Partager l'article ! L’ombre des dragons dans les églises: Peu habitué à travailler sur des sujets absents des sources documentaires et disparus sans l ...


Peu habitué à travailler sur des sujets absents des sources documentaires et disparus sans laisser de traces tangibles de leur existence, j’aimerais pourtant évoquer ici une tradition cultuelle
relevée à plusieurs reprises par des enquêtes faites par les chercheurs en traditions populaires et qui a été totalement effacée du patrimoine spirituel régional. Selon certaines mémoires orales,
quelques églises en Berry et Bourbonnais auraient abrité, jusqu’à ce que l’usure les fasse jeter aux orties ou que certains nouveaux curés leur aient préféré quelque statue de plâtre multicolore,
des momies de crocodiles, peut-être d’époque pharaonique. Ramenées par des pèlerins ou des croisés de retour de Terre sainte, ces dépouilles desséchées auraient été achetées par des voyageurs
occidentaux, lors d’étapes à Damiette, port du delta du Nil, à des marchands égyptiens vendant une marchandise pillée dans des tombeaux antiques. Nos chevaliers, ignorants de la nature originelle
des animaux qu’on leur proposait, les auraient pris pour de petits dragons et les auraient ramenés dans leur paroisse d’origine comme trophée de leur voyage, les vouant peut-être au culte de
saints combattant le Mal tels saint Georges ou saint Michel. Si cette interprétation est véridique, il est certain que l’exotisme de leur aspect pouvait avoir de quoi marquer les imaginations
rustiques et que ces momies ont pu jouer un rôle de reliques dans certains sanctuaires.
Même s’il est impossible de faire un recensement précis des croisés berrichons, les textes citent pour chaque grand mouvement de croisade de un à plusieurs participants nés dans la noblesse régionale, dont plusieurs sont revenus saufs et espérons le pour eux, sains, de leur voyage en Orient. Que certains de ces hommes aient songé à charger dans leurs bagages des souvenirs encombrants mais légers de leurs pérégrinations outre-mer n’aurait rien eu rien d’extravagant.
On ne peut s’empêcher de regretter la complète disparition de tous ces témoignages d’une foi certes assez éloignée de l’orthodoxie de la pensée vaticane, mais qui, analysés avec les moyens scientifiques dont nous disposons aujourd’hui, auraient représenté un trésor d’enseignements pour les historiens contemporains.
Le crocodile illustrant cet article n’est pas berrichon, mais languedocien et a été photographié il y a plus d’un quart de siècle dans l’église de Saint-Bertrand-de Comminges, dans les Hautes-Pyrénées.
Peut-être, comme ce fut le cas pour l’article dédié aux saints Vit et Greluchon, avez vous vous même recueilli des témoignages ou des traditions orales en relation avec ces “dragons” africains. Vos ajouts et remarques sont d’ores et déjà les bienvenus.

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Cartes postales, photos anciennes ou plus modernes pour illustrer l'Histoire des terroirs:

J'ai toujours prévu d'aller prendre en photo le Saint-Guerluchon de Ste-Solange, dès que j'aurai l'occasion de passer par là.
Ceci étant, parler de l'"orthodoxie" du catholicisme me semble étrange. Enfin, tout est relatif !
C'est fascinant votre histoire de crocos ramenés d'Egypte...Le dragon est très prégnant dans l'iconographie médiévale, peut-être est-ce lié aux divinités égyptiennes.
J'ai toujours pensé que les hommes médiévaux étaient fascinés par les dragons car ils ne s'expliquaient pas les fossiles géants de dinausaures. Mais j'ai peut-être trop d'imagination!
Les os de sauriens, je ne me prononcerai pas, mais on pense que des squelettes de mammouths ont joué un rôle dans la construction du mythe des licornes et des géants.