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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 10:24

ASorel1

 

J'avais été, en 2006, invité par la Société Française de l'Histoire de la Médecine à présenter, lors de son colloque à Bourges, un court exposé sur les établissements hospitaliers en Berry à la période médiévale. Les participants avaient eu le privilège, lors de cette journée, d'assister à une remarquable présentation du docteur Philippe Charlier, coordinateur de l'équipe pluri-disciplinaire qui résolut, en 2005, l'énigme de la mort d'Agnès Sorelle. Voici un compte-rendu de son article:
Qui a tué la Dame de Beauté? Etude scientifique des restes d'Agnès Sorel (1422-1450), Histoire des Sciences Médicales, tome XL - n°3 - 2006
complété de quelques ajouts personnels.

 

Asorel2

 

Agnes Sorel ou Seurelle, comme on le voit gravé dans son épitaphe, n'est pas à proprement parler une figure du Moyen-âge berrichon. Celle qui porte sur son tombeau le titre de dame de beauté et de coquetterie n'a fait que résider dans la région en compagnie du roi Charles VII, dont elle était la maîtresse "officielle" mais son nom demeure attaché à des lieux prestigieux comme Mehun-sur-Yèvre, Bourges et Bois-Sir-Amé.
A l'occasion du retour de son monument funéraire et de ses cendres dans la collégiale Saint-Ours de Loches, en Touraine, une équipe de chercheur a pu se pencher sur les restes de cette femme morte dans des conditions mystérieuses en 1449, présentant les symptômes d'un empoisonnement. Après avoir confirmé l'identité du cadavre au moyen d'une reconstruction faciale informatique combinant les traits gravés dans le marbre blanc de son gisant et une portion de crâne retrouvée dans l'urne funéraire contenue dans la tombe, l'attention des chercheurs s'est portée sur un faisceau d'indices conduisant à un surdosage d'un traitement à base de fougère et de mercure destinée à combattre un des fléaux de l'époque, le vers intestinal.
L'une des plus belles femmes de son temps était, même si cela peut chagriner les esthètes, comme tous ses contemporains, habitée par toute une faune parasitaire dont l'ascaris était l'hôte privilégié, ce qui n'était pas sans conséquences sur son quotidien, y compris lors de ses transports amoureux avec son royal amant. Pour remédier à ces désagréments, et le lecteur comprendra ma discrétion naturelle à taire les détails, Agnès Sorel suivait un traitement à partir de fougère mâle, destinée à détendre les viscères, et de mercure, prévu pour en déloger les parasites. Les potards de l'époque dosaient au plus juste le remède, afin d'éviter les accidents. Pourtant, quelques jours avant son trépas, la belle Agnès fut prise, d'après une chronique de l'époque, de terribles douleurs abdominales, ce qu'on appelait alors un "flux de ventre". Son haleine se mit à empester si fort qu'elle comprit que la mort serait la seule issue à ses tourments. Après trois jours de souffrances, la belle s'éteignit, avec tous les symptômes d'un empoisonnement aigu.
Les recherches du docteur Charlier et de ses confrères ont mis en lumière la présence de 10.000 à 100.000 fois plus élevée que nécessaire de mercure dans l'organisme de l'infortunée jeune femme. Ce surdosage, peut-être accidentel, ressemble beaucoup aux conséquences d'un geste criminel.
Il ne reste d'elle aujourd'hui que quelques fragments de sa dépouille qui reposent sous un des plus beaux gisants de marbre blanc de toute la région Centre, un monument à ne surtout pas manquer si vous êtes de passage à Loches....

