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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 21:27

Boisroux1

Bâtie sur une légère élévation du paysage, l’ancienne ville médiévale de Boisroux, sur la commune d’Ids-Saint-Roch, dans le Cher, se fond complètement parmi le bocage et les bois qui l’environnent. Désertée à une date inconnue, cette petite cité n’existe plus que par les seuls vestiges de ses fossés et remparts de terre, dans l’ensemble bien conservés. Les photographies aériennes verticales révèlent un pré rectangulaire d’environ d’un à deux hectares, distinct des champs avoisinants grâce à la végétation qui occupe l’emplacement de l’ancienne fortification.

Boisroux-aérien 

Un toponyme voisin “Font romain” et la découverte d’un site antique tout proche de Boisroux ont conduit beaucoup d’anciens amateurs d’antiquités à identifier la place comme un ancien camp romain sans chercher plus de détails. Or, il est très facile de se procurer aux Archives du Cher la copie moderne de la charte de fondation de cette ville, conservée dans le cartulaire de l’archevêché de Bourges, et datée de 1226.

Si nous ignorons les raisons pour lesquelles le site fut déserté par ses habitants, nous disposons de quelques renseignements sur la genèse de cette fondation menée conjointement par le seigneur de Châteauroux, Guillaume de Chauvigny, et par Simon, archevêque berruyer.

Dans un premier acte daté de 1223, les deux seigneurs avaient prévu de fonder une ville franche dans la région de la châtellenie du Châtelet, sans en préciser l’emplacement exact. La charte de fondation est écrite en 1226. Le lieu retenu est nommé Boisroux, contraction du toponyme “Bois-Raoul” (le Bois de Raoul) identique à celle qui produit le nom Châteauroux (le château de Raoul), Raoul étant le patronyme dominant accordé aux aînés de la famille de Châteauroux. Ceci permet de supposer que l’acte de 1226 ne fonde pas une nouvelle ville mais affranchit une communauté urbaine établie naguère par un des anciens seigneurs de Châteauroux, ce qui est cohérent avec la rusticité de l’appareil défensif qui semble n’avoir été fait que de terre et de bois.

Boisroux2 

Contrairement à la charte de franchise de la Perche, étudiée dans un article plus ancien, l’accent est mis plus sur l’agriculture que sur le commerce. De toute évidence, les deux seigneurs tentent d’attirer des cultivateurs dans un secteur aux terres ingrates.

Des croix de justice sont plantées. La loi de référence est celle de Châteauroux, les baillis des deux seigneurs fondateurs étant chargés de la faire respecter. 

Le texte est assez libéral concernant la circulation des hommes, qui pourront venir et partir à leur gré (peut-être est-ce qui favorisa plus tard l’abandon du lieu). En cas de décès sans héritier direct, on remontera jusqu’au quatrième degré de parenté pour trouver à qui léguer les terres avant que celles-ci ne retournent aux seigneurs. Des conditions favorables font faites aux laboureurs possédant des animaux de trait par paire soit 2, 4 ou 6 chevaux, bœufs ou ânes. Comme partout, un four et un moulin banaux sont construits, leur usage étant obligatoire.

La ville dut atteindre une certaine prospérité car en 1266, un acte de l’abbaye Saint-Sulpice de Bourges indique Boisroux a été élevée au rang de châtellenie et baronnie et donnée en fief à Robert, seigneur de Bommiers, vassal de Châteauroux.

La situation changea certainement, comme partout, avec la succession de crises du XIVe siècle. Nul besoin d’évoquer une épidémie ou le passage d’une troupe guerrière pour expliquer la fin de Boisroux. Dans un paysage qui réussit mieux au petit élevage qu’à la culture de céréales, les dérèglements climatiques enregistrés après 1300 peuvent suffire à avoir convaincu des laboureurs libres d’aller tenter leur chance sur des terres plus fertiles. D’une surface raisonnable et bien enclose par les anciens terrassements défensifs, la terre de Boisroux retomba dans un anonymat pastoral.

Notons enfin que, tout près de Boisroux, ce fut, en 1228, la paroisse d’Ids-Saint-Roch qui se vit affranchie par son propre seigneur, Henri de Sully, peut-être pour éviter la fuite de ses habitants vers la nouvelle ville-libre voisine.

Boisroux3 



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Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
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commentaires

BELINGARD 21/02/2010 12:44


la ville neuve (ou bastide) pour laquelle je prépare un article s'appelle Masléon et c'est une commune qui compte 350 habitants; à suivre prochainement...si vous le voulez bien !


Olivier Trotignon 21/02/2010 14:31


Avec plaisir!


Ramnulf 19/02/2010 18:34


Merci pour cet article. La maison de vacances familiale se trouve à deux kilomètres du site que vous évoquez. Je m'y rends régulièrement, fasciné par la présence de vestiges archéologiques à
quelques pas de chez moi, mais aussi attiré par la présence de muguet au mois de mai dans un bois mitoyen (mais chut, c'est un secret !). J'en étais resté aux interprétations du XIXe siècle (camp
romain). Je connaissais la charte de Raoul, mais je pensais qu'elle faisait référence au village actuel de Boisroux. Je vous remercie donc pour cette mise au point. Cordialement, VR 


Olivier Trotignon 20/02/2010 11:08



Merci pour votre commentaire.
J'ai en fait découvert ce site grâce à un ami, d'Ineuil, qui exploitait le champ pour y faire du foin. C'est en prospectant les archives du Cher que j'ai découvert la charte de franchise.
Beaucoup d'enceintes similaires passent pour être des camps romains, vieux souvenirs de la lecture de la Guerre des Gaules !
Bien à vous,
O.T. 



sirius 19/02/2010 09:31


Ah, quand on a la patience de rechercher et de déchiffrer les textes anciens!


Christian Bélingard 18/02/2010 07:47


cet article m'a intéressé. Je connais également une ville-franche à laquelle je vais consacrer un article prochainement


Olivier Trotignon 18/02/2010 11:02


Est-elle abandonnée, comme Boisroux, ou est-elle encore peuplée?


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