Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 18:53

epee-Vic

Ayant noté l’intérêt porté par certains aux détails de l’équipement du chevalier figuré sur la plate-tombe de l’église de Venesmes, dans le Cher, je livre à la sagacité des spécialistes de l’armement médiéval un nouvel objet, plus ancien, représenté sur une des fresques de l’église romane de Nohant-Vic, dans l’Indre.
Dans cette scène, nulle évocation guerrière, mais le rappel de la légende de saint-Martin partageant en deux son manteau avec un pauvre. Centurion de son état, Martin utilise son épée pour couper l’étoffe dont la moitié est donnée à l’indigent.
Illustrant cette tradition, le peintre de l’église de Vic, dédiée à saint Martin, choisit de représenter l’homme sur son cheval devant le pauvre à pied, coupant avec une grande épée le vêtement salvateur.

epee-vic1

Manifestement, l’artiste reproduit avec beaucoup de soin l’arme, dont des modèles devaient équiper les hommes de guerre que la population croisait presque quotidiennement.
Déjà présentée dans ces pages il y a plusieurs mois, l’église romane de Nohant-Vic recèle un des plus beaux ensembles de peintures murales de tout diocèse de Bourges. Sa visite est une étape incontournable pour tous les amateurs d’art roman des pays du Centre.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans vie quotidienne
commenter cet article
9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 09:41

cloitre-Noirlac

J’ai le plaisir d’annoncer la tenue prochaine à Vesdun d’une nouvelle conférence prévue sur le thème de la présence monastique dans le sud du Berry de l’époque mérovingienne à la fin de la Guerre de 100 ans. Y seront évoqués les abbayes, prieurés, commanderies templières, établissements hospitaliers et communautés mendiantes ayant laissé des traces dans les archives ou le patrimoine bâti régional.
Je réponds ainsi à l’initiative d’une association de Vesdun-en-Berry qui souhaite réactiver les cycles de conférences interrompus par la fermeture de l’Office de tourisme local il y a environ une année.
Pour l’heure, les modalités d’accueil du public ne sont pas encore arrêtées. La conférence aura lieu le samedi 13 novembre au soir, certainement dans la salle du foyer rural de Vesdun. Pour reprendre une excellente initiative de notre ami désormais breton d’adoption Bruno Dumontet, un repas pourra être pris sur place sur réservation après la conférence.
Toutes les précisions utiles seront publiées début novembre sur Berry médiéval.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans conférences
commenter cet article
2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 09:06

lacs-de-soie

 

Les Archives nationales et départementales ont pour mission la conservation des documents écrits et iconographiques datant du haut Moyen-âge jusqu'à’ la période contemporaine. Qu’ils soient rédigés sur du papyrus, du parchemin ou du papier, les textes médiévaux sont stockés dans des classeurs à l’abri de la lumière, à une température et une hydrométrie constantes. Ce soin apporté à leur archivage explique la très bonne tenue de rares traces textiles, en particulier les lacets, ou queues, sur lesquels étaient fixés les empreintes de cire scellant les actes les plus importants.

queue-de-sceau

Victimes de leur fragilité, de la négligence de leurs propriétaires ou de collectionneurs indélicats, beaucoup de sceaux ont disparus. Ceux qui restent sont attachés aux feuilles de parchemin ou de papier par des bandelettes de parchemin ou des cordelettes de tissu. Aux Archives du Cher, nous trouvons aussi beaucoup de textes orphelins de leurs sceaux, mais qui ont conservé les queues qui maintenaient ceux-ci. Quelquefois taillées dans des documents obsolètes (on peut lire des petites séquences du texte d’origine), ces bandes de peau peuvent aussi l’être dans une feuille vierge. Dans de rares cas,comme celui présenté en illustration, le scribe a précisé quel sceau allait être appendu à l’acte.
Plus rares sont les cordelettes de tissu, en général accompagnant les parchemins émis par la chancellerie royale. Les deux couleurs principales observées sont le rouge et le vert, cette dernière teinte pouvant être seule. Outre le minutieux travail du cordier, ces lacets permettent de se documenter sur d’authentiques pigments médiévaux rares à observer sur des supports aussi fragiles que des tissus. Leur conservation à l’abri de la lumière a permis d’éviter aux couleurs de passer, comme c’est le cas pour des supports souvent exposés au jour, comme des vêtements, des habillages de châsse ou autres reliquaires.
La tresse photographiée ici date de la fin du XIIe ou du début du XIIIe siècle. Il m’a semblé que sa simple existence, qui, en termes historiques, est d’un bien minime intérêt, pourrait compléter l’ information des artisans travaillant sur la reconstitution de textiles médiévaux.

