Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 18:49

Ainay-rempart1
Dans sa livraison du 7 au 13 janvier 2010, l’hebdomadaire d’information locale “l’Echo du Berry, sous la plume de Philippe Vallanet *, a mis en valeur l’excellente initiative de la municipalité d’Ainay-le-Château de reprendre la restauration du rempart médiéval, auquel nous avions consacré un billet en juin 2009.

Longtemps rongé par la végétation et grignoté par des verrues urbaines d’une laideur qui en corrompt l’harmonie, le rempart d’Ainay avait déjà connu il y a quelques années une première campagne de ravalement. Demeurait une partie dans un état inquiétant, qui fait aujourd’hui l’objet d’une rénovation salutaire. Un budget de presque 1,4 millions d’euros est investi dans cette rénovation, dont 60 % seront couverts par des subventions de la DRAC, du département de l’Allier et de la région Auvergne.

Le médiéviste ne peut que saluer cette initiative qui vient à point nommer sauvegarder un ensemble presque unique en Berry du sud. Même si les échafaudages des entreprises de rénovation vont rendre la visite des murailles d’Ainay moins propice à la contemplation d’un patrimoine hérité de huit siècles de présence humaine dans ce lieu, l’amateur de patrimoine ancien saura se montrer patient dans l’attente de la fin du chantier.


Ainay-rempart2

* En plus de sa mission journalistique, P. Vallanet, que je salue ici, en compagnie de son épouse, est à l’origine de l’ouverture à l’occasion des Journées du Patrimoine 2009 de l’église d’Urçay, à l’ouest du massif forestier de Tronçais, et œuvre pour la notoriété de ce monument auquel sera bientôt consacré un article sur ce blog. 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans actualité
commenter cet article
12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 18:48

Levroux-voute
Voici encore un lieu incontournable du patrimoine religieux régional qui mérite une visite attentive, tant la richesse des œuvres qu’on peut y découvrir dépasse la plupart des autres monuments de la plaine et du bocage berrichon.

levroux-portail 

La collégiale Saint-Sylvain de Levroux fut bâtie au XIIIe siècle sur l’emplacement d’une église primitive. Si son aspect extérieur, vu de loin, est assez banal, la finesse de l’exécution que les bâtisseurs médiévaux ont déployée pour la réaliser surprend et fascine dès le premier contact et, irrésistiblement, rappelle sa grande voisine Saint-Étienne de Bourges. Comme dans la cathédrale berruyère, le portail est orné d’une représentation du Jugement dernier, malheureusement très dégradée lors des Guerres de religion. La silhouette des démons, la gueule animale de l’Enfer, les morts sortant du tombeau évoquent le tympan du portail central de la cathédrale de Bourges. La comparaison de s’arrête pas là. Dans la nef, on aperçoit un triforium en trompe-l’œil (les ouvertures de Levroux ne débouchent pas sur une galerie), comme il en existe un vrai dans la structure de la cathédrale Saint-Étienne.

levroux-tombeaux 
levroux-enfer 

L’abside, travaillée dans un calcaire blanc et lumineux, est superbe. La clé de voûte représente un Christ en majesté d’une facture rare dans la région.
Levroux-cle-de-voute 

Visiblement, les chanoines de Levroux, détenteurs de reliques réputées pour la guérison de certaines maladies de peau défigurantes, ont suivi les progrès du chantier de la cathédrale de la cité royale voisine et s’en sont inspirés avec des moyens considérablement plus limités, et ont rompu avec la tradition romane en offrant à la petite ville propriété de la seigneurie de Châteauroux un lieu de culte lumineux, selon les préceptes du temps, et qui n’avait en rien à rougir de la comparaison avec son grand voisin berruyer.

Une rapide recherche sur internet montre que cette collégiale est injustement méconnue des historien de l’Art et que sa scène de Jugement dernier est passée aux oubliettes de la culture savante.

Je recommande donc à mes lecteurs de réserver un après-midi de beau temps pour venir faire la découverte d’un monument rare et remarquable à tous points de vue. On soulignera que la municipalité de Levroux a mis à disposition des visiteurs un éclairage puissant à volonté, et que les parties les plus spectaculaires du monuments ne restent pas dans l’ombre, comme c’est si souvent le cas ailleurs.

