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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 20:26
st-silvain-gisant
Petit chef-d’œuvre méconnu de la sculpture religieuse de la fin du Moyen-âge, le mausolée-reliquaire de saint-Silvain, visible dans l’église romane de la Celle-Bruère, est un ensemble majeur de la sculpture sacrée en Berry. Façonné dans un calcaire très fin ressemblant à la pierre de Charly, le mausolée est composé d’un gisant, d’une cuve funéraire monolithe ornée sur ses quatre faces de scènes évoquant la vie du saint. Il est réputé encore contenir une relique de saint Silvain, ou saint Sylvain, soustraite aux restes du saint conservés par les chanoines de Levroux, dans l’Indre vers le milieu du XVe siècle. Ce monument, primitivement sculpté pour être déposé sous les voûtes de la chapelle Saint-Sylvain de la Celle, fut transporté dans le transept nord de l’église de La Celle.
st-silvain-personnageContemplant la chapelle et le mausolée qu’elle contenait primitivement, on mesure l’importance que prit pour les habitants de la région la translation de la relique de saint-Sylvain, censée guérir d’affections cutanées très invalidantes, sans qu’on puisse vraiment expliquer pourquoi on choisit à l’époque de fonder une chapelle dans un lieu inhabité alors que plusieurs villages, dont Meillant, La Celle, et Bruère-Allichamps disposaient de sanctuaires assez vastes pour accueillir la dévotion des fidèles. La question de l’utilité de ce culte à cet endroit précis se pose aussi. Saint Sylvain étant un de ces saints thaumaturges à “spectre étroit”, il est possible que cette fondation soit l’indice de l’existence d’un foyer d’infection localisé et permanent qui aurait mérité le seul traitement adapté que l’époque ait eu à proposer, dans l’adoration d’une relique importée de Levroux. Ce pèlerinage autour des restes miraculeux du saint semble avoir eu un succès limité dans le temps. La chapelle fût délaissée et le mausolée rapproché du centre du village de La Celle. Ceci peut être le signe d’un affaiblissement du réservoir viral dans lequel le mal saint-Sylvain trouvait ses origines et que la diminution du nombre de cas infectieux ait conduit à la désertification du sanctuaire. Le reliquaire grandeur nature de saint-Sylvain mérite autant le détour que la somptueuse église qui l’abrite et me semble un complément indispensable, de même que le prieuré d’Allichamps, tout proche, à une visite du site cistercien de Noirlac.

st-silvain-procession 
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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 19:06

St-Rhomble-voûte
La saison redevenant propice à la promenade, j’aimerais souligner l’intérêt d’une petit monument d’une grande simplicité situé sur le bord de la départementale conduisant du village de Meillant, dans le Cher, à celui de La-Celle-Bruère. Le lavoir de Saint-Rhomble, bâti en contrebas de la route, conserve les ruines d’une très belle fontaine médiévale, réputée dater du XIIIe siècle, bien que j’ignore sur quels documents a été proposée cette datation. 
St-Rhomble-bassin 

Le bassin, large et profond, était à l’origine couvert par une voûte dont l’essentiel demeure dans un bon état de conservation. Sa profondeur est d’un mètre environ. La voûte est composée par des dallettes calcaires posées sur champ, selon une technique qui rappelle celle qui était employée dans les églises, mais aussi dans de nombreux volumes fonctionnels comme des celliers ou caves jusqu’à des périodes récentes.

La source qui alimente la fontaine est une curiosité géologique. Les habitants du lieu ont ainsi observé que l’eau se trouble après les vidanges de l’étang de la Grille, situé à quelques kilomètres et légèrement plus haut en altitude que le lavoir de Saint-Rhomble. Cet étang, alimenté par un vaste système collecteur composé de petits ruisseaux forestiers, s’écoule lui-même dans une curieuse dépression karstique qui se prolonge par une caverne longue et étroite, inconfortable à visiter et sans intérêt particulier pour le néophyte, mais qui semble bien communiquer avec la fontaine qui nous intéresse.