 

acte-scelle

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans vie quotidienne
commenter cet article
25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 13:45

Condé-crypte2

Il y a longtemps que j’attendais l’opportunité de pouvoir visiter dans de bonnes conditions d’éclairage l’église de Condé, près de Lignières-en-Berry, dans le Cher. Lors d’un précédent passage, l’hiver dernier, je n’avais pu ramener que des photographies prises dans cette lumière si particulière que les ciels de neige confèrent à certains bâtiments anciens. Bien qu’absente du programme officiel des Journées du Patrimoine, Condé était grande ouverte et accueillante ce troisième week-end de septembre. J’en ai profité pour aller collecter quelques images supplémentaires sur ce lieu exceptionnel.

 

Condé-général

Exceptionnel, Condé l’est assurément. Ce petit lieu-dit de la vallée de l’Arnon abrite un des plus anciens sanctuaires romans du Berry. Son isolement actuel est assez remarquable, seules quelques maisons et fermes isolées formant son environnement humain immédiat.
Aucune charte ne mentionne la construction de cette église, mais la sobriété de son plan et de sa statuaire rend pertinentes les propositions du XIe siècle comme période des travaux qui ont permis à ce lieu hors-normes de s’élever. Condé est bâtie sur une base rectangulaire toute simple et ses architectes, en plus de la doter de hauts murs soutenant une voûte de bois, l’ont organisés en deux niveaux, l’un de plain-pied, réservé aux fidèles et aux inhumations, l’autre beaucoup plus élevé servant de support à la partie cultuelle et de dalle de couverture à une grande crypte, une des plus vastes du département du Cher.

 

Condé-nef

Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur Condé. Cette église est très connue dans le monde de l’ésotérisme grâce à des études passionnées. Ce domaine de réflexion n’étant pas ma spécialité, je m’abstiendrai de tout jugement préconçu sur leur pertinence, bien qu’ appréciant personnellement beaucoup leur principal auteur, un homme d’une grande honnêteté intellectuelle et, ce qui ne gâche rien, passionnant à écouter et à connaître. Je me contenterai pour ma part de comparer Condé à ces édifices que Duby identifiait comme bâtis à la lisière entre deux mondes, celui d’une société rurale encore fortement marqué epar le paganisme antique et celui d’un clergé qui cherche à s’imposer sans réveiller des traditions cultuelles ancrées dans une tradition que le christianisme n’avait vraiment réussi à éradiquer que dans les zones urbaines.

 

Condé-chapiteau
Condé, comme je le notais plus haut, est d’une sobriété qui la démarque de la plupart des églises du voisinage, souvent fort belles, comme celles de Montlouis ou d’Ineuil. On “sent” à Condé que ses architectes n’ont volontairement pas cherché le raffinement. Peu de sculptures sur le portail, presque rien à l’intérieur. La crypte, élément essentiel de l’ensemble, ne comporte qu’un visage féminin sculpté sur un des piliers de la voûte. Rien qui puisse, en somme, réveiller l’idôlatrie des campagnards, comme le suggère Georges Duby. Pourtant, la frontière avec le paganisme n’a peut-être pas été aussi hermétique que les anciens bâtisseurs l’auraient voulu. Condé est resté, jusqu’au milieu du XXe siècle, un lieu très réputé auprès des petits vignerons de la région, qui venaient, lors de fêtes des vendanges, faire rouler les plus petits de leurs tonneaux dans la crypte devant la statue de saint Denis, dans le but de les protéger contre les maladies du vin. Y-a-t’il un lien entre ce saint-Denis protecteur des vignerons et un ancien culte de Dyonisos dont l’écho se serait perpétué jusqu’à la période contemporaine? Je me contenterai d’observer que ce secteur la vallée de l’Arnon est très riche en vestiges archéologiques gallo-romains, loin d’être tous répertoriés et identifiés par les services d’archéologie départementale ou régionale.

