Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 17:03

Huriel-gisant-1

 

Une fois n’est pas coutume, mais face à l’adversité, force est d’adapter ses principes, j’illustrerai cette notice avec des clichés d’un objet parfaitement faux, une statue de résine de quelques kilogrammes tout au plus là où j’aurais aimé vous montrer quelques centaines de livres de belle roche sculptée.
Voilà l’affaire en deux mots. Il y a quelques mois, nous avions pris la route de Moulins, dans l’Allier, pour aller visiter le musée Anne de Beaujeu. Dans ma poche, mon appareil photo et dans l’esprit, l’espoir de ramener des clichés d’un des derniers gisants médiévaux berrichons qui m’échappait encore, représentant un des chevaliers de la famille de Brosse, naguère seigneurs des fiefs d’Huriel, Boussac et Sainte-Sévère. Sur place, le personnel du musée se montra intraitable. Médiéviste ou pas, les photos étaient interdites dans le musée. Plus lassé d’argumenter contre ces pesanteurs administratives d’un autre âge que respectueux du règlement, je décidai de rompre la lance et d’attendre des jours meilleurs, qui vinrent de manière assez inattendue, apportant une solution peu élégante quoique radicale à mon problème.
Depuis une foule d’années, j’attendais de pouvoir visiter un jour le donjon d’Huriel, haut lieu de la féodalité régionale tant primitive que tardive, quand l’occasion se présenta presque par hasard lors des journées du Patrimoine. La municipalité d’Huriel organisait des visites du donjon et du petit musée. Je profitai donc de l’aubaine de voir enfin à quoi ressemblait l’intérieur de la grosse tour médiévale, y découvrant, dans un espace muséographique fort bien agencé, un moulage du gisant du musée de Moulins sur lequel ne pèse aucune contrainte juridique de droit à l’image, d’exclusivité, de propriété intellectuelle ou autre règlement plaisant du même tonneau. Rien ne vous empêche donc d’aller admirer l’original, mais la copie gisant dans les murs même où vécurent les commanditaires de l’œuvre primitive, à quelques dizaines de mètres de l’église où on pouvait la contempler jusqu’à la Révolution ne manque pas de caractère.
Cette statue funéraire a un passé tourmenté. On ne sait en fait pas trop bien qui est l’homme sculpté couché la tête sur un coussin, les mains jointes dans un geste de prière et les pieds (disparus) posés sur un chien, selon l’usage du temps. Sa robe, qui est enfilée par dessus son armure, porte de très fines broderies qui reproduisent les armoiries de la famille de Brosse.

 

Huriel-gisant-2

 

Plusieurs notices historiques très complètes sont accessibles sur internet et vous donneront tous les renseignements que je me refuse à reproduire par respect envers le travail des chercheurs qui ont produit ces connaissances. Tout juste me bornerai-je à rappeler que cette dalle funéraire était l’élément central d’un magnifique tombeau de style gothique sur le modèle habituel du gisant sous enfeu, sculpté dans les premières années du XVe siècle. L’œuvre a été décrite avec soin avant sa destruction, ce qui permet d’apprendre qu’elle ne contenait pas seulement les restes d’un des maîtres de la place, mais d’une partie de la famille de Brosse contemporaine de la Guerre de cent ans. Les iconoclastes révolutionnaires prouvèrent une fois de plus la bêtise et l’intégrisme de leur haine du passé en mutilant le pauvre gisant dont seule la partie supérieure a été retrouvée par hasard au fond d’une mare.
Dans les divers rapports que j’ai lus sur le sujet, curieusement, personne ne s’est interrogé sur le sens de l’existence d’une nécropole chevaleresque dans une simple collégiale urbaine, l’église Saint Martin, aujourd’hui presque entièrement disparue mais dont l’emplacement est encore bien visible devant l’esplanade au pied du donjon, alors qu’à une poignée de kilomètres existait le prieuré bénédictin de la Chapelaude, refondé au XIe siècle par un des premiers seigneurs d’Huriel connus, Humbaud, qui en avait fait le lieu d’inhumation des membres de son lignage. L’affaire mériterait d’être observée de près, mais il est tout à fait possible qu’il s’agisse là d’un des multiples avatars de la perte de prestige des monastères ruraux depuis l’essort des villes au XIIIe siècle, qui a frappé de plein fouet les abbayes cisterciennes locales, les communautés urbaines de moines et, comme c’est le cas ici, de chanoines représentant un renouveau spirituel qui a attiré l’empathie nobiliaire.
Je recommande donc une visite du musée d’Huriel pour l’intérêt patrimonial réel qu’il représente et, je le souligne, l’absence d’erreurs historiques comme on en trouve encore trop souvent dans les panneaux d’exposition ou les propos des guides. Une partie d’exposition sur la vigne et le vin à l’époque contemporaine donne à la découverte  de l’ensemble un curieux caractère anachronique qui n’est pas, loin s’en faut, désagréable.

