
Les archives judiciaires sont une mine d’informations pour qui cherche à explorer le passé d’une région et révèle des situations assez inattendues. L’une d’elles a
particulièrement retenu mon attention, même si les détails de l’affaire sont assez succincts.
Les événements se sont déroulés en 1270 à Sancoins, petite ville du sud-est de l’actuel département du Cher, près de la vallée de l’Allier, et seraient l’une des premières émeutes signalée en Berry. L’histoire commence de façon tout à fait banale par l’arrestation de deux hommes surpris à braconner dans les eaux d’un étang appartenant au seigneur de Sagonne, Louis de Sancerre. On ne connaît ni l’identité ni l’origine sociale des deux braconniers mais d’évidence leur capture émeut la population de Sancoins qui déclenche une émeute dont sont victimes le prévôt royal et les hommes du comte de Sancerre. L’identité des plaignants rappelle que depuis 1202 Sancoins, qui appartenait au prieuré de la Charité-sur-Loire, a été partagé avec le roi Philippe Auguste, et, ce qui est moins connu, avec le comté de Sancerre.
Nous n’avons pas de détails précis sur le déroulement de cette explosion de colère populaire. A l'annonce de la capture des deux braconniers, la foule se rassemble,
munie de pieux et de bâtons. Les coups et les injures pleuvent, le prévôt du roi est molesté, sa tunique est déchirée et les deux prisonniers sont délivrés.
On mesure la gravité de la situation à la somme de l’amende imposée par la justice royale, soit 100 livres tournois à la ville de Sancoins, ce qui semble, par comparaison avec d’autres évocations
contemporaines de sommes en numéraire -comme des donations testamentaires- une punition assez lourde. L'émeute de 1252 à Bourges, lors de laquelle l'archevêque et un légat du pape avaient été
menacés verbalement et physiquement, avait, par exemple, été punie de 300 livres d'amende par la justice royale.
Sur la somme imposée aux émeutiers de la ville de Sancoins, 40 livres revinrent à chaque co-seigneur du lieu, à savoir le roi de France et le prieur de la Charité-sur-Loire, les 20 livres
restantes étant données au prévôt en dédommagement des violences et injures subies ce jour là.
Plusieurs explications peuvent être proposées pour expliquer un soulèvement urbain, la première, la plus simple, reposant sur la sympathie des villageois à l’égard des braconniers, certainement connus de tous. Il y aurait alors contestation de la justice seigneuriale par le peuple. On peut aussi se demander si cet événement n’est pas le symptôme d’une exaspération devant l’impôt, la fiscalité locale pouvant être alourdie par les perceptions de trois seigneurs différents, le roi, le comte de Sancerre et le prieur de la Charité. On n’exclura pas une troisième piste, celle d’une crise alimentaire due à des conditions climatiques ingrates, qui aurait pu pousser des villageois à aller pêcher dans un endroit interdit. Le siècle suivant a connu des situations similaires dans lesquelles les désordres saisonniers ont joué un grand rôle. Il y aurait dans l’affaire de Sancoins, mais c’est bien difficile à argumenter, l’indice d’une crise frumentaire dans un secteur du Berry assez peu étudié par les historiens.




Create your own visitor map!
" class="CtreTexte" height="150" width="300" />