur-Loire, à la lisière ligérienne de ses anciennes possessions féodales.

Eudes Arpin connut une véritable consécration lorsque, la même année, le pape Pascal II vint à la Charité et fut reçu avec faste par le nouveau prieur. Une chronique signale qu’une pêche miraculeuse de 100 saumons dans les pêcheries du prieuré permit de nourrir tous les convives de cette cérémonie.

Eudes Arpin, ancien vicomte de Bourges, croisé, prieur clunisien, décéda avant 1130. Il est un des rares natifs du Berry aux temps médiévaux auquel l’Histoire de France a accordé une parcelle d’immortalité.

Eudes Arpin, last Bourges count and the first Crusade 

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Published by Olivier Trotignon - dans politique-société civile
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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 21:55

incendie

Région peu peuplée et presque muette en récits événementiels pendant le premier âge féodal, le Berry s’est pourtant distingué dans une partie de la Chrétienté en 1038 lorsque son évêque, Aimon, prit les armes pour imposer par la violence le principe des Paix de Dieu. Les événements, connus par les récits des chroniqueurs de deux abbayes, Déols et Fleury, éclairent de manière inattendue l’histoire d’une seigneurie du sud du département du Cher.

Le lecteur trouvera dans la littérature érudite de nombreuses analyses des événements qui agitèrent Bourges en 1038. Appliquant de façon autoritaire les principes du concile de Charroux appelant le clergé à se manifester pour que cessent les conflits féodaux endémiques dans les régions d’Occident, l’archevêque de Bourges leva une armée d’habitants de sa cité qu’il plaça sous ses bannières. Prenant lui-même la tête de deux expéditions, il conduisit une première fois ses troupes aux portes d’un château non identifié, qu’il fit incendier, puis dirigea la masse de son armée vers la citadelle de Châteauneuf, en vallée du Cher, théâtre d’un conflit entre le vicomte de Bourges et le seigneur de Déols. La bataille qui suivit vit la défaite des berruyers, bousculés et massacrés par l’ost déolois. Si le second épisode est bien étudié grâce aux croisements des sources narratives, c’est plus sur la première expédition que je souhaite m’arrêter ici.

Le récit du chroniqueur bénédictin de Fleury indique que l’archevêque fit assiéger le château de “Bennecy” dans lequel périrent par le feu quatorze personnes, dont des enfants et des femmes enceintes. Son propriétaire, un nommé Étienne, fut capturé et emprisonné à Bourges. La question qui se pose est de savoir où s’est déroulée cette attaque, le nom de Bennecy ne renvoyant directement à aucun toponyme actuel.

De toute évidence, le château brûlé était en bois et certainement sur motte. Au début du XIe siècle, peu de seigneuries berrichonnes peuvent assurer l’élévation d’un tel système défensif. Ces fiefs primitifs évoluent dans les siècles suivants et leur histoire peut être suivie dans la documentation parfois jusqu’à la Révolution Française. Partant de ce principe, on peut émettre l’hypothèse que le nom rapporté par le moine de Fleury, lui même absent lors des faits, a été déformé par le bouche-à-oreille et n’est que l’écho du toponyme d’origine désignant une grande maison féodale régionale. En étudiant de près la toponymie de la contrée, on remarque qu’une seule seigneurie, Bannegon ou, dans sa forme primitive “Bennegon”, possède deux syllabes communes avec le nom donné par la Chronique de Fleury.

Cette très ancienne place-forte était le fief de la famille de la Porte connue dès 1032 (soit six ans avant les expéditions de l’archevêque) grâce à un acte du chartrier de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges et son premier seigneur identifié, Beraldus de Porta, est nommé sur la même liste de témoins que le vicomte de Bourges. Sachant que Bannegon est tout proche de la ville de Dun, ancienne possession de la vicomté de Bourges, et que l’archevêque Aimon organisa sa seconde expédition à Châteauneuf, autre possession du vicomte de Bourges menacée par les entreprises des Déols en vallée du Cher, nous tenons un autre indice qui confirmerait que Bannegon fut bien la première place détruite par le feu sur ordre de l’archevêque de Bourges.