Nous consacrerons ultérieurement un article aux stalles de la collégiale et à leurs miséricordes, présentant de nombreuses similitudes avec celles de l’abbaye de Chezal-Benoît, dans le Cher.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 15:53

diable-rouge

C’est une question récurrente à laquelle beaucoup de chercheurs en Histoire ont eu tôt ou tard à répondre au cours de leur carrière: le Berry fut-il ou non une terre de sorciers?

La région porte en effet le lourd fardeau de passer pour un lieu où le Diable aurait eu plus de suppôts qu’ailleurs et, le Moyen-âge apparaissant souvent dans les représentations mentales comme une période où les serviteurs des forces démoniaques auraient eu une activité débordante, il serait presque logique d’imaginer les campagnes berrichonnes médiévales comme une antichambre de l’Enfer.

Tordons donc le cou, comme le disait mon maître Jean Tricard, à une idée reçue. Les régions du Centre ne se distinguent en rien des autres territoires français dans les siècles ayant précédé la Renaissance. Même si la documentation ne peut rapporter avec fidélité la complexité et la variété des rapports humains et sociaux pendant un millénaire d’Histoire régionale, je n’ai jamais trouvé trace, ni dans les chroniques ni dans les chartes monastiques d’allusion à une quelconque activité satanique ou magique dans les limites de l’ancien archevêché berruyer. Les seules pratiques pouvant s’apparenter à la magie sont du domaine de la médecine populaire, sous forme d’empoisonnements, comme dans le cas de la dame de Bommiers, dont nous avions disserté il y a quelques semaines, ou d’activité de rebouteux, comme cette femme dénoncée par les chanoines de Saint-Sylvain de Levroux pour avoir soigné des malades atteints du feu de saint-Sylvain. 

Le Diable est pourtant bien présent en Berry, mais il n’est pas révélé par des pratiques occultes. Il naît du ciseau des sculpteurs sur les portails des grands sanctuaires urbains ou de la palette des maîtres-verriers dans les vitraux de la cathédrale de Bourges. Il n’est pas séducteur, mais au contraire épouvantail pour les pêcheurs en quête de rédemption. Dans les campagnes ordinaires, la où la foi chrétienne est contrainte de s’accommoder des multiples survivances héritées d’un passé antérieur à l’évangélisation de la Gaule, il n’est même pas sûr que les ruraux aient eu la faculté de distinguer clairement l’opposition manichéenne entre le Bien et le Mal, entre Dieu et le Diable. De là à invoquer ce dernier jusqu’à en finir sur le bûcher, il y a un abîme qui a été généreusement comblé par quelques férus d’occultisme. L’historien, à mon humble avis, n’a pas à les suivre sur ce terrain approximatif.



note: le mariage de raison entre le Berry et la sorcellerie date de la grande mode de la fin des années soixante pour le paranormal quand les pistes de Nazca, le triangle des Bermudes, les Ovnis et la réincarnation des tibétains passionnaient lecteurs et téléspectateurs. La région, en pleine déprise économique, s’est repliée sur une image de terre de sorcellerie prête à consommer, au risque d’y perdre une part de son identité et de son âme.

Les grands procès de sorcellerie, en France datent plus de la Renaissance et de la Réforme que de la période précédant la chute de Constantinople et la découverte du Nouveau-monde;

Sorcerers and magicians in medieval Berry 

Bruxos e bruxas em Berry

Las brujas y los magos en Berry

Streghe e maghi in Berry

Hexen und Zauberer in Berry

Czarownice i czarodzieje w Berry

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
commenter cet article
3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 10:46

jour-de-l'an
J’ai choisi de commencer cette année par un retour objectif sur mon activité de médiéviste “en ligne”, avec ses succès et ses inévitables échecs.

