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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 09:59

Drevant-façade-prieuré

 

Jean Tricard, professeur d’Histoire médiévale à l’Université d’Orléans, et un de mes maîtres en la matière, employait souvent, face à ses étudiants, l’expression “tordre le cou aux idées reçues”.
S’il y en a une qui a la peau dure, c’est bien celle qui donne aux romains et au premier d’entre eux, le grand Jules César, la paternité de tout ce qui peut ressembler  dans nos campagnes à des fortifications primitives, classées d’autorité par la sagesse populaire dans la catégorie des “camps romains”, avec des conséquences parfois amusantes, comme ce comité des fêtes d’un petit village de la région qui prévoit la réalisation d’un char fleuri pour le comice agricole de son canton sur le thème “le camp des légionnaires”, vestige d’une fortification du XIIIe siècle!
De Sancerre à Sidiailles, nombreuses sont les réalisations  que l’on prête aux romains. Dès 1566, l’historien Jean Chaumeau disait du château du Châtelet: “ (...) et une autre tour ronde fort haute et espesse, que les habitans diens avoir este construite et edifiée au temp de Jules Cesar”. La forteresse de Sancerre (Saint-César) aurait été fondée par le vainqueur du peuple biturige. La motte castrale d’Epineuil-le-Fleuriel est baptisée “tumulus” sur les cartes IGN et plusieurs sites fortifiés fossoyés, anciens châtelets ou maisons-fortes sont qualifiés de camps romains (Ineuil, Vitray, Sidiailles, Saint-Augustin...). Le grand éperon barré néolithique et protohistorique de la Groutte, est baptisé “Camp de César”, ce qui est compréhensible vue la proximité des ruines antiques de Drevant.
A quand remonte cette confusion entre les deux époque? Les savants de la Renaissance sont sans doute les premiers à avoir associé les anciennes places-fortes qu’ils découvraient avec une civilisation qu’ils admiraient. Pétris de culture antique, ces intellectuels voyaient la période qui les avait précédé avec une aveuglante subjectivité, attribuant à leurs modèles romains les réalisations des hommes d’un Moyen-âge qui leur semblaient un retour à la barbarie.
Plus récemment, et plus ou moins pour les même raisons, les érudits sont souvent tombés dans le même piège. Mal connu et surtout mal enseigné, le Moyen-âge n’est pas estimé à sa juste mesure. Dans une société d’ordre et de discipline, le général romain et ses légionnaires sont une valeur rassurante. Il n’est pas étonnant qu’on les imagine occupant des camps retranchés entourés de fossés à l’époque de la Guerre des Gaules.
On m’a souvent opposé l’argument suivant: comment se fait-il, si ce n’est pas romain, qu’on trouve des tuiles, céramiques et moellons antiques sur place (Sidiailles, Boiroux)? Deux raisons expliquent cet apparent paradoxe. Comme la ligne de chemin de fer Paris-Montluçon et l’autoroute A71 suivent le tracé de l’ancienne voie antique Bourges-Néris, certains sites offrent les mêmes avantages quelques soient les périodes auxquelles il est occupé. Une position facile à défendre, une grosse fontaine rendent les mêmes services que l’on vive au Bas-empire ou à la période carolingienne.
Les sites antiques, dont très peu conservent aujourd’hui des vestiges hors sols, étaient pour les hommes médiévaux, des lieux d’habitation possibles dans certains cas, et surtout de riches carrières de matériaux faciles à récupérer selon les besoins. Même si cet exemple est assez marginal, la château de Drevant (un donjon carré élevé dans l’amphithéâtre gallo-romain) fut le produit du recyclage des pierres équarries presque un millénaire auparavant.
Il est donc juste de rendre à César ce qui est à César. Archéologues et historiens travaillent pour que la chronologie ne soit plus traitée à la manière de la bande dessinée ou du péplum. Le reste n’est que folklore.