 

Condé-visage

Il reste encore beaucoup de choses à écrire sur Condé. Le sanctuaire possède une des plus anciennes cloches de la région, des fresques, dont nous reparlerons prochainement et diverses curiosités qui rendent incontournable la visite de ce lieu, entretenu et animé par une association dont le président est un homme charmant et vraiment accueillant ce qui, au risque de me répéter, est loin d’être le cas partout.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 11:28

Venesmes-buste

J’aimerais dédier cet article à tous les jeunes (et même les moins jeunes) qui consacrent une partie de leurs loisirs à faire revivre certains aspects matériels du monde médiéval, par des travaux de reconstitution d’équipements, de vêtements, de cérémonies, de recettes culinaires ou autres, avec un soucis de la précision et du détail qui rend tout à fait estimable leur efforts pour comprendre toute la complexité de la période. Je distingue ceux-ci de ces membres de troupes qu’on a parfois le désagrément de croiser sur un site historique et dont l’attitude en public n’est que caricature pseudo-hollywoodienne d’une période dont aucune ne semble avoir saisi la subtilité, et qui travestissent le passé en singeant des attitudes copiées sur des séries télévisées ou de mauvais films à prétentions historiques.
Aux premiers, donc, s’adressent ces quelques détails photographiés sur la plate-tombe d’un chevalier du début du XIVe siècle inhumé dans une petite église proche de l’ancienne châtellenie de Châteauneuf-sur-Cher, à laquelle j’avais consacré un billet il y a un an.
A l’occasion des Journées du Patrimoine, l’église de Venesmes était fort opportunément ouverte et j’ai pu compléter sur place ma collection de photographies de ce très bel objet funéraire qui n’a pas d’équivalent dans toute la région.

 

Venesmes-épée
On remarque que le défunt a tenu à se faire représenter équipé de sa panoplie militaire. Il porte sur le relief une cote de mailles qui le couvre de épaules aux pieds, elle même partiellement couverte d’une tunique qui pend jusqu’aux genoux. L’armement est classique, épée dans un fourreau retenue au ceinturon par un lacet, le tout porté à gauche de la silhouette.

 

Venesmes-éperons

Une très belle paire d’éperons, avec molettes en étoile, est fixée aux talons du chevalier. De manière tout à fait classique, ce membre de la noblesse pose les pieds sur un chien, ce qui est la marque de son rang.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans vie quotidienne
commenter cet article
11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 10:36

vereaux-détail1

Voici un ensemble statuaire tout à fait exceptionnel qui n’a pas d’équivalent, à ma connaissance dans tout le sud du Berry.
Sur la façade de la petite église romane de Vereaux, village rural du sud-est du département du Cher peuvent être observées deux statues-colonnes encadrant l’entrée principale du sanctuaire. Ces statues féminines sont travaillées avec soin et, même si les agents atmosphériques ont dégradé partiellement le travail des tailleurs de pierre du XIIe siècle, les sujets demeurent parfaitement lisibles.

vereaux-détail2

Ce mode de représentation, sans être unique, est très rare dans la région. Seule la cathédrale de Bourges, sur son portail sud, possède des statues-colonnes contemporaines de celles de Vereaux dont les personnages sont habillés des mêmes drapés caractéristique de l’époque romane. D’autres détails de la façade de la petite église, en particulier des médaillons disposés dans l’arc supérieur de la porte, rappellent la facture de certaines sculptures de la cathédrale berruyère.