 

ASorel3

 

 

 

Śmierć Agnes Sorel

Der Tod der Agnes Sorel

La morte di Agnes Sorel

the death of Agnes Sorel

La muerte de Agnes Sorel

A morte de Agnes Sorel

 
 
 
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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 12:47

diable-Gargilesse

 

Le diable, inséparable de la réflexion religieuse médiévale, est assez peu représenté dans l’art régional. Presque inexistant à l’époque romane, on en rencontre de belles figures dans la sculpture et le vitrail gothiques, notamment à la cathédrale de Bourges ou sur la collégiale de Levroux, dans l’Indre.
C’est justement de l’Indre que viennent ces deux images, datables de la fin de la période médiévale, qui enrichissent la variété des formes imaginées par les artistes de naguère pour illustrer une des terreur des croyants.
L’église de Paulnay contient, hormis le splendide calendrier médiéval auquel nous avions il y a quelques mois consacré un article, une fresque du Jugement dernier en mauvais état de conservation, dont les photos sont inexploitables, à part ce gros plan de cette silhouette diabolique, velue et au faciès tourmenté, qui mérite toute l’attention du visiteur. La réflexion, incantatoire hélas, que le tableau mériterait une restauration, s’impose quand on voit le piètre état de l’ensemble.

 

diable-Paulnay

Beaucoup mieux conservée et valorisée est la fresque de la crypte de l’église de Gargilesse, qui montre saint Michel et son épée aux prises avec le démon. L’aspect du Malin est plus bestial que celui de Paulnay et traité à l’ocre rouge pour souligner l’environnement infernal.
Un diable, contemporain des deux sujets présentés ici, peut être aperçu sur les murs de l’église de Chateloy, dans la vallée de l’Aumance, dans l’Allier. Isolé sur son aplomb rocheux dans un hameau, ce sanctuaire est la plupart du temps clos pour éviter les dégradations et je n’ai aucune image du démon qui s’y cache à présenter ici.

 

diable-Gargilesse2 

 

Je n’ai pas la prétention de tout connaître du patrimoine de la région et vous avez peut-être, vous même observé d’autres figures du Maufait, comme on l’appelait naguère dans les campagnes, dans un monument que vous avez visité. N’hésitez pas, par l’intermédiaire de la rubrique “commentaires”, à nous faire profiter de vos découvertes.

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 10:28

Mery-dalle-general

 

 

Située en Haut-Berry, à une vingtaine de kilomètres au nord de Bourges, la commune de Méry-es-bois peut se flatter de posséder une monument funéraire remarquable datable de la seconde moitié du XIIIe siècle, ayant naguère orné la sépulture d’un chevalier connu de l’histoire régionale: Eude de Sully, seigneur de Beaujeu, qui a laissé plusieurs mentions dans la documentation tant régionale que nationale.
Cette pierre tombale, finement gravée, a connu un destin peu habituel, sans être exceptionnel, qui mérite d’être rapporté. Comme une seconde dalle, plus récente et malheureusement très incomplète, conservée dans la même église, cette pierre provient de l’abbatiale de l’ancienne abbaye cistercienne de Loroy, ou Lorroy, non loin de Méry. Longue et large, parfaitement plate, elle fut soustraite à l’édifice monastique pour devenir pierre d’autel. Dans l’Indre, l’église de Fougerolles conserve, par exemple, un monument similaire pris à l’abbaye cistercienne de Varennes. La plate-tombe de Méry fut donc en partie creusée pour l’accueil des reliques -cette opération mutila l’intéressante partie du blason, du ceinturon et de la garde de l’épée chevaleresques- et fut consacrée comme autel comme l’attestent les petites croix gravées à chaque angle. Peut-être trop encombrante, elle fut à nouveau déplacée pour être fixée, debout, contre un des murs de l’église, dans un emplacement sombre peu propice à sa lecture, mais au moins correctement protégée.
Cette grande dalle de calcaire porte l’ effigie d’un personnage identifié par deux éléments, l’un ornemental et l’autre épigraphique, le nom du gisant ayant été mutilé. Même abîmé par les ciseaux à pierre modernes, le blason, un lion et des molettes, correspond à la description faite de celui de la famille Sully dans l’Armorial Bigot, rédigé en 1254:
Sorli (Sully): lion or sur azur, champ semé de molettes or.