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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 11:33

or

 

 

L’économie française connut une petite révolution lorsque que le roi Saint Louis, dès son avènement, en 1266, ordonna de lancer la frappe d’un écu d’or, première monnaie de métal précieux à sortir depuis des siècles des ateliers monétaires royaux. Loin de supplanter l’argent dans la majorité des échanges, le métal jaune reconquiert lentement un espace dont il était presque totalement absent.
Réservé à l’orfèvrerie religieuse ou civile, l’or était très rare dans les régions du Centre de la France. Parfois, seul un placage sur une âme d’argent donnait un aspect précieux aux objets liturgiques.
Exceptionnellement, ce n’est pas en Berry que j’ai été puiser mes informations, mais dans la région voisine du Nivernais. La porosité tant politique que religieuse entre ces deux espaces laisse penser que la situation économique de la région de Nevers ne devait être guère différente de celle de Bourges, Châteauroux ou Bourbon. L’inventaire des titres de Nevers, publié au XIXe siècle, contient quelques évocations très précise de la circulation du métal jaune dans l’espace ligérien.
Un acte de 1194 retient tout de suite l’attention. Yolande, comtesse de Nevers, accorde à l’église Notre-Dame de La Charité une rente annuelle et perpétuelle de deux besants d’or. La présence de cette unité monétaire, bien qu’exotique -le besant est une pièce d’or byzantine- n’a rien d’anormal en pleine période d’échanges, par le truchement des Croisades, entre l’Orient et l’Occident. Chevaliers et marchands chrétiens ont ramené avec eux les métaux précieux acquis ou dérobés au contact des musulmans et de Constantinople. Ceci dit, les grands testaments berrichons que nous connaissons dans la première moitié du XIIIe siècle ne font aucune référence au métal jaune. Les besants nivernais sont des exceptions.
L’or reste longtemps une matière rare, car il faut attendre 1374 pour voir un bourgeois nivernais acheter à un hôtelier la moitié de la terre de Marzy pour neuf vingt douze (sic) livres d’or. Une faute du copiste nous empêche d’évaluer la quantité de métal que représente le prix de la vente, mais il est évident que les ateliers royaux alimentent désormais l’économie en monnaies nobles. En 1456, le comte de Nevers compose avec l’abbé du monastère cistercien des Roches: en échange d’une série assez disparate de droits et de rentes, il promet de verser aux moines blancs une somme de 20 écus d’or chaque année.
Les bijoux et ornements corporels sont aussi plus nombreux grâce à la mise en circulation du produit des mines, mais la région ne semble pas disposer de grands ateliers de joaillerie. C’est en effet à Paris qu’en 1320 Louis, comte de Nevers, fait réaliser par un orfèvre local, pour la somme de 1000 livres parisis, une couronne et un capel (casque d’apparat) d’or. C’est encore à Paris qu’un autre comte, Philippe, vend à un changeur d’or pour 200 écus une chaîne d’or garnie de lettres d’or et de 29 perles, peut-être un gage ou le produit d’une rançon.
La vaisselle précieuse n’est évoquée par les documents qu’au 16e siècle. En 1566, deux orfèvres sont chargés d’inventorier toutes les choses précieuses contenues dans le château de Nevers. Les hommes d’art y recensent, pour la somme très précise de 13.180 livres, 17 sols et 7 deniers des bagues, pierreries, vaisselle d’or et d’argent (et autre choses précieuses).
Le renouveau de l’économie permis par la fin des troubles de la Guerre de 100 ans et par le début de la Renaissance ne s’observe pas que dans le patrimoine bâti. Les nobles de l’époque se parent de richesses qu’on aurait bien été en peine de concevoir quelques siècles plus tôt.

