économie

Samedi 19 septembre 2009



Relativement discret, comme la plupart des animaux domestiques ou sauvages, dans les chartes médiévales berrichonnes, le porc est au centre de plusieurs jugements pris par la cour de justice du roi de France à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle.

La première affaire intéresse la salubrité des rues de la ville de Bourges. Habituellement, dans les romans, films ou bandes-dessinées qui situent leur action au Moyen-âge, les rues des cités passent pour d’innommables cloaques où cohabitent passants et animaux de ferme. Or, cette image qui frôle la caricature n’est pas démentie par une plainte déposée devant le roi de France en 1268. Saint Louis, alerté par de nombreuses bonnes gens de Bourges, décide une éradication des porcs qui souillaient les rues de la ville et ordonne qu’on chasse hors de la cité tous les cochons qui y vivaient. On peut estimer que l’ordre royal fut appliqué car dans les années qui suivent, plus aucune doléance émanant des bourgeois berruyers n’est inscrite au programme des débats de la cour de justice royale. Le plus curieux dans cette affaire n’est pas la plainte de habitants mais la décision personnelle du souverain sur un problème somme toute assez banal d’urbanisme, signe possible que la situation était vraiment très dégradée à Bourges et que saint Louis avait peut-être été personnellement incommodé lors de ses séjours dans sa cité berruyère.


Autre affaire intéressant les porcs, mais en milieu rural cette fois: le ravitaillement des armées en campagne. En 1306, prévoyant une expédition armée en Flandres, le roi Philippe le Bel ordonne au bailli de Berry de rassembler des vivres pour l’armée. Ce dernier mandate un sergent royal pour traiter avec un bourgeois de Bourges, nommé R(enaud?) Buille qui avait rassemblé dans une forêt un troupeau de porcs destinés à être engraissés pour les besoins de l’armée royale. Le sergent se rendit donc sur place et choisit, dans le lot proposé, 334 bêtes qu’il marqua, après s’être mis d’accord sur leur prix, du sceau royal. L’information nous est parvenue car ces animaux furent l’objet d’une querelle judiciaire qui dura quatre ans et dont les détails intéressent plus le Droit que l’histoire régionale.

Cette affaire permet quelques observations utiles sur le négoce des porcs au Moyen-âge. On peut d’emblée supposer que la demande royale a été clamée en place publique et que R. Buille a proposé ses services au bailli de Bourges suite à cette annonce. Les porcs, qui étaient peut-être parqués dans une ferme pour les besoins immédiats des bouchers, sont conduits dans une forêt pour être engraissés, ce qui demande un certain savoir-faire et des domestiques pour garder les animaux. Le sergent royal qui traite l’affaire doit avoir une certaine compétence en la matière car il choisit les animaux qu’il achète et discute le prix du lot, payé sur place à un certain Petrus de Vogon, serviteur de R. Buille chargé de garder les animaux. La marque royale -sans doute une fleur de lys- qu’il applique sur les 334 cochons est plus difficile à expliquer. S’agit-il d’une marque au fer rouge, ce qui implique sur place des espaces de contention des animaux ou un simple marquage avec un colorant quelconque sur des bêtes simplement parquées et destinées à être livrées rapidement à Bourges? Il serait intéressant de connaître le sort réservé aux porcs achetés par le sergent. On imagine mal que ces animaux aient été destinés à suivre l’armée pour être abattus en fonction des besoins des troupes. La dépense énergétique liée à cet exercice aurait annulé le profit de leur engraissement. Il est beaucoup plus probable que le troupeau a été abattu sur place et la viande mise en conserve, fumée ou salée, avant d’être expédiée au service d’intendance de l’armée.

 

 
Par Olivier Trotignon
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Lundi 29 juin 2009



Dans le sud de l’actuel département de l’Indre, près de l’ancien prieuré bénédictin de Saint-Benoît-du-Sault, se déroula vers 1282 une étrange affaire qui fut portée devant la justice royale, et qui est particulièrement instructive sur l’évolution des pratiques d’élevage dans les campagnes berrichonnes.