 

Mery-dalle-blason

 

Dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, la grande famille ligérienne de Sully a étendu son influence sur une large partie du Berry, jusqu’aux portes du Montluçonnais. Plusieurs branches cadettes occupent des fiefs, dont celui de Beaujeu.
Si le nom du défunt est lacunaire, l’épitaphe porte une indication majeure: “qui decessit in Appuleia” -mort en Appulie. Or, en 1271, les archives judiciaires du Parlement de Paris consignent que le chevalier Eude de Sully, connu par d’autres textes comme seigneur de Beaujeu et de Sancergues, en partance pour l’Appulie dans l’armée de Charles d’Anjou, roi de Sicile, porte devant la justice royale un conflit avec un autre chevalier. Les archives de l’abbaye de Loroy conservent la trace de plusieurs dons de cet homme à leur établissement.
L’étude de la dalle funéraire de Méry-es-bois fournit une intéressante occasion de croiser les sources médiévales originales, ce qui permet de nommer, presque sans risque d’erreur, le guerrier en position de prière qui orne sa surface.
Qu’il me soit permis de remercier m. Désir, maire de Méry, pour son active collaboration à l’accès au patrimoine de l’église de son village et pour son intérêt pour l’histoire régionale. Au plaisir de pouvoir un jour faire sa connaissance!

 

 

Mery-dalle-2

dalle anonyme - XVe siècle

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 09:09

Souvigny-repas

 

 

Dès les premières semaines d’existence de ce blog, nous nous étions penchés sur un monument de la littérature médiévale impliquant des personnages réels ayant été seigneurs dans les régions du Centre, le roman de Flamenca. Écrit vers la fin du XIIIe siècle, ce long récit -lacunaire- des amours de Flamenca, belle et jeune épouse du seigneur de Bourbon, et du chevalier Guillaume de Nevers n’est pas un document historique aussi rigoureux qu’une charte de franchise ou une fondation abbatiale, mais permet toutefois une approche intéressante de la culture chevaleresque de l’époque des cathédrales. Parmi les idéaux des châtelains se trouve en bonne place le culte de la nourriture, décliné dans le roman de Flamenca sous la forme d’un somptueux banquet offert par Archambaud de Bourbon à une multitude d’invités au moment de l’arrivée de sa jeune épouse au château de Bourbon. Si les lieux appartiennent, comme certains personnages du récit, à l’histoire de la région, la trame narrative relève du domaine de la fiction romanesque. Il serait donc douteux que le grand banquet de Bourbon ait eu lieu dans les circonstances décrites par le roman, mais les détails qu’on y trouve sont là pour nous rappeler combien les puissants de l’époque rêvaient d’extravagances culinaires, autant dans l’abondance que dans la variété et la rareté des mets. Ce qui suit ne doit donc pas être lu comme le modèle d’une grande fête médiévale, mais comme l’expression d’un fantasme communément partagé par des lecteurs morts voici plusieurs siècles.
Tout commence par le nettoyage et la décoration des rues qui mènent au château et qu’emprunteront les invités. Sur le sol sont étalés des tapis et partout sont pendues des étoffes et des tentures, qui donnent l’illusion que l’on est déjà dans la forteresse alors qu’on ne fait que traverser la ville. Les bancs, destinés à faire asseoir les convives, sont couverts de housses. Dans les hôtels prévus pour l’accueil des participants au banquet se trouvent en abondance vêtements précieux, armes et chevaux destinés aux chevaliers. Légumes, grain pour les animaux et cire pour s’éclairer à la tombée du jour ont été distribués afin que rien ne manque aux hôtes.
L’auteur du récit donne assez peu de détails sur le banquet, mais on perçoit vite l’absence de menu tel qu’on pourrait l’imaginer aujourd’hui. Tout est servi, sans hiérarchie, sur les tables et chacun peut se servir d’une multitude de mets qu’on renonce à détailler: “tout ce qu’offrent l’air, la terre, la mer et ses profondeurs” est servi, arrosé de “tout ce qui peut se faire à base de blé, de racine, de raisin, de fruits et de pousse”. Au lecteur d’imaginer son repas idéal. En plus des viandes de boucheries et autres chairs cuites que le troubadour ne se donne pas la peine de nommer se trouvent offertes des bêtes à plumes “outardes, cygnes, grues, perdrix, canards, poules, oies, gelines et paons” et des animaux tués à la chasse “lapins, lièvres, chevreuils, cerfs, sangliers” et même “ours grands et féroces”. A sa dignité d’hôte, le sire de Bourbon ajoute la preuve de son courage à affronter des animaux dangereux de ses forêts, mais le plus précieux réside dans la liste des épices rares qu’il a eu soin de faire venir pour l’occasion “ épices, encens, cannelle et poivre” dans un quantité si merveilleuse, et l’auteur nous donne cette comparaison étonnante, qu’”aussi loin que s’étende le bourg, un plein chaudron aurait pu en être brûlé à chaque carrefour”. Ces volumes sont cohérents avec les dix mille chevaliers et les mille cinq cents jongleurs, sans compter les dames, demoiselles et serviteurs tous réunis dans les salles du château de Bourbon. Comme tant d’autres narrateurs de la période médiévale, l’auteur de Flamenca ne cherche pas la vraisemblance, mais l’effet sur ses lecteurs. Tous ces volumes et ces chiffres ne sont pas exagérés dans son esprit, s’ils permettent aux gens qui le lisent de s’imaginer le banquet auquel tout le monde aurait rêvé de participer.