Il ne reste aujourd’hui rien, à notre connaissance, de la probable motte qui devait porter la citadelle incendiée. Le site est aujourd’hui occupé par une puissante demeure fortifiée dont la construction a certainement effacé les traces de l’occupation primitive du lieu et le souvenir des horreurs qui s’y produisirent au nom de Dieu.

Bannegon

 

château de Bannegon (Cher)


 

(note)

Il est permis de s’interroger sur les motifs qui poussèrent l’archevêque Aimon à se comporter plus comme chef de guerre que comme chef de l’Eglise de Bourges. Il n’est pas anodin que cet homme ait grandi dans la puissante famille de Bourbon. Premier cadet du seigneur Archambaud de Bourbon, Aimon, en cas de décès de son frère aîné, aurait eu à assumer la fonction seigneuriale à la mort de son père et a été baigné toute sa jeunesse dans un monde de guerriers. C’est cette culture de l’épée plus que celle de la paix qui pourrait avoir resurgi lorsque qu’il prit le parti du vicomte de Bourges, son voisin et allié, dans deux conflits typiquement féodaux.

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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 10:12


L’année 1252 restera pour les contemporains une de celles qui virent brûler Bourges. On ignore l’ampleur de la dévastation et le nombre des victimes qui furent déplorées dans les quartiers de la cité archiépiscopale mais les archives judiciaires du royaume livrent un éclairage particulier sur l’événement en évoquant l’émeute qui se produisit à la suite de cette catastrophe.

Le lecteur comprendra qu’il m’est difficile de me livrer à un exercice d’histoire-fiction en inventant des scenarii dont le détail est absent des chroniques de l’époque. Tout au moins sait-on qu’à la suite de la destruction de la ville se produisit une émeute qui visa la maison de l’archevêque, qui accueillait à ce moment un légat du pape. Les deux prélats furent malmenés et la foule alla jusqu’à leur jeter des pierres.

Cet acte de lapidation déclencha une réaction de Saint Louis, qui comptait Bourges parmi les possessions du domaine royal. Le roi de France fit arrêter de nombreux habitants, imposa une amende de 300 livres à la ville et ordonna une enquête pour déterminer l’identité des auteurs de ce soulèvement populaire. 

Le texte du jugement ne fournit pas de renseignements sur les raisons qui poussèrent les émeutiers à diriger leur colère vers les personnes de l’archevêque et de son hôte, mais on peut supposer que, comme lors d’autres catastrophes, y compris récentes, frappant la population, le désarroi des victimes s’est mué en révolte à l’encontre du pouvoir, matérialisé à Bourges par des officiers royaux et par le prélat berruyer. On remarque tout d’abord que la foule s’en prit à la maison de l’archevêque, ce qui prouve que le palais épiscopal ne fut pas la proie des flammes. Ceci peut avoir attisé la jalousie de gens ayant tout perdu dans le sinistre.

La présence du légat du pape a pu être l’occasion de frais de réception exceptionnels, supportés par le temporel de la cathédrale de Bourges, qui peuvent avoir aussi exaspéré les victimes de l’embrasement de la cité.

Il n’est pas possible non plus d’évaluer la réaction de l’archevêché après la catastrophe. L’église de Bourges chercha t-elle à secourir les plus démunis, ou négligea t-elle les sinistrés? Y eu t-il un allégement de la pression fiscale pour soulager les plus pauvres des contribuables ou au contraire l’administration épiscopale maintint-elle ses exigences malgré l’appauvrissement de la cité consécutif à l’incendie? 

La vérité doit se situer quelque part entre ces diverses hypothèses. Il demeure que cette affaire moins connue que les grands troubles urbains du XIVe siècle mériterait une approche documentaire et archéologique plus méthodique que cette brève analyse.
Bourges brûla à nouveau cinq ans plus tard, puis en 1353, 1407, 1463, 1468 et enfin en 1487. 