vereaux-statue1

L’atelier qui a travaillé sur le site cathédral a t-il pu réaliser en plus de sa tâche principale des commandes ponctuelles, ou détacher temporairement un de ses sculpteurs pour prêter main forte à des équipes de tailleurs de pierre exerçant dans des zones rurales éloignées? On remarque que les statues-colonnes de Vereaux et les sculptures complémentaires sont de petite taille et que leur déplacement sur une distance de quelques dizaines de kilomètres ne présentait aucune difficulté technique pouvant infirmer une telle hypothèse. Économiquement, le Val d’Aubois dans lequel se trouve situé le village de Vereaux était une zone assez active. Le roi de France et le prieuré clunisien de la Charité-sur-Loire se partageaient la ville de Sancoins, toute proche. Trois grandes mouvances féodales étaient influentes à l’époque dans ce périmètre: les seigneuries de Charenton et de Montfaucon ainsi que le comté de Nevers. Cet environnement dynamique explique peut-être l’existence de ces deux curiosités lapidaires.

vereaux-statue2

 

 

vereaux-medaillon

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 13:32

St-Marcel1

Cet article s’adresse aujourd’hui tout particulièrement aux nombreux amateurs de cet Art que beaucoup qualifient de celtique, et qui évoque pour le médiéviste les figures gravées sur les high-crosses qui se dressent encore dans certaines petites villes irlandaises, ou qu’on découvre à l’occasion d’expositions sur les manuscrits originaires de l’espace européen insulaire.

St-Marcel-portail

Il existe en effet en Berry une curieuse série de sculptures ornant le portail de l’église romane de Saint-Marcel, à deux pas du célèbre site d’Argentomagus, dans l’Indre, dont le trait rappelle irrésistiblement la plastique gaélique du haut Moyen-âge.
Taillées avec un faible relief sur un calcaire clair qui rend leur photographie sans matériel professionnel délicate, ces animaux fantastiques sont à ma connaissance uniques dans les régions du Centre. Dans quelques églises, il arrive qu’on découvre des entrelacs comparables à ce que la riche iconographie irlandaise à pu produire, mais l’épithète celtique à leur égard doit être employé avec la plus extrême prudence, leur conception pouvant être le fruit d’expériences géométriques des tailleurs de pierre.

  St-Marcel2

A Saint-Marcel, la ressemblance est beaucoup plus prononcées. Comme dans le bestiaire irlandais, les animaux sont traités tout en souplesse avec des formes entrelacées, se mordant parfois mutuellement. On est loin de la complexité des dessins des manuscrits d’Irlande ou des églises scandinaves en bois, mais Saint-Marcel s’affirme à part de l’ensemble de l’inspiration des artistes romans berrichons.
Comment expliquer qu’un sculpteur du sud de l’Indre se soit visiblement inspiré d’une culture aussi éloignée de son espace de travail?

St-Marcel3

On le sait par de multiples analyses publiées par les historiens de l’Art, des objets ont circulé sur de grandes distances au Moyen-âge. Certains (reliquaires, bijoux, objets liturgiques...) sont parvenus jusqu’à nous car façonnés dans des matériaux résistant au temps. D’autres supports plus fragiles sont partis en poussière. Il n’est pas du tout impossible que le sculpteur d’Argenton ait vu un manuscrit, ou des croquis copiés à partir de celui ci, importé des îles de l’Ouest et aujourd’hui perdu, qui lui aient donné l’idée de travailler à la manière des anciens Irlandais.