 

château-bourbon-l'Archambaud.gif

 

Que mes lecteurs voient donc ce billet non pas comme une invitation à envoyer aux orties leur tempérance habituelle, mais plutôt à profiter de l’été pour se replonger dans la littérature médiévale, toujours délicieuse pour qui prend le temps de s’y arrêter un moment.

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 09:32

 

La-Chapelaude-ensemble

 

Considéré d’un point de vue monumental, le prieuré de La Chapelaude, dans le département de l’Allier, n’a rien de spectaculaire. Une petite église romane bâtie dans ce grès particulier à la région, fortement chargé en oxyde de fer et peu propice à la sculpture fine, se détache dans la partie haute du petit village. Ce sanctuaire, qui peut être ajouté à un itinéraire de découverte du patrimoine régional, mais qui ne présente aucune particularité remarquable, est la dernière partie visible d’une ancienne fondation monastique datée, dans la deuxième étape de son activité, des années 1060. Propriété de la grande abbaye bénédictine de Saint-Denis, aux portes de Paris, La Chapelaude se distingue historiquement des autres prieurés locaux par l’ existence d’un riche cartulaire, aujourd’hui perdu, mais qui fut l’objet de multiples copies par des savants parisiens du XIXe siècle qui ont sauvé l’essentiel de son contenu, complété par quelques rares archives isolées, et qui projette un éclairage variable sur son passé.
La première séquence de la vie de ce monastère se situe bien avant l’an mille, aux temps mérovingiens et carolingiens, et est illustrée par une série de diplômes recomposés au moment de la rédaction du cartulaire, et qui doivent être manipulés avec une prudence extrême. S’il est évident que les frères archivistes franciliens disposaient de sources très anciennes relatives à leur propriété berrichonne, délaissée au moment des dernières invasions, on peine à dresser une chronologie et une carte des possessions des anciens bénédictins dans ces confins du Berry, de la Marche et de l’Auvergne.

 

La-Chapelaude-detail

 

La deuxième époque, qui débute aux environs de 1060, est beaucoup mieux renseignée. Les moines parisiens profitent du dynamisme de la monarchie capétienne, et de la forte personnalité du roi Philippe Ier, qui ajoute le Berry à sa zone d’influence et, plus tard, au domaine royal. Leur retour dans leurs anciennes possessions s’accorde avec la volonté du souverain d’étendre son influence vers le Sud. Spirituellement, la féodalité locale est baignée par l’influence de la réforme grégorienne, et il n’est pas indifférent que le seigneur de Bourbon, très lié aux Clunisiens de Souvigny, appuie l’initiative de ses vassaux de la vallée du Cher de restituer à l’ Église des terres injustement détenues à la suite de la déliquescence du pouvoir carolingien.
La première étape de cette restitution est peut-être initiée par un personnage qui passe presque complètement inaperçu jusqu’au jour où une bande de voleurs vient piller sa maison. C’est suite à sa plainte qu’on apprend que cet homme, nommé Garnier, possédait une maison à Aude, à une dizaine de kilomètres à l’est de La Chapelaude, dans un bourg situé le long de la route qui se dirigeait vers Paris. Garnier était-il sur place mandaté par son abbé pour évaluer la situation patrimoniale des anciennes propriétés franciliennes où avait-il un rôle plus spirituel, de prédication auprès des féodaux? On constate que la situation évolue en faveur de Saint-Denis-en-France, qui récupère ses possessions, bâtit un nouveau prieuré, voit les vocations qu’on suppose locales assurer le recrutement des nouveaux frères et reçoit de multiples dons de la part des chevaliers du secteur. L’excellent état de conservation de beaucoup d’actes recopiés dans le cartulaire permet d’avoir une lecture très fine du maillage politique local, du seigneur de Bourbon jusqu’aux plus petits féodaux en passant par le seigneur d’Huriel, à la fois vassal et associé de Bourbon dans le mouvement initial de restitution des terres du prieuré.
Si La Chapelaude fait figure d’exception dans le paysage monastique régional et qu’il est impossible de généraliser son modèle à la multitude des prieurés détenus par diverses abbayes dans le sud du diocèse de Bourges, son exemple peut nous aider à comprendre les influences spirituelles qui baignaient nos régions à l’époque romane.