 

Huriel-collégialeemplacement de l'église Saint-Martin, vu de la plate-forme du donjon

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans art funéraire
commenter cet article
16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 21:35

Noirlac-luminaires-1

Le cellier

 

L'une des finalités de ce blog est d'aider le plus grand nombre à découvrir et s'approprier la culture médiévale, en cherchant à trahir le moins possible l'esprit et la culture des gens qui nous ont précédé. Au contact du souvenir d'un passé qui, comme le chantait Alan Stivell, dans nos terroirs, "sourd au moindre coup de pioche", j'essaie dans la mesure du possible de m'effacer pour laisser aux vestiges et aux anciens textes le soin de vous parler eux-mêmes de la civilisation qui les a générés.
C'est pourquoi j'ai intérieurement hurlé en parcourant les salles de l'ancienne abbaye cistercienne de Noirlac.
Alerté par un article signé par la journaliste Anne-Lise Dupays, dans l'Echo du Berry de la semaine dernière, j'ai voulu me rendre compte par moi-même d'une nouvelle extravagance frappant l'antique monastère et ainsi sondé l'abyssale profondeur de la prétention de notre société moderne à l'égard de la culture médiévale.
Comment vous dire? Pour moi, une abbaye comme Noirlac se suffit à elle-même. La qualité des restaurations qui l'ont sauvée de la ruine nous la présente comme un espace en devenir, prêt à être occupé par les moines et leurs convers, il y a presque huit siècles. Pas comme un lieu de création prétendument inspirée pour artistes en mal de sensations. Pas comme un lieu de rendez-vous pour oisifs nourris d'idées révolutionnaires en matière de création et d'introspection égocentrique.
Noirlac est un lieu où celle et celui qui cherchent le passé doivent pouvoir s'émerveiller sans obstacle et sans fraude devant une branche de la spiritualité médiévale.
Alors, que vient faire dans ces lieux cette cacophonie de luminaires aussi gracieux que des obus de 75, ces lampions rétro-éclairés anti-panique qui polluent de leur timbre vert le cloître et ces œuvres prévues pour réveiller les sens des visiteurs, rendant du coup invisibles les lieux et inaccessibles les schémas de la pensée cistercienne?
Noirlac va mal. On cherche à en faire un lieu rentable, accessible comme une vulgaire bouche de métro, sans déférence aucune pour le siècle qui a dessiné ses plans et taillé ses pierres.
Personnellement, de ma position d'historien de la période médiévale, je réprouve cette attitude. Laissons les murs parler aux visiteurs sans artifice.
Pour vous forger votre propre opinion, voici un florilège subjectif assumé de l'esprit qui hantait le vieux monastère de moines blancs pendant les journées du Patrimoine 2012.

