Parmi les très riches collections publiques du musée de l’hospice Saint-Roch d’Issoudun, dans l’Indre se distingue une
pièce particulièrement rare qui s’ajoute à la liste des dalles funéraires médiévales visibles en Berry.
A l’origine disposé dans la crypte de l’ancienne abbaye Notre-Dame, ce monument n’a pas, à ma connaissance, d’équivalent
dans la région. Seule la basilique de Neuvy-Saint-Sépulchre conserve le gisant d’un autre ecclésiastique, de finition plus rustique, dont l’identité et la fonction nous échappent.
Le
gisant polychrome de Neuvy-Saint-Sépulchre (36)
Si le gisant d’Issoudun est lui aussi anonyme, les vêtements et ornements sacerdotaux visibles sur la pierre, le contexte de la découverte et le contenu de la sépulture ne laissent aucun doute, même en absence d’épitaphe, sur sa qualité d’abbé de la communauté bénédictine implantée sur place. Sa tonsure, sa crosse abbatiale et ses vêtements sont autant de points de repère, d’autant plus que le travail du sculpteur, qui a choisi pour réaliser ce gisant un calcaire de grain fin, est très précis sur les détails. Traits soignés, figuration d’un léger collier de barbe, application à rendre le relief des broderies de la robe du moine, cette statue a par chance échappée aux négligences et malveillances qui ont si souvent défiguré des œuvres de même nature.
Un point, cependant, pose la question de l’authenticité des traits du disparu. Lors du dépôt de la pierre tombale, les chercheurs découvrirent dans la sépulture une très belle crosse en émaux cloisonnés, exposée dans la même salle que le gisant. D’autres témoignages de cette pratique consistant à inhumer un évêque ou un abbé avec sa crosse et parfois son anneau sont connus dans la région. Les religieuses d’Orsan possédaient, par exemple, la crosse et les quelques ornements trouvés dans la tombe de Léger, archevêque de Bourges, dont la sépulture se trouvait dans la chapelle prieurale.
Ceci n’est qu’un détail, mais la crosse sculptée n’a pas la même forme que la pièce métallique découverte à l’ouverture de la tombe. Il est probable, comme on l’observe dans d’autres situations du même genre, que la sculpture ait été exécutée, non pas du vivant, mais après le décès et l’enterrement de l’abbé, détail sans importance pour les contemporains du défunt, l’essentiel étant spirituel et non pas bassement matériel.
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