Plainte est ainsi déposée par les moines du prieuré de Saint-Benoit contre le vicomte Hugues, seigneur de la puissante châtellenie voisine de Brosse, pour le rapt d’un bélier d’origine espagnole -quendam arietem qui venerat d'Espane- et la détention de celui-ci par les hommes du vicomte.  La colère des moines fut en plus décuplée  par l’évidente mauvaise volonté du vicomte à restituer ce mouton à ses légitimes propriétaires, ce qui fut fait finalement au bout d’un certain temps.

L’animal n’ayant pas été passé à la broche, comme on aurait pu s’y attendre dans de pareilles circonstances, on comprend que les intentions des malfaiteurs étaient parfaitement préméditées et que l’origine ibérique du bélier n’est pas indifférente dans le déclenchement de cette affaire. 

De toute évidence, les bénédictins du Sault savent en cette fin de XIIIe siècle qu’il existe ailleurs des races ovines différentes des souches élevées par leurs paysans sur les domaines du prieuré et que ces ces moutons étrangers peuvent, par croisement, améliorer la productivité de leurs troupeaux. On peut alors supposer que le prieur de Saint-Benoît-du-Sault choisit d’investir dans un animal de type mérinos de façon à augmenter la production de laine issue de son cheptel. Que l’animal vienne d’au delà des Pyrénées ou ait été acquis quelque part dans le Sud de la France ne change pas les données du problème: l’objectif est économique et on comprend la fureur des moines quand ils découvrent que leur précieux animal a été subtilisé par leur puissant voisin laïc, qui prend tout son temps avant de restituer le reproducteur, le temps que celui-ci couvre les brebis du vicomte, comme on peut s’en douter. D’un certaine manière, Hugues de Brosse invente une forme de piraterie génétique, faisant saillir ses ouailles à bon compte avant de se séparer de son hôte ibérique à quatre pattes.

Cette histoire illustre de façon originale l’évolution générale des techniques agricoles observées dans l’ensemble de l’Occident à partir du XIIe siècle et ajoute un volet zootechnique supplémentaire à un vaste mouvement d’adaptation des races animales aux besoins d’une agriculture qui se perfectionne. On se souviendra des chevaux frisons importés en Poitou à la même époque, ancêtre des Traits mulassiers. Le Berry n’est pas resté en marge du progrès et il est intéressant de noter la part occupée par les bénédictins dans la genèse de cette évolution.

Par Olivier Trotignon
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Mardi 24 février 2009

En presque trente années de recherches sur le terrain, comme amateur, fouilleur ou historien dans le cadre de mes recherches universitaires, j'ai été à plusieurs reprises confronté à des témoignages de découvertes de trésors. Au milieu de quelques sympathiques histoires plus proches de l'univers des pirates de bande dessinée que de l'archéologie se détachent quelques trouvailles fortuites qui éclairent une partie de l'histoire du Berry à la fin du Moyen-âge.

Une première cache métallique fut mise au jour à Saint-Amand-Montrond lors de la démolition, rue de l'Hôtel-Dieu, dans le quartier ancien de la ville, d'un bâtiment de nature imprécise sur le site de l'entreprise de carrosserie Valette. Cette trouvaille fut étudiée et acquise par le numismate saint-amandois Raymond Soulat, qui dispersa la plus grande partie de la collection. Les trois monnaies illustrant cet article proviennent de ce premier lot.

Un second trésor pourrait avoir été soustrait à l'attention de son légitime propriétaire lors de travaux de maçonnerie réalisés sur une ancienne bâtisse du quartier de la place du marché, toujours à Saint-Amand. Un artisan maçon, décrépissant un mur, aurait trouvé un bouchon de mortier sonnant le creux à la base d'un mur. En piquetant l'endroit, un nombre important de pièces d'argent se serait alors écoulé sur le sol. Flairant la bonne affaire, l'ouvrier -d'après le témoin qui m'a raconté l'histoire- aurait alors laissé tous ses outils sur le chantier, rempli sa caisse à outils avec le produit de son larcin, et regagné son domicile. Les détails tels qu'ils m'ont été rapportés semblent assez précis pour accorder, toujours avec les précautions qui s'imposent, un certain crédit à ce récit. La personne qui m'a conté l'anecdote a en outre reconnu dans les pièces de la rue de l'Hôtel-Dieu les mêmes espèces que celles dérobées par l'artisan.