 

Noirlac-luminaires-2

Le réfectoire

 

Noirlac-luminaires-3

L'abbatiale

 

Noirlac-luminaires-4Le cloître

 

 


Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans actualité
commenter cet article
14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 19:20

JdB-buste

 

Les journées du Patrimoine seront sans doute pour plusieurs d’entre vous l’occasion de venir admirer une des plus belles dalles funéraires médiévales du patrimoine régional, le gisant de Jean, naguère duc de Berry.
Primitivement élément central d’un tombeau ducal aujourd’hui détruit et dispersé, ce monument était visible dans l’ancienne Sainte Chapelle de Bourges. Sculptée dans un marbre blanc incrusté d’ inclusions de roche noire, la statue du vieux duc est d’une finesse d’exécution remarquable. L’homme, couronné, est représenté tenant un phylactère, mains croisées sur le buste. Le visage est traité de manière réaliste, les traits du prince étant tout à fait reconnaissables, et comparables à d’autres supports artistiques, sculptés ou dessinés.
Les pieds du duc de Berry reposent sur un ours endormi, la tête ceinte d’un licol marqué de la fleur de Lys. La titulature complète du défunt est gravée sur les bords de la dalle sur laquelle repose la statue.

 

Jean-de-Berry-ours

 

L’ours ducal a été au centre d’interprétations toutes plus folkloriques les unes que les autres et reposant la plupart du temps sur des propositions méconnaissant souvent la culture de ce haut personnage. Animal symbolique du duc, qui usait de la devise “Ursine, le temps venra”, il n’est, d’après Michel Pastoureau, que l’illustration d’un jeu de mots associant le nom anglais “bear” à la sonorité du mot “Berry” et aurait été imaginé par le duc lors de sa longue détention dans les geôles anglaises pendant la Guerre de 100 ans pour traduire sa lassitude d’être retenu loin de sa terre.
Ne quittez pas l’étage inférieur de la cathédrale de Bourges sans jeter un œil aux vitraux déposés des verrières de la Sainte Chapelle et remontés en cet endroit, même si la pâleur de leur style les fait paraître presque anecdotiques comparés aux vitraux plus anciens du niveau supérieur. Si le faste de l’époque de Jean de Berry s’est amenuisé au cours du temps et que Bourges ne conserve plus grand chose des réalisations de  cette figure majeure de son histoire dans son paysage urbain, les journées du Patrimoine peuvent être le bon moment pour aller à la recherche des traces du duc dans l’actuel hôtel du département et au musée du Berry.
Bonnes journées à vous toutes et tous!

 

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans art funéraire
commenter cet article
4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 08:24

soulier-1

 

J'attire tout exprès votre attention sur un objet rare exposé dans une vitrine du musée du Berry, à Bourges,et qui n'est pas présenté, malgré l'époque de sa fabrication, avec les collections médiévales.
Visible à l'étage des Arts et traditions populaires, parmi une foule d'œuvres de grande qualité, cette pièce passe parfois inaperçue.
Il s'agit d'une sandale fabriquée pour un pied d'enfant que la tradition identifie comme ayant appartenu au garde-robe de l'ancienne duchesse de Berry Jeanne de France. Le couvent de l'Ordre de l'Annonciade, situé à Saint-Doulchard, aux portes de Bourges, possède l'autre chaussure, que les religieuses conservent précieusement en souvenir de la fondatrice de leur communauté au XVe siècle.
Faite de cuir sur une épaisse semelle de bois, cette sandale est d'une réalisation particulièrement soignée qui exclut complètement qu'il s'agisse d'un soulier ordinaire. Le cuir a subit un délicat travail de dorure au fer et présente quelques reliefs de polychromie. Seul le lacet, élément le plus fragile, est manquant. Le soin apporté à la réalisation de cette chaussure ne peut donc pas vraiment être pris comme une généralité s'appliquant à tout l'artisanat en produits chaussants de la fin de la période médiévale.
Cette sandale peut être un bon prétexte pour se pencher sur la biographie de ce personnage intéressant et, soyons juste, attachant, de l'histoire de France et du Berry que fut la duchesse Jeanne, qui vaut amplement d'autres figures de son temps.
N'ayant jamais travaillé sur ce sujet, je ne me permettrai pas de piller mes confrères pour développer cette biographie. Je recommande néanmoins la consultation des actes du colloque organisé par le Conseil général du Cher en septembre 2002, pour la variété et la qualité des thèmes débattus à propos de l'œuvre de Jeanne de France, devenue sainte Jeanne en 1950, en Berry.