La surprise de cette fin d’année est le bilan des visites enregistrées par les compteurs de la plate-forme Overblog. Observant la fréquentation de ce blog à la fin de l’été, j’avais espéré atteindre les 10000 visites à la Saint-Sylvestre. Cet objectif, établi “au jugé” a été dépassé de presque 3000 unités. Sauf périodes de fêtes, une cinquantaine de personnes visitent en moyenne quotidiennement cet espace. Si j’observe les habituelles erreurs d’orientation qui conduisent des personnes à ouvrir ce blog par erreur, je remarque aussi un pourcentage élevé de recherches très précises sur le Berry au Moyen-âge, histoire et patrimoine bâti confondus. De tous les sujets abordés, c’est l’ensemble féodal de Bois-Sir-Amé qui a généré la fréquentation la plus forte.

Parmi les motifs de satisfaction se distinguent les nombreux visiteurs fidèles, que je tiens à remercier ici, qu’ils soient des êtres physiques que j’ai pu rencontrer ou des personnalités plus discrètes écrivant derrière le paravent de leurs pseudonymes. La richesse des échanges avec tous est incomparable et tranche résolument avec la platitude de mon quotidien d’enseignant. 

Les visites entreprises à partir de l’étranger ou des territoires français d’outre-mer m’ont aussi beaucoup surpris. Je note des visites venant de plusieurs pays de l’Union européenne mais aussi d’Afrique du Nord, du Québec, des USA, du Brésil, d’Argentine, du Proche-Orient, de Chine ou encore d’Australie. Français expatriés, étudiants francophones ou simplement curieux de l’Histoire, que ces personnes si éloignées du Berry n’hésitent pas à prendre contact directement en anglais si elles le souhaitent.

Les journalistes régionaux ont eux aussi largement aidé à la divulgation des articles que je compose. Le Berry Républicain, dans ses versions papier ou en ligne, l’Echo du Berry, France Bleu Berry, la Gazette berrichonne de Paris, tous, et souvent spontanément, m’ont proposé de relayer ma vision de la Culture en Berry.

Ceci pour remarquer que d’autres, journaux ou organismes culturels publics, ont totalement ignoré mes recherches. Leur identité n’a pas à être citée ici mais si par hasard l’un de leurs permanents venait à lire cet article, qu’il sache au moins qu’il existe une culture vivante et indépendante loin de sa machine à café et de son pot à crayons. 

D’autres n’ont non seulement pas ignoré le contenu de mes articles et le sujet de mes photos, mais se sont sentis autorisés, sous couvert de je ne sais quel principe moral proche du banditisme de grand chemin, à se servir de mes textes et illustrations sans autorisation, voire à me demander des renseignements très précis sans même se fendre d’un remerciement. Qu’ils passent désormais leur chemin!

Je ne caresse aucun projet précis pour l’année 2010. Une seule certitude: je poursuis mon travail de recherche et d’information sur le même principe qui m’a guidé jusque là: favoriser la découverte d’une histoire et d’un patrimoine régional sans concession pour la facilité, sans démagogie, sans recherche du sensationnel, dans le respect des principes de la laïcité, en bref, au service de la mémoire d’une région.

Et pour tous mes lecteurs réguliers, animateurs de blogs, journalistes et tout simplement amis, tous mes meilleurs vœux pour cette année 2010!

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans actualité
commenter cet article
28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 18:45

sain-Vit
La période des Fêtes m’a semblé propice à l’évocation de certains cultes ruraux pratiqués dans les campagnes du Berry jusqu’à des périodes très récentes, et dont les racines semblent plonger jusqu’à un substrat initial antérieur à la christianisation.

Comme partout, l’Église a proposé à l’adoration des foules de reliques qui assuraient une médiation entre l’espace terrestre et la sphère divine. Beaucoup de ces reliques étaient réputées avoir été des objets ou des pièces osseuses ayant appartenu à des saints parfaitement identifiés jusque dans les récents bréviaires. Le pouvoir de ces reliques était censé s’étendre à plusieurs domaines de la vie quotidienne, de la protection des récoltes et des biens à celle des individus. L’univers spirituel des berrichons laissait aussi une large place à des personnalités plus ambiguës, dont la genèse échappait le plus souvent à la mémoire écrite, et qui frappent par leurs similitudes avec des divinités antiques antérieures à l’empereur Constantin.