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 09:48

motte-Epineuil-pancarte

 

La période hivernale étant, avec son soleil bas et sa végétation dégarnie, propice à ce genre de visite, je suis retourné à Epineuil-le-Fleuriel, dans le sud du département du Cher, examiner le résultats des travaux de défrichement de la motte castrale du village.
L’excellente nouvelle était tombée l’été dernier. La motte, complètement délaissée par ses propriétaires, et envahie par une végétation qui rendait son terrassement indiscernable depuis la route, venait d’être acquise par la municipalité d’Epineuil. Dans d’autres lieux, une telle tractation n’aurait rien eu de rassurant, tant certaines équipes municipales restent hermétiques à tout principe de respect des vestiges archéologiques.

motte-Epineuil-fossés

 

A Epineuil, les choses vont autrement. L’achat par la Ville de la parcelle qui abrite l’ancienne forteresse est une étape dans un long processus de valorisation de cet élément patrimonial. Bien que presque invisible faute d’entretien, la motte était signalée depuis longtemps à l’entrée du village. Son acquisition va permettre de la débarrasser de la végétation qui a envahi ses flancs. Cette opération, qui prendrait à peine un ou deux jours de travail en terrain plat à une bonne équipe de bûcherons, va être réalisée en concertation avec les services régionaux d’archéologie afin de ne faire courir aucun risque aux niveaux anciens qui pourraient être encore en place malgré quelques fouilles anciennes assez musclées.
A l’heure actuelle, seuls les fossés et les premiers mètres du terrassement ont été nettoyés. Si des ormes morts ne posent pas de problèmes techniques pour être tronçonnés et éliminés, les gros arbres qui ont envahi la plate-forme vont devoir être traités avec prudence, tant leur abattage peut provoquer de dégâts.

motte-Epineuil-ensemble

 

Une question, à laquelle je suis bien incapable de répondre, se pose et j’aimerais bien avoir l’avis des lecteurs pour produire un avis pertinent. Il existe sur la plate-forme de la motte d’Epineuil un affreux petit cabanon en briques couvert de tuiles mécaniques, verrue qu’un premier réflexe condamnerait à une élimination sans appel. Pour l’instant, la végétation le dissimule à la vue des visiteurs mais tôt ou tard sa silhouette va être révélée. La question ne se poserait pas s’il s’agissait d’un abri de jardin ou d’un rendez-vous de chasse; or, dans le cas présent, la bicoque a une histoire. Sa construction date de 1939 ou 1940 et avait été ordonnée à l’initiative de la Défense passive. Des habitants  de la commune venaient y assurer une sentinelle régulière pour veiller, selon certains récits, à la sécurité des usines de Montluçon et lancer l’alerte en cas de raid aérien. Montluçon a bien été bombardé, mais par les Alliés, la guerre est finie et la masure est toujours là. Qu’en faire? La raser, au risque de faire disparaître un vestige qui intéresse l’Histoire du XXe siècle? La démonter et la reconstruire à coté? Cela n’aurait plus aucun sens. La conserver? Sur une des plus belles mottes castrales du Berry, l’effet visuel va être désastreux. La restaurer et y installer un petit espace d’information pour les futurs visiteurs? Cela donnerait une raison de la garder en état.
La question se pose à Epineuil. Je me pose aussi la question. Vos avis et remarques en la matière seront les bienvenus.

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 09:43

St-Aubin2

 

J’ai choisi de conclure mes publications de l’année 2010 par l’approche d’un élément de notre patrimoine régional parmi les plus méconnus: la dalle funéraire du chevalier Guillon de Gizay, mort en 1333, exposée dans l’église paroissiale du village de Saint-Aubin, entre Chezal-Benoît et Issoudun.
La dalle, présentée verticalement mesure 2,5 m de hauteur pour une largeur de 1,3 m. Épaisse de 20 cm, elle est taillée dans un calcaire fin. Trouvée près des vestiges de l’ancienne maison-forte de Gizay, sur la commune de Saint-Aubin, elle est dans un état de conservation tout à fait remarquable. Les traits sont gravés en creux sur une profondeur régulière de quelques millimètres. La légende est en Français et débute par la formule habituelle “ Cy gist feu Guilones de Gizes chevalier”.
La représentation du défunt est en tous points remarquable. L’homme est en armure, couverte d’un manteau où sont figurées ses armoiries, que l’on retrouve sur son bouclier. Mains jointes en position de prière, ses pieds reposent sur un chien, rappel de l’Ordre chevaleresque auquel il appartient. La gravure fourmille de détails instructifs sur l’équipement dans lequel sa dépouille fut sans doute exposée avant son inhumation. On remarque entre autre l’articulation de ses gantelets, la forme du pommeau de son épée ou encore ses éperons en pointe.

