art funéraire

Samedi 10 décembre 2011 6 10 /12 /Déc /2011 14:07

Issoudun-gisant-1

 

Parmi les très riches collections publiques du musée de l’hospice Saint-Roch d’Issoudun, dans l’Indre se distingue une pièce particulièrement rare qui s’ajoute à la liste des dalles funéraires médiévales visibles en Berry.
A l’origine disposé dans la crypte de l’ancienne abbaye Notre-Dame, ce monument n’a pas, à ma connaissance, d’équivalent dans la région. Seule la basilique de Neuvy-Saint-Sépulchre conserve le gisant d’un autre ecclésiastique, de finition plus rustique, dont l’identité et la fonction nous échappent.

Le gisant polychrome de Neuvy-Saint-Sépulchre (36)

 

Issoudun-gisant-2

 

Si le gisant d’Issoudun est lui aussi anonyme, les vêtements et ornements sacerdotaux visibles sur la pierre, le contexte de la découverte et le contenu de la sépulture ne laissent aucun doute, même en absence d’épitaphe, sur sa qualité d’abbé de la communauté bénédictine implantée sur place. Sa tonsure, sa crosse abbatiale et ses vêtements sont autant de points de repère, d’autant plus que le travail du sculpteur, qui a choisi pour réaliser ce gisant un calcaire de grain fin, est très précis sur les détails. Traits soignés, figuration d’un léger collier de barbe, application à rendre le relief des broderies de la robe du moine, cette statue a par chance échappée aux négligences et malveillances qui ont si souvent défiguré des œuvres de même nature.

 

Issoudun-crosse-1

 

Un point, cependant, pose la question de l’authenticité des traits du disparu. Lors du dépôt de la pierre tombale, les chercheurs découvrirent dans la sépulture une très belle crosse en émaux cloisonnés, exposée dans la même salle que le gisant. D’autres témoignages de cette pratique consistant à inhumer un évêque ou un abbé avec sa crosse et parfois son anneau sont connus dans la région. Les religieuses d’Orsan possédaient, par exemple, la crosse et les quelques ornements trouvés dans la tombe de Léger, archevêque de Bourges, dont la sépulture se trouvait dans la chapelle prieurale.

 

Issoudun-crosse2

 

Ceci n’est qu’un détail, mais la crosse sculptée n’a pas la même forme que la pièce métallique découverte à l’ouverture de la tombe. Il est probable, comme on l’observe dans d’autres situations du même genre, que la sculpture ait été exécutée, non pas du vivant, mais après le décès et l’enterrement de l’abbé, détail sans importance pour les contemporains du défunt, l’essentiel étant spirituel et non pas bassement matériel.

 

Issoudun-gisant3

Par Olivier Trotignon - Publié dans : art funéraire - Communauté : Le Moyen Age
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Dimanche 18 septembre 2011 7 18 /09 /Sep /2011 11:25

Baugy-1

 

Poursuivant ma visite des monuments funéraires médiévaux de la région, j’ai eu la chance de pouvoir accéder à l’intérieur de l’église de Baugy grâce aux bons soins de bénévoles locaux, et d’y être accueilli avec beaucoup de gentillesse par une dame à qui, si elle venait à parcourir cette page, j’adresse mes plus sincères remerciements.
L’église de Baugy abrite en effet trois dalles funéraires datées du XVe siècle primitivement scellées au ras du sol du sanctuaire et désormais dressées sur un des murs de la chapelle sud de l’édifice.

 

Baugy-4

 

Tracées dans un calcaire tendre et à faible profondeur, les gravures ont subi, avec le temps, des dommages irréparables. L’une des dalles est presque lisse, les deux autres conservant juste assez de relief pour qu’on puisse imaginer les tombes dans leur état primitif. Les épitaphes, sans doute produits par un autre artisan, sont beaucoup mieux conservés et restent pour partie bien lisibles. On note dans une partie des lettres la présence d’un mortier de couleur ocre destiné à rehausser le contraste avec la surface claire de la tombe.

