Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 21:55

incendie

Région peu peuplée et presque muette en récits événementiels pendant le premier âge féodal, le Berry s’est pourtant distingué dans une partie de la Chrétienté en 1038 lorsque son évêque, Aimon, prit les armes pour imposer par la violence le principe des Paix de Dieu. Les événements, connus par les récits des chroniqueurs de deux abbayes, Déols et Fleury, éclairent de manière inattendue l’histoire d’une seigneurie du sud du département du Cher.

Le lecteur trouvera dans la littérature érudite de nombreuses analyses des événements qui agitèrent Bourges en 1038. Appliquant de façon autoritaire les principes du concile de Charroux appelant le clergé à se manifester pour que cessent les conflits féodaux endémiques dans les régions d’Occident, l’archevêque de Bourges leva une armée d’habitants de sa cité qu’il plaça sous ses bannières. Prenant lui-même la tête de deux expéditions, il conduisit une première fois ses troupes aux portes d’un château non identifié, qu’il fit incendier, puis dirigea la masse de son armée vers la citadelle de Châteauneuf, en vallée du Cher, théâtre d’un conflit entre le vicomte de Bourges et le seigneur de Déols. La bataille qui suivit vit la défaite des berruyers, bousculés et massacrés par l’ost déolois. Si le second épisode est bien étudié grâce aux croisements des sources narratives, c’est plus sur la première expédition que je souhaite m’arrêter ici.

Le récit du chroniqueur bénédictin de Fleury indique que l’archevêque fit assiéger le château de “Bennecy” dans lequel périrent par le feu quatorze personnes, dont des enfants et des femmes enceintes. Son propriétaire, un nommé Étienne, fut capturé et emprisonné à Bourges. La question qui se pose est de savoir où s’est déroulée cette attaque, le nom de Bennecy ne renvoyant directement à aucun toponyme actuel.

De toute évidence, le château brûlé était en bois et certainement sur motte. Au début du XIe siècle, peu de seigneuries berrichonnes peuvent assurer l’élévation d’un tel système défensif. Ces fiefs primitifs évoluent dans les siècles suivants et leur histoire peut être suivie dans la documentation parfois jusqu’à la Révolution Française. Partant de ce principe, on peut émettre l’hypothèse que le nom rapporté par le moine de Fleury, lui même absent lors des faits, a été déformé par le bouche-à-oreille et n’est que l’écho du toponyme d’origine désignant une grande maison féodale régionale. En étudiant de près la toponymie de la contrée, on remarque qu’une seule seigneurie, Bannegon ou, dans sa forme primitive “Bennegon”, possède deux syllabes communes avec le nom donné par la Chronique de Fleury.

Cette très ancienne place-forte était le fief de la famille de la Porte connue dès 1032 (soit six ans avant les expéditions de l’archevêque) grâce à un acte du chartrier de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges et son premier seigneur identifié, Beraldus de Porta, est nommé sur la même liste de témoins que le vicomte de Bourges. Sachant que Bannegon est tout proche de la ville de Dun, ancienne possession de la vicomté de Bourges, et que l’archevêque Aimon organisa sa seconde expédition à Châteauneuf, autre possession du vicomte de Bourges menacée par les entreprises des Déols en vallée du Cher, nous tenons un autre indice qui confirmerait que Bannegon fut bien la première place détruite par le feu sur ordre de l’archevêque de Bourges.

Il ne reste aujourd’hui rien, à notre connaissance, de la probable motte qui devait porter la citadelle incendiée. Le site est aujourd’hui occupé par une puissante demeure fortifiée dont la construction a certainement effacé les traces de l’occupation primitive du lieu et le souvenir des horreurs qui s’y produisirent au nom de Dieu.