St-Aubin-details

 

Cette plate-tombe doit être comparée à celle, contemporaine, de l’église de Venesmes, dans le Cher, qui sort vraisemblablement du même atelier.

 

La plate-tombe chevaleresque de l’église de Venesmes (Cher)

L’armement d’un chevalier berrichon (début XIVe siècle)

 

Identité des formes des encensoirs et des anges de chaque coté de la tête, identité du nœud de ceinture, jusqu’aux chiens qui sont identiques. Le lapicide avait un style qui se retrouve sur les deux dalles, mais l’originalité des deux monuments funéraires est affirmée par la différence des visages, des vêtements, des épées et même des éperons -ceux de Venesmes portent une molette étoilée. Les deux commandes étaient donc bien personnalisées selon les vœux des seigneurs et sont à priori fidèles à leur image.

 

St-Aubin-chien

La dalle funéraire du chevalier de Gizay n’est pas en accès libre mais n’est pas non plus cachée aux yeux des amateurs d’art médiéval par la mauvaise volonté ou la négligence de la municipalité ou du cercle paroissial local. J’ai, pour l’approcher, adressé une demande à la mairie de Saint-Aubin, qui m’a très gentiment facilité l’ouverture de l’église, et je tiens à remercier publiquement le maire du village et la secrétaire de mairie pour leur accueil.
Je conseillerai simplement aux visiteurs éventuels d’attendre les beaux jours pour prévoir une visite de la pierre tombale de Saint-Aubin. La faible profondeur de la gravure rend la photographie délicate et une bonne luminosité extérieure ne peut que favoriser la découverte du monument.

 

St-Aubin1

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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 10:33

oratoire

 

L’édifice que nous visitons aujourd’hui est plus intéressant par sa dimension spirituelle que monumentale, et  compte essentiellement pour avoir été intimement lié à l’enfance d’une grande figure de l’histoire de la région à la fin du Moyen-âge: Jeanne de France.
N’ayant pas étudié cette personnalité historique par l’intermédiaire des sources de l’époque, je me contenterai d’évoquer brièvement les informations recueillies par le Conseil général du Cher à l’occasion des manifestations ayant célébré en 2002 le 500e anniversaire de la fondation par Jeanne de France de l’Ordre féminin de l’Annonciade. Mes collègues berruyers ont ainsi noté que Jeanne de France, fille du roi Louis XI et de la duchesse Charlotte de Savoie, passa une grande partie de son enfance au château de Lignières, vieille forteresse médiévale détruite depuis. A la lisière du château était construite l’église du village, qui conserve encore aujourd’hui, malgré d’importantes transformations, quelques parties médiévales.
Jeanne fut mariée avec le frère cadet du roi de France Charles VIII. Au décès du roi, son époux, devenu Louis XII, la répudia pour épouser la duchesse Anne de Bretagne et, sous forme de dédommagement, offrit le duché de Berry, apanage royal, à sa première femme. Revenue dans la région en 1499, Jeanne se consacra à des œuvres pieuses au nombre desquelles la fondation de l’Ordre de l’Annonciade, dont le premier couvent fut construit proche de l’actuelle place Séraucourt. La chapelle en est encore visible dans l’enceinte du quartier militaire. La duchesse Jeanne mourut en 1505 à l’âge de 41 ans et fut inhumée dans cet enclos religieux. Réputée miraculeuse, cette figure très particulière de l’histoire de la région fut béatifiée en 1742 et canonisée en 1950.