 

Baugy-2

 

La plus expressive des dalles représente la silhouette d’une femme portant une grande coiffe, en attitude de prière. Sur la seconde, on se contentera d’observer, comme souvent à partir de la fin du Moyen-âge, les seules armoiries du défunt.
Les plates-tombes de Baugy ne peuvent rivaliser avec la qualité des monuments préservés dans plusieurs chapelles de la région -on pense à Venesmes ou Méry-es-Bois, entre autres, mais la rareté générale de cet art funéraire commandé par une petite féodalité rurale leur confère un intérêt évident.

 

Baugy3

 

Leur caractère peu spectaculaire les réserve plus à un public de spécialistes qu’aux amateurs d’art médiéval. Toutefois, l’intérieur de l’église de Baugy conserve d’autres vestiges, dont  certains Renaissance, qui devraient intéresser ces derniers.

Par Olivier Trotignon - Publié dans : art funéraire - Communauté : Vieilles Pierres
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Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 09:43

St-Aubin2

 

J’ai choisi de conclure mes publications de l’année 2010 par l’approche d’un élément de notre patrimoine régional parmi les plus méconnus: la dalle funéraire du chevalier Guillon de Gizay, mort en 1333, exposée dans l’église paroissiale du village de Saint-Aubin, entre Chezal-Benoît et Issoudun.
La dalle, présentée verticalement mesure 2,5 m de hauteur pour une largeur de 1,3 m. Épaisse de 20 cm, elle est taillée dans un calcaire fin. Trouvée près des vestiges de l’ancienne maison-forte de Gizay, sur la commune de Saint-Aubin, elle est dans un état de conservation tout à fait remarquable. Les traits sont gravés en creux sur une profondeur régulière de quelques millimètres. La légende est en Français et débute par la formule habituelle “ Cy gist feu Guilones de Gizes chevalier”.
La représentation du défunt est en tous points remarquable. L’homme est en armure, couverte d’un manteau où sont figurées ses armoiries, que l’on retrouve sur son bouclier. Mains jointes en position de prière, ses pieds reposent sur un chien, rappel de l’Ordre chevaleresque auquel il appartient. La gravure fourmille de détails instructifs sur l’équipement dans lequel sa dépouille fut sans doute exposée avant son inhumation. On remarque entre autre l’articulation de ses gantelets, la forme du pommeau de son épée ou encore ses éperons en pointe.

St-Aubin-details

 

Cette plate-tombe doit être comparée à celle, contemporaine, de l’église de Venesmes, dans le Cher, qui sort vraisemblablement du même atelier.

 

La plate-tombe chevaleresque de l’église de Venesmes (Cher)

L’armement d’un chevalier berrichon (début XIVe siècle)

 

Identité des formes des encensoirs et des anges de chaque coté de la tête, identité du nœud de ceinture, jusqu’aux chiens qui sont identiques. Le lapicide avait un style qui se retrouve sur les deux dalles, mais l’originalité des deux monuments funéraires est affirmée par la différence des visages, des vêtements, des épées et même des éperons -ceux de Venesmes portent une molette étoilée. Les deux commandes étaient donc bien personnalisées selon les vœux des seigneurs et sont à priori fidèles à leur image.

 

St-Aubin-chien

La dalle funéraire du chevalier de Gizay n’est pas en accès libre mais n’est pas non plus cachée aux yeux des amateurs d’art médiéval par la mauvaise volonté ou la négligence de la municipalité ou du cercle paroissial local. J’ai, pour l’approcher, adressé une demande à la mairie de Saint-Aubin, qui m’a très gentiment facilité l’ouverture de l’église, et je tiens à remercier publiquement le maire du village et la secrétaire de mairie pour leur accueil.
Je conseillerai simplement aux visiteurs éventuels d’attendre les beaux jours pour prévoir une visite de la pierre tombale de Saint-Aubin. La faible profondeur de la gravure rend la photographie délicate et une bonne luminosité extérieure ne peut que favoriser la découverte du monument.

 

St-Aubin1

Par Olivier Trotignon - Publié dans : art funéraire - Communauté : Le Moyen Age
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Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 22:46

 

Souvigny-têtes

 

Parmi les multiples thèmes invitant à la découverte de la prieurale clunisienne de Souvigny, dans le département de l’Allier, celui des gisants conservés dans et autour de l’église mérite une attention toute particulière.