Dans ce paysage calcaire où les points d’eau sont rares, la résurgence de Saint-Rhomble est peut-être à l’origine du petit hameau du même nom connu par les archives de l’abbaye de Noirlac depuis le XIIIe siècle.
St-Rhomble-perte

perte de l'étang de la Grille (forêt de Meillant) 
the middle age's spring of Meillant
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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 09:15

Leger

Voici un document tout à fait exceptionnel, bien postérieur à la période médiévale, mais qui offre un témoignage irremplaçable sur un des fleurons du mouvement monastique en Berry: le prieuré d’Orsan.

Dom Jacques Boyer est un bénédictin d’une immense érudition. Paléographe, historien et grand voyageur, il parcourt le royaume de France entre 1710 et 1714 en quête d’informations sur l’histoire du Christianisme en vue de la rédaction future de la célèbre Gallia Christiana. Ses pérégrinations savantes le conduisent, après un passage en Auvergne et en Bourbonnais, dans le diocèse de Bourges au printemps 1711. Résidant un temps dans la cité berruyère, il part à la recherche de documents pour son futur mémoire et se rend à Chezal-Benoît, où il est accueilli par l’abbé et où il séjourne le temps de prendre des notes dans les archives de la communauté. De là, il profite de la proximité géographique pour aller enquêter dans les fonds documentaires de plusieurs monastères. Les Cordeliers de Bommiers, les Augustins de Puyferrand, les Cisterciens des Pierres, puis les Fontevristes d’Orsan, sont au programme de son périple savant.

Dom Boyer parvient à Orsan le 1er juin 1711. Il y remarque que “l’église est fort belle, les voûtes sont en calotte ou cul de lampe, comme celles de St-Pierre d’Angoulême (...). Auprès du maître-autel, du coté de l’Evangile, on voit une pyramide ou est enfermé le cœur de Robert d’Arbrissel, qui y mourut en présence de Léger, arch. de Bourges, qui est aussi enterré auprès de cette pyramide, à coté d’Alard ou Adelard, principal bienfaiteur de cette maison”.

Dom Boyer admire au passage les boiseries du chœur de la chapelle, consulte le cartulaire, lit d’anciennes chartes (dont certaines sont aujourd’hui aux Archives du Cher). Il se fait présenter “ le sceau de Léger, son anneau, et des petits cercles de sa crosse que l’on a trouvé dans son tombeau, sur lequel il y a pour toute inscription: Leodegarii.”

Très bien reçu par la prieure, le père bénédictin reprend la route de Chezal-Benoît.

La densité des informations recueillies compense la brièveté du témoignage. Les observations de J. Boyer sont particulièrement précieuses pour le médiéviste. Jusqu’à ce qu’il relève son existence près du mausolée de Robert d’Arbrissel, personne n’avait pu apporter la certitude que le corps d’Adalard Guillebaud, auquel nous avons dédié un article antérieurement, reposait bien dans l’église d’Orsan. Les bâtisseurs de cette église, aujourd’hui disparue semblent avoir été influencés par les styles de construction plus communs au provinces de l’Ouest que du Centre, le type des voûtes étant assez rare dans la régions.

Passés ces détails, c’est surtout ce que Dom Boyer n’a pas vu qui paraît extraordinaire, car le savant nous décrit un prieuré d’Orsan en bon ordre de fonctionnement, ce qui est contradictoire avec l’avis de la plupart des commentateurs. Si on se conforme à l’avis général, Orsan avait eu à subir les ravages des huguenots au moment du passage de l’armée du duc de Zweibrücken en 1569. La chapelle aurait été alors pillée, le mausolée pyramidal contenant le cœur du Bienheureux Robert profané pour voler l’enveloppe de plomb protégeant la relique (fondue comme métal pour balles de mousquet, sans doute) et Orsan aurait eu alors à se relever d’une immense désolation, comme Puyferrand, toute proche.

Ce point de vue mérite, à mon sens, une sévère révision grâce au récit de Dom Boyer. Comment un prieuré ayant subi les outrages des protestants a t-il pu conserver ses archives (si faciles à disperser ou à brûler), une chapelle en bon état et surtout, comment expliquer que le Père bénédictin voit debout la pyramide alors qu’elle était censée avoir été détruite 150 ans plus tôt? De même, si le pillage avait été si prononcé qu’on le croit généralement, comment se fait-il que la prieure possède l’anneau épiscopal, probablement en or, de l’archevêque Léger, ainsi que les petits ornements de sa crosse en bois tombée en poussière, retrouvés lors de l'ouverture de la tombe en 1635, selon un autre érudit, dom Estiennot?