Bannegon

 

château de Bannegon (Cher)


 

(note)

Il est permis de s’interroger sur les motifs qui poussèrent l’archevêque Aimon à se comporter plus comme chef de guerre que comme chef de l’Eglise de Bourges. Il n’est pas anodin que cet homme ait grandi dans la puissante famille de Bourbon. Premier cadet du seigneur Archambaud de Bourbon, Aimon, en cas de décès de son frère aîné, aurait eu à assumer la fonction seigneuriale à la mort de son père et a été baigné toute sa jeunesse dans un monde de guerriers. C’est cette culture de l’épée plus que celle de la paix qui pourrait avoir resurgi lorsque qu’il prit le parti du vicomte de Bourges, son voisin et allié, dans deux conflits typiquement féodaux.

Partager cet article

Repost 0
Published by Olivier Trotignon - dans histoire locale
commenter cet article

commentaires

sirius 16/12/2009 08:14


Peut-être le motif de cette intervention était-il de récupérer des dîmes ou autre impôt aliénés par les autorités religieuses de Déols? En tous cas, il n'est pas dit si Aimon eut à rendre compte
devant Dieu des 14 vies "ennemies" et de celles de quelques-unes de ses propres troupes...

Ces Archevêques et autres Seigneurs oubliaient un peu vite les commandements divins (et surtout celui qui dit:"tu ne tueras point"), qu'ils étaient censés faire respecter avec la bonne parole
qu'ils propageaient avec tant de zèle!


Présentation

  • : Moyen-âge en Berry
  • Moyen-âge en Berry
  • : Rédigé et illustré par un chercheur en histoire médiévale, ce blog a pour ambition de mieux faire connaître l'histoire et le patrimoine médiéval du Berry, dans le centre de la France.
  • Contact

géographie des visiteurs




A ce jour, cette espace a été visité
180102 fois.

405350 pages ont été lues.

Merci de l'intérêt que vous portez à l'histoire de la région.




Visitor Map
Create your own visitor map!
" class="CtreTexte" height="150" width="300" />

 

Rechercher

Conférences

conférence

 

Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au M.A.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme...
- maisons-closes et la prostitution en Berry avant 1946 (animation réservée à un public majeur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr  (# = @  / pour éviter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Archives

Histoire locale

Pour compléter votre information sur le petit patrimoine berrichon, je vous recommande "le livre de Meslon",  Blog dédié à un lieu-dit d'une richesse assez exceptionnelle. Toute la diversité d'un terroir presque anonyme.
A retrouver dans la rubrique "liens": archéologie et histoire d'un lieu-dit

L'âne du Berry


Présent sur le sol berrichon depuis un millénaire, l'âne méritait qu'un blog soit consacré à son histoire et à son élevage. Retrouvez le à l'adresse suivante:

Histoire et cartes postales anciennes

paysan-ruthène

 

Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

 

Cartes postales et Histoire

NON aux éoliennes géantes

Le rédacteur de ce blog s'oppose résolument aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles dans le paysage berrichon.
Argumentaire à retrouver sur le lien suivant:
le livre de Meslon: non à l'éolien industriel 

contacts avec l'auteur


J'observe depuis quelques mois la fâcheuse tendance qu'ont certains visiteurs à me contacter directement pour me poser des questions très précises, et à disparaître ensuite sans même un mot de remerciement. Désormais, ces demandes ne recevront plus de réponse privée. Ce blog est conçu pour apporter à un maximum de public des informations sur le Berry aux temps médiévaux. je prierai donc les personnes souhaitant disposer de renseignements sur le patrimoine ou l'histoire régionale à passer par la rubrique "commentaires" accessible au bas de chaque article, afin que tous puissent profiter des questions et des réponses.
Les demandes de renseignements sur mes activités annexes (conférences, contacts avec la presse, vente d'ânes Grand Noir du Berry...) seront donc les seules auxquelles je répondrai en privé.
Je profite de cette correction pour signaler qu'à l'exception des reproductions d'anciennes cartes postales, tombées dans le domaine public ou de quelques logos empruntés pour remercier certains médias de leur intérêt pour mes recherches, toutes les photos illustrant pages et articles ont été prises et retravaillées par mes soins et que tout emprunt pour illustrer un site ou un blog devra être au préalable justifié par une demande écrite.