annonciade-Bourges

 

Dès son enfance, Jeanne se fit remarquer par l’exercice d’une grande piété, passant de longs temps de prière dans l’église de Lignières. Elle choisit ainsi la petite chapelle à gauche du chœur pour exercer sa foi. Le seul aménagement spécifique observable sur place est une cheminée dotée d’une foyer minuscule au ras du sol dont la construction fut ordonnée par le Louis XI pour rendre les veilles de sa fille moins inconfortables, dans cet édifice haut et glacial où la santé de l’enfant était menacée.

oratoire-foyer

 

Peu connu du grand public local, cet oratoire n’a d’intérêt réel que pour les croyants ou les spécialistes de l’histoire de cette duchesse de Berry, mais demeure un petit patrimoine touchant par sa simplicité. Il faut noter que suite à des dégradations, l’église de Lignières est rarement accessible. Mieux vaut se renseigner à l’Office de tourisme local avant de prévoir une visite sur place.

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 11:52

La-Berthenoux-chevet

 

Voici plusieurs mois, nous avions fait le récit des tragiques événements de Saint-Germain-des-Bois, près de Levet, dans le Cher, lorsque des moines cisterciens de Noirlac avaient, avec leur abbé à leur tête, tué un curé de campagne et agressé un officier du roi.
Les faits relatés ici ne sont pas aussi dramatiques que l’affaire de Saint-Germain, mais s’inscrivent néanmoins dans le registre d’une violence monastique contre laquelle la justice royale a réagit en ordonnant le procès des responsables et leur condamnation à de lourdes sanctions financières.
C’est, d’ailleurs, un problème d’argent qui est au cœur de la querelle qui éclate à la Berthenoux, dans l’actuel département de l’Indre, en 1308 et, comme à Saint-Germain-des-Bois l’année précédente, la perception des dîmes conduit à un affrontement entre deux communautés religieuses. Cet impôt, destiné à la vie du clergé et à l’entretien de son patrimoine, pouvait avoir de multiples bénéficiaires, pas toujours locaux, en fonction de très anciens accords ou restitutions de droits spoliés par des laïcs. Ainsi, à La Berthenoux, les clunisiens de l’abbaye de Massay possédaient un prieuré qui leur donnait droit à au moins une part des dîmes prélevées dans cette paroisse. Des menaces avaient-elles déjà été formulées contre ces religieux qui se firent assister par la justice du roi? On pourrait être tenté de le supposer car étaient présents au moment des faits le procureur de l’abbaye de Massay, le prieur de la Berthenoux, le curé du village et deux sergents royaux. Le renfort des sergents ne suffit pas arrêter une bande moines de la grande abbaye de Déols, qui possédait de nombreux prieurés dans la région, armés d’épées, de massues et de bâtons, qui se ruèrent sur le petit groupe. Le chapelain de la Berthenoux fut roué de coups jusqu’au sang et l’un des sergents fut empoigné par les agresseurs qui lui crachèrent au visage et le forcèrent à s’incliner jusqu’au cou de son cheval. La défiance des religieux de Déols alla jusqu’à prononcer des menaces envers le roi, ce qui, avec le sort réservé au sergent, pouvait être qualifié de crime lèse-majesté.
La justice royale ne tarda pas à se prononcer sur cette agression. Le souverain réclama à l’abbaye de Déols 500 livres pour lui, 50 pour le chapelain et 20 pour le sergent. Cette condamnation n’empêcha pas, quelques temps plus tard, un nouvel incident. Des moines en armes dérobèrent le produit de la dîme récoltée par Massay -sans doute sous forme de céréales- et mise sous la sauvegarde du roi par un des sergents.
Peut-être peut-on voir derrière ces deux affaires, celle de Saint-Germain et celle de La Berthenoux, le symptôme du début de la longue crise du XIVe siècle, qui commença par une succession de mauvaises récoltes et qui évolua vers une épidémie de peste, des révoltes populaires et qui fut aggravée par le début de la Guerre de 100 ans. Une diminution du revenu des abbayes peut expliquer les tensions constatées en Berry à cette époque.