On ne peut nier le passage des protestants à Orsan au milieu du XVIe siècle, ni la profanation du mausolée de Dom Robert. La petite enveloppe contenant son cœur fut retrouvée dans la chapelle, passa ensuite de mains en mains jusqu’à ce qu’on perde sa trace, accomplissant de nombreux miracles au profit des habitants de la région. Cela ne signifie pas qu’Orsan fut sérieusement atteinte, et là se pose la question, toujours aiguë pour l’historien, de l’objectivité des sources. N’aurait-on pas, à la suite du traumatisme causé par les ravages huguenots en Boischaut, généralisé à Orsan une situation subie de plein fouet par d’autres établissements religieux du même terroir?

Dom Boyer, visitant l’abbaye des Pierres, signale les ravages des protestants, mais semble ignorer que le pillage organisé par les troupes du Prince de Condé, pendant les troubles de la Fronde, aux conséquences tout aussi funestes pour la vieille abbaye médiévale, son mobilier et ses archives, ait eu lieu, comme si il y avait concurrence des mémoires dans l’esprit des berrichons, le souvenir des protestants l’emportant sur tout les autres, et entraînant quelques exagérations.

On peut donc proposer une relecture de ces événements qui secouèrent la communauté qui était rassemblée autour du souvenir du fondateur de Fontevraud, mort à Orsan quelques siècles plus tôt. Un pillage eu certainement lieu en 1569. Les envahisseurs se conduisirent probablement plus comme des cambrioleurs que comme des profanateurs, volant ce qui pouvait être pris sans trop d’efforts. La pyramide, hors sol, fut ouverte, mais on ne chercha pas à soulever la pierre tombale de Léger. Le cœur du Bienheureux Robert, connut ainsi une seconde vie assez surprenante, comme nous la raconte son procès en canonisation, mais fut certainement très vite, si j’ose m’exprimer ainsi, ramené dans sa niche. Il est possible que la réfection de la pyramide ait été l’occasion d’ouvrir le sépulcre de l’ancien archevêque et d’en soustraire les objets précieux qui s’y trouvaient encore. Des années plus tard, Dom J. Boyer est le dernier érudit à visiter le prieuré d’Orsan intact, avant que la destruction de la chapelle sainte-Anne ne vienne définitivement effacer les plus anciens témoignages de la piété médiévale en ce lieu. Son récit de voyage n’en est que plus précieux.

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Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 12:50

vote
Qu’on ne se méprenne pas: je ne cherche à faire aucune leçon de morale à quiconque. Un historien, quelque soit sa spécialité, n’est pas un directeur de conscience, mais un témoin d’une mémoire qu’on aurait tôt fait d’oublier.

Je n’irai pas voter demain dans l’espoir de déboulonner le socle d’une satrapie autiste, ou pour justifier l’orgueil de politiques pour lesquels je compte moins que le poids de ma voix dans les pourcentages d’un résultat final.

J’irai voter, comme je le fais à chaque fois depuis 1981, pour des anonymes. Pour des gens que je n’ai jamais connu, ou que vous ne connaîtrez jamais. J’irai voter en mémoire de ces garçons, Africains de l’Ouest, Kabyles, et Français métropolitains, tous tassés dans la même tranchée, quelque part sur le front, dont j’ai trouvé la photo dans les archives des troupes coloniales quand je faisais mon service militaire.

J’irai voter pour ces musulmans anonymes, enterrés dans le petit carré militaire du cimetière de Saint-Amand-Montrond, joyeux garçons partis du Golfe de Guinée ou des Aurès, qui n’ont jamais plus eu la chance de revoir la Croix du Sud se lever dans le ciel du matin.

J’irai voter pour ce résistant anonyme, dont on a trouvé la photo sur un prisonnier allemand, qui sourit devant son peloton d’exécution au Mont Valérien. 

J’irai voter pour Guy Môquet, dont on a, il y a peu, voulu ravir la mémoire. Je n’ai pas eu le courage d’aller jusque dans la carrière de Châteaubriand, où il a perdu la vie avec ses camarades, mais mon bulletin de vote sera un peu pour lui.