The great Bourges burning and riot (1252) 

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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 09:12


 La petite chapelle gothique de Saint-Sylvain, sur la commune de la Celle-Bruère, dans le département du Cher est peut-être le monument régional sur lequel on m’a posé le plus de questions depuis deux décennies tant sa réputation auprès d’une certaine frange de la population qui raffole d’histoires de messes noires et de monstres nocturnes de diverses natures est solidement établie.

A l’origine, la chapelle de Saint-Sylvain est presque transparente dans la documentation médiévale. Bâtie à la fin du Moyen-âge pour abriter une relique de son saint éponyme, Saint-Sylvain devient un lieu de pèlerinage qui se déroule autour du prétendu tombeau de saint Sylvain. Ce joli tombeau-reliquaire malheureusement dégradé à la Révolution demeure visible sur place jusqu’à la fin du XIXe siècle, époque à laquelle la chapelle, menaçant ruine, interpelle l’historien Buhot de Kersers, qui appelle de ses vœux le sauvetage du monument. La décrépitude de l’endroit incite à déménager le tombeau pour le déposer dans l’église paroissiale de la Celle, où il peut être étudié aujourd’hui.

La restauration partielle de la chapelle, entreprise par son propriétaire, permet, il y a quelques années, de mettre le bâtiment hors d’eau et de ne pas lui faire subir le triste sort du prieuré de Souage, à quelques kilomètres de là.

L’histoire pourrait s’arrêter la simple évocation d’un petit patrimoine religieux pouvant intéresser les érudits et les curieux s’il n’y avait eu ces corps de ferme, délaissés comme tant d’autres, voisins de la chapelle, qui ont été confondus dans l’imaginaire de beaucoup de gens avec un village abandonné. Les rumeurs ont fait leur chemin et Saint-Sylvain est devenu pour nombre de fêtards un lieu où apparaîtraient pêle-mêle la “Dame blanche”, des revenants et autres entités ectoplasmiques. Tout ce salmigondis de superstitions a contribué à la détérioration du site par malveillance ou par ignorance, et les dégradations constatées sur place, de même nature que celles qu’on déplore à Bléron, ont motivé une interdiction d’accès au site, regrettable pour l’historien de l’Art, mais dont on ne peut blâmer le propriétaire. Les photos qui illustrent cet article sont des vieilles diapositives prises lorsque le site était encore accessible, et scannées pour l’occasion.

Il est très difficile d’évaluer depuis la fin du XVe siècle la fréquentation de ce lieu, complémentaire de l’église Saint-Sylvain de Levroux, connu des pèlerins pour procurer un soulagement contre le “feu de saint Sylvain”, sorte d’érysipéle contre lequel la médecine avait alors peu de remèdes à proposer. Depuis, Saint-Sylvain est victime de sa mauvaise réputation désolante pour des esprits cartésiens et c’est à nous tous, curieux du Patrimoine ou historiens confirmés, de contribuer, en combattant ce flot d’inepties, à la sauvegarde de ce petit monument.

 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 21:20



C'est, quelque part entre la Normandie et la région parisienne, un jour d'août 1999, les yeux encore remplis d'un des plus beaux spectacles auquel qu'il m'ait été donné d'assister que je me posais pour la première fois la question de savoir si les berrichons du Moyen-âge avaient eu, eux aussi, l'opportunité de contempler  des éclipses. Après avoir en vain demandé des conseils au Bureau des longitudes, dont le site internet promet pourtant de répondre aux questions des internautes, c'est sur le site de la NASA, grâce à la suggestion d'un lecteur de ce blog, que j'ai trouvé les réponses à cette interrogation née le jour de la dernière grande éclipse totale du deuxième millénaire.

Il est bien entendu difficile de préciser combien de fois le ciel s'est obscurci en Berry de manière assez significative pour que les habitants puissent avoir remarqué des variations de l'aspect du soleil. Plus de 70 éclipses, totales ou annulaires, se sont produites en presque mille ans dans un périmètre -Afrique, Europe du nord ou Atlantique- assez proche pour que des observateurs aient pu, si les conditions météorologiques le permettaient, distinguer une échancrure sur le disque solaire, sans que la luminosité soit affectée de manière à attirer l'attention de toute la population.