Nécropole privilégiée des seigneurs de Bourbon, qui avaient favorisé son développement en partie pour être certains qu’une communauté monastique prierait éternellement pour le remède de leurs âmes, Souvigny ne possède malheureusement plus aucune trace des sépultures de la première dynastie des Archambaud de Bourbon qui avait puissamment contribué à sa fondation. 

 

Souvigny-gisants

Les plus anciens gisants conservés sur place datent du XIIIe siècle et représentent les deux abbés saint Mayeul, mort à la fin du Xe siècle, et saint Odilon, décédé un demi-siècle plus tard. Ces deux statues placées côte-à-côte ont la particularité d’avoir été presque complètement détruites à la Révolution jusqu’à ce que des fouilles du sol du sanctuaire exhument leurs restes pulvérisés. Restaurés avec soin, les deux monuments sont à nouveau visibles à leur emplacement primitif, à l’aplomb d’un grand sarcophage-reliquaire contenant à l’origine les restes des deux abbés médiévaux. Ce lieu fut au Moyen-âge un lieu de pélerinage réputé autour des reliques de Mayeul et de son successeur.

 

Souvigny-LouisII

Dans la première moitié du XVe siècle sont élevés deux grands tombeaux de marbre destinés à servir de dernière demeure aux ducs de Bourbon Louis II et Charles Ier, ainsi qu’à leurs épouses.

Même si le maillet des révolutionnaires n’a pas épargné ces deux ensembles de sculptures, les statues des deux ducs et de leurs compagnes restent tout à fait lisibles.  Chaque gisant a la tête dominée par un dais, la nuque posée sur un coussin, et est figé mains jointes, dans l’attitude de la prière. Selon les habitudes du temps, les pieds reposent sur des chiens. Les deux ducs sont en armures et manteaux, l’épée au coté.

Chaque monument est déposé dans une chapelle fermée, ce qui rend difficile leur étude détaillée sans l’assistance d’un guide.

 

Souvigny-duchesse

Le dernier gisant visible à Souvigny est celui de la duchesse Marie de Hainaut, femme de Louis Ier de Bourbon, premier duc du nom, décédée au milieu du XIVe siècle. Retrouvée dans l’ancien cloître des cordeliers, à petite distance de la prieurale, la statue funéraire est conservée dans les collections lapidaires du musée local, qui indique que l’œuvre de marbre pourrait avoir été produite dans un atelier parisien avant d’être transportée en Bourbonnais. Plusieurs détails du costume méritent d’être examinés avec attention, même si ce gisant a connu lui aussi quelques déprédations à l’époque révolutionnaire.

Cette belle série de gisants médiévaux fait de Souvigny un lieu tout à fait privilégié pour l’étude de l’art funéraire de l’époque de la Guerre de cent ans qui mérite une visite approfondie de son très riche patrimoine.

 

 

 

 

 

 

Par Olivier Trotignon - Publié dans : art funéraire - Communauté : Le Moyen Age
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Mardi 30 mars 2010 2 30 /03 /Mars /2010 14:55

tombeau

Il est une dimension ancienne de l’abbaye de Noirlac que l’on peine aujourd’hui à apprécier: la vocation funéraire de son abbatiale. Désormais dépouillée de toutes les tombes qui en mobilisaient une partie de l’espace, la nef abbatiale se présente à la vue du visiteur ainsi qu’elle fut pendant le peu d’années qui suivirent la fin du chantier initial.

Rapidement, et malgré tous les savants discours faisant l’éloge du dépouillement de son ornementation, des gisants et plates-tombes firent leur apparition sous les voûtes de l’édifice. Depuis l’abandon de sa vocation monastique à la Révolution, tous les monuments funéraires que contenait l’église ont été retirés et c’est grâce aux observations d’un savant latiniste, dom Estiennot, visitant l’abbaye au XVIII° siècle et notant toutes les inscriptions funéraires qui y étaient alors lisibles, que leurs traces historiques n’ont pas été perdues.

Les plus anciennes tombes se trouvaient près de l’entrée du monument et contenaient, ce qui est normal, les dépouilles du fondateur de l’abbaye et de son épouse. Ornée d’une effigie? du défunt (gisant en haut-relief ou simple gravure sur dalle), la sépulture d’Ebbe, seigneur de Charenton, était proche de celle de sa femme Agnes, elle aussi figurée sur la pierre tombale.