 

 

La-Chapelaude-tombepierre tombale sur la place de l'église

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 11:09

St-Pierre-le-Guillard

 

L’arrivée des Ordres mendiants dans le diocèse de Bourges au XIIIe siècle demeure un phénomène mal connu du grand public.
Rendus populaires par l’extrême simplicité de leurs habitudes de vie et de leurs prêches, ayant concouru à l’éradication de l’hérésie albigeoise là où les Cisterciens avaient échoué, ces religieux fondent leurs communautés en milieu urbain.
Les premières traces de leur activité sont perceptibles dans les sources contemporaines à partir de 1243. Bourges accueille ainsi une communauté de moines dominicains, et une de Franciscains, tandis que d’autres Dominicains s’établissent, hors du diocèse, à la même époque, à Nevers. Je ne dispose personnellement d’aucune information relative aux autres grandes villes de la région, comme Châteauroux, Issoudun ou Vierzon.
Beaucoup de choses restent à écrire sur ces religieux vivant de la charité publique parmi les gens du peuple, mais nous pouvons localement percevoir leur influence à travers les donations testamentaires conservées dans certains chartriers abbatiaux tels que celui de l’abbaye cistercienne de Fontmorigny. L’aristocratie régionale, des domini maîtres de grands territoires aux chevaliers d’un rand hiérarchique moindre, contribue par ses donations post-mortem, à l’exercice de la Foi des frères mineurs et prêcheurs. Renaud de Montfaucon, sa femme Mathilde de Charenton, Aliénor de Beaujeu, les chevaliers Gibaud d’Autry et Achard de Parçon couchent sur leurs testaments les communautés de Bourges et Nevers.
Une curieuse illustration de la présence de l’Ordre franciscain à Bourges peut être relevée sur les murs de l’église Saint-Pierre-le-Guillard, qui conservent une rare fresque datée de la fin du XIIIe siècle représentant saint François d’Assise et la Vierge.

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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 23:58

Noirlac-nef

 

L’Ordre cistercien fut, à de nombreux points de vue, éblouissant, si éblouissant qu’on peine parfois à distinguer certains détails de son histoire. Au risque de surprendre, c’est au cours des journées du Patrimoine de Pays, dédiées cette année au patrimoine caché, que j’aurai le plaisir de venir présenter, à l’invitation du Pays Loire Val d’Aubois, dans le cadre prestigieux de l’ancienne abbaye de Fontmorigny, une conférence sur les Cisterciens et le Berry.
Oubliant volontairement les “Cisterciens des livres” pour nous plonger résolument dans la réalité de plusieurs monastères berrichons, cet exposé sera l’occasion d’aborder des thèmes très divers comme les phénomènes pré-cisterciens, la géographie de Cîteaux en Berry, les rapports entre les moines et la société laïque, le recrutement des religieux, la fonction sépulcrale des couvents, les ordres monastiques concurrents et les crises qu’affrontèrent les moines blancs jusqu’aux prémices de la Guerre de cent ans.
Cherchant à rester fidèle au contenu des archives régionales en présentant les résultats d’un travail de recherche, il est possible que certaines idées reçues sur la spiritualité cistercienne soient bousculées par l’étude de cas concrets puisés dans le quotidien des monastères de notre région.
En espérant vous voir venir très nombreux, rendez-vous le dimanche 19 juin à 15h sur le site de l’abbaye cistercienne de Fontmorigny, en présence des propriétaires, m. et mme Mangeot, qui nous font l’amitié de nous ouvrir leurs portes.
Durée prévue: 1h30 environ, l’entrée est libre et l’exposé se tiendra en plein air.