 

La-Berthenoux-chapiteau

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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 19:21

Argenton1

Il n’est pas certain que tous les visiteurs qui viennent découvrir le musée d’Argentomagus, près d’Argenton-sur-Creuse, dans l’Indre, connaissent l’admirable trésor médiéval visible à quelques pas du site gallo-romain et de l’espace muséographique ouvert au sein des ruines. Toute proche, l’église de Saint-Marcel mérite absolument d’être découverte.

 

Argenton2

Nous avions, il y a quelques mois, consacré un billet à la rare série de motifs d’inspiration irlandaise qui encadrent l’entrée de l’église de Saint-Marcel. L’intérieur du sanctuaire est plus étonnant encore. Aux voûtes d’une grande élévation répond une profonde crypte, qui conserve quelques éléments lapidaires de choix, mais le plus beau est encore ailleurs. Sans négliger une grande fresque de la fin du Moyen-âge, l’église recèle un remarquable trésor rassemblé autour des reliques de saints Marcel et Anastase, martyrisés, selon la tradition, dans l’ancienne cité gallo-romaine.
Sobrement présentées et éclairées, plusieurs pièces magistrales mériteraient chacune un article détaillé. Reliquaire de bois polychrome, chasse en émaux limousins, chef-reliquaire et son âme de bois..., il n’est pas utile de faire le détail de cette admirable collection qui couvre plusieurs générations d’Art sacré, et dont les premières pièces furent façonnées au XIIIe siècle. Sur place, un panneau didactique énumère et commente chacune des œuvres exposées.

Argenton3

Ne disposant pas du matériel photographique nécessaire à la couverture complète de la série dans des conditions de lisibilité optimales pour le lecteur, je me suis contenté de fixer seulement quelques détails, brefs échantillons du soin et de l’application des artisans médiévaux à magnifier des reliques plus précieuses que le métal et les émaux qui les protégeaient. Le lecteur, lors de sa visite, saura pardonner les lacunes iconographiques de cet article.
Pour beaucoup de gens de la moitié nord de la France et des régions encore plus septentrionales, francophones ou non, Saint-Marcel est sur la route du Sud. Très facilement accessibles à partie de l’autoroute A20, le trésor de son église et le musée archéologique voisin sont une étape à ne pas manquer.

Argenton4

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 10:00

Condé-crypte

 

Pour le dernier volet de notre série de billets consacrés de l’église romane de Condé, près de Lignières-en-Berry, dans la vallée de l’Arnon, empruntons l’un des deux étroits couloirs qui nous mènent vers la partie souterraine du sanctuaire.
Semi-enterrée serait le terme le plus approprié pour qualifier la crypte de Condé, dont le sol est juste un peu plus bas que le niveau de la nef. Cette grande salle, dont les voûtes reposent sur huit piliers centraux, n’est que partiellement encaissée dans le sol de l’édifice. Le volume a été produit en rehaussant de manière significative le sol du chevet, ce qui produit ce curieux effet d’église à deux niveaux. Très sombre, la crypte de Condé n’est éclairée naturellement que par trois petites ouvertures ménagées au ras du sol extérieur actuel, et par la faible luminosité qui parvient de la nef par l’intermédiaire de ses deux galeries d’accès. Les éclairages électriques actuels sont bien entendus les bienvenus, mais ils donnent à cet espace une dimension artificielle que les gens du passé n’ont pas pu connaître.

Condé-couloir

Outre l’équilibre de ses formes et sa sobriété -un seul visage humain est taillé dans la pierre du chapiteau d’une des colonnes - la crypte présente un aménagement original, sous la forme d’un portique dont le linteau a été cassé et restauré de manière assez maladroite, mais dont la fonction, si c’est bien celle d’origine, mérite d’être décrite.