St-Marcel4

On sait d’autre part que les hommes voyageaient aussi sur de longues distances et pas uniquement vers les lieux de pèlerinage ou de croisade de l’espace ibérique et méditerranéen. Nous avions envisagé dans un précédent article qu’un chevalier de la région bourbonnaise ait pu s’embarquer pour la Grande-Bretagne pour suivre le chemin du pèlerinage de Whalshingam. Cette route du Nord-Ouest est moins connue que celles qui menaient à Saint-Jacques ou à Jérusalem. C’est peut-être le long de celle-ci que l’idée de sculpter le bestiaire fantastique de Saint-Marcel est née dans l’esprit d’un voyageur.

St-Marcel5


Cet article a été rédigé avec une pensée sincère pour mon ancien ami Alain D., que j’ai perdu de vue depuis de longues années,et qui m’avait fait découvrir le portail de Saint-Marcel au cours de l’été 1981. Les hasards des chemins d’internet le conduiront peut-être un jour sur cette page.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article
24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 07:44

noyé

A la fin du XIIe siècle, la seigneurie de Charenton, dans le sud du département du Cher, vécut un événement qui bouleversa en profondeur les structures du pouvoir qui l'animait. Son dernier héritier masculin légitime, Ebe, disparut dans des conditions encore mal élucidées.
Les traces de l'existence de ce garçon sont rares, mais permettent quand même de le replacer dans la généalogie de la famille fondatrice de ce fief frontalier du Nivernais, du Berry et du Bourbonnais. Petit-fils du seigneur Ebe qui épousa vers 1140 une fille du seigneur de Bourbon et qui permit par ses largesses la construction de l'abbaye de Noirlac, il est nommé Ebe, comme son père, son grand-père et tous ses ancêtres depuis le début du XIe siècle. Il était encore certainement enfant lorsque son père décida de prendre la route de la Terre Sainte en compagnie de plusieurs autres féodaux berrichons. Le seigneur Ebe dit adieu à ses proches et ses domaines en 1189, assuré qu'en cas de malheur au cours de la Croisade, son fils assurerait sa succession à la tête de la seigneurie. Ce voyage fut sans retour car, dix années après son départ, un acte de la supérieure de l'abbaye cistercienne de Bussière, qu'il avait contribué à fonder, constate sa disparition. Selon la coutume du temps, sitôt la mort de son père annoncée, le jeune Ebe aurait dû devenir seigneur à son tour, si un destin funeste ne s'était pas abattu sur la jeune personne. Une enquête documentaire à partir de sources postérieures peut aider à comprendre les conditions dans lesquelles survint le décès prématuré du jeune homme.
Les rares pièces le concernant proviennent essentiellement de l'abbaye de Noirlac. La première trace concrète de l'existence du jeune Ebe est sa pierre tombale, ornée d'un gisant et d'une épitaphe, longtemps visible à l'entrée de l'abbatiale de Noirlac. Ebe y était représenté sous les traits d'un adolescent et, contrairement à la légende lisible sur la tombe de son grand-père, creusée à quelques pas de la sienne, il n'est nulle part fait mention de la dignité seigneuriale. Ebe n'avait pas encore été nommé dominus à l'heure de son trépas, preuve que celui-ci s'était produit avant l'annonce de la mort de son père en croisade. Cette disparition prématurée ne lui a pas non plus laissé le temps de se marier, car on ne lui connaît ni épouse ni descendance.