Parmi ces saints invoqués dans les campagnes les plus isolées du sud de la région se distingue saint Vit, qui agissait dans le domaine spécifique de la virilité. Gens simples et surtout pratiques, les berrichons attribuaient à certains saints des vertus homonymes de leur nom. Ainsi saint Lactensin était-il prié pour aider les jeunes mères à allaiter leurs nouveau-nés, saint Genou pour des problèmes articulaires de la jambe et saint Aignan pour combattre la teigne, grâce à la liaison. Saint Vit, comme son nom l’indique, était réputé rendre quelques services aux hommes qui avaient, comme le dit cette jolie formule médiévale, l”aiguillette nouée”. Pudiquement confondu avec saint Guy, actif pour des symptômes d’agitation et de fébrilité, saint Vit se décline en saint Vic (nom porté par la grange de l’abbaye de Noirlac située près de l’ancienne ville de Saint-Amand-Montrond, et en saint Vitte, éponyme d’une paroisse proche d’Epineuil, autrefois nommée Fleuriel, d’où le toponyme d’”Epineuil-le (près de)-Fleuriel. Il est permis de supposer qu’une relique du saint était déposée dans l’église de cette petite bourgade rurale et que le prestige de ce micro-pélerinage a effacé l’ancienne appellation du lieu.

Le saint Vit berrichon ressemble étrangement à son homologue bourbonnais, saint Greluchon (prononcer Guerluchon) dont une statue était naguère visible dans l’église de Bourbon-l’Archambault. L’objet de culte, aux dires des folkloristes, était muni d’un vit de bois que les femmes désireuses d’avoir des enfants venaient peler au couteau pour en tirer des copeaux qui, mélangés à des vin, auraient eu la propriété de restaurer leur fécondité.

Ces curiosités pratiquées par nos ancêtres rappellent le culte que les romains vouaient au dieu Priape et permettent de mesurer la distance qui séparait le culte romain des rites religieux en usages dans nos campagnes, et combien était fragile le vernis de la christianisation de la Gaule, associant à des personnages bibliques tout un panthéon de petites divinités d’origine antique dans un métissage spirituel d’une richesse dont on ne soupçonne qu’une faible part aujourd’hui.


Saint Greluchon est aujourd’hui détenu par un collectionneur anonyme, ayant été dérobé dans sa niche et il n’ existe à ma connaissance aucune icône de saint Vit aussi ai-je été chercher dans l’église Lorris, à l’est d’Orléans, l’illustration de cet article.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
commenter cet article
21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 17:58

musee-facade

Le nombre significatif des recherches spécifiques aux pigeonniers et colombiers médiévaux recensées sur ce blog m’a invité à compléter les deux articles déjà consacrés à ce sujet il y a quelques mois dans cet espace par la présentation de deux structures post-médiévales observables à Saint-Amand-Montrond et dans ses alentours.

Le premier ensemble appartient à l’Hôtel Saint-Vic, ancienne grange en ville de l’abbaye cistercienne de Noirlac, devenue musée municipal. Le bâtiment, quoique construit après la fin “officielle” du Moyen-âge, n’a pas subi d’influences Renaissance et reste ancré dans la tradition médiévale.
musee-detail 


Les deux étages sont distribués par un escalier tournant en pierre contenu par une petite tour de section polygonale. Au sommet de cette tour, accessible par un petit escalier de diamètre très inférieur à celui de l’accès principal se trouve un pigeonnier de section circulaire agencé avec des pots à pigeons. L’accès pour les oiseaux se faisait par une lucarne ouverte vers le Sud. 
Orcenais-façade 


Le second ensemble est visible dans le bourg d’Orcenais, à quelques kilomètres à l’ouest de Saint-Amand. Situé dans une impasse dite “des moines”, il se signale par une bâtisse contemporaine de l’Hôtel Saint-Vic, dont le pignon méridional est ajouré de quelques niches d’accès pour les oiseaux. Je n’ai pas eu accès à cette demeure, propriété privé, aussi dois-je supposer que le pigeonnier occupait une partie des combles de la maison et devait être accessible par un grenier. 
Orcenais-pignon 

Cette maison ne semble pas avoir fait l’objet de publications particulières,

Orcenais-détail 
aussi doit-on rester prudent sur son histoire, mais on relève dans le chartrier de Noirlac la traces d’assez abondantes possessions sur la paroisse d’Orcenais. La présence du toponyme ‘Impasse des moines” rend crédible l’hypothèse qu’il s’agit là d’une autre “maison en ville” de l’ancien couvent des moines blancs, distant de quelques kilomètres seulement.

pigeonnier Bruère-Allichamp.gif 


On ne saurait oublier une troisième bâtisse, déjà traitée dans un article antérieur, sise dans l’ancienne cité de Bruères-Allichamps, comportant un petit pigeonnier de façade, elle aussi de la fin du Moyen-âge et attestée comme propriété de l’abbaye de Noirlac.