 

soulier-2

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans vie quotidienne
commenter cet article
3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 10:11

Sagonne-tetu

 

Il arrive parfois qu’on remarque, sans y prêter plus d’attention, des marques récurrentes sur des monuments civils ou religieux médiévaux.
Visitant il y a peu le château de Sagonne, dans le sud-est du département du Cher, j’ai pris le temps de photographier trois figures visibles à hauteur d’homme sur les pierres de parement de son donjon daté du XIVe siècle. Disposées sans ordre précis dans les maçonneries, ces traces permettent de se faire une idée de l’organisation des grands chantiers qui se multiplient  en cette fin de période médiévale.
Les spécialistes ont depuis longtemps identifié ces marques comme étant celles, soit d’un tailleur de pierre, soit d’un atelier travaillant sous les ordres d’un maître, et destinées à assurer la comptabilité pour des gens le plus souvent illettrés.

 

Sagonne-chevron

 

Contrairement à un certain nombre d’ouvriers journaliers dont le travail se mesurait par le temps (carriers, charretiers, maçons, tuiliers...), des corps de métiers spécifiques ne pouvaient être rémunérés qu’à la pièce, le volume de leur production variant selon les conditions climatiques, la longueur du jour, l’abondance de la matière première et surtout le savoir-faire de l’artisan.
Dans le cas de poutres maîtresses, d’encadrements de portes ou de linteaux de cheminées, l’identification de la provenance était facile. Pour des pierres de qualité travaillées selon des moyens identiques par plusieurs équipes dans la même carrière et transportées en vrac jusque sur le chantier, l’inventaire des produits à l’arrivée nécessitait une “traçabilité” efficace et infalsifiable. C’est pourquoi on suppose que sur le chantier d’extraction même chacun possédait sa marque qu’il gravait sur les pierres de taille sitôt celle-ci finies, avant de les livrer à disposition des charretiers assurant leur transport.
L’examen des murs du donjon de Sagonne permet de supposer qu’au moins dans un premier temps (je ne sais pas à quoi ressemblent les parements dans la partie supérieure de la construction) trois équipes distinctes se sont vues confier la tâche de réaliser les belles pierres apparentes du château. L’une avait choisi le chevron, l’autre la lunule et la troisième cet original têtu tracé à la pointe sèche. Chacune de ces signatures est si différente de sa concurrente que cela excluait le risque qu’un ouvrier malhonnête ajoute un signe pour falsifier les comptes de son collègue. La somme des pierres livrées permettait de payer aux ateliers le prix exact de leur travail.

 

Sagonne-lunule

 

Notons bien que le château de Sagonne n’est pas une originalité en la matière et que cet usage est facile à retrouver dans une quantité d’anciennes construction. Cela donne un intérêt supplémentaire à la visite d’abbayes et de forteresses et il existe des spécialistes du sujet qui étudient de très près ces reliefs de l’artisanat médiéval.

 

Sagonne-donjon

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans économie
commenter cet article
18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 09:56

Villentrois-1

 

Le château de Villentrois, dans le nord du département de l’Indre, compte parmi les plus belles ruines qui témoignent du passé féodal de la région. Même s’il est une propriété privée, il est possible de l’approcher d’assez près à partir de la voie publique pour observer la majorité des structures en élévation.