A peu près à l'époque où il était encore possible de lire les inscriptions sur les anciens tombeaux de Noirlac courait encore une légende, transmise sans doute oralement dans l'abbaye depuis la fin du XIIe siècle. On sait que dans toutes les abbayes régionales les moines étaient très attachés à la mémoire des fondateurs de leurs couvents, ne serait-ce que pour que soient respectés et confirmés les très anciens privilèges accordés aux monastères dès les temps médiévaux. Que les derniers frères vivant à Noirlac au XVIIe siècle aient préservé une tradition orale vieille de plusieurs siècles n'a rien d'extravagant. L'histoire qui s'y racontait faisait allusion à la mort du jeune héritier des seigneurs de Charenton. Ainsi Ebe se serait noyé non loin de l'abbaye en traversant un bras du Cher appelé les "Eaux mortes". Les érudits locaux n'ont pas peiné à identifier l'emplacement présumé de l'accident. Dans le secteur de Noirlac, le Cher, bientôt rejoint par son affluent la Marmande, coule dans une vallée large où la pente est très faible. La rivière y fait d'amples méandres qui isolent d'anciens bras souvent asséchés faute d'étiage mais qui peuvent abriter des mares d'eau stagnante alimentées par la nappe phréatique ou l'apport ponctuel des crues. Ces mares sont encore présentes sur place et servent d'abreuvoirs au bétail parqué dans des parcelles qui ne communiquent pas directement avec la rivière. La tentation a donc été forte d'y voir le lieu de la noyade du garçon. Connaissant assez bien l'endroit, et sans présumer que les bras morts actuels s'étirent sur le même emplacement que ceux du Moyen-âge, on remarque que les pièces d'eau sont le plus souvent de taille réduite, de faible profondeur et ne subissent aucun effet de courant. Même s'il est hélas évident que de nombreux accidents mortels se produisent dans des circonstances que la simple logique n'aurait jamais permises, les Eaux-mortes ne sont pas le seul endroit qui peut avoir été le théâtre de la fin tragique du jeune Ebe. Un autre lieu et un scénario complètement différents, peuvent être avancés.
Il est assez curieux que personne n'ai jamais fait le lien entre le terme "Eaux-mortes" et la forteresse d'Aiguemorte, près de Châteauneuf-sur-Cher. Ce petit château, construit dans la basse vallée du Cher, fossilise dans son nom un toponyme d'origine occitane remontant à la période où cette partie du Berry était rattaché à la zone d'influence des langues du Sud. Eau morte et aigue morte sont parfaitement synonymes. Aiguemorte, politiquement, se situait dans le domaine de la seigneurie de Châteauneuf, dépendante à la fin du XIIe de la maison d'Issoudun, frontalière et rivale de Charenton. S'il n'est pas permis de se livrer à un exercice d'histoire-fiction, il n'est pas complètement exclu que la forteresse d'Aiguemorte ait été le témoin d'une échauffourée entre deux bandes de féodaux adversaires, comme notre documentation nous en révèle l'existence pendant toute la période féodale, impliquant souvent de jeunes seigneurs ravis d'en découdre avec des gens de leur condition, mais maltraitant aussi au passage des prêtres et des moines.

