Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 15:29

 

Bourbon-general

 

Tous les chercheurs en musique ancienne, luthiers, musiciens amateurs ou professionnels consacrant leur Art à la musique médiévale ou traditionnelle connaissent l’extraordinaire chapiteau historié visible dans la nef de l’église de Bourbon-l’Archambault. Le sculpteur roman qui l’a réalisé a choisi de représenter un groupe de musiciens s’accompagnant de leurs instrument en compagnie d’une femme qui frappe dans ses mains, composition rare dans une iconographie qui s’attache le plus souvent à figurer des musiciens isolés, humains ou animaux. 

Le premier des personnages est assis sur un banc. Posée sur ses genoux se trouve une rote, qu’on reconnaît à la caisse de résonance placée au centre de l’instrument, et pas à l’arrière, comme sur une harpe. L’homme joue de la main droite, délaissant la seconde rangée de cordes située, en principe, à gauche de la caisse. S’aidant de la main gauche, il souffle dans une trompe. La présence d’anneaux visibles entre la bouche et la main du musicien peut évoquer soit une corne de bovin agrémentée de bagues métalliques, soit un instrument d’écorce comme la trompe de cornouiller, encore en usage chez les bergers dans les régions de bocage du Centre il y a quelques décennies. Le son rauque de cet instrument produit un effet de basse qui pouvait avoir des effets musicaux intéressants.

 

Bourbon-rote

Le deuxième musicien joue d’un instrument à quatre cordes fréquemment représenté dans les églises, y compris locales (Meillers et Souvigny en possèdent des sculptures de la même période), sorte de viole à archet typique de la musique de l’époque. Si les proportions sont fidèles, et on peu le penser vu le soin apporté à représenter la courbure de l’archet, l’homme est munie d’une viole de grande taille qu’il cale sur son épaule et contre sa poitrine pour assurer sa prise. Contrairement à son camarade de droite, il joue debout, comme les deux musiciens suivants, munis de flûtes, l’une à un et la seconde à deux tuyaux. Le premier flûtiste souffle distinctement dans le bec de son instrument tandis que l’autre ne met pas les chalumeaux au contact de ses lèvres, soufflant l’air comme dans une flûte de pan ou autres instruments traditionnels.

 

Bourbon-flute2-

Le cinquième membre du groupe est une femme, aux long cheveux nattés. Elle ne joue pas elle-même de musique, mais accompagne les joueurs en frappant dans ses mains. Aucun détail ne suggère la présence de petites percussions métalliques, comme il en apparaît parfois sur des enluminures. Seuls peut-être les rubans visibles sur ses chevilles pourraient être des bracelets à clochettes, sans aucune certitude.

Le chapiteau de Bourbon donne, outre de précieuses indications sur ce que pouvaient être les orchestres appelés pour animer les fêtes populaires ou seigneuriales à l’époque des Croisades, une vision de la femme assez inhabituelle. Généralement traitée comme pécheresse et tentatrice, la femme est rarement, en dehors de la Vierge et des saintes, représentée sans à priori péjoratif comme dans l’église de Bourbon. La liberté de ton du sculpteur n’en est que plus admirable.

Bourbon-danseuse

Relevons enfin le hasard curieux qui fait figurer ce groupe de musiciens dans une église proche de la grande forteresse des Bourbons, au centre du Roman de Flamenca écrit au siècle suivant, dans lequel se tient, un extraordinaire banquet offert par le seigneur Archambaud à tous ses invités, animé par des musiciens dont les instruments devaient être assez semblables à ceux de leurs aînés représentés dans l’église du lieu.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans vie quotidienne
commenter cet article

commentaires

Lambda 05/01/2011 08:57



Il est difficile de trouver des études sur ce chapiteau que certains considèrent comme un chapiteau de psalmistes. Qu'en pensez-vous? Mme C. Homo-Lechner à écrit que l'aérophone du personnage
central ressemble à la clarinette double trouvée à Charavines et qu'il s'agit peut-être d'une estive. J'estime qu'elle à raison et je m'efforce à le prouver. Quelles sont SVP les conditions
pour utiliser vos photos dans une (petite) publication?


Bravo pour votre travail et merci d'avance pour votre réponse.


Je signe avec un pseudonyme professionnel,


Lambda



Olivier Trotignon 05/01/2011 20:55



Bonjour et merci pour votre commentaire.


Je n'ai aucune compétence en musicologie ancienne - ma spécialité est l'anthroponymie - aussi suis-bien incapable d'emettre un avis sur le sujet que vous évoquez.


Si la publication que vous envisagez de produire a pour but d'informer le public et de lui permettre une meilleure connaissance de la période, ou de faire progresser la recherche, sans intention
de propagande sectaire, politique ou religieuse, mes photos sont à votre disposition, à condition de m'identifier comme auteur des clichés. Dîtes m'en plus sur votre projet.


Bien à vous,


O. Trotignon


 



olivier 11/09/2010 18:40



la polychromie de ces chapiteaux est d'une conservation exceptionnelle.


et dire que la plupart des églises étaient peintes, intérieur comme extérieur; le temps, les rénovations et autres nettoyages ont bien lessivé tout ce monde de couleur.


un article dans une revue médiévale parle de la viele à archet, de sa contruction (hypothèse)...



Olivier Trotignon 12/09/2010 14:08



Il y a eu pas mal de restaurations dans cette église au XIXe. Il n'est pas sûr que les pigments soient authentiques.



sirius 21/04/2010 08:16



Passionnante leçon! Je relève également que ces chapiteaux sont peints; les couleurs sont-elles d'origine? Il faut absolument que je passe une journée pour re-découvrir ces sublimes églises
romanes du Bourbonnais!



Olivier Trotignon 21/04/2010 16:46



Je ne saurais vous répondre. Tout l'intérieur de l'église est peint, au point qu'on se croirait dans une église orthodoxe. Il faut prévoir une bonne lampe pour en faire le tour.


A propos de peinture, l'abbatiale de Souvigny a été repeinte avec un badigeon ocre et blanc, tellement net que ça dénature (à mon goût) l'authenticité de l'endroit.



Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
  • Moyen-âge en Berry
  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
  • Contact

géographie des visiteurs




A ce jour, cette espace a été visité
180102 fois.

405350 pages ont été lues.

Merci de l'intérêt que vous portez à l'histoire de la région.




Visitor Map
Create your own visitor map!
" class="CtreTexte" height="150" width="300" />

 

Rechercher

Conférences

conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.