Il semble donc qu’à la fin de la période médiévale, lorsque les troubles de la Guerre de 100 ans se furent assez éloignés pour qu’on entreprenne de nouveaux investissements, l’abbaye de Noirlac ait fait bâtir une série de demeures prêtes à recevoir les différentes taxes levées sur la population locale et qu’à chaque fois les cisterciens aient affirmé leur statut de seigneurs fonciers par la fondation de pigeonniers de villes, privilège qu’on attribue en général plus aux féodaux qu’aux clercs.

Le repérage de la maison d’Orcenais étant le fruit d’un heureux hasard lors d’une randonnée, il est possible qu’à l’avenir d’autres sites puissent venir compléter cette liste.

cistercian pigeon-houses (XVth century)

 

 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans économie
commenter cet article
17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 19:18

Eudes-Arpin

Ego Odo cognomento Arpinus, dei gratia Bituricensis vicecomes
: moi, Eudes, surnommé Arpin, par la grâce de Dieu vicomte de Bourges...

cette titulature, relevée par Guy Devailly dans le cartulaire de l’abbaye de Vierzon, est une des rares traces locales de l’existence du dernier vicomte de Bourges, dont l’histoire nous est connue essentiellement grâce aux récits épiques relatant les exploits des premiers croisés en Terre Sainte. Nous devons à Louis Raynal, l’ancien historien de la province, la majorité des détails de ce récit.

Nous ignorons à quelle date Eudes fut élevé à la dignité vicomtale. Il hérita de la seigneurie de son oncle Étienne, vicomte de Bourges, lui même issu d’une lignée de plusieurs vicomtes. Eudes Arpin fut marié à Mathilde, citée en 1097 dans une charte de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges. Peut-être à la suite du décès de son épouse, ce haut seigneur du Berry mit son fief en vente pour partir en croisade. Il est difficile de savoir l’étendue et la nature exacte du domaine qui fut l’objet de la transaction. Nous pouvons affirmer qu’une partie de Bourges et la ville de Dun (futur Dun-sur-Auron) représentaient la part la plus importante de l’héritage d’Eudes. Ce fut le roi de France en personne qui fit l’acquisition des domaines du futur croisé, faisant de Bourges et son siège archiépiscopal une des premières villes royales au sud de la vallée de la Loire.

Manifestement, le vicomte Eudes avait fait un choix important. Alors qu’un de ses compagnons d’expédition, le comte de Nevers partait vers l’Orient en laissant derrière lui un domaine qui l’attendait à son retour, Eudes Arpin liquida toutes ses affaires en Berry pour un prix largement supérieur aux frais qu’exigeait un séjour, même prolongé, en Terre Sainte. On comprend que ce seigneur avait probablement pour objectif de conquérir un fief en Palestine, et que le produit de la vente de la vicomté de Bourges lui aurait permis de se faire bâtir sur place une forteresse et des équipements civils propres à assurer sa réussite autant politique qu’économique dans le nouveau royaume de Jérusalem.

Ce projet allait être contrarié par la réalité complexe du terrain oriental. Les sources, qui font la part belle aux exploits héroïques des chevaliers du Christ face aux infidèles, ne permettent qu’imparfaitement de reconstituer le parcours du seigneur berrichon sur les pistes arides de la Palestine et surtout de savoir ce que devint le produit de la vente de la vicomté au roi de France. Eudes Arpin, parti vers 1100, semble avoir été fait prisonnier par les musulmans peu après son arrivée et avoir été envoyé en détention à Bagdad, que les chroniques nomment encore Babylone. Là, le seigneur berruyer passa probablement plusieurs année de captivité, jusqu’à ce que son cas soit l’objet d’une négociation entre l’empereur de Byzance Alexis et le calife de Bagdad. Il est tout à fait possible que le pécule offert par le roi de France lors de l’achat de Bourges ait servi à racheter la liberté d’Eudes.