 

Villentrois-2

 

Je n’ai personnellement jamais travaillé sur ce fief, trop écarté de ma zone d’étude et surtout, inscrit dans la mouvance des comtes d’Anjou. Seule une ou deux notes prises au hasard de mes dépouillements d’actes antérieurs au XIVe siècle rappellent qu’un seigneur du nom de Foulques tenait la place en 1230 (cartulaire de Levroux). En 1260, c’est un simple damoiseau, Goffridus, qui se déclare seigneur de Villentrois et rend hommage à l’archevêque de Bourges, comme des dizaines d’autres féodaux dans l’ensemble du diocèse.
N’ayant pas pour habitude de m’approprier les conclusions de mes confères, je laisserai donc au lecteur le soin de se documenter par lui-même sur l’histoire de ce site qui, me semble t-il, et de mémoire, a joué un rôle important pendant les troubles de la Guerre de cent ans. C’est de cette époque que date l’actuelle forteresse, élevée comme beaucoup d’autres, dans de calcaire blanc de la zone ligérienne auquel nous sommes si peu habitués dans nos régions qui tutoient le Massif Central.

 

Villentrois-3

 

Si je n’ai pu me rendre sur le site, je me suis un peu attardé dans les rues avoisinantes, qui révèlent quelques beaux éléments d’architecture contemporains du château. Il existe en particulier une falaise percée de troglodytes d’apparence très ancienne.
Il est regrettable que ce joli monument soit si peu indiqué, à quelques minutes du château de Valençay. Puissent ces quelques lignes inciter les amateurs de belles constructions militaires à le noter sur leurs projets de voyages.

 

Villentrois-4

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine militaire
commenter cet article
10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 18:33

bouffons

 

Il ne viendrait à l’esprit de personne de présenter un film de science-fiction, genre Guerre des étoiles, comme une juste image de ce qu’a été la conquête spatiale à l’époque où Américains et Soviétiques se disputaient le ciel en pleine Guerre Froide.
C’est cette comparaison qui me vient à l’esprit les rares fois où je visite des fêtes ou marchés dits “médiévaux” qui sont, on est navré de le constater, plus proches du carnaval que de la reconstitution historique.
Il m’est arrivé de voir sur ces fêtes des puristes, des gens, jeunes ou moins jeunes, cherchant la perfection dans le détail d’un équipement sur un costume ou sur un harnachement, et ayant la discrétion de ne pas déclamer de manière péremptoire qu’ “au Moyen-âge, c’était comme ceci ou comme cela...”. Comme je l’écrivais dans un précédent billet, je ne partage pas leur passion, mais je reconnais leur travail, travail qui n’est pas plus respecté que celui des chercheurs dans nombre de sites où la période médiévale sert de prétexte à faire rentrer de l’argent dans les caisses de comités des fêtes ou de propriétaires de châteaux ou d’abbayes.
Certes, les temps sont rudes, les subventions se font rares et tout le monde a bien le droit de s’amuser.
Mais alors, à part le site qui accueille la manifestation et quelques efforts pour donner une ombre d’authenticité à l’ensemble, je n’arrive pas à accorder le moindre qualificatif de médiéval à des commerçants qui vendent t-shirts imprimés, grigris indiens, poteries régionales, bijoux maison, à de la musique venue des Balkans, à des costumes agrémentés de plumes de chouette, d’oreilles d’elfe en caoutchouc ou des fausses blessures sanguinolentes à souhait, et je passe sur les vêtements taillés dans du tissu industriel, portés avec des chaussures de sport et une pochette en sautoir pour le téléphone portable et le paquet de cigarettes.
Beaucoup de propriétaires de parcs floraux reconstitués autour de vieilles demeures ont la prudence de parler de jardins d’inspiration médiévale, et cette réserve les honore. Soyons donc comme eux vigilants sur le vocabulaire qu’on emploie. Qualifier une fête locale de carnaval ou de rencontre autour du Moyen-âge permettrait peut-être au grand public de faire la part des choses, et éviterait que les visiteurs pour lesquels la période antérieure à 1450 n’est qu’un vague souvenir de la classe de 5e repartent avec une vision complètement factice d’une époque dont ces festivités éclipsent l’incroyable richesse.

