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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 09:31

Issoudun-aerien1

 

 

Même si cet article n’a pas la prétention de rajouter quoi que ce soit à la connaissance de l’histoire de la ville d’Issoudun, dans le département de l’Indre, il n’est pas superflu de rappeler brièvement le contexte dans lequel ce terroir a évolué depuis l’installation sur place de ses premiers seigneurs.

D’après Louis Raynal, Issoudun aurait été confié dès 1018 par le seigneur de Déols à un de ses fils selon la règle de l’apanage. Cette disposition particulière, qui permettait d’accorder l’usufruit d’un bien non transmissible à ses héritiers à un individu pour la durée de sa vie ne se confirme pas dans les décennies suivantes, où il apparaît clairement qu’Issoudun devient le fief d’une branche cadette des seigneurs de Déols. Cette famille  occupe le site jusqu’à sa disparition au milieu du XIIIe siècle et compte parmi les acteurs les plus dynamiques de la féodalité régionale. Son pouvoir s’étend sur la vallée du Cher, avec ses possessions à Châteauneuf et sur le Boischaut du Sud, dans la région du prieuré d’Orsan. Ses seigneurs dotent les plus grands monastères berrichons, partent et parfois meurent en croisade, et foulent même le sol du Languedoc en participant aux expéditions contre les hérétiques albigeois.

La famille des Déols d’Issoudun prospère donc dans une période où le Berry bénéficie de la hausse générale de la démographie occidentale avant les grandes crises du XIVe siècle. La conquête du sol, indispensable pour répondre aux besoins vitaux d’une population qui augmente lentement mais régulièrement, laisse des traces dans la toponymie, où les essarts et villes neuves ne sont pas rares, mais aussi dans l’organisation des parcellaires dont la photographie aérienne et les cadastres sont des outils indispensables pour en apprécier la rigueur.

Nous avions, dans un billet précédent, survolé la ville royale de Dun-sur-Auron, dans le Cher, autour de laquelle apparaît un beau parcellaire “en toile d’araignée”. 

Celui d’Issoudun est absolument exemplaire. Son exploration est accessible à tous grâce aux banques de photographies satellites disponible sur internet. Curieusement, l’affinement des outils photographiques nuit à la considération du phénomène vu dans son ensemble et des clichés plus anciens que ceux auxquels on a accès aujourd’hui donnent parfois moins de détails mais plus d’informations sur les paléo-paysages.

 

Issoudun-aerien2

Disons tout d’abord que tout le monde n’est pas d’accord sur l’interprétation donnée à ces grandes structures radioconcentriques. Certains archéologues doutent par exemple de la capacité des hommes du Moyen-âge à appliquer à la gestion du sol des principes géométriques proches de ceux que les aménageurs des grandes métropoles du Nouveau monde programment pour préparer l’extension des périphéries urbaines.

Nous nous contenterons de décrire le modèle observé à Issoudun et à Dun-sur-Auron, deux villes de nature comparable (période de croissance, population, topographie environnante). Bourges pourrait avoir été au centre d’une dynamique comparable, mais la forte croissance des quartiers extérieurs à l’époque de la première Révolution industrielle a bouleversé le paysage.

Au centre de la “toile” se trouve le château primitif, dont la Tour blanche d’Issoudun demeure le témoin le plus visible. De ce château, ou de la ville qu’il protège partent des voies droites, tant que la tomographie ou l’hydrographie ne font pas dévier leur trajectoire. Ces chemins, ou routes, bornent des parcelles de superficie assez régulière, mais  il faudrait disposer d’études statistiques sur le sujet. 

Issoudun-tour


Certains admettent que nous sommes en présence de paysages fossiles hérités des périodes de grands défrichements corollaires de la hausse de la population aux XIIe et XIIIe siècle. Une partie des anneaux concentriques les plus proches du centre pourrait correspondre à la réserve seigneuriale, les parcelles plus excentriques pouvant avoir été le siège des tenures paysannes, ce qui nous éloigne beaucoup de l’image périmée d’une sorte d’anarchie féodale généralisée, fondée sur la brutalité et l’incompétence des élites de l’époque. Le conditionnel est bien entendu de rigueur car ce modèle simplifié ne prend pas en compte les autres grands propriétaires terriens que sont les abbayes et hôtels-Dieu installés dans le tissu urbain.

Issoudun est un exemple particulièrement didactique d’une situation archéologique et historique remarquable et fragile, qui mériterait une étude élargie à d’autres régions. J’invite mes lecteurs métropolitains à aller chercher eux mêmes autour de leur lieu de résidence d’autres traces de ces anciens parcellaires arachnéens qu’on découvre parfois un peu par hasard autour de petits villages d’origine médiévale.

 

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Published by Olivier Trotignon - dans économie
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commentaires

fragments de rue 15/06/2010 20:26



Très intéressant ! je vais aller de ce pas faire un tour sur le net. tu (heu, on peut se tutoyer?) sais aiguiser la curiosité!



Olivier Trotignon 16/06/2010 11:19



Bonnes recherches! Pour le tutoiement, ce n'est pas vraiment dans mes habitudes, mais je peux essayer .



sirius 13/06/2010 12:46



Excellente analyse, qui offre en plus l'immense mérite de ne pas être assénée comme une vérité, mais plutôt une supposition, en laissant intactes les zones d'ombre... Dans le prologngment de
votre étude, je me plongerai dans l'inspection minutieuse du parcellaire des seigneuries de mon secteur.


J'espère qu'en raison de leurs bienfaits, les Seigneurs de la branche cadette de Déols sont allés droit au Paradis... Faire don de ses biens pour la fondation de monastères et, cerise sur le
gâteau, être prêt au sacrifice suprême de sa propre vie pour combattre l'hérésie! Que pouvaient-ils faire de plus pour mériter le Salut de leur âme?


 



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