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 08:59

Huriel-général

 

La région de Montluçon possède un des rares témoignages encore presque intact d’une étape essentielle des arts militaires du premier âge féodal: le passage des donjons de bois aux premiers donjons de pierre. Le destin des donjons de bois juchés sur leurs mottes castrales a été très différents d’une seigneurie à l’autre. Rapidement devenues obsolètes face à la solidité éprouvée des constructions de pierre, les tours de bois, élevées par les premières familles dominant la région au XIe siècle, ont laissé la place à de nouvelles forteresses. Dans certains cas, la féodalité a abandonné les anciennes mottes pour construire des châteaux beaucoup plus vastes sur un autre emplacement, comme à Châteaumeillant ou à Bois-Sir-Amé, dans le Cher. Parfois, le terrassement castral a servi de soubassement à un grand donjon circulaire commandant une ville forte ou une forteresse, comme à Cluis dans l’Indre, Bourbon dans l’Allier ou encore Dun-sur-Auron dans le Cher. Dans de plus rares circonstances, dès le XIIe siècle, les chevaliers ont passé commande de grands donjons carrés, imitant la forme des anciennes tours de bois, pour remplacer les fortins hérités de leurs aïeux. La plupart ont été détruits (Le Châtelet, Drevant, Lignières...), ce qui rend encore plus précieuse la fortification d’Huriel. Haute de plusieurs étages, elle présente encore une partie de son aspect primitif, c’est à savoir de hauts murs seulement percés de petites ouvertures destinées à l’archerie.

 

Huriel-façade

 

Plus tard, un propriétaire a fait ouvrir de grandes croisées à meneaux pour faire rentrer le lumière, mais l’ensemble demeure très impressionnant. A la façon des tours de bois, l’accès se faisait par une petite porte ouverte en hauteur. Les seigneurs d’Huriel, nommes Humbaud ou Audebert, selon que ça soit l’aîné ou le cadet qui héritait de son père, sont bien connus grâce aux textes naguère conservés dans le cartulaire du prieuré bénédictin voisin de la Chapelle-Aude, ou Chapelaude. La rareté et l’unité de l’ensemble expliquent ma vive contrariété en découvrant, voici quelques semaines, que des bennes de remblais étaient en train d’être déversées dans ce qui reste des fossés de l’ancienne motte, comme si la municipalité avait décidé de les combler. Il ne s’agissait peut-être que d’un stockage provisoire de matériaux destinés à un autre usage que le remblais, mais ce genre de manœuvre dans un milieu aussi fragile que des restes de défenses du XIe siècle a toujours le don de me faire bondir. Si un lecteur ou une lectrice avait l’occasion de passer voir sur place où en est le chantier et pouvait nous renseigner par le canal de la rubrique “commentaires” au bas de cet article, il ou elle m’aiderait à dissiper mes craintes ou, au contraire, à les confirmer.

 

Huriel-fossés

 


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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 08:54

antennes-2011-(2)

 

Certains d’entre vous s’en souviennent encore. L’été dernier fleurissait sur le toit de l’ancienne abbatiale des Carmes, classée Monument historique, de Saint-Amand-Montrond, dans le Cher, un invraissemblable bouquet de paraboles blanches, reliant des caméras de vidéo-surveillance urbaine au quartier-général de la police municipale locale. Cette découverte m’avait fait bondir, générant un article de protestation sur ce blog.

 

“Il est minuit, braves gens, dormez en paix...”

 

Outre le mécontentement de voir, et pour longtemps, la perspective sur un bâtiment d’une architecture assez peu fréquente dégradée, il m’avait paru curieux qu’une municipalité s’accorde des dérogations à des règles d’urbanisme imposées à ses contribuables. Le clocher de l’église paroissiale, également, subissait l’installation d’une antenne blanche sur son toit d’ardoise, selon des principes esthétiques assez éloignés du bon sens.