Dans les deux cas nous nous trouverions donc devant des caches contenant un nombre indéterminé de pièces d'argent de l'époque Charles VII / Louis XI, que les propriétaires n'ont jamais récupérées, signe en général d'événements traumatiques comme des morts violentes, des départs précipités ou des ravages épidémiques. Le trésor de la rue de l'Hôtel-Dieu contenait -c'est peut-être un indice- des monnaies d'excellent métal, bien différent de l'argent appauvri qui a permis de frapper certaines pièces de monnaie à cette période.

Deux pistes doivent être envisagées pour expliquer ces mises à l'abri de sommes d'argent. La peur de dévaluation monétaire: des riches bourgeois soustraient aux appétits des agents royaux des métaux fortement titrés pour éviter leur échange avec des pièces de même valeur faciale, mais plus pauvres en métal noble. La crainte de pillages dans le contexte politique fortement agité de la Guerre de Cent ans, mal étudiée dans la région, peut être aussi une cause suffisante à la constitution de cache numéraires. 

On ne trouve aucune trace de pièces d'or, signe peut-être que le commerce local n'était pas assez florissant pour attirer la circulation de monnayages de grande valeur, ou qu'on les conservait dans des cassettes plus facile à emporter avec soi en cas de danger.

Par Olivier Trotignon
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Samedi 9 août 2008


Les chercheurs qui ont eu l'occasion de travailler sur le chartrier de l'abbaye cistercienne de Noirlac ont souvent fait mention d'un acte assez étonnant et unique en son genre dans la région, par lequel l'abbé de Noirlac et le seigneur Renaud de Montfaucon se sont partagé en 1228 les bénéfices d'une mine d'argent. Le texte précise qu'en cas de découverte d'autres filons, les conditions de ce partage seront reconduites. Le lieu de la découverte est même précisément situé au lieu dit "Podio de Haberto" ou "Puy d'Habert". Aucune charte postérieure ne parle plus de cette mine, ce qui laisse penser que son exploitation fut brève.

L'intérêt pour les métaux précieux et l'originalité du sujet a conduit certains de mes prédécesseurs à enquêter sur cette mine et à chercher à e situer l'emplacement. Deux auxiliaires se proposent à l'historien dans une telle recherche: la toponymie et la géologie. Consultés sur les possibilités métallifères du Berry, les géologues affirment qu'aucune couche géologique particulière ne peut déterminer la formation de matériaux argentifères dans la région. La mine de Puy d'Habert a peu de chances d'être retrouvée avec le concours de la carte géologique de la région. 

La toponymie est plus prometteuse, à condition de savoir ce qu'on cherche. Le terme "puy", de tradition occitane, désigne en général et surtout de nos jours, une élévation du terrain, comme la zone des "Peux" de Vesdun. Le nom d'"Habert" oriente la recherche vers la région de la forêt d'Habert, près de Morlac. Or, l'observation du paysage montre qu'il n'existe pas de colline dans ce secteur et la géopolitique médiévale place le périmètre à l'origine dans les domaines potentiels de la seigneurie de Morlac et au début du XIIIe siècle, dans l'aire d'influence des seigneurs de Châteauroux, rivaux de Montfaucon. Les parages de la forêt d'Habert font de mauvais candidats pour accueillir notre mine.

En se replaçant au plus près des usages des contemporains de Renaud de Montfaucon, on observe un usage assez différent de la toponymie. Les noms sont moins nombreux qu'aujourd'hui, et balaient des surfaces très vastes. Le toponyme Habert peut avoir été employé pour désigner un territoire beaucoup plus large que la superficie de l'actuelle forêt d'Habert. Il suffit, pour illustrer ce principe, d'observer l'étendue actuelle de la forêt dite de Tronçais ou de celle de Meillant.