Ne pas voter, ça serait pour moi équivalent à rajouter un treizième fusil dans le peloton d’exécution qui a effacé la vie de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui sont tombés sous les balles. Ça serait oublier mon camarade d’université Saïd, dont la dépouille repose quelque part dans les montagnes autour de Kaboul, tombé pour que les tanks de Brejnev cessent d’écraser son peuple.

Ne pas voter, ça serait ignorer tous ceux qui luttent, quelque soit leur culture ou la couleur de leur peau, pour avoir le même droit que moi à m’exprimer.

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 09:27

saint-Chalan2

Au musée du Berry, à Bourges, est exposé un des plus rares témoignages de la présence mérovingienne dans le sud du département du Cher. Le sarcophage dit “de saint-Chalan”, taillé dans un bloc de marbre clair et daté du VIIe siècle, appartenait primitivement à l’abbaye Notre-Dame de Charenton. D’une facture et d’une ornementation très soignées, ce tombeau a été exécuté hors de la région et y a été importé à une date inconnue. Sa fonction réelle nous échappe. Fut-il simplement la sépulture d’un abbé ou d ‘un chef militaire local, ou servit-il de reliquaire grandeur nature à une dépouille mortelle reconnue comme miraculeuse dans les temps médiévaux, et exposé dans l’abbaye bénédictine de Charenton à la vénération des fidèles? La finesse des traits sur la cuve et la dalle du sarcophage, de même que l’absence d’altération chimique significative, confirment que ce tombeau de marbre fut conservé hors sol dans un lieu abrité des intempéries, au seuil de l’abbatiale du monastère, comme en témoigne le savant moderne dom Estiennot.

saint-Chalan1 

Sa présence à Charenton témoigne, avec d’autres traces archéologiques, de l’activité qui a régné dans le sud du Berry dans les siècles qui ont suivi la dissolution des institutions impériales romaines. Même si la grande majorité des pièces du puzzle manquent pour se représenter correctement la vie locale avant la période féodale, on peut se féliciter de ne pas être dans un domaine historique totalement opaque.

Le sarcophage de saint-Chalan est la preuve du maintien d’une activité commerciale le long des anciennes voies romaines. Cette pièce de marbre est lourde et n’a pu voyager que sur des chemins assez entretenus et larges pour que le chariot qui la portait puisse y circuler. Qu’elle ait été commandée par les élites militaires ou religieuses locales où qu’elle ait fini sa course un peu par hasard à Charenton, cette lourde sculpture a déjà eu le mérite d’arriver jusqu’au bord de la Marmande. Un autre indice de la circulation d’hommes et de marchandises est ce trésor monétaire découvert sur la colline qui surplombe la vallée, dans lequel furent identifiées des monnaies d’argent frappées loin du Berry.

saint-chalan3 

Le sarcophage nous inspire quelques réflexions sur le maillage religieux qui se met en place au sud du diocèse de Bourges dans les premiers siècles du Christianisme. En plus de Charenton, deux autres cellules monastiques sont repérées à l’époque. L’énigmatique abbaye colombaniste d’Île-sur-Marmande, en forêt de Tronçais, est la plus proche. Sa disparition précoce est le signe d’un échec pur et simple ou d’une fusion avec Charenton.

Plus intéressant, le prieuré de la Chapelaude, dépendant de l’abbaye de Saint-Denis-en-France, est connu à cette époque par l’écho des actes faux contenus dans son cartulaire, aujourd’hui perdu. Au moment de sa refondation, au XIe siècle, les moines parisiens rédigèrent de faux diplômes mérovingiens et carolingiens pour écarter toute contestation à venir. Si il est exclu de prendre au pied de la lettre des textes identifiés comme des produits de faussaires par les spécialistes du droit médiéval, ces actes témoignent de l’existence très ancienne d’un domaine appartenant à Saint-Denis, perdu au moment des invasions nordiques à la fin de la période carolingienne. J’observe à ce sujet -mais ceci n’est peut-être que le fruit du hasard- que la presse locale a présenté il y a quelques jours (Berry républicain du 20/02/2010) les preuves de l’existence d’une pêcherie datée du Ve siècle dans les eaux du Cher près de Montluçon, soit assez près de la Chapelaude.

