Partager l'article ! Le gisant polychrome de Neuvy-Saint-Sépulchre (36): J’ai souvent été victime, comme sans doute certains d’entr ...

J’ai souvent été victime, comme sans doute certains d’entre vous, en pénétrant dans la rotonde romane de la basilique de
Neuvy-Saint-Sépulchre, d’une attirance du regard pour le haut de la structure. Les chapiteaux historiés, les étages de la rotonde inspirée de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem ou les
reliquaires, sur lesquels repose l’essentiel de la notoriété du monument, occultent quelque peu d’autres éléments moins connus de l’édifice.
Ainsi est-il possible de découvrir, dans un espace assez sombre de la rotonde, une belle dalle funéraire polychrome du
XIIIe siècle, d’une facture assez inhabituelle.
Les fouilles menées dans le monument auraient révélé sous la dalle l’existence d’un sarcophage contenant sans doute les
restes de l’inconnu dont aucun épitaphe ne permet de connaître l’identité ou la fonction.
L’homme, tête nue, est habillé d’une longue robe d’ ecclésiastique qui tombe jusqu’à ses pieds. Contrairement à la majorité des autres gisants régionaux, le sculpteur ne l’a pas représenté les mains jointes dans un geste de prière. Le bras gauche est replié sur la poitrine, la main posée sur ce qui semble être un livre. Le droit est dans l’alignement du corps, mais l’usure ne permet pas de distinguer clairement si la dextre est nue ou si elle tient quelque chose.
Les proportions de la statue de Neuvy sont assez déroutantes. La tête du défunt est plus petite que nature, et le reste du corps est comme aplati. Un détail est surprenant: le bras droit du gisant est marqué par plusieurs entailles, dont une plus profonde que les autres. Ces lacunes ne semblent pas avoir été provoquées par une différence de densité de la roche due à la présence de fossiles, ni par des coups malveillants. Leur aspect évoque par contre certains grattages circulaires qu’on relève sur les murs de plusieurs églises régionales. Il n’est pas impossible que la dalle funéraire de Neuvy ait été, à un moment ou un autre, victime de soustraction d’une partie de son volume par des pèlerins, nombreux tout au long des temps médiévaux et modernes, à venir se recueillir dans cet endroit.
Les gisants de religieux, sans être exceptionnels, demeurent toutefois assez rares en Berry. Il m’aurait plu de vous montrer, à titre de comparaison, celui de l’abbé conservé dans la salle des collections médiévales de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun, mais la direction de cet établissement n’a pas daigné m’autoriser à venir en prendre des photographies, ce que je déplore vivement.

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