Libéré, l’ancien vicomte fut accueilli à Byzance puis repris le chemin de l’Occident, ce qui semble confirmer sa ruine et la fin de ses espérances de devenir seigneur d’Orient. 

Sur la route du retour vers la France, Eudes Arpin fit étape à Rome où il fit la rencontre du pape Pascal II. Il est probable que le souverain Pontife profita de la présence de son hôte pour glaner tous les renseignements possibles sur la situation sur le front de la croisade et qu’Eudes, homme d’armes instruit et ancien prisonnier des geôles musulmanes, était un informateur de choix.

Ces conversations avec le Saint Père convainquirent Eudes Arpin de se faire moine, seule destiné honorable pour un homme de son rang ayant perdu tout son patrimoine matériel. De retour en France, il rejoignit logiquement Cluny, seul ordre monastique adapté à un personnage de son importance, qui sut exploiter ses qualités d’homme à la fois d’église et d’ancien chevalier en lui confiant en 1107 la place de prieur à la Charité-sur-Loire, à la lisière ligérienne de ses anciennes possessions féodales.

Eudes Arpin connut une véritable consécration lorsque, la même année, le pape Pascal II vint à la Charité et fut reçu avec faste par le nouveau prieur. Une chronique signale qu’une pêche miraculeuse de 100 saumons dans les pêcheries du prieuré permit de nourrir tous les convives de cette cérémonie.

Eudes Arpin, ancien vicomte de Bourges, croisé, prieur clunisien, décéda avant 1130. Il est un des rares natifs du Berry aux temps médiévaux auquel l’Histoire de France a accordé une parcelle d’immortalité.

Eudes Arpin, last Bourges count and the first Crusade 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans politique-société civile
commenter cet article
13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 21:55

incendie

Région peu peuplée et presque muette en récits événementiels pendant le premier âge féodal, le Berry s’est pourtant distingué dans une partie de la Chrétienté en 1038 lorsque son évêque, Aimon, prit les armes pour imposer par la violence le principe des Paix de Dieu. Les événements, connus par les récits des chroniqueurs de deux abbayes, Déols et Fleury, éclairent de manière inattendue l’histoire d’une seigneurie du sud du département du Cher.

Le lecteur trouvera dans la littérature érudite de nombreuses analyses des événements qui agitèrent Bourges en 1038. Appliquant de façon autoritaire les principes du concile de Charroux appelant le clergé à se manifester pour que cessent les conflits féodaux endémiques dans les régions d’Occident, l’archevêque de Bourges leva une armée d’habitants de sa cité qu’il plaça sous ses bannières. Prenant lui-même la tête de deux expéditions, il conduisit une première fois ses troupes aux portes d’un château non identifié, qu’il fit incendier, puis dirigea la masse de son armée vers la citadelle de Châteauneuf, en vallée du Cher, théâtre d’un conflit entre le vicomte de Bourges et le seigneur de Déols. La bataille qui suivit vit la défaite des berruyers, bousculés et massacrés par l’ost déolois. Si le second épisode est bien étudié grâce aux croisements des sources narratives, c’est plus sur la première expédition que je souhaite m’arrêter ici.

Le récit du chroniqueur bénédictin de Fleury indique que l’archevêque fit assiéger le château de “Bennecy” dans lequel périrent par le feu quatorze personnes, dont des enfants et des femmes enceintes. Son propriétaire, un nommé Étienne, fut capturé et emprisonné à Bourges. La question qui se pose est de savoir où s’est déroulée cette attaque, le nom de Bennecy ne renvoyant directement à aucun toponyme actuel.

De toute évidence, le château brûlé était en bois et certainement sur motte. Au début du XIe siècle, peu de seigneuries berrichonnes peuvent assurer l’élévation d’un tel système défensif. Ces fiefs primitifs évoluent dans les siècles suivants et leur histoire peut être suivie dans la documentation parfois jusqu’à la Révolution Française. Partant de ce principe, on peut émettre l’hypothèse que le nom rapporté par le moine de Fleury, lui même absent lors des faits, a été déformé par le bouche-à-oreille et n’est que l’écho du toponyme d’origine désignant une grande maison féodale régionale. En étudiant de près la toponymie de la contrée, on remarque qu’une seule seigneurie, Bannegon ou, dans sa forme primitive “Bennegon”, possède deux syllabes communes avec le nom donné par la Chronique de Fleury.