aiguemorte

La possibilité que le jeune Ebe, encore adolescent mais parfaitement capable de manier l'épée ou la lance, ait pu être mortellement blessé à la frontière de ses futurs domaines, est un scénario qui peut venir compléter celui de la noyade dans les eaux croupies des méandres du Cher. Dans les deux cas, la toponymie conforte ces modèles.

 


Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
commenter cet article
11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 16:09

Roche-Guillebaud

C'est aujourd'hui plus sur un sujet littéraire qu'un fait historique que nous allons nous pencher avec le roman "Mauprat", de George Sand. Suivant le sentier de randonnée dit "des maîtres-sonneurs", en référence à un autre roman de cet écrivain, on parvient jusqu'au pied du château de la Roche-Guillebaud, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises dans cet espace. Là, sur un panneau indicateur est rédigée une courte notice soulignant que la Roche-Guillebaud ait pu inspirer la Dame de Nohant lorsqu'elle écrivit en 1846 le récit des événements qui conduisirent à l'incendie et à la ruine de la sinistre "Roche-Mauprat".
Ne connaissant pas ce roman, et sachant en revanche tout l'intérêt que porte le public à tout ce qui touche au sujet de la Roche-Guillebaud, -les statistiques de fréquentations de ce blog sont formelles sur ce point - je me suis procuré l'ouvrage et tenté d'y voir un peu plus clair sur la question.
Au premier contact, il apparaît comme évident que George Sand déploie son récit dans une géographie imaginaire, mélangeant des éléments réels du paysage berrichon avec des lieux composés pour les besoins de l'histoire. La Tour Gazeau, ruine médiévale proche de la ville de la Châtre, y est décrite de manière presque réaliste. Le château de Sainte-Sévère, autre ruine du département de l'Indre, y devient un manoir confortable servant de cadre à une partie du roman. Le cas de la Roche-Mauprat est plus intéressant à observer. Mi réaliste mi imaginaire, cette forteresse est bel exemple de cette culture romantique qui anima l'écrivain de Nohant. Refuge d'une famille de brigands craints dans toute la région pour leurs méfaits, isolée dans un lieu sinistre et boisée, rebelle à l'autorité judiciaire et aux règles morales du Siècle, cette demeure possède une forte identité littéraire. Sa signature historique est beaucoup plus difficile à saisir. Dès les premières lignes du roman, le narrateur déclare: "Sur les confins de la Marche et du Berry, dans un pays que l'on appelle la Varenne, et qui n'est qu'une vaste lande coupée de bois de chênes et de châtaigniers, on trouve, au plus fourré et au plus désert de la contrée, un petit château en ruine, tapi dans un ravin, dont on ne découvre que les tourelles ébréchés qu'à environ cent pas de la herse principale. Les arbres séculaires qui l'entourent et les roches éparses qui le dominent l'ensevelissent dans une perpétuelle obscurité, et c'est tout au plus si, en plein midi, on peu franchir le sentier abandonné qui y mène, sans se heurter contre les troncs noueux et les décombres qui l'obstruent à chaque pas. Ce sombre ravin et ce triste castel, c'est la Roche-Mauprat". Plus loin: "(...) vous avez dû passer souvent le long de ces ruines; je n'ai donc pas besoin de vous en faire la description." Les seuls éléments qui complètent au fil des pages le profil de ce château sont un pont-levis, des bonnes murailles, une écurie, des chambres, un rempart en pierres de taille, une tour du nord éventrée et un souterrain creusé dans le roc.
Si nous considérons les ruines de la Roche-Guillebaud, il est certain qu'elles s'élèvent bien dans un vallon isolé entre Berry, Bourbonnais et Marche, au milieu des forêts de Chênes et de Châtaigniers. La structure du toponyme "Roche-Guillebaud" s'accorde avec celle du nom "Roche-Mauprat". Il semble que la forteresse des anciens Guillebaud de la Roche présente quelques similitudes avec le château décrit par George Sand, mais quelques détails laissés par l'auteur dans son roman nous orientent vers d'autres vestiges.
Remarquons tout de suite que l'écrivain de La Châtre néglige de détailler le lieu où se déroule une partie de son récit, se contentant d'un portrait superficiel, signe qu'elle n'a jamais visité le lieu qui porte son inspiration. Les précisions qui concernent la Tour Gazeau, beaucoup plus près de La Châtre que ne l'est la haute vallée de l'Arnon, laisse supposer que cette ruine fut honorée de la visite de l'écrivain.

