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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 16:09

Roche-Guillebaud

C'est aujourd'hui plus sur un sujet littéraire qu'un fait historique que nous allons nous pencher avec le roman "Mauprat", de George Sand. Suivant le sentier de randonnée dit "des maîtres-sonneurs", en référence à un autre roman de cet écrivain, on parvient jusqu'au pied du château de la Roche-Guillebaud, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises dans cet espace. Là, sur un panneau indicateur est rédigée une courte notice soulignant que la Roche-Guillebaud ait pu inspirer la Dame de Nohant lorsqu'elle écrivit en 1846 le récit des événements qui conduisirent à l'incendie et à la ruine de la sinistre "Roche-Mauprat".
Ne connaissant pas ce roman, et sachant en revanche tout l'intérêt que porte le public à tout ce qui touche au sujet de la Roche-Guillebaud, -les statistiques de fréquentations de ce blog sont formelles sur ce point - je me suis procuré l'ouvrage et tenté d'y voir un peu plus clair sur la question.
Au premier contact, il apparaît comme évident que George Sand déploie son récit dans une géographie imaginaire, mélangeant des éléments réels du paysage berrichon avec des lieux composés pour les besoins de l'histoire. La Tour Gazeau, ruine médiévale proche de la ville de la Châtre, y est décrite de manière presque réaliste. Le château de Sainte-Sévère, autre ruine du département de l'Indre, y devient un manoir confortable servant de cadre à une partie du roman. Le cas de la Roche-Mauprat est plus intéressant à observer. Mi réaliste mi imaginaire, cette forteresse est bel exemple de cette culture romantique qui anima l'écrivain de Nohant. Refuge d'une famille de brigands craints dans toute la région pour leurs méfaits, isolée dans un lieu sinistre et boisée, rebelle à l'autorité judiciaire et aux règles morales du Siècle, cette demeure possède une forte identité littéraire. Sa signature historique est beaucoup plus difficile à saisir. Dès les premières lignes du roman, le narrateur déclare: "Sur les confins de la Marche et du Berry, dans un pays que l'on appelle la Varenne, et qui n'est qu'une vaste lande coupée de bois de chênes et de châtaigniers, on trouve, au plus fourré et au plus désert de la contrée, un petit château en ruine, tapi dans un ravin, dont on ne découvre que les tourelles ébréchés qu'à environ cent pas de la herse principale. Les arbres séculaires qui l'entourent et les roches éparses qui le dominent l'ensevelissent dans une perpétuelle obscurité, et c'est tout au plus si, en plein midi, on peu franchir le sentier abandonné qui y mène, sans se heurter contre les troncs noueux et les décombres qui l'obstruent à chaque pas. Ce sombre ravin et ce triste castel, c'est la Roche-Mauprat". Plus loin: "(...) vous avez dû passer souvent le long de ces ruines; je n'ai donc pas besoin de vous en faire la description." Les seuls éléments qui complètent au fil des pages le profil de ce château sont un pont-levis, des bonnes murailles, une écurie, des chambres, un rempart en pierres de taille, une tour du nord éventrée et un souterrain creusé dans le roc.
Si nous considérons les ruines de la Roche-Guillebaud, il est certain qu'elles s'élèvent bien dans un vallon isolé entre Berry, Bourbonnais et Marche, au milieu des forêts de Chênes et de Châtaigniers. La structure du toponyme "Roche-Guillebaud" s'accorde avec celle du nom "Roche-Mauprat". Il semble que la forteresse des anciens Guillebaud de la Roche présente quelques similitudes avec le château décrit par George Sand, mais quelques détails laissés par l'auteur dans son roman nous orientent vers d'autres vestiges.
Remarquons tout de suite que l'écrivain de La Châtre néglige de détailler le lieu où se déroule une partie de son récit, se contentant d'un portrait superficiel, signe qu'elle n'a jamais visité le lieu qui porte son inspiration. Les précisions qui concernent la Tour Gazeau, beaucoup plus près de La Châtre que ne l'est la haute vallée de l'Arnon, laisse supposer que cette ruine fut honorée de la visite de l'écrivain.

Roche-Guillebaud-piliers

Alors que sur la Roche-Mauprat pèse une sinistre réputation entretenue par la population du pays, on n'observe rien d'aussi remarquable à la Roche-Guillebaud dans les légendes populaires contemporaines de George Sand.
Une autre forteresse, en revanche, avait beaucoup plus excité la sensibilité romantique des amateurs d'antiquités du XIXe siècle, et sa réputation s'était installée chez les lettrés de l'époque grâce à la publication d'articles dans les revues savantes, largement accessibles à une femme cultivée comme George Sand.
La Roche-Aymon, près d'Evaux-les-Bains, est un lieu à légendes. Considéré comme un coupe-gorge, il porte parfois le surnom de "château de Barbe-Bleue". George Sand cite cette figure populaire dans le prologue de son récit: "(...) j'ai placé le nom de Mauprat entre ceux de Cartouche et de Barbe-Bleue, (...)". Plus loin dans le texte se trouve une allusion qui lie plus directement le château romanesque à celui de la Creuse: "aucune espèce de livres ne se trouvait à la Roche-Mauprat, si ce n'est l'histoire des fils d'Aymon et quelques chroniques du même genre (...). Or, en ce milieu de XIXe siècle, des érudits marchois croyaient voir en la Roche-Aymon le lieu d'origine de la légende des quatre frères Aymon, récit originaire des Ardennes et très populaire au Moyen-âge. Il est tout à fait admissible que George Sand, très ouverte à la culture et aux traditions régionales, ait eu vent de ces propositions savantes et s'en soit inspirée pour parfaire le cadre romanesque de son récit. Un dernier détail, mineur, ajoute encore du sens à cette possibilité: le château de la Roche-Aymon possédait lui aussi une tour nord.
Ici s'achève la maigre collecte d'indices sur la généalogie réelle ou supposée de la Roche-Mauprat. D'excellents spécialistes de l'écrivain romantique berrichon ont peut-être déjà réglé la question dans des revues littéraires? Je laisse au lecteur la pleine liberté de juger lui-même les quelques pièces de ce petit dossier estival, espérant peut-être avoir donné à certains l'envie de lire ou de relire ce roman.

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Published by Olivier Trotignon - dans sources-littérature
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Fadette 23/08/2010 13:46



Très intéressante piste, d'autant plus que George Sand a situé une partie de son roman "Le Marquis de Villemer" près d'Evaux-les-Bains justement. Elle devait donc bien connaître ce coin de la
Creuse.


"Mauprat" n'est pas (à mon humble avis) le meilleur roman que la Bonne Dame de Nohant ait produit. Je signale simplement l'existence récente d'une Bande Dessinée résumant cette oeuvre, d'une
façon qui la rend assez agréable à lire. On peut trouver cette BD notamment à la librairie de la Maison de G. Sand à Nohant.



Olivier Trotignon 24/08/2010 07:40



Bonjour,


merci pour cette double information. L'argument que vous ajoutez, et que j'ignorais complètement, ajoute un peu plus de substance à l'hypothèse du château creusois.


Je vais chercher le roman en question pour voir si par hasard il n'y aurait pas là aussi des allusions aux ruines de la Roche-Aymon.


Bien à vous,


O. Trotignon



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