On ne peut non plus faire l’économie de l’extraordinaire découverte d’une cuve baptismale mérovingienne dans les murs mêmes de l’ancien conciliabulum gallo-romain de Drevant, auquel nous avons déjà consacré un article, qui prouve l’activité missionnaire du clergé séculier de l’époque auprès des populations rurales locale.

saint-Chalan4 

Si on ajoute à cela des observations ponctuelles et mal repérées comme des découvertes sporadiques d’objets usuels dans le sous-sol ou dans les labours de la vallée de la Marmande, nous obtenons la conviction que, loin des grandes villes romanisées comme Bourges ou Nevers, le Berry du Sud est demeuré une région reliée au reste de la Gaule par des réseaux routiers assez bien entretenus pour qu’y cheminent des masses aussi lourdes que le sarcophage de saint-Chalan, voire des troupes guerrières comme celles qui s’affrontent à Châteaumeillant, selon le récit qu’en fait Grégoire de Tours.

La région n’est pas non plus isolée spirituellement. Même si les racines des anciens cultes païens restent profondes et difficiles à extirper, comme le suggère le baptistère de Drevant construit au sein même du grand sanctuaire biturige, les modèles monastiques italien de saint-Benoît et irlandais de saint-Colomban trouvent leur place dans un paysage certainement pauvre en homme mais pas complètement immobile comme on pourrait parfois avoir tendance à le croire.

saint-chalan-agrafe

agrafe de linceul VIIe siècle probable
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Published by Olivier Trotignon - dans art funéraire
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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 10:19

signature-ebe3.gif

Il reste pour nous autres historiens bien des forteresses à prendre et bien des batailles à gagner à en juger par la désarmante habitude qu’ont certains de nos contemporains à, tels de mauvais écoliers n’apprenant jamais leurs leçons, copier des bêtises par dessus le coude de leur voisin.

Mes lecteurs fidèles me pardonneront cet accès de mauvaise humeur matinal, mais je viens d’aller me “promener” sur le web autour de Charenton et de son histoire et j’en reviens avec l’impression cafardeuse que mes recherches demeurent, malgré vingt années de publications, de conférences publiques et l’existence de ce blog, illisibles ou transparentes aux yeux des professionnels de la Culture.

En  cause, cette incompréhensible série de notices dont les auteurs puisent leurs informations dans des sources qu’ils ne prennent pas la peine de vérifier, pratique déjà classique dans l’édition traditionnelle, mais qui prend une dimension nouvelle avec la multiplication des liens accessibles par internet.

Qu’il me soit donc permis d’ouvrir pour la xième fois le dossier de la seigneurie de Charenton et de rappeler quelques points fondamentaux qui s’appuient sur plus de deux siècles de documentation.

signature-ebe.gif 


La numérotation des seigneurs de Charenton

Il s’agit d’un anachronisme. La société féodale n’a jamais numéroté ses élites. Il s’agit de plus d’un contresens. Tous les seigneurs de Charenton sont nommés Ebe, comme leurs voisins et alliés de Bourbon sont connus par le nom Archambaud. Rien ne doit distinguer un père de son fils, ce qui est une manière de pérenniser ces micro-dynasties locales. Donner des numéros aux Charenton aurait été à l’opposé des usages du temps. Comme nous le soupçonnons pour Bourbon, où la généalogie des Archambaud suit un ordre de primogéniture suspect tellement il est parfait, les Charenton ont peut-être déplacé le nom de leurs héritiers sur la personne de leurs fils cadets en cas de mort de l’aîné. Ainsi, un Ebe succédait à un autre Ebe, sans garantie qu’il s’agisse à l’origine  de son nom de baptême.


Les Charenton ne sont pas des cadets de la famille de Déols, ni leurs vassaux

Observant au XIXe siècle que le nom Ebe était un nom rare, les anciens érudits ont proposé un rapprochement avec la famille de Déols. Dans cette dynastie, les seigneurs se nomment Raoul, Ebbe ou Eudes, selon leur ordre de naissance. Un Ebbe de Déols signifie que son frère aîné Raoul, auquel était destinée la succession de leur père, est décédé. C’est le survivant le mieux placé de la fratrie qui hérite donc du fief, et qui baptise lui même ses propres enfants Raoul, Ebbe et Eudes. Ce fonctionnement se transmet aux branches cadettes.

