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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 10:25

moulin-site

 

Le lecteur trouvera dans ces lignes un des rares contenus pour lesquels j’ai demandé un accord avant publication. Je suis en effet étranger à l’équipe qui a mené la campagne de fouille sur ce site et ne m’exprime qu’en tant qu’invité des gens qui ont fait le travail de recherche qui a inspiré ce billet. Les travaux ont été réalisés par des archéologues du Service Régional d’Archéologie de la région Centre assistés par une équipe de la Fédération Française d’Etudes et de Sports Sous-Marins, habilitée à plonger sur des chantiers de fouilles intégrant des parties inondées.
Pour des raisons de confidentialité qui ne m’a pas été demandée, et même si l’endroit n’est accessible à pied qu’en période de très basses eaux sur la rivière, j’ai préféré ne pas indiquer le lieu exact du chantier de fouilles. La visite du lieu ne présente d’ailleurs aucun intérêt visuel.

 

moulin-pieux

 

La découverte du gisement s’est faite à la suite d’une simple prospection à vue. En période estivale, il est facile de suivre un cours d’eau et de noter des anomalies dans le lit d’une rivière. Là, il s’agit clairement de pieux émergeant du fond du Cher et de grandes pierres semi-circulaires qui ont éveillé l’attention des chercheurs. Une ancienne pièce de bois mortaisée complétait cet ensemble artificiel, probablement dégagé au cours des dernières décennies qui ont vu le lit du Cher s’abaisser à cause de l’extraction de granulats pour le bâtiment et les travaux publics. On note au passage des traces d’usure sur les bois, taillés en pointe de crayon par l’abrasion due au glissement du sable vers l’aval, un peu comme si des castors s’étaient chargés du travail. Des restes de meules, marqués par un trou central, sont visibles sur place.

 

moulin-meule

 

Le moulin n’a pas été fouillé à proprement parler. Les pieux sont enfoncés dans le plancher de la rivière, stérile. Tout objet ayant pu être perdu par les ouvriers en charge du moulin est tombé dans l’eau et a été entraîné très en aval. Les archéologues ne s’attendent pas à trouver des céramiques, monnaies ou outils comme sur un site terrestre ou lacustre quand ils se penchent sur une rivière. Leur travail consiste à un balisage précis de la zone pour repérer la présence et l’orientation de tous les morceaux de bois anciens - c’est là que les plongeurs, équipés de leur matériel personnel de plusieurs dizaines de kilos, vont chercher les informations difficilement visibles à cause de la turbidité de l’eau.

 

moulin-poutre-mortaise

poutre avec mortaise

 

Des prélèvements sont faits sur les bois pour une datation soit au carbone 14 soit en dendrochronologie et sur les meules pour trouver, si l’information est disponible au moment de la fouille, la carrière dont elles proviennent (certaines, à l’époque antique, ont parcouru des distances considérables en dépit de leur poids). L’orientation des pieux peut révéler la présence d’un ancien bief prévu pour contrôler le débit de la rivière ou une modification du cours de celle ci. Dans le cas qui nous intéresse, les bois auraient donné des datations autour du XIe et XIIIe siècles.
Le constat général nous montre que nous sommes en présence d’une grosse minoterie, sans doute exploitée par un propriétaire riche, grosse seigneurie ou monastère. La situation d’un moulin sur une rivière comme le Cher a des avantages et surtout des inconvénients que seuls les volumes de grain traités peuvent compenser.
Les avantages sont la force et la permanence du courant. Même lors d’été très secs, le Cher a un débit minimum capable de faire tourner des meules.
Les inconvénients sont tout aussi évidents. Le Cher est une rivière à caractère torrentiel - un de mes voisins qui a longtemps vécu en Afrique du Nord le compare à un oued. Mon confrère médiéviste Olivier Troubat, membre de l’équipe de plongée qui a exploré un autre site à quelques kilomètres du moulin, a relevé des périodes d’embacles hivernales de plusieurs mois sur le Cher à la fin du Moyen-âge. Une forte crue ou la dérive de plaques de glace flottante de plusieurs centaines de kilos comme on en a vu pendant l’hiver 1984-85 étaient fatales pour un moulin fluvial. Seule une grosse entité économique avait la capacité de gérer les réparations ou la reconstruction d’une minoterie sur une grosse rivière. En règle générale, les petits cours d’eau, même les moins spectaculaires, étaient équipés pour faire de mouvoir des meules ou des pilons. Les machines tournaient avec moins de force, mais plus longtemps, que leurs homologues sur le Cher, la Loire ou la Creuse.

 

moulin-meule-ss-l'eau

meule sous l'eau

 

Mes correspondants archéologues ne m’ont pas invité avec des arrière-pensées de profit quelconque, mais je ne vous cacherai pas que, personnellement, j’ai l’espoir que ce billet puisse réveiller chez vous des souvenirs. Si vous pensez, lors d’une partie de pêche, d’une descente en canoë, ou d’une prospection à vue avoir observé des pièces de bois d’aspect artificiel dans le Cher ou une autre rivière de la région, il me semble intéressant de passer l’information aux services archéologiques régionaux ou départementaux, qui sont particulièrement mobilisés sur ce sujet.

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Published by Olivier Trotignon - dans économie
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commentaires

D. PIROT 28/02/2014 10:48


Bonjour.