Plus intéressantes sont les huit éclipses annulaires et les cinq totales dont les bandes de totalité ont frôlé le Berry entre 447 et 1415. Parmi celles-ci, quatre (961, 1033, 1321 et 1415) se sont produites à la fin du printemps et en été, à des saisons où l'on peut le plus espérer une météorologie clémente favorable aux observations.

Les données de la NASA permettent de relever, entre 536 et 1010 uniquement, cinq éclipses annulaires dont les bandes de totalité ont balayé les régions du Centre. Le disque solaire, obscurci en son centre, est resté visible sous forme d'un anneau de lumière éblouissant, mais la lumière du jour a sensiblement diminué, sans que se produise une obscurité diurne totale.

 

Les deux grands soleils noirs qui ont marqué le passé, à défaut de l'histoire du Berry, datent du 5 mai 840 et du 16 juin 1406. Alors que les premières attaques normandes se produisaient sur le littoral de l'empire carolingien et que le roi de France tentaient de chasser les troupes anglaises de ses domaines, les pays du Centre ont été plongé dans une nuit brève et presque totale de plusieurs minutes. Ces phénomènes, même si la météo n'était pas favorable à une contemplation de la translation du disque lunaire devant le soleil, n'ont pu être ignorés des habitants de nos régions.

Si on ne peut se faire aucune illusion pour la période carolingienne, il serait intéressant de chercher dans les chroniques du début du XVe siècle si la dernière grande éclipse visible du Berry n'a pas été consignée par un témoin de l'époque.

  


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Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 10:43



Je saisis l’opportunité de ce jour férié en souvenir de la fin de la Grande guerre pour évoquer un patrimoine saint-amandois dont le destin fut lié, d’une certaine manière, à cette terrible période.

Il existait en effet à Saint-Amand-Montrond trois châteaux. Le plus ancien, dit “Vieux château”, date du XIe siècle et est encore matérialisé par les vestiges de sa motte, dans le centre-ville. Le deuxième est la forteresse de Montrond, juchée sur sa colline éponyme, qui fut en son temps une des plus grandes grandes places-fortes de la région, et dont il reste des ruines qui donnent une bonne idée de son importance passée. Le troisième, bien que des trois ayant été celui qui traversa le mieux le temps, a aujourd’hui complètement disparu du paysage, et sa démolition n’est pas étrangère, d’après la tradition orale, à la présence de troupes américaines à Saint-Amand en 1917-18. Voici les détails du dossier de la disparition du manoir du Vernet.

Au nord de Saint-Amand, sur la rive droite de la Marmande fut construit au XVe siècle un joli manoir qu’on peine à qualifier de château tant la sécurité semble avoir été le cadet des soucis de son commanditaire. J’ignore si cette seigneurie était d’origine plus ancienne, n’ayant trouvé aucune pièce antérieure à 1413, date à laquelle le noble homme et damoiseau Jean de la Châtre, seigneur du Vernet, accorde une donation à l’abbaye de Noirlac. 

Le manoir du Vernet est typique de ces belles demeures de la fin du Moyen-âge. Sa façade, orientée vers le sud, était percée de plusieurs fenêtres dont une très belle lucarne Renaissance. Une tour d’angle abritait un escalier tournant qui distribuait les deux étages et qui finissait par un probable pigeonnier. L’ensemble était complété par des bâtiments d’exploitation agricole plus récents et par un oratoire sur lequel nous reviendrons plus loin.

Cette jolie demeure médiévale, connue des saint-amandois et popularisée par une série de cartes postales -précieuses pour la connaissance de l’édifice- séduisit, d’après la tradition, un officier américain venu en garnison à Saint-Amand afin de s’entraîner avant de partir vers le front. Les américains, en particulier, faisaient des exercices aux gaz dans la salle de garde souterraine à l’entrée de la forteresse de Montrond. C’est donc l’un d’eux qui négocia avec le propriétaire du Vernet l’achat de la bâtisse et qui ordonna son démontage. Le manoir du Vernet fut ainsi abattu en 1919 et partirent peut-être vers le Nouveau monde ses pièces architecturales les plus remarquables: pierres de taille, cheminées, sculptures, escalier et sans doute charpentes. Le reste des murs fut rasé et les déblais jetés dans quelque carrière.