Nous n’en avons aucune trace à Charenton.

Par contre, une famille nivernaise, issue de la seigneurie de Champallement, franchit la Loire au XIe siècle et s’implante à la Guerche, puis à Charenton. Les seigneurs de Champallement se nomment Ebe de père en fils. Nos seigneurs de Charenton adoptent ce marqueur familial aisément reconnaissable.

Une fille d’un seigneur de Charenton se marie à la fin du XIIe siècle avec un seigneur de Déols. On peine à admettre qu’un mariage avec un si fort taux de consanguinité entre époux ait pu se conclure.

Les Charenton rendent hommage au comte de Nevers, au seigneur de Bourbon mais pas une seule fois au seigneur de Déols. Aucun acte n’exprime la moindre affinité politique entre les deux seigneuries. 

Au contraire, les Charenton fortifient le glacis occidental de leur domaine, c’est à dire la partie des terres qui font face à Déols, le long de la vallée du Cher. Le château de Montrond en est la plus belle et ultime illustration. Il n’y a pas de schéma comparable aux contacts avec le Nivernais et les domaines de Bourbon.

Inversement, Déols élève et entretient de grandes places-fortes (Châteaumeillant, le Châtelet-en-Berry) et chase des vassaux sur l’Arnon (Lignières, Culan, la Roche-Guillebaud) face à Bourbon et Charenton.

Difficile de reconnaître dans ces éléments concrets des signes de liens familiaux entre les deux maisons.


Les Charenton n’ont pas été pires que les autres

On stigmatise à l’envie les misères endurées par les moines du secteur lorsque l’un ou l’autre Ebe se déchaînait contre leurs intérêts.

Il serait plus utile de chercher qui n’a pas brutalisé de religieux!

Sancerre, Culan, Huriel, Bourbon, Sully...de quelque coté qu’on se tourne, partout les mêmes plaintes d’abbés et de frères molestés par une chevalerie brutale et probablement souvent fortement avinée.


Noirlac ne tire pas son nom de la noyade d’un Ebe

Jolie légende venue tout droit de la période romantique. On sait, par une tradition orale reproduite par les moines de Noirlac, qu’un jeune Ebe, fils et héritier naturel du seigneur de Charenton parti en Croisade, est décédé de manière accidentelle près de l’abbaye, où son épitaphe était encore lisible avant la Révolution. Endeuillés par cette tragédie, les gens de l’époque auraient nommé le lieu de la noyade du garçon le “Lac Noir”, devenu Noirlac. Cette étymologie est plus que suspecte. Le toponyme est probablement plus ancien que la fondation du monastère, et s’est substitué avec le temps, par facilité lexicale, au nom de la communauté: “Maison-Dieu (ou Hôtel-Dieu)-sur-Cher” en latin Domus Dei super Carum.


Cet argumentaire, qui n’a pour autre but que de dépoussiérer une question d’histoire locale sur laquelle pèse une paresse intellectuelle incompatible avec une communication historique de qualité, est extrait d’une de mes conférences, dédiée à la seigneurie de Charenton du XIe au XIIIe siècle et programmable selon les conditions habituelles.

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Published by Olivier Trotignon - dans politique-société civile
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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 17:16

aiguemorte1
Voici un document qui ne révolutionnera pas l’histoire de la petite forteresse d’Aiguemorte, proche de Châteauneuf-sur-Cher, à laquelle nous avions consacré un billet voici quelques mois, mais qui éclairera la liste toujours imprécise de ses propriétaires médiévaux.

Un acte recopié dans le cartulaire du prieuré clunisien de la Charité-sur-Loire, dans la Nièvre, indique que Pierre de Beaujeu, alors prieur du lieu, accorda en 1330 à ses propres religieux une rente de soixante sous en monnaie de Tours annuelle en échange de la célébration de son anniversaire, à prendre sur sa propriété d’Aiguemorte. Le titre précise que la maison a été, “ex nostra pecunia acquisitis”, achetée sur les fonds propres du prieur.

Ce texte ne donne pas d’autres précisions sur la localisation du toponyme évoqué dans le cartulaire clunisien, mais, en l’absence d’autres lieux homonymes dans les départements du Cher, de la Nièvre et de l’Yonne dans lesquels les moines de la Charité possédaient la majorité de leurs biens, il n’y a guère d’autre endroit où situer la propriété de Pierre de Beaujeu.