Proche du couple seigneurial se trouvait le corps de leur petit-fils Ebe le jeune (Ebo junior) fils d’Ebe de Charenton sous une pierre le représentant sous les traits d’un adolescent. Ce garçon, héritier désigné du fief de Charenton, s’était noyé alors que son père était aux Croisades où il mourut, ce qui explique l’absence de sa tombe aux cotés de celles de ses parents et de son fils. 

Sa fille, Mathilde de Charenton, dame de Charenton, reposait aussi parmi les siens. Décédée vers 1250 après avoir été mariée à Renaud de Montfaucon, il semble qu’elle ait fait le choix d’être inhumée près de ses parents mais loin de son mari alors que le fils aîné du couple, le noble homme Renaud de Montfaucon le jeune, dont la pierre tombale portait encore des restes d’armoiries, reposait avec les Charenton. Très liée à l’abbaye de Fontmorigny, les Montfaucon l’avaient choisi comme nécropole seigneuriale, comme l’indique bien le testament du seigneur Renaud, époux de Mathilde, qui demande à y être enterré. On ne sait rien des sépultures des autres enfants du couple, morts en bas-âge, dont au moins un avait été baptisé.

A ce groupe de cinq tombes contenant les restes de la famille fondatrices peuvent être ajoutées huit sépultures chevaleresques datées entre 1300 et 1461 plus un cénotaphe contenant le cœur d’une bienfaitrice de l’abbaye. On pouvait y lire les noms de plusieurs seigneurs de Bigny ainsi que du château du Vernet, dont nous cherchons toujours la trace quelque part aux États-Unis. Ces tombeaux étaient ornés de gisants ou de simples dalles ornées de diverses figures et blasons.

Si les moines avaient leur propre cimetière au nord de l’abbatiale, une douzaine d’abbés s’étaient fait inhumer dans le sol de l’église, ce qui laisse supposer que les autres avaient soit souhaité de pas être séparés de leurs frères et avaient choisi le cimetière extérieur comme lieu de sépulture, soit reposaient de manière plus humble dans l’abbatiale.

Dom Estiennot note enfin la présence de la dépouille d’un archevêque de Bourges, Henri d’Avaugour, mort le 13 octobre 1446, gisant sous un monument dont il resterait un fragment conservé dans les collections du musée du Berry à Bourges.

Hormis ce vestige, il n’existe plus aucune trace des importants monuments funéraires et des dalles plus sobres que comptait Noirlac à la fin du Moyen-âge. Ceux ci ont probablement été déposés, entiers ou brisés, quelque part aux alentours de l’abbaye. On peut donc espérer qu’un jour, au hasard de travaux, certaines pierres voient à nouveau le jour.

Si d’aventure l’une des personnes lisant cet article avait des informations, même anonymes, sur des traces de sculptures ou d’inscriptions détenues dans des collections privées, je lui serais reconnaissant d’en signaler l’existence.

 

The lost graves of the cistercian abbey, Noirlac

Par Olivier Trotignon - Publié dans : art funéraire - Communauté : Le Moyen Age
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Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /Mars /2010 09:27

saint-Chalan2

Au musée du Berry, à Bourges, est exposé un des plus rares témoignages de la présence mérovingienne dans le sud du département du Cher. Le sarcophage dit “de saint-Chalan”, taillé dans un bloc de marbre clair et daté du VIIe siècle, appartenait primitivement à l’abbaye Notre-Dame de Charenton. D’une facture et d’une ornementation très soignées, ce tombeau a été exécuté hors de la région et y a été importé à une date inconnue. Sa fonction réelle nous échappe. Fut-il simplement la sépulture d’un abbé ou d ‘un chef militaire local, ou servit-il de reliquaire grandeur nature à une dépouille mortelle reconnue comme miraculeuse dans les temps médiévaux, et exposé dans l’abbaye bénédictine de Charenton à la vénération des fidèles? La finesse des traits sur la cuve et la dalle du sarcophage, de même que l’absence d’altération chimique significative, confirment que ce tombeau de marbre fut conservé hors sol dans un lieu abrité des intempéries, au seuil de l’abbatiale du monastère, comme en témoigne le savant moderne dom Estiennot.

saint-Chalan1 

Sa présence à Charenton témoigne, avec d’autres traces archéologiques, de l’activité qui a régné dans le sud du Berry dans les siècles qui ont suivi la dissolution des institutions impériales romaines. Même si la grande majorité des pièces du puzzle manquent pour se représenter correctement la vie locale avant la période féodale, on peut se féliciter de ne pas être dans un domaine historique totalement opaque.

