Relativement discret, comme la plupart des animaux domestiques ou sauvages, dans les chartes médiévales berrichonnes, le porc est au centre de plusieurs jugements pris par la cour de justice du
roi de France à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle.
La première affaire intéresse la salubrité des rues de la ville de Bourges. Habituellement, dans les romans, films ou bandes-dessinées qui situent leur action au Moyen-âge, les rues des cités passent pour d’innommables cloaques où cohabitent passants et animaux de ferme. Or, cette image qui frôle la caricature n’est pas démentie par une plainte déposée devant le roi de France en 1268. Saint Louis, alerté par de nombreuses bonnes gens de Bourges, décide une éradication des porcs qui souillaient les rues de la ville et ordonne qu’on chasse hors de la cité tous les cochons qui y vivaient. On peut estimer que l’ordre royal fut appliqué car dans les années qui suivent, plus aucune doléance émanant des bourgeois berruyers n’est inscrite au programme des débats de la cour de justice royale. Le plus curieux dans cette affaire n’est pas la plainte de habitants mais la décision personnelle du souverain sur un problème somme toute assez banal d’urbanisme, signe possible que la situation était vraiment très dégradée à Bourges et que saint Louis avait peut-être été personnellement incommodé lors de ses séjours dans sa cité berruyère.
Autre affaire intéressant les porcs, mais en milieu rural cette fois: le ravitaillement des armées en campagne. En 1306, prévoyant une expédition armée en Flandres, le roi Philippe le Bel ordonne au bailli de Berry de rassembler des vivres pour l’armée. Ce dernier mandate un sergent royal pour traiter avec un bourgeois de Bourges, nommé R(enaud?) Buille qui avait rassemblé dans une forêt un troupeau de porcs destinés à être engraissés pour les besoins de l’armée royale. Le sergent se rendit donc sur place et choisit, dans le lot proposé, 334 bêtes qu’il marqua, après s’être mis d’accord sur leur prix, du sceau royal. L’information nous est parvenue car ces animaux furent l’objet d’une querelle judiciaire qui dura quatre ans et dont les détails intéressent plus le Droit que l’histoire régionale.
Cette affaire permet quelques observations utiles sur le négoce des porcs au Moyen-âge. On peut d’emblée supposer que la demande royale a été clamée en place
publique et que R. Buille a proposé ses services au bailli de Bourges suite à cette annonce. Les porcs, qui étaient peut-être parqués dans une ferme pour les besoins immédiats des bouchers, sont
conduits dans une forêt pour être engraissés, ce qui demande un certain savoir-faire et des domestiques pour garder les animaux. Le sergent royal qui traite l’affaire doit avoir une certaine
compétence en la matière car il choisit les animaux qu’il achète et discute le prix du lot, payé sur place à un certain Petrus de Vogon, serviteur de R. Buille chargé de garder les animaux. La
marque royale -sans doute une fleur de lys- qu’il applique sur les 334 cochons est plus difficile à expliquer. S’agit-il d’une marque au fer rouge, ce qui implique sur place des espaces de
contention des animaux ou un simple marquage avec un colorant quelconque sur des bêtes simplement parquées et destinées à être livrées rapidement à Bourges? Il serait intéressant de connaître le
sort réservé aux porcs achetés par le sergent. On imagine mal que ces animaux aient été destinés à suivre l’armée pour être abattus en fonction des besoins des troupes. La dépense énergétique
liée à cet exercice aurait annulé le profit de leur engraissement. Il est beaucoup plus probable que le troupeau a été abattu sur place et la viande mise en conserve, fumée ou salée, avant d’être
expédiée au service d’intendance de l’armée.