Roche-Guillebaud-piliers

Alors que sur la Roche-Mauprat pèse une sinistre réputation entretenue par la population du pays, on n'observe rien d'aussi remarquable à la Roche-Guillebaud dans les légendes populaires contemporaines de George Sand.
Une autre forteresse, en revanche, avait beaucoup plus excité la sensibilité romantique des amateurs d'antiquités du XIXe siècle, et sa réputation s'était installée chez les lettrés de l'époque grâce à la publication d'articles dans les revues savantes, largement accessibles à une femme cultivée comme George Sand.
La Roche-Aymon, près d'Evaux-les-Bains, est un lieu à légendes. Considéré comme un coupe-gorge, il porte parfois le surnom de "château de Barbe-Bleue". George Sand cite cette figure populaire dans le prologue de son récit: "(...) j'ai placé le nom de Mauprat entre ceux de Cartouche et de Barbe-Bleue, (...)". Plus loin dans le texte se trouve une allusion qui lie plus directement le château romanesque à celui de la Creuse: "aucune espèce de livres ne se trouvait à la Roche-Mauprat, si ce n'est l'histoire des fils d'Aymon et quelques chroniques du même genre (...). Or, en ce milieu de XIXe siècle, des érudits marchois croyaient voir en la Roche-Aymon le lieu d'origine de la légende des quatre frères Aymon, récit originaire des Ardennes et très populaire au Moyen-âge. Il est tout à fait admissible que George Sand, très ouverte à la culture et aux traditions régionales, ait eu vent de ces propositions savantes et s'en soit inspirée pour parfaire le cadre romanesque de son récit. Un dernier détail, mineur, ajoute encore du sens à cette possibilité: le château de la Roche-Aymon possédait lui aussi une tour nord.
Ici s'achève la maigre collecte d'indices sur la généalogie réelle ou supposée de la Roche-Mauprat. D'excellents spécialistes de l'écrivain romantique berrichon ont peut-être déjà réglé la question dans des revues littéraires? Je laisse au lecteur la pleine liberté de juger lui-même les quelques pièces de ce petit dossier estival, espérant peut-être avoir donné à certains l'envie de lire ou de relire ce roman.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
commenter cet article
3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 08:31

St-désiré

Située tout près d’un axe routier très fréquenté, l’église romane de Saint-Désiré, dans le nord-ouest du département de l’Allier, est une pièce incontournable du patrimoine régional. Sa visite peut est couplée avec celles du château de Culan ou de la cité médiévale de Montluçon.
Il y a environ un an, nous avions déjà approché ce monument en explorant les reliefs de la volumineuse motte castrale qui domine une partie du village. Construite aux abords immédiats de l’ancien donjon féodal, cette église occupe l’emplacement probable de la première chapelle castrale des seigneurs de Saint-Désiré, avant d’être considérablement agrandie. Certains font un rapprochement entre ce sanctuaire et l’ancien prieuré du lieu, dépendant de Saint-Michel de la Cluse, en Piémont, analyse que je juge peu pertinente si l’on compare le cas de Saint-Désiré avec celui de la plupart des villages médiévaux régionaux, où les prieurés sont clairement indépendants des églises paroissiales.
On est au premier abord surpris par la couleur très chaude des murs de l’édifice. Bâtie dans un grès riche en oxyde de fer, l’église offre une palette de nuances allant du jaune au mauve qui mérite un bon ensoleillement pour révéler toute sa finesse. On observe une partie plus claire sur le chevet, comme si les architectes avaient choisi d’illuminer cet endroit précis.
Entre autres originalités, Saint-Désiré se distingue par sa crypte, semi enterrée, qui est éclairée à la fois par des fenêtres donnant sur l’extérieur et par une ouverture protégée par une grille de fer ouvrant sur le chœur. Une lampe électrique permettra de découvrir quelques chapiteaux qui peuvent retenir l’attention.

St-Désiré-crypte
Il est à signaler que contrairement à beaucoup d’édifices religieux de campagne, l’église est toujours ouverte. La municipalité a même soin d’y entretenir une minuterie qui permet la découverte de la crypte en toute sécurité., ce qui n’est pas le cas partout.
L’église de Saint-Désiré est un monument dont je conseille vivement la visite. A quelques kilomètres au nord, l’amateur de fresques romanes pourra se rendre dans l’église de Vesdun, où des grands fragments des peintures murales d’origine ont été restaurés. Plus vers le sud, la forteresse de la Roche-Guillebaud ne sont qu’à quelques kilomètres des voûtes romanes de Saint-Désiré.

St-Désiré-modillonmodillon (probable copie d'un original dégradé par le temps)

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
commenter cet article

Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
  • Moyen-âge en Berry
  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
  • Contact

géographie des visiteurs




A ce jour, cette espace a été visité
180102 fois.

405350 pages ont été lues.

Merci de l'intérêt que vous portez à l'histoire de la région.




Visitor Map
Create your own visitor map!
" class="CtreTexte" height="150" width="300" />

 

Rechercher

Conférences

conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Archives

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.