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans actualité
commenter cet article
7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 08:02

deniers-Vierzon

 

Beaucoup d’entre vous auront sans doute l’occasion de passer par Bourges pendant les mois d’été, aussi dois-je sans tarder vous recommander une exposition de grande qualité, ouverte jusqu’à la fin du mois de septembre.
Le Musée du Berry présente en effet au public une partie de sa collection numismatique comme support de l’exposition “Pile et face! Monnaies et jetons sortent des réserves...”, privilégiant, ce qui est logique, les espèces monétaires produites et ayant circulé dans la région. Le Moyen-âge, très bien représenté, n’est pas la seule époque étudiée: les vitrines offrent un panorama numismatique allant d’un quart de statère biturige à un euro émis pour le Printemps de Bourges, mais c’est bien dans le monnayage féodal que se trouvent, à mes yeux, les plus belles pièces de l’exposition.
J’avais, il y a quelques mois, choisi d’écrire un billet sur les monnaies produites par la féodalité berrichonne tout en déplorant avoir peu d’illustrations à proposer au lecteur, tant certaines monnaies sont rares. L’exposition de Bourges a de quoi combler les plus exigeants. On y trouve entre autres une série de deniers locaux, certains faciles à trouver sur les bourses aux collections, comme les monnayages de Déols, d’autres tout à fait rarissimes comme ceux de Charenton et de Châteaumeillant, que je voyais pour la première fois. Des ensembles de deniers d’Issoudun, Vierzon, Nevers ou Saint-Aignan laissent imaginer le contenu d’une bourse à l’époque des Croisades.

 

denier-Charenton

denier de Charenton, fin XIIIe

 

Le haut Moyen-âge est illustré par d’autres émissions rares, comme ce denier mérovingien de Bourges, élément du trésor trouvé à Fontemeurant, entre Coust et Charenton, dans le Cher, ou encore des deniers carolingiens frappés à Bourges. Quelques beaux écus d’or de la fin de la période et de la Renaissance attirent aussi l’attention.
Pour ceux d’entre vous qui auraient un faible, comme moi, pour les monnaies gauloises, les principales productions régionales, bituriges et carnutes, mériteraient à elles seules la visite.
On appréciera donc la pertinence du choix des objets illustrant l’exposition. Il n’y a pas que des fleurs de coin, et mettre des pièces usées ou fragmentées est un bon reflet du contenu des médaillers des collections publiques et, j’imagine, privées. Dans les arguments qui mettent en valeur le thème, la disposition de loupes partout où la vue ordinaire ne suffit pas à découvrir l’objet, la présence de documents, instruments de changeurs et coins monétaires, un catalogue très bien illustré et la gratuité du musée.
Un bémol technique: le local où est montée l’exposition est une crypte de béton à laquelle le conditionnement de l’air donne un caractère légèrement oppressant et l’éclairage est parfois insuffisant. Une petite lampe de poche peut s’avérer utile pour permettre au numismate de profiter des détails.
Ces détails mis à part, c’est une très belle initiative qu’a prise là la conservation du musée et que nous saluons à juste titre!

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans économie
commenter cet article
24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 19:58

Manzay-1

 

A plusieurs reprises, j’avais emprunté cette route de la rive gauche du Cher qui conduit de Saint-Florent à Brinay et Vierzon, dans le Cher et remarqué un panneau indiquant un prieuré classé Monument historique. La semaine passée, j’ai eu, à l’occasion d’un déplacement professionnel, le loisir de faire une petit crochet par ce site dont j’ignorais tout et d’être, sans exagérer, stupéfait par ce qui se présentait face à moi.
Une splendide priorale gothique en grande partie intacte s’élève dans un environnement à la fois agricole et horticole, de très beaux jardins occupant une partie du lieu. D’une taille plus conforme à ce qu’on attendrait d’une abbaye que d’un simple prieuré, le bâtiment est d’une qualité rare. La faible luminosité matinale compliquée par un temps brouillé n’a pas permis de ramener de cette visite des photos très claires, mais on distingue cependant l’essentiel.
Manzay est un prieuré qui a laissé peu de traces de son activité dans les archives locales. Seule une liasse de l’abbaye Saint-Laurent de Bourges a conservé, à partir de la fin du XVe siècle, le rappel d’un accord entre les moines bénédictins de Saint-Laurent et le prieur de Manzay (Archives départementales du Cher 39 H 129).