 

antenne-été-2010

été 2010

 

L’affaire était arrivée à un stade politique lorsque, à l’automne, les groupes d’opposition municipale avaient tenté, à leur tour, de raisonner les initiateurs de ce projet, inflexibles aux arguments que les uns et les autres avaient mis en avant.

 

Cachez ce blog que je ne saurais voir ...

 

Je m’étais donc résolu à attendre d’autes temps et d’autres mœurs pour voir ces horreurs disparaître du paysage. Le lecteur comprendra ma surprise, il y a quelques jours, en découvrant qu’une partie -une partie seulement- du dispositif de relais des images avait été déposé et remplacé par des parabolles noires fixées à l’intérieur, et non plus à l’extérieur du clocheton, ce qui prouve que l’assouplissement des postures les plus rigides est un exercice accessible à tous.
J’avoue ignorer totalement la nature de l’écueuil responsable de ce changement de cap, me réjouis de cette victoire partielle - le site n’a pas retrouvé son intégrité et l’antenne du clocher de l’église est toujours en place - et aimerais que ce dossier prouve la nécessité  que chacun d’entre nous reste vigilant sur les atteintes à la conservation du patrimoine, qu’il soit préhistorique, antique, médiéval ou beaucoup plus récent. On continue à reboucher des fossés de mottes castrales, on pose des volets roulants en PVC blanc sur des façades XVe... c’est un engagement de tous les jours ou presque, ingrat, qui attire plus d’inimitiés que de sympathies mais qui donne, comme c’est le cas aujourd’hui, quelques satisfactions.

 

antenne-2011-(1)mai 2011

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 10:55

Paulnay-fevrier

 

Voici encore une œuvre trop souvent méconnue, dont la réputation n’est pourtant plus à faire auprès des historiens de la période. Il y a plus d’une vingtaine d’années, c’est une universitaire antillaise, invitée à un colloque dans le tout proche château d’Azay-le-Ferron, qui m’avait permis de découvrir le remarquable calendrier de l’église de Paulnay, en Brenne. Ayant eu l’opportunité de repasser par ce village par un temps très lumineux, il m’a été possible de ramener quelques photos de qualité moyenne, l’objectif de mon appareil étant à la limite de ses possibilités. Comptant sur votre indulgence, je vous les présente néanmoins.
La fresque date du XIIIe siècle, et a été peinte sur la voûte de la nef. Les douze mois ne sont pas tous bien conservés et la lecture des images figurant octobre, novembre et décembre est presque impossible dans des conditions normales d’éclairage. Les trois premiers trimestres sont, en revanche, tout à fait lisibles.
Aux scènes habituelles de la vie des champs se mêlent des tableaux plus complexes à interpréter. Janvier est illustré par un personnage à quatre bras, attablé devant un repas. Les quatre gestes sont différents, comme pour traduire l’abondance des mets qui lui sont servis. Avril est figuré par un homme debout, dont la seule activité semble être de se défendre d’insectes tournant autour de sa tête. En mai, un homme à cheval en compagnie d’un oiseau a été interprété comme la silhouette d’un fauconnier partant à la chasse. Des détails curieux, d’énormes clous apparents sous les fers du cheval, rappellent certains équipements observés sur des mules travaillant sur des sols très escarpés.

 

Paulnay-mai

Les autres de scènes agricoles sont plus classiques et ne demandent aucun effort de lecture. Des petits détails nous renseignent sur des outils et techniques paysannes aujourd’hui disparues, comme les proportions d’un fléau, les ceps de vigne buissonnants et non attachés à des pieux, le foulage de la vendange aux pieds dans un cuveau ouvert dans sa partie inférieure, pour laisser écouler le jus de raisin ou encore la forme de la lame des serpettes destinées à tailler les plants.
Afin de ne pas surcharger ce billet par un nombre excessif d’illustrations, je vous propose de retrouver l’ensemble des mois dans une page dédiée exclusivement à Paulnay, sur le lien suivant:


Les neufs mois du calendrier de Paulnay (XIIIe siècle)

 

 

Paulnay-mars

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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
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Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
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Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.