Il est vraisemblable que le prieur, décédé  en 1333, s’est séparé de son bien assez vite car dès 1332, c’est un descendant de la vieille famille de Morlac qui prend possession des lieux et se fait accorder par son seigneur Jean de Culan et de Châteauneuf le droit d’installer des soldats pour assurer la garde d’Aiguemorte, preuve d’une acquisition récente.

Faute de certitudes, on ne peut que spéculer sur les raisons qui conduisirent le prieur de la Charité à investir dans la vallée du Cher. Un lien possible peut être établi entre son “nom de famille” - de Beaujeu et la famille de Sully, fortement implantée dans la région, dont Beaujeu était une branche cadette. 

aiguemorte2 

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 11:48

latrines

Brève incursion dans la vie quotidienne dans les monastères urbains berrichons, la question des commodités pourrait sembler déplacée si nous ne disposions d’aucune information sur le sujet. Or, le hasard a voulu que les archives municipales de Saint-Amand-Montrond conservent une courte notice sur l’emplacement des lieux d’aisance des Carmes saint-amandois.

Depuis le début du XIIIe siècle, l’abbaye de Noirlac possédait à l’extérieur de l’ancienne cité de Saint-Amand une terre qui lui permit de fonder une grange destinée à gérer ses possessions dans le secteur. Cette grange, à la fin de la Guerre de 100 ans, fut reconstruite sous forme d’hôtel des abbés, aujourd’hui occupé par le musée municipal Saint-Vic. Parallèlement, dans la nouvelle enceinte urbaine profitant du renouveau économique lié à la fin des hostilités avec l’Angleterre, fut fondée une abbaye rattachée à l’ordre des Carmes (aujourd’hui siège de la mairie de Saint-Amand), d’une superficie bâtie largement supérieure à celle de la maison cistercienne immédiatement voisine. Les Carmes manquèrent-ils de place ou craignirent-ils d’être incommodés par les effluves inhérentes à ce genre d’endroit? On sait en tous cas grâce à un texte de la Renaissance que les Cisterciens louèrent une partie de leur propriété à leurs voisins et rivaux Carmes pour y creuser leurs latrines et qu’ils perçurent, sans doute jusqu’à la Révolution, un loyer sur la parcelle, qu'on imagine minuscule, dédiée à cette fonction.

 

 


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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 09:20

Hauterive1

Située à quelques kilomètres de l’ancienne châtellenie de Lignières, la petite forteresse d’Hauterive, sur la commune de la Celle-Condé, est un vestige archéologique curieux. Suivant le cours de l’Arnon par la rive droite, le promeneur découvre un ensemble bâti surprenant quoiqu’en grande partie nivelé, où se distinguent encore des murailles construites avec des parements soignés et un vestige de tour d’angle, d’une forme commune dans la région au XIIIe siècle. Cette minuscule place-forte, bâtie en bord de rivière, accuse une forme carrée. Des fossés secs sont encore apparents du coté opposé à la rivière et conservent un vestige du mur qui servait à faire reposer le pont-levis lorsque celui-ci était baissé. Une construction récente élevée sur la plate-forme abriterait une cave voûtée.

Hauterive2 

Malgré une lecture assez complète de la documentation régionale, je n’ai pu trouver aucun acte datant de la construction de cette petite structure féodale. Soit ses premiers propriétaires étaient trop peu fortunés pour céder une partie de leurs biens à une abbaye locale, soit cette micro-forteresse n’était pas tenue par un seigneur, mais par un officier seigneurial représentant les intérêts d’une puissance politique locale, comme les seigneurs de Lignières, d’Issoudun ou de Châteauneuf. La proximité immédiate de la rivière laisse supposer que cette fortification était en relation avec un lieu de passage, gué ou pont, sur l’Arnon.

Les vestiges d’Hauterive intéresseront les spécialistes d’architecture militaire qui décrypteront, parmi les dernières ruines apparentes, l’organisation d’une petite forteresse qui semble avalée par la végétation, la terre, et l’oubli des hommes. 