Condé-portique

Au fond de la salle, sur un petit autel, est présente une belle statue de calcaire polychrome représentant saint Denis.

 

Condé-st-Denis

Dans ce pays de petits vignerons disposant chacun de quelques ares de vigne pour leur consommation domestique, le vin occupait un rang élevé au nombre des préoccupations quotidiennes de nombreux habitants. Jusqu’à une date récente, qu’on peut situer vers les années cinquante du siècle passé, les vendangeurs amenaient à Condé les plus petites de leurs barriques et les faisaient rouler jusque dans la crypte. Là, on les faisait passer sous le portique à droite de la statue, dans l’espoir de protéger la future vendange des différentes maladies qui pouvaient anéantir les cuvées. Le fait est d’autant plus remarquable que tous les vignerons de la contrée n’étaient pas, et de loin, des croyants fidèles mais étaient quand même très attachés à  ce rite.
Dans une région où les traditions populaires ont été en grande partie conservées par l’oral, et où on peine à trouver des historiens pour explorer les archives, il est impossible d’affirmer que ce culte de saint Denis protecteur du vin remonte aux origines de la construction de Condé. Le petit portique, contemporain des murs du sanctuaire, peut avoir été conçu pour une tout autre finalité. La grande crise du phylloxéra peut avoir poussé les paysans dans le désarroi à se tourner vers saint Denis pour les aider à surmonter l’épreuve terrible qui s’abattait sur leurs exploitations. Il faut donc rester très prudent sur les origines de ce micro-pèlerinage, mais on ne doit pas non plus exclure d’avoir là la rémanence d’un très ancien culte dionysiaque, christianisé sous la forme d’une dévotion à saint Denis.

 

Condé-autel

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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 21:34

mammouth sibérien

 

Je crois, au cours de ces trois décennies de recherches consacrées au passé du Berry, ne rien avoir jamais trouvé de plus étrange que cette évocation, à l’occasion de ma récente enquête documentaire dédiée à la Grosse Tour de Bourges, des ossements d’un géant exposés dans la Sainte Chapelle de cette ville. Plusieurs écrivains, de la Renaissance à la fin de l’Ancien Régime, ont en effet affirmé avoir vu, accrochés aux murs de la chapelle construite sur les directives du duc Jean de Berry, les ossements d’un humain de presque huit mètres de hauteur. Cet être monstrueux avait même un nom, Birat, ou Briat. Jean Chaumeau, dans son Histoire du Berry, le sieur Coulon, qui guide le voyageur sur les routes de France, Jodocus Sincerus, docte allemand du 17e siècle, voient tous séparément le squelette, qui fait sur eux forte impression.
Fulgose, auteur italien, relate de son coté que fut découverte en 1456, aux bords du Rhône, près de Crussol, la sépulture d’un géant dont les os furent conduits à Bourges. Cette origine extra-régionale n’empêcha pas le menu peuple berruyer d’affirmer que le monstre avait été trouvé en Berry, d’ où son surnom de “géant de Bourges”.
Cet extraordinaire vestige, plus connu des historiens de la médecine que de ceux de la province, ne fut pas unique en son genre -d’autres géants sont observés dans des édifices religieux  du sud de la France et de Sicile- et servit même de preuve sur laquelle s’appuyèrent les savants argumentant de l’existence sur Terre d’un peuple de géants antédiluviens, dont la Bible et la mythologie antique attestaient l’authenticité. Témoignages de la croyance d’un âge où aurait vécu une faune humanoïde monstrueuse, les ossements découverts à Crussol n’échappèrent pas à l’immense intérêt du duc Jean de Berry pour les merveilles de la nature. Ce prince, fasciné par les étrangetés dont le monde semblait peuplé, réunit dans les murs de sa Sainte Chapelle de Bourges avec ce squelette le simulacre d’un cervidé gigantesque, le “Ranchier” et une dépouille de crocodile, sans doute accumulés là pour frapper l’imagination des visiteurs et provoquer l’éblouissement de ceux-ci dans un monument qui se voulait l’égal de la Sainte Chapelle de Paris.
Ces os, dont au moins l’un était un fémur, furent dispersés et perdus lors des étapes successives de la ruine de la chapelle, jusqu’à sa destruction complète au 18e siècle. Si nul naturaliste rompu à l’anatomie comparative ne s’est jamais penché sur ces fossiles, on comprend, en recherchant des informations sur le périmètre d’où furent exhumés les os gigantesques, que le peuple de Bourges et de nombreux savants et curieux européens vinrent s’extasier devant les restes d’un mastodonte datant de la glaciation de Würm. Plusieurs dépouilles de mammouths ont été identifiées depuis dans la région de Valence.
On comprend que, pour un homme du Moyen-âge ne disposant pas de toute notre culture scientifique et bercé dans un univers dans lequel la monstruosité était aussi admise que la réalité des miracles, des ossements exhumés dans une région éloignée de tout interface avec la mer et ses mammifères et l’Afrique avec ses pachydermes, pouvaient parfaitement passer pour ceux d’une race anthropomorphe disparue depuis les Temps bibliques.
Signalons que le géant Briat pourrait avoir inspiré les peintres qui ornèrent le château des ducs de Bourbon à Moulins car, dans une chambre de celui-ci, on pouvait naguère contempler dans une chambre la fresque “d’un Géant dont les os, à c e qu’on dit, sont à Valence, dans le Dauphiné”.
Aucun cabinet de curiosités local, ni l’actuel muséum d’histoire naturelle de la ville, ne semble avoir gardé de fragment de cet éléphant paléolithique devenu, l’espace de quelques générations cent siècles après son trépas, une légende du Berry d’autrefois.