Cette très ancienne place-forte était le fief de la famille de la Porte connue dès 1032 (soit six ans avant les expéditions de l’archevêque) grâce à un acte du chartrier de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges et son premier seigneur identifié, Beraldus de Porta, est nommé sur la même liste de témoins que le vicomte de Bourges. Sachant que Bannegon est tout proche de la ville de Dun, ancienne possession de la vicomté de Bourges, et que l’archevêque Aimon organisa sa seconde expédition à Châteauneuf, autre possession du vicomte de Bourges menacée par les entreprises des Déols en vallée du Cher, nous tenons un autre indice qui confirmerait que Bannegon fut bien la première place détruite par le feu sur ordre de l’archevêque de Bourges.

Il ne reste aujourd’hui rien, à notre connaissance, de la probable motte qui devait porter la citadelle incendiée. Le site est aujourd’hui occupé par une puissante demeure fortifiée dont la construction a certainement effacé les traces de l’occupation primitive du lieu et le souvenir des horreurs qui s’y produisirent au nom de Dieu.

Bannegon

 

château de Bannegon (Cher)


 

(note)

Il est permis de s’interroger sur les motifs qui poussèrent l’archevêque Aimon à se comporter plus comme chef de guerre que comme chef de l’Eglise de Bourges. Il n’est pas anodin que cet homme ait grandi dans la puissante famille de Bourbon. Premier cadet du seigneur Archambaud de Bourbon, Aimon, en cas de décès de son frère aîné, aurait eu à assumer la fonction seigneuriale à la mort de son père et a été baigné toute sa jeunesse dans un monde de guerriers. C’est cette culture de l’épée plus que celle de la paix qui pourrait avoir resurgi lorsque qu’il prit le parti du vicomte de Bourges, son voisin et allié, dans deux conflits typiquement féodaux.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
commenter cet article
5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 10:12


L’année 1252 restera pour les contemporains une de celles qui virent brûler Bourges. On ignore l’ampleur de la dévastation et le nombre des victimes qui furent déplorées dans les quartiers de la cité archiépiscopale mais les archives judiciaires du royaume livrent un éclairage particulier sur l’événement en évoquant l’émeute qui se produisit à la suite de cette catastrophe.

Le lecteur comprendra qu’il m’est difficile de me livrer à un exercice d’histoire-fiction en inventant des scenarii dont le détail est absent des chroniques de l’époque. Tout au moins sait-on qu’à la suite de la destruction de la ville se produisit une émeute qui visa la maison de l’archevêque, qui accueillait à ce moment un légat du pape. Les deux prélats furent malmenés et la foule alla jusqu’à leur jeter des pierres.

Cet acte de lapidation déclencha une réaction de Saint Louis, qui comptait Bourges parmi les possessions du domaine royal. Le roi de France fit arrêter de nombreux habitants, imposa une amende de 300 livres à la ville et ordonna une enquête pour déterminer l’identité des auteurs de ce soulèvement populaire. 

Le texte du jugement ne fournit pas de renseignements sur les raisons qui poussèrent les émeutiers à diriger leur colère vers les personnes de l’archevêque et de son hôte, mais on peut supposer que, comme lors d’autres catastrophes, y compris récentes, frappant la population, le désarroi des victimes s’est mué en révolte à l’encontre du pouvoir, matérialisé à Bourges par des officiers royaux et par le prélat berruyer. On remarque tout d’abord que la foule s’en prit à la maison de l’archevêque, ce qui prouve que le palais épiscopal ne fut pas la proie des flammes. Ceci peut avoir attisé la jalousie de gens ayant tout perdu dans le sinistre.

La présence du légat du pape a pu être l’occasion de frais de réception exceptionnels, supportés par le temporel de la cathédrale de Bourges, qui peuvent avoir aussi exaspéré les victimes de l’embrasement de la cité.