Le puy, quant à lui, ne désigne pas que les hauteurs au XIIIe siècle, mais aussi les flans de vallée. Les gens de Châteauneuf parlent de "Puy David" pour situer la léproserie locale, sur la rive opposée du Cher. Les travaux de la regrettée Pierrette Dubuisson ont montré que le Saint-Amandois avait conservé deux exemples de cette tradition, le Piot Gré et le Piot Doux, vers Arpheuilles, vraisemblables anciens Puy au Gré et Puy Audoux, dominant la vallée de la Marmande. Dans cette logique, la mine d'argent pourrait être à rechercher près d'une vallée.

C'est ainsi que le cheminement du chercheur recoupe l'observation d'un ancien archiviste ayant trié le chartrier de Noirlac. On lit, au dos de la charte originale, un ajout d'une autre encre et d'une écriture plus récente que celle du scribe médiéval "Bois de la Baume". Ce nom, qui évoque une caverne, est employé pour désigner une petite forêt qui occupe une partie de la rive gauche du Cher entre Noirlac et le Bourg de Bruère-Allichamps, dans lequel on connaît l'existence d'une petite grotte, réputée naturelle, dite grotte de la Loutonière. Sur place, si la caverne peut s'apparenter au premier abord à une perforation naturelle du socle calcaire au point que certains y ont vu un possible abri préhistorique, il est flagrant qu'une surface de travail a été aménagée devant un petit front de carrière à flanc de coteau, et que des coups de pics ont marqué par endroits la paroi de la cavité, qui parait avoir été soudée ou agrandie. Une autre observation, fort peu scientifique car elle n'a pas été recoupée, mais qui peut tout de même être évoquée, est la couleur rosée d'une efflorescence sur la pierre de la carrière, qui ressemble aux oxydes qui altèrent le plomb antique.

On peut donc avec quelque raison avancer l'hypothèse que la petite caverne de la Loutonnière est le fossile d'une ancienne activité minière avortée faute de ressources métalliques qui, par prudence, a été l'objet d'un accord entre ayant-droits dès l'origine des travaux. Le faible volume déblayé, l'absence à la fois d'essor économique autour de l'abbaye de Noirlac et de monnayage significatif frappé par Renaud de Montfaucon à cette époque prouvent que les revenus de la mine ont dû être très décevants pour les cisterciens et leur protecteur laïc.
      

      

 

Par Olivier Trotignon
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Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

blog animalier débutant



J'invite mes lecteurs à encourager par leurs visites un blog débutant consacrés à des animaux familiers.
A découvrir sur le lien qui suit:

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon, en particulier sur les communes de Saint-Bonnet-Tronçais, Braize, Charenton-du-Cher, Coust et l'Etelon et soutient  l'association "VENT DES CHÊNAIES"- La Martinière - 03360 Braize - 04 70 06 16 71, affiliée à la fédération nationale Vent de colère.

Un peu de réclame pour...




les quatre concerts de Guillaume Ledoux (chanteur de Blankass, en solo) au théâtre Saint-Bonnet de Bourges les 2, 3, 5 et 6 décembre 2009, avec une programmation inédite et superbe.
Places en vente dans les points de vente habituels et au théâtre, 1, boulevard Clemenceau, tout près de l'église St-Bonnet.
Quelques titres à écouter sur:
http://www.myspace.com/guillaumeledoux





la chaleureuse initiative des animateurs de l'association nivernaise "Les Rockeurs ont du cœur" qui, pour la troisième année consécutive, organisent un spectacle au profit des enfants défavorisés de Nevers.
Soutenue en 2007 par mes amis du groupe BLANKASS, entre autres, et en 2008 par les parisiens de PIGALLE, cette action a permis de récolter presque 500 jouets neufs.
Cette année, les bretons de THE CRAFTMEN CLUB seront en concert le 11 décembre.
Merci de relayer cette information autour de vous. Il est possible, bien sûr, de venir déposer un jouet ou un jeu de société d'une valeur de 10€ minimum même si on ne compte pas assister au concert.

 

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