Le sarcophage de saint-Chalan est la preuve du maintien d’une activité commerciale le long des anciennes voies romaines. Cette pièce de marbre est lourde et n’a pu voyager que sur des chemins assez entretenus et larges pour que le chariot qui la portait puisse y circuler. Qu’elle ait été commandée par les élites militaires ou religieuses locales où qu’elle ait fini sa course un peu par hasard à Charenton, cette lourde sculpture a déjà eu le mérite d’arriver jusqu’au bord de la Marmande. Un autre indice de la circulation d’hommes et de marchandises est ce trésor monétaire découvert sur la colline qui surplombe la vallée, dans lequel furent identifiées des monnaies d’argent frappées loin du Berry.

saint-chalan3 

Le sarcophage nous inspire quelques réflexions sur le maillage religieux qui se met en place au sud du diocèse de Bourges dans les premiers siècles du Christianisme. En plus de Charenton, deux autres cellules monastiques sont repérées à l’époque. L’énigmatique abbaye colombaniste d’Île-sur-Marmande, en forêt de Tronçais, est la plus proche. Sa disparition précoce est le signe d’un échec pur et simple ou d’une fusion avec Charenton.

Plus intéressant, le prieuré de la Chapelaude, dépendant de l’abbaye de Saint-Denis-en-France, est connu à cette époque par l’écho des actes faux contenus dans son cartulaire, aujourd’hui perdu. Au moment de sa refondation, au XIe siècle, les moines parisiens rédigèrent de faux diplômes mérovingiens et carolingiens pour écarter toute contestation à venir. Si il est exclu de prendre au pied de la lettre des textes identifiés comme des produits de faussaires par les spécialistes du droit médiéval, ces actes témoignent de l’existence très ancienne d’un domaine appartenant à Saint-Denis, perdu au moment des invasions nordiques à la fin de la période carolingienne. J’observe à ce sujet -mais ceci n’est peut-être que le fruit du hasard- que la presse locale a présenté il y a quelques jours (Berry républicain du 20/02/2010) les preuves de l’existence d’une pêcherie datée du Ve siècle dans les eaux du Cher près de Montluçon, soit assez près de la Chapelaude.

On ne peut non plus faire l’économie de l’extraordinaire découverte d’une cuve baptismale mérovingienne dans les murs mêmes de l’ancien conciliabulum gallo-romain de Drevant, auquel nous avons déjà consacré un article, qui prouve l’activité missionnaire du clergé séculier de l’époque auprès des populations rurales locale.

saint-Chalan4 

Si on ajoute à cela des observations ponctuelles et mal repérées comme des découvertes sporadiques d’objets usuels dans le sous-sol ou dans les labours de la vallée de la Marmande, nous obtenons la conviction que, loin des grandes villes romanisées comme Bourges ou Nevers, le Berry du Sud est demeuré une région reliée au reste de la Gaule par des réseaux routiers assez bien entretenus pour qu’y cheminent des masses aussi lourdes que le sarcophage de saint-Chalan, voire des troupes guerrières comme celles qui s’affrontent à Châteaumeillant, selon le récit qu’en fait Grégoire de Tours.

La région n’est pas non plus isolée spirituellement. Même si les racines des anciens cultes païens restent profondes et difficiles à extirper, comme le suggère le baptistère de Drevant construit au sein même du grand sanctuaire biturige, les modèles monastiques italien de saint-Benoît et irlandais de saint-Colomban trouvent leur place dans un paysage certainement pauvre en homme mais pas complètement immobile comme on pourrait parfois avoir tendance à le croire.

saint-chalan-agrafe

agrafe de linceul VIIe siècle probable
Par Olivier Trotignon - Publié dans : art funéraire - Communauté : Le Moyen Age
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