Il n’est pas possible non plus d’évaluer la réaction de l’archevêché après la catastrophe. L’église de Bourges chercha t-elle à secourir les plus démunis, ou négligea t-elle les sinistrés? Y eu t-il un allégement de la pression fiscale pour soulager les plus pauvres des contribuables ou au contraire l’administration épiscopale maintint-elle ses exigences malgré l’appauvrissement de la cité consécutif à l’incendie? 

La vérité doit se situer quelque part entre ces diverses hypothèses. Il demeure que cette affaire moins connue que les grands troubles urbains du XIVe siècle mériterait une approche documentaire et archéologique plus méthodique que cette brève analyse.
Bourges brûla à nouveau cinq ans plus tard, puis en 1353, 1407, 1463, 1468 et enfin en 1487. 

The great Bourges burning and riot (1252) 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
commenter cet article
26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 09:12


 La petite chapelle gothique de Saint-Sylvain, sur la commune de la Celle-Bruère, dans le département du Cher est peut-être le monument régional sur lequel on m’a posé le plus de questions depuis deux décennies tant sa réputation auprès d’une certaine frange de la population qui raffole d’histoires de messes noires et de monstres nocturnes de diverses natures est solidement établie.

A l’origine, la chapelle de Saint-Sylvain est presque transparente dans la documentation médiévale. Bâtie à la fin du Moyen-âge pour abriter une relique de son saint éponyme, Saint-Sylvain devient un lieu de pèlerinage qui se déroule autour du prétendu tombeau de saint Sylvain. Ce joli tombeau-reliquaire malheureusement dégradé à la Révolution demeure visible sur place jusqu’à la fin du XIXe siècle, époque à laquelle la chapelle, menaçant ruine, interpelle l’historien Buhot de Kersers, qui appelle de ses vœux le sauvetage du monument. La décrépitude de l’endroit incite à déménager le tombeau pour le déposer dans l’église paroissiale de la Celle, où il peut être étudié aujourd’hui.

La restauration partielle de la chapelle, entreprise par son propriétaire, permet, il y a quelques années, de mettre le bâtiment hors d’eau et de ne pas lui faire subir le triste sort du prieuré de Souage, à quelques kilomètres de là.

L’histoire pourrait s’arrêter la simple évocation d’un petit patrimoine religieux pouvant intéresser les érudits et les curieux s’il n’y avait eu ces corps de ferme, délaissés comme tant d’autres, voisins de la chapelle, qui ont été confondus dans l’imaginaire de beaucoup de gens avec un village abandonné. Les rumeurs ont fait leur chemin et Saint-Sylvain est devenu pour nombre de fêtards un lieu où apparaîtraient pêle-mêle la “Dame blanche”, des revenants et autres entités ectoplasmiques. Tout ce salmigondis de superstitions a contribué à la détérioration du site par malveillance ou par ignorance, et les dégradations constatées sur place, de même nature que celles qu’on déplore à Bléron, ont motivé une interdiction d’accès au site, regrettable pour l’historien de l’Art, mais dont on ne peut blâmer le propriétaire. Les photos qui illustrent cet article sont des vieilles diapositives prises lorsque le site était encore accessible, et scannées pour l’occasion.

Il est très difficile d’évaluer depuis la fin du XVe siècle la fréquentation de ce lieu, complémentaire de l’église Saint-Sylvain de Levroux, connu des pèlerins pour procurer un soulagement contre le “feu de saint Sylvain”, sorte d’érysipéle contre lequel la médecine avait alors peu de remèdes à proposer. Depuis, Saint-Sylvain est victime de sa mauvaise réputation désolante pour des esprits cartésiens et c’est à nous tous, curieux du Patrimoine ou historiens confirmés, de contribuer, en combattant ce flot d’inepties, à la sauvegarde de ce petit monument.

 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article

Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
  • Moyen-âge en Berry
  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
  • Contact

géographie des visiteurs




A ce jour, cette espace a été visité
180102 fois.

405350 pages ont été lues.

Merci de l'intérêt que vous portez à l'histoire de la région.




Visitor Map
Create your own visitor map!
" class="CtreTexte" height="150" width="300" />

 

Rechercher

Conférences

conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Archives

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.