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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 09:32

prieuré-Vernais

 

Plusieurs fois, à l’occasion de conférences ou par courrier, des auditeurs et lecteurs m’ont demandé si je savais quand et pourquoi le prieuré de leur ville ou de leur village avait disparu. Ayant au début jugé anecdotique ce genre d’interrogation, il est peu à peu apparu que la question se posait pratiquement partout, à part dans de très rares exceptions comme le village de Drevant, dans le Cher, qui aligne sur un espace réduit une église paroissiale et une chapelle prieurale. Cet édifice, dont j’ai parlé ici plusieurs fois, est en plus un bâtiment à façade romane remarquable, d’où la frustration de certains de ne plus posséder le même patrimoine au cœur de leur village. Ce sentiment est encore appuyé par ces quelques jolis prieurés romans qu’on trouve parfois en campagne.
Pour avancer une réponse, il est nécessaire de revenir sur la nature des prieurés dont les actes médiévaux évoquent l’existence.
Il n’est pas rare qu’on me parle de ces anciens lieux de prière avec une sorte d’admiration respectueuse, comme s’ils avaient été des pôles de spiritualité à l’égal des abbayes.
Certes, certains prieurés berrichons ont été des monastères aussi, sinon plus peuplés et puissants que bien des petits couvents ruraux, mais il s’agit là d’exceptions. L’immense majorité des cellules prieurales résulte de dons accordés par des chevaliers à des abbayes, parfois situées à des distances considérables. Ces dons constituent un outil économique que les communautés monastiques ne peuvent ni négliger ni exploiter directement. Elles délèguent donc à un ou plusieurs frères le soin d’aller gérer au mieux ces biens dispersés et d’inégale importance. Ces moines détachés ont besoin d’un lieu de prière, et c’est là que l’affaire se complique.
En campagne, les choses sont claires: les prieurés se dotent de chapelles. En milieu urbain - villes ou petits villages - ces prieurales ont disparu du paysage, au même titre que la plupart des anciens lieux hospitaliers - hôtels-Dieu, léproseries, hôpitaux de filles-Dieu.. Les sondages archéologiques retrouvent parfois les traces de ces derniers, mais pas des prieurés.

 

prieuré-de-Soye

 

La solution m’a été soufflée par m. Grare, actuel propriétaire du prieuré de Drevant. Vivant dans les murs et observateur de multiples contradictions qui échappent à une visite sommaire du site, il m’a fait remarquer avec pertinence que l’église paroissiale était bien moins typée que son prieuré et que, débarrassée de son autel et des quelques ornements maladroitement placés dans la maçonnerie, elle prenait l’aspect d’un bâtiment ordinaire, médiéval, mais pas spécialement cultuel. Son hypothèse, iconoclaste mais, je le rappelle, pertinente, est de proposer de ramener cette église à sa première fonction de grange ordinaire ayant  appartenu aux moines, ce que nous appelons aujourd’hui “prieuré de Drevant” étant l’ancienne église paroissiale. Celle-ci, sans doute devenue trop petite à la suite de la poussée démographique enregistrée à la fin de la période médiévale, ayant été abandonnée pour consacrer un sanctuaire plus vaste, l’ancienne grange transformée en chapelle.

 

acrotère-Drevant

Ornement gallo-romain rapporté, unique pièce décorative de la façade de l'église de Drevant

 

 

Ainsi s’explique la disparition de nos prieurés urbains. Les textes sont sur ce point sans ambiguïté: les seigneurs donnent aux abbayes des églises parfois accompagnées de rentes et/ou de terres. Les églises existent avant la fondation des prieurés, puis sont partagées entre le prêtre, qui dépend de l’évêque, et le prieur, qui obéit à son abbé. Les prieurés urbains se réduisent donc à un volume plus ou moins important de bâtiments d’exploitation et de stockage, complétés dans de rares cas par des cloîtres et des dortoirs monastiques. Beaucoup de prieurés ne sont peut-être même pas habités en permanence, les moines chargés de leur fonctionnement retournant vivre dans leur communauté les mois d’inactivité agricole.
Ainsi, grâce à cette exception devenue artificiellement généralité qu’est Drevant s’éclaire toute une part mal connue de l’histoire de nos bourgs.

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Published by Olivier Trotignon - dans patrimoine religieux
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commentaires

sirius 21/01/2014 08:48


Intéressante explication, mais il n'existe à ma connaissance pas de prieurés de ce genre en Sancerrois, à part peut-être Charnes (commune de Bannay), dont il reste des soubassements sous une
maison forestière au milieu d'une forêt à l'accès interdit...

Semence 19/01/2014 15:35


Passionnant !

Olivier Trotignon 08/02/2014 07:53



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