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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 09:12

danse-detail1

 

Si le thème des danses macabres est propre à la production artistique de la fin du Moyen-âge, il semble, sans être spécialiste de la question, que le peintre qui a réalisé la fresque sur laquelle nous nous arrêtons aujourd’hui était un homme du XVIe siècle, si on se rapporte aux costumes portés par les gens représentés sur le mur de la petite église de Condé, près de Lignières-en-Berry, dans le Cher. Nous dépassons donc légèrement les repères chronologiques habituels des contenus de ce blog, mais le fait m’a paru assez singulier pour mériter d’en signaler l’existence aux amateurs d’œuvres anciennes.
La danse macabre de Condé n’est pas en bon état. La dégradation des pigments résulte d’un mauvais entretien général du bâtiment qui a longtemps pris l’eau. Nous sommes donc plus proches de l’interprétation que de la lecture.

 

danse-Condé

Dans un grand cadre ocre sont représentés cinq silhouettes dont une curieuse représentation de la Mort frappant d’un long trait se finissant par deux barbelures un personnage qui semble féminin. Les trois autres figures ne sont pas assez précises pour être décrites. On remarque que deux portent des culottes bouffantes assez communes pour les hommes à la Renaissance et la dernière une aube ou un manteau. Quelle que soit la classe sociale exacte de chacun de ces individus, ils étaient l’image dans laquelle chaque membre de la société locale pouvait se reconnaître et méditer sur la fragilité de son existence.

 

danse-detail2

Il faudrait demander l’aide des historiens modernistes pour proposer une explication à la présence de cette fresque insolite dans ce sanctuaire rural. On associe en général les danses macabres aux difficultés de vie à la fin du Moyen-âge, période où les guerres, les désordres climatiques, les épidémies de peste et les troubles sociaux ont déstabilisé nos régions. La vallée de l’Arnon a peut-être été frappée par une vague épidémique qui a rempli les cimetières et inspiré un artiste local.
Icône incomplètement squelettique, la Mort est traitée avec une certaine naïveté.

 

Lire aussi sur Condé:

 

Un sanctuaire roman primitif: l’église de Condé (18)

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
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Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

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Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
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J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.