Hauterive3

fossé et mur de soutien de l'ancien pont-levis

The old castle called Hauterive, upon Arnon river. 
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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 21:27

Boisroux1

Bâtie sur une légère élévation du paysage, l’ancienne ville médiévale de Boisroux, sur la commune d’Ids-Saint-Roch, dans le Cher, se fond complètement parmi le bocage et les bois qui l’environnent. Désertée à une date inconnue, cette petite cité n’existe plus que par les seuls vestiges de ses fossés et remparts de terre, dans l’ensemble bien conservés. Les photographies aériennes verticales révèlent un pré rectangulaire d’environ d’un à deux hectares, distinct des champs avoisinants grâce à la végétation qui occupe l’emplacement de l’ancienne fortification.

Boisroux-aérien 

Un toponyme voisin “Font romain” et la découverte d’un site antique tout proche de Boisroux ont conduit beaucoup d’anciens amateurs d’antiquités à identifier la place comme un ancien camp romain sans chercher plus de détails. Or, il est très facile de se procurer aux Archives du Cher la copie moderne de la charte de fondation de cette ville, conservée dans le cartulaire de l’archevêché de Bourges, et datée de 1226.

Si nous ignorons les raisons pour lesquelles le site fut déserté par ses habitants, nous disposons de quelques renseignements sur la genèse de cette fondation menée conjointement par le seigneur de Châteauroux, Guillaume de Chauvigny, et par Simon, archevêque berruyer.

Dans un premier acte daté de 1223, les deux seigneurs avaient prévu de fonder une ville franche dans la région de la châtellenie du Châtelet, sans en préciser l’emplacement exact. La charte de fondation est écrite en 1226. Le lieu retenu est nommé Boisroux, contraction du toponyme “Bois-Raoul” (le Bois de Raoul) identique à celle qui produit le nom Châteauroux (le château de Raoul), Raoul étant le patronyme dominant accordé aux aînés de la famille de Châteauroux. Ceci permet de supposer que l’acte de 1226 ne fonde pas une nouvelle ville mais affranchit une communauté urbaine établie naguère par un des anciens seigneurs de Châteauroux, ce qui est cohérent avec la rusticité de l’appareil défensif qui semble n’avoir été fait que de terre et de bois.

Boisroux2 

Contrairement à la charte de franchise de la Perche, étudiée dans un article plus ancien, l’accent est mis plus sur l’agriculture que sur le commerce. De toute évidence, les deux seigneurs tentent d’attirer des cultivateurs dans un secteur aux terres ingrates.

Des croix de justice sont plantées. La loi de référence est celle de Châteauroux, les baillis des deux seigneurs fondateurs étant chargés de la faire respecter. 

Le texte est assez libéral concernant la circulation des hommes, qui pourront venir et partir à leur gré (peut-être est-ce qui favorisa plus tard l’abandon du lieu). En cas de décès sans héritier direct, on remontera jusqu’au quatrième degré de parenté pour trouver à qui léguer les terres avant que celles-ci ne retournent aux seigneurs. Des conditions favorables font faites aux laboureurs possédant des animaux de trait par paire soit 2, 4 ou 6 chevaux, bœufs ou ânes. Comme partout, un four et un moulin banaux sont construits, leur usage étant obligatoire.

La ville dut atteindre une certaine prospérité car en 1266, un acte de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges indique Boisroux a été élevée au rang de châtellenie et baronnie et donnée en fief à Robert, seigneur de Bommiers, vassal de Châteauroux.

La situation changea certainement, comme partout, avec la succession de crises du XIVe siècle. Nul besoin d’évoquer une épidémie ou le passage d’une troupe guerrière pour expliquer la fin de Boisroux. Dans un paysage qui réussit mieux au petit élevage qu’à la culture de céréales, les dérèglements climatiques enregistrés après 1300 peuvent suffire à avoir convaincu des laboureurs libres d’aller tenter leur chance sur des terres plus fertiles. D’une surface raisonnable et bien enclose par les anciens terrassements défensifs, la terre de Boisroux retomba dans un anonymat pastoral.

Notons enfin que, tout près de Boisroux, ce fut, en 1228, la paroisse d’Ids-Saint-Roch qui se vit affranchie par son propre seigneur, Henri de Sully, peut-être pour éviter la fuite de ses habitants vers la nouvelle ville-libre voisine.

Boisroux3 



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Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
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