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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 10:13

Hérisson

 

Cet épisode de l’histoire régionale n’est connu que par une très brève mention au bas d’une charte (n°108) recopiée dans le cartulaire de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges. L’acte est daté du mois où Raoul prit le castrum d’Hérisson. Si l’année n’est pas explicitement précisée, plusieurs indices temporels permettent de situer l’événement au milieu du XIe siècle.
Aucune difficulté pour identifier le Raoul cité dans le texte: contrairement à une idée reçue, largement propagée par la littérature et certains historiens peu regardants sur les anachronismes, plus on est élevé dans la hiérarchie féodale plus le nom est bref. Pour les contemporains, le nom de Raoul, sans mention de surnomination toponymique, ne peut désigner qu’un seul seigneur, Raoul, seigneur de Déols. Dans ce Berry féodal dont une grande partie de l’histoire nous échappe, la prise du château d’Hérisson dut avoir un retentissement considérable. Tout un pan de l’organisation géopolitique régionale venait d’être bousculé.
Voyons le contexte. Dans cet immense Berry du Sud, qui couvre un territoire s’étendant du Poitou à la Bourgogne et l’Auvergne, deux seigneuries principales construisent petit à petit leur espace politique. A l’ouest, les Déols, qui s’étendent lentement vers l’est et la vallée du Cher, et à l’est Bourbon, fixé sur un périmètre massif délimité par des accidents du relief ou des massifs forestiers. La frontière occidentale de cette ancienne seigneurie est matérialisée dans le paysage par une vaste barre rocheuse qui surplombe la rive droite du Cher sur plusieurs dizaines de kilomètres, percée par endroits par des vallées étroites qui sont les seuls axes de circulation pratiques entre la vallée du Cher et le cœur du domaine bourbonnais. Une de ces entrées, la vallée de l’Aumance, est verrouillée par une forteresse, Hérisson, tenue par un viguier de Bourbon, ce qui présente l’avantage de ne pas confier la place à un vassal, toujours susceptible de félonie.
C’est cette place forte qui tombe aux mains des berrichons pour quelques jours, mois ou années. Vers 1070, un nouveau viguier est en place, preuve que Bourbon est rentré en possession de son bien par rachat, négociation ou reconquête.
Cet épisode est difficile à analyser. Hérisson a t-il été pris par le seigneur de Châteauroux suite à un plan de conquête planifié, ou suite à un coup de main surprise à l’issue d’une chevauchée dans ces immenses landes peu peuplées qui occupaient le paysage en ce début d’ère féodale?
Du castrum primitif d’Hérisson il ne reste aucun vestige, la fortification de terre et de bois ayant été remplacée aux siècles suivants par une belle forteresse dont les ruines donnent à cette partie de la vallée un charme irrésistible. Un bel endroit à découvrir autant pour la densité de son passé que pour l’esthétique générale du lieu.

 


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Published by Olivier Trotignon - dans politique-société civile
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commentaires

Olivier P. 19/03/2012 13:25


Pour information, visitant le musée Van Gogh à Amsterdam, l'année dernière quelle ne fut pas ma surprise en découvrant la silouhette particulière (et familière) des ruines du château d'Hérisson
dans un tableau. Il s'agissait d'un tableau d'Henri Harpignies qui avait séjourné à Hérisson et a fait plusieurs tableaux du château et du village dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Olivier Trotignon 19/03/2012 21:02



Belle découverte! Les œuvres artistiques mettent un peu de couleur dans la sècheresse de nos recherches.


Merci pour cette information.



Olivier P. 18/03/2012 09:28


Concernant l'oppidum, j'ai lu que le site avait été fouillé une première fois à la fin des années 60, au lieu dit Babylone.


Dans l'ouvrage Châteaux, fiefs, mottes, maisons-fortes et manoirs en Bourbonnais, p 337 on trouve l'indication qu'au Moyen-Âge, une fortification dénommée Babylone par le cadastre ancien couronne
le point culminant de l'oppidum, surveillant le Chateloy méidéval, son église, le prieuré, le carrefour de voies antiquess et le gué de Saint-Principin. De ce château qui a donné son nom au site,
il reste la motte. La défense s'est ensuite déplacée vers Hérisson.

Olivier Trotignon 24/03/2012 21:24



Merci pour cette information. Il faudra que je retourne sur place pour situer cette motte.


 



Le Chevalier Dauphinois 14/03/2012 19:29


   Il est vrai que je me passionne plus pour la promenade d'approche et la visite des ruines qu'à l'histoire des vieilles pierres. Donc j'avoue que je ne connaissais pas cette histoire
pour une ruine que j'ai dévorée des yeux il y a quelques années.


  Lorsque je ferai un article sur cette ruine de l'Allier, je mettrai un lien vers cette partie de son histoire.

Olivier Trotignon 17/03/2012 19:36



Merci de votre intérêt pour ce site, qui mérite le déplacement.


Si vous repassez dans la région, n'hésitez pas à me faire signe!


Bon week-end,


O.T.



Sirius 12/03/2012 08:40


Je me souviens avoir arpenté ces ruines il y a des années, à une époque où ma passion pour les vieilles pierres n'était alors que raisonnable...

Olivier P. 04/03/2012 21:34


C'est effectivement un superbe site que j'ai souvent visité enfant. J'y suis retourné l'été dernier (mais il tombait des cordes). Il y a près du beffroi du village un petit musée local avec une
maquette du château complet.


En tout cas encore une belle histoire qui me donne celui sur Cluis l'envie de m'interesser à cette période dans l'avenir (étant pour l'instant ancré au début du XIIIe).


L'oppidum de Cordes, d'après les derniers bulletins que j'ai lu pourrait être l'un des 20 importantes villes que les Bituriges ont brulé sur ordre de Vercingétorix devant l'avance de Jules César.


Olivier

Olivier Trotignon 17/03/2012 19:44



Ce site était ces dernières années l'objet de fouilles programmées, mais j'avoue ne pas avoir creusé la question. Le toponyme de Chateloy, déclinaison du terme chatelus, prouve qu'il a été aussi
occupé à l'époque médiévale. Peut-être nos confrères archéologues ont-ils noté des traces de cette occupation dans leurs publications?


Merci de votre visite,


O. T.



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