Là, les versions divergent quelque peu. On m’a affirmé que le château avait été reconstruit quelque part en Amérique -ce qui est assez vague- mais une autre source prétend que pour d’obscures raisons les pierres n’auraient pu être embarquées par un cargo à destination des ports américains et que les vestiges de notre manoir auraient été dispersés à Saint-Nazaire. Ainsi s’achève l’épopée connue de la demeure de Jean de la Châtre, damoiseau du Vernet.

 


L’oratoire Notre-Dame de Pitié


Bien que complètement remanié depuis 1918, le quartier du Vernet a conservé un petit édifice cultuel dépendant de l’ensemble démantelé, peu connu car isolé dans une zone néo-urbanisée entre des pavillons et un plateau sportif, l’oratoire Notre-Dame de Pitié. Cet oratoire surélevé est d’un facture assez rare dans la région et mérite, pour celui qui saura le découvrir près de la piste du vélodrome, le coup d’œil. La niche principale abrite une piéta en pierre polychrome du XVIIe siècle.


 

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 08:20


modillon de l'église de Saint-Germain-des-Bois

Voici une étrange affaire révélée par les archives de la cour de justice royale et impliquant directement les cisterciens de Noirlac. L’histoire se déroule à Saint-Germain-des-Bois, petite paroisse située au sud de Bourges, dans laquelle les moines de Noirlac étaient détenteurs de dîmes novales, c’est à dire de dîmes prélevées sur des terres défrichées depuis moins de quarante ans. Ces rentes étaient partagées avec le curé de la paroisse, dépendant de l’église collégiale de Saint-Pierre-le-Puellier, de Bourges.

On ignore l’origine de la dispute entre les deux établissements religieux, mais on peut supposer qu’elle avait été annoncée car le bailli de Berry était présent sur place pour mettre le curé de Saint-Germain sous la protection du roi lorsqu’une troupe composée de moines et convers de Noirlac accompagnés de complices clercs et laïques s’en pris au curé et à l’officier royal. Tandis que le curé était battu à mort, le bailli subissait lui-même l’assaut de plusieurs agresseurs tentant de le désarçonner. Circonstance aggravante: la présence de l’abbé de Noirlac en personne, qui ne tenta pas de retenir ses gens et qui se rendit ainsi coupable de complicité de meurtre et d’agression envers un représentant du roi, soit un délit s’apparentant à un crime de lèse-majesté.

L’enquête fut confiée à une double juridiction: la justice royale d’une part et l’Official de Bourges, compétent dans les affaires judiciaires impliquant des clercs. Convaincue par les conclusions de l’enquête, la cour de justice du roi prononça des peines très sévères à l’encontre du monastère cistercien. Noirlac se vit condamné à payer 800 livres tournois envers le curé de St Germain, 500 livres envers le roi, 20 livres d'amende pour injure au prieur et au chapitre de Saint-Pierre-le-Puellier et 20 livres envers le bailli victime de l’agression.

On supposera que les 800 livres dues au curé revinrent en partie aux ayant-droits de la victime.

Redoutant que Noirlac ne tarde à s’exécuter, le roi Philippe le Bel alla encore plus loin le 14 janvier 1317 en mettant sous séquestre tous les biens temporels de l'abbaye jusqu'à complet paiement. de l’amende.

Une lettre est même envoyée à l'abbé de Cîteaux pour lui demander de punir les moines, les convers et leurs complices. Si l'abbé ne s'exécute pas, le roi menace d'appliquer lui même des sanctions.