Dans une précédente question j'avais fait allusion à un moulin en ruine situé au village de La Côte à Saint-Saturnin près de Châteaumeillant. Je ne
suis pas encore allé aux Archives à la recherche d'éventuels indices sur ses origines avant la Révolution, mais me suis arrêté un instant sur le nom du village de Moulin Foulet, même
commune. 





Si le nom du village apparait bien sur la carte de Cassini (Moulin Follet), le moulin proprement dit n'est pas mentionné, et pas de ruines connues à
priori (cet été je chercherais peut-être à remonter le cours d'eau avec l'accord des propriétaires des terrains avoisinants) mais après avoir lu certains de vos travaux sur l'Abbaye des Pierres
toute proche, je me suis demandé si ce moulin faisait partie de leurs nombreuses possessions.


On m'aura signalé sans pouvoir me donner les sources qu'en 1283 un certain Pierre Guérillon avait vendu le fief? ou sans doute plutôt le
moulin du Moulin Foulet à l'Abbaye des Pierres, ce que j'ai pu à priori retrouver sur le site moulin18bd : 18 Le Moulin-Foulet. Cne de Saint-Saturnin. Molendinum de Molin Folet, 1283 (A.D.
18-E, baronnie de Culan) ; La mestairie du Moulin Folet, 1429 (A.D. 18-E, baronnie de Culan) ; Le villaige du Moulin Foullet, 1528 (A.D. 18-E, baronnie de Culan) ; Le village du Moulin Foulet,
1623 (A.D. 18-E, baronnie de Culan) ; Les villages de Moulin Foulet le Haut et Moulin Foulet le Bas, 1696 (A.D. 18-10 H, abbaye des Pierres) ; Le village du Moulin Foulé, 1740 (A.D. 18-E,
baronnie de Culan) ; Le village du Moulin Foulet, 1785 (A.D. 18-E, baronnie de Culan) ; Le Moulin Follet, XVIIIe s. (Carte de Cassini) ; Village du Moulin Foulet, 1811 (Cadastre) ; Le
Moulin Foulet, 1847 (B.N.-Ms Français 9846) ; Moulin Foulet, 1955 (Cadastre).





Par ailleurs sur le même site décidemment très riche lui aussi on trouve :


18 Le Moulin-des-Plaix. Cne de Saint-Saturnin. Le Molin des Pillées, 1547 (A.D. 18-8 G, chapitre Saint-Étienne de Bourges) ; Le Molin et village des Pelées, 1603 (A.D. 18-E, seigneurie de
Culan) ; Le Moulin des Pellés, 1624 (A.D. 18-10 H, abbaye des Pierres). Sur le ruisseau des Pierres.



La question serait donc : pourriez-vous me confirmer suivant vos propres études que les moulins des Plaix (Pellés) et du Moulin Foulet (Folet) commune de Saint-Saturnin appartenaient à l'Abbaye
des Pierres ?



Peut-être étaient-il associés à des étangs ? Le site donne des références, et donc des sources de lecture aux Archiv.D qui s'avèrent sans doute ardues... mais que je tenterai de mettre à profit.



Encore une fois, il ne s'agit que de satisfaire une curiosité partagée avec les gens de la commune. Évidemment l'avant Révolution pour un profane
pose souvent problème...





Cordialement,


Dimitri PIROT

D. PIROT 09/02/2014 19:34


Bonjour, "jeune" profane en matière de recherche, je m'intéresse toutefois à certains aspects de la vie passée à temps perdu et me penche en ce moment sur les ruines d'un humble moulin situé à
Saint-Saturnin au village de la Côte, près de Châteaumeillant. Il apparaît sur la carte de Cassini sur le ruisseau de la Taissonne et me demande alors s'il fallait considéré qu'il appartenait
initialement à un Seigneur local (?) puisqu'ils avaient semble-t-il une sorte de monopole avant la Révolution. Son activité durera jusqu'au tout début du XXème. Si je cherchais à en connaître le
ou les propriétaires avant 1789, sauriez-vous me donner quelques indices ou point(s) de départ avant une éventuelle visite aux Archives départementales du Cher.


Je vous remercie de votre attention et vous félicite pour la richesse de vos recherches et votre esprit de partage.


D. PIROT

Olivier Trotignon 12/02/2014 06:38



Je ne dispose d'aucune compétence dans ce domaine précis, mais je vais en parler à un de mes contacts, spécialiste de la question. Peut-être lui pourra t-il vous conseiller.


Je vous tiens au courant par message privé.


Bonne journée,


O.T.



sirius 01/03/2013 11:22


La rivière Cher n'est pas un de mes lieux de balade habituels, mais il y avait des moulins partout dans le Sancerrois et le Pays-Fort. Il suffit pour s'en convaincre de regarder de près la carte
de Cassini et les cadastres dits "Napoléon". Mes humbles connaissances ne me permettant pas d'interpréter d'aussi minces vestiges, même si mon oeil exercé me les fait découvrir, que ceux que vous
exposez. Je me limite donc à ce qui est postérieur à 1700.


 


J'imagine que le moulin que vous nous faites découvrir était composé de structures de bois, à l'exception des meules?

D. PIROT 03/11/2015 21:05

Bonjour, je repassais sur votre site et laisse quelques nouvelles de mes "recherches".
Si certains documents trop anciens échappent malheureusement à ma lecture (acensement XVIIème), l'emplacement du moulin des Plaix cité précédemment est tout de même identifié avec certitude ainsi que l'existence d'un étang associé.
Reste le moulin du Moulin-foulet... dont la tâche s'avère ardue.
A suivre... (?)

D. PIROT

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