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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 09:50



Connue par une copie de 1472 conservée par les Archives départementales du Cher, la charte d’affranchissement de la petite ville de La Perche, en vallée du Cher, est un intéressant témoignage des ambitions économiques de la féodalité régionale à l’époque des Croisades. De date incertaine, cette charte a été rédigée par le dernier Ebe de Charenton avant son départ pour la Terre Sainte en 1189. Une autre charte, de même inspiration, est accordée à la ville de Saint-Amand à la même époque. 

La franchise de la Perche n’est pas en soi un texte exceptionnel. L’essentiel des articles conservés fixe les dispositions judiciaires et fiscales auxquelles devront se plier les habitants de cette nouvelle entité et les forains qui pourraient être amenés à y séjourner et à y faire du commerce. La charte fixe des droits de chasse dans les champs, de pêche dans le Cher et autorise des prélèvements de bois d’œuvre et de chauffage dans un taillis des environs. Quelques privilèges de justice sont accordés aux bourgeois de La Perche.

On aurait tort de considérer la charte de franchise de La Perche comme le témoignage d’une situation existante. Ce texte illustre principalement les ambitions économiques de la seigneurie de Charenton dans un secteur-clé de son domaine: la vallée du Cher.

La Perche se situe en effet sur le tracé de l’ancienne voie antique qui reliait Bourges à la région de Montluçon. Cette route, qui franchissait le Cher à Allichamps, croisait un autre axe qui rejoignait châteaumeillant. Le secteur était particulièrement sensible car plusieurs forteresses furent élevées le long de l’axe (Orval, Ainay-le-Vieil, Epineuil, Vallon...). Au XIIe siècle, avec la croissance de Saint-Amand et la circulation d’hommes et de marchandises en direction du Nivernais et du Berry déolois, un passage sur le Cher est aménagé à Orval, qui devient le carrefour entre ces deux voies économiques et stratégiques. Cette situation n’a bien entendu pas échappé aux Charenton, qui cherchent à favoriser les échanges économiques pour en retirer des dividendes. Plusieurs foires se tiennent dans l’année à Saint-Amand, Bruère ou Charenton. Le chevalier Ebe de Charenton choisit le site de La Perche pour élever une nouvelle ville en partie dédiée au commerce. Outre la proximité de la route, la rivière est une voie de circulation dont on peine à évaluer l’importance aujourd’hui mais on trouve la mention d’un “port” à La Perche au XIIIe siècle. Une grosse fontaine à proximité du village est probablement un atout à ne pas négliger.

Il est impossible de juger l’entreprise du seigneur de Charenton en terme de succès ou d’échec. Les plus pessimistes remarqueront que La Perche est une toute petite commune et que le bourg ne garde aucune trace de son passé médiéval, à part dans le tracé de ses rues, circulaire comme presque partout. D’autres feront observer que le village existe encore, ce qui n’est pas le cas de toutes les villes-franches contemporaines. Celle de Boisroux, fondée conjointement par l’archevêque de Bourges et le seigneur de Châteauroux, n’est plus qu’un pré où un de mes amis récoltait le foin pour ses moutons. L’erreur des Charenton est peut-être tout simplement dans la redondance des deux chartes, Saint-Amand et La Perche, qui n’offraient aucune différence significative pour les nouveaux venus dans la région. Saint-Amand ayant déjà  un statut de place économique, l’intérêt de venir faire commerce à La Perche était certainement loin d’être flagrant.

Une curiosité assez rare pour être signalée. Grâce aux bons soins de la municipalité est désormais visible une très ancienne croix qui pourrait bien être une authentique croix de justice par laquelle était marquée la limite géographique de la franchise. Le texte de la charte note l’existence de l’une d’elles au bord du Cher. Si tel était le cas (mais, en l’absence de style sculptural vraiment prononcé), sa présence assez loin du centre du bourg actuel pourrait indiquer qu’Ebe de Charenton ne manquait pas d’optimisme dans ses ambitions.

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Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
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commentaires

sirius 20/10/2009 14:11


Doit-on voir en cette charte l'ancêtre des "zones franches" modernes, pqr lesquelles on tente d'attirer commerces et entreprises dans des endroits où personne ne veut aller?

Ne concernait-elle que le commerce, ou bien aussi la vie quotidienne des petites gens?


Olivier Trotignon 20/10/2009 21:28



Les franchises sont bien un moyen d'attirer une nouvelle population vers des endroits sensibles, comme les bastides du sud-ouest construites pour résister à la pression anglaise à partir de la
Guyenne. Les détails sur la vie quotidienne sont rares et il est difficile de séparer les articles théoriques des réalités vécues.
La charte de Vesdun (même canton que La Perche) évoque clairement la viticulture dans un terroir qui a gardé quelques vignobles et sous-entend la présence dans le village d'un pressoir
seigneurial (1265). 



christian bélingard 18/10/2009 12:54


voilà une enquête historique passionnante! Bravo. J'ai été attiré par le toponyme "La Perche", habitant moi-même une commune appelée Saint-Yrieix-la-Perche. On n'a jamais établi avec certitude la
raison pour laquelle la ville porte cette dénomination. Si on sait qu'Arédius, fondateur de la ville, se confond avec Yrieix, le mystère demeure pour "La Perche".  En savez-vous plus sur
l'origine même du toponyme dans votre région ?


Olivier Trotignon 18/10/2009 13:05


Là, sincèrement, je n'ai aucune idée sur la question. La traduction latine du toponyme est Pertica (perche, tige de bois) et un vieux blason supposé authentique représentait sur l'église un
poisson, donc rien de probant. Il s'agit à ma connaissance de la seule paroisse à porter ce toponyme par ici mais je pourrais vérifier ultérieurement.
Merci de votre intérêt pour mes travaux et le fait de le témoigner par écrit de façon si chaleureuse encourage à poursuivre l'aventure!
 


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