 

Manzay-2

 

Fondé vers 1150 au profit de l’abbaye Notre-Dame d’Issoudun, ce monastère est acquis en 1340 par les religieux limousins de l’Artige, ordre monastique peu connu du grand public. A la Révolution française, c’est le collège des Jésuites de Limoges qui a la main sur cet établissement (d’après Dom Besse, Abbayes et prieurés de l’ancienne France, tome 5, province ecclésiastique de Bourges, p. 58, Ligugé 1912).
D’autres informations sont accessibles sur internet, particulièrement sur les possibilités de visite de ce lieu aujourd’hui dédié à la botanique.

 

Manzay-3

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans monachisme-clergé régulier
commenter cet article
17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 10:10

voleur

 

Il a quelques semaines, je rapportai  le cas d’un couple de pilleurs de sites archéologiques pris une main dans le sac et l’autre sur la poignée d’un détecteur de métaux par les gendarmes de Saint-Amand près d’un prieuré très connu par ici.
Permettez moi de vous présenter des malfaisants d’une autre espèce, qui hantent non pas les champs labourés mais les blogs en quête de pages entières à dérober à l’insu de leurs auteurs.
Le profil général est plutôt masculin et adulte, qui dissimule son identité derrière des pseudonymes navrants type grand seigneur du temps jadis. Le pilleur nouvelle vague gère des sites internet ou forums consacrés à la reconstitution médiévale. Bercé, je suppose, dans un fantasme de guerrier invincible et surtout bien au dessus des misérables contingences humaines, ce noble chevalier (au minimum, mais certains se proclament comtes, ducs ou rois) se conduit comme un vulgaire voleur à la roulotte, en copiant des articles complets pour les reproduire, illustrations comprises, sans aucune autorisation, sur leur propres espaces internet. J’ai été délesté de plusieurs pages depuis quelques mois et ai découvert qu’un de mes contacts les plus sûrs, dont le blog apparaît dans les liens à droite de votre écran, avait lui aussi fait les frais de ces raids de pillards informatiques.
Que les choses soient claires. J’ai de bons contacts avec des membres de groupes de reconstitution historique. Je ne partage pas leur passion, mais je les reconnais comme des amateurs sérieux avec lesquels on peut échanger dans des conditions normales. Quand ceux-ci se servent d’un article, ils y ajoutent le lien indispensable qui relie le billet à sa source. A chaque fois qu’un administrateur de site internet - mairie, office de tourisme, blog spécialisé... - m’a demandé à se servir de mes écrits, j’ai toujours accepté, sous réserve que sa démarche serve bien l’intérêt public et pas celui de groupuscules extrémistes.
Là, il s’agit de tout à fait autre chose. Parler de propriété intellectuelle à quelqu’un qui n’a ni la capacité ni le courage de faire des recherches et d’écrire peut sembler ambitieux, mais ce n’est pas un statut virtuel de pillard normand ou de templier qui impressionnera la Justice si d’aventure je portais plainte pour vol.
J’invite donc tous les gestionnaires de sites et forum qui se serraient servis dans mes blogs (Berry médiéval, le Livre de Meslon ou âne G N B) à se mettre en règle soit en mettant un lien bien visible à chaque notice “empruntée”, soit en l’effaçant, soit en en achetant les droits, comme pour la Presse.
Je recommande également à vous tous, auteurs de contenus sur Internet, à chercher votre nom ou le titre de vos pages sur un bon moteur de recherche. Des surprises vous y attendent!

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans actualité
commenter cet article

Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
  • Moyen-âge en Berry
  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
  • Contact

géographie des visiteurs




A ce jour, cette espace a été visité
180102 fois.

405350 pages ont été lues.

Merci de l'intérêt que vous portez à l'histoire de la région.




Visitor Map
Create your own visitor map!
" class="CtreTexte" height="150" width="300" />

 

Rechercher

Conférences

conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.