Cette affaire, comme on peut le voir, éloigne encore un peu plus l’abbaye de Noirlac de son image d’univers contemplatif presque parfait que certains se plaisent à décrire et rappelle l’historien à la réalité du quotidien médiéval. L’abbé de Noirlac se conduit avec une brutalité qui pourrait bien être le reflet de la pauvreté et des temps difficiles que son abbaye traverse en ce début de XIVe siècle. Le début de cette longue dépression économique qui conduit à France à affronter des soulèvements populaires, des disettes et des épidémies a pu commencer à se faire sentir en Berry assez précocement et peut expliquer, à défaut de justifier, que des ecclésiastiques issus pour la plupart de la noblesse locale se soient comportés comme de vulgaires voyous.





 

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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 08:43



C’est à titre de mémoire que nous rappelons ici l’existence de la petite église romane de Nohant, à quelques pas de la demeure de George Sand.

Ce bâtiment est d’un modèle très simple bien représentatif des petites églises de campagne berrichonnes. De petite taille, sobrement ornée, elle présente cependant quelques particularités qui méritent l’attention. Ses piliers intérieurs, surdimensionnés et renforcés partiellement par un habillage octogonal, montrent soit que les projets étaient plus ambitieux que la réalisation finale -d’autres chapelles ont connu le même destin- soit  que des désordres de construction ont affecté l’ensemble.

Il est à signaler que quelques fresques de la fin du Moyen-âge sont encore visibles sur place, sans commune mesure avec les peintures de l’église voisine de Vic, bien entendu.

Nohant n’est pas un lieu indispensable dans l’étude de l’architecture sacrée en Berry, mais le visiteur y trouvera une atmosphère préservée, près du château de la Dame de Nohant, qui a elle seule mérite qu’on s’y arrête quelques instants. 




 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 08:37



Les médiévistes voudront bien me pardonner d’enfoncer, d’une certaine manière, une porte ouverte en présentant les peintures romanes de l’église de Vic, dans l’Indre. Même s’il est évident que leur notoriété est immense, il se trouve encore de nombreux habitants de la région qui fréquentent ce blog en quête de thèmes de promenade et  lecteurs d’outre-mer et des pays étrangers qui n’ont jamais passé la porte de ce monument, si bien qu’il ne pas pas semblé inintéressant d’en rappeler l’existence.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce chef-d’œuvre d’Art roman n’est pas un lieu de grande consommation touristique. Légèrement à l’écart de la route La Châtre-Montluçon, dans le petit hameau de Vic, simplement évoqué par une signalétique discrète, l’église Saint-Martin de Vic est injustement méconnue.

Extérieurement, le sanctuaire présente assez peu d’intérêt, même si son insertion dans un groupe de maisons traditionnelles mérite le coup d’œil. C’est à l’intérieur que se développe sur les murs de la nef et du chœur un remarquable ensemble de fresques qui compte parmi les plus importantes de tout le Centre-Ouest. Longtemps invisibles derrière un badigeon moderne, les peintures ont été restaurées et disposent d’un éclairage automatique qui les met en valeur.

 

N’étant pas historien de l’Art, je n’ai aucune qualité pour gloser sur les styles et les pigments, mais je tiens à souligner le parallèle qui existe entre ce lieu de culte, presque banal, et l’existence à quelques kilomètres de l’une des plus importantes seigneuries médiévale de la Vallée noire. Il est en effet probable de voir dans l’existence des fresques de Vic l’ombre des seigneurs de Saint-Chartier et en particulier Adalard Guillebaud, dont j’évoquai la personnalité dans un article antérieur. N’ayant pu reconnaître sur place aucune autre autorité laïque capable d’évergétisme, on peu supposer qu’un seigneur de Saint-Chartier, Adalard ou un de ses semblables, a pris en charge les frais d’ornementation du sanctuaire de Vic comme nous avions déjà souligné le rapprochement d’une autre église ornées de fresques romanes, en l’occurrence celle de Chalivoy-Milon, dans le Cher, avec une autre puissante seigneurie locale, celle de Charenton.

 

Reste à répondre à une question: Vic est-elle un cas splendide et isolé, ou est-elle l’illustration de ce que les croyants pouvaient contempler dans tous les lieux de culte des alentours de Saint-Chartier? On sait que des traces de fresques ne sont pas exceptionnelles dans les églises de campagne et il se pourrait bien -mais le conditionnel reste de rigueur- que le sanctuaire de Nohant-Vic soit plus conforme à la réalité médiévale que ces chapelles aux murs monochromes comme on en rencontre un peu partout en France.

 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 09:37



Il faut avoir l’œil rompu à la recherche archéologique pour reconnaître dans l’amas de végétation et de ruines visible de la départementale le souvenir de l’ancien château de Chaudenay, non loin du village de Faverdines, dans le Cher.

Nous sommes là bien loin de ce patrimoine médiéval somptueux propre à souligner la vocation touristique de la région. De la petite seigneurie de Chaudenay ne demeurent aujourd’hui que des traces indistinctes tellement submergées par les lierres qu’on peine à y distinguer les formes d’un ancien petit château élevé sur une probable plate-forme de terre -ce qui laisse entrevoir une origine antérieure à la Guerre de 100 ans- et défendu par deux tours aujourd’hui tronquées qui protégeaient un logis seigneurial transformé en maison de maître au XVIIIe, si on en juge de la forme des ouvertures. Les encadrements de pierre sur la seule tour qu’on peut approcher avec difficulté (le chemin d’accès est privé et la bâtisse n’est accessible que par les prés) sont proches de ce qui se réalisait dans le pays à la fin du Moyen-âge.

L’objet de cet article n’est pas de déplorer la ruine annoncée d’un monument médiéval de plus dans une région qui continue à voir son patrimoine s’appauvrir par négligence ou abandon. Les ruines de Chaudenay sont un lieu privé, sis dans une région où les moyens financiers sont rares, et la remise en état du bâtiment serait un gouffre que peu de propriétaires sont en mesure d’assumer, surtout à quelques dizaines de mètres d’une autoroute qui dénature complètement le site. La Roche-Guillebaud, pourtant propriété publique et bien plus symbolique de l’histoire régionale, est dans un état encore pire. Je voulais simplement attirer l’attention du lecteur sur une petite parcelle d’histoire humaine dont le souvenir donne à ce lieu un aspect moins désolé.

L’histoire est consignée dans la copie conservée dans les archives du prieuré d’Orsan et déposée aux archives du Cher du procès en canonisation du Bienheureux Robert d’Arbrissel, datant du XVIIe siècle. Alerté par des rumeurs de miracles attribués au fondateur du prieuré fontevriste d’Orsan, un prélat vint enquêter sur place et recueillit un certain nombre de témoignages d’habitants dont ceux du seigneur de Chaudenay et de sa femme. Le récit nous apprend que le fils aîné du couple était atteint d’une malformation faciale déjà désignée à l’époque sous le surnom de “bec-de-lièvre”. Ayant décidé de réduire cette infirmité, les parents convoquèrent un médecin qui vint à Chaudenay opérer le garçon. Maladresse du chirurgien? Hémophilie? L’opération tourna au drame quand une hémorragie, que le médecin fut incapable de contenir, se produisit. Ne cédant pas à la panique, une vieille servante présente sur le lieu de l’opération proposa de demander le secours du Bienheureux Robert, ce qui eut pour effet de stopper la perte de sang et de sauver la vie de l’enfant après que fut dite la prière.

Ne demandez pas à un historien laïc comment il explique cet événement. Chacun est libre d’interprèter l’histoire selon sa conscience mais personne ne contestera l’aspect émouvant de cette anecdote datée et située dans un lieu qui n’abrite plus aujourd’hui que des animaux de champs.


note: le miracle de Chaudenay fait partie du corpus de sources que j’exploite dans ma conférence: “Médecine et miracles en Berry”.

Chaudenay est un site privé qu’on ne peut approcher que de l’extérieur. Il bien entendu que cet article n’est pas un encouragement à outrepasser les interdictions du propriétaire à accéder à son bien, mais seulement le fruit du soucis de sortir cette petite fortification